22 mai 2013

Immortelle randonnée Compostelle malgré moi - Jean-Christophe Rufin

immortelle_randonnee Editions Guérin - avril 2013 - 258 pages

Quatrième de couverture :
Jean-Christophe Rufin a suivi à pied, sur plus de huit cents kilomètres, le «Chemin du Nord» jusqu'à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup moins fréquenté que la voie habituelle des pèlerins, cet itinéraire longe les côtes basque et cantabrique puis traverse les montagnes sauvages des Asturies et de Galice. 

«Chaque fois que Ton m'a posé la question : "Pourquoi êtes-vous allé à Santiago ?", j'ai été bien en peine de répondre. Comment expliquer à ceux qui ne l'ont pas vécu que le Chemin a pour effet sinon pour vertu de faire oublier les raisons qui ont amené à s'y engager ? On est parti, voilà tout.»
Galerie de portraits savoureux, divertissement philosophique sur le ton de Diderot, exercice d'autodérision plein d'humour et d'émerveillement, Immortelle randonnée se classe parmi les grands récits de voyage littéraires.

Auteur : Jean-Christophe Rufin, médecin, pionnier du mouvement humanitaire, a été ambassadeur de France au Sénégal de 2007 à 2010. Il est l'auteur de romans désormais classiques tels que L'Abyssin, Globalia, Rouge Brésil, prix Concourt 2001. Il est membre de l'Académie française depuis 2008.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Jeudi dernier, je voyais Jean-Christophe Rufin à La Grande Librairie et dès le lendemain, je commençais avec beaucoup de plaisir son nouveau livre... 

Dans ce livre, l’auteur partage avec nous son périple sur le Chemin de Saint Jacques de Compostelle. Il est parti d’Hendaye et a choisi le Chemin du Nord un chemin plus sauvage et moins emprunté, qui longe la mer.
Le récit est passionnant et sans concession, il s’y se mêle ses réflexions personnelles sur le Chemin, quelques explications historiques, des descriptions des paysages ou des lieux traversés, des portraits souvent plein d’humour des pèlerins divers et variés, et ses péripéties personnelles…
Le style est vivant et généreux, à aucun moment je ne me suis ennuyée !  
« Le Chemin est une force. Il s'impose, il vous saisit, vous violente et vous façonne. »
Partager  ce Chemin mythique avec l’auteur  est un vrai enchantement pour le lecteur et donne envie de tenter l’aventure à son tour…

Extrait : (début du livre)
LORSQUE, comme moi, on ne sait rien de Compostelle avant de partir, on imagine un vieux chemin courant dans les herbes, et des pèlerins plus ou moins solitaires qui l'entretiennent en y laissant l'empreinte de leurs pas. Erreur grossière, que l'on corrige bien vite lorsqu'on va chercher la fameuse credencial, document obligatoire pour accéder aux refuges pour pèlerins !
On découvre alors que le Chemin est l'objet sinon d'un culte, du moins d'une passion, que partagent nombre de ceux qui l'ont parcouru. Toute une organisation se cache derrière le vieux chemin : des associations, des publications, des guides, des permanences spécialisées. Le chemin est un réseau, une confrérie, une internationale. Nul n'est contraint d'y adhérer, mais cette organisation se signale à vous dès le départ, en vous délivrant la credencial, ce passeport qui est bien plus qu'un bout de carton folklorique. Car, dûment fiché comme futur-ancien-pèlerin, vous recevrez désormais des bulletins d'études savants, des invitations à des sorties pédestres et même, si vous habitez certaines villes, à des séances de restitution d'expériences, organisées autour de voyageurs fraîchement rentrés. Ces rencontres amicales autour d'un verre s'appellent « Le vin du pèlerin » !
J'ai découvert ce monde en entrant par une après-midi pluvieuse dans la petite boutique sise rue des Canettes à Paris, dans le quartier Saint-Sulpice, siège de l'association des Amis de Saint-Jacques. L'endroit détone, au milieu des bars branchés et des boutiques de fringues. Il fleure bon sa salle paroissiale et le désordre poussiéreux qui l'encombre a l'inimitable cachet des locaux dits « associatifs ». Le permanencier qui m'accueille est un homme d'un certain âge - on dirait aujourd'hui un « senior », mais ce terme n'appartient pas au vocabulaire jacquaire. Il n'y a personne d'autre dans la boutique et j'aurais l'impression de le réveiller s'il ne se donnait pas beaucoup de mal pour paraître affairé. L'informatique n'a pas encore pris possession du lieu. Ici règnent toujours la fiche bristol jaunâtre, les dépliants ronéotypés, le tampon baveux et son encreur métallique.
Je me sens un peu gêné de déclarer mon intention - pas encore arrêtée, pensé-je - de partir sur le Chemin. L'ambiance est celle d'un confessionnal et je ne sais pas encore que la question du « pourquoi » ne me sera pas posée. Prenant les devants, je tente des justifications qui, évidemment, sonnent faux. L'homme sourit et revient à des questions pratiques : nom, prénom, date de naissance.
Il me conduit peu à peu jusqu'au grand sujet : est-ce que je souhaite adhérer à l'association avec le bulletin - c'est plus cher - ou sans, c'est-à-dire en payant le minimum : il me donne les prix de chaque option. Les quelques euros de différence lui semblent suffisamment importants pour qu'il se lance dans une longue explication sur le contenu précis des deux formes d'adhésion. Je mets cela sur le compte d'un désir louable de solidarité : ne pas priver de Chemin les plus modestes. En cours de route, j'aurai l'occasion de comprendre qu'il s'agit de bien autre chose : les pèlerins passent leur temps à éviter de payer. Ce n'est souvent pas une nécessité, mais plutôt un sport, un signe d'appartenance au club. J'ai vu des marcheurs, par ailleurs prospères, faire d'interminables calculs, avant de décider s'ils commanderont un sandwich (pour quatre) dans un bar, ou s'ils feront trois kilomètres de plus pour l'acheter à une hypothétique boulangerie. Le pèlerin de Saint-Jacques, que l'on appelle un Jacquet, n'est pas toujours pauvre, loin s'en faut, mais il se comporte comme s'il l'était. On peut rattacher ce comportement à l'un des trois voeux qui, avec la chasteté et l'obéissance, marquent depuis le Moyen Âge l'entrée dans la vie religieuse ; on peut aussi appeler cela plus simplement de la radinerie.

Challenge Petit BAC 2013
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"Géographie"

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04 janvier 2013

Chucho – Grégoire Polet

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Gallimard – janvier 2009 -

Folio – janvier 2011 – 144 pages

Quatrième de couverture : 
« - Emmène-moi à New York !
- Tu sais, petit, New York, c'est trois meurtres par jour et une personne sur cinq dans la misère.
- Et alors ! Moi, je ne veux pas rester ici. J'ai peur. J'ai peur de Belito. J'ai peur d'avoir douze ans, j'ai peur d'aller à la ferraille.
Barcelone, quartier populaire de Poble Sec, sur l'âpre versant de Montjuïc. Août. Chaleur.
- Tu ne parles pas sérieusement, Chucho.
Sur le trottoir, la plus belle journée de sa vie commence enfin. Un peu d'air glisse de la montagne vers la mer. La ville est libre, lumineuse. Un frisson monte dans le corps du gamin. Le inonde, le temps s'arrêtent. Et le matin, qui toujours a dit bonjour, aujourd'hui dit adieu.
- Si. Emmène-moi à New York.» Vingt-quatre heures dans la vie d'un gamin. Vingt-quatre heures de bagarre entre un rêve et une réalité.
Et une petite histoire du monde.

