18 mai 2014

Traîne Savane, cent vingt jours dans le vie de David Livingstone - Guillaume Jan

Lu en partenariat avec les éditions Intervalles

arton138-165x250 Editions Intervalles - avril 2014 - 320 pages

Quatrième de couverture : 
Deux amoureux se perdent dans la jungle et rêvent de se marier au prochain village pygmée Traîne-Savane raconte l’histoire (vraie) de ce mariage romanesque décidé sur un coup de tête, au bout d’une longue errance au cœur de la forêt congolaise. Cent cinquante ans plus tôt, le zélé missionnaire David Livingstone déambulait le long des fleuves d’Afrique centrale, à la recherche d’une terre promise, d’une autoroute du commerce ou de sources miraculeuses. Fantasque et têtu, rêveur et maladroit, l’explorateur menait vaillamment ses combats impossibles jusqu’à ce que Stanley le retrouve sur les berges du lac Tanganyika et lui lance son mythique : « Doctor Livingstone, I presume... » En tressant ces deux parcours picaresques, Guillaume Jan relie le destin de ces Don Quichotte qui, chacun à leur manière, donnent leur cœur au continent noir. Curieusement, aucune biographie solide du Docteur Livingstone n’avait été jusqu’ici établie en langue française.

Auteur : Guillaume Jan est né en 1973. Il a été palefrenier, barman, chercheur d’or, auto-stoppeur, libraire et grand reporter. Il vit aujourd’hui à Paris. Il a publié le récit d’un aventureux vagabondage sur le fleuve Congo (Le Baobab de Stanley, éditions François Bourin, 2009) et un roman de flâneries chaotiques à travers les Balkans (Le Cartographe, Intervalles, 2011).

Mon avis : (lu en mai 2014)
Lorsque ce livre m'a été proposé en partenariat, je suis allée sur wikipédia voir qui était David Livingstone, son nom ne m'était pas inconnu... Donc l'idée de lire un roman autour d'un explorateur et d'une expédition en Afrique était très attirante. 
Je n'ai pas été déçue. L'auteur, Guillaume est un grand voyageur, lors d'un voyage sur le fleuve Congo, il avait rencontré Belange, une jolie jeune fille de Kinshasa. Il ne lui avait pas promis qu'il reviendrait... Mais deux ans plus tard, Guillaume est de retour au Congo, un pays qui l'attire... Il retrouve Belange et tous décident d'aller rencontrer les Pygmés. Le voyage est un peu épique car la carte est restée en France et les deux amoureux se trompent de bus... Finalement le plus court pour atteindre leur destination c'est de traverser pendant plus de cent kilomètre la forêt équatoriale. Avec Joël, leur guide, ils marchent pendant quatre jours en tongs, s'émerveillant de la nature et des rencontres qu'ils vont faire. Ils décident même de conclure ce voyage inoubliable par un mariage.
Cent cinquante ans plus tôt, le missionnaire David Livingstone parcourait également de long en large l'Afrique.
En parallèle, le lecteur suit donc l'expédition de quelques jours de Guillaume et Belange au cœur de la forêt congolaise et le portrait de David Livingstone durant sa traversée de l'Afrique, son expédition sur le Zambèze et sa recherche presque désespérée des sources du Nil. David Livingstone aime l'Afrique et les africains, déterminé, têtu mais également idéaliste et rêveur, il va consacrer sa vie à ses expéditions.
J'ai beaucoup aimé la présence de la carte du début du livre qui permet au lecteur de suivre plus facilement les différents périples chaotiques de Livingstone et celui des amoureux. Les aventures du présent et du passé de nos deux explorateurs sont savoureuses et épiques. Une très belle découverte.

Merci Mégane et les éditions Intervalles pour cette découverte amusante et passionnante.

Extrait : (début du livre)
BAM BAM BAM BAM !
- Monsieur Guillaume ! Il est l'heure de se réveiller !
Le poing d'Elvis a cogné si fort que la porte de la case a failli se briser. L'autre poing d'Elvis suspend une lampe à pétrole sous le toit de palmes. Notre hôte s'assure que que je l'ai bien entendu et retourne se fondre dans la nuit. Quelques oiseaux font froufrouter leurs plumes, un rongeur gratte le mur de boue séchée et si je tends l'oreille, je crois reconnaître un bruit de tam-tam, une rumeur sourde, étouffée par la végétation. Je me retourne sur le lit de branches sèches, le premier coq va bientôt va bientôt chanter, puis ce sera toute la basse-cour de fortune qui s'activera.
A côté de moi, Belange dort encore, immobile comme une étoile. Ce ne sera pas une mince affaire de la réveiller : je lui chuchote des mots doux, lui caresse le front, lui flatte la joue ; j'effleure sa nuque, je promène mes doigts sur son épaule et fais claquer quelques baisers dans le creux de son oreille. Enfin, elle ouvre un œil. Nous ne devons pas traîner, la route nous attend. Cent dix kilomètre au cœur de la forêt équatoriale. Sans un village, a prévenu Elvis. Il a même ajouté : Ce voyage, c'est la mer à boire.

