13 octobre 2013

Le quatrième mur - Sorj Chalandon

sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Grasset - août 2013 - 327 pages

Quatrième de couverture :  
« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »

Auteur : Sorj Chalandon, né en 1952, a été longtemps journaliste à Libération avant de rejoindre Le Canard Enchaîné. Ses reportages sur l’Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le Prix Albert-Londres en 1988. Il a publié, chez Grasset, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, prix Médicis), Mon Traître(2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011, Grand Prix du Roman de l'Académie Française).

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Voilà encore un livre coup de poing de Sorj Chalandon et pour moi un coup de coeur !
Ses deux livres précédents nous plongeaient dans la guerre d'Irlande, celui-ci nous envoie dans un Liban ensanglanté, en 1982, l'année des terribles massacres de Sabra et Chatila.
Georges, le narrateur, est français, c'est à la fac qu'il rencontre pour la première fois Sam, réfugié grec, d'origine juive. Sam est en train de raconter à tout un amphi l’histoire de son combat contre la dictature des colonels. Georges et Sam vont devenir de vrais amis, presque des frères. Après la fac, ils vont se perdre de vue.
Dix ans plus tard, Georges est marié et jeune papa d'une petite Louise, Sam est tombé malade. Sur son lit d’hôpital, il demande à Georges de prendre sa suite pour le projet de sa vie, un projet fou : monter la pièce d'Anouilh à Beyrouth en pleine Guerre du Liban. Il a imaginé faire interpréter tous les rôles par ceux qui s’opposent sur le champ de bataille : Créon serait chrétien, Antigone serait palestinienne, Hémon serait Druze, il y aurait également les Chiites, les Chaldéens... Il rêve de de réunir le temps d'une trêve théatrale de deux heures des acteurs que la guerre a rendu ennemis. Georges accepte cette mission et il va quitter le confort de son foyer, sa femme et sa petite fille pour aller à Beyrouth.
Sur scène, le quatrième mur, c’est le mur invisible qu'il y a entre les acteurs et les spectateurs, c'est aussi la frontière entre la fiction et la réalité. Tout au long du livre, Sorj Chalandon s'interroge sur la paix et la guerre, sur les horreurs des massacres et l'espoir des hommes.
Ancien grand reporter Sorj Chalandon a su traduire avec beaucoup de justesse l'horreur de la guerre mais également évoquer l'amitié, l'espoir avec beaucoup de douceur. Ce livre est bouleversant, percutant.

J'ai trouvé la première partie du livre, lorsque Georges raconte ses années facs et sa rencontre avec Sam, un peu lente à mon goût mais la suite est tellement prenante et passionnante qu'il ne faut surtout pas s'arrêter à cette première impression. 

Autre avis : Tiphanie

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)

Tripoli, nord du Liban. 

Jeudi 27 octobre 1983. 

