19 mai 2017

Nuit de septembre - Angélique Villeneuve

415+1T50NGL Grasset - mars 2016 - 160 pages

Quatrième de couverture :
« Une nuit, ton fils s'est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l'as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s'il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d'iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu'il est parti gonflé d'elles. Mais comme tu n'es pas sûre qu'en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »
Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l'après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d'être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?
Auteur : Angélique Villeneuve est l'auteur de cinq romans. Les Fleurs d'hiver, paru en 2014 aux éditions Phebus, a reçu un bel accueil (Prix Mille Pages 2014, prix La Passerelle 2015, prix de la ville de Rambouillet 2015).
Mon avis : (lu en avril 2017)
Après avoir beaucoup aimé le roman précédent d'Angélique Villeneuve, "Les fleurs d'hiver", j'ai eu envie de découvrir son dernier roman. Je ne m'attendais pas à lire ce témoignage sur le suicide du fils de l'auteure.
Un récit poignant et digne d'une mère qui cherche à aller au-delà de sa souffrance et à comprendre le geste de son fils. L'écriture d'Angélique Villeneuve est pleine d'humanité, de justesse, c'est une grande déclaration d'amour pour son fils et un témoignage bouleversant mais également réconfortant pour pouvoir se tourner vers l'avenir et vivre après un tel drame.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à deux autres livres témoignages d'un père ou d'une mère sur la mort de leur enfant : Camille, mon envolée - Sophie Daull et Le Fils - Michel Rostain . 

Extrait :
Avant, bien longtemps avant ce jour-là, sans te sentir vraiment concernée tu avais lu ou entendu ces histoires à propos de la douleur.
On le disait, on l’écrivait, certains en tout cas le disaient, l’écrivaient, la douleur est une bête fidèle. Au moindre signe elle accourt, quand le monde déserte.
La douleur comme une créature.
Tu n’y croyais pas. Tu désirais, peut-être, te faire ta propre idée. Alors t’y voilà. Tu y es. Au milieu, au-dedans.
Tu as perdu ton fils il y a quelques semaines.
Une nuit, il s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.

Déjà lu du même auteur : 

 9782752909985-e581c Les Fleurs d’hiver

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15 mai 2017

Ma part de Gaulois - Magyd Cherfi

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 6h14 - Lu par l'auteur

Actes Sud - août 2016 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 1980, l'avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd - lycéen beur d'une cité de Toulouse - c'est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l'intégration et les raisons de certains renoncements.  

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l'identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d'une réalité qui persiste, boite, begaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Auteur : Magyd Cherfi est né à Toulouse en 1962. Dès le lycée, il écrit des scénarios de films amateurs, puis participe à la création de l'association Vitecri pour la promotion des cultures de banlieues. Cette association donnera naissance au groupe Zebda, dont il devient chanteur et parolier. Zebda publiera six albums entre 1992 et 2015. En solo, Magyd Cherfi est l'auteur-compositeur et interprête de deux albums Cité des Etoiles (2004) et Pas en vivant avec son chien (2007). Son nouvel album, Catégorie Reine, sort en mars 2017.
Des les deux recueils de récits publiés chez Actes Sud (Livret de famille en 2004 et La Trempe en 2007), il explore déjà les thématiques liées à la vaste question de l'identité.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Lors de la rentrée Littéraire de Septembre 2016, j'avais noté ce titre après avoir vu l'auteur à la télévision. Dans ce livre, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse. Il est un jeune beur tiraillé entre ses origines kabyle et française, bon élève et aimant étudier, il est également en décalage avec ses copains de la cité qui préfèrent le foot aux livres... Malgré cela, grâce à l'amour inconditionnelle de sa mère, aux amitiés fortes, aux liens qu'il a créé au fil de ses rencontres, Magyd fait sa place en créant une association de soutien scolaire, un club théâtre...
J'ai aimé l'accent chantant du sud-ouest de l'auteur-lecteur, j'ai eu plus de mal à appréhender le style où le vocabulaire fleuri (nombreuses insultes et grossièretés) est trop présent à mon goût. J'ai aimé le côté positif des propos de l'auteur. Son parcours n'a pas été facile, mais c'est cela qui lui a donné la force et lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. C'est à la fois drôle et émouvant, parfois poétique...