 Challenge Petit Bac 2014
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"Moment/Temps" (6)

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18 février 2012

Le Chat du Rabbin, tome 5 : Jérusalem d’Afrique – Joann Sfar

le_chat_du_rabbin5 Dargaud – décembre 2006 – 84 pages

Présentation éditeur : 
Alors que Zlabya s'ennuie au côté de son époux, le rabbin reçoit une caisse contenant un peintre russe voulant parcourir l'Afrique pour retrouver la douzième tribu d'Israël.
Cinquième tome du best seller de Joann Sfar, Jérusalem d'Afrique est un éblouissant voyage dans une Afrique sublimée, croisement improbable sur plus de 80 pages entre Tintin au Congo et les chefs-d'oeuvre d'Albert Cohen. Et en plus le chat reparle.

Auteur : Né à Nice en 1971. Créateur du célèbre 'Chat du rabbin', Joann Sfar s'impose comme une figure majeure, hétéroclite et prolifique de la bande dessinée française. C'est avec L'Association et le magazine Lapin qu'il fait ses débuts. Ses talents de scénariste et d'illustrateur l'amèneront à travailler plus tard pour différents éditeurs comme Delcourt ou Dargaud. Porté par la volonté de 'faire quelque chose de bizarre ', le dessinateur au trait tremblant s'associe avec Pierre Dubois pour donner vie à 'Petrus Barbygère', une épopée dans laquelle se côtoient elfes et pirates. Un univers d'inspiration fantastique que l'auteur déploie dans plusieurs de ses travaux parmi lesquels 'Troll' ou 'Donjon', une parodie de l'heroïc fantasy coécrite avec son ami Lewis Trondheim. Titulaire d'une maîtrise de philosophie, il illustre au début des années 2000 le 'Banquet' de Platon et 'Candide' de Voltaire puis adapte en bande dessinée 'Le Petit Prince' de Saint-Exupéry en 2008. Il se lance dans le cinéma un an plus tard en réalisant le film 'Gainsbourg, vie héroïque', pour lequel il reçoit le César du Meilleur premier film et qui permet à son acteur principal, Eric Elmosnino, de repartir avec le trophée de Meilleur acteur. 
Il poursuit son aventure dans le monde du septième art en transposant sur grand écran son 'Chat du rabbin'. Lauréat du prix Goscinny en 1998 pour 'La Fille du professeur', créé avec Emmanuel Guibert, Joann Sfar accumule les succès et les récompenses.

 

Mon avis : (lu en février 2012)
Une cinquième aventure avec le Chat du Rabbin, toujours aussi plaisante. Le mari de Zlabya a fait venir des livres d'Union Soviétique pour les sauver de la destruction. Or la caisse contient également un jeune peintre juif et russe qui parle en cyrillique. Personne ne le comprend sauf le Chat. Heureusement, il existe une communauté de quelques russe à Alger et Vastenov, un vieux Russe blanc, va pouvoir servir d'interprète. Le jeune peintre est arrivé par erreur à Alger, car son but premier était Jérusalem d'Afrique. Alors le rabbin, le Chat et le cheikh Sfar décident d'accompagner Vastenov et le jeune peintre dans une expédition vers l’Éthiopie à la recherche de la Jérusalem d'Afrique. Des nombreuses et curieuses rencontres leurs sont promises et le Chat qui a retrouvé la parole et qui comprend même les langues étrangères est toujours spectateur et un peu philosophe...

 

Extrait : 

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Déjà lu du même auteur :

le_chat_du_rabbin_tome1  Le Chat du Rabbin : 1. La Bar-Mitsva

le_chat_du_rabbin_tome2 Le Chat du Rabbin : 2. Le Malka des Lions – Joann Sfar

le_chat_du_rabbin3_  Le Chat du Rabbin - tome 3 : L'Exode - Joann Sfar

le_chat_du_rabbin4 Le Chat du Rabbin - tome 4 : Le Paradis terrestre - Joann Sfar

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Animal"

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02 août 2010

Black Bazar - Alain Mabankou

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Seuil - Janvier 2009 – 246 pages

Points – février 2010 – 264 pages

Quatrième de couverture :
Parce que le derrière des femmes n'a pas de secrets pour lui, ses copains le surnomment le "fessologue". Au Jip's, le bar où il a ses habitudes, plus rien n'amuse ce dandy congolais, déprimé par un chagrin d'amour. Un jour, déambulant dans Paris, sa curiosité est attisée par une librairie bondée. Il y croisera Jean-Philippe, un écrivain haïtien venu signer ses livres, et qui va bouleverser sa vie...

Auteur : Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo-Brazzaville. Professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA), il est notamment l'auteur de Verre Cassé et de Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006).