Je suis tombé. Je me suis relevé. Je suis entré dans le garage, titubant entre les gravats. Les flammes, la fumée, la poussière, je recrachais le plâtre qui me brûlait la gorge. J'ai fermé les yeux, les mains sur les oreilles. J'ai heurté un muret, glissé sur des câbles. La moitié du plafond avait été arrachée par l'explosion. Le ciment en feu frappait tout autour avec un bruit de claques. Derrière une carcasse de voiture, un trou. Une crevasse de guerre, un bitume ouvert en pétales jusqu'à son coeur de sable. Je me suis jeté dans les éclats comme on trébuche, corps chiffon, le ventre en décombres. Je tremblais. Jamais je n'avais tremblé comme ça. Ma jambe droite voulait s'enfuir, me quitter, une sauterelle apeurée dans les herbes d'été. Je l'ai plaquée à deux mains sur le sol. Elle saignait, ma jambe folle. Je n'avais rien senti. Je croyais que la blessure et le blessé ne faisaient qu'un. Qu'au moment de l'impact, la douleur hurlait son message. Mais c'est le sang qui m'a annoncé la mauvaise nouvelle. Ni le choc ni le mal, seulement mon jus poisseux. Mon pantalon était déchiré. Il fumait. Ma jambe élançait comme une rage de dent. Ma chemise était collée de sueur. J'avais pris mon sac, mais laissé ma veste dans la voiture de Marwan, mes papiers, mon argent, tout ce qui me restait. Je ne pensais pas qu'un char d'assaut pouvait ouvrir le feu sur un taxi.
- Sors de là, Georges !
Nous roulions le long de la côte. Le soleil se levait derrière les collines. Juste après le virage, un tank syrien couleur sable, embusqué, immense. Il nous barrait la route. Mon Druze a juré. Il a freiné brusquement. Je dormais. J'ai sursauté. Il a paniqué, fait marche arrière sur le talus qui surplombait la mer. La carapace s'est réveillée. Presque rien, un souffle. Le métal du canon qui pivote.
- Mets-toi à couvert, putain!
J'ai plongé la main vers la banquette arrière, pris mon sac, cherché ma veste, mon passeport, sans quitter la mort des yeux. Et puis j'ai renoncé. La gueule d'acier nous faisait face. Vacarme dans ma tête.
- Il ne va pas tirer !
Il ne peut pas tirer sur un taxi! Un losange rouge et un rond jaune étaient peints sur la tourelle. Figures familières de tableau d'écolier. Et aussi trois chiffres arabes au pochoir blanc. Marwan traversait la route, courbé en deux. Il marchait vers l'abri, un garage fracassé. Les murs étaient criblés d'éclats, noirs de suie. J'ai ouvert ma portière, couru bouche ouverte vers la ruine béante. 
- Quand les obus tombent, ouvre la bouche, m'avait dit mon ami la première fois. Si tu ne décompresses pas, tes tympans explosent.
Lorsque je suis entré dans le garage, il ressortait en courant.
- J'ai laissé les clefs sur le tableau de bord ! Les clefs ?
La phrase était absurde. Le canon nous suivait. Moi qui entrais, lui qui sortait. Il hésitait entre nos épouvantes. Le coup est parti alors que je posais le pied sur l'ombre. Je suis tombé comme on meurt, sur le ventre, front écrasé, nuque plaquée au sol par une gifle de feu. Dedans et dehors, les pieds sur le talus, les mains sur le ciment. Mon corps était sidéré. Une lumière poudrée déchirait le béton. Je me suis relevé. La fumée lourde, la poussière grise. Je suffoquais. J'avais du sable en gorge, la lèvre ouverte, mes cheveux fumaient. J'étais aveugle. Des paillettes argent lacéraient mes paupières. L'obus avait frappé, il n'avait pas encore parlé. La foudre après l'éclair, un acier déchiré. Odeur de poudre, d'huile chaude, de métal brûlé. Je me suis jeté dans la fosse au moment du fracas. Mon ventre entier est remonté dans ma gorge. J'ai vomi. Un flot de bile et des morceaux de moi. J'ai hurlé ma peur. Poings fermés, oreilles sanglantes, recouvert par la terre salée et l'ombre grasse. Le blindé faisait mouvement. Il grinçait vers le garage. Je ne le voyais pas, j'entendais sa force. Le canon hésitait. Droite, gauche, mécanique enrouée. L'étui d'obus avait été éjecté. Choc du métal creux en écho sur la route. Silence.
- C'est un T55 soviétique, un vieux pépère.
J'ai sursauté. Voix de rocaille, mauvais anglais. Un homme âgé était couché sur le dos, dans le trou, à côté de moi dans la pénombre. Je ne l'avais pas remarqué.
- Baisse la tête, il va remettre ça.
Keffieh, barbe blanche, cigarette entre deux doigts, il fumait. Malgré le char, le danger, la fin de notre monde, il fumait bouche entrouverte, laissant le nuage paisible errer sur ses lèvres.
- C'est confortable ?
Il a désigné mon ventre d'un geste. J'écrasais son arme, crosse contre ma cuisse et chargeur enfoncé dans mon torse. Je m'étais jeté sur un fusil d'assaut pour échapper à un obus. Je n'ai pas bougé. Il a hoché la tête en souriant. Dehors, le blindé s'est mis en mouvement. Hurlement de moteur malmené.
- Il recule, a soufflé le vieil homme.
L'ombre du tank avait laissé place à la lumière de l'aube et aux herbes calcinées. Il reculait encore. J'ai attendu le rire des mouettes pour respirer. Je me suis soulevé. Sur un coude, bouche ouverte. J'ai cherché Marwan dans le tumulte, puis dans le silence. J'ai espéré que mon ami revienne, agitant ses clefs de voiture au-dessus de sa tête en riant. Chantant qu'il était fou d'être retourné à son taxi. Fou surtout de m'avoir suivi dans cette histoire idiote. Il allait me prendre dans ses bras de frère, en bénissant le ciel de nous avoir épargnés. J'ai espéré longtemps. Dehors, des hommes tiraient à l'arme légère. Des cris, des ordres, un vacarme guerrier. Une longue rafale de mitrailleuse. J'ai roulé sur le côté. Ma jambe saignait par giclées brutales. Le Palestinien a enlevé ma ceinture sans précaution et m'a fait un garrot à hauteur de la cuisse. J'étais couché sur le dos. La douleur s'invitait à coups de masse. Il a installé une couverture sous ma tête, me levant légèrement contre le rebord du trou.
Alors j'ai vu Marwan. Ses jambes dépassaient, en travers de la route. Il était retombé sur le dos, vêtements arrachés par l'explosion, sanglant et nu.
Le char toussait toujours, plus haut. La plainte du vent était revenue. Le souffle de la mer. Le vieux Palestinien s'est retourné sur le flanc, coude à terre et la joue dans la main. Il m'a observé. J'ai secoué la tête. Non, je ne pleurais pas. Je n'avais plus de larmes. Il m'a dit qu'il fallait en garder un peu pour la vie. Que j'avais droit à la peur, à la colère, à la tristesse.
Je me suis assis lourdement. J'ai repoussé son arme du pied. Il s'est rapproché. Lui et moi, dans le trou. Accroché à sa boutonnière de poche, un insigne émaillé du Fatah. Il a pris mon menton délicatement, je me suis laissé faire. Il a tourné mon visage vers la lumière du jour. Et puis il s'est penché. Sous sa moustache usée, il avait les lèvres ouvertes. J'ai cru qu'il allait m'embrasser. Il m'a observé. Il cherchait quelque chose de moi. Il est devenu grave.
- Tu as croisé la mort, mais tu n'as pas tué, a murmuré le vieil homme.
Je crois qu'il était soulagé. Il a allumé une cigarette, s'est assis sur ses talons. Puis il s'est tu, regardant la lumière fragile du dehors. Et je n'ai pas osé lui dire qu'il se trompait.

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Chiffre/Nombre"

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
12/12

 

Déjà lu du même auteur :

 

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître 

le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères 

 

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09 octobre 2013

L'envolée sauvage : La Boîte aux souvenirs – Galandon et Monin

2013_10_06_140809 Bamboo – juin 2013 – 48 pages

Quatrième ce couverture :
Placées chez Berthe, une vieille guérisseuse engagée dans la résistance, Ada et Luçja, devenues Camille et Alice, vont une fois de plus être obligées de fuir pour survivre. Elles croient trouver la paix en zone libre dans une colonie d'enfants juifs protégés par le docteur Zimmerman. Malheureusement, en cet hiver 1942, les blindés nazis traversent la ligne de démarcation...

