06 mai 2012

Le Vieil Homme et la Mer - Ernest Hemingway

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Gallimard – décembre 1952 -

Folio – janvier 1972 – 148 pages

Folioplus – mars 1996 – 188 pages

Folio junior – octobre 1999 – 157 pages

Folio bilingue – septembre 2002 - 240 pages

Folioplus – janvier 2007 – 183 pages

Folio junior – janvier 2009 – 131 pages

traduit de l'américain par Jean Dutourd

Prix Nobel 1954

Titre original : The Old Man and the Sea, 1952

Quatrième couverture : 
« Tu veux ma mort, poisson, pensa le vieux. C'est ton droit. Camarade, j'ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus calme, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m'est égal lequel de nous deux tue l'autre.
Qu'est-ce que je raconte ? pensa-t-il. Voilà que je déraille. Faut garder la tête froide. Garde la tête froide et endure ton mal comme un homme. Ou comme un poisson. »

Auteur : Né à  Oak Park (Illinois) , le 21/07/1899, autodidacte, Ernest Hemingway se lance dans le journalisme et intègre bientôt la rédaction du Kansas City Star. En 1917, il s'engage en tant qu'ambulancier sur le front, en Italie. Puis il s'établit à Paris et rencontre la romancière Gertrude Stein. Sous son influence, il opte pour une écriture concise, dépouillée - le fameux 'style maigre' d'Hemingway. Les violences vues lors de la guerre parcourent son oeuvre, comme autant de motifs obsessionnels. En 1936, il rejoint les forces républicaines de la guerre d'Espagne, puis migre vers Cuba. Il reçoit le prix Pulitzer pour 'Le Vieil Homme et la mer' en 1952, puis le prix Nobel de littérature en 1954. Malade, physiquement diminué, il se suicide à  Ketchum (Idaho) , le 2/07/1961, suivant l'exemple de son père.

Mon avis : (relu en mai 2012)
J'ai lu ce livre pour la première fois lorsque j'étais au Collège et j'en gardais un très bon souvenir. Il est vrai que j'ai toujours aimé les livres autour de la mer... Ce relecture a été tout aussi magique.
Cette histoire se déroule à Cuba un pays où a vécu Ernest Hemingway et où ce livre a été écrit. Santiago est un vieux pêcheur, Manolin est un jeune garçon qui l'accompagne chaque jour à la pêche. Malheureusement, cela fait 84 jours qu'ils n'ont pris aucun poisson et les parents de Manolin préfèrent que désormais leur fils embarque sur un autre bateau moins malchanceux. Le soir, après sa journée de pêche, le jeune garçon continue à prendre soin de Santiago, il lui apporte à manger et vient discuter de baseball américain avec lui.
Un jour, Santiago annonce à Manolin qu'il va partir plus loin dans le Golfe, seul, pour rapporter du poisson et ne plus être la risée des autres pêcheurs. Après plusieurs jours sans prise, il finit par attraper un gigantesque espadon avec lequel il va lutter durant de longues heures... Cette lutte est le symbole du combat de l'homme face à la nature. L'épopée de ce vieil homme est une vraie leçon de vie. J'ai beaucoup aimé le texte simple mais très évocateur d'Hemingway, les descriptions de la mer, des scènes de pêche ou de la lutte entre le vieil homme et l'espadon sont magnifiques. Un classique à découvrir sans hésiter !

Le roman fut adapté plusieurs fois au cinéma :

En 1958 réalisé par  John Sturges, avec Spencer Tracy dans le rôle titre et Felipe Pazos en Manolin. Le film remporta l'Academy Award pour l'Oscar de la meilleur musique et fut nommé dans les catégories "Meilleur acteur" et "Meilleur réalisateur".

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En 1989,  Le Vieil Homme et la Mer fut réalisée pour la télévision avec Anthony Quinn.

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En 1999, Le Vieil Homme et la Mer, un film d'animation réalisé par Alexandre Petrov fut présenté. Ce film remporta l'Oscar du meilleur film d'animation en 2000.