Mon avis : (lu en juillet 2010)
Le héros de Black Bazar est un dandy africain, spécialiste de la SAPE (Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), il aime les cols italiens et des chaussures Weston. Suite à un chagrin d'amour, il se découvre une vocation d'écrivain. Il nous raconte le monde qui l'entoure, un "quartier africain" à Paris à travers une galerie de personnages typiques : l'Arabe du coin, l'Antillais métis qui se croit blanc, Jean-Philippe l'écrivain haïtien dragueur, sans oublier les piliers de bar du Jip's... C'est drôle, c'est vivant et cela révèle également une vrai réflexion sur la colonisation et l'immigration. Avec une écriture à la fois naïve et truculente, le lecteur est plongé dans un monde Afro-parisien haut en couleur et réjouissant.

Extrait : (page 39)
Du temps où ma compagne et notre fille vivaient encore ici, monsieur Hippocrate nous guettait déjà à travers son judas dès qu'il y avait du bruit sur le palier. Je le savais, parce que je pouvais l'entendre avancer à pas de chat, retenir sa respiration de batracien derrière la porte. Et quand notre fille était née, il voulait savoir si j'avais des triplés et non un seul bébé parce qu'un seul enfant ne pouvait pas piailler comme toute une école maternelle. Et il est allé larmoyer auprès de notre propriétaire commun qu'il y avait des groupuscules d'Africains qui semaient la zizanie dans l'immeuble, qui avaient transformé les lieux en une capitale des tropiques, qui égorgeaient des coqs à cinq heures du matin pour recueillir leur sang, qui jouaient du tam-tam la nuit pour envoyer des messages codés à leurs génies de la brousse et jeter un mauvais sort à la France. Qu'il fallait renvoyer ces Y'a bon Banania chez eux sinon lui il ne paierait plus son loyer et ses impôts, qu'il irait faire une déposition au commissariat de la police du quartier, et que ces immigrés auraient droit à un aller-simple dans un charter même si c'est le contribuable français qui devait payer les frais de ce retour au pays natal.

J'accepte tout ça. Je n'ai rien à rajouter sur les élucubrations parce qu'on nous a toujours appris au pays qu'il faut respecter les aînés, surtout lorsqu'ils ont des cheveux gris comme c'est le cas pour monsieur Hippocrate. Je lui rappelle chaque fois que je suis d'accord avec lui, que si les nègres ont le nez épaté c'est simplement pour porter des lunettes et que l'homme noir ne vit pas seulement de pain, mais aussi de patates douces et de bananes plantains.
Et comme je ne suis pas du genre à chercher noise à qui que ce soit je me suis dit qu'il faut que je déménage d'ici. Contrairement à mon ex qui n'aimait pas la banlieue, je suis prêt à aller y habiter, mais pas à retourner dans le studio de Château-d'Eau où je vivais avant avec plusieurs de mes compatriotes. Dans la vie il ne faut jamais retourner à la case départ.
J'ai visité plusieurs studios dans le quartier. Rien à faire. Il me faut de bonnes fiches de paie, mais je travaille à mi-temps depuis que mon ex est partie, et je ne sais pas comment je vais réussir à quitter ces lieux.
Je ne parle plus à monsieur Hippocrate. Je m'arrange pour rentrer quant il dort déjà. Et lorsqu'on se croise sur le palier ou dans le local des poubelles, on se défie du regard. Lui il crache par terre et hurle :
- Espèce de Congolais ! Ta femme est partie ! Retourne chez toi !
Si j'étais vraiment méchant comme lui il y a bien longtemps que je lui aurais aussi lancé :
- Espèce de Martiniquais ! Retourne chez toi !
 

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08 avril 2009

Verre cassé - Alain Mabanckou

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Seuil – janvier 2005 – 201 pages

Points – juin 2006 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
L'histoire " très horrifique " du Crédit a voyagé, un bar congolais des plus crasseux, nous est ici contée par l'un de ses clients les plus assidus, Verre Cassé, à qui le patron a confié le soin d'en faire la geste en immortalisant dans un cahier de fortune les prouesses étonnantes de la troupe d'éclopés fantastiques qui le fréquentent. Dans cette farce métaphysique où le sublime se mêle au grotesque, Alain Mabanckou nous donne à voir grâce à la langue rythmée et au talent d'ironiste qui le distinguent dans la jeune génération d'écrivains africains, loin des tableaux ethniques de circonstance, un portrait vivant et savoureux d'une autre réalité africaine.

Biographie de l'auteur
Alain Mabanckou est né au Congo-Brazzaville en 1966. Il a déjà publié six recueils de poésie et quatre romans, parmi lesquels Bleu-Blanc-Rouge, Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix et African Psycho. Il a obtenu le Grand Prix littéraire d'Afrique noire en 1999. Il enseigne aujourd'hui les littératures francophone et afro-américaine à l'université du Michigan.