Extrait : (début du livre)
Longtemps j’ai aimé qu’on me dise :
— Magyd, écris-nous quelque chose ! Un truc qui tue, mets-nous le feu ! On s’ennuie.
Surtout les filles de mon quartier, qui savaient mon écriture inflammable et solidaire. J’aimais dégommer les mecs de ma cité qui me le rendaient bien. Je les croquais en verbe, ils me retournaient la bouche à coups de savate. Les filles, elles voulaient que j’écrive un incendie. Être leur pyromane me chauffait les neurones. Interdites de sorties je devenais leur passeport pour les étoiles.
— Écris la légende des quartiers.
Tout le monde aimait ça, que j’invente une “histoire”. D’histoire on n’en avait pas. Ma mère, les filles, les copains, un seul cri : Écris…
— Un truc qui tue !
Comme on dit au djinn “exauce mon vœu” ou à la fée “fais-moi apparaître la plus jolie princesse”. On me sollicitait de partout pour un petit bonheur pépère. J’étais dans ma cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume. Les copains aussi me demandaient des poèmes pour accrocher une voisine et quand ils revenaient me supplier pour deux ou trois autres quatrains, je la jouais poète pris dans les tourments de l’inspiration, je me prenais la tête à deux mains :
— Attendez, il faut que ça vienne.
J’en profitais pour leur soutirer les commentaires de la coquine ou la teneur de l’échange qui pouvait être un premier baiser ou la permission d’une caresse en des endroits bénis par la secte “garçons”.
— J’y ai tété le sein, la tête de ma mère !

Et je bandais tranquille, un peu pour la scène décrite et beaucoup pour la sensation de ce pouvoir en ma possession et dont je profitais par procuration.
La procuration, ô terre bénie dans laquelle j’ai atterri en douceur, très tôt.
J’étais mou, affable et grassouillet, ça vous donne trois raisons de ne pas visiter la jungle des hommes. Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel. Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince… charmant, musclé et pas con.
À défaut d’être “mec”, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo.
Par bonheur je n’étais pas que flasque et éteint, j’étais aussi fâché et j’ai donc envoyé mon écriture à la salle de gym. J’habitais la banlieue, ça dit tout.
Pourtant j’avoue pour avoir lu les “meilleurs” que j’étais à l’écriture ce que le mineur est au minerai, bien plus dans le concassage que dans l’épure.
J’en maudis encore le ciel, car écrire et être en colère auraient mérité un scribouillage hugolien. Rien de ça chez moi jusqu’à ce que j’assume ce qualificatif qui m’a hanté longtemps. Sympa.
— C’est sympa ce que t’écris.

 

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11 mai 2017

L'été Diabolik - Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse

Couv_258042 Dargaud - janvier 2016 - 168 pages

Prix BD Fnac 2017
Prix polar SNCF 2017

Quatrième de couverture : 
Un agent secret sorti de nulle part, un accident dramatique, une fille troublante et la disparition de son père, le tout en deux jours… Pour Antoine, 15 ans, l'été 1967 sera celui de toutes les découvertes. Après Souvenirs de l'empire de l'Atome, les auteurs proposent un nouveau cocktail détonant et jouissif : un scénario particulièrement haletant, entre espionnage et littérature, passé au mixeur graphique de Clérisse qui, cette fois, mélange les références des fumetti à David Hockney.

Auteurs : Thierry Smolderen, né en 1954 à Bruxelles, est un essayiste et un scénariste de bande dessinée belge. Alexandre Clérisse, né en 1980 à Aurillac, est un dessinateur de bande dessinée français.

Mon avis : (lu en avril 2017)
1967, Antoine n'oubliera pas l'été de ses 15 ans. Seul en vacan­ces avec son père, il passe du bon temps entre les courts de tennis et la piscine de riches amis. Il partage ses loisirs avec Eric, un copain déluré, il fait la rencontre de Joan, une Américaine peu farouche sans oublier Michèle, qu'il aime en silence... Mais cet été plutôt tranquille ne va pas le rester... Entre morts et disparitions suspectes, l'histoire bascule vers un roman sur fond de guerre froide.
Voilà une BD originale dans un style années 60-70, les couleurs sont vives et les formes géométriques. Le dessin est vraiment magnifique et le style rétro vraiment réussi. 

 

Extrait :

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04 mai 2017

De tes nouvelles - Agnès Ledig

de tes nouvelles Albin Michel - mars 2017 - 352 pages

Quatrième de couverture : 
Anna-Nina, pétillante et légère, est une petite fille en forme de trait d’union. Entre Eric, son père, et Valentine, qui les a accueillis quelques mois plus tôt un soir d’orage et de détresse.
Maintenant qu’Eric et Anna-Nina sont revenus chez Valentine, une famille se construit jour après jour, au rythme des saisons. Un grain de sable pourrait cependant enrayer les rouages de cet avenir harmonieux et longtemps désiré.
Depuis Juste avant le bonheur, son premier succès, Agnès Ledig sait trouver les mots justes pour exprimer les émotions qui bouleversent secrètement nos vies. Son nouveau roman vibre d’énergie et de sensibilité, à l’image de ses personnages, héros du quotidien qui ne demandent qu’à être heureux.

Auteur : Découverte en 2011 avec Marie d'en haut, coup de cœur des lectrices du Prix Femme Actuelle, Agnès Ledig s'est imposée comme une des romancières françaises les plus aimées du grand public. Ses deux best-sellers, Juste avant le bonheur, Prix Maison de la Presse 2013 (460 000 ex vendus en France, grand format et poche), et Pars avec lui (2014) sont aujourd'hui traduits en 12 langues. L'auteur vit actuellement en Alsace.

