08 février 2012

Magasin général, tome 7 : Charleston – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_g_n_ral_7 Casterman – novembre 2011 – 84 pages

Quatrième de couverture :
"Ben, pourquoi c'est faire qu'un coureur des bois qui a eu toute sa vie une barbe d'un demi-pied de long, décide tout d'un coup de se la couper ?! - Ca s'pourrait-tu que ça soit juste pour se mettre beau? - Ben voyons ! - S'mettre beau, pour qui ? Toujours ben pas pour Marie !"
Une comédie truculente dans la campagne québécoise des années 20, distillée par Régis Loisel (La Quête de l'oiseau du temps, Peter Pan) et Jean-Louis Tripp (Jacques Gallard, Paroles d'anges). Réalisant ensemble le scénario aussi bien que le dessin, Loisel et Tripp ont conjugué leurs talents pour donner naissance à un auteur virtuel.

Auteurs :
Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

 

Mon avis : (lu en février 2012)
J'aime toujours autant cette série pour ses superbes dessins et son texte québécois.
Une nouvelle Marie est revenue de Montréal et avec elle la liberté des grandes villes souffle sur Notre-Dame-des-Lacs. L'atmosphère de cet épisode est à la fête, à la joie et à la légèreté, le village découvre le Charleston... Et les vieilles du village sont scandalisées... Les personnages sont toujours très attachants et comme d'habitude j'attends la suite des aventures de Marie, Serge et leurs amis.



Extrait : 

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La série : 

le_magasin_g_n_ral_Marie le_magasin_g_n_ral_Serge le_magasin_g_n_ral_les_hommes le_magasin_g_n_ral_confession 
tome 1 à 4 de la série 
ici

 

magasin_general5 tome 5 : Montréal 

magasin_general_6  tome 6 : Ernest Latulippe

 


 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Loisirs / Sport"

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30 décembre 2011

Le cas Sneijder - Jean-Paul Dubois

cas_sneijder L'Olivier – octobre 2011 – 217 pages

Quatrième de couverture :
« Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m?est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie. »
Victime d'un terrible - et rarissime - accident d'ascenseur dans une tour de Montréal, Paul Sneijder découvre, en sortant du coma, qu'il en est aussi l'unique rescapé. C'est le début d'une étrange retraite spirituelle qui va le conduire à remettre toute son existence en question. Sa femme, ses fils jumeaux, son travail, tout lui devient peu à peu indifférent. Jusqu'au jour où, à la recherche d'un emploi, il tombe sur la petite annonce qui va peut-être lui sauver la vie.
Ce roman plein de mélancolie est aussi une comédie étincelante. L'auteur d' Une vie française y affirme à nouveau avec éclat son goût pour l'humour noir.

Auteur : Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, puis grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur, il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002).Écrivain, Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans, Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, etc. Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996) et le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une Vie française.

Mon avis : (lu en décembre 2011)
J'ai pris ce livre à la Bibliothèque sans a priori, mes lectures précédentes de cet auteur avaient été mitigées, j'avais beaucoup aimé Une vie française mais j'avais déçu par Les accommodements raisonnables.  
Cela commence par un accident tragique d'ascenseur, Paul aurait du y rester mais il est miraculeusement le seul survivant. Dans l'accident, il perd sa fille Marie qui l'accompagnait.

Il se met à détester sa vie passée, il abandonne son travail de négociant en vins. Et il supporte de moins en moins sa femme Anna, qui a toujours refusé la présence de Marie (fille d'un premier mariage) dans sa vie et celle de ses fils jumeaux. Il se met à faire des recherches documentaires sur les ascenseurs, et pour échapper à des angoisses lorsqu'il se trouve entre des murs, il prend un travail en pein air et devient Dogwalker (promeneur de chiens)...
Le personnage de Paul est attachant et émouvant dans sa mélancolie, sa solitude au contraire Anna et ses jumeaux deviennent de plus en plus cyniques le livre avançant.
C'est un livre qui mélange des passages graves et d'autres d'humour noir et décalé, on y rencontre des personnages hauts en couleurs. C'est très bien écrit, très prenant, très sombre mais aussi tragiquement drôle. A découvrir !

Extrait : (début du livre)
Je me souviens de tout ce que j’ai fait, dit ou entendu. Des êtres et des choses, de l’essentiel comme du détail, fût-il mièvre, insignifiant ou superfétatoire. Je garde, je stocke, j’accumule, sans discernement ni hiérarchie, m’encombrant d’un acca­blant fardeau qui en permanence travaille mon âme et mes os. Je voudrais parfois libérer mon esprit et me déprendre de ma mémoire. Trancher dans le passé avec un hachoir de boucher. Mais cela m’est impossible. Je ne souffre ni d’hypermnésie ni d’un de ces troubles modernes du comportement solubles dans le Bromazepam. Je crois savoir ce qui ne fonctionne pas chez moi. Je n’oublie rien. Je suis privé de cette capacité d’effacement qui nous permet de nous alléger du poids de notre passé. En le retaillant saison après saison, en lui donnant une forme acceptable, nous nous efforçons de le cantonner dans des domaines raisonnables. C’est la seule façon de lutter contre cette fonction d’enregistrement envahissante et des­tructrice. Mais quelle que soit l’ampleur de nos coupes, année après année, tel un lierre têtu et dévorant, lentement, notre mémoire nous tue.

Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, assis, seul devant la fenêtre, repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie. Nous étions cinq dans la cabine. Je suis le seul survivant.
L’accident s’est produit à 13 h 12 précises. Le mécanisme de ma montre s’est bloqué sous l’effet du choc. Depuis ma sortie de l’hôpital je la porte à mon poignet droit. Elle m’accom­pagne partout, silencieuse, l’oscillateur mécanique à l’arrêt, le balancier et la trotteuse figés, me rappelant, parfois, lorsque la manche de ma chemise découvre le cadran, l’heure qu’il est vraiment et qu’il sera sans doute à chaque minute, jusqu’à la fin de ma vie.
Avant de parler de ce 4 janvier, il me faut revenir sur un évé­nement qui s’est produit le 3 au soir et qui, depuis, ne cesse de m’accompagner comme une ombre qui ne serait pas la mienne.
J’étais dans la cuisine, je préparais des pâtes au pesto en regardant la neige recouvrir le jardin et former une accumu­lation cotonneuse sur le rebord de la fenêtre. La télévision donnait des nouvelles qui se diluaient dans l’air chargé des effluves de basilic. Mon attention fut attirée par les images d’un curieux reportage. On y voyait des hommes vêtus de combinaisons blanches, portant des gants de protection, et le visage recouvert d’un masque à gaz, ramasser d’innombrables oiseaux morts dans les rues et sur les toits des maisons d’un petit village. Ces fossoyeurs aviaires saisissaient délicatement les cadavres avec une pince ou du bout des doigts, comme s’ils manipulaient une matière dangereuse, et les glissaient dans des sacs en plastique noirs. La scène se déroulait à Beebe en Arkansas, bourgade peuplée de cinq mille six cents habitants. En tout, on retrouva un peu plus de cinq mille oiseaux écrasés sur le sol. Presque un par habitant. L’hécatombe s’était produite durant la nuit. Les gens avaient entendu des bruits et surtout de violents impacts sur leurs toits. Comme si quelqu’un, dehors, jetait des pierres sur les bardeaux. Certains étaient sortis sur le seuil de leur porte et avaient vu alors tous ces oiseaux tombés du ciel : des carouges à épaulettes.

Déjà lu du même auteur :

 les_accommodements_raisonnables Les accommodements raisonnables  
 une_vie_francaise 
Une vie française

Challenge 4%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
26/28

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12 décembre 2010

Magasin général, Tome 6 : Ernest Latulippe - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_general_6 Casterman – novembre 2010 – 72 pages

Résumé :
En l’absence de Marie, dont personne ne sait si et quand elle reviendra de Montréal, Serge a pris la décision de s’occuper désormais de son commerce. C’est qu’il faut bien approvisionner Notre- Dame-des-Lacs, qui manque de tout depuis que son Magasin Général est tombé en déshérence. Malheureusement, ce n’est pas si simple. Les fournisseurs de Saint-Simon, qui n’accordaient leur confiance qu’à Marie, refusent de faire crédit à Serge. La tension monte au village, scindé en deux camps : ceux qui regrettent Marie (surtout les hommes) et ceux qui sont heureux qu’elle soit partie (surtout les femmes), ne lui pardonnant pas d’avoir « fauté ».
Pendant ce temps, Marie s’amuse comme une folle à Montréal, sort et multiplie les amants. Mais elle est nostalgique du village…

Auteurs :

Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en décembre 2010)
J’ai lu avec toujours beaucoup de plaisir le tome 6 de cette série qui nous raconte l'histoire du village de Notre-Dame-des-Lacs dans le Québec des années 20.
Marie est toujours à Montréal et ne sait pas encore quand elle rentrera au village. Serge veut bien s’occuper du Magasin Général, mais ce n’est pas si simple car les fournisseurs ne connaissent pas Serge et refusent de lui faire crédit.

J’aime beaucoup cette bande dessinée, qui est vraiment dépaysante et on retrouve avec beaucoup de jubilation les différents personnages hauts en couleurs de ce village. Le scénario alterne entre des moments de poésie, des moments légers ou graves, des moments d’humour.

A l’origine, cette série devait être une trilogie, puis une série en six tomes mais finalement les auteurs semblent vouloir poursuivre l’aventure car ce sixième tome appelle une suite… que j’attends bien sûr avec impatience !

Extrait :

magasin_general6_1
Planche_bd_15026_MAGASIN_20GENERAL

le_magasin_g_n_ral_Marie le_magasin_g_n_ral_Serge le_magasin_g_n_ral_les_hommes le_magasin_g_n_ral_confession
tome 1 à 4 de la série
ici

magasin_general5 
tome 5 : Montréal

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14 novembre 2010

Mon vieux et moi - Pierre Gagnon

mon_vieux_et_moi Autrement – août 2010 – 88 pages

Quatrième de couverture :
"Léo est devenu vieux. Les vieux oublient, s'étouffent, font répéter, voient trouble, tombent, n'en veulent plus, en veulent encore, ne dorment plus la nuit, dorment trop le jour, font des miettes, oublient de prendre leurs médicaments, nous engueulent tant qu'on serait tenté de les engueuler à notre tour, pètent sans le savoir, répondent quand on n'a rien demandé, demandent sans attendre de réponse, échappent puis répandent, ont mal, rient de moins en moins, gênent le passage, s'emmerdent, souhaitent mourir et n'y parviennent pas..." À la retraite, le narrateur décide d'adopter Léo, 99 ans, que rien ne prédestinait à venir s'installer chez lui. C'est le début d'une grande aventure, faire de tour petits riens. De silences qui veulent dire beaucoup, de tendresse, de rires pour conjurer le déclin... Mon vieux et moi, est-ce que ça peut durer toujours, comme dans les romans d'amour ?