Auteurs : Laurent GALANDON, scénariste. Habite en Ardèche. Après des études en photographie, il exerce ce métier pendant quelques années avant de diriger un cinéma d'Art et d'essai. Les rencontres avec des cinéastes, des réalisateurs ou des comédiens attisent son envie d'écrire. En 2002, il quitte l'Ile de France pour la Drôme/Ardèche. Il participe pendant quelques mois à l'AtelierBD.com avant de présenter ses premières histoires aux éditeurs. Bamboo l'accueille dans son giron avec L'Envolée sauvage et provoque la rencontre avec Arno Monin. D'autres projets sont nés chez Bamboo, dont Gemelos, dans la collection Grand Angle (sortie du tome 2 en janvier 2008).

Arno MONIN, dessinateur. Habite à Nantes. Après avoir passé un bac littéraire puis une année à la fac en histoire de l'art, Arno Monin intègre une école d'arts appliqués qui proposait la formation dessin animation bande dessinée. En cours de formation, un projet bd commence à le démanger. Il s'y consacre alors à plein temps afin de le présenter à des éditeurs, jusqu'à la bonne rencontre avec Bamboo Édition... L'Envolée sauvage est son premier album.

Mon avis : (lu en octobre 2013)
Ce quatrième tome de la série est le deuxième et la fin du deuxième cycle. Nous retrouvons Ada et Luçja, qui dénoncées, ont été obligées de quitter Berthe, la vieille guérisseuse résistante. Elles réussissent à passer en zone libre et sont recueillies par le couple Zilbermann qui tiennent une institution d'enfants. Mais les blindés allemands vont franchir la ligne de démarcation et fini la zone libre... Les Zilbermann vont être arrêtés et les enfants vont réussir à fuir et à se cacher dans la forêt. Gabor, le cuisinier gitan va les aider et les conduire en Suisse... 
Ada et Lucja sont très attachantes et courageuses. Ada invente des histoires pour les plus jeunes, elle fait parti des grands du groupe. 
Les dessins sont d'une grande douceur et pourtant il est question de sujets difficiles, de torture, de guerre, de camps. Le côté historique est également bien traité, le récit se passe de 1942 à 1945 après la Libération.

Extrait : début du livre

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Déjà lu des mêmes auteurs :

Cycle I : envoleesauvage01_  envoleesauvage02_
L'envolée sauvage : La Dame blanche 
L'envolée sauvage : Les Autours des palombes

Cycle II : l_envol_e_sauvage3 
L'envolée sauvage : Le Lapin d'Alice

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Objet"

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06 octobre 2013

de Gaulle à la plage - Jean-Yves Ferri

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Dargaud - décembre 2007 - 48 pages

Dargaud - juin 2010 - 48 pages (édition spéciale)

Dargaud - novembre 2012 - 54 pages

Présentation éditeur :
De nombreux historiens se sont interrogés sur l'emploi du temps du général de Gaulle durant l'été 56, alors que la France s'enfonce dans une grave crise. Après plusieurs années de recherches, Jean-Yves Ferri est en mesure d'apporter la réponse : le général de Gaulle était à la plage avec son aide de camp et son berger allemand, le fidèle Wehrmacht.

Auteur : Oscillant entre humour et tentative de réhabilitation d'un certain mode de vie campagnard, Jean-Yves Ferri se démarque du reste de la production par un ton particulier. De sa jeunesse, il garde son amour immodéré du terroir et l'insuffle dans ses planches. Dès 1993, il fait son entrée parmi la caste des auteurs de Fluide Glacial. Ses 'Fables autonomes', parues au format album en 1996 et en 1998, évoquent une condition rurale âpre. Ardent défenseur du monde paysan, il n'en traite pas moins avec décalage et cynisme par le biais de l'autre série qu'il développe dans les pages de Fluide Glacial, celle des aventures d''Aimé Lacapelle', sorte de policier rural à la gouaille inégalée. Auteur et dessinateur, c'est en s'associant avec Manu Larcenet qu'il rencontre massivement le public. Leur oeuvre commune, 'Le Retour à la terre', entamée en 2002, témoigne de la difficulté de vivre sans racines et fait preuve d'une sensibilité rare. Entre humeurs bucoliques et regard doux-amer, Jean-Yves Ferri est un artiste dans le système mais définitivement à part.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Eté 1956, la France est en crise, où est le Général de Gaulle... Jean-Yves Ferri imagine qu'il est parti au bord de la mer, sur une plage bretonne accompagné de son fidèle adjoint Lebornec, de sa femme, de son fils et de son chien Wehrmach, descendant du chien-loup de Hitler... Une série de gags sur demi-planches, c’est amusant, c’est absurde, c’est décalé, l'auteur est plein de tendresse pour ses personnages... Un mélange d'humour et parfois de poésie...

L’éditeur a même fait un effort avec le design de l'album qui semble dater des années 50, avec une tranche toilé jaune, couleurs de l'époque et une liste des titres parus « dans la même collection », imprimée en quatrième de couverture, complète l’illusion... En réalité, c'est le premier de la série mais une suite est en préparation, De Gaulle à Londres.

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L'un de mes fils a cependant repéré un petit anachronisme... page 29, lorsqu'un vacancier salut le Général en lui disant : « J'ai vu tous vos films ! "Jour de Fête"... "Mon oncle"... » Le lecteur comprend que de Gaulle est confondu avec Jacques Tati or la scène se passe l'été 1956 et le film "Mon oncle" n'est sortie qu'en 1958...