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Extrait : (début du livre)
Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau qui pêchait au milieu du Gulf Stream. En quatre-vingt-quatre jours, il n'avait pas pris un poisson. Les quarante premiers jours, un jeune garçon l'accompagna ; mais au bout de ce temps, les parents du jeune garçon déclarèrent que le vieux était décidement et sans remède salao ce qui veut dire aussi guignard qu'on peut l'être. On embarqua donc le gamin sur un autre bateau, lequel, en une semaine, ramena trois poissons superbes.
Chaque soir le gamin avait la tristesse de voir le vieux rentrer avec sa barque vide. Il ne manquait pas d'aller à sa rencontre et l'aidait à porter les lignes serrées en spirales, la gaffe, le harpon, ou la voile roulée autour du mât. La voile était rapiécée avec de vieux sacs de farine ; ainsi repliée, elle figurait le drapeau en berne de la défaite.
Le vieil homme était maigre et sec, avec des rides comme des coups de couteau sur la nuque. Les taches brunes de cet inoffensif cancer de la peau que cause la réverbération du soleil sur la mer des Tropiques marquaient ses joues ; elles couvraient presque entièrement les deux côtés de son visage ; ses mains portaient les entrailles profondes que font les filins au bout desquels se débattent les lourds poissons. Mais aucune de ces entrailles n'était récente : elles étaient vieilles comme les érosions d'un désert sans poissons.
Tout en lui était vieux, sauf son regard, qui était gai et brave, et qui avait la couleur de la mer.
- Santiago, dit le gamin tandis qu'ils escaladaient le talus après avoir tiré la barque à sec, je pourrais revenir avec toi maintenant. On a de l'argent.
Le vieux avait appris au gamin à pêcher et le gamin aimait le vieux.
- Non, dit le vieux, t'es sur un bateau qu'a de la veine. Faut y rester. 

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Baby Challenge - Drame Livraddict : 11/20 

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21/50 : Floride

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"

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13 janvier 2012

Le roman de Yocandra – Zoé Valdès

Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et JC Lattès

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Babel – janvier 1997 – 161 pages

Actes Sud – janvier 1999 – 141 pages

Pocket – mai 1999 – 161 pages

Jean-Claude Lattès – mai  2011 - 331 pages

Jean-Claude Lattès – novembre 2011 – 480 pages

traduit de l’espagnol (Cuba) par Carmen Val Julián et Albert Benssoussan

Titre original : La Nada Cotidiana, 1995, 2006
                    El Todo Cotidiana, 2010

Quatrième de couverture :
"Yocandra, c'est à la fois moi et une autre.
Yocandra, c'est la muse du poète que j'ai aimé. Yocandra, c'est aussi Jocaste (Yocasta) et Cassandra, la fatalité de la prophétie et des prédictions. Yocandra, c'est surtout Cuba, qui lie pour toujours ma vie d'ici et ma vie de là-bas. Le Néant quotidien, roman catharsis, m'a imposé l'exil. Le Paradis du néant, roman de sérénité, m'a imposé la mémoire. Voilà comment deux livres m'ont sauvé la vie !" Zoé Valdés.
Réunis pour la première fois en un seul opus, voici les deux volets de l'histoire de Yocandra. Avec un savant mélange d'humour féroce, de mélancolie et de tendresse, Zoé Valdés livre ici une oeuvre majeure sur l'exil et le coût de la liberté.

Auteur : Née en 1959 à Cuba, Zoé Valdés vit exilée en France depuis 1995. Poète, scénariste, romancière, elle a vu ses ouvrages traduits dans une quinzaine de langues. Des succès internationaux comme Le Néant quotidien, La Douleur du dollar, La Fiction Fidel ou Danse avec la vieen ont fait l’un des écrivains cubains les plus connus. 