Mon avis : (lu en mars 2007)

J'ai lu ce livre après avoir découvert Alain Mabanckou dans "Mémoires de porc-épic". Dans ce livre, ce sont les portraits des clients d'un bar congolais le "Crédit a voyagé". Ils ont été recueillis par écrit dans un cahier, à la demande du patron du bar, par "Verre cassé" l'un des piliers du bar. Chacun des clients est décrit avec ses petits soucis quotidiens, les femmes, l'alcool... Les anecdoctes drôles ou tragiques se succèdent. On est plongé dans la culture africaine avec ses coutumes, la politique, la religion.  Les sujets sont traités avec beaucoup d'esprit, avec un humour décapant. L'auteur a beaucoup de tendresse pour ces "éclopés de la vie" mais en revanche il n'est pas tendre avec les autorités, les profiteurs des plus faibles, les faux gouroux... Le ton est celui du conteur : un long monologue, avec la virgule comme seule ponctuation (pas de majuscule, pas de point). Ce roman nous fait passer du rire aux larmes. 

Extrait : disons que le patron du bar Le Crédit a voyagé m’a remis un cahier que je dois remplir, et il croit dur comme fer que moi, Verre Cassé, je peux pondre un livre parce que, en plaisantant, je lui avais raconté un jour l’histoire d’un écrivain célèbre qui buvait comme une éponge, un écrivain qu’on allait même ramasser dans la rue quand il était ivre, faut donc pas plaisanter avec le patron parce qu’il prend tout au premier dégré, et lorsqu’il m’avait remis ce cahier, il avait tout de suite précisé que c’était pour lui, pour lui tout seul, que personne d’autre ne le lirait, et alors, j’ai voulu savoir pourquoi il tenait tant à ce cahier, il a répondu qu’il ne voulait pas que Le Crédit a voyagé disparaisse un jour comme ça, il a ajouté que les gens de ce pays n’avaient pas le sens de la conservation de la mémoire, que l’époque des histoires que racontait la grand-mère grabataire était finie, que l’heure était désormais à l’écrit parce que c’est ce qui reste, la parole c’est de la fumée noire, du pipi de chat sauvage, le patron du Crédit a voyagé n’aime pas les formules toutes faites du genre "en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle", et lorsqu’il entend ce cliché bien développé, il est plus que vexé et lance aussitôt "ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit",...

Extrait : «… et alors, un jour de grand soleil, ma belle-famille a débarqué à la maison, elle a tenu un petit conseil de guerre ethnique, et j'étais l'objet de leur discussion byzantine, moi Verre Cassé, ils ont parlé de moi en long et en large, ils ont pris un décret me concernant, et ils m'ont condamné par contumace parce que je ne m'étais pas présenté devant leur tribunal, c'était comme si j'avais pressenti le traquenard que ces gens me tendaient, en fait mon instinct avait parlé, j'avais déserté la maison depuis la veille, et c'est ainsi que j'avais échappé de justesse aux griffes de ces intolérants, de ces pourfendeurs des droits de l'homme, de ces trouble-fête, de ces fils du chaos, de ces fils de la haine, or c'était sans compter avec la vigilance et la rancœur de Diabolique qui savait où me trouver, et elle a traîné ce comité d'accueil familial dans la rue, le long de l'avenue de l'Indépendance, même les passants croyaient que c'était la grève des battù, ces pauvres gens du quartier Trois-Cents, parce que, il faut le dire, mes ex-beaux-parents sont vraiment des gueux, des chemineaux, des ploucs avec des vêtements à la fois crasseux et usés, c'est normal c'est des pauvres moujiks de l'arrière-pays, ils ne pensent qu'à cultiver la terre, à épier l'arrivée de la saison des pluies, et, cupides comme ils sont, ces gars sont capables de vendre des âmes mortes au premier demandeur, ils n'ont pas de manières, ils n'ont jamais appris à manger à table, à utiliser une fourchette, une cuillère ou un couteau de table, c'est des gars qui ont passé leur existence de ploucs à traquer les rats palmistes et les écureuils, à pêcher les poissons-chats, et on ne peut même pas discuter culture avec eux parce que, comme dit le chanteur à moustache, ils n'ont vraiment pas l'esprit beaucoup plus grand qu'un dé à coudre, et donc ces hommes des cavernes sont venus me tirer de mes nobles préoccupations au Crédit a voyagé, ils m'ont lu la condamnation par contumace, ils avaient décidé de m'emmener chez un guérisseur, un féticheur, ou plutôt chez un sorcier nommé Zéro Faute pour que celui-ci chasse le diable tenace qui habitait en moi, pour qu'il m'ôte l'habitude de me dorer sous le soleil de Satan, et nous devions aller là-bas, chez cet imbécile qu'on appelait Zéro Faute, moi je n'avais pas peur, je voulais les emmerder, et j'ai dit «laissez-moi tranquille, est-ce que quand je bois mon pot je provoque quelqu'un, pourquoi tout le monde est contre moi, je veux pas aller chez Zéro Faute », et tous ces braves gens de ma belle-famille ont dit en chœur « tu dois venir avec nous, Verre Cassé, tu n'as pas le choix, on t'emmènera là-bas, même dans une brouette s'il le faut», j'ai répondu en hurlant comme une hyène prise dans un piège à loups « non, non et non, plutôt crever que de vous suivre chez Zéro Faute », et comme ils étaient nombreux ils m'ont attrapé, ils m'ont bousculé, ils m'ont menacé, ils m'ont immobilisé, et moi je criais « honte à vous gens de peu de foi, vous ne pouvez rien contre moi, a-t-on jamais vu un verre cassé être réparé », et ils m'ont installé de force dans une brouette ridicule, et tout le quartier riait devant cette scène inédite parce qu'on me traînait comme un sac de ciment, et moi j'insultais Zéro Faute tout au long de mon chemin de croix pendant que ma femme parlait toujours du serpent noir qui l'avait mordue, et je demandais de quel serpent noir il s'agissait, « c'est le serpent de Satan, c'est toi qui l'as fait venir, jamais de ma vie je n'avais été mordue par un serpent noir» criait-elle, et moi je continuais à dire «serpent noir, vraiment noir, et comment tu l'as vu dans la nuit puisqu'il était noir», elle a failli renverser la brouette avant que sa tante ne la tranquillise et lui dise « calme-toi ma nièce, Zéro Faute va s'occuper de lui dans peu de temps, on verra bien tout à l'heure si le diable et le bon Dieu peuvent manger ensemble sans que l'un d'eux n'utilise une cuillère à long manche »