Extrait : 

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26 septembre 2013

Chambre 2 - Julie Bonnie

chambre_2 Belfond - août 2013 - 185 pages

Prix du roman FNAC 2013

Quatrième de couverture : 
Une maternité. Chaque porte ouvre sur l'expérience singulière d'une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.
Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d'autres encore, compagnons d'une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale. Jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l'hôpital.
Un hommage poignant au corps des femmes, et un regard impitoyable sur ce qu'on lui impose.

Auteur : Née à Tours, Julie Bonnie est auteur compositeur, chanteuse et violoniste. Elle a donné son premier concert à 14 ans avant de monter un millier de fois sur scène dans toute l'Europe, et particulièrement dans les circuits alternatifs de l'ex-Allemagne de l'Est. Elle a vécu sur les routes pendant plus de dix ans, chanté dans le groupe Cornu, travaillé avec Kid Loco, fait les premières parties de Louise Attaque, dont elle est proche musicalement, de Dionysos ou encore de Morphine, et sorti trois albums solo. Le dernier, Bonne femme, sera dans les bacs fin 2013. Il y a neuf ans, elle a changé de vie et commencé à travailler dans une maternité, tout en continuant à chanter. Elle compose actuellement la musique d'un spectacle de danse et publiera en octobre un livre pour enfants.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Béatrice est auxiliaire de puériculture dans un service de maternité à l'hôpital. Un travail qui pour beaucoup semble merveilleux et pourtant la réalité est autre... Chambre par chambre, elle raconte son travail, les différentes femmes, les différentes naissances, des mamans heureuses ou tristes... Béatrice a une grande sensibilité et cherche encore sa place, sa vie.
En parallèle à son travail, elle revient sur sa propre histoire, sur sa vie d'avant où elle était danseuse nue voyageant sur les routes aux sons des violons avec Gabor, Paolo et les deux Pierre. Elle nous raconte également son expérience de maman.
J'ai lu ce livre presque d'une traite, étant moi-même maman, j'ai été très touchée par cette histoire. Béatrice est troublante, ses réactions d'isolement, d'hypersensibilité donne envie de découvrir ses fragilités
Un très joli roman, qui m'a beaucoup émue. 

Extrait : (début du livre)
C'est comme ça, tous les jours pareil, sans exception, pour chaque équipe.
La dame du 2 n'est jamais partie.
Elle est là depuis plusieurs années, personne ne sait plus vraiment.
Dans sa chambre, le temps s'est arrêté.
On en rigole, parfois, avec les collègues.
- Tu imagines, si on restait toute la journée à la 2 ? Peut-être qu'on ne vieillirait pas.
- Avec un argument comme ça, on aurait plutôt intérêt à la louer...
- Oui. Ça, au moins, ça nous changerait notre salaire !
Mais le travail nous appelle, alors arrêter le temps n'est pas d'actualité. Il faut avancer.
Dans la salle de soins, je pose mes affaires. J'ai un panier rempli de bazar, des compresses, du désinfectant, des disques, mes demandes de congés, une clope. J'ai à manger dans un tupperware. Je n'aime pas dire « gamelle », signe que je ne suis pas encore adaptée. Il y a d'autres mots que je n'arrive pas à dire, comme « j'embauche », le truc « à » bidule, les « chefs ».
Quand j'ai posé mon panier, après être passée par les vestiaires pour mettre ma blouse vieux rose et avoir commencé à sentir des nausées parce que je ne supporte pas le travail, je dis bonjour les filles d'un ton enjoué, ou qui essaie de l'être.
Et je sors mon sourire.
Ce sont essentiellement des femmes qui travaillent en maternité, les hommes sont trop fragiles, le peu que j'ai croisés craquent très vite, ce n'est pas beau à voir.
Les filles lèvent la tête, qu'elles ont plongée dans un grand seau d'eau sale, leurs visages sont dégoulinants - la nuit a été dure -, les yeux ont peur, mais me voir est un soulagement, elles vont pouvoir «me les passer», comme on passe le fusil dans les tours de garde.
- Je te souhaite bien du courage.
Je sais. J'aurai la même tête que vous ce soir. Douze heures dans la chair humaine, nue dans la neige, nue dans le feu, nue quand il est vital de se couvrir.
Commence alors la présentation du service, chambre par chambre, femme par femme, âme humaine par âme humaine, drame par drame, vie par vie. En quelques mots : enfant, mort, anorexie, trisomie, hémorragie, déchirure, antécédents, pleurs, peurs, angoisse, nuit, crevasses, engorgement, tire-lait, solitude, mari, fausse couche, interruption médicale de grossesse, césarienne en urgence, utérus, ligature, psychosocial, infection, maltraitance, lien maternel, fragilité, dépression, périnée.

 Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
8/12

   Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Chiffre"

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25 septembre 2013

Le magasin des suicides : D'après le roman de Jean Teulé - Domitille Collardey et Olivier Ka

le_magasin_des_suicides Delcourt - septembre 2012 - 48 pages

Présentation :
Depuis dix générations, la célèbre maison Tuvache vend des kits suicide pour clients désespérés. La petite boutique familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où 
surgit un adversaire impitoyable, la joie de vivre, en la personne d’Alan, fils cadet et éternel optimiste. Pas facile de trouver sa place en famille ! Et puis, c’est mauvais pour les affaires !