Mon avis : (lu en avril 2017)
Quel plaisir de retrouver Valentine, Eric, la mignonne Anna-Nina sans oublier Gustave et Gaël dans la suite du roman "On regrettera plus tard" ! C'est une vraie surprise car je n'attendais pas spécialement de suite... Après deux mois de vacances sur les routes, Eric et Anna-Nina sont revenus chez Valentine. Cette dernière et Eric ont décidé de se donner la chance de construire une vie ensemble, malgré le passé et les peurs de chacun... Mais en amour, rien n'est facile...
Les personnages sont touchants et attachants, l'histoire est pleine de tendresse et d'émotions.

Extrait :
Ils sont revenus.
Quelques jours avant la rentrée.
Douce fin d’été.
Je savais qu’Éric ne me préviendrait pas de la date. Son besoin inaliénable de liberté. Fixer un jour sur le calendrier doit représenter une contrainte trop arrogante dans son univers sans barrières. L’attente à peine dissimulée qui baignait mon dernier courrier aura fini de le persuader de ne pas me prévenir, peut-être uniquement pour me contrarier.
J’ai déjà éprouvé diverses émotions depuis ce soir de juin quand sa fille et lui ont fait irruption dans ma vie. La surprise en leur ouvrant ma porte ; un violent orage avait endommagé leur roulotte, ils avaient besoin d’aide. Puis l’attirance physique, presque immédiate, pour cet homme. L’attachement envers sa fille m’a ensuite imprégnée sans que je puisse lutter. Le déchirement de les voir repartir, laissant place à l’impatience et l’espoir d’un retour rapide. Et aujourd’hui la surprise, à nouveau. Finalement, elle est savoureuse.
C’est ma chienne qui les a accompagnés le plus loin possible lors de leur départ, il y a deux mois, c’est elle qui est venue les cueillir la première au bout du chemin ce matin. De l’avoir vue partir en courant m’a d’abord intriguée. De l’entendre ensuite japper sa joie au loin m’a décidée à sortir, avec l’espoir que ce soit eux.
Croquette sautillait autour de la roulotte en aboyant et en remuant la queue face aux chevaux impassibles qu’Éric dirigeait consciencieusement sur le chemin bordé de quelques traîtres cailloux.
Anna-Nina, assise sur son petit strapontin à la gauche de son père, s’est mise à me faire de grands signes de la main en m’apercevant, jusqu’à ce qu’elle saute de la roulotte encore en marche à quelques mètres de la cour.
Je ne sais pas si elle a vu les larmes sur mes joues. Elle a couru dans ma direction pour venir se blottir dans mes bras, et son T-shirt en coton les a essuyées dans notre étreinte. Qu’elle ne se souvienne que de mon sourire immense et de mes yeux accueillants. Cela suffit à sa joie de petite fille. La mienne inondait ma poitrine à faire battre mon cœur à se rompre. Je ne sais rien des projets d’Éric, ni où ils vont vivre, ni quelle relation il m’autorisera à construire avec sa fille, ni quelle intimité il voudra bien m’accorder. La relation qui s’est nouée en trois semaines est si incongrue qu’elle nécessite probablement un minimum de remise en ordre pour fonctionner. Mais ils sont là. Anna-Nina intégrera l’école pour goûter à une stabilité qu’elle a jusqu’à présent ignorée, promenée sur les routes de France depuis sa naissance. Son père est un homme de parole. Il me l’a écrit, il le fera. Pour le reste, nous composerons. J’essaie de ne rien attendre, de ne rien chercher à comprendre. Juste vivre ce qui se présente à moi. J’essaie.
Anna-Nina s’est ensuite détachée de moi en gardant ses mains posées sur mes épaules.
– Il est où Gustave ?
– Il doit être chez lui. Il prépare des bocaux. Il sera heureux de te voir. File.

Déjà lu du même auteur : 

JUSTE_AVANT_LE_BONHEUR Juste avant le bonheur 9782226259929-j Pars avec lui 

9782226320933m On regrettera plus tard

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29 avril 2017

Un petit livre oublié sur un banc - Jim et Mig

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Bamboo - mars 2014 - 53 pages

Bamboo - avril 2015 - 54 pages

Quatrième de couverture :
Camélia est assise sur un banc. À côté d'elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d'un inconnu l'invite à l'emporter...

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases... L'inconnu dit s'ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d'une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. "Mais combien sommes-nous à rêver d'une vie romanesque ?".
Camélia entoure six mots en réponse : "nous" "sommes" "deux", "vous" "et" "moi"... Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc...
À l'heure des textos et du livre numérique, "En petit livre oublié sur un banc" est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres... Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel...

Auteurs : Jim, de son vrai nom Thierry Terrasson, né le 21 mars 1966 à Niort, est un auteur de bande dessinée et de courts métrages. Il publie également sous le pseudonyme de Téhy.
Mig, nom de plume de David Laurent, né en 1975, est un auteur de bande dessinée et animateur français.