Auteur : Grégoire Polet est né en 1978 à Uccle (Belgique). Il a publié aux Éditions Gallimard Madrid ne dort pas, Excusez les fautes du copiste, Leurs vies éclatantes, roman retenu dans la première sélection du prix Goncourt, et Chucho. Il est également traducteur de l'espagnol.

Mon avis : (lu en janvier 2013)
Chucho est un gamin rêveur et débrouillard de onze ans, il vit à Barcelone, dans le quartier populaire de Poble Sec. Sa famille s'est la Dumbre, la Polaca des prostituées ou Belito le mac sans pitié.
Il rêve de New-York, d'une vraie famille, d'une autre vie... Dans la chaleur de ce mois d'août, le lecteur va suivre pendant vingt-quatre heures Chucho dans Barcelone, ce dernier va faire la rencontre un jeune médecin Allemand et si sa vie pouvait changer ?
Beaucoup de poésie, de naïveté du côté de Chucho et de mensonges ou de violence du côté des adultes...
Cette histoire est à la fois belle et poignante. 

Un Grand Merci à Canel qui m'a offert ce livre lors du Swap Nouvel An 2013 pour me faire découvrir un de ces coup de cœur !

L'ensemble des colis seront dévoilés demain... Patience...

Extrait : (début du livre)
- Touche pas à la lampe, gamin. Tu sais bien que je ne veux pas.
Le gamin garde le doigt sur l'épaisse mèche noire, un peu sous la flamme. La vieille lui claque la tapette à mouches sur l’avant-bras.
- C’est toi qui vas l’éteindre, avec ton vent.
La vieille, enfoncée dans son poids :
- dis pas ça, gamin. Ça fait douze ans que je m’en occupe. T’étais pas né. Elle s’est jamais éteinte, pas une seconde.
- Je sais bien, Dumbre.
Le gamin retire son doigt. Il se frotte la dent.
- T’as mis combien d’huile là-dedans, hein, en douze ans ? Et combien de fritures t’aurais pu faire avec toute cette huile, plutôt que de la brûler ? Dumbre, tu penses à ça ? Combien de croquettes t’aurais pu manger en plus ?
- t’es un petit malin, hein ?
- Toute manière on voit bien que t’as jamais manqué de croquettes.
- Ça te fais rire, ça, fils de pute. Attends voir si à mon âge tu seras pas plus gros que moi.
Le gamin lui fait un sourire, avec un bout de la langue dans le coin de sa dent cassée.
- Et puis c’est pas avec de l’huile de lampe qu’on fait les croquettes.
- Ça m’étonne que tu saches tout ça, Dumbre.
La vieille a de longs cheveux gris, raides comme du bois, avec des restes noirs de teinture. Si clairsemés qu’on voit son crâne par-derrière. Elle se remue sur sa chaise, fière.
- J’ai de l’expérience, il faut dire.
- T’es une bonne vieille, Dumbre, je t’aime bien.

Lire sous la contrainte
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Titre avec un seul mot

Challenge Pour Bookineurs En Couleurs 

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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

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Année 2013 : 1/29

  Challenge Voisins, voisines
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Belgique

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19 avril 2012

Le Prince de la Brume - Carlos Ruiz Zafón

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Pocket Jeunesse - novembre 2011 - 205 pages

Robert Laffont – novembre 2011 – 210 pages

traduit de l'espagnol par François Maspero

Titre original : El principe de la niebla, 1993

Quatrième de couverture :
1943. Pour fuir la guerre, la famille Carver s'installe dans un village perdu sur la côte. Mais, à peine franchie la porte de la maison, des événements étranges se produisent... Avec leur nouvel ami Roland, Alicia et Max Carver vont peu à peu percer les secrets de la vieille demeure et apprendre l'existence d'un certain Caïn, surnommé le Prince de la Brume. Un personnage diabolique revenu s'acquitter d'une dette très ancienne... Voilà les trois enfants lancés à la découverte d'épaves mystérieuses, de statuettes enchantées, de gamins ensorcelés... 

Une aventure extraordinaire qui changera leur vie à jamais...

Auteur : Né en 1964 et vivant à Los Angeles, Carlos Ruiz Zafón est l'un des romanciers européens les plus lus à travers le monde. En 1993, L'Ombre du vent (Grasset, 2004) emballa la planète entière. En 2009 et 2010, les Éditions Robert Laffont publient Le Jeu de l'ange et Marina, dont le succès ne se dément pas. L'œuvre de Carlos Ruiz Zafón, traduite dans plus de quarante langues et publiée dans plus de cinquante pays, a été couronnée de nombreux prix prestigieux.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Ce premier roman de Carlos Ruiz Zafón a été écrit en 1993, il ne paraît que maintenant en France.
C'est le premier épisode de la Trilogie de la brume, un livre destiné à la jeunesse mais qui se lit très bien pour un adulte. L'auteur a situé ce livre en 1943, en Angleterre. Pour échapper aux risques de la guerre en ville, la famille Carver s'installe dans un village de bord de mer. Il y a trois enfants, Max, Alicia et Irene. Leur nouvelle maison appartenait avant à un riche couple. Ils l'ont quitté après la mort de leur fils unique Jacob, alors âgé de 7 ans. Dès leur installation, il se passe de drôle de choses dans cette maison... Durant cet été, Max rencontre Roland, un adolescent du village, ce dernier l'entraîne plonger autour d'un cargo échoué dans la baie après une forte tempête plus de vingt ans plus tôt. Beaucoup de mystères entourent ces lieux, la maison, l'épave... Des ombres inquiétantes rodent... Max, Roland et Alicia vont découvrir des secrets du passé...

Voilà un livre qui se lit facilement avec une intrigue pleine d'imagination plutôt bien construite avec un certain suspens, mais peut-être pas si originale que cela car tout au long de ma lecture j'avais des impressions de déjà lu... Une lecture distrayante qui m'a fait passer un bon moment, à l'occasion je lirai peut-être la suite de la Trilogie avec Le Palais de minuit et Les Lumières de septembre.