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Mémoires de porc-épic – Alain Mabanckou

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Seuil – août 2006 – 228 pages

Prix Renaudot 2006

Résumé : Chez les Bembé, ethnie du Nord du lac Tanganyika, on dit que chaque homme a pour double un animal servile. Ainsi, Porc-Epic a-t-il consacré toute une vie de rongeur à exécuter les basses besognes assassines du terrible Kibandi, charpentier susceptible et colérique qui n'aime ni se faire refouler par les filles ni se faire refuser un crédit à l'épicerie. Et tchac ! Si son maître l'exige, Porc-Epic plante ses piquants en travers des gorges, des tempes et des cœurs ennemis.

Présentation de l'éditeur
Alain Mabanckou revisite en profondeur un certain nombre de lieux fondateurs de la littérature et de la culture africaine, avec amour, humour et dérision. Parodiant librement une légende populaire selon laquelle chaque être humain possède son double animal, il nous livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alter ego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son " maître " ! En détournant avec brio et malice les codes narratifs de la fable, Alain Mabanckou renouvelle les formes traditionnelles du conte africain dans un récit truculent et picaresque où se retrouvent l'art de l'ironie et la verve inventive qui font de lui une des voix majeures de la littérature francophone actuelle.

Biographie de l'auteur
Né au Congo-Brazzaville, Alain Mabanckou vit aux Etats-Unis et enseigne la littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles. Son roman Verre Cassé, publié au Seuil, lui a valu le prix Ouest-France / Etonnants Voyageurs, le prix des Cinq Continents de la Francophonie et le prix RFO du livre.

Mon avis : (lu en janvier 2007)

Conte africain avec comme seule ponctuation la virgule. Mais cela n’est aucunement gênant… j’avais déjà lu un peu plus de 50 pages avant de m’apercevoir qu’il n’y avait ni point, ni majuscule ! L'auteur donne la parole à un porc-épic, il est le double animal de Kibandi et est armé de redoutables piquants et quand son maître l'exige, il exécute des meurtres pour lui. Ce récit nous entraîne dans des aventures rocambolesques. On plonge dans l'univers des contes africains, le dépaysement est totale. Avec dérision, ironie et humour, l'auteur nous invite à une rélexion sur la place de l'homme dans le monde, le sens de la vie mais aussi sur la relation homme-l'animal. Livre très instructif.

Extrait : donc je ne suis qu’un animal, un animal de rien du tout, les hommes diraient une bête sauvage comme si on ne comptait pas de plus bêtes et de plus sauvages que nous dans leur espèce, pour eux je ne suis qu’un porc-épic, et puisqu’ils ne se fient qu’à ce qu’ils voient, ils déduiraient que je n’ai rien de particulier, que j’appartiens au rang des mammifères munis de longs piquants, ils ajouteraient que je suis incapable de courir aussi vite qu’un chien de chasse, que la paresse m’astreint à ne pas vivre loin de l’endroit où je me nourris à vrai dire je n’ai rien à envier aux hommes, je me moque de leur prétendue intelligence puisque j’ai moi-même été pendant longtemps le double de l’homme qu’on appelait Kibandi et qui est mort avant-hier, moi je me terrais la plupart du temps non loin du village, je ne rejoignais cet homme que tard dans la nuit lorsque je devais exécuter les missions précises qu’il me confiait, je suis conscient des représailles que j’aurais subies de sa part s’il m’avait entendu de son vivant me confesser comme maintenant, avec une liberté de ton qu’il aurait prise pour de l’ingratitude parce que, mine de rien, il aura cru sa vie entière que je lui devais quelque chose, que je n’étais qu’un pauvre figurant, qu’il pouvait décider de mon destin comme bon lui semblait, eh bien, sans vouloir tirer la couverture de mon côté, je peux aussi dire la même chose à son égard puisque sans moi il n’aurait été qu’un misérable légume, sa vie d’humain n’aurait pas valu trois gouttelettes de pipi du vieux porc-épic qui nous gouvernait à l’époque où je faisais encore partie du monde animal

