12 décembre 2014

Insensée insuline - Emmanuelle Dupinoat

insensee_insuline Edilivre - août 2014 - 246 pages

Quatrième de couverture :
Une ligne du métro parisien, un laboratoire de recherche, des cours de biochimie et quelques Polonais rapprochent Mathilde et Yann. En plus des trajets, ils partagent un fort attachement à la Bretagne. Guillemette, Camille et Etienne viennent semer des doutes, interférer dans ce duo fragile. Le temps de Yann n’est pas celui de Mathilde mais le deuil et la maladie laissent la place à une espérance insensée…

Auteur : Née à Paris et attachée de recherche en biologie, Emmanuelle Dupinoat vit en Bretagne depuis presque vingt-cinq ans.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'ai accepté de lire ce premier roman car le sujet à une certaine résonnance avec certains de mes proches.
« On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! » Antoine de Saint-Exupéry
Cette citation mise au début du livre résume bien l'esprit de cette histoire.
Mathilde, jeune étudiante réservée, cache un douloureux secret. De son côté, Yann, jeune chercheur, vit difficilement sa maladie, le diabète, et surtout ses contraintes. Ils ont comme point commun des cours à la fac, la même ligne de métro, la Bretagne... Tous deux vont se cotoyer, se découvrir, s'apprivoiser...
Une histoire bien écrite qui se lit facilement, une description plutôt précises de la vie d'un diabétique insulino-dépendant, des personnages touchants

Extrait : (début du livre)
Un vent glacé rafraîchissait l’atmosphère, le ciel était nuageux comme souvent ici et quelques cris d’oiseaux marins survolant la voie ferrée attestaient de la proximité de l’océan. Un homme brun, jeune, d’allure plutôt frêle et au visage hâlé maintenait entre ses jambes un volumineux sac de voyage. Il observa cette double ligne de rails, étonnamment droite, qui partait vers l’infini. Il connaissait ce point de vue par cœur pour avoir emprunté, des années durant, la passerelle qui surplombe la gare et rêvé à son avenir loin de ce cadre familier. C’était le meilleur raccourci entre le domicile de ses parents en haut de la ville et le vaste plan d’eau du sud de l’agglomération où ses rudiments de voile lui avaient d’abord été enseignés.
Ensuite, le goût de la navigation l’avait rapidement gagné et il n’avait jamais boudé les sorties en bateau avec ses amis dans la baie de Concarneau ou les croisières de quelques jours.
Yann Galimou avait patienté longtemps avant ce matin d’automne où l’inconnu s’offrait enfin à lui et ses espoirs d’indépendance devenaient une réalité palpable. Une femme de petite taille se tenait à ses côtés et ses cheveux grisonnants ne lui enlevaient en rien une prestance indiscutable.
– Promets-moi, Yann, de contacter dès ton arrivée le Docteur Pricou, insista-t-elle.
– Mais oui, Maman, lui répondit-il sèchement.
La mère s’était obstinée à conduire son fils à la gare et lui distillait ses dernières recommandations.
Lui ne l’écoutait que d’une oreille distraite, acquiesçant au hasard pour ne pas la froisser. Yann avait abandonné tout espoir de faire taire ce harcèlement bienveillant puisque les précédentes tentatives avaient été vaines, alors blasé, il abondait dans son sens. A vingt-huit ans, il était pressé de quitter le giron maternel. Sa mère l’étouffait et il aspirait vraiment à prendre son envol.
Le fils aîné Galimou avait passé six ans à Rennes, hors du nid familial, mais avait été contraint de regagner sa ville natale à la fin de sa thèse soutenue au printemps précédent. Les crédits escomptés pour lancer une étude à plus grande échelle sur l’effet cytostatique de la protéine que le thésard avait étudiée n’étaient jamais arrivés. La recherche avait dû être stoppée et le directeur du laboratoire avait été forcé de se séparer de lui. Après avoir postulé sur Rennes, Nantes et toutes les villes bretonnes susceptibles de lui ouvrir le marché du travail, Yann avait élargi son rayon d’action. Il avait envoyé de nombreux curriculum vitae et s’était vu, au bout de quelques mois, proposer ce contrat d’un an dans un centre de recherche proche de la faculté de Jussieu. Paris lui offrait son premier emploi et il n’avait pas fait la fine bouche. Il devait désormais faire ses preuves au sein d’un milieu où la concurrence était rude.

 

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19 octobre 2014

Une femme simple - Cédric Morgan

une femme simple_ Grasset - mars 2014 - 176 pages

Quatrième de couverture : 
C’est l’histoire d’une géante qui vécut en Bretagne au XIXème siècle. Sa taille et sa force exceptionnelles troublaient ceux qui la côtoyaient. « Passeuse » héroïque, elle transportait dans sa barque, passagers, animaux et marchandises et sauva plusieurs vies de la noyade.
Une femme simple et mystérieuse qui n’a guère livré ses secrets. Ce roman conte ce qu’aurait pu être sa vie. Et sa vérité.

Auteur : Cédric Morgan vit en Bretagne. Il a publié six romans dont L’Enfant perdu, Le Bleu de la mer, Oublier l’orage.