Extrait : (début du livre)
Jamais, malgré le passage des ans, Max n'oublia cet été où, presque par hasard, il découvrit la magie et ses maléfices. C'était en 1943, et les vents de la guerre dévastaient impitoyablement le monde. A la mi-juin, le jour même où Max fêtait ses treize ans, son père, horloger et aussi inventeur à ses moments perdus, réunit tous les membres de sa famille dans le salon et leur annonça que ce jour était le dernier qu'ils passaient dans ce qui avait été leur domicile durant les dix dernières années. La famille allait déménager sur la côte, loin de la ville et de la guerre, dans une maison au bord de la plage d'une petite localité sur le rivage de l'Atlantique. 
La décision était irrévocable : ils partiraient dès le lendemain matin. En attendant, ils devaient empaqueter tous leurs biens et se préparer pour un long voyage jusqu'à leur nouveau foyer. 
La famille reçut la nouvelle sans surprise. Tous avaient déjà compris que l'idée de quitter la ville pour un endroit plus habitable trottait dans la tête de Maximilian Carver depuis longtemps - tous, à l'exception d'un seul : Max. Pour lui, cette annonce eut le même effet qu'une locomotive en folie traversant un magasin de porcelaines chinoises. Frappé de plein fouet, il en resta bouche bée et le regard absent. Durant ce court instant s'imposa à son esprit la terrible certitude que tout son univers, y compris ses amis de collège, la bande de sa rue et la boutique de journaux illustrés du coin, était sur le point de disparaître à jamais. Rayé d'un seul trait de plume. Tandis que le reste de la famille, la mine résignée, se dispersait pour préparer les bagages, Max demeura immobile en fixant son père. Le bon horloger s'agenouilla devant son fils et posa les mains sur ses épaules. Pas besoin d'un livre pour comprendre ce qu'exprimait le regard de Max. 
- Aujourd'hui, ça te paraît la fin du monde, Max. Mais je te promets que le lieu où nous allons te plaira. Tu verras, tu te feras de nouveaux amis. 
- Est-ce que c'est à cause de la guerre ? Est-ce que c'est pour ça qu'on doit partir ? 
Maximilian Carver serra son fils dans ses bras, puis, sans cesser de lui sourire, il tira de la poche de sa veste un objet brillant qui pendait au bout d'une chaîne et le lui mit dans les mains. Une montre de gousset. 
- Je l'ai faite pour toi. Bon anniversaire, Max. 
Max ouvrit la montre, qui était en argent. A l'intérieur, chaque heure était marquée par le dessin d'une lune qui croissait et décroissait en suivant la marche des aiguilles, elles-mêmes formées par les rayons d'un soleil qui souriait au coeur du cadran. Sur le couvercle, gravés dans une belle calligraphie, figuraient ces mots : La machine du temps de Max. 
Ce jour-là, sans le savoir, tandis qu'il observait la famille affairée à monter et à descendre, chargée de valises, et qu'il tenait dans sa main la montre que lui avait donnée son père, Max cessa d'un seul coup d'être un enfant. 
La nuit de son anniversaire, Max ne ferma pas l'oeil. Pendant que les autres dormaient, il attendit la venue de ce matin fatal qui devait marquer les adieux définitifs au petit univers qu'il s'était composé au long des ans. Il laissa passer les heures en silence, couché dans son lit, le regard perdu dans les ombres bleues qui dansaient au plafond de sa chambre, comme s'il espérait y découvrir un oracle capable de dessiner son destin à partir de ce jour. Il tenait toujours la montre que son père avait fabriquée pour lui. Les lunes souriantes du cadran brillaient dans la pénombre nocturne. Elles connaissaient peut-être la réponse à toutes les questions que Max avait commencé à collectionner depuis l'après-midi. 
Les premières lueurs de l'aube finirent par pointer sur l'horizon bleu. Max sauta du lit et se dirigea vers le salon. Maximilian Carver était installé tout habillé dans un fauteuil près d'une lampe, avec un livre. Max vit qu'il n'était pas le seul à avoir passé la nuit sans dormir. L'horloger lui sourit et ferma le livre. 
- Qu'est-ce que tu lis ? questionna Max en indiquant l'épais volume. 
- Un livre sur Copernic. Sais-tu qui est Copernic ? 
- Je vais au collège, papa. 
Le père avait l'habitude de poser des questions à son fils comme si celui-ci venait tout juste de dégringoler de son arbre. 
- Et que sais-tu de lui ? insista-t-il. 
- Il a découvert que la Terre tourne autour du Soleil, et non l'inverse. 
- C'est plus ou moins ça. Et sais-tu ce que cela signifie ? 
- Des problèmes, répliqua Max. 
L'horloger eut un large sourire et lui tendit le gros livre. 
- Tiens. Il est à toi. Lis-le. 
Max inspecta le mystérieux volume relié en cuir. Il semblait avoir mille ans et servir de séjour à quelque vieux génie retenu prisonnier dans ses pages par un sortilège séculaire. 
- Bon, ajouta son père. Et maintenant, qui va réveiller tes soeurs ? 
Max, sans lever les yeux du livre, fit un signe de tête pour indiquer qu'il lui cédait volontiers l'honneur de tirer Alicia et Irina, ses soeurs âgées respectivement de quinze et huit ans, de leur profond sommeil. 
Puis, pendant que son père s'en allait claironner le réveil pour toute la famille, Max prit sa place dans le fauteuil, ouvrit grand le livre et se mit à lire. Une demi-heure plus tard, la famille au grand complet franchissait pour la dernière fois le seuil de la maison, vers une nouvelle vie. L'été venait de commencer. 

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Déjà lu du même auteur : 

 l_ombre_du_vent L'ombre du vent le_jeu_de_l_Ange Le jeu de l'Ange

marina Marina – Carlos Ruiz Zafon


Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Espagne

Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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07 janvier 2012

Le héron de Guernica – Antoine Choplin

le_h_ron_de_guernica Éditions de Rouergue– Août 2011  – 158 pages

Quatrième de couverture :
Avril 1937, Guernica. Quand il ne donne pas un coup de main à la ferme du vieux Julian, Basilio passe son temps à peindre des hérons cendrés dans les marais, près du pont de la Renteria. Ce matin du 26, alors que nombre d’habitants ont déjà fuit la ville dans la crainte de l’arrivée des Nationalistes, le jeune homme rejoint son poste d’observation au bord de l’eau. Amoureux d’une jeune ouvrière de la confiserie, il veut lui peindre un héron de la plus belle élégance, lui prouver sa virtuosité et son adresse de coloriste, alors que, déjà, les premiers bombardiers allemands sillonnent le ciel. Ce n’est pas que Basilio se sente extérieur au conflit, il a même tenté de s’enrôler chez les Républicains, mais on n’a pas voulu de lui. En ville, on dit de lui qu’il a un sacré coup de pinceau. Mais qui peut comprendre sa fascination pour ces oiseaux, l’énigme de leur regard, leur élégance hiératique, mais aussi leur vulnérabilité ? Peintre naïf, peut-être que ce Basilio, mais surtout artiste qui interroge la question de la représentation. Comment faire pour rendre par le pinceau la vie qui s’exprime dans le frémissement des plumes ? Questionnement peut-être plus essentiel encore dans ces temps de cruauté. Car sitôt les premières bombes incendiaires tombées sur Guernica, Basilio rejoint la ville pour voir, de ses propres yeux, l’horreur à l’oeuvre. Avec l’aide d’Eusebio, son ami prêtre, il photographie les avions allemands, pour témoigner de ce massacre. Mais comment rendre la vérité de ce qu’ils sont en train de vivre, ceux de Guernica, dans ce cadre limité de la plaque photo ? « Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui est invisible » dit-il.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (La Fosse aux Ours, 2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (La Fosse aux Ours, 2005), L’impasse (La Fosse aux Ours, 2006), Cairns (La Dragonne, 2007), et de Apnées (La Fosse aux Ours, septembre 2009). Au Rouergue, il a publié Cour Nord en janvier 2010, dans La brune.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Voilà mon premier coup de cœur de l'année. Un livre qui nous raconte une histoire pure et naïve pleine de poésie.
Basilio est un garçon simple. C'est un jeune peintre autodidacte, depuis plusieurs années il s'obstine à peindre des hérons. Il cherche la perfection, arriver à donner l'impression de vie à l'oiseau sur sa toile. Il parcourt donc les marais de la Mundaca à proximité de Guernica le village où il vit. Inlassablement, sans relâche, il les observe, les scrute, immobile, il les apprivoise du regard puis se décide à esquisser quelques traits, puis il se met à peindre. Il a déjà peint plus de cent hérons.
Nous sommes à Guernica en avril 1937. Tout au long du livre la guerre est présente, au début, au second plan puis Basilio est un des témoins directes du bombardement de la ville.
Quelques mois plus tard, Basilio, petit peintre amateur et timide va croiser la route de Picasso sans oser lui adresser la parole. Et pourtant Basilio « ne comprend pas comment il [Picasso] peut peindre sur les évènements de Guernica, s'il n'y était pas quand cela s'est produit. »
Un très beau texte empreint de beaucoup de poésie qui fait réfléchir le lecteur sur l'art, la vie, la guerre, le témoignage. A découvrir sans hésiter !

