01 décembre 2013

Smilla et l'amour de la neige - Peter Høeg

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : AMOUR

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Seuil - 1995

France Loisirs - 1996 

Points - octobre 1996 - 520 pages

traduit du danois par Alain Gnaedig et Martine Selvadjian

Titre original : Frøken Smillas fornemmelse for sne, 1992

Quatrième de couverture :
Smilla connaît la neige. Groenlandaise, expatriée au Danemark, elle garde de son enfance une perception aiguë et un amour incommensurable pour les paysages immaculés. Quand le petit Esajas se tue en tombant du toit d'un immeuble, elle ne croit pas à un accident. Smilla sait lire les empreintes de la neige: ce ne sont pas celles d'un enfant qui jouait, mais celle d'une proie qui cherchait à s'enfuir...

"Quand on a l'habitude de la neige, on ne laisse pas de telles empreintes."

Auteur : Peter Høeg a grandi, fait ses études et vécu à Coppenhague jusqu'en 1984. Après une période incertaine durant laquelle il fut entre autres globe-trotter, marin, professeur de sport et danseur, il publie en 1988 son premier roman : L'histoire des rêves danois.
Il a connu la célébrité avec son roman Smilla et l'amour de la neige (1992), qui lui a valu le prix Clé de verre. 
On lui doit aussi "La Petite Fille silencieuse" (2007), "Les Enfants des cornacs" en (2011).

Mon avis : (lu en novembre 2013)
A Copenhague, peu avant Noël, le petit Esajas, un garçon groenlandais de six ans, se tue en tombant du toit d'un immeuble. La police conclut à un accident. Mais Smilla Jaspersen n'est pas de cet avis. Elle connaît l'enfant. Et, surtout, Smilla est métisse danoise et groenlandaise, depuis son enfance à Thulé, elle "connaît" la neige. Elle décide donc de mener sa propre enquête. Dans une ambiance glaciale, et des paysages blancs, l'intrigue va nous mener à travers le Groenland jusqu'à son extrême nord.
L'enquête est passionnante, Smilla est un personnage complexe mais très attachant. Elle cherche son identité à travers ses origines inuit et scandinave, ses deux cultures.
C'est à la fois un thriller, un roman d'anticipation, un roman d'amour et un roman d'aventure... Une très belle découverte.

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Le livre a été adapté au cinéma et réalisé par Bille August en 1997 avec dans les rôles principaux : Julia Ormond, Gabriel Byrne, Richard Harris et Vanessa Redgrave.

Merci à Natiora qui m'a offert ce livre l'année dernière pour le Swap Nordique - édition de Noël.

Extrait : (début du livre)
Il gèle, un extraordinaire -18° ; il neige et, dans la langue qui n'est plus la mienne, cette neige est qanik - de gros cristaux planent presque en apesanteur, s'amoncellent sur le sol et le recouvrent d'une couche de gelée blanche et poudreuse.
L'obscurité de décembre s'élève de la tombe, elle semble aussi illimitée que le ciel au-dessus de nous. Dans cette obscurité, nos visages ne sont plus que des disques faiblement éclairés mais, même ainsi, je note la réprobation du pasteur et du bedeau devant mes bas résille noirs et devant les gémissements de Juliane accentués depuis que les effets du disulfirame, pris tôt ce matin, se sont dissipés. Elle est presque dégrisée pour affronter le chagrin. Ils considèrent que nous ne respectons ni le temps ni les tragiques circonstances. La vérité, c'est que les bas comme les cachets sont, chacun dans leur genre, un hommage au froid et à Esajas.

Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  14/25

 Challenge Voisins, voisines

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Danemark

  Défi Scandinavie noire 2012

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Danemark

Challenge Cap au Nord
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Année 2013 

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Ma 1ère lecture
d'un auteur : 9/13

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09 juin 2013

Miséricorde - Jussi Adler Olsen

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Audiolib - novembre 2012 - lu par Eric Herson-Macarel

Albin Michel - octobre 2011 - 496 pages

Livre de Poche -janvier 2013 - 528 pages

traduit du danois par Monique Christiansen

Titre original : Kvinden i buret, 2007

Grand Prix des Lectrices de "ELLE" 2012

Quatrième de couverture :
Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s'acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l'avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d'encre. Mais, faute d'indices, la police avait classé l'affaire. Jusqu'à l'intervention des improbables Carl Mørck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d'origine syrienne. Pour eux, pas de cold case ... Couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, le thriller de Jussi Adler-Olsen, première enquête de l'inspecteur Mørck, est un véritable phénomène d'édition mondial. 

Auteur : Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec Section V, série best-seller qui compte déjà quatre tomes.

Lecteur : Éric Herson-Macarel est un comédien français. Il joue régulièrement au théâtre et au cinéma. Au grand écran, il est la voix française de, entre autres, Robert Carlyle, Willem Dafoe (dans Spiderman) et de Daniel Craig (dans James Bond). Il a déjà enregistré pour Audiolib Le Prédicateur, L'Oiseau de mauvais augure et L'Enfant allemand.

Mon avis : (écouté en juin 2013) 
Cela faisait quelques temps que je voulais découvrir ce thriller danois et j'ai eu l'occasion d'emprunter le livre-audio à la bibliothèque.
En 2007, l'inspecteur Carl Mørck échappe à une fusillade qui tue l'un de ses équipiers et rend handicapé l'autre. Deux mois plus tard, Carl reprend le travail où on lui donne une drôle de promotion... Il devient responsable d'un nouveau service le Département V, qui doit traiter des affaires classées non résolues. Pour le seconder, il a comme assistant un réfugié syrien du nom d'Assad, le duo est atypique et attachant. Le premier dossier dont ils s'occupent concerne une jeune et brillante politicienne, Merete Lyyngaard, disparue mystérieusement cinq ans plus tôt lors d'un voyage en ferry avec son frère.

Le livre raconte en parallèle, l'enquête au présent et ce qu'il s'est passé en 2002 pour Merete avant et pendant son kidnapping.
L'intrigue est originale, angoissante et fort bien construite, à aucun moment je ne me suis ennuyée... Le duo improbable Carl et Assad est formidable. Je suis donc ravie de savoir qu'il y a de nouvelles enquêtes de l'inspecteur Carl Mørck et d'Assad à découvrir et je les lirai prochainement.
Côté livre audio, j'ai beaucoup apprécié le lecteur Eric Herson-Macarel.

Autres avis :  AifelleDasolaYv, Lystig, Valérie,  EnnaSandrineSylire, Canel

Extrait : (début du livre)
Avec le  bout de ses doigts,  elle  gratta  jusqu’au  sang les murs lisses, elle frappa de ses poings fermés le verre épais des vitres jusqu’à  ce qu’elle ne sente plus ses mains. Dix fois au moins, elle avait retrouvé  à tâtons la porte d’acier, inséré ses ongles dans la fente pour  l’arracher,  mais la porte avait un bord tranchant  et restait inébranlable.
À la fin, les ongles usés jusqu’à la chair, elle retomba sur le sol glacé en respirant péniblement. Un instant, elle fixa l’obscurité  profonde, les yeux écarquillés et le cœur battant à se rompre, alors, elle cria. Elle hurla jusqu’à que ses oreilles sonnent et que sa voix se casse.