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28 février 2009

Le feu des origines – Emmanuel Dongala

le_feu_des_origines Edition du Le Serpent à Plumes – octobre 2001 – 324 pages

Description
" En ce temps-là, la semaine n'avait que quatre jours, l'année comptait ainsi beaucoup plus de semaines et les gens vivaient donc plus longtemps sur la Terre. L'enfant survécut à deux semaines, à trois, puis à quatre. On attendit trois lunes entières . L'enfant se mit à babiller, à gazouiller. Il devint beau et fort comme les hommes de la lignée de sa mère. [ ... ] Toute la famille se réunit et le vieux Nimi A Lukeni, mémoire de la nation, le présenta aux ancêtres : " ... ainsi, à partir d'aujourd'hui, tu seras un homme appelé à vivre, tu auras un nom à toi, celui de Mankunku, celui qui défie les puissants et les fait tomber comme les feuilles tombent des arbres. Que l'esprit du grand ancêtre accepte, avec le vin de palme que je crache aux vents et les feuilles de kimbazia que je mâche et crache devant tous, de veiller sur toi. Tâche de devenir fort comme lui et de ne craindre personne, pas même les puissants. Sois digne de la lignée de ta mère. " Et le vent répondit en acceptant le vin, il le porta en gouttelettes fines dans les quatre directions, monta, baisa la face du ciel en effleurant le Soleil avant de retomber sur la mère et le père, grand forgeron. Et l'esprit de l'ancêtre accepta l'enfant en arrêtant définitivement la douleur qui n'avait cessé de mordre le bas-ventre de la mère depuis la naissance du garçon. On l'appela donc Mandala Mankunku. "

Auteur : Né le 16 juillet 1941, figure du renouveau de la littérature africaine, Emmanuel Boundzéki Dongala est un écrivain d'origine congolaise, enseignant aux Etats-Unis. Chimiste de formation, c'est pourtant déjà vers la littérature et le théâtre qu'il consacre une grande partie de son temps en tant qu'animateur du célèbre théâtre de l'Eclair à Brazzaville. Exilé en Amérique après le début des conflits qui frappent son pays à la fin des années 1990, l'écrivain porte un regard désenchanté sur l'Afrique. Ainsi, 'Johnny Chien Méchant', son ouvrage le plus célèbre, dépeint de manière crue et cynique la tragédie des enfants soldats. Ecrivain réaliste en quête de vérité, Emmanuel Boundzéki Dongala a fait de la littérature un moyen privilégié pour mettre à jour les faces cachées du monde et de l'homme.

Mon avis : (lu en janvier 2007)

Emmanuel Dongala raconte l’histoire de Mandala Mankunku en même temps qu’il évoque l’Histoire de l’Afrique. Il raconte l'arrivée des colonisateurs, conquérants, l'exploitation du pays et de ses habitants. Avec la candeur et la lucidité que l'on trouvait déjà dans son livre Les petits garçons naissent aussi des étoiles les personnages de Dongala dénoncent avec force la cruauté et les aberrations de l'Histoire. C'est une très belle évocation du Congo plongé dans la colonisation au travers d'une histoire pleine d'émotions et de poésie. A lire absolument pour mieux comprendre l'histoire africaine.

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07 février 2009

Les petits garçons naissent aussi des étoiles – Emmanuel Dongala

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Serpent A Plumes - février 1998

Edition du Rocher – septembre 2000 – 395 pages

Prix RFI-Témoin du monde en 1998

Résumé : A travers le regard de Matabari, le cadet des triplés de l'instituteur du village, Emmanuel Dongala retrace l'histoire politique et sociale d'un pays plus ou moins imaginaire, qui pourrait être le Congo, depuis l'indépendance.
Gouvernement de tutelle colonialiste, coup d'Etat militaire, " démocratie populaire " marxiste. , les régimes se succèdent mais les hommes ne changent guère et le narrateur observe, avec une admiration d'enfant et au grand dam de son père, humaniste incorruptible, l'ascension de son Tonton Boula-Boula, opportuniste séduisant et hâbleur, qui se taillera une place jusqu'à la tête du gouvernement. Dangala, avec la malice et la fausse candeur qu'il manie si bien, brosse un tableau plein d'ironie et de couleurs, mais aussi d'inquiétude et de colère, de l'état de la démocratie et de la situation économique et sociale des pays d'Afrique centrale.

Auteur : Né le 16 juillet 1941, figure du renouveau de la littérature africaine, Emmanuel Boundzéki Dongala est un écrivain d'origine congolaise, enseignant aux Etats-Unis. Chimiste de formation, c'est pourtant déjà vers la littérature et le théâtre qu'il consacre une grande partie de son temps en tant qu'animateur du célèbre théâtre de l'Eclair à Brazzaville. Exilé en Amérique après le début des conflits qui frappent son pays à la fin des années 1990, l'écrivain porte un regard désenchanté sur l'Afrique. Ainsi, 'Johnny Chien Méchant', son ouvrage le plus célèbre, dépeint de manière crue et cynique la tragédie des enfants soldats. Ecrivain réaliste en quête de vérité, Emmanuel Boundzéki Dongala a fait de la littérature un moyen privilégié pour mettre à jour les faces cachées du monde et de l'homme.