Auteurs : Olivier Karali alias Olivier Ka est né en 1967 au Liban. Écrivain pour la jeunesse et scénariste de bande-dessinée, il se produit également sur scène où il raconte des histoires dont il est l'auteur (Les Contes Imbéciles - Obstinément Chocolat).
Domitille Collardey est auteur de bandes-dessinées et illustratrice. Elle est diplômée d'École nationale supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD) en 2004. Domitille Collardey a été publiée dans la très chic revue littéraire américaine McSweeney's. Elle a co-fondé le blog collectif Chicou-Chicou en 2006 avec Aude Picault, Boulet et Olivier Tallec. Ont également rejoint l'aventure par la suite Lisa Mandel, Erwann Surcouf et Ohm. Elle est mariée à Tunde Adebimpe (1975), chanteur du groupe américaine TV on the Radio, depuis 2011.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Après la lecture du livre de Jean Teulé avant la création de ce blog, puis le film d'animation réalisé en 2012 par Patrice Leconte, voici l'adaptation en BD... 
La célèbre maison Tuvache, dont la devise est la suivante « Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! », est un magasin qui vend depuis dix génération tous les ingrédients pour réussir son suicide... Dans la famille, il y a Mishima, le père, Lucrèce, la mère, Vincent, le fils et Marylin la fille. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour de la naissance d'Alan le petit dernier... Il est le résultat du test d'un préservatif troué et avec lui c'est la joie de vivre et l'amour qui arrivent dans cette maison sinistre... et cela risque d'être mauvais pour les affaires... 

L'adaptation est très proche de l'histoire de Jean Teulé avec son humour noir et son côté déjanté... Le contraste entre la noirceur de ce monde déprimé avec le dessin noir, brun et sombre et la présence lumineuse et colorée d'Alan donne du relief à l'histoire... Une bande dessinée a lire lentement pour apprécier tous les détails.

Extrait : 

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19 septembre 2013

Silex and the city - tome 1 - Jul

9782205061383_couv_I400x523 Dargaud - août 2009 - 48 pages

Présentation :
40 000 avant JC : une vallée résiste encore et toujours à l'Evolution. A l'aube de l'humanité, Blog Dotcom est un « homo-erectus qui se lève tôt » : pour changer tout ça, il décide de se présenter aux élections. Avec une femme pro de Préhistoire-Géo en ZEP (Zone d'Evolution Prioritaire), un fils cadet militant alter-darwiniste opposé à l'usage du feu et de la fourrure, et une fille aînée qui flirte avec Rahan de la Pétaudière, fils à papa héritier du plus gros volcan ? récemment privatisé ? de la région, il n'est pas au bout de ses peines. De la Biennale d'Art Préhistorique Contemporain aux Ancêtres de Don Quichotte, des Dolto-sapiens aux « minorités visibles » néandertaliennes, c'est tout notre théâtre contemporain qui défile en peaux de bêtes, pour une parodie au vitriol de notre société évoluée.

Auteur : Jul est né en 1974. Après Normale sup et une agrégation, il devient professeur d'histoire chinoise à l'université avant de s'orienter vers le dessin de presse. Il entre au Nouvel Observateur en 1998, puis dessine à la Dépêche du midi, à Marianne et à partir de 2000 pour Charlie Hebdo. Depuis, il collabore également à Lire, à Philosophie Magazine, à l'Huma, aux Echos ou encore à Fluide Glacial. En 2005, il publie son premier album Il faut tuer José Bové, une plongée délirante dans la jungle altermondialiste. L'ouvrage est plébiscité par les lecteurs. En 2006, son deuxième album La croisade s'amuse parodie le choc des civilisations.En 2007, le Guide du Moutard pour survivre à 9 mois de grossesse reçoit le Prix Goscinny. La planète des sages, encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies écrite avec Charles Pépin, a marqué l'année BD 2011. En 2009, il publie chez Dargaud sa première série Silex and the City. 4 tomes et une première saison animée plus tard, plus de 300 000 exemplaires ont été vendus et la série vue par des millions de téléspectateurs.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
J'ai découvert Silex and the city avec la version animée qui passe sur Arte depuis un an, je ne le regarde pas régulièrement mais seulement de temps en temps lorsque je tombe dessus en zappant. 
La BD commence sur la phrase suivante « Nous sommes 40 000 av.JC, toute la planète semble obéir aux lois de la sélection naturelle... Toute ? Non... Une vallée résiste encore et toujours à l'évolution », cela rappelle quelque chose... Avec cette bande dessinée, Jul fait une excellente satire de notre société en la transplantant au temps de la préhistoire. Son héros, Blog Dotcom, est prof de chasse, sa femme, Spam, est prof de préhistoire-géo dans un collège de ZEP (Zone d’Evolution Prioritaire), son fils Url est militant chez les alterdarwinistes radicaux, sa fille Web est une fashion-victim. Blog Dotcom décide se présenter aux élections pour prendre la tête de la vallée. Sa devise : « L’évolution à visage humain ». Il veut ainsi réunir toutes les minorités visibles hominidées au-delà de leur diversité : les homo-sapiens, les lémuriens démocrates, les végétariens, les cannibales et les néanderthaliens...  

Je n'aime pas le dessin de Jul mais je me suis bien amusée à lire les aventures de la famille Dotcom, c'est drôle, il y a beaucoup de jeux mots, de nombreuses références...