Puis elle renversa la tête en  arrière et sentit de nouveau l’air frais qui venait du plafond. Si elle pouvait prendre son élan, sauter jusque là-haut et se cramponner à n’importe quoi ? Peut-être qu’alors, il se passerait quelque  chose.
Oui,  peut-être qu’alors, ces démons, dehors, seraient obligés d’entrer  ?
Si elle visait leurs yeux, de ses doigts tendus, elle pourrait les aveugler. Si elle était assez rapide et déterminée, peut-être qu’elle y parviendrait et qu’elle pourrait s’échapper.
Pendant un moment, elle suça ses doigts qui saignaient, puis elle prit appui sur le sol pour se soulever.
Elle fixa le plafond à l’aveuglette. Peut-être était-ce trop haut pour sauter. Il n’y avait peut-être rien à attraper. Maiselle devait essayer. Que pouvait-elle faire d’autre ?
Elle ôta sa veste en tirant dessus et la rangea soigneusement dans un coin pour ne pas l’abîmer en tombant. Puis elle s’élança et sauta, les bras aussi tendus que possible, sans réussir à toucher quoi que ce soit. Elle sauta encore deux fois, puis revint vers le mur du fond où elle s’adossa pour souffler un instant. Elle reprit son élan et, de toutes ses forces, elle bondit dans l’obscurité, en agitant les bras pour atteindre l’espoir. Quand elle retomba, son pied glissa sur le sol lisse et elle chuta sur le côté. Elle gémit quand son épaule toucha le béton et cria quand sa tête heurta le mur et qu’elle vit trente-six chandelles.
Longtemps, elle resta par terre, totalement immobile, elle n’avait qu’une envie : pleurer. Mais elle ne pleura pas. Si les gardiens de sa prison l’entendaient, il y aurait malentendu. Ils la croiraient prête à renoncer, or elle n’abandonnait pas. Au contraire.

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   Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 46/12

 Challenge Voisins, voisines

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Danemark

 Défi Scandinavie noire 2012

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Danemark

Challenge Cap au Nord
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 Challenge Petit BAC 2013

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"Sentiment"

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Ma 1ère lecture
d'un auteur : 5/13
 

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28 novembre 2012

Swap Nordique - édition de Noël : colis dévoilé !

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En parallèle avec le Challenge Littératures Nordiques
Myiuki22 a décidé d'organiser le Swap Nordique - édition de Noël !
La tentation était grande d'y participer... J'ai été binômée avec Natiora !

Composition du colis :

1 livre de poche dont l’auteur est nordique [Danemark, Finlande, Suède, Norvège ou Islande] tiré de la wish-list de votre swappé(e) 
1 ou 2 marque-page : promo, fait-maison, autre, …
1 carte avec un petit mot - sympa de préférence  - 
1 surprise : objet, friandises, bougies, thé, ...

 

Lundi soir, au retour du travail j'ai trouvé le colis de mon binôme dans ma BAL

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Mon APN n'étant pas chargé, je dois attendre l'après-dîner avant de satisfaire ma curiosité...

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Voilà l'ensemble avant le déballage

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Après déballage !

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Et le détail de mes surprises...

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Un superbe mug grand volume au couleur de Noël et motif Nordique !

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Une tablette de chocolat et du thé aux saveurs de Noël 

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Deux livres choisis par Natiora dans ma LAL que j'ai hâte de découvrir

Smilla et l'amour de la neige - Peter Hoeg (Danemark) 
Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison - Arto Paasilinna (Finlande)

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Une belle carte au couleur de l'hiver et le marque-page, assorti au livre finlandais,
et avec un petit air de Noël

 Un très Grand MERCI à Natiora pour ce très beau colis qui m'a donné l'impression de fêter Noël en avance !

Merci également à Myiuki22 qui a eu la très bonne idée d'organiser ce beau Swap !

 

Pour aller voir le colis que j'ai envoyé à Natiora, c'est ici

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29 avril 2012

Banquises – Valentine Goby

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Albin Michel – août 2011 – 246 pages

Livre de Poche - août 2013 - 216 pages

Quatrième de couverture :
« Vingt-sept ans d'absence. Vingt-sept anniversaires qui ont pris le dessus, année après année, sur le jour de naissance : ils n'ont plus compté l'âge écoulé de Sarah mais mesuré l'attente. » 
En 1982, Sarah a quitté la France pour Uummannaq au Groenland. Elle est montée dans un avion qui l'emportait vers la calotte glaciaire. Sa famille ne l'a jamais revue. Elle a disparu, corps et âme. Elle avait vingt-deux ans. Lisa, vingt-sept ans plus tard, part sur les traces de sa soeur. Elle découvre un territoire dévasté et une population qui voit se réduire comme peau de chagrin son domaine de glace.
Valentine Goby, l'auteur de Qui touche à mon corps je le tue et Des corps en silence, nous emporte sur ces terres qui s'effacent dans un grand livre sur le désenchantement du monde.

Auteur : Valentine Goby est écrivain de littérature et de littérature jeunesse. Diplômée de Sciences-Po, elle a effectué des séjours humanitaires à Hanoi et à Manille. Enseignante, elle a aussi fondé l'Écrit du Cœur, collectif d'écrivains soutenant des actions de solidarité.
Valentine Goby est lauréate de la Fondation Hachette, bourse jeunes écrivains 2002 et a reçu le prix Méditerranée des Jeunes, le prix du Premier Roman de l'université d'Artois, le prix Palissy et le prix René-Fallet en 2003 pour son roman La note sensible. Elle publie pour la rentrée 2011, Banquises.

Mon avis : (lu en avril 2012)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque après sa présentation au Café Lecture. J'étais attirée par ce voyage au Groenland.
En 1982, Sarah âgée alors de vingt-deux ans, est partie passer quelques semaines au Groenland. Mais elle n'est jamais revenue, et personne n'a jamais su ce qui s'était passé.
Vingt-sept ans plus tard, sa petite sœur Lisa part sur ses traces, elle se rend à Uummannaq au Groenland.La vie dans cette petite ville de pêcheurs est en plein bouleversement car la banquise fond, les habitants se retrouvent ainsi beaucoup plus isolés du monde et de leurs voisins.
Cette disparition soudaine de Sarah a traumatisé la famille : pendant des jours et des jours la mère va attendre à l'aéroport tous les avions en provenance de Copenhague dans l'espoir de voir Sarah revenir... Le père se réfugie dans le travail et le silence pour tenter de s'habituer à l'absence de sa fille aînée et Lisa la cadette tente de grandir même si elle est devenue comme transparente aux yeux de ses parents.
J'ai un avis mitigé sur ce livre, j'ai beaucoup aimé découvrir Ummannaq, le Groenland et la banquise. J'ai eu un peu de mal avec la construction du livre avec les aller-retours entre le présent et le passé cela rend la narration brouillonne. Le traitement de la souffrance de toute la famille face à la disparition de Sarah est inégal, j'y ai trouvé parfois certaines longueurs. Ces voyages réel et intérieur proposent plusieurs pistes malgré tout je suis restée sur ma faim car certaines questions sont restées sans réponse.
L'histoire est cependant troublante et poignante.