Mon avis : (lu en avril 2017)
Dans la préface de cette BD, Jim explique qu'il a eu l'idée de cette histoire grâce à une amie qui déposait les livres qu'elle avait lu et aimé dans les lieux publics afin que le livre voyage et soit partagé avec le plus de lecteurs possible...
Camélia est une jeune femme dont la vie semble assez monotone. Un jour, elle trouve un livre abandonné sur un banc avec le message suivant : « Ce livre est pour la personne qui le trouvera. Gardez-le. J'ai pris un grand plaisir à le lire, je tiens à ce que ce plaisir ne reste pas emprisonné sur une étagère de ma bibliothèque. Il est spécialement pour vous.
Signé : Un inconnu »
Camélia emporte le livre et s'empresse de commencer à le lire... Elle découvre alors des mots entourés, qui bout à bout lui laisse un message :
« Longtemps, j'ai connu l'ennui dans ma vie. Longtemps j'ai souhaité de plus grandes émotions, une vie amoureuse forte et bouleversante, une passion qui me tienne éveillé et fasse battre mon coeur… »
C'est le début d'un vrai jeu de piste pour Camélia qui cherche à découvrir qui est cet inconnu. Elle espère un peu de piment dans sa vie et elle ne va pas être déçue...
Voilà une histoire en deux tomes légère, touchante, avec de la poésie.

 

Extrait :

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16 avril 2017

Un clafoutis aux tomates cerises - Véronique de Bure

Lu en partenariat avec Babelio et Flammarion

CVT_Un-clafoutis-aux-tomates-cerises_1926 Flammarion - février 2017 - 384 pages

Quatrième de couverture :
Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d'écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l'un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu'elle veut et ce qu'elle peut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, s'amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d'à côté, accueillir pas trop souvent ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine... Un clafoutis aux tomates cerises, le plus joli roman sur le grand âge qui soit, traite sans fard du temps qui passe et dresse le portrait d'une femme qui nous donne envie de vieillir.

Auteur : Véronique de Bure est l'auteur d'un premier roman très remarqué par la critique, Une confession (2009), et de plusieurs récits dont Un retraité (2011).

Mon avis : (lu en avril 2017)
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, un très beau portrait de Jeanne, une veuve de 90 ans, elle vit seule dans sa maison dans la campagne de l'Allier. Durant une année, au fil des saisons, elle raconte son quotidien, la nature qui s'éveille, ses copines, ses sorties, Fernand et Marcelle les voisins de la ferme d'à côté qui vieillissent aussi. 
Voilà un roman à classer dans ceux qui font du bien, les réflexions et impressions de Jeanne sont tour à tour pleines d'humour, de tendresse, de nostalgie.
Dès que j'ai lu la quatrième de couverture, j'ai eu envie de découvrir ce roman, en effet dans ma vie personnelle, je connais une « Jeanne » de 90 ans, il y a quelques mois elle vivait encore seule dans sa grande maison en pleine campagne. Aujourd'hui, pour plus de sécurité, elle a préférée s'installer dans la maison de retraite du village et lors de notre dernière visite, nous sommes allés prendre un café dans sa maison et je lui offert ce livre...