Autre avis : Canel

Note : ♥♥♥♥

 Extrait : 

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Extrait : Silex and sthe city saison 2 diffusé sur Arte

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18 septembre 2013

Charly 9 - Jean Teulé

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Audiolib - avril 2011 - lu par Emmanuel Dekoninck

Julliard - mars 2011 - 200 pages

Pocket - mars 2012 - 221 pages

Quatrième de couverture : 
Le règne de Charles IX fut court – il meurt à 23 ans –, extravagant – on dit du roi qu’il lâchait des cerfs dans ses appartements pour le plaisir de les courser – et atrocement sanglant. Même si le projet fut sans doute de Catherine de Médicis, c’est Charles IX qui ordonna, en août 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy. Accablé par l’horreur de ce carnage, il sombra dans une démence qui le conduisit en quelques mois à la mort. C’est cette terrifiante descente aux enfers que Jean Teulé raconte dans ce roman baroque et magnifique.
Déjà lecteur pour Audiolib de la trilogie Millenium, Emmanuel Dekoninck se montre tout aussi à l’aise pour restituer les violences d’un XVIème siècle lui aussi déchiré par le fanatisme et les ambitions.

Auteur : Jean Teulé est l'auteur de treize romans. Parmi les plus notables, Je, François Villon a reçu le Prix du récit biographique ; Le Magasin des suicides a été traduit en dix-neuf langues et récemment adapté en animation. Darling a été adapté au cinéma avec Marina Foïs et Guillaume Canet dans les rôles principaux ; Le Montespan, prix Maison de la presse et grand prix Palatine du roman historique, a été élu parmi les vingt meilleurs livres de l'année 2008 par le magazine Le Point

Lecteur : Interprète de théâtre de grand talent, apprécié à Bruxelles et à Paris, metteur en scène et également compositeur, Emmanuel Dekoninck vit en Belgique. Il a déjà enregistré pour Audiolib, entre autres, Millénium et 1Q84.

Mon avis : (écouté en septembre 2013)
Ce livre est un roman historique autour de la vie du jeune roi Charles IX (1550-1574). Il est tenu comme étant le responsable du Massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572. A partir de faits réels historiques, Jean Teulé nous raconte dans un style léger une page d'Histoire de France où se mêlent des évènements sombres et des situations loufoques... Il nous livre une galerie de portraits de l'époque haute en couleur. 
Charles IX est touchant, il est devenu Roi de France à l'âge de dix ans. Sa mère, Catherine de Médicis, a règné à sa place jusqu'à sa majorité. Il a seulement 22 ans lorsque le roman commence, nous sommes à la veille de la Saint Barthélémy, le roi est pressé par son entourage de donner l'ordre de l'élimination des chefs protestants. Il est hésitant, mais pas assez fort pour s'opposer à sa mère et à ses conseillers. Lorsqu'il réalisera l'empleur de ce terrible crime, il deviendra fou et malade... "Plus pâle qu'un cadavre et plus tremblant qu'un chien, de ses milliers de victimes il voit errer les ombres."
Jean Teulé réussit un tour de force en rendant presque sympathique le responsable du Massacre de la Saint-Barthélemy...
J'ai beaucoup appris et je me suis également beaucoup amusée en écoutant ce livre parfaitement lu par Emmanuel Dekoninck qui a su donner vie aux nombreux personnages historiques. Comme à chacune de ses lectures, on oublie qu'il n'y a qu'un seul lecteur !

Extrait : (début du livre)
- Un mort ?

Un gentil garçon semblant à peine sorti de l'adolescence - il vient d'avoir vingt-deux ans - écarquille ses grands yeux :
- Quoi ? Vouloir que j'ordonne, pour cette nuit, l'assassinat d'un convalescent surpris en plein sommeil ? Mais vous n'y pensez pas, ma mère ! Et puis quel homme, l'amiral de Coligny que j'appelle « mon père ». Jamais je ne scellerai cet édit !
Tout loyal, franc, ouvert du coeur et de la bouche, le garçon, à haute fraise blanche entourant sa gorge jusqu'au menton, s'étonne :
- Comment pouvez-vous venir me réclamer la mort de mon principal conseiller qui déjà hier matin, sortant du Louvre, fut arquebuse dans la rue par un tueur caché derrière du linge séchant à une fenêtre ?... Il n'est que blessé. Ambroise Paré dit qu'il s'en tirera et je m'en réjouis.
- Pas nous, répond une voix de matrone au fort accent italien. D'autant que c'est ton jeune frère et moi qui avions commandité l'attentat.
- Quoi ? !
Le garçon, d'un naturel aimable et ayant de bonnes dispositions, n'en revient pas. Sous un bouquet de duvet de cygne à sa toque, il tourne lentement la tête vers les six personnages assis côte à côte devant lui. L'un d'eux, vieux gentilhomme vêtu d'une jupe de damas cramoisi, regrette :
- Sire, le seigneur de Maurevert, tueur professionnel mais mal habitué aux armes à feu, voulait faire ça à l'arbalète. Pour plus de sûreté, nous lui avons imposé l'arquebuse. Mal nous en a pris. Au moment du tir, Coligny s'est penché pour réajuster sa mule. Maurevert a manqué sa cible.
Le jeune roi aux joues arrondies hoche la tête d'un air consterné :
- Quand je pense que cet après-midi je suis allé rue de Béthisy, au chevet de l'amiral, lui promettre de faire rechercher et punir les coupables... C'étaient ma mère et mon frère !... Mais pourquoi avez-vous décidé ça, tous les deux, mamma ?
Mamma, assise juste en face de son rejeton royal, porte autour du cou une immense collerette tuyautée en façon de roue de carrosse. Couverte d'une poudre de riz parfumée, celle-ci enfariné le haut des manches bouillonnées d'une robe noire de veuve. Yeux globuleux et joues molles, les lèvres lippues de la reine mère remuent :
- Charles, écoute-moi... Gaspard Coligny de Châtillon, certes grand amiral de France mais aussi chef du parti protestant, a maintenant trop d'emprise sur toi. Et depuis des semaines, il te presse en secret d'intervenir aux Pays-Bas espagnols sous prétexte que Philippe II y opprime les huguenots.
- Comment le savez-vous puisque c'est en secret ?