Autres avis : Anne, mrs pepys, Clara, Leiloona

Extrait : (début du livre)
Au sous-sol, le niveau départ, sous chape de ciment brut, plafond traversé de bouquets de fils électriques à nu, de câbles et de néons en barres. On y est sans y être, à l'aéroport. Des portes automatiques trouent çà et là le béton, laissant voir des portions de la route circulaire, silhouettes floues, carrosseries de voitures et de cars Air France mal détourés dans l'obscurité – dehors, à vingt mètres de ce boyau, invisible, le plein jour. Au niveau supérieur, loin à hauteur de la piste de décollage, des vitres étroites taillent des triangles, des quadrilatères dans le ciel cru, dans les talus d'herbe fluo, les barbelés, les fuselages d'avions. Les yeux levés, on aperçoit parfois des carlingues traversant les vitres segment par segment, au pas sur le tarmac, puis ce sont les queues des avions comme des ailerons à la surface de l'eau. Dans l'abîme le niveau départ, privé du tricotage en fer et verre en forme de coupole par lequel, de Francfort à Bangkok, on amorce l'envol avant même le comptoir d'enregistrement. Ici, empilement de béton sur béton sur onze niveaux, départs, arrivées, parking rouge, parking bleu, parking vert, et au sommet, la délivrance, un chemin de ronde ceint de bureaux d'où la vue s'ouvre enfin sur le ciel, et champs après champs, après champs, nœuds d'autoroutes, hangars étincelants, un château d'eau pour seul obstacle en travers de l'horizon morne, et même, du vent. De là on voit, tendu au-dessus de l'énorme anneau évidé du terminal, un filet en mailles lâches où des cadavres de pigeons, ailes brisées, corps durcis, balancent dans la brise.
La file progresse lentement entre les bandes déroulantes. Lisa pousse son chariot ; ça coince encore. Il fait trop chaud, à cause d'avril, de l'aération mal réglée, des chaussures en Goretex et du blouson de ski hors-saison. Lisa dézippe son blouson, le balance sur le chariot, se baisse et décroche à nouveau les sangles du sac à dos prises dans les roues. Elle devrait compacter le sac dans une gaine de film transparent, une valise en démonstration pivote continûment sur un socle à quelques mètres, mais la queue avance, dense à cause du mauvais fonctionnement des bornes d'enregistrement, Lisa ne prend pas le risque de s'éloigner pour la recommencer, cette queue, alors à chaque déplacement du chariot vers les comptoirs Scandinavian Airlines, le même mouvement nerveux pour rabattre ses mèches de cheveux derrière les oreilles, puis se pencher et dégager les roues. Elle n'y est pas, dans le voyage. Elle n'a pas une pensée pour Copenhague où elle atterrira ce soir, pour Kangerlussuaq, sur la calotte groenlandaise, qu'elle atteindra demain, avant la remontée vers le nord. Elle ne sent pas de picotements au bout des ongles et de la langue, un flux sanguin suractivé par l'excitation. À cause, dans l'immédiat, des bornes en panne, à cause des sangles dans les roues, à cause, aussi, de la masse de béton et de cet éclairage de cave. C'est la même impression d'étouffement qu'il y a vingt-huit ans, quand ce n'était pas elle mais sa sœur Sarah dans la file de passagers, prisonnière du même sous-sol, de la même attente, quand Lisa, quatorze ans alors, à cause de l'enfoncement sous la terre, de l'attente, de l'absence de lumière du jour, et parce qu'elle-même n'avait jamais pris l'avion, ne s'était jamais figuré le bourdon des réacteurs, la sensation de l'asphalte sous les roues puis le soulèvement de tout le corps, intestin foie cœur poumons comprimés à mort, tympans pressurisés, neuf cents kilomètres/heure à dix mille mètres de toute terre connue, une métamorphose en oiseau, jamais imaginé passer la barrière de nuages, plus même oiseau mais buée, plus même buée, à cause de tout cela il semblait stupéfiant à Lisa que Sarah décolle, pour Copenhague puis le Groenland, vers un point situé à six cent cinquante kilomètres au nord du cercle polaire, qu'elle décolle tout court d'ici, pour n'importe où. Vingt-huit ans plus tard, le poids du passé leste davantage encore l'idée d'envol. Comme elle est pleine, Lisa, de son histoire. Comme elle la porte, l'a portée. Comme elle l'entrave ; voyez la voussure de ses épaules.

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 Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
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42/42
 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

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29 février 2012

Un safari arctique – Jørn Riel

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Gaïa – mars 1994 – 216 pages

10/18 – juin 1999 – 157 pages

traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

Titre original : En arktisk safari og andre skrøner, 1976

Quatrième de couverture : 
" On n'écrit pas sur les confins de notre monde sans y avoir vécu. De même que Francisco Coloane a sillonné la Terre de Feu en se frottant à tous les métiers, le Danois Jorn Riel s'embarque dans les années 50 pour le nord-est du Groënland. De ce long séjour dans ces déserts arctiques naîtront une vingtaine de livres. Les personnages principaux sont toujours les mêmes trappeurs : Valfred, Mad Madsen, William le Noir... Tout à la fois hâbleurs ou mutiques, farceurs ou philosophes, ils meublent la solitude de la nuit polaire en sirotant un épouvantable tord-boyaux et en idéalisant un être cruellement absent de ces rudes contrées : la femme. Drôles, insolites et pleines de tendresse, ces histoires ont aussi une valeur ethnologique incontestable. Un hymne au Grand Nord, chaleureux à faire fondre la banquise. " Alexie Lorca, Lire

Auteur : Jørn Riel est né en 1931 au Danemark. En 1950, il s'engage dans les expéditions du Dr Lauge Koch pour le nord-est du Groenland et y reste seize ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d'ouvrages parmi lesquels la série des « Racontars arctiques », et des trilogies :La Maison de mes pères et Le Chant pour celui qui désire vivre. Après un détour chez les Papous dans La Faille, Jørn Riel est revenu au Groenland avec Le Canon de Lasselille, La Circulaire et une nouvelle trilogie, Le Garçon qui voulait devenir un être humain (éditions Gaïa, 2002). Son dernier recueil de nouvelles, Le naufrage de la Vesle Mari : et autres racontars, a paru aux Editions Gaïa en 2009. Jørn Riel a reçu le Grand Prix de l'Académie danoise en 2010. Il vit aujourd'hui en Malaisie. 

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre est le deuxième opus des racontars, il regroupe six nouvelles : le bruant des neiges, la balle perdue, un petit détour, ce qu'il advint d'Emma par la suite, un safari arctique, le rat.
J'avais déjà lu la première nouvelle en Bande-Dessinée dans Le Roi Oscar et autres racontars. Anton, 19 ans, découvre la vraie vie de trappeur polaire. Il avait imaginé un monde arctique peuplé de héros polaires. Il découvre très vite que la réalité est très différente de ce qu'il avait imaginé...
La seconde nouvelle nous raconte la rencontre entre Siverts et un ours polaire sorti d'hibernation.
Dans la nouvelle suivante, Valfred et Hansen partent chasser le phoque en plein mer. Ensuite nous découvrons Emma compagne des trappeurs polaires qui passe de chasseurs en chasseurs en échange de cadeaux symboliques...
Toutes ces histoires sont hilarantes et surprenantes mettant en scène des personnages hauts en couleurs dans un environnement hostile et glaçant. A ne pas rater !

Un grand Merci à Pickwick qui m'a offert ce livre par  lors du Swap Scandinavia organisé par Isleene

Extrait : (début du livre)
Être seul. Tout seul sur une côte, pratiquement dépourvue d'homme, isolé du reste du monde.