Mon avis : (lu en janvier 2012)
Lorsque Livraddict nous a proposé en partenariat avec les éditions JC Lattès ce livre écrit par une cubaine, je n'ai pas hésité un instant. D'une part, j'ai découvert pour la première fois un auteur cubain grâce au Challenge Destination organisé par Evertkhorus et d’autre part mon fils de 16 ans a eu l'opportunité de partir en voyage solidaire à Cuba cet été et il en est revenu avec de nombreux souvenirs à nous raconter.
Ce livre regroupe deux livres Le Néant quotidien initialement publié en 1995 et Le Paradis du néant publié quinze ans plus tard.
Le premier livre est le récit de la vie d'une jeune cubaine de sa naissance le 1er Mai 1959 au années 90. A sa naissance, ses parents lui ont donné le prénom de « Patrie », à l'âge de seize ans, par amour, elle prend le nom de Yocandra. Elle décrit le quotidien difficile de La Havane durant les années castristes, les problèmes de ravitaillements, de logement, l'absence de liberté...
Yocandra est une femme qui ressemble beaucoup à Zoé Valdès, elle aime Cuba mais pas ses dirigeants... « Elle vient d’une île qui avait voulu construire le Paradis, et qui a créé l’Enfer. »
Dans le deuxième livre, Yocandra a quitté Cuba en passant par Miami. Elle a réussi à obtenir un visa pour Paris. Là, elle voudrait oublier Cuba et trouver la liberté. Mais elle loge dans un immeuble où se trouvent également de nombreux artistes et intellectuels cubains. Elle nous décrit son quotidien et les péripéties avec des voisins hauts en couleurs. La vie n'est pas si facile pour une exilée. Sa liberté d'expression n'est pas totale, elle est méfiante et se sait surveillée, elle subit des pressions d'autant qu'elle a laissé à La Havane, sa mère et surtout l'homme qu'elle aime.

J'ai trouvé le premier livre pas toujours facile à lire, j'ai eu du mal à suivre le fil de la pensée de Zoé Valdès. Le livre semble avoir été écrit d'un jet et les idées et les évènements racontés se bousculent. Je n'ai pas aimé les histoires de cœurs de Yocandra avec le Traite, ou le Nihiliste et les passages assez chauds... Serait ce l'une des caractéristiques de la littérature cubaine ? Mais cette fois-ci, je n'ai pas été prise de court, l'auteur annonce la couleur dès la première ligne du chapitre : « Tout porte à croire que les chapitres VIII de la littérature cubaine sont condamnés à être pornographiques. »
Par contre, j'ai été très intéressé par tous les détails de la vie quotidienne à Cuba, les restrictions, les problèmes d'habitats, les études imposées... Une vie malheureusement sans aucun espoir d'avenir.
J'ai lu les 300 pages du deuxième livre plus facilement que les 140 pages du premier. Le style est beaucoup plus enlevé avec un mélange d'humour et d'émotion. A travers de nombreuses anecdotes Yocandra fait part au lecteur de sa vie d'exilée à Paris. Elle est très attachante et je me suis rendue compte qu'il lui est impossible d'oublier Cuba et de profiter de cette liberté recherchée. J'ai adoré l'immeuble où Yocandra vit et l'ambiance quasi familiale qu'il y règne.
Globalement, j'ai vraiment aimé cet hymne d'amour à Cuba et aux Cubains. Ce livre nous permet à nous occidentaux de mieux comprendre la vie d'une cubaine à Cuba et la vie d'une cubaine en exil.

Un grand Merci à Livraddict et aux éditions JC Lattès pour ce partenariat.