Déjà lu du même auteur :

le_montespan_p Le Montespan darling_p Darling

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15 septembre 2013

Mapuche - Caryl Férey

mapuche Gallimard - avril 2012 - 464 pages

Prix du meilleur polar français du Magazine LIRE 2012
Prix Landerneau Polar 2012

Quatrième de couverture : 
Jana est mapuche, fille d'un peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd'hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires dans la friche de son ancien mentor et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne. Rubén Calderón aussi est un rescapé – un des rares « subversifs » à être sorti vivant des geôles clandestines de l'École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune sœur. Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature de Videla, et leurs bourreaux... Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Mais un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d'un travesti, « Luz », qui tapinait sur les docks avec « Paula », la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête sur la disparition d'une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d'un des hommes d'affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l'Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des oppresseurs rôdent toujours en Argentine. Eux et l'ombre des carabiniers, qui ont expulsé la communauté de Jana de ses terres ancestrales...

Auteur : Né en 1967, à Caen, remarqué lors de la parution de son troisième roman 'Haka', Caryl Férey s'inscrit rapidement parmi les figures importantes du polar à la française. La singularité de ses oeuvres : le dépaysement. Grand voyageur, l'écrivain situe ses romans noirs, parmi lesquels 'Zulu' ou 'Utu', aux quatre coins de la planète, de la Nouvelle-Zélande, où il a vécu, au Maroc en passant par la France ou l'Afrique du Sud. Inspiré par la culture rock, on lui doit des titres comme 'La Jambe gauche de Joe Strummer', référence directe à sa passion pour les Clash, ou 'D'amour et dope fraîche', qui constitue un nouvel épisode des aventures du Poulpe. Férey distille également son talent en direction d'un public plus jeune avec des livres comme 'Jour de colère' ou 'Ma langue de fer'. Lui qui a débuté auprès d'une petite maison d'édition rennaise, La Balle d'Argent, fait désormais partie des valeurs sûres de la prestigieuse Série noire.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Ce livre est à la fois un excellent thriller et un documentaire, un témoignage sur les années noires de la dictature en Argentine. 
Jana est une jeune Mapuche, elle vient d'une tribu indienne décimée par les colons blancs. Elle est sculptrice à Buenos Aires et a pour amie Paula, un travesti. 
Rubén Calderón est détective privé pour le compte des Mères de la place de Mai, il est le fils du poète Daniel Calderon, emprisonné et torturé à mort lors du Processus en 1978. Rubén et sa jeune sœur ont été également enlevés et torturés, seul Rubén en a réchappé. 
Les chemins de Rubén et Jana vont se croiser sur le port de la Boca. En effet, Rubén enquête sur la disparition de Maria Victoria Campallo, une photographe, fille d'un riche homme d'affaires argentin qui se destine à la politique. Et Luz, un des amis travestis de Jana est retrouvé assassiné dans le port. Le lecteur apprend rapidement qu'il existe un lien entre Maria et Luz. 
Il est question de l'histoire de l'Argentine durant les années mi 70 et fin 80. De la dictature de Videla et des disparitions d'enfants enlevés et clandestinement adoptés par les familles de militaires, de policiers ou de proches du pouvoir. 
L'enquête est passionnante, les personnages de Jana et Rubén sont attachants et émouvants, il y a bien sûr quelques scènes assez insoutenables, mais elles ont leurs raisons d'être... 

Autre avis : Enna

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Un vent noir hurlait par la portière de la carlingue. Parise, sanglé, inclina son crâne chauve vers le fleuve. On distinguait à peine l’eau boueuse du Río de la Plata qui se déversait depuis l’embouchure.

Le pilote avait mis le cap vers le large, en direction du sud-est. Un vol de nuit comme il en avait fait des dizaines dans sa vie, bien des années plus tôt. L’homme au bomber kaki était moins tranquille qu’à l’époque : les nuages se dissipaient à mesure qu’ils s’éloignaient des côtes argentines et le vent redoublait de violence, secouant le petit bimoteur. Avec le vacarme de la portière ouverte, il fallait presque crier pour se faire entendre.
— On va bientôt sortir des eaux territorialesþ! prévint-il en balançant sa tête vers l’arrière.
Hector Parise consulta sa montre-bracelet ; à cette heure, les autres devaient déjà avoir expédié le colis… Les crêtes des vagues miroitaient sur l’océan, ondes pâles sous la lune apparue. Il s’accrocha aux parois de la carlingue, géant chancelant sous les trous d’air. Le « paquet » reposait sur le sol, immobile malgré les soubresauts de l’appareil. Parise le fit glisser jusqu’à la portière. Six mille pieds : aucune lumière ne scintillait dans la nuit tourmentée, juste les feux lointains d’un cargo, indifférent. Sa sangle de sécurité battait dans l’habitacle exigu.
— O.K. ! rugit-il à l’intention du pilote.
L’homme dressa le pouce en guise d’assentiment.
Le vent fouettait son visage ; Parise saisit le corps endormi par les aisselles et ne put s’empêcher de sourire.
— Allez, va jouer dehors, mon petit…
Il allait basculer le paquet sur la zone de largage quand une lueur jaillit des yeux ouverts — une lueur de vie, terrifiée.
Le colosse tangua dans la tourmente, pris de stupeur et d’effroi : shooté au Penthotal, le paquet n’était pas censé se réveiller, encore moins ouvrir les paupières ! Était-ce la Mort qui le narguait, un jeu de reflets nocturnes, une pure hallucination ? ! Parise empoigna le corps avec des frissons de lépreux, et le précipita dans le vide.