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Guernica après le bombardement du 26 avril 1937

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Guernica - Pablo Picasso
Toile peinte à Paris pour pour décorer le pavillon espagnol de
l'Exposition universelle de Paris de 1937.
Il est exposée au musée de la Reine Sofia à Madrid

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Extrait : (page 72)
Basilio a réinstallé son matériel au même endroit que dans la matinée. Il a fait ça avec soin, en y mettant le temps qu'il faut pour se laisser reprendre par sa peinture. C'est pas si facile après le brouhaha du marché, la vente du cochon, la liasse de billets dans la poche.
Sous le couvert des arbres, la température est agréable. Il ne pleuvra pas aujourd'hui.
Les manches retroussées, palette en main, Basilio détaille longuement son travail du matin, approchant le nez ou prenant parfois un ou deux pas de recul. Furtivement, il arrive aussi que son regard s'allonge jusqu'au héron, le vrai, debout là-bas contre les roseaux.
Il se dit que peut-être, ce soir, il en aura fini avec lui, et qu'il pourra aller trouver Celestina pour le lui offrir.
Avant de lui poser dans les mains, il faudra lui répéter combien le héron peint est différent du héron que l'on voit et encore plus du héron tout court, tel qu'en lui-même.
Il lui dira aussi qu'il regrette un peu cette idée de lui donner une peinture de héron. Que bien sûr, il est heureux de pouvoir lui offrir quelque chose ; et en même temps, que le moindre caillou ramassé par terre aurait sûrement plus de valeur.
Bien entendu, elle protestera. Mais il voudra qu'elle comprenne. Lui offrir un caillou, ce serait l'inviter à porter un regard sur un objet véritable. Sur une chose d'origine, et non pas sur une esquisse de représentation, forcément imparfaite. Ce serait déjà, de la part de Basilio, un geste d'artiste. Plus modeste, mais quand même. Alors, il lui dira sa crainte, avec la peinture de héron, de passer pour prétentieux. Il lui expliquera, en détail, tout ce qu'il pense de cette peinture médiocre qu'il lui remet, tu parles d'une idée. Il lui dira aussi, que la seule bonne raison de lui donner ça, c'est sa conviction que lui, Basilio, ne sait rien faire de mieux. Il repose sa palette à même la terre moussue. Lève les yeux vers le ciel.
D'abord, c'est juste un faible ronronnement au lointain.
Il voit le héron qui fait quelques pas nerveux vers l'arrière jusqu'à disparaître parmi les roseaux.
Lentement, le bruit s'intensifie et change de texture. Gagne dans les graves.

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Rentrée Littéraire 2011
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27 août 2011

Dépasser son ombre - Anthony Fagnot

Lu dans le cadre du partenariat bibliofolie_2011_logo_1501 et Éditions Dubuisson

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Publiart – décembre 2004 -

Éditions Dubuisson – avril 2011 – 410 pages

Quatrième de couverture :
Partir... Qui n'a jamais pensé à partir, loin du stress et de la folie des Hommes. Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle s'est imposé à moi, comme une évidence. Je suis parti seul, au pied des montagnes françaises, un matin de printemps. Enfin, je n'étais pas vraiment seul. Comme j'ai un peu peur des ours, j'avais décidé d'emmener le mien. On ne sait jamais. Comme vous, peut-être, je suis un adulte. Mais ce compagnon est un petit bout de ce que je suis resté d'enfant. Et croyez-moi, ensemble, nous avons vu des choses qui tiennent de la magie. La vraie, celle qui écarquille les yeux. Si le cœur vous en dit, on vous emmène avec nous. Ouvrir ce livre, c'est déjà un peu se mettre en chemin. Alors bon voyage...

Auteur : Après avoir suivi des études littéraires à Amiens, Antony Fagnot entre dans la police en avril 1997. D'abord Gardien de la Paix, une formation interne lui permet de devenir Agent de la Police Scientifique à St-Maur-des-Fossés puis à Alfortville. Ce jeune homme passionné et rêveur exerce son métier avec amour, même s'il est très tôt confronté à des situations difficiles. Il va alors développer un appétit insatiable de la vie, de ses « petits bonheurs » qui nous échappent trop souvent, et se mettre en quête d'authenticité. L'envie de se rapprocher des valeurs essentielles ne va plus le quitter, avec une idée en tête : partir loin des contraintes et des chaînes de notre Société. À la recherche de lui-même, à la rencontre des autres. Il décide donc de partir pour 31 jours de marche, seul, sur le chemin de St-Jacques-de-Compostelle. Une aventure humaine extraordinaire, que le jeune auteur souhaite partager au travers de ce livre. L'ouvrage est récompensé par des prix littéraires, dont la médaille d'argent de la société « Arts-Sciences-Lettres » de l'Académie Française.

Mon avis : (lu en août 2011)
Lorsque ce livre a été proposé pour un partenariat par Bibliofolie, j'avais très envie de le découvrir. J'ai déjà lu plusieurs livres autour du thème de la route de Saint-Jacques-de-Compostelle et chaque voyage est différent et passionnant... "Dépasser son ombre" ne fait pas exception pas à la règle. Et ne voulant pas lâcher le livre, je l'ai dévoré en un après-midi et une soirée !