Extrait : (page 18)
Ma mère raconte que c’était le 1er Mai 1959, elle était enceinte de neuf mois, elle savait déjà que j’étais une fille. Elle raconte qu’elle avait marché et marché depuis la Vieille Havane jusqu’à la place de la Révolution pour écouter le Commandant. En plein discours, j’avais commencé à donner des coups dans le bassin de ma mère, à lui rompre les os, et il avait fallu que des gens la portent sur leurs épaules jusqu’à la clinique Quina Reina. Avant de quitter la foule, comme elle passait devant la tribune, le Che avait posé le drapeau cubain sur son ventre, mais c’est à peine si elle s’en était rendu compte, car j’étais insupportable, je lui en faisais voir de toutes les couleurs, et fidel poursuivait sa harangue plus verte que les palmiers. Et moi, je donnais des coups de tête, de coude, de pied en tous sens, en cherchant à quitter son corps.
Son ventre était considérablement descendu jusqu’au pubis, elle dit avoir ressenti comme une explosion d’étoiles. Elle ferma les yeux et savoura la douleur de l’attente. Une fois de plus, elle attendait, et cette fois c’était bien différent. Mon père arriva, il était recouvert d’une terre rouge qu’il répandait partout, il avait gardé son chapeau de paille enfoncé jusqu’aux oreilles et sa machette à la main, on était allé le chercher en pleine récolte de la canne à sucre. Il s’accroupit près du ventre et frémit en découvrant le drapeau qui lui parut un bon présage. Et elle expliqua que c’était le Che qui le lui avait posé et il faillit s’évanouir de fierté, il gonfla la poitrine et eut un sourire satisfait.
Elle dit qu’à ce moment-là elle était moins sûre de vivre les douleurs de l’enfantement. Elle suggéra qu’elle avait peut-être tout simplement mal à l’estomac. Mais après plusieurs contractions, elle avait pensé que ce n’était sans doute pas si anodin, si purement physiologique. Son corps se présentait comme jamais, dans une dimension nouvelle, entre le prodigieusement grand et le prodigieusement petit. Son intimité s’exposait à l’infini, telle une équation mathématique. Elle était tout au bord de la palpitation du néant. Que de vie en elle !

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 Challenge 5%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
31/35

 

Challenge le nez dans les livres
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La reine des lectrices : 5/8

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"

 

 

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15 octobre 2011

Le nid du serpent - Pedro Juan Gutiérrez

Challenge Destination Cuba : 15 octobre 2011
proposé par evertkhorus
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Albin Michel – août 2007 – 286 pages

10/18 – janvier 2011 – 286 pages

traduit de l'espagnol par Bernard Cohen

Titre original : El Nido de la Serpiente, 2006

Quatrième de couverture :
Dans le Cuba délabré des années soixante, coincé entre désir de liberté et volontarisme castriste, un jeune garçon fait l’apprentissage de la vie. Le sexe, la violence, mais aussi la soif de culture et le désir d’écrire vont constituer le matériau d’une œuvre à venir, unique et fulgurante. Celle de Pedro Juan Gutiérrez, un des plus grands écrivains cubains contemporains.

Auteur : Né en 1950 à Cuba, Pedro Juan Gutiérrez a exercé différents métiers - marchand de glaces, coupeur de canne à sucre, dessinateur industriel... Avec Trilogie sale de La Havane, il rencontre un succès international. Son deuxième livre, Animal tropical, a quant à lui remporté, parmi cent treize romans candidats, le prestigieux prix Alfonso Garcia-Ramos. Également sculpteur et poète, Pedro Juan Guttiérrez collabore aujourd'hui à plusieurs revues en Amérique latine et aux États-Unis, et vit toujours à La Havane. Après Le Roi de La Havane, il publie Le Nid du serpent.