Auteur : Pierre Gagnon est né en 1957 à Arthabaska. Il vit à Québec depuis 1960. D'abord musicien, il publie en 2005 5-FU (éditions L'Instant mème), qui s'élève en haut du palmarès des meilleures ventes au Québec. Mon vieux et moi est son quatrième livre.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Voici un petit livre (84 pages) qui nous raconte une belle histoire. Le narrateur, jeune retraité, décide d'adopter Léo un vieil homme de 99 ans. Il l'a connu dans la maison de retraite où il visitait chaque dimanche sa tante. A la mort de sa tante, il contacte la famille quasi inexistante de Léo pour l'adopter et l'accueillir chez lui. Entre les deux hommes se créent une belle relation d'amitié. Mais la maladie et la vieillesse vont modifier ce qui était prévu. Le narrateur nous raconte avec beaucoup de tendresse et d'humour son quotidien avec une personne âgée qui peu à peu perd ses repères et la tête. Il garde cependant de cette expérience un souvenir unique et pour une fois il a eu l'impression d'apporter de l'aide à quelqu'un.

Voilà un livre qui se lit très facilement et qui est plein d'émotions. A lire !

Extrait : (début du livre)
Je viens d'adopter...
Pensionné, je vivais seul, sans enfant ni parent. J'ai des amis, bien sûr, que je vois à l'occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout. Faut entendre les anciens collègues : «Toujours le premier à organiser les fêtes au bureau, une vraie dynamo.» Ou encore : «Un coeur grand comme ça !» Bref, le candidat tout désigné pour le parrainage.
Je ne ressens pas le besoin de posséder un bateau ou une maison à la campagne. Quant à faire le tour du monde... Je partage l'opinion de cet auteur de génie qui a écrit : «Le voyage, ce petit vertige pour couillons.»
Un bonheur paisible, ici, chez moi, avec celui que j'aimerai comme mon enfant, sans avoir à l'éduquer. La voilà, ma retraite !
Il s'appelle Léo, il a quatre-vingt-dix-neuf ans. Je l'ai connu au centre d'hébergement où je visitais ma tante, les dimanches gris. Léo attendait. Il avait bon caractère. Je le sais pour l'avoir mis à l'épreuve plus d'une fois : je lui chipais ses Whippet... Il ne disait rien. Je les lui rendais et aussitôt, il m'en offrait un.
Ma tante décéda et je me mis immédiatement à m'ennuyer... de Léo. J'entrepris de contacter sa famille. Résultat : un seul et unique répondant, quelque part en Floride, et dont le lien avec Léo ne s'est toujours pas précisé. D'abord surpris lors du premier échange, l'homme rappela (à mes frais) dès le lendemain pour m'annoncer qu'il acceptait ma proposition d'adopter Léo. Restait plus que les trucs juridiques à régler, que je confiai à un ami avocat.

Livre 25/28 pour le Challenge du 4% littéraire 1pourcent2010

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26 avril 2010

Starvation Lake – Bryan Gruley

starvation_lake Le Cherche Midi – janvier 2010 – 471 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Benjamin Legrand

Présentation de l'éditeur :

L'État du Michigan, vaste étendue de la région des Grands Lacs à la frontière canadienne, connaît des hivers rigoureux, où l'ennui est souvent aussi mortel que le blizzard. C'est là, dans la ville de Starvation Lake où il est né et a grandi, que Gus Carpenter est revenu pour s'occuper du journal local après une brillante carrière dans un grand quotidien national. Cette petite communauté où tout le monde connaît tout le monde est en état de choc le jour où la motoneige de l'ancien entraîneur de hockey disparu vingt ans plus tôt refait surface au milieu d'un lac gelé, criblée d'impacts de balles. Ancien joueur de l'équipe, Gus va chercher à élucider ce mystère, qui le touche de près. Cette petite société qu'il croyait pourtant bien connaître ne va pas tarder à révéler des secrets tous plus sombres et sordides les uns que les autres. Alliant une efficacité propre au thriller américain et un sens de l'atmosphère et des personnages proche de certains romanciers nordiques comme Henning Mankell ou Arnaldur Idridason, Bryan Gruley nous offre, avec ce premier roman au suspense constant, salué par une critique unanime, un portrait sans concession d'une petite ville de province et de ses turpitudes.

Auteur : Bryan Gruley est originaire du Michigan. Il travaille aujourd'hui à Chicago pour le Wall Street Journal. Starvation Lake est son premier roman.

 

Mon avis : (lu en avril 2010)

Starvation Lake est une petite ville américaine située proche de la frontière canadienne où le hockey sur glace à permis son essor économique. Mais le 14 mars 1988, l'entraineur Jack Blackburn dit Coach disparaît lors d'un accident de motoneige.

Dix ans plus tard, la motoneige réapparaît au milieu d'un lac gelé, elle comporte un impact de balle et l'enquête sur la disparition de l'entraineur va être réouverte. C'est Gus Carpenter ancien joueur de hockey, qui est journaliste au Pilot, le journal local, qui va essayer de comprendre ce qui c'est réellement passé ce jour là. A cette époque, il était journaliste à Détroit. Au début, l'auteur nous présente les lieux, les personnages, le passé ainsi que le début de l'enquête. On découvre Gus Carpenter qui est un journaliste intègre et consciencieux. Puis l'histoire nous entraîne dans le monde du hockey sur glace, Gus était gardien dans l'équipe entraînée par Blackburn, dans le monde du journalisme et des affaires sans oublier l'ambiance des petites villes où les secrets sont nombreux.

Après un début un peu lent et des descriptions du jeu de hockey qui peuvent être rébarbatives mais qui pour ma part m'ont bien intéressée, le lecteur se laisse prendre par l'histoire curieux et pressé de connaître le dénouement. J'ai bien aimé ce roman policier et j'ai passé un bon moment à Starvation Lake en suivant l'enquête de Gus Carpenter.