Anthony nous raconte sa route vers Saint-Jacques-de-Compostelle au jour le jour (un chapitre par jour) avec beaucoup d'humour et de poésie. Il nous parle de ses rencontres avec d'autres marcheurs qui partagent avec lui le voyage, leurs histoires, leurs douleurs... Anthony n'est pas parti seul, il a comme compagnon un petit ourson en peluche que ses parents lui avaient offert pour son premier Noël, 28 ans plus tôt et qu'il n'a jamais quitté. La veille de son départ, il se sent coupable de devoir l'abandonner et décide donc de l'emmener comme ambassadeur auprès des vrais ours qu'il pourrait rencontrer dans les montagnes des Pyrénées...
Anthony n'est pas parti pour Saint-Jacques-de-Compostelle pour des raisons religieuses, mais pour échapper à son quotidien et réfléchir sur sa vie. N'ayant pu prendre un congé de seulement quarante jours, il va commencer son chemin à Saint-Jean-Pied-de-Port aux pieds des Pyrénées début mai 2004. Trente et un jours plus tard, il arrivera émerveillé et transformé à Santiago.
J'ai beaucoup aimé ce livre, Anthony nous embarque à sa suite sur le Chemin, tous nos sens sont en éveil : les odeurs, les paysages, les émotions, ses rencontres sont décrites avec beaucoup simplicité et d'humour. Un livre inoubliable.
A la fin du livre, il y a quelques photographies des pélerins rencontrés par Anthony en compagnie du petit ourson bleu. Et pour cette nouvelle édition, quelques pages écrites en janvier 2007 donnent aux lecteurs des nouvelles des différents pèlerins, devenus amis, rencontrés sur le Chemin et Anthony nous parle également de l'après Chemin de Compostelle, son retour à la vie normale. Chaque jour, il repense au Chemin, il n'hésite pas à le partager avec ceux qu'il rencontre...
La dernière page est plus triste, en effet, Anthony est décédé le 8 avril 2009, sa famille continue à le faire vivre en partageant avec les lecteurs la magie du chemin qu'il a tant aimé. Son chemin d'Homme... et comme Anthony l'a écrit « La fin d'un chemin n'est rien d'autre que le commencement d'un autre... »

Un grand MERCI à Bibliofolie et aux Éditions Dubuisson pour m'avoir permis de découvrir ce superbe témoignage qui m'a beaucoup touché.

Site (2007) et blog (2009) dédiés au livre et à l'auteur.

Extrait : (Avant-propos)
En fait, à bien y réfléchir, je ne me rappelle plus exactement l’élément précis qui m’a poussé à partir. De plus, je le reconnais humblement, je suis un peu paresseux, et une telle aventure nécessitant inévitablement un peu de courage, il a fallu que la décision soit guidée par un sentiment d’une force gigantesque. La routine, sans doute, professionnelle et personnelle. Cette platitude monochrome m’avait plongé dans une sédentarité dont la banalité n’avait d’égal que le manque de saveur. Plus d’une fois je me suis senti à deux doigts de « tout plaquer », comme on dit. Beaucoup d’entre nous y pensent, me semble-t-il, sans jamais l’oser.
Prendre quelques affaires, un peu d’argent et un aller simple pour n’importe quelle destination où il n’y a pas de chaînes, d’horaires, de codes et de ces contraintes en tous genres. Mais voilà, comme un arbre, j’ai des racines, profondes et essentielles. Elles sont quatre. Deux grandes m’ont fait naître et deux adorables petites ont grandi avec moi.
Alors pour elles, il faut continuer. Par amour pour cette famille incroyablement unie et qui m’a toujours soutenu dans les nombreux moments difficiles, et que je ne me vois pas quitter. Et pourtant…

D'autres livres ou film sur Saint-Jacques de Compostelle :

en_avant_route En avant, route ! - Alix de Saint-André

Le pèlerin de Compostelle - Paulo Coehlo

st_jacques_la_mecque Un film : Saint-Jacques... La Mecque - Coline Serreau

 

 

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10 avril 2011

Marina – Carlos Ruiz Zafon

 

marina marina_jeunesse 

Robert Laffont – janvier 2011 – 303 pages

Pocket Jeunesse – janvier 2011 – 331 pages

traduction de l'espagnol par François Maspero

Quatrième de couverture :
Dans la Barcelone des années 1980, Oscar, quinze ans, a l'habitude de fuir le pensionnat où il est interne. Au cours de l'une de ses escapades, il fait la connaissance de Marina. Fascinée par l'énigme d'une tombe anonyme, Marina entraîne son jeune compagnon dans un cimetière oublié de tous. Qui est la femme venant s'y recueillir ? Et que signifie le papillon noir qui surplombe la pierre tombale ? S'égarant dans les entrailles d'une terrifiante cité souterraine, s'enfonçant dans les coulisses d'un inquiétant théâtre désaffecté, Oscar et Marina réveillent les protagonistes d'une tragédie vieille de plusieurs décennies.

L’auteur : écrivain catalan, Carlos Ruiz Zafón vit à Los Angeles, où il est également scénariste. L'Ombre du vent, prix Planeta (2004), prix du meilleur livre étranger – roman (2004), a aussi sélectionné pour le prix Femina étranger.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Ce livre est l'un des premiers romans de Carlos Ruiz Zafon publié en Espagne en 1999. Il est publié en France en 2011 dans deux éditions une adulte et une jeunesse. Comme dans ces livres suivants, Nous retrouvons la ville de Barcelone personnage à part entière de son livre et une atmosphère de mystère.

Au début du livre, nous sommes dans les années 80, Oscar Drai, âgé de quinze ans, est retrouvé sur le quai de la gare de France à Barcelone après avoir disparu des son internat pendant une semaine. Le livre va nous raconter pourquoi il a disparu. Quelques semaines auparavant, Oscar a rencontré Marina, elle habite avec son père une mystérieuse maison qui semble abandonnée. Ils ont le même âge et Marina entraîne avec elle Oscar à résoudre un mystère : pourquoi dans un vieux cimetière de la ville de Barcelone, une vieille dame voilée visite-t-elle chaque fin de mois une tombe anonyme ornée du dessin d'un papillon noir ? Leur enquête va les faire découvrir un certain Mihail Kolvenik, savant fou, ayant vécu à Barcelone dans les années quarante et cinquante, elle va les mener également dans des lieux effrayants.

Il y a dans ce livre un mélange de réalité et de science-fiction et l'intrigue se déroule comme un roman policier. Tout est empreint de mystère, d'ombre comme nous l'annoce la toute première phrase du livre. «  Nous ne nous souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé »
J'ai plutôt bien aimé ce livre les personnages sont attachants et la conclusion du livre plutôt inattendu même si j'avais très rapidement deviné certaines choses.

Mon livre préféré de Carlos Ruiz Zafon reste cependant le premier que j'ai lu, c'est à dire « L'ombre du vent ».

Extrait : (début du livre)
Nous ne nous  souvenons que de ce qui n’est jamais arrivé, m’a dit un jour Marina. Il aura fallu que s’écoule une éternité pour que je finisse par comprendre le sens de ces mots. Mais mieux vaut commencer par le début, qui, dans cette histoire, se trouve être la fin.
En mai 1980, j’ai disparu du monde pendant une semaine. Sept jours et sept nuit durant, nul n’a su où j’étais. Amis, camarades, professeurs et même la police se sont lancés à la recherche de ce fugitif que déjà certains croyaient mort ou devenu soudain amnésique et perdu dans des rues mal famées.