Merci Babelio et Flammarion pour ce roman touchant et émouvant que j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
J'ai passé l'hiver. J'écarte les rideaux et regarde à travers les carreaux. Le noyer n'a pas encore de feuilles, mais les marronniers commencent à se réveiller, et la haie de noisetiers a verdi. J'ouvre la fenêtre, l'air est frais. Le thermomètre extérieur indique cinq degrés. L'hiver n'est pas tout à fait parti, ses derniers jours se fondent avec les premiers du printemps. Je bloque les volets avec les petits taquets, j'ai de plus en plus de mal à ouvrir complètement les deux battants, l'ampélopsis a trop poussé. André n'est toujours pas venu le tailler, il va falloir que je lui écrive. Mon fils se moque de moi, il dit que ça ne sert à rien d'écrire aux artisans, il faut leur téléphoner sinon ils ne viennent pas. Mais moi je n'aime pas le téléphone. Il paraît que je ne suis jamais aimable au bout du fil, ce n'est pas ma faute, je ne suis pas à l'aise, je préfère voir les gens quand je leur parle. 
Aujourd'hui on ne s'écrit plus. Pourtant, il y a un an ou deux, peut-être plus, je ne sais plus, le temps passe si vite, les gens de La Poste sont venus m'installer une boîte aux lettres. C'est obligatoire, m'ont-ils dit. Ils voulaient que je choisisse l'emplacement et ils m'ont montré la boîte, une espèce de chose verte et laide. Alors je leur ai indiqué le bas de l'escalier de pierre qui descend en face de la porte du sous-sol, le long du bosquet. Là, elle sera bien cachée, et l'endroit sera facile d'accès pour la voiture jaune du facteur. Sur le moment, j'ai été bien embêtée, ça allait me compliquer la vie. Cela fait des années que le facteur dépose le courrier sur le perron, ou sur la table de l'entrée si la porte est ouverte. Quand j'ai des lettres à faire partir, je laisse à son intention les enveloppes timbrées ou l'argent pour les timbres. C'est bien pratique. Parfois, lorsque je suis en bas, nous échangeons quelques mots. Ça me fait une petite visite. Maintenant il paraît qu'ils n'ont plus le droit d'entrer chez les gens. Pour envoyer mes lettres, il faudra que j'aille à La Poste, au village. Et quand je ne pourrai plus conduire, je ferai comment ?
Heureusement, ma petite factrice non plus n'a pas envie de changer nos habitudes. Elle continue de me déposer le courrier dans l'entrée et je continue de mettre mes enveloppes sur la table. Il n'y a que quand ma fille est là avec son chien qu'elle n'ose pas descendre de voiture, elle a peur. 
Je m'appelle Jeanne. J'ai quatre-vingt-dix ans. Quand j'étais jeune, je mesurais un mètre soixante-trois. Ce n'était pas ridicule, à l'époque. Aujourd'hui je dépasse à peine ma mini-belle-fille qui fait un mètre cinquante-deux et chausse du trente-quatre. Mes pieds, eux, n'ont pas rétréci avec le temps. Ils se sont même élargis, d'affreux oignons leur ont poussé à droite et à gauche, ce qui me rend bien malheureuse et me force à prendre régulièrement la voiture pour aller chez la pédicure. J'ai de plus en plus de peine à trouver des chaussures qui ne me fassent pas mal aux pieds. Quand il fait froid, je ne suis bien que dans ma paire de vieilles bottes qui fait honte à ma fille. Elle m'assure qu'il existe des chaussures qui sont à la fois confortables et pas laides, moi je n'en ai jamais trouvé. À Paris peut-être, il y a tellement de magasins à Paris, mais je ne vais quand même pas faire deux heures et demie de train pour aller m'acheter des souliers.
Pour le reste, je suis plutôt bien conservée. De loin, je fais même illusion, je me tiens droite et mes chevilles sont fines. Même si je prends de plus en plus souvent ma canne, ma démarche reste alerte et, au téléphone, on me dit que j'ai une voix de jeune fille. Bien sûr, avec les années mon visage s'est chiffonné, mais j'ai toujours le teint rose et mon regard sait encore s'allumer et pétiller, surtout après un petit verre de vin blanc ou une coupe de crémant.
Depuis la mort de René, j'habite une maison trop grande pour moi. L'hiver, il y a plusieurs pièces que je ne chauffe pas et que je garde bien fermées, portes et volets. Je vis entre ma chambre, la salle de bains, la cuisine et le petit bureau. Quand mes enfants sont là, j'ouvre le grand salon et la salle à manger, mais pour moi toute seule ce n'est pas la peine. Je vis en pleine campagne, au milieu des arbres et des champs. Le village le plus proche, Bert, est à cinq kilomètres. On y accède par une petite route sinueuse et vallonnée, bordée par des bois et des prés où paissent des grosses vaches blanches. 

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12 avril 2017

Le dernier des nôtres - Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Prix Audiolib 2017

Le dernier des nôtres 

Audiolib - Janvier 2017 - 11h44 - lu par Rémi Bichet

Grasset - août 2016 - 496 pages

Quatrième de couverture : 
« La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue... »
Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d'un monde finissant à l'énergie d'un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ». Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l'École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure, finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan. Lecteur : Formé notamment à l'ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L'Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber...), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett...), la télévision et l'animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne. Suivi d'un entretien avec l'auteure

Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock), finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan.

Lecteur : Formé notamment à l’ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L’Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber…), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett…), la télévision et l’animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Malgré quelques longueurs, j'ai plutôt aimé cette histoire ou plutôt ces histoires... En effet, ce livre est construit sur deux époques, 1945, à Dresde, sous les bombardements, une mère meurt en accouchant d'un petit garçon. 1969, Manhattan, un jeune entrepreneur en bâtiment, Werner Zilch rencontre poour la première fois Rebecca, une jeune héritière. La première histoire est plutôt sombre, la seconde beaucoup plus légère et très vite le lecteur comprend que les deux histoires ont un lien...

La construction du roman avec l'alternance du récit sur les deux époques donne du rythme et du suspens à l'histoire. J'ai cependant préféré la partie époque 1945, très documentée et instructive. La partie 1969 est souvent un peu clichée, les personnages de Werner et Rebecca sont plus agaçants qu'attachants...
J'ai pourtant passé un bon moment d'écoute.