Ne dépendre que de sa propre, habileté, de sa propre volonté, être à la fois son seul maître et valet; tout cela n'était probablement pas tout à fait clair pour Anton Pederseen quand il avait postulé un emploi de chasseur au bureau de la Compagnie. Parce qu'Anton n'avait encore que dix-neuf ans et bien autre chose dans la tête. Son monde arctique à lui était peuplé de héros polaires, d'hommes indomptables dans des fourrures énormes, d'hommes qui s'acharnaient au péril de leur vie à remplir les nombreuses taches blanches sur les cartes. Son Groenland à lui, c'était de longs voyages derrière des chiens glapissants tirant le traîneau, de fabuleuses chasses à l'ours et au morse, des rencontres merveilleuses avec des Eskimos intacts et une camaraderie sans faille qui liait les hommes de l'expédition jusqu'aux frontières du pays de la mort. Anton souhaitait ardemment devenir un pionnier de cet envergure.
Le Groenland était grand. Il y restait encore des zones inexplorées. « Mais le temps presse, pensait Anton, et les taches blanches fondent à toute vitesse. » C'est pourquoi il lui tardait de partir. Toutefois, il n'avait rien d'autre à montrer qu'un baccalauréat fraîchement passé et quelques médailles d'argent d'une académie de chasse ; et c'est pourquoi il dut rapidement réaliser que, dans son cas à lui, seules deux routes pouvaient le mener en Arctique : soit il appareillait vers la côte ouest du Groenland avec la Royale de Commerce Groenlandais, soit il partait pour l'est du Groenland en tant que chasseur. A vrai dire, l'ouest ne le tentait pas tellement. Là, il pourrait, certes, trouver un emploi d'assistant commercial, mais l'aventure deviendrait une perspective lointaine. Le travail serait certainement aussi ennuyeux que le titre et, selon lui, presque humiliant pour un philosophe en herbe. Raison pour laquelle il choisit la Compagnie. En tant que chasseur, il pourrait sûrement mener une vraie vie de héros polaire. Il ferait de longues tournées de chasse en traîneau dans le grand désert blanc, et d'après ce que le directeur de la Compagnie lui avait fait comprendre, son existence prendrait à peu près l'allure de celle des anciens explorateurs. Anton Petersen devint donc chasseur. Il avait du courage, une bonne tête, et il était frais comme le dedans d'une noisette.  


Du même auteur : 

La_vierge_froide_et_autres La Vierge froide et autres racontars 

le_roi_oscar_x  Le Roi Oscar et autres racontars 

Challenge Voisins, voisines
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Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

 Challenge Viking Lit' 
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Challenge Objectif PAL Swap
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28 février 2012

La Tour d'arsenic – Anne B. Ragde

la_Tour_d_arsenic Balland – octobre 2011 – 522 pages

traduit du norvégien par Jean Renaud

Titre original : Arsenikktarnet, 2001

Quatrième de couverture :
Norvège : la vieille Amalie Thygesen, dite Malie, ancienne chanteuse de cabaret à la gloire éphémère, rend son dernier souffle dans une maison de retraite. Tandis que sa petite fille, Therese, plie ses bagages sur l'instant pour rejoindre le lieu des obsèques - et se laisse prendre dans un tourbillon de souvenirs drôles, tendres, émouvants, le reste de la famille chante l'heure de la libération : débarrassés de la vieille femme fantasque au caractère trop bien dessiné, les uns et les autres vont pouvoir se jeter sur les biens immobiliers et vendre les babioles qui, pour eux, ne valent pas la peine d'être gardés. Comprenant mal ce manque de compassion et de respect pour sa grand-mère, Therese va découvrir, au fil des objets qui ont fait la vie de Malie et des confidences récoltées, qui a été cette femme qu'elle croyait si bien connaître... Une femme que sa propre fille, Ruby, la mère de Malie, détestait cordialement, et que beaucoup craignaient. Comment peut-on susciter chez ses proches des sentiments aussi contradictoires ?

Auteur : Anne Birkefeldt Ragde est née en Norvège en 1957. Auréolée des très prestigieux prix Riksmal (équivalent du Goncourt français), prix des Libraires et prix des Lecteurs pour sa "Trilogie de Neshov" publiée aux éditions Balland (90 000 exemplaires vendus), Anne Birkefeldt Ragde est une romancière à succès, déjà traduite en 15 langues, aux millions d'exemplaires vendus.

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre a été édité en Norvège en 2001, il est édité en France seulement maintenant. C'est l'histoire d'une saga familiale sur trois générations de femmes.
Tout commence avec l'annonce du décès d'une vieille dame, Amalie Thygesen, cette nouvelle réjouie sa fille Ruby et son fils Ib contrairement à Therese sa petite-fille qui est très triste, elle regrette sa grand-mère. Le lecteur va découvrir à travers les différentes parties du livre qui était Amalie Thygesen, dite Malie et Morgens sont mari.

Le livre est composé de six parties, la première et la dernière partie ont Therese pour narratrice et dans les quatre autres parties nous remontons le temps pour explorer les différentes époques de la vie de Malie. La deuxième partie commence de l'enfance de Ruby au moment de la Seconde Guerre Mondiale jusqu'à la naissance de Therese, dans la troisième partie Malie a vingt-cinq ans elle a quitté depuis quelques années la maison familiale, elle va devenir comédienne, elle fait la rencontre de Morgens et cette partie s'achève avec leur mariage. Dans les parties quatre et cinq le lecteur découvre l'enfance de Morgens puis l'enfance de Malie.

La lecture est plutôt facile, la vie de Malie et ses proches est passionnante le lecteur découvre petit à petit quelques secrets de famille, les sentiments des uns et des autres, des relations conflictuelles, des non-dits... J'ai aimé découvrir la vie au Danemark de 1920 à aujourd'hui dans des milieux différents, avec en particulier, la vie avant et après-guerre. J'ai cependant trouvé quelques longueurs.  

 

Extrait : (début du livre)
« A ma petite Therese chérie », avait écrit ma grand-mère sur un bout de papier blanc attaché à une montre en or. Celle-ci se trouvait dans le tiroir de la table de nuit, le papier était fixé à la chaîne à l'aide d'un élastique. Le cadran était joliment bordé de nacre, mais le verre était cassé et la montre s'avéra en définitive ne pas être en or. J'y cherchai ensuite un poinçon, en vain.

Les mots étaient tracés à l'encre vert marine. La montre était l'un des deux objets qu'elle me destinait, à moi et personne d'autre. L'élastique était rouge et friable. Toutes ses affaires étaient garnies d'élastiques, on aurait dit qu'elle les avait soigneusement ficelées en vue d'un long voyage ou d'un déménagement. Nous trouvâmes des élastiques y compris autour de petits bocaux aux couvercles fermés, comme pour en maintenir le verre même. J'imagine ses longues mains ridées, pareilles à des griffes, au vernis à ongles rose écaillé, enrouler les élastiques autour des bocaux – ce qui n'avait aucun sens - et j'entends le silence de mort qui l'entoure ce faisant.

Ce fut dans le prolongement de ce silence que ma mère me téléphona pour m'annoncer la nouvelle :
- Maman est morte.
Puis elle se mit à rire. Longuement. Un rire sonore et rude, entrecoupé de respirations.
- Grand-mère est morte ?
- Oui ! Ce n'est pas formidable ?
Le petit Stian était à côté de moi, une feuille de papier hygiénique à la main, j'allais tout juste lui moucher le nez.
- Grand-mère est morte ? S'écria-t-il.
- Non, pas ta grand-mère, dis-je. La mienne. La mère de ta grand-mère.
Je coinçai le combiné entre mon menton et mon épaule et entrepris de le moucher, appuyant sur une narine, puis l'autre. Il souffla deux fois de chaque côté, une collaboration entre son nez et mes doigts qui se passait de commentaires. Après quoi il s'éclipsa par la porte de la véranda en courant sur ses jambes minces et bronzées avec force mouvements de coudes.
- Je comprends que tu sois contente, maman.
- Oui. Je suis si heureuse, Therese ! Je... et Ib tout pareil. C'est lui qui m'a appelée. On est tellement... tellement... Et tu vas pouvoir m'accompagner à Copenhague ! On va enfin examiner la maison de fond en comble, regarder dans les placards et tous les tiroirs. C'est fantastique, Therese !