Une semaine plus tard, un policier en civil a cru me reconnaître : la description du garçon disparu concordait. Le suspect errait dans la gare de France, comme une âme en peine dans une cathédrale de fer et de brume. L’agent s’est approché de moi avec des précautions digne d’un roman de la Série noire. Il m’a demandé si je m’appelais bien Óscar Drai et si j’étais le garçon disparu de son internat sans laisser de traces. J’ai acquiescé sans desserrer les dents. Je me souviens du reflet de la voûte de la gare dans ses verres de lunettes.
Nous nous sommes assis sur un banc du quai. Le policier a allumé posément une cigarette. Il l’a laissée se consumer sans la porter à ses lèvres. Il m’a dit qu’il y avait un tas de gens qui m’attendaient pour me poser des questions auxquelles je devais me préparer,  afin de leur donner de  bonnes réponses. J’ai acquiescé de nouveau. Il m’a regardé dans les yeux, en m’étudiant. « Parfois, a-t-il dit, raconter la vérité n’est pas une bonne idée, Óscar. » Il m’a tendu quelques pièces et m’a demandé de téléphoner au directeur de l’internat. Il a attendu que j’aie terminé, puis m’a donné de l’argent pour un taxi et souhaité bonne chance. Je lui ai demandé comment il savait que je n’allais pas disparaître à nouveau. Il m’a observé longuement. « Seuls disparaissent ceux qui ont un endroit où aller », s’est-il borné à répondre. Il m’a accompagné dans la rue, où il m’a dit adieu sans me questionner davantage. Je l’ai vu s’éloigner dans le Paseo Colón. La fumée de sa cigarette intacte le suivait comme un chien fidèle.
Ce jour là, le fantôme de Gaudi sculptait dans le ciel de Barcelone des nuages impossibles sur un azur qui blessait les yeux. J’ai pris un taxi pour l’internat où je supposais que m’attendait le peloton d’exécution.    

Déjà lu du même auteur : l_ombre_du_vent L'ombre du vent le_jeu_de_l_Ange Le jeu de l'Ange

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Espagne

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Prénom"

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10 décembre 2010

Blacksad – tome 1 : Quelque part entre les ombres - Juan Diaz Canales, Juanjo Guarnido

blacksad Dargaud – novembre 2000 – 48 pages

Quatrième de couverture :
"Parfois, quand j'entre dans mon bureau, j'ai l'impression de marcher dans les ruines d'une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qui y règne, mais parce que certainement cela ressemble au vestige de l'être civilisé que je fus jadis"

Auteurs : Juan Díaz Canales est un scénariste de bande dessinée espagnol né à Madrid (Espagne) en 1972. Il montra très tôt un intérêt envers la bande dessinée avant de se tourner vers le dessin animé. À 18 ans, il entre dans une école d'animation. En 1996, avec trois dessinateurs, il fonde la société Tridente Animation dans laquelle il travaille avec des sociétés européennes et américaines. Il a travaillé comme scénariste pour la bande dessinée Blacksad (dessinée par Juanjo Guarnido) ainsi que pour le film d'animation Otel et comme réalisateur de séries télévisées ainsi que de films d'animation. En travaillant aux studios d'animation Lapiz Azul, il rencontra Juanjo Guarnido auquel il proposa un projet de bande dessinée qui deviendra plus tard Blacksad.

Juanjo Guarnido est un dessinateur de bandes dessinées espagnol né à Grenade (Espagne) en 1967. Après une enfance passée à dessiner, il fait ses études aux Beaux-Arts à Grenade et y obtient son diplôme. Il participe à la conception de plusieurs fanzines et publie des illustrations chez Comics Forum - Planeta de Agostini pour l'édition espagnole de Marvel Comics. Il s'installe ensuite à Madrid où il travaille aux studios d'animation Lapiz Azul. C'est dans ce studio qu'il rencontre Juan Diaz Canales, celui qui deviendra son scénariste pour Blacksad.
Juanjo Guarnido est embauché en 1993 aux Studios Walt Disney de Montreuil (à côté de Paris). Il y travaille comme layout-man (dessinateur des décors) puis comme animateur. C'est à ses heures libres qu'il entreprend la fabrication de son premier album, Blacksad : Quelque part entre les ombres.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
J’avais vu cette bande dessinée dans les mains de plusieurs de mes proches, mais elle ne m’attirait pas vraiment. C’est à l’occasion du Baby-Challenge Polar 2011 que je me suis décidée à la lire.
Blacksad, le héros, est un chat noir à museau blanc détective privé. Ce premier volume nous raconte les débuts de John Blacksad et il met en scène la corruption et la mafia.
Natalia Wilford, une célèbre actrice, est retrouvée assassinée. Blacksad décide de retrouver l’assassin car la victime est à la fois sa première cliente et son premier amour.

L’intrigue n’a rien de bien originale, mais la magnifique qualité du dessin crée une ambiance et une atmosphère sombre, d’un univers semblable à celui des romans noirs, dans le New York des années 1950. Les personnages sont des animaux anthropomorphes, à chacun sa caractéristique animale : le détective privé est un chat, les policiers sont des chiens, les tueurs des reptiles ou des rats, les gardes du corps des ours et des rhinocéros, le journaliste une fouine, les patrons de bars des cochons débraillés… Cette BD est comme un film : les images défilent,  le découpage des scènes est réalisé comme celui des plans cinématographiques. Une belle découverte grâce au Baby-Challenge Polar 2011 organisé par Livraddict.

Extrait :

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blacksad_t1

BlacksadPlanche

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Lu pour le Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 8/20 Médaille en chocolat

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02 décembre 2010

Le cimetière des bateaux sans nom – Arturo Pérez-Reverte

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (26/26)
Challenge terminé !

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Seuil – mars 2001 – 568 pages

Points – mai 2004 – 568 pages

Succès du livre éditions - juin 2008

traduit de l'espagnol par François Maspero

Quatrième de couverture :
Un marin exilé de la mer follement épris d'une femme dangereuse et belle. Un brigantin englouti depuis plus de deux siècles dans la pénombre verte de la Méditerranée. Une ancienne carte nautique qui n'en finit pas de révéler ses énigmes. Un secret dont les bribes éparpillées dans les liasses jaunies des bibliothèques et des musées excite la convoitise de chasseurs d'épaves sans scrupules. Et une fabuleuse histoire d'amour et d'aventure dont l'inoubliable héroïne est la mer. De Melville à Stevenson, de Conrad à Patrick O'Brian, c'est toute la grande littérature de la mer qui revit dans les pages de ce fascinant et merveilleux roman, comme un hymne à l'or magique des rêves et une métaphore de la part d'ombre tapie en chacun de nous.

Auteur : Arturo Pérez- Reverte est né à Cartagena, Espagne, en 1951. Licencié en Sciences politiques et en journalisme, il a travaillé longtemps comme grand reporter et correspondant de guerre pour la télévision espagnole, notamment pendant la crise du Golfe et en Bosnie. Le Cimetière des bateaux sans nom est le cinquième grand roman d'Arturo Pérez- Reverte (après Le Tableau du maître flamand, Le Maître d'escrime, Club Dumas et La Peau du tambour), tous des succès mondiaux dont plu-sieurs ont été portés à l'écran. Il partage aujourd'hui sa vie entre l'écriture et sa passion pour la mer et la navigation.