Mon avis : (lu en octobre 2011)
Lorsque qu'il m'a fallu choisir un livre cubain ou sur Cuba, je me suis rendu compte que je ne connaissais aucun auteur cubain... J'ai donc choisi ce livre un peu par hasard.
Une note de l’auteur est présente au début du livre « Ce livre est une œuvre de fiction. Les situations et personnages que l’on y trouvera sont purement imaginaires. »
Pourtant après lecture du livre et en comparant la biographie de Pedro Juan Gutiérrez, cela ressemble beaucoup à des souvenirs autobiographiques… La date de naissance, le prénom, la profession correspondent.
Le narrateur, Pedro Juan, raconte son adolescence à Cuba, en 1965, il a quinze ans. En toile de fond, les premières années de la révolution castriste. « Personne ne comprenait vraiment ce qui se passait et où on allait avec ce merdier. La ville était comme un bateau à la dérive qui donne de la bande dans la tempête. » Tous les commerces et industries ont été nationalisés, c’est l’abolition de la propriété privée, tous les étrangers ont quitté le pays.
Pedro Juan a la nostalgie d’avant. « Dès l’âge de huit ans, j’avais découvert près de chez nous une bibliothèque publique absolument parfaite, et sans personne ou presque. C’était un monde à part, le moyen rêvé d’oublier tout le merdier ambiant. Il y avait l'air conditionné, ça sentait la lavande. Je lisais des tas de livres à la fois, mais je les choisissais au pif. Une main magique me guidait le long des rayonnages jusqu'à Truman Capote, Faulkner, Erskine Caldwell, Jean-Paul Sartre, Marguerite Duras, Nietzsche, Wright Mills, Sherwood Anderson, Carson McCullers, Hermann Hesse, Dos Passos, Hemingway. Que des écrivains tourmentés par leurs obsessions et leurs fantasmes. »
Dans les années cinquante, il a eu accès à la culture grâce à deux oncles « Avec eux, et leur famille, j’ai appris à apprécier la musique classique, à comprendre le théâtre et le ballet, à passer de longs moments au Musée national, à baragouiner un peu d’anglais et même à me servir d’une fourchette, d’un couteau et d’une serviette. »
« Et le cinéma : au cours des années 50, j’ai vu tous les grands films américains. Les salles de la ville passaient six ou sept titres différents par semaine, et l’entrée ne coûtait presque rien. Ensuite, quand il a été décidé que le cinéma de l’ennemi ne devait plus être regardé, nous avons commencé à avoir plein de films européens. »
Depuis, la vie a changé, « Contrôle ! Discipline ! Ordre ! C’est comme ça, maintenant. »
« Cette double vie entre la rue et la bibliothèque me plaisait bien. Elle m'éloignait de mon étouffante maison, pour commencer. Je n'avais personne à qui parler de mes lectures. Autour de moi, personne ne lisait. Les adultes étaient ennuyeux à crever, ils ne parlaient que politique. C'était le seul horizon. Un aveuglement total, asphyxiant, auquel j'étais obligé de tourner le dos. »
Bientôt, Pedro Juan devra partir faire ses trois ans de service militaire. « La vie militaire était trop. Six mois à couper la canne, puis six mois d'entraînement pour gladiateurs, avec manœuvres en montagne, exercices de tir, séances de sport. »

L’écriture est choquante, violente, outrancière. Le style est oral, vulgaire, il y a beaucoup d’argot et le sujet de prédilection de l’auteur est le s-e-x-e… C’est comme une obsession, cela commence dès le premier chapitre sur plus de cinq pages et cela revient très très fréquemment.
Ce côté cru m’a vraiment gênée au début du livre, surtout que je ne m’y attendais pas. Mais plus le livre avance et on comprend que cela n’est pas gratuit... En effet pour Pedro Juan, le s* c’est l’ultime espace de liberté qui lui reste dans ce pays étouffé par le régime de Castro.
Mise à part cela, ce livre est très intéressant pour connaître la vie des Cubains à cette époque. Pedro Juan est vraiment attachant et surprenant.
Belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Je voulais être quelqu'un dans la vie. Pas la passer à vendre des glaces. Je me suis dit que la solution serait peut-être d'apprendre un métier. Quelque chose qui me serve à embobiner les gens. Et je me suis lu Comment briller en public et se faire des amis, de Dale Carnegie. C'est ça, la clé : entortiller les autres. Les séduire. Celui qui sait parler se retrouve toujours du bon côté du manche. C'est pour ça que les niais crèvent en trimant et ne connaissent jamais rien d'autre, alors que les beaux parleurs font carrière dans la politique et deviennent présidents.
Ce livre de Carnegie, il m'avait été donné par un oncle qui était allé à Miami. Toute une caisse de vieux bouquins. Le Pouvoir de la volonté, L'Hypnose dans la vie quotidienne, Hymnes et psaumes de l'Église scientifique du Seigneur, Histoire de la police montée du Canada, Apprenez à photographier votre famille, Bibliothèque abrégée du Reader's Digest... Le truc sur l'hypnose me plaisait beaucoup ; il prétendait qu'on pouvait hypnotiser tout le monde autour de soi et vivre comme un roi sans jamais en branler une. C'était parfait, ça : séduire avec la langue, hypnotiser avec l’esprit. Le chariot de glaces pesait très lourd, et le soleil, et la sueur… J’avais quinze ans mais j’étais grand et fort pour mon âge. Je disais : « J’ai vingt ans », et on me croyait. C’était plus facile pour tout.
A cette époque, mes amis me surnommaient « Suce-Mémé », « le Charognard », « le Chacal ». Je ne l’avais pas volé à force de m’exhiber. « La prochaine fois, je dois être plus malin », je me disais, « ça suffit de se donner en spectacle avec de vieilles putes ! » par la suite, j’ai appris à être plus discret, à vivre seul et sans que quiconque connaisse mes secrets.