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Déjà lu du même auteur :

la_terre_des_mensonges La Terre des mensonges   la_ferme_des_Neshov La Ferme des Neshov
l_h_ritage_impossible L'héritage impossible  zona_frigida  Zona frigida
un_jour_glac_ Un jour glacé en enfer

Challenge 6% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
36/42

Challenge Voisins, voisines
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Norvège

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Norvège : Anne B. Ragde

 Challenge Viking Lit'Viking_Lit

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09 février 2012

L'Art de pleurer en chœur – Erling Jepsen

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Sabine Wespieser – avril 2010 – 312 pages

Livre de Poche – mars 2011 – 320 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kunsten at græde i kor, 2002

Quatrième de couverture : 
Du haut de ses onze ans, le narrateur ne saisit pas très bien les enjeux du monde des adultes dans la petite bourgade du sud du Jütland où il grandit. Mais il a remarqué que le chiffre d'affaires de l'épicerie de son père augmentait après chacune des prestations de ce dernier lors des enterrements : cet homme dépressif et taciturne a en effet un talent, celui d’émouvoir les cœurs les plus endurcis grâce à ses oraisons funèbres déchirantes. Du coup, après chaque cérémonie, l'atmosphère à la maison est plus légère. De là à provoquer une hausse du nombre des décès, il n'y a qu'un pas, vite franchi par l'imagination débridée de l'enfant… Dans ce roman grinçant et parfaitement maîtrisé, Erling Jepsen dépeint la société rurale danoise, encore repliée sur elle-même, de la fin des années 1960.

Auteur : Erling Jepsen est né en 1956 au Danemark. Dramaturge et romancier à succès dans son pays, il vit aujourd'hui à Copenhague. L'Art de pleurer en choeur, qui est paru dans de nombreux pays et a été adapté au cinéma, est le premier de ses trois romans à être traduit en français.

Mon avis : (lu en février 2012)
Fin des années 60, dans le sud du Jütland, une région rurale du Danemark, le narrateur de ce livre est un jeune garçon de 11 ans Allan qui nous raconte avec naïveté et candeur sa vie quotidienne au sein de sa famille. Son père et sa mère tiennent une épicerie qui se trouve confrontée à la concurrence des premières grandes surfaces. Le père est parfois dépressif, il cherche la reconnaissance et fait tout pour devenir un notable dans le village. Son comportement avec ses enfants est assez dérageant. La mère est assez en retrait, elle est pieuse et elle laisse faire son mari. La sœur Sanne âgée de quatorze ans est un peu rebelle, le frère aîné Azger est absent de la maison, il est parti faire des études à Copenhague.

Allan est très touchant, il voudrait que sa famille se porte bien et soit unie. Mais du haut de ses onze ans, il a des idées parfois un peu extrême pour rendre le sourire à son père ! En particulier, il a remarqué le talent d'orateur de son père pour les éloges funèbres et les conséquences bénéfiques qui en résultent pour le commerce de son père...
Le narrateur fait au lecteur certaines révélations assez troublantes sur cette famille, notre regard d'adulte décode très rapidement que l'auteur aborde des sujets graves. Ce livre oppose des situations cocasses et des situations graves, des descriptions féroces et caricaturales du milieu social danois et le regard naïf d'un enfant sur la vie des adultes.

Ce livre est une belle et originale découverte ! 
Il existe une suite à ce roman avec « Sincères condoléances », qu'à l'occasion je serai curieuse de découvrir.

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L’Art de pleurer en chœur a été adapté au cinéma dans film danois : (Kunsten at Græde i Kor) : The Art of crying de Peter Shønau Fog, apparemment non diffusé en France.

Extrait : (début du livre)
Ils ont dit un mot à la télévision, un mot que je ne comprends pas. C’est une femme qui l’a dit, lentement et en articulant bien, comme si elle voulait que tout le monde puisse suivre. C’est encore pire, parce que ce qu’elle dit ne va pas avec ce que je vois. Sinon, la télévision est drôlement chouette ; nous sommes les derniers de la rue à l’avoir eue, et en rentrant de l’école j’ai couru pendant tout le chemin. Et voilà qu’il arrive ça.
Le mot c’est habitude. Ce n’est pas un mot très long et j’ai un peu honte, parce que je viens d’avoir onze ans. Il n’y a personne pour me l’expliquer ; je suis tout seul dans le salon.
Je cours dans la cuisine et j’attends à la porte qui mène à la boutique. Maman est en train de servir quelqu’un, ça prend une éternité, mais enfin elle me rejoint.
« Habitude, dis-tu ? » Elle s’assied sur le tabouret de cuisine avec un torchon à la main ; elle réfléchit mieux quand elle a un torchon à la main. Tout en le tordant, elle regarde le plancher et puis par la fenêtre.
« Quand on fait une chose très souvent, elle finit par devenir une habitude.
- N’importe quelle chose ?
- Oui, dit-elle. »
Alors il suffit de faire quelque chose assez souvent pour que cela se transforme en une autre chose. C’est dur à comprendre. Je me demande si c’est vrai.
« Ça a un rapport avec l’eau, je lui dis - il y avait un robinet dans la télévision, quand la dame a dit ça.
- Alors je ne comprends pas, dit maman.
- Je te jure que c’est vrai ! Elle était debout à côté d’un robinet d’eau quand elle l’a dit. »
Maman tord le torchon encore une fois. Elle essaye de nouveau, cette fois avec des exemples : 
« C’est une habitude de manger du gruau d’avoine le matin, parce que c’est ce que nous mangeons tous les jours. C’est une habitude que papa parte livrer le lait, et cætera. » Mais je l’interromps :
« Ce n’est pas ça. Ça a quelque chose à voir avec l’eau, c’est sûr et certain.
- On va attendre le retour de papa, dit-elle finalement.
- Non, je veux savoir maintenant, pourquoi est-ce que tu ne le sais pas ?
- Mais si, je le sais, c’est toi qui ne me crois pas. »
C’est vrai, je ne la crois pas, pas tout à fait, maman n’est pas la bonne personne pour expliquer les mots ; elle le sait bien d’ailleurs. Sinon, pourquoi est-ce qu’elle me renverrait vers papa ? C’est parce que lui sait mieux ; les mots c’est son domaine ; il faut que je lui demande à lui. Ce qui ne me dérange pas de toute façon, parce que quand je le fais, il est content, et du coup, il est gentil avec maman, et comme ça tout va bien. C’est aussi papa qui me fait réciter mes leçons, surtout depuis que je suis passé en septième et qu’on me donne des notes. Et il lit le journal plus souvent que maman et il porte des lunettes de lecture, mais il se gratte l’oreille avec le bout du stylo et si par hasard on met le stylo dans sa bouche après, il a un goût de vieux fromage. Par contre c’est maman qui me fait dire la prière avant de me mettre au lit ; ça elle sait bien le faire. Elle voudrait bien que j’aie un ange accroché au-dessus de la tête de mon lit mais là pas question ! C’est la place de Tarzan. Il est un peu mon ange gardien, et je crois que maman le voit d’un bon œil, en tout cas elle le laisse accroché là.

Quand je lui ai demandé un soir à quoi ça servait de dire le « Notre Père », elle m’a dit que sinon je risquais de tomber du lit pendant la nuit et me faire mal. Elle a dit ça sans ciller, alors je ne lui ai plus posé la question.