Extrait : (page 21)

Mon pick-up descendait la deux-voies gelée qui serpentait entre les pins vers Walleye Lake. Je m'étais souvent demandé pourquoi on avait donné ce nom à ce lac car personne n'avait jamais attrapé la moindre perche dans ses eaux boueuses et saturées d'herbes. Une carpe, peut-être, ou une truite idiote. Mais jamais une perche.

J'avais grandi à quelques miles de là, sur les rives du lac de Starvation. Mon père était mort d'un cancer du côlon quand j'avais 7 ans, et donc j'avais grandi avec ma mère dans notre maison jaune en planches, sur la rive méridionale du lac. Nous avions un ponton délabré, un radeau plongeoir, et une barque de pêche avec un moteur hors-bord de 10 chevaux, tout ce dont un gamin a besoin pour adorer les étés sur un lac bleu et clair. Durant les longs hivers, je jouais goal, le petit mec à peine plus grand que le filet, avec l'équipe des jeunes de la ville, les Rivers Rats. J'étais le goal de l'équipe qui avait battu pour la première fois les très puissantes équipes de Détroit, alors que personne n'imaginait que c'était possible. Et j'étais aussi le gardien qui avait encaissé un but dans les prolongations, but qui avait coûté notre seule et unique chance de remporter le championnat d'État.

C'était un manque de veine vraiment extraordinaire, une faute stupide qui nous coûta le titre du Michigan dans notre propre patinoire, ici, dans notre ville, devant quasiment tous les gens vivant à 50 kilomètres à la ronde. Je ne pouvais pas vraiment les blâmer de ne pas me pardonner, de me traiter de «passoire», d'«entonnoir» et de «pylône» derrière mon dos, et parfois même en face, s'ils avaient assez picolé. Je m'étais rejoué mon erreur dans ma tête un million de fois. J'avais du mal à me la pardonner, moi aussi.

Bien évidemment, cela n'aurait pas dû avoir une telle importance. Nous n'étions que des gamins jouant au hockey. Mais quand les River Rats qui nous succédèrent échouèrent de nouveau au championnat d'État, de très peu, les gens du coin en conclurent que mon ratage avait jeté pour toujours une malédiction sur eux. Mon entraîneur, Jack Blackburn, semblait d'accord avec ça. Tout le monde l'appelait Coach, moi le premier. C'était le type qui m'avait appris à jouer goal quand je n'étais qu'un tout petit garçon à qui son papa manquait, qui était devenu ami avec ma mère et qui venait dîner le dimanche et nous régalait, maman et moi, d'histoires sur ses triomphes au hockey dans son pays natal, le Canada. Mais après cette défaite en finale d'État, mon entraîneur n'eut plus grand chose à dire. C'était comme s'il avait effacé de son cerveau et de son cœur tout ce qui me concernait. On se croisait encore à la patinoire ou dans la rue et il disait : «Salut, Gus», et je répondais : «Hé, Coach», et il poursuivait sa marche et je le regardais s'éloigner. Il avait arrêté de venir dîner aussi.

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11 avril 2010

Les disparues de Vancouver – Élise Fontenaille

les_disparues_de_vancouvert Grasset – février 2010 – 194 pages

Présentation de l'éditeur :

" Pourquoi sortir l'affaire des disparues de Vancouver au moment des Jeux olympiques ? Parce qu'elle en est le négatif absolu... D'un côté, les cimes, la blancheur, la glace, l'exploit, la vitesse, les corps vainqueurs, venus du monde entier, ce que Vancouver veut montrer au monde, une image rêvée... De l'autre, la noirceur, un gouffre au coeur de la ville, les corps vaincus, détruits, drogués, les Indiennes, l'échec, la mort, tout ce que l'on voudrait cacher. " A Vancouver, les prostituées du downtown eastside disparaissent. Soixante-neuf déjà. Parmi elles, Sarah, jolie, rieuse, pleine de vie. Mais qui se soucie du sort de ces filles qui vendent leur corps pour un peu d'héroïne ? Dans ce roman vrai, émouvant, lucide, Elise Fontenaille offre à Sarah un espoir de survie : tombeau et résurrection.

Auteur : Elise Fontenaille, romancière, née à Nancy en 1960, elle a été journaliste pendant quelques années. Elle est l'auteur de La gommeuse (1997), Le Palais de la femme (1999), Demain les filles on va tuer papa (2001), L'enfant rouge (2002), Brûlements (2006), L'aérostat (2008). Fabuleuse raconteuse d'histoire, elle aime explorer des univers singuliers et mettre en scène des personnages atypiques.

Mon avis : (lu en avril 2010)

J'ai entendu parler de ce livre lors d'une émission de radio «Café crime» de Jacques Pradel sur Europe 1. Ce roman appartient à la collection « Ceci n'est pas un fait divers » et s'est inspiré d'un horrible fait divers. A Vancouver, durant plusieurs années, soixante-neuf prostituées du downtown eastside disparaissent sans explication. Le 5 février 2002, le coupable sera arrêté et la vérité atroce sur ses disparitions sera connue de tous. « Le procès Pickton durera six mois, de mai à décembre 2007 »

A travers ce récit l'auteur nous montre le combat difficile des proches des disparues pour tenter de les retrouver et de comprendre, elle dénonce aussi l'absence totale d'action de la part de police et des autorités considérant que les disparitions de pauvres indiennes, droguées et prostituées ne nécessitent pas d'enquête. Nous découvrons également la vie difficile des femmes de ce quartier downtown eastside et plus largement celle de la communauté indienne qui est méprisée et laissée pour compte.