Déjà lu du même auteur :

zulu Zulu haka_p Haka

 Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  3/25

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13 septembre 2013

La servante du seigneur - Jean-Louis Fournier

la_servante_du_Seigneur Stock - août 2013 - 160 pages

Quatrième de couverture : 
Ma fille était belle, ma fille était intelligente, ma fille était drôle… 
Mais elle a rencontré Monseigneur. Il a des bottines qui brillent et des oreilles pointues comme Belzébuth. Il lui a fait rencontrer Jésus. Depuis, ma fille n’est plus la même. 
Elle veut être sainte. 
Rose comme un bonbon, bleue comme le ciel.

Auteur : Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision né à Arras le 19 décembre 1938. Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco. 
Jean-Louis Fournier est l'auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s'entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Après son père avec Il a jamais tué personne, mon papa, ses fils handicapés Où on va papa ? et sa femme Veuf,  Jean-Louis Fournier s'adresse dans ce livre à sa fille Marie. Avec son humour habituel, il lui adresse à sa façon une déclaration d'amour.

Dans ce livre l'auteur est nostalgique de l'époque où avec sa fille il avait une vraie complicité, le même humour, il aimait sa vitalité, sa créativité, elle dessinait ... Depuis dix ans, sa fille est partie avec "Monseigneur" pour une vie tournée vers Dieu, elle ne dessine plus, elle ne travaille plus... 
Jean-Louis Fournier a laissé à sa fille les dernières pages de son livre pour un droit de réponse. Cette lettre est très digne et complète parfaitement ce récit.
J'ai trouvé ce livre plein de tristesse et je l'ai trouvé dérangeant. Jean-Louis Fournier ne met aucune distance avec le lecteur, il lui raconte sa vie, sa solitude, son sentiment d'abandon vis à vis de sa fille. On devine bien sur tout l'amour qu'il a pour sa fille mais il ne tait pas tous les reproches qu'il a à lui faire... Je n'ai pas envie de prendre partie pour l'un ou l'autre.

Extrait : (lu en septembre 2013)

J'ai égaré ma fille.
Je suis retourné à l'endroit où je l'avais laissée, elle n'y était plus.
J'ai cherché partout.
J'ai fouillé les forêts, j'ai sondé les lacs, j'ai passé le sable au tamis, j'ai cardé les nuages, j'ai filtré la mer...
Je l'ai retrouvée.
Elle a bien changé.
Je l'ai à peine reconnue.
Elle est grave, elle est sérieuse, elle dit des mots qu'elle ne disait pas avant, elle parle comme un livre.
Je me demande si c'est vraiment elle.

Tu étais charmante et drôle.

Elle est devenue une dame grise, sérieuse comme un pape.
Elle est sévère, elle plaisante moins, elle est dogmatique, autoritaire, elle aime bien faire la morale aux autres.
Les autres, ceux qui ont toujours tort.

Tu t'habillais fort joliment de couleurs vives, tu n'avais pas peur d'être excentrique, même parfois extravagante, tu dénichais aux puces, pour une misère, des fringues étonnantes.

Elle ne se maquille plus. Elle est toujours belle, elle ressemble à un officier de l'Armée du Salut.

Maintenant, elle porte du classique, des vêtements sombres, couleur muraille. 
Le loden avant la bure ?

Déjà lu du même auteur :

ou_on_va_papa_p Où on va papa ? le_cv_de_Dieu Le CV de Dieu

l_arithm_tique_impertinente L'arithmétique appliquée et impertinente

la_grammaire_impertinente La grammaire française et impertinente

il_a_jamais_tu__personne_mon_papa Il a jamais tué personne, mon papa

j_irai_pas_en_enfer_p J'irai pas en enfer veuf Veuf

  Challenge 1% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
6/6

 

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08 septembre 2013

Blast : 3 - La tête la première - Manu Larcenet

blast_0 Dargaud - octobre 2012 - 204 pages

Quatrième de couverture : 
Toujours en garde à vue après la mort d'une jeune femme, Polza Mancini déroule ses souvenirs d'errance, sa quête éperdue du « blast » ces moments magiques qui le transportent ailleurs, mais aussi ses séjours en hôpital psychiatrique, ses terreurs et ses cauchemars.
Avec Blast, Manu Larcenet signe l'une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine, une terrifiante descente aux enfers, profondément humaine et touchante.

Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans,Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Dans ce troisième tome, Polza Mancini est toujours en garde à vue. Il continue à se confier, tranquillement en racontant sa vérité. Il revient sur son enfance, sur ses relations avec son père et son frère, il raconte également son séjour à l'hôpital psychiatrique, jusqu'à sa rencontre avec Carole. Les dessins sont toujours aussi sombres, avec quelques pages en couleur. Polza est de plus en plus attachant et l'auteur continu à maintenir un suspens entier sur l'intrigue, la dernière page annonce un rebondissement... Et pour satisfaire sa curiosité, le lecteur tenu en haleine n'a plus qu'à attendre le prochain épisode...

Extrait : 

blast5 blast6 

Déjà lu du même auteur :

RetourALaTerreLe1a_21012005 le_retour___la_terre_2 RetourALaTerreLe3_11012005 RetourALaTerreLe4_31082006 le_retour___la_terre_5 
Le retour à la terre

blast Blast : 1 - Grasse carcasse 

blast2  Blast : 2 - L'Apocalypse selon saint Jacky

 

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