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Challenge Voisins, voisines

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Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

 Challenge Viking Lit' 
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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Loisirs / Sport"

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20 janvier 2012

Terezin plage – Morten Brask

terezin Presses de la Cité – août 2011 – 330 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Havet i Theresienstadt, 2007

Quatrième de couverture :
« Je suis là, les yeux fermés, et autour de moi je sens l'océan et le soleil et l'écume des brisants et les vagues qui me font osciller d'avant en arrière, d'arrière en avant. Quand je m'éveille, l'océan n'est plus là. Le fracas que j'entends est celui des roues du train à bestiaux, le flux et le reflux du wagon qui grince et tangue. »

Dès son arrivée en 1943 à Terezin, Daniel Faigel, jeune médecin danois hanté par un lourd passé, se retrouve plongé en enfer. Présentée par les nazis comme une "colonie juive modèle", la ville sert en réalité de zone de transit vers des camps d'extermination. Affecté à l'hôpital du ghetto, Daniel passe ses journées à essayer d'arracher à la mort et aux déportations quelques-uns de ses patients. Parmi eux se trouve Ludmilla. L'amour qui naît entre eux leur donne la force de supporter un quotidien ponctué par la peur de faire partie du prochain convoi, dont on sait intuitivement qu'on ne reviendra pas. Comme tous les habitants du ghetto, les deux amants vont bientôt devoir prendre part à une gigantesque mascarade orchestrée par les nazis : l'embellissement du camp en vue d'une inspection de la Croix-Rouge. Saisissant tableau de la vie dans un camp qui servit de vitrine à la propagande nazie, ce roman, écrit dans une langue limpide, met en scène le destin de deux êtres happés par l'histoire, qui s'accrochent à l'espoir, coûte que coûte.

Auteur : Né en 1970, le Danois Morte Brask est directeur artistique d'une agence de publicité. Auteur de plusieurs documents, il signe avec Terezin Plage son premier livre de fiction.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Voilà un livre beau et émouvant évoquant un sujet difficile.
Lors de la commémoration du 50e anniversaire de la déportation, le jeune Morten Brask rencontre l'écrivain Ralph Oppenheimer, rescapé du camp de Terezin au nord de Prague. Cette rencontre l'ayant fortement marqué, Brask décide de faire de cette histoire vraie un roman.
Dans ce lieu historique mais terrible, Morten Brask nous raconte l’histoire d’amour de Daniel Faigel un jeune médecin Danois avec Ludmilla une jeune femme tchèque. Tous deux sont juifs, ils ont été déportés dans un camp de concentration un peu particulier : Theresienstadt ou Terezin.
Ce camp a été organisé par la Gestapo en novembre 1941 dans la forteresse et ville de garnison de Terezín, aujourd'hui en République tchèque. Ce camp est présenté par les nazis au monde extérieur comme une colonie juive modèle. En 1943, cinq cents juifs sont déportés depuis le Danemark et la Croix-Rouge du pays va insister pour aller voir sur place les conditions de vie de ses ressortissants. Les nazis vont alors utiliser ses visites pour faire bonne impression. Ils vont faire construire de faux magasins et cafés pour donner l'impression d'un semblant de confort, ils y réaliseront même un film de propagande.
Dans la réalité, comme dans les autres camps la vie est difficile, il faut lutter contre le froid, la faim, la maladie… Il y a aussi les listes qui annoncent les noms de ceux devront partir par  le prochain convoi vers Auschwitz ou Treblinka.

Daniel travail à l'hôpital "Hohen Elbe" du ghetto. Sa situation de médecin lui donne quelques privilèges pour supporter plus facilement le quotidien. Lors d'une visite dans le baraquement des femmes pour donner des soins à une vieille dame, Daniel fait la rencontre de Ludmilla et son cœur se met à vibrer, et ensemble ils vont peu à peu s'apprivoiser, une belle histoire d'amour va naître...
En parallèle à sa vie au camp, Daniel revient sur ses souvenirs d'enfance entre un père juge assez autoritaire et une mère fragile et malade, il évoque souvent le bord de la mer proche de sa maison natale dans la région de Copenhague. C'est pour lui une manière de s'évader et de pouvoir tenir.

Un livre qui se lit facilement, et qui est très documenté sur le camp de Terezin. Tout y est décrit avec précision la vie du camp en particulier les différentes odeurs toutes plus repoussantes les unes les autres…
Un premier roman réussi !

Extrait : (début du livre)
Je suis de nouveau au bord de la mer. Tout est exactement comme je me le rappelle. L’océan et la plage, le soleil et la grande maison en rondins noircis au goudron avec sa longue véranda ; je me souviens de tout dans les moindres détails. L’escalier qui mène à la galerie, et sa rampe étroite. La troisième marche qui grince quand on descend vers la grève. La digue de pierres polies par les marées sur lesquelles je me suis blessé en tombant à la fin de l’été 1924. Les rochers sont comme dans mon souvenir. Le sable, le sable chauffé par le soleil et qui va de la digue jusqu’au rivage. Les oiseaux de mer aux pattes raides et aux becs allongés, qui picorent dans les congères d’algues échouées. Les vagues qui lèchent le rivage, s’étirent, essayant en vain d’atteindre les oiseaux, puis refluent, déçues, et meurent sous la lame suivante. Je n’ai rien oublié. Je suis revenu sur cette plage d’hier, et je cours, heureux bondissant au-dessus des goémons. Je me jette à l’eau, les embruns me giflent de leurs gouttelettes glacées. Je nage, je nage, le plus loin possible, au-delà de la troisième lagune où mon père m’interdit d’aller, et me laisse tomber dans l’océan froid et salé. Il m’embrasse, m’immerge dans son astringente verdure. Je nage, je plonge dans sa froidure, frotte mon ventre contre son fond sablonneux, traverse les rais de lumière oblique, brasse jusqu’à ce que mes poumons crient grâce et m’obligent à remonter. J’explose le miroir de la surface où se reflète le soleil. Le sel me brûle les yeux, je les ferme et jouis de la chaleur de l’air sur ma poitrine. Je suis là, les yeux fermés, et autour de moi je sens l’océan et le soleil et l’écume des brisants et  les vagues qui me font osciller d’avant en arrière, d’arrière en avant.

Quand je m’éveille, l’océan n’est plus là. Le fracas que j’entends est celui des roues du train à bestiaux, le flux et le reflux du wagon qui grince et tangue. Chaque embranchement des rails se répercute à travers les lattes du plancher et martèle ma colonne vertébrale.

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 Challenge 5% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
32/35

Challenge Voisins, voisines
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Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

 Challenge Viking Lit' 
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Lu dans le cadre du Challenge Défi Premier roman
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

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13 juillet 2011

Chienne de vie - Helle Helle

chienne_de_vie Le Serpent à Plumes – février 2011 – 230 pages

Titre original : Ned til hundene, 2008

Quatrième de couverture :
Bente plaque tout. Son appart, son mari. Elle échoue dans un endroit isolé au bout du bout du Danemark. C'est là que Johnny et Cocotte la trouvent à un arrêt de bus. Ils l'adoptent. Alors que Helle Helle est connue pour son style intimiste et sait dépeindre avec grâce et humour les petits riens de la vie quotidienne, Bente entre petit à petit dans l'intimité de Johnny et Cocotte. Chienne de vie, c'est le récit troublant de l'arrivée d'un écrivain dans la vie de ses personnages.