Extrait : (début du livre)
La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue. Je n’avais jamais été fétichiste avant ce jour de mai et si j’avais dû me concentrer sur une partie de l’anatomie féminine, j’aurais spontanément choisi les fesses, l’entrejambe, la gorge ou peut-être le visage, certainement pas les pieds. Je ne les remarquais que s’ils étaient moches ou mal tenus, ce qui n’arrivait pas souvent. J’avais la chance d’être aimé des jolies femmes et je mettais un point d’honneur à répondre à leur affection. C’était justement le sujet de notre conversation…

« Il te les faut toutes mon vieux, s’agaçait Marcus avec qui je déjeunais. C’est à croire que tu veux planter ton drapeau sur chaque satellite féminin de ce système solaire ! » Mon ami et associé, qui avait du mal à en séduire une seule, ajouta : « Tu t’assois quelque part, tu regardes, tu bois des verres et hop ! Au bout d’un quart d’heure il y en a déjà deux qui te tournent autour et se trémoussent. »
Il ouvrit de grands yeux, la bouche en cœur, pour imiter l’effet que j’étais supposé produire sur les filles, moment que choisit l’une des serveuses, une petite brune timide et potelée, pour me sourire.
« C’est exaspérant, s’indigna Marcus. Si j’étais elle, j’aurais plutôt la frousse de t’approcher. Avec ta dégaine de géant, ta tête slave et tes yeux délavés…
— Mes yeux ne sont pas délavés ! Ils sont bleu clair…
— Ils sont délavés. Les miens sont bleus, et ils ne leur font pas du tout le même effet. Elles adorent me raconter leur vie, leurs malheurs, leurs parents et leur première dent. J’écoute leurs confidences pendant des semaines, je suis sur le point d’arriver à mes fins, et toi, en un quart d’heure tu deviens leur amant.
— Je ne t’ai jamais piqué personne !
— C’est pire ! Tu ne fais rien pour me les piquer et elles te tombent dans les bras…
— Si tu me disais celles qui te plaisent, je ne les regarderais même pas.
— Je ne veux pas d’une copine qui m’oublie à la minute où tu entres dans la pièce… Elle perd toute valeur pour moi. »

 

 

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18 mars 2017

Sauveur et fils - saison 1 - Marie-Aude Murail

sauveur_1 Ecole des Loisirs - avril 2016 - 300 pages

Quatrième de couverture :
Quand on s'appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 m pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d'affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s'évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la maman vient de se remettre en ménage avec une jeune femme... Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Mais à toujours s'occuper des problèmes des autres, Sauveur a oublié le sien. Ne devrait-il pas protéger ce petit garçon, Lazare, 8 ans, qui est son fils, menacé par un secret ?

Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009), 3000 façons de dire je t'aime (2013).

Mon avis : (lu en février 2017)
Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien, il reçoit ses patients dans sa maison où il vit seul avec Lazare, son fils de 8 ans. Sans que Sauveur le sache, Lazare suit à travers une porte entrouverte la vie des patients de son père comme s'il suivait un feuilleton télévisé.  Il y a Margaux qui se scarifie, Gabin addictif aux jeux vidéo, Cyrille l'énurésique, Ella la phobique scolaire... 
Lazare est un petit garçon intelligent, il réussit à l'école où il fait la paire avec son Paul son meilleur copain. Il aime son père et attend que celui-ci lui parle de sa maman qui est morte lorsqu'il était tout petit. Mais pour Sauveur, le sujet semble tabou...
A travers les consultations de Sauveur, de sa vie privée avec son fils, Marie-Aude Murail dépeint la société d'aujourd'hui et la souffrance des enfants et adolescents autour des thèmes comme la scarification, la dépression, la phobie scolaire, le racisme, l'homophobie…
Un gros bémol sur la couverture du livre et ce cochon d'Inde qui suggère une histoire enfantine... Si l'auteur n'était pas Marie-Aude Murail, jamais je n'aurai eu envie de découvrir son livre... Il y a bien un hamster dans cette histoire, mais ce n'est pas le cœur du sujet de ce livre touchant et attachant.
La bonne idée, c'est qu'il y a une suite...
Je compte bientôt dévorer la saison 2 et je viens de voir que le livre de la saison 3 vient tout juste de sortir. A suivre...