Mon avis : (lu en février 2006)

Cette vision du Congo est drôle et savoureuse. On découvre le Congo entre les traditions ancestrales et la modernité. Beaucoup d'anecdotes avec un humour grinçant qui sait mettre en exergue les défauts des uns et des autres. Le style est imagé, coloré et le narrateur n'hésite pas à nous interpeller. Matapari est très attachant, il est curieux et très clairvoyant.

Extrait : (page 102)
Pour recevoir cette délégation de haut niveau, le préfet avait déclaré la journée payée et chômée. J'étais très content parce que cela voulait dire pour nous une journée de vacances et je comptais jouer au football avec mes amis, puis aller me faire offrir du Coca-Cola chez Mâ Lolo et enfin aller voir une vidéo-cassette de clips chez tonton Boula Boula. Malheureusement c'était une fausse journée libre, puisqu'on nous a obligés à aller écouter sous le chaud soleil les discours de ces types envoyés par le dirigeant populaire, l'homme des masses et des actions concrètes. D'ailleurs, en plus des fonctionnaires, on notait également la présence des femmes et des hommes qui vendaient au marché, ceux qu'on appelait les larges masses populaires. Seul papa avait boudé la cérémonie parce que, disait-il, les élèves ne devaient pas être embrigadés dans un parti, fut-il parti unique et révolutionnaire. Il était resté chez lui dans ses lectures, certainement encore en train de déchiffrer une des énigmes du grand livre de l'univers.

Extrait : (page 185)
Comme vous le savez certainement tous, la première étape pour tuer quelqu'un, c'était d'être un dur. Je décidai d'être un dur.
D' abord, un dur ne se laissait pas bousculer. Aussi, quand maman ou mes frères m'appelaient, je ne répondais jamais la première fois,j'attendais qu'on répète mon nom deux ou trois fois avant de me manifester. Parfois, quand je savais que c'était l'heure du repas et que tout le monde m'attendait pour manger, je prolongeais délibérément ma promenade afin qu'ils puissent manger sans moi et que je prenne mon repas en solitaire tout comme je portais tout seul ma peine. Cela irritait souvent maman et plusieurs fois je me suis fait frotter les oreilles par elle qui répétait sans cesse : Seigneur, mais qu'est-ce qui arrive à cet enfant et, chose rare, papa m'avait même balancé des baffes une ou deux fois. Mais contrairement à ce qu'ils croyaient sans doute, leur exaspération m'enchantait, un dur doit être indépendant et libre.

Extrait : (page 333)
'La campagne électorale ?... La démarche était simple : il s'agissait d'une part de séduire les électeurs, de les convaincre qu'on était l'homme ou la femme qu'il fallait à la place qu'il faut, et d'autre part, disqualifier tous les autres candidats en les traitant d'incompétents, de menteurs, de salauds, de corrompus pourris indignes de tenir entre leurs mains les destinées de la nation. Evidemment, il ne fallait jamais oublier d'inclure dans ces discours les promesses les plus mirobolantes et, de temps en temps, distribuer un peu sinon beaucoup d'argent.

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26 novembre 2008

Johnny Chien méchant - Emmanuel Dongala

Johnny_Chien_M_chant Le Serpent à plume – mars 2005 – 360 pages

Présentation de l'éditeur
Dans le chaos d'une guerre civile avec déplacements massifs de populations, colonnes de réfugiés sur les routes et le lot habituel d'accompagnateurs plus ou moins bienveillants (organisations humanitaires, journalistes, coopérants qu'il faut évacuer, etc.), deux adolescents racontent ce qu'ils vivent. L'un, un jeune garçon (Johnny, qui prendra plusieurs noms de guerre dont celui de Chien méchant) est membre d'une milice. Il tue, viole, pille et assume crânement (et avec naïveté) comme d'autres enfants-soldats le rôle de bourreau, ne comprenant pas que lui aussi est une victime, même dans des situations cocasses. L'autre est une jeune fille (Laokole), qui se sait victime mais regarde les choses avec lucidité, avec distance et même une certaine philosophie malgré tout ce qu'elle vit.
Le récit est conduit à deux voix, comme une fugue où les deux "héros" racontent les mêmes événements, chacun avec son regard, vivent parfois les mêmes événements dans un même espace physique, sans se croiser, s'éloignent, se rapprochent, se suivent et se poursuivent, jusqu'à la scène finale de la confrontation où ils se retrouvent enfin face à face.