Auteur : Helle Helle est née en 1965 au Danemark. Premier écrivain danois à recevoir le prestigieux prix Per Olov Enquist, elle est traduite en 7 langues. Chienne de vie est son cinquième roman et le premier traduit en français.

Mon avis : (lu en juillet 2011)
C'est grâce au « Café lecture » de la Bibliothèque que j'ai découvert ce livre venant du Danemark.
En revenant de son travail en vélo, Johnny aperçoit Bente assise sur un vieux banc, seule avec sa valise à roulette. Le vent souffle fort. Le ciel est gris foncé au-dessus de la mer. Quelques instants plus tard, il revient avec Cocotte sa femme et ils l'invitent à venir chez eux.
Sans poser aucune question, Cocotte et Johnny invitent Bente a partager leur vie simple dans leur petite maison du fin fond du Danemark. Le temps passe lentement, les journées se déroulent avec des occupations et des tâches simples. On prépare les repas, on s'occupe des chiens, on discute ou on joue à des jeux de sociétés au coin du feu. Bente s'adapte facilement et apprécie ce rythme lent. Le lecteur découvre peu à peu son histoire, elle est écrivain, en panne d'inspiration, en pleine dépression, elle est partie de chez elle. Cette nouvelle vie simple et calme, la gentillesse gratuite de ses hôtes et des habitants de ce bout du Danemark va aider Bente à reprendre goût à la vie...

Voilà un livre très agréable et apaisant à lire, il nous décrit un quotidien simple. Le couple Cocotte et Johnny est attachant, ils ont beaucoup de gentillesse et d'humanité. L'entraide, la solidarité et les bonheurs simples sont le quotidien de Cocotte, Johnny, Elly, Ibber... Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Je cherche un bon endroit pour pleurer. Ce n'est pas si facile à trouver. Mon voyage en bus a duré des heures, et à présent je suis assise sur un vieux banc tout près de la côte. Il n'y a pas de ferry ici. Seulement un bac qui traverse les bestiaux sur une île déserte au gré des saisons.
J'habite un lotissement avec de nombreuses fenêtres qui donnent sur la route. J'aurais peut-être mieux fait d'en nettoyer quelques-unes. Enfin, de toute façon, on ne voit plus à travers à cause des plantes. L'été dernier avait été humide et la végétation avait poussé d'un coup. Aujourd'hui c'est l'hiver, je ne rentrerai plus chez moi. D'habitude, à cette heure-ci, je dors un peu dans le canapé. Bjørnvig est à la clinique. Il gèle une verrue.

Le vent souffle fort. Il m'a fouetté le visage lorsque je suis descendue du bus avec ma valise à roulettes. Le ciel est gris foncé au-dessus de la mer. A droite, sur la piste cyclable qui longe l'eau, un homme en bleu de travail s'approche péniblement sur son vélo. Il incline le buste vers le guidon en pédalant. Je fais ça, moi aussi. C'est pour ça que je ne me déplace jamais à vélo. Il s'arrête et descend. Scrute l'horizon, plante ses poings sur les hanches. Il sait que je suis assise ici. Je baisse les yeux sur mes gants de pécari.
Il remonte en selle et poursuit sa route le long de la mer. Dans quelques instants, il bifurquera et s'éloignera de la piste cyclable pour passer devant le cabanon et se diriger vers moi. Il tire son vélo sur les derniers mètres qui nous séparent. Ses cheveux sont foncés et clairsemés. Il n'est pas très vieux pourtant, quelques années de moins que moi.
- Vous êtes bien, là ? Dit-il.
- Oui.
- Vous risquez d'y rester un moment.
- Je verrai, dis-je, pelotonnée dans mon châle.
Nous regardons tous les deux le panneau où sont affichés les horaires, puis la valise à roulettes.
- Eh bien, bonne chance, dit-il en remontant sur son vélo.
Il repart, rivé à sa selle, lève deux doigts en signe de salut. Il a le vent dans le dos cette fois, et disparaît rapidement.

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Danemark

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit'
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Animaux"

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03 juin 2011

Quatre jours en mars - Jens Christian Grøndahl

Lecture Commune avec Canel
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quatre_jours_en_mars Gallimard – février 2011 – 437 pages

 

traduit du danois par Alain Gnaedig

 

Quatrième de couverture :
Les meilleures années appartiennent-elles toujours au passé ? En est-on responsable ? Ces questions viennent hanter Ingrid Dreyer, architecte et mère divorcée, au cours de quatre jours dramatiques, où plus rien ne se révèle être comme elle le croit. Lorsque son fils adolescent est arrêté pour des actes de violence, lorsque sa relation à un homme plus âgé et marié prend un tour inattendu, elle replonge dans les souvenirs de sa jeunesse solitaire et de son mariage raté, afin de tenter de comprendre pourquoi sa vie commence à ressembler à une impasse. Ingrid Dreyer est-elle condamnée à reproduire les comportements, les lubies et les erreurs de sa mère ou de sa grand-mère, femme de lettres qui a connu jadis son heure de gloire ? Les histoires de ces femmes ne sont-elles que les variations d'un même thème et d'un même drame ? Après "Sous un autre jour" et "Les mains rouges", Jens Christian Grøndahl propose ici un nouveau portrait de femme de notre temps, avec cette profondeur psychologique et cette maîtrise stylistique qui sont la marque du grand écrivain danois.

 

Auteur : Jens Christian Grøndahl est né à Copenhague en 1959. Il est aujourd'hui un auteur vedette au Danemark et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. Ses romans parus aux Editions Gallimard l'ont également fait connaître en France.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Quatre jours, jeudi, vendredi, samedi et dimanche dans la vie d'Ingrid Dreyer. Elle a quarante-huit ans, elle est architecte, divorcée, mère d'un adolescent de quatorze ans et amoureuse d'un homme marié.
Elle est en voyage professionnel à Stockholm, lorsqu'on lui demande de rentrer d'urgence à Copenhague car son fils Jonas a été arrêté par la police pour avoir participé à des actes de violence contre un jeune Arabe. L'acte de son fils est comme un premier choc. Ingrid va se replonger dans son passé pour essayer de comprendre comment elle en est arrivée là. Elle revoie ses souvenirs de jeunesse, son mariage raté, sa vie amoureuse... Va-t-elle reproduire les mêmes erreurs que sa mère et sa grand-mère ?

Ce livre est très bien écrit, l'histoire est très prenante l'auteur a su parfaitement nous distiller des allers-retours entre présent et passé et petit à petit raconter ce qu'il faut pour que le lecteur comprenne peu à peu qui est Ingrid. La psychologie des différents personnages est très travaillée. Les relations entre les personnages sont subtiles.

J'ai beaucoup aimé cette lecture, je me suis sentie proche d'Ingrid même si ma vie est très différente de la sienne... Elle est touchante dans ses interrogations, son sentiment de culpabilité vis à vis de son fils. Berthe et Ava, sa mère et grand-mère, sont des personnages pas facile à vivre... J'ai également aimé les descriptions des paysages scandinaves, de la ville de Rome, des intérieurs... Une très belle découverte qui me donne envie de lire d'autres livres de cet auteur danois.

Maintenant allons voir l'avis de Canel avec qui je faisais Lecture Commune ! 