Downtown Eastside (DTES) est le quartier le plus pauvre du Canada, il est situé en plein centre de Vancouver, « dix blocs qui ressemblent à l'enfer » et affichent des taux très élevés de toxicomanie et de séropositivité. C'est une réalité que les autorités préfèrent ignorer. Les disparues sont des prostituées du DTES, elles font cela pour « se payer des doses de crack et d'héroïne ». Elles sont pour la plupart indiennes, putes et drogués, leurs disparitions n'inquiètent pas la police, c'est la juste conséquence de la vie qu'elles mènent ! L'auteur va nous raconter l'histoire de l'une des disparues, Sarah. « Métisse de Black et d'Indienne, adoptée tout bébé par une famille libéral », « Une enfance heureuse, en apparence... En proie au racisme et au rejet à l'école, mais ça, à la maison, personne ne le savait, elle n'en parlait jamais. Trop fière pour ça Sarah, trop blessée. », « A l'adolescence, tout à volé en éclats : fugue, drogue, prostitution... » Lorsque Sarah à disparue, son ami, Wayne Leng, tente de retrouver son corps pour lui offrir de dignes funérailles : il monte un site et réunit les proches des autres disparues pour alerter les médias et l'opinion publique.

Avec ce livre, Élise Fontenaille dénonce également le racisme des canadiens vis à vis des populations indiennes. A travers un des chapitres du livre, elle revient sur un épisode tragique de l'histoire canadienne : depuis les années 1860 et jusqu'en 1970, les autorités canadiennes ont mis en place des orphelinats (les residential schools), « qui ressemblaient plutôt à des camps de concentration pour enfants », ils étaient destinés à assimiler les jeunes Indiens arrachés à leur tribu. L'auteur évoque aussi un livre de photos réalisées par Lincoln Clarkes, fasciné par les filles du Downtown Eastside, il les a traité « comme si elles devaient faire la Une de Vogue, comme si chacune était Sharon Stone ».

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(la photo de la couverture est l'une des photos réalisées par Lincoln Clarkes)

Une histoire vraie qui nous donne de Vancouver une autre image que celle montrée lors des JO d'hiver. Le livre est court et percutant, il m'a donné envie d'en savoir plus.

Extrait :

Crab Park, la cérémonie

En ce matin de mai, il pleut à Vancouver, le port est embrumé. On devine la silhouette d'un cargo au loin, de hautes grues rouges qui oscillent en grinçant ; la cime des monts, de l'autre côté de la baie, a disparu, gommée par les nuages gris.
Le ciel est bas et lourd, comme souvent ici, mais cela n'altère en rien la splendeur du paysage : le spleen sied à Vancouver. Ciel liquide, océan, forêt, cité… Tout se confond, tout est noyé.
Une foule silencieuse est massée sous des parapluies colorés, face à l'océan Pacifique, devant un banc portant une plaque de cuivre gravé, dont la bruine ne parvient pas à ternir l'éclat.
Sur cette plaque, onze noms de femmes.

IN MEMORY OF L. COOMBES, S. DE VRIES,
M. FREY, J. HENRY, H. HALLMARK,
A. JARDINE, C. KNIGHT, K. KOSKI,
S. LANE, J. MURDOCK, S. SPENCE
& ALL OTHER WOMEN
WHO ARE MISSING. WITH OUR LOVE.
MAY 12, 1999.