Extrait :
Sauveur ouvrit la porte de la salle d’attente en douceur. Si les gens n’étaient pas prévenus, ils avaient un mouvement de surprise en l’apercevant.
— Madame Dutilleux ?
Madame Dutilleux arrondit les yeux et Margaux baissa les siens.
— Nous avons rendez-vous. Je suis Sauveur Saint-Yves. C’est par ici.
Il désigna son cabinet de consultation de l’autre côté du couloir puis s’effaça. En passant devant lui, madame Dutilleux, la quarantaine, menue dans son jean slim, resserra la ceinture de sa veste en cuir. Margaux, 14 ans, s’enrobant ou se dérobant dans sa doudoune, laissa flotter son écharpe de laine et ses longs cheveux.
Sauveur captait tous les signaux qu’envoient les corps, surtout à ce moment très intense de la première fois. Les quelques pas de Margaux et de sa mère pénétrant sur son territoire lui firent sentir l’hostilité de l’une et la méfiance de l’autre.
— Où on se met ? dit Margaux, la voix rogue.
— Vous choisissez… Mais vous me laissez mon fauteuil.
Sauveur avait la voix caressante de Nat King Cole vous chantant : « Unforgettable, that’s what you are… » Madame Dutilleux piqua des fesses sur un bord de canapé et se tint assise, le dos raide et les mains à plat sur ses cuisses serrées. Margaux lâcha son sac à dos et s’affala à l’autre extrémité du canapé, un bras dans le vide et son écharpe balayant le parquet. Ni l’une ni l’autre ne s’étaient attendues à un interlocuteur noir de 1,90 mètre, plutôt décontracté dans son costume sans cravate.
— Vous êtes docteur ? s’étonna naïvement madame Dutilleux.
— En psychologie.
Pfff, fit Margaux comme un ballon qui se dégonfle. Elle mourait de chaud. Les pointes du col de sa doudoune lui rentraient dans les joues. Mais pour rien au monde elle n’aurait fendu son armure.
— Mon cabinet est un peu trop chauffé, compatit Sauveur. Est-ce que tu voudrais me dire pourquoi tu es là ? Ta maman m’a parlé d’un « problème avec l’école ».
— Mais je voulais pas venir ! se récria Margaux. C’est l’autre, là… « L’autre, là » désignait manifestement sa mère.
— Ne le prenez pas mal, intervint madame Dutilleux, moi aussi, j’aurais autant aimé ne pas venir.— Donc, vous êtes toutes les deux ici contre votre volonté, résuma Sauveur. Vous m’en voyez désolé.
Un ange passa, sans doute au plafond, car Margaux y jeta un regard exaspéré.
— C’est l’infirmière scolaire, se lança madame Dutilleux, madame Sandoz…
— Une facho, précisa Margaux en sourdine.
— Elle est passée dans la classe de Margaux… et dans toutes les classes du collège.
Tout en jetant des coups d’œil sur sa fille, madame Dutilleux cherchait les mots qui pourraient ne pas mettre le feu aux poudres.
— Elle a demandé aux élèves de relever leurs manches… C’était pour vérifier si elles… enfin, ils, parce que ça concerne aussi les garçons, mais moins…
— Qu’est-ce que t’en sais ? reprit la sourdine.
— C’est un peu comme une mode. Avant, c’était plutôt les tatouages ou le piercing…
— Mais n’importe quoi ! maugréa l’autre bout du canapé.

Déjà lu du même auteur :

Simple Simple et Simple (relecture)

 papa_et_maman_sont_dans_un_bateau Papa et Maman sont dans un bateau

MissCharityGRAND Miss Charity la_fille_du_docteur_Baudoin Le fille du docteur Baudoin 

92806891 3000 façons de dire je t'aime

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11 mars 2017

Ceux qui me restent - Laurent Bonneau et Damien Marie

ceux qui me restent Bamboo - août 2014 - 159 pages

Quatrième de couverture :
"Voyage en Alzheimer..."

Florent a perdu sa femme beaucoup trop jeune. Il a tenté d'élever seul sa petite Lilie, maladroitement ou certainement pas assez. Et ils se sont perdus à leur tour.
Aujourd'hui, à 70 ans, la maladie lui vole sa mémoire.
Mais Florent veut retrouver Lilie, sa Lilie qui vient maintenant le voir toutes les semaines mais qu'il ne reconnaît plus. Alors il cherche sans relâche, en vrac, dans les bribes de trop vieux souvenirs...
Florent n'abandonnera plus.

Auteurs : Originaire de Normandie, Damien Marie suit des études en arts appliqués et en design industriel. Il entre dans la vie active en travaillant dans des cabinets d’architecture intérieure et s’installe dans le Nord. Parallèlement, il se lance dans l’écriture. 
Né en 1988 à Bordeaux, Laurent Bonneau suit un cursus artistique dès le lycée à Bordeaux. Il rencontre en parallèle Marc Moreno à l'âge de 13 ou 14 ans. Ce dernier lui apprend beaucoup sur la bande dessinée et l'histoire de l'art. Il monte sur Paris à l'âge de 17 ans et demi pour suivre un cursus de cinéma d'animation pendant deux ans puis signe chez Dargaud pour la trilogie Metropolitan un an plus tard, lorsqu'il commence sa deuxième année en Animation. Il entre en 2008 à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris en section Photo-vidéo, où il continue de réaliser actuellement des courts métrages en prise de vues réelles avec une obsession pour la représentation du corps humain. Il donne également des cours de dessin à l'École Nationale Supérieure Estienne à Paris... En 2013, il sort deux albums : "Douce pincée de lèvres en ce matin d'été", ouvrage intimiste sur une journée de la vie de Max, puis "Rêves Syncopés" avec Mathilde Ramadier au scénario, album retraçant l'histoire des musiques électros via la vie du DJ Laurent Garnier. 

Mon avis : (lu en janvier 2017)
Dans cette BD, il est question de la perte de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer. La construction de l'histoire dans cette BD est originale et le lecteur peut être déstabilisé, désorienté... En effet, il est question de Florent qui revit fréquement une scène sur un bateau où il a perdu de vue sa fille Lily âgée de 5 ans. 
Aujourd'hui, Florent a 70 ans, il vit dans une institution car, atteint de la maladie d'Alzheimer, c'est le chaos dans sa tête... Il s'accroche à ses souvenirs, il veut retrouver sa fille... Et pourtant cette dernière vient lui rendre visite toutes les semaines...
Le sujet est traité avec subtilité et tact, le récit est vraiment beau et touchant. Une belle très belle découverte !