Pour découvrir quelques photos de Cuba :  Destination Cuba - carnet de voyage

 

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Animaux"

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Destination Cuba - carnet de voyage

Challenge Destination Cuba : 15 octobre 2011
proposé par evertkhorus
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Cuba était une destination qui me faisait très envie, car le hasard faisant bien les choses mon fils de 16 ans est parti cet été 15 jours à Cuba lors d'un voyage solidaire. C'était son premier grand voyage à l'étranger, le dépaysement a été total et il a été très touché par les cubains qui sont très accueillants et qui ont toujours le sourire malgré un quotidien pas toujours facile.
En effet, le pays subit l'embargo américain depuis 1962 et une grave crise économique depuis la disparition de l'URSS.

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Première surprise en sortant de l'aéroport, les touristes voyagent à bord de bus, les cubains sont à bord de charrette à cheval, ou sur de vieux vélos, à pied ou dans les voitures américaines des années 50. Sur les murs le long de la route, ils aperçoivent de nombreux messages de propagande peints.

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Promenade dans les rues de La Havane et visite du musée de la Révolution. La Havane a hérité de l'architecture coloniale espagnole mais la plupart des maisons sont dans un état de délabrement avancé. En effet, les anciens palais de l'aristocratie coloniale sont occupés par des familles pauvres, qui n'ont pas les moyens de les entretenir. Et pourtant le quartier de la Havana vieja (la vieille Havane) est classé patrimoine mondial de l'humanité.

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Une des manifestations les plus visibles de l'embargo est la quasi absence d'automobiles actuelles dans les rues de La Havane. Les automobiles datent des années 50. Dans la réalité, ces automobiles ont toutes été refaites pièce par pièce. En effet, comme il n'est pas possible d'importer des pièces détachées, les mécaniciens cubains sont des orfèvres de la débrouille pour réparer l'irréparable.

Nouveau : pour la première fois depuis un demi-siècle, les Cubains peuvent acheter et vendre librement des voitures et cela depuis le 1er octobre 2011.

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En gare de Remedios, nous montons dans un vieux train à vapeur du début du XXème siècle qui servait à transporter la canne à sucre. L’industrie sucrière date du XIXe siècle, plus de 12000 esclaves africains ont travaillé à son essor.

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Le long de la voie de chemin fer, il y a de nombreux messages de propagande peints.

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À Cuba, il existe deux monnaies, la monnaie nationale (M.N.), utilisée par les Cubains seulement et la monnaie cubaine convertible (appelée CUC) et utilisée principalement par les touristes. On peut la convertir en monnaie nationale mais pas l'inverse et 1 CUC (environ 0,75 euros) vaut 24 M.N.

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CUC

Et pour terminer, de la musique à écouter avec La Banda Municipal de Santiago de Cuba
qui interprète une chanson de Georges Brassens (extrait du disque Echos du monde)

 Ma lecture cubaine : le_nid_du_serpent_p Le nid du serpent - Pedro Juan Gutiérrez

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15 mars 2010

Mal tiempo – David Fauquemberg

mal_tiempo Fayard – août 2009 – 280 pages

Présentation de l'éditeur :

Cuba, le meilleur de la boxe. Des champions méconnus, éternels amateurs enfermés dans leur île. Je devais accompagner de jeunes espoirs français partis s'endurcir à Pinar del Rio. Chaleur caraïbe, sessions d'entraînement intenses, riz-haricots noirs au menu, dortoir collectif... Le stage s'annonçait rude. Très rude. A trente ans, la fin de carrière approchait. Je le pressentais. Claquement des gants sur les sacs, cuir contre cuir. Dans la fournaise du gynmase, j'ai remarqué Yoangel. Catégorie poids lourds. Un prodige. Le tempo, la présence, tout ce qui m'avait manqué. Lui, le paysan d'un pueblo perdu, cet esprit ombrageux traversé par l'antique magie de ses ancêtres Yorubas, réussirait-il l'impossible ? Vaincre, vraiment ? Yoangel Corto ne combattait pas l'adversaire. Il combattait la boxe.