Mon avis : (relu en novembre 2010)
Coy est un marin sans bateau. Lors d’une vente aux enchères il croise Tanger Soto, une femme troublante dont il tombe amoureux. Tanger Soto travaille au musée de la Marine de Madrid. Elle vient d’acquérir l’Atlas maritime des côtes d’Espagne d’Urrutia Salcedo datant de 1767. Elle va entraîner Coy à la recherche d’un vieux brigantin englouti, le Dei Gloria, qui aurait coulé aux larges des côtes espagnoles plus de deux siècles auparavant. Nous allons d’abord suivre la piste du Dei Gloria à travers les bibliothèques et les archives marines. Puis la recherche se poursuivra dans les eaux de la Méditerranée. Les relations entre Coy et Tanger sont mystérieuses et ambigües... Sans oublier qu’ils ne sont pas les seuls dur la piste du brigantin englouti…

L'auteur nous dépeint avec beaucoup de justesse ces deux personnages principaux et à travers de superbes descriptions, il rend hommage à la Méditerranée. Le lecteur est conquis par une ambiance et une atmosphère digne de Jules Verne. Ce livre est un vrai jeu de piste, qui nous parle de cartes, de trésor, de corsaires et de mer et de marins... J'ai relu ce livre avec beaucoup de plaisir !

Extrait : (début du livre)
Observons la nuit. Elle est presque parfaite, l'étoile Polaire est visible à sa place exacte, à droite de la ligne formée par Merak et Dubhé, en multipliant par cinq la distance qui les sépare. La Polaire va rester au même endroit durant les vingt mille prochaines années ; et tous les navigateurs qui la contempleront éprouveront du réconfort en la voyant là-haut, car il est bon que demeure ainsi quelque part un repère immuable, quand les gens ont besoin de tracer des routes sur une carte marine ou sur le paysage confus d'une vie. Si nous continuons à prêter attention aux étoiles, nous trouverons sans difficulté Orion, puis Persée, puis les Pléiades. C'est facile parce que la nuit est limpide, il n'y a pas de nuages ; pas même un souffle de brise. Le vent de suroît est tombé au coucher du soleil, et le bassin est un miroir noir qui reflète les grues du port, les châteaux éclairés sur les montagnes, et les feux – vert à gauche et rouge à droite – des phares de San Pedro et de Navidad.

Approchons-nous maintenant de l'homme. Il est immobile, appuyé sur le faîte du rempart. Il regarde le ciel, qui s'annonce plus sombre vers l'est, et il pense que demain soufflera le vent d'est et qu'il fera grossir la houle. Il semble aussi sourire, d'une manière étrange ; quelqu'un qui pourrait voir son visage éclairé d'en bas par les lueurs du port conclurait qu'il existe des sourires meilleurs que celui-là : chargés de plus d'espoir et de moins d'amertume. Mais nous nous n'en connaissons pas la cause.

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (26/26)
Challenge terminé !

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
voisin_voisine
Espagne

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08 septembre 2010

Des gifles au vinaigre – Tony Cartano

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et Albin Michel

des_gifles_au_vinaigre Albin Michel – août 2010 – 272 pages

Quatrième de couverture :
« Faire d’un père l’objet d’une fiction n’est pas un sacrilège, surtout si l’on considère qu’il fut un être d’illusion, entièrement façonné par l’utopie. »
Février 1939. Franco a gagné. Les armées républicaines se replient sur la frontière française. A. fuit avec ses troupes villes et villages dévastés. Il laisse derrière lui son passé et ses faits d’armes : femme et enfant, la bataille de Teruel et la traversée de l’Ebre. Mêlant l’histoire trouble de la guerre civile espagnole, visions hallucinées du siècle et souvenirs d’enfance interdits et imaginaires, son fils tente, des années plus tard, de reconstituer la trajectoire de cet homme dont il ignore presque tout.
Et, à travers la réécriture de cette histoire vécue ou fantasmée, c'est le mystère de la littérature qu'explore le romancier Tony Cartano, dans un récit aussi ambitieux que personnel

Auteur : Écrivain, éditeur, Tony Cartano, né à Bayonne en 1944, est l'auteur de plusieurs romans dont Blackbird (1980), Bocanegra (1984), et Milonga (2004).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Dans ce livre l'auteur nous raconte en alternance ses souvenirs d'enfance et la Guerre d'Espagne de son père, Alfonso. Tony Cartano est né en 1944 à Bayonne d'un deuxième mariage.
En février 1939, Alfonso fait partie de l'armée républicaine, qui se replie vers la frontière française. A. rejoint le centre de triage de La Tour de Carol.. Il est emprisonné au camp de Gurs puis ayant travaillé comme tourneur ajusteur chez Hispano Suiza à Barcelone, il est envoyé à Toulouse pour travailler chez Breguet. C'est à Bayonne qu'il fera connaissance avec Sixta, la mère de Tony Cartano. Petit à petit on reconstitue la vie de son père mais il reste beaucoup de non-dits.

Les faits sont relatés dans le désordre et heureusement que certains chapitres sont datés pour que le lecteur s'y retrouve un peu. Il y a également de nombreuses digressions qui embrouillent encore plus la lecture de ce livre. Je n'ai pas été convaincu par ce livre.

Le titre de ce livre vient d'une expression espagnole « Hostias en vinaigre » qui nous est longuement expliquée dans un chapitre du livre, c'est un juron qu'utilise souvent Alfonso...