Extrait :

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01 mars 2017

Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar - Antoine Choplin

61tryRi2mhL La fosse aux ours - janvier 2017 - 220 pages

Quatrième de couverture :
Voici l'histoire de Tomas Kusar, garde-barrière à Trutnov (Tchécoslovaquie), un jeune homme simple, amoureux de la nature et passionné par la photographie. Il mène une existence paisible, jusqu'à sa rencontre avec Vàclav Havel, dramaturge dissident et futur président de la République. Une rencontre qui va changer sa vie. Le dernier roman d'Antoine Choplin s'intéresse comme souvent aux humbles, aux sans-grade et montre comment, parfois, le destin les porte, les fait basculer du côté des justes et participer, presque par hasard, à la grande Histoire. Un roman sur l'amitié et l'engagement.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (La Fosse aux Ours, 2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (La Fosse aux Ours, 2005), L’impasse (La Fosse aux Ours, 2006), Cairns (La Dragonne, 2007), et de Apnées (La Fosse aux Ours, septembre 2009). Au Rouergue, il a publié Cour Nord en janvier 2010, dans La brune.

Mon avis : (lu en février 2017)
Tomas Kusar est un jeune cheminot à Trutnov en Tchécoslovaquie. C'est un homme simple, il aime la nature et les longues marches en plein air, il aime particulièrement les arbres et est également passionné par la photographie. A l'occasion d'une fête du village et d'une représentation théâtrale d'une troupe venue de Prague, Tomas fait pour la première fois la rencontre de Vàclav Havel l'auteur de la pièce jouée. Il y aura d'autres rencontres autour de bières ou d'un échiquier entre eux. Une amitié simple et humble se noue entre ses deux hommes si différents, l'ouvrier et l'intellectuel.
Inspiré de l'histoire de Vàclav Havel, dissident devenu président de la République en Tchécoslovaquie, ce roman est l'histoire d'une amitié et d'un engagement.
Comme habituellement dans ses romans, l'écriture de l'auteur est concise, belle et simple. Il décrit avec sobriété quelques moments bien choisis de la vie de Tomas Kusar, il se dégage beaucoup de douceur et d'humanité dans ce très beau roman.

Extrait : (début du livre)
Ce qu’il fait là.
Lui, le cheminot de Trutnov, au balcon du Château, face à la place Venceslas envahie par la foule immense.
Dans l’espace étroit, ils doivent être une vingtaine. Contre Tomas se serrent Jiri, Markéta, Petr, Joska. Leurs visages sont si proches que parfois ils se touchent. Tous ont ce drôle de sourire, où la joie fait comme elle peut avec l’air glacial de décembre qui fait trembler les lèvres. Certains glissent leurs bras sur les épaules voisines, les étreignant parfois avec une force plus grande, embrassant dans l’élan une tempe, un front.
Un peu plus tôt, ils se sont réunis au sommet de l’escalier intérieur, sur les tapis épais. Il y a eu de brèves accolades. Václav a fait quelques pas dans une vaste galerie adjacente. En silence, ils l’ont suivi des yeux tandis qu’il déambulait, et puis il est revenu vers eux. Alors, ils ont vu son visage, la paix radieuse qui s’en dégageait.
Certains ont eu envie de pleurer et c’était surtout parce qu’ils se souvenaient du chemin parcouru. Et puis on a ouvert doucement les deux battants de la haute fenêtre et la clameur est entrée comme une vague.
Autour de Václav Havel, donc, au Château, dans le souffle des vivats. 

Le regard de Tomas s’est attaché longuement à la masse sombre de la foule avant de s’échapper vers la ligne des toits et le ciel nocturne. L’œil ouvert, paupières inertes, il s’est laissé envelopper par le flou des lointains. Il lui a semblé que le tumulte s’effaçait un peu. Son esprit s’est mis à vagabonder.
Plusieurs fois, l’idée l’a traversé. Il serait mieux en bas, au milieu des autres. Et même ailleurs, à l’écart de toute cette effervescence, tiens, du côté de Hradecek, en marche parmi les arbres. Il chanterait peut-être quelque chose, en les sachant là pour de bon, Václav et tous les compagnons. Il chanterait et ça aurait de la gueule, cette voix solitaire dans la nuit, en lisière des forêts de Bohême saisies déjà par l’hiver.

Une main ébouriffe ses cheveux, celle de Jiri. Tomas n’entend pas les paroles qu’il prononce en riant, tourné vers lui. Il lui sourit en retour, sans trop savoir.
Devant eux, Václav salue les gens sur la place et on le devine peu à l’aise dans cet exercice. Son embarras semble amuser Olga qui se tient à ses côtés, en léger retrait. Par intermittences, Václav lève les deux bras, les doigts en forme de V. À chaque fois, la clameur de la foule s’intensifie et, pour ceux de la tribune, c’est une secousse pour le corps tout entier, un fracas dans la poitrine.

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