Extrait : (début du livre)
Elle a déjà mis une de ses boucles d'oreilles et cherche à se saisir de la seconde lorsque le téléphone sonne. Les pulsations de la tonalité lui semblent aussi étrangères que les meubles anonymes de la chambre. Elle reste devant le miroir. Son rouge à lèvres est trop vif, c'était un essai, d'habitude elle porte une nuance plus pâle. C'est sûrement Morten, son coordinateur de projet, qui, comme toujours, est en avance. Pourtant, il reste encore quelques minutes avant leur rendez-vous dans le hall de l'hôtel. Il sait où se trouve le restaurant. De toute façon, c'est lui qui règle les détails de logistique. Mais aujourd'hui, elle s'est bien débrouillée, encore une fois. La présentation s'est déroulée comme prévu, même les questions des maîtres d'ouvrage sont restées dans le cadre prévu, et elle s'est montrée claire et concentrée. 
Elle s'autorise à continuer de regarder son reflet dans le miroir, puisqu'elle a décidé de faire comme si elle n'était pas là. Le bourdonnement intermittent du téléphone lui donne l'impression d'être surveillée. Elle ferait mieux de mettre sa deuxième boucle d'oreille, de prendre sa pochette, de poser son manteau sur le bras et de sortir dans le couloir silencieux. Elle croise son regard. Ingrid Dreyer, quarante-huit ans. Une femme célibataire, qui a réussi et, aux yeux de certains, encore belle. Du moins, aux yeux de ceux qui lui importent, mais elle a trop maigri. On le voit avec la robe qu'elle a choisie pour la soirée, on voit son âge. Il y a quelque chose à la clavicule et à la peau des bras, mais pas seulement. 
Sa robe est belle, de style Empire, d'un vert passé comme les feuilles de sauge duveteuses. Étonnamment féminine, diront certains, et c'est bien le but recherché. Elle la porte afin de convaincre les représentants de Svensk Energi qu'elle est également une personne, une femme, et même une mère. Lorsque l'on est sur le point de lui confier un chantier d'un demi-milliard, c'est bien le moins que l'on peut attendre. D'ordinaire, elle porte des pantalons, des tailleurs et des T-shirts neutres. Pas de maquillage, pas de bijoux, à la rigueur des escarpins à bride avec des talons hauts, juste pour se différencier, mais lorsque le commanditaire invite, elle peut se permettre de céder à l'autre côté de sa personnalité. Car il est bien là. Son expérience lui dit qu'un soupçon d'humanité vulnérable ne fait que renforcer l'intégrité professionnelle, en tout cas si l'on est de sexe féminin. Le téléphone ne cesse pas de sonner. 
De sa fenêtre du dix-septième étage, elle entrevoit au loin l'archipel comme des pointillés incandescents dans l'eau bleu foncé. Un groupe de hauts immeubles de bureaux lui bouche la vue, mais la façade vitrée de l'un d'eux envoie un reflet de la claire lumière de mars dans sa chambre capitonnée au plafond bas. Elle s'assoit sur le bord du lit et décroche le combiné, toujours une boucle d'oreille à la main. La perle blanche brille dans le soleil du soir. C'est un cadeau de Frank, son amant. Ce n'est pas lui qui appelle. Elle comprend qu'elle l'espérait quand elle entend la voix inconnue se présenter. Cela fait déjà bien des années qu'il lui a donné ces boucles d'oreilles à Rome. Elle se souvient que la première chose qui lui était venue à l'esprit avait été de se demander comment il pouvait dépenser une aussi grosse somme avec sa carte de crédit sans que sa femme ne s'en aperçoive. Elle n'avait pas encore découvert que Frank était un homme qui possédait de nombreux comptes en banque. 
Après coup, cela l'agace de n'avoir pas demandé au brigadier du poste de Station City comment il a réussi à la trouver dans une chambre d'hôtel de Stockholm. Elle allume son portable après avoir raccroché et écoute les messages. Au moins, Jonas a essayé de l'appeler. Elle a la bouche sèche en écoutant sa voix bredouillante d'adolescent de quinze ans, toujours aussi brusque et tranchante. Il a été arrêté. A l'entendre, on a l'impression qu'il appelle pour dire qu'il ne rentrera pas dîner. D'habitude, il ne songe même pas à partager ce genre d'informations pratiques avec sa mère. Elle se demande soudain s'il n'a pas oublié qu'elle allait à Stockholm. Car elle le lui a bien dit, n'est-ce pas ? Oui, bien sûr. Le téléphone sur la table de nuit sonne à nouveau, cette fois-ci, c'est Morten. Mais qu'est-ce qu'elle fait ? Elle répond qu'elle descend tout de suite. 
Elle était restée indifférente au ton décontracté du brigadier et elle avait deviné dans sa voix un accent de reproche enjoué. De fait, Jonas n'avait eu droit qu'à un seul coup de fil, mais comme elle n'avait pas répondu, on lui avait permis d'appeler son grand-père. Le gamin était encore mineur, même si on avait du mal à le croire. Le policier avait déclaré cela comme si l'âge de Jonas était une forme de tromperie eu égard à la pointure considérable de ses chaussures. Elle avait demandé ce qui s'était passé. Là, le brigadier était devenu plus neutre dans son rapport. Jonas avait été arrêté dans une ruelle près de Christiania. Une voiture de patrouille était passée par hasard au moment où Jonas et ses camarades encerclaient un garçon à terre et lui donnaient des coups de pied dans la tête et dans le ventre. 
Jonas avait donné des coups de pied ? 
Sa voix s'était affaiblie et elle avait entendu que le policier avait noté le léger changement de ton, la brève difficulté à respirer. Les jeunes gens n'étaient guère communicatifs, en outre, il était important que la victime n'ait aucun souvenir de qui avait fait quoi. Quoi qu'il en soit, ils n'avaient pas l'âge de la majorité pénale et l'affaire serait du ressort des services sociaux, cependant, elle devrait apprendre à son fils à choisir ses amis avec plus de soin. Plusieurs d'entre eux étaient bien connus de la police, et l'on ne parlait pas ici de graffitis et de petits larcins. Il était question de recel organisé et de trafic de hasch, et ce que l'on avait confisqué cet après-midi n'était pas de la petite bière. Il s'agissait de crans d'arrêt et de coups de poing, et s'il était à sa place, il aurait une discussion sérieuse avec le gamin, quand elle finirait par rentrer de Stockholm. 
Y avait-il quelque chose dans la manière dont il avait dit "finirait par rentrer", ou était-elle hypersensible ? Elle avait demandé si Jonas connaissait la victime. On aurait dit que le policier souriait en donnant sa réponse. Il ne pouvait pas savoir qui son fils connaissait ou non et, de toute façon, il n'avait pas le droit de dévoiler l'identité du jeune homme. Cependant, l'affaire était d'autant plus délétère qu'il s'agissait d'un type dont les origines ethniques n'étaient pas danoises. Il serait donc possible que, à l'avenir, son fils soit obligé de bien regarder dans son dos quand il irait à l'école, au cas où il serait rattrapé par un cimeterre. 
Ingrid avait demandé où il se trouvait. Le brigadier avait demandé si elle pensait à la victime. Dans ce cas, il pouvait la rassurer, les urgences avaient renvoyé le jeune homme chez lui en lui ordonnant de rester tranquille pendant deux ou trois jours. Il s'en était sorti avec une commotion cérébrale et, tant qu'il ne se mettait pas à se cogner le front contre les tapis de la mosquée, il avait une chance de s'en tirer sans séquelles. D'ailleurs, c'était un miracle qu'il n'ait pas été plus gravement touché, car son fils et les autres garçons n'y étaient pas allés de main morte. Le policier avait marqué une pause. Mais en ce qui concernait son rejeton, en ce moment précis, il attendait que son grand-père vienne le chercher. 

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
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Danemark

Lu dans le cadre du Challenge Viking Lit'
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Posté par aproposdelivres à 07:32 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
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