Crab Park : une simple bande de gazon donnant sur le port industriel. Ici viennent les marins, les dockers… et aussi les filles de Skid Row, quand elles veulent se laver l'âme entre deux passes, en regardant l'océan, oublier un instant le downtown eastside, l'œil errant sur le gris ondoyant des vagues… Le Pacifique lave de tout, même des souillures de Skid Row.
Rassemblées en demi-cercle autour du banc, une centaine de femmes, la plupart indiennes, serrées les unes contre les autres, à deux ou trois sous un même parapluie, quelques hommes aussi. Soudain, les femmes se redressent, entonnent un chant rauque et lent, les hommes les accompagnent au tambour, battement sourd… Sans même comprendre, on a la gorge nouée. Une langue oubliée, surgie d'un passé obscur, qu'on croyait aboli… Même celles qui chantent, le sens des mots leur échappe, les jeunes surtout. Ce sont les anciennes qui mènent, elles savent, elles se souviennent… Il est question d'un départ, d'un chagrin qui n'a pas de fin.
A Vancouver, si l'on meurt, et si l'on a les moyens - cela coûte tout de même vingt mille dollars - on peut laisser un banc à son nom, dans un des parcs qui entourent la ville, avec quelques mots gravés, invitant les passants à se reposer un moment, à contempler l'océan… Un mémorial bucolique et léger.
Les femmes dont les noms sont inscrits ici ne sont pas mortes, pas officiellement en tout cas. Elles ont juste disparu.
Elles étaient là, au coin d'une rue… Soudain, elles n'y sont plus, nul n'a rien vu, rien entendu.
La mélopée s'interrompt, une femme s'empare d'un bâton hérissé de plumes d'aigle, le talking stick, elle prend la parole… Une Blanche robuste, Pat de Vries, la mère de Sarah, épaulée par Maggie, sa fille aînée.
S. DE VRIES : le deuxième nom sur le banc.
- Ce matin, je veux vous parler de Sarah, vous dire quelle enfant rieuse elle était, drôle, gaie, pleine d'énergie et de talents : elle dessinait, chantait, écrivait des poèmes aussi…
Les Indiennes opinent en silence, bras croisés, regards acérés ; des femmes fortes, elles en ont vu.
- … toujours à nous jouer des tours, tu nous faisais mourir de rire… Sarah, on ne rit plus aujourd'hui. Où es-tu ? Où êtes-vous toutes ?
Pat s'essuie les yeux. Un homme s'avance, prend le bâton à son tour : Wayne Leng, un ami de Sarah. La quarantaine gracile, un visage juvénile, barré d'une fine moustache à la Errol Flynn.
- Avant de disparaître, Sarah a laissé son Journal chez moi. Ceci, elle l'a écrit un soir de Noël, elle était seule dans les rues, elle avait froid… J'étais loin à ce moment-là.
Il lit, sa voix tremble un peu.
- Et voilà, une fois de plus c'est Noël. Cette année j'ai le regret de vous annoncer qu'il n'y aura pas d'arbre, pas de décoration, pas de dinde farcie pour le dîner. Le blues s'amplifie à chacun de mes souffles, le vide en moi grandit, il prend toute la place… Je sais que je n'en ai plus pour longtemps, je sais que bientôt, je vais disparaître. Ce soir je le ressens plus fort que jamais, déjà, je ne suis plus qu'une ombre… Est-ce qu'ils se souviendront seulement de moi, quand je ne serai plus là, les autres, leur vie continuera-t-elle comme avant ? Leurs yeux verseront-ils des larmes, le jour où ils me diront adieu…
Wayne plie la feuille en deux, la glisse dans sa poche, ému.
- On se souvient tous de toi, Sarah, on ne t'oubliera jamais… Je pense à toi très fort chaque jour et chaque nuit, tu seras toujours en moi.
Sarah, ça fait deux ans que Wayne la cherche, avec acharnement… Il a même quitté son travail, pour lui consacrer tout son temps.
C'est en déposant des affiches dans le downtown eastside, avec la photo de Sarah, qu'il a découvert qu'il y en avait bien d'autres, des disparues… Des affiches, il en a vu partout, sur les murs de Skid Row, laissées par des proches : des dizaines de femmes rayées de la carte du jour au lendemain, certaines depuis des années.
Quand il a vu les photos, il a compris que quelque chose de grave leur était arrivé, à toutes ces femmes… Il a essayé d'alerter les autorités, les flics lui ont ri au nez.
Un micheton, s'inquiéter pour une pute ? On aura tout vu…
Pour pallier le laxisme de la police, Wayne a créé un site, MISSING… C'est devenu sa vie, il y travaille jour et nuit.
Les enfants de Sarah sont là eux aussi, devant le banc, tout petits, blottis entre Pat et Maggie ; Pat pense que c'est bien qu'ils sachent, qu'ils soient présents, en ce jour. Ce qu'on leur cache, ils le devinent, alors…
- Pourquoi elle a pas de tombe, maman…, chuchote Sarah-Jean, petite fille aux grands yeux noirs, vivant portrait de Sarah.
Wayne se penche, caresse la petite tête brune… Il soupire, se relève, passe le bâton à la mère d'Angela Jardine.

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03 avril 2010

Le Monde de Barney – Mordecai Richler

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book - Livre de Poche

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Albin Michel – janvier 2000 – 558 pages

LGF – janvier 2001 – 603 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Bernard Cohen

Quatrième de couverture :

Drôle de vie que celle de Barney !
Barney Panofsky, juif canadien, expatrié dans les années cinquante à Paris, où il a côtoyé la bohème artistique. De retour au pays, il devient importateur de fromages français, puis producteur de télévision.
De ses trois épouses, la première, nymphomane, se suicidera. Il abandonnera la deuxième le jour même de leur mariage. Quant à la troisième, elle le quittera au bout de trente-six ans.
Accusé du meurtre d'un de ses copains, Barney finira solitaire et poivrot, laissant cette autobiographie.
Drôle d'histoire ? Oui. Ecrite d'une plume virtuose, avec un humour et un souffle ahurissants. Et l'un des plus grands romans du Canada anglophone d'aujourd'hui.

Auteur : Mordecai Richler (27 janvier 1931 – 3 juillet 2001) était un auteur et un scénariste canadien. Né et élevé dans le Mile End (rue Saint-Urbain) à Montréal, au Québec, il fréquenta l’Université Sir George Williams (qui fait maintenant partie de l’Université Concordia). Dans les premières années de sa vie, il vécut et écrivit en Angleterre mais revint au Canada en 1972.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Cette lecture fut laborieuse. N’étais-je peut-être pas dans de bonnes dispositions pour découvrir ce livre ?

J'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. J'ai mis deux jours à lire les 140 premières pages et devant ces difficultés, j'ai préféré faire une pause avant de le reprendre.

Barney Panofsky a été mis en cause injustement dans une autobiographie écrite par son ennemi Terry McIver, écrivain reconnu. Il décide donc de lui répondre en écrivant ses propres mémoires pour donner sa version en trois chapitres. Chacun d'entre eux évoque ses trois femmes : Clara : une artiste qu'il a rencontré à Paris, Mrs Panofsky II et Miriam, la femme de sa vie et la mère de ses trois enfants. Il a vécu à Paris de façon un peu bohème, il est retourné au Canada où il a été importateur de fromages puis producteur de télévision. Aujourd'hui, il a 70 ans, il boit et fume trop, il commence également à avoir des problèmes de mémoires.

Il y a beaucoup de personnages, les histoires et anecdotes se succèdent sans que le lecteur ne les mettent en relations les unes aux autres. L'auteur passe brutalement du présent au passé et du passé au présent. Et l’auteur le dit lui-même page 373, « Les digressions, ou plutôt ce que je préfère considérer comme les "propos de table de Barney Panofsky", abondent. », ce qui embrouille encore plus l'esprit de son lecteur. En avançant dans le livre, on comprend un peu mieux la chronologie des faits, mais j’avoue avoir vraiment eu du mal à être intéressée par cette histoire.