Merci à Blog-O-Book et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

D'autres avis : Fashion a aimé

Extrait : (début du livre)
3 février 1939
« Roberto, amène-toi. Viens voir. »
Adossé contre le pneu de la camionnette, encapuchonné sous sa couverture de campagne, le canonnier s'était assoupi une heure ou deux, se jurant bien que le brouillard et le froid nocturne ne le tueraient pas. Avec ses vingt-cinq ans et sa solide carrure d'avant-centre du club de football de Gérone, Roberto ne craignait rien plus que l'obscurité glacée, trompeuse, qui donne l'illusion du repos salvateur mais qui, en réalité, s'apprête à vous saisir aux poumons et à vous liquéfier de l'intérieur. Le sifflement des balles, la violence des escarmouches, ça ne lui faisait pas peur. Du moment qu'il avait décidé d'affronter le danger. Le plus dur, c'était le reste : tout ce qui rampait, sournois, le sommeil abruti, les poux de la tignasse et du pli des couilles – le désespoir. Depuis trente et un mois, il avait tout donné de sa vie à la guerre. Mieux qu'un entraînement permanent.
A. secoua le corps tétanisé de son compagnon qui s'ébroua.
« Que se passe-t-il ? Les Navarrais attaquent ? »
A. avait assuré son tour de garde, le dernier de la nuit, assisté de Jordi et Anselmo, ses deux meilleurs tireurs. Ils avaient ensemble grillé deux ou trois cigarettes roulées avec le peu de tabac qu'il leur restait et marché de long en large sans arrêt pour oublier leurs ampoules aux pieds et leurs doigts gourds. Pour surveiller aussi la petite route en contrebas du tertre où la quinzaine d'hommes demeurés sous les ordres de A. avaient trouvé refuge derrière un rideau de bouleaux.
Le jour était loin de se lever encore. De toute façon, avec le grésil qui ne s'était pas arrêté de la nuit, la visibilité aurait été limitée, peut-être même opaque jusqu'à la route distante d'à peine deux cents mètres. Ce qui avait attiré l'attention de A., sur le coup de cinq heures, c'était comme un vaste murmure sorti du néant, une vague de mugissements de plus en plus lourds, inquiétants, le halètement sauvage d'un immense troupeau prisonnier d'une nature hostile, un univers en délabrement.
A. décida d'envoyer Jordi en reconnaissance. D'où venait ce vacarme ? Il fallait en avoir le cœur net. Pourtant, à cet instant, c'était plutôt son estomac creux qui préoccupait le commissaire délégué à la 5e batterie de DCA, groupe 2. Depuis plusieurs jours, on avait commencé à compter et réduire les rations alimentaires. Il n'y avait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Même la camionnette qui tirait le petit et obsolète canon anti-aérien de fabrication soviétique n'avait plus d'essence. Elle gisait à demi-renversée dans un fossé neigeux, sur le chemin de rocaille menant à la clairière où A. avait installé le campement.
La bâche grisâtre froissée par le froid abritait quatre ou cinq kilos de pommes de terre germées que les rats n'avaient pas dénichées. Malgré les risques, et notamment le signal que cela pouvait procurer aux troupes de choc ennemies progressant chaque heure avec leurs maudites bottes de sept lieues, A. alluma un brasero à partir du petit bois ramassé dans la clairière. Dans cette vallée montagneuse, c'était la seule chose que l'on pouvait se procurer en abondance.
La veille, Anselmo – un paysan du delta de l'Èbre qui n'avait de compte à rendre à personne et sans doute le plus débrouillard des hommes de A. – était, de son propre chef, parti en vadrouille. C'était l'expression utilisée pour se dédouaner auprès de son supérieur. A. l'avait engueulé. Mais Anselmo avait rapporté de son échappée quelques navets d'un champ voisin et un lapin chapardé dans un clapier d'une ferme située à plus d'un kilomètre. « Solidarité ouvrière ! » s'était-il sobrement exclamé en guise de justification. A. s'était contenté d'acquiescer en maugréant lui aussi quelque formule magique issue du vocabulaire révolutionnaire. Ils avaient tous faim.

Livre 4/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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31 juillet 2010

Le rêve de Castro – Lucy Wadham

le_r_ve_de_castro Gallimard – avril 2005 – 350 pages

traduit de l'anglais par Patrice Carrer

Quatrième de couverture :
Astrid et Lola, deux sœurs vivant en exil à Paris, sont inextricablement mêlées aux luttes séparatistes basques qui font rage dans leur pays d'origine. Elles attendent la libération de Mikel, l'amant de Lola, qui vient de passer vingt ans en prison pour actes de terrorisme. Mais Mikel, à peine libéré, disparaît. Chacune de leurs côtés, les deux sœurs partent à sa recherche en Espagne...

Auteur : Née à Londres, Lucy Wadham vit aujourd'hui à Paris comme journaliste indépendante. Après L'île du silence (Série Noire n° 2649), dont les droits cinématographiques ont été achetés par John Malkovitch, Le rêve de Castro est son deuxième roman à paraître à la Série Noire.

Mon avis : (lu en juillet 2010)
J'ai pris un peu par hasard ce livre à la bibliothèque en lisant la quatrième de couverture. Il était question de Pays-Basque et connaissant un peu la partie française, j'ai décidé de découvrir ce livre écrit par une anglaise vivant à Paris...
Astrid et Lola sont deux sœurs ayant une relation complexe. Astrid est une chirurgienne brillante qui se donne beaucoup dans son travail. Lola est prof de danse, elle attend des nouvelles de Mikel son petit ami qui a passé vingt ans en prison à la suite d'actes de terrorisme au Pays Basque. Mais Mikel veut oublier son passé et il ne veut pas renouer avec Lola... Celle-ci revient au Pays-Basque espagnol pour le rechercher. Astrid a caché à sa sœur qu'elle avait reçu ses dernières années des lettres de Mikel. Voulant fuir pour un temps sa vie parisienne, Astrid va rejoindre Lola dans leur maison natale durant son voyage en voiture elle va rencontrer Kader qui fuit lui aussi Paris et qui est blessé.
Ce livre se lit assez facilement, une histoire assez palpitante, beaucoup de questions se posent autour des différents personnages rencontrés : Astrid, Kader, Mikel, Lola, Txéma, Itxua et sur ce qui s'est vraiment passé lors de l'arrestation de Mikel. Je me suis également demandée plusieurs fois pendant ma lecture, pourquoi ce livre fait partie de la collection « série noire » et j'ai eu la réponse dans les toutes dernières pages...

Extrait : (page 19)
Étendue sur le côté droit, Lola surveillait les chiffres rouges du réveil ; et pourtant la sonnerie, quand elle retentit, vint percer son propre cœur. Elle sortit un bras de dessous le drap, pour interrompre ce vacarme. Le cœur de Lola était son point faible. D'après Astrid, il émettait un bruit de souffle et, de ce fait, ne serait jamais parfaitement fiable. Astrid lui avait fait cette remarque tout en maintenant le froid stéthoscope contre sa poitrine constellée de taches de rousseur, et Lola avait baissé les yeux vers les longs cils sombres de sa sœur, avec un demi-sourire. C'était le premier diagnostic d'Astrid et Lola était fière de son aînée, même si on ne lui apprenait rien en lui annonçant que son cœur était plus faible que fiable.

Oui, c'est un souffle au cœur, avait repris Astrid, en éloignant son visage de la poitrine de Lola et en enroulant son stéthoscope flambant neuf autour de sa main. Ne t'en fais pas, Lolita. C'est à surveiller, mais ce n'est pas grave.

Et Lola, après avoir reboutonné son chemisier, était allée chercher des bières dans le réfrigérateur, et elles avaient trinqué avec les bouteilles comme pour célébrer l'inauguration de leur nouvelle tâche commune, la surveillance de cœur.

Le réveil indiquait 06:31.

Mikel était libre depuis maintenant une minute. Il lui avait bien fallu ça, rien que pour découvrir le grand ciel de l'aube, le bleu d'un papillon exotique voletant au-dessus de sa tête, pour se retourner vers l'horizon d'une blondeur de bière, pour sortir un paquet de cigarettes de sa poche et tirer une bouffée en homme libre, la première depuis vingt ans.

En fermant les yeux, Lola aperçut son bien-aimé qui se tenait debout sur cette plaine aride, là-bas, le dos tourné aux grands murs de la prison, les jambes écartées, comme toujours. Comme si la terre risquait de se mettre à trembler sous ses pieds à tout moment.

Fume ta cigarette, Mikel. Aspire, l'approuva-t-elle à voix haute. Et elle se retourna sur le ventre et enfouit son large sourire dans l'oreiller.

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