Quatrième de couverture
Congo, en ce moment même. Johnny, seize ans, vêtu de son treillis et de son tee-shirt incrusté de bris de verre, armé jusqu'aux dents, habité par le chien méchant qu'il veut devenir, vole, viole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Laokolé, seize' ans, poussant sa mère aux jambes fracturées dans une brouetté branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats. Sous les fenêtres des ambassades, des ONG, du Haut Commissariat pour les réfugiés, et sous les yeux des télévisions occidentales, des adolescents abreuvés d'imageries hollywoodiennes et d'information travestie jouent à la guerre : les milices combattent des ennemis baptisés « Tchétchènes », les chefs de guerre, très à cheval sur leurs codes d'honneur, se font appeler « Rambo » ou « Giap » et s'entretuent pour un poste de radio, une corbeille de fruits ou une parole de travers.
Dans ce roman, qui met en scène des adolescents à l'enfance abrégée, Dongala montre avec force comment, dans une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d'humanité.


Auteur : Emmanuel DONGALA est né en 1941, de père congolais et de mère centrafricaine. Il passe son enfance et son adolescence en république populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France,Il est aujourd’hui professeur de chimie à Simon’s Rock College, dans le Massachusetts, et professeur de littérature africaine francophone à Bard College, dans l’Etat de New York.

Mon avis : 4/5 (lu en mai 2008)

J'ai vu hier qu'un film sortait aujourd'hui « Johnny Mad Dog », à propos d'enfants soldats et je me suis rappelé de ce livre que j'ai lu en mai 2008.

Dans ce livre les récits de Johnny et Laokolé s'alternent. Ils ont tous les deux 16 ans. C'est leur regard à chacun sur la même guerre. Le premier Johnny est un enfant soldat, il se décrit comme « l'intello » du groupe (il a été jusqu'au CM1 avec un niveau de CM2 !), il confond la vraie guerre et les films d'action américains, il viole, il pille, il tue sans peur et sans sentiment, il obéit, il cherche à se faire craindre et avoir l'air d'un chef cruel. Laokolé est une enfant sage et victime de la guerre, elle tente de fuir son village en poussant sa mère handicapée dans une brouette. Elle est sensible, intelligente, elle lutte pour sa survie. On voit également le regard occidental sur une tragédie lointaine. Les réactions des humanitaires, des journalistes sur une zone de conflits.

Ce livre est celui des enfants vieillis trop rapidement par des guerres absurdes. Ce livre est dérangeant : la violence, le réalisme des descriptions, l'absurdité des situations... Mais on est aussi profondément touché par la regard qu'a Laokolé sur les évènements, sur la société et sur l' Afrique. On découvre, à travers elle, une jeunesse africaine responsable, ambitieuse et dynamique.

A lire pour mieux connaître l'histoire contemporaine des conflits Africains.

Extraits :

Johnny : « “Ta gueule!”, ai-je crié à la maman. Et pan! j’ai tiré dans la nuque du gamin agenouillé. La mère affolée s’est précipitée sur le corps de son enfant, mais Petit Piment a “rafalé” avant qu’elle n’atteigne son but. Elle s’est effondrée la tête la première. Bon, on avait déjà perdu assez de temps et il fallait avancer. Nous avons décidé de tuer tous les hommes. De toutes façons ils étaient mayi-dogos. Magnanime, j’ai laissé la vie sauve aux femmes et je leur ai demandé de quitter immédiatement le quartier pour se diriger vers les zones que nous avions déjà conquises. Je sais, ma bonté me perdra un jour. »

...

Laokolé : « Notre pays de merde venait encore une fois de plus de tuer un de ses enfants. J’ai sangloté sans retenue, avec de violents soubresauts et des hoquets sonores, maintenant que les miliciens avaient disparu là-bas, dans la poussière du chemin. Maman a essayé de me calmer et de me consoler, mais j'ai continué à pleurer. Je ne sais pas si je pleurais mon amie ou cet enfant que je ne connaissais pas. Je pense que je pleurais les deux. Quel est ce pays qui tuait de sang-froid ses enfants ? Comment peut-on tuer la meilleure amie de quelqu'un ? Vraiment les gens sont méchant, ils n’ont pas de coeur. »

...

Johnny : « Mais comme j'étais intellectuel je savais ce qu’était l’ONU, ouais j'avais entendu parler de cette organisation et de ses soldats. Ces derniers étaient neutres, ils ne faisaient pas la guerre, ils maintenaient la paix. Mais quand ça chauffait et que leur vie était menacée ou si tout simplement ils croyaient qu’elle était en danger, ils fuyaient et vous laissaient tout seuls dans votre merde. »

...

Laokolé : « L’humanité est tombée bien bas. De toute façon, il fallait être bien naïve pour croire que le monde était bon, que le monde était beau. Je m'en voulais de n'avoir pas encore appris, malgré tout ce que j'avais traversé, que la confiance c’est bien mais que c’était mieux d’attacher sa brouette comme un caravanier attache son chameau dans le désert bien que sachant qu’il n'y a personne d’autre que lui à mille lieues à la ronde .»

Johny_Mad_Dog

Johnny Mad Dog film de Jean-Stéphane Sauvaire sortie le 26 novembre 2008, il a reçu le Prix de l'Espoir du jury Un Certain Regard au Festival de Cannes 2008.

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