Merci à Blog-O-Book et Livre de Poche de m’avoir donné l’occasion de lire ce livre.

Livre lu dans le cadre du partenariat logo_bob_partenariat - logo


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21 mars 2010

Construire un feu – Christophe Chabouté

d'après la nouvelle de Jack London

construireunfeu Vents d'ouest – août 2007 – 63 pages

Résumé :

Christophe Chabouté s’attaque cette fois à un classique de la littérature américaine, en adaptant la célèbre nouvelle de Jack London : « Construire un feu ».

Un homme en quête de fortune ou d'aventure, perdu en plein milieu du grand nord, tente de rejoindre ses compagnons... Dans ce désert de neige et de glace, rien d'autre que lui et un chien. Il lutte contre un froid effrayant de moins soixante degrés. Confronté aux forces de la nature, sa vie ne dépend que de quelques allumettes avec lesquelles il pourrait se faire un feu.

Auteur : Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney, né le 12 janvier 1876 à San Francisco et mort le 22 novembre 1916 à Glen Ellen, Californie, était un écrivain américain. Il a écrit L'Appel de la forêt et plus de cinquante autres nouvelles et romans connus. Il fut un des premiers Américains à faire fortune dans la littérature.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en mars 2010)

Encore un bel album de Chabouté, ce n'est plus la mer de "Tout seul" et "Terres Neuvas" mais les étendues blanches du Klondyke, par -60°C, elles sont angoissantes. L'espace est sans fin, le paysage est dépouillé, tout est uniformément blanc, tout est silence. Nous suivons la marche d'un homme et son chien loup qui tente de rejoindre ses compagnons…, et Jack London affirme la chose suivante : «Un homme ne peut voyager seul dans le Klondike par moins trente en dessous de zéro» Tout au long du livre, nous allons assister à ce semblant de huis-clos dans ce désert blanc, froid et hostile. La marche de cet homme est douloureuse, la progression est difficile et les embûches sont nombreuses. Le dessin de Chabouté n'est pas purement noir et blanc comme souvent, ici, il utilise un peu de couleur (en particulier lorsqu'il dessine le feu !). J'ai vraiment beaucoup aimé ce périple au milieu du grand nord, c'est un dépaysement total. A découvrir sans hésitation !

Extrait :

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02 février 2010

Ru - Kim Thúy

ru Liana Levi – janvier 2010 – 143 pages

Présentation de l'éditeur :

Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l'enfance dans sa cage d'or à Saigon, l'arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d'un bateau au large du golfe de Siam, l'internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l'égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d'un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d'argent ou la puissance d'une odeur d'assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d'hier et d'aujourd'hui avec la maîtrise d'un grand écrivain.

Auteur : Kim Thúy a quitté le Vietnam avec d'autres boat people à l'âge de dix ans. Elle vit à Montréal depuis une trentaine d'années. Son parcours est hors du commun. Elle confie avoir fait toutes sortes de métiers - couturière, interprète, avocate, restauratrice - avant de se lancer dans l'écriture (en français) de ce premier roman.

Mon avis : (lu en février 2010)

J'ai découvert ce livre et son auteur en regardant l'émission de télévision La Grande Librairie sur France 5 et j'ai eu très envie de lire ce livre.

Pour Kim Thúy, Ru est le premier de trois romans, les deux autres sont à écrire. « Ru est le roman de mes origines, un livre qui s'articule autour du mot survivre. Mon deuxième livre sera autour du mot vivre, et mon troisième, autour du mot aimer. Tu ne peux pas aimer pendant que tu essayes de survivre, ni même pendant l'apprentissage du mot vivre. »

Dès la première page du livre, on apprend que « En français, ru signifie «petit ruisseau» et au figuré, « écoulement (de larmes, de sang, d'argent) » (Le Robert historique). En vietnamien, ru signifie «berceuse» ou «bercer». » Dans ce livre Kim Thúy évoque avec beaucoup de délicatesse, de sensibilité et de poésie ses origines. En 1968, Kim Thúy est née à Saigon pendant l'offensive du Têt. Elle a 10 ans lorsqu'elle fuit avec sa famille le Vietnam comme boat people. Elle vivra quatre mois dans un camp de réfugiés en Malaisie avant d'arriver à Grandy au Canada.

A travers ce récit, l'auteur rend hommage aux personnes qu'elle a rencontrées durant toutes ces années en tout premier lieu ses parents, mais aussi son oncle Deux, sa grand-mère, les habitants de Grandy, Johanne, Monsieur Ming… Les souvenirs sont multiples parfois drôles, tendres ou dramatiques, Kim s'attache à des petits détails qui donnent une grande force à son témoignage plein d’espoir et d’avenir. En citant un proverbe que Kim a appris de sa mère « la vie est un combat où la tristesse entraîne la défaite », cela résume bien son envie d’aller de l’avant sans s’encombrer du passé « pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini. »

Un livre magnifique à découvrir sans tarder !

Extrait : (début du livre)

Je suis venue au monde pendant l’offensive du Têt, aux premiers jours de la nouvelle année du Singe, lorsque les longues chaînes de pétards accrochées devant les maisons explosaient en polyphonie avec le son des mitraillettes.

J’ai vu le jour à Saigon, là où les débris des pétards éclatés en mille miettes coloraient le sol de rouge comme des pétales de cerisier, ou comme le sang des deux millions de soldats déployés, éparpillés dans les villes et les villages d’un Vietnam déchiré en deux.