Auteur : Né en 1973, David Fauquemberg vit dans le Cotentin. Études de philosophie, il enseigne quelque temps avant de prendre la tangente. Années de voyage – Cuba, Patagonie, Laponie, Andalousie, Californie, Europe de l’est, Atlantique à la voile... Il séjourne deux ans en Australie ; un périple tragique dans l’ouest de l’île-continent lui inspirera son premier roman, Nullarbor(2007). De retour en France, il sera, entre autres, critique de théâtre, auteur de guides chez Dakota et Gallimard. Écrivain et traducteur, notamment de l'Écossais James Meek , de l’Américain Willy Vlautin ou du Canadien Robert Hunter, il est également grand reporter pour la revue XXI et le magazine Géo. Son second roman, Mal tiempo (Fayard, 2009) a obtenu le prix Millepages 2009.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Livre que je n'aurai sans doute jamais lu sans les conseils du «Café lecture» de la Bibliothèque auquel je participe chaque mois avec beaucoup de plaisir. En effet, ce livre nous plonge dans l’univers de la boxe à Cuba mais pas seulement, il est question de rythme, de tempo. Le narrateur, est un boxeur français en fin de carrière sur le point de raccrocher les gants, il part encadrer un stage à Cuba avec deux jeunes boxeurs en devenir. Cuba est le pays où la boxe, en amateur, reste l’art noble suprême et la référence absolue. Là-bas, le narrateur croise et sympathise avec un champion atypique, Yoangel Corto. C’est un colosse indocile qui n'écoute personne. Il poursuit son combat, lui seul sait vers quoi. L’auteur ne s’intéresse pas seulement au boxeur mais également à l’homme, il est tout en force mais il a également ses faiblesses. L’auteur nous fait des descriptions réalistes, minutieuses, précises des difficiles séances d’entraînements, des combats, mais aussi de Cuba et des cubains. Tous nos sens sont en éveil, on sent la sueur, on entend les coups : crochet, direct du droit, uppercut. Malgré un sujet qui évoque la violence, les coups, il y a dans ce livre beaucoup de poésie. A découvrir.

Extrait : (début du livre)

Foutu protège-dents, je ne peux plus respirer. Je happe l’air, jamais assez, sur le temps mort entre deux frappes. Pas moyen de sortir des cordes, Toufik me cadre, il presse, son pied toujours devant le mien m’empêche de tourner, il m’expose à son bras arrière, c’est lui qui mène l’assaut. Direct, je bloque, aussitôt je remise. Changement d’appuis, mon poing droit cherche le menton, hors tempo, Toufik accompagne la gifle. Il ne bronche pas, il a souri. Son visage rougi par l’effort s’approche puis bascule dans l’angle mort du casque, ses gants flous et pesants s’abattent au ralenti. J’encaisse, je recule. Des silhouettes vaporeuses oscillent autour du ring, des cris me parviennent, assourdis, le fracas de la salle. Un coup d’œil à l’horloge en douce. Plus que trente secondes à tenir. Trente secondes. J’étouffe, cœur dans la gorge, mes mains cèdent à la pesanteur. Je cligne des yeux malgré moi, secoué par un choc à la tempe. Baisse pas les bras. Toufik se désaxe, il tire une longue série de jabs. Il accélère encore, sans rage. Sûr de sa force. Dix secondes, en apnée. Je vois partir une autre droite, esquive, je m’engouffre dans l’ouverture. Je lance le coude en uppercut, au bout il y a le vide. Je sais déjà ce qui m’attend. Un crochet lourd me cueille au foie, impact précis, sans appel, au creux des côtes flottantes. Il me cisaille. Mes jambes se dérobent, me voici à genoux.

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