Je suis née à l’ombre de ces cieux ornés de feux d’artifice, décorés de guirlandes lumineuses, traversés de roquettes et de fusées. Ma naissance a eu pour mission de remplacer les vies perdues. Ma vie avait le devoir de continuer celle de ma mère.

Je m’appelle Nguyễn An Tịnh et ma mère, Nguyễn An Tĩnh. Mon nom est une simple variation du sien puisque seul un point sous le i me différencie d’elle, me distingue d’elle, me dissocie d’elle. J’étais une extension d’elle, jusque dans le sens de mon nom. En vietnamien, le sien veut dire «environnement paisible» et le mien, «intérieur paisible». Par ces noms presque inter changeables, ma mère confirmait que j’étais une suite d’elle, que je continuerais son histoire.

L’Histoire du Vietnam, celle avec un grand H, a déjoué les plans de ma mère. Elle a jeté les accents de nos noms à l’eau quand elle nous a fait traverser le golfe du Siam, il y a trente ans. Elle a aussi dépouillé nos noms de leur sens, les réduisant à des sons à la fois étrangers et étranges dans la langue française. Elle est surtout venue rompre mon rôle de prolongement naturel de ma mère quand j’ai eu dix ans.


Grâce à l’exil, mes enfants n’ont jamais été des prolongements de moi, de mon histoire. Ils s’appellent Pascal et Henri et ne me ressemblent pas. Ils ont les cheveux clairs, la peau blanche et les cils touffus. Je n’ai pas éprouvé le sentiment naturel de la maternité auquel je m’attendais quand ils étaient accrochés à mes seins à trois heures du matin, au milieu de la nuit. L’instinct maternel m’est venu beaucoup plus tard, au fil des nuits blanches, des couches souillées, des sourires gratuits, des joies soudaines.

C’est seulement à ce moment-là que j’ai saisi l’amour de cette mère assise en face de moi dans la cale de notre bateau, tenant dans ses bras un bébé dont la tête était couverte de croûtes de gale puantes. J’ai eu cette image sous les yeux pendant des jours et peut-être aussi des nuits. La petite ampoule suspendue au bout d’un fil retenu par un clou rouillé diffusait dans la cale une faible lumière, toujours la même. Au fond de ce bateau, le jour ne se distinguait plus de la nuit. La constance de cet éclairage nous protégeait de l’immensité de la mer et du ciel qui nous entouraient. Les gens assis sur le pont nous rapportaient qu’il n’y avait plus de ligne de démarcation entre le bleu du ciel et le bleu de la mer. On ne savait donc pas si on se dirigeait vers le ciel ou si on s’enfonçait dans les profondeurs de l’eau. Le paradis et l’enfer s’étaient enlacés dans le ventre de notre bateau. Le paradis promettait un tournant dans notre vie, un nouvel avenir, une nouvelle histoire. L’enfer, lui, étalait nos peurs : peur des pirates, peur de mourir de faim, peur de s’intoxiquer avec les biscottes imbibées d’huile à moteur, peur de manquer d’eau, peur de ne plus pouvoir se remettre debout, peur de devoir uriner dans ce pot rouge qui passait d’une main à l’autre, peur que cette tête d’enfant galeuse ne soit contagieuse, peur de ne plus jamais fouler la terre ferme, peur de ne plus revoir le visage de ses parents assis quelque part dans la pénombre au milieu de ces deux cents personnes.

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03 décembre 2009

Magasin général : Montréal - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_general5 Casterman – novembre 2009 – 75 pages

Présentation : Marie et le jeune Marceau, dans un bref moment d’attirance mutuelle, se sont abandonnés l’un à l’autre. Un épisode charnel qui, hélas pour eux, n’a pas tardé à se savoir. La promise de Marceau, Clara, a débarqué publiquement au magasin général en furie, accusant Marie de lui avoir volé son fiancé. Cris, larmes. Le curé s’en mêle, on jase à qui mieux mieux dans les familles, et bientôt c’est tout le village qui entre en ébullition !
Conséquence directe : le magasin général est en partie déserté et c’est tout Notre Dame des Lacs, ou presque, qui s’applique à éviter Marie comme une pestiférée. Lorsque sa meilleure amie Adèle rejoint elle aussi la réprobation générale, c’en est trop pour la jeune veuve : elle décide de partir ! De quitter la petite communauté, au moins pour un moment. Sur les conseils de Serge, accompagnée de Jacinthe qui vient de perdre sa grand-mère, Marie prend la route de Montréal…

Auteurs :

Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet {Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en décembre 2009)

J’étais très contente de retrouver Marie, Serge et les autres dans ce nouvel épisode de « Magasin général ». Marie a fauté avec Marceau et sa fiancée Clara l’apprend et débarque en furie au magasin général. Tout Notre Dame des Lacs est au courant et déserte le magasin général, Marie décide de quitter le village et part à Montréal habiter dans la maison de Serge.

L'épicerie est donc tenue quelques heures par jour par Serge, sans réapprovisionner les stocks avec de nouveaux "zhoraires" et la population s'en désole et se met à regretter Marie… 

Toujours des dessins superbes et des dialogues avec ses expressions québécoises pleine de charme, qui nous plongent dans l’ambiance de cette campagne canadienne des années 20. Même si l’intrigue de cet album ne fait pas vraiment progresser l’histoire, il nous offre un dépaysement total. Et j’attends avec impatience le volume suivant qui malheureusement serait le dernier…

Extrait :

magasin_general_1 magasin_general_28

magasin_general_54 magasin_general_61

tome 1 à 4 de la série ici

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