Mon avis : (lu en octobre 2014)
J'ai emprunté ce livre à la bibliothèque parce que j'avais été attirée par la photo de couverture avec son ciel et cette mer et parce qu'il était question de Bretagne. 
Jeanne le Mithouard fut une figure locale du port du Logeo dans le golfe du Morbihan. C'est à partir des quelques mots présents sur le panneau qui lui rend hommage dans l'impasse qui porte son nom : " Jeanne le Mithouard (1778/1842) , dite "La France", née au Logeo, était batelière-passagère et transportait personnes, marchandises et animaux. Bâtie comme une athlète, vêtue comme un matelot, son instinct, sa force et son courage lui donnèrent l'occasion de sauver plusieurs fois des vies et des cargaisons. Elle reçut en 1837 la médaille d'honneur des sauveteurs en mer." que l'auteur imagine sa vie.
Une femme simple, bonne, courageuse qui prend sa vie en main. Le lecteur découvre le quotidien de la vie de Jeanne, un personnage attachant qui mérite d'être connue.

Seul gros bémol, je n'ai pas aimé l'épisode de sa vie imaginée où elle passe une soirée avec Mademoiselle de Souzenelle, cela fait un peu "plaqué" et cela n'apporte rien à l'histoire... 

Autre avis : Eirann Yvon 

Extrait : (début du livre)
Elle était heureuse le dimanche. Elle se levait à l'aube ainsi que les autres jours, ranimait le feu, réchauffait la soupe, tranchait le pain, se lavait à l'eau du seau puisé la veille. Pourtant il y avait dans l'air une autre regardure que la semaine. Elle revêtait ses habits du dimanche, serrait son tablier de basin, vérifiait les plis de sa coiffe, puis ouvrait l'unique fenêtre pour découvrir, dans la brume impalpable qui ne se distinguait pas des autres matins, l'annonce ce jour-là d'un contentement. Car le dimanche elle avait du temps, du temps pour elle.
Pour se rendre à la messe elle marchait une heure à travers les champs et les bois; cette longue promenade était le prélude à la plénitude de la journée. Depuis toujours elle avait fréquenté l'église Saint-Maur à Brillac car l'ancienne ferme où elle était née et où habitait toujours Mme Le Mithouard, sa mère, ainsi que la maison de Bréhuidic, dévolue à Jeanne, appartenaient à la même trêve, ainsi qu'on appelait en Bretagne les sous-paroisses. De l'une et l'autre habitation, pour rejoindre l'église, il fallait parcourir la même distance, en gros trois quarts de lieue.
Aux jours pluvieux les fidèles arrivaient sur le parvis les pieds trempés qui dans des sabots, des galoches, des souliers; jupes, tabliers, blouses, gilets, vestes et pantalons gouttaient de la pluie reçue. Et dans la nef, sous la chaleur diffusée de l'effort, les habits des pratiquants dégageaient de concert, avant l'offertoire, comme une buée odorante qui se mêlait aux fumerolles de l'encens.
En entrant elle trempait le bout de ses doigts dans l'eau bénite, se signait avant de remonter la courte allée centrale pour se ranger à gauche sur un des bancs réservés aux femmes; elle échangeait deux mots chuchotes avec ses voisines, se retournait pour saluer le rang derrière. Sans quoi on était traitée de fière, ce qui scellait auprès des femmes du pays et notamment au lavoir une forme de proscription.
Toute l'assistance se levait dans un froissement de feuillages quand paraissait l'abbé Lesourd suivi des deux enfants de choeur, l'un portant sur ses mains ouvertes en offrande un lourd missel, l'autre soutenant par une chaînette triple un encensoir.
Jeanne était de très loin la plus grande parmi les fidèles assemblés, et debout au milieu des femmes portant toutes la coiffe du pays vannetais, à deux pans de dentelle en forme de toit, elle figurait l'église ou la tour du château dominant les maisons d'un village.
Elle se levait, s'asseyait, se mettait à genoux en cadence selon la liturgie, elle arborait un air concentré de piété comme les autres. Pourtant elle ne priait pas, ne récitait pas à haute voix les mots tracés dans le livre de messe qu'elle était la seule à tenir ouvert ; et elle y baissait les yeux de temps en temps surtout pour montrer qu'elle savait lire. Ses lèvres formaient les syllabes des répons prononcés en choeur par l'assistance et, pour accompagner les chants, un vague bourdonnement en sortait. Mais en réalité elle était ailleurs.

  Challenge Petit Bac 2014
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"Cercle familiale" (12)

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Carte Golfe Morbihan 

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Carte Golfe Morbihan (zoom) 

 

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30 mars 2014

Festival Rue des Livres - 29 mars 2014

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Comme l'année dernière, j'ai participé à Rennes à la rencontre entre blogueurs et blogueuses à l'occasion du Festival Rue des Livres.
Arrivée vers 11h à la Gare de Rennes, sous le soleil, je retrouve Sylire, Yvon et Gambadou qui nous véhiculait jusqu'au lieu du Festival.

Nous y retrouvons le reste du groupe : SandrineJoelle et son mari, Yaneck, HervéXian Moriarty, Canel, Enna et Géraldine. Ces deux dernières totalement excitées par la présence de Sorj Chalandon... et se disputant le titre de "fan n°1"...

Avant d'aller déjeuner, nous faisons un petit tour du Salon, bien sûr un arrêt s'impose au stand de Sorj Chalandon où, telles des groupies, nous entamons une discussion autour du livre audio  "Le quatrième mur"... Trop impressionnée ou prise dans la discussion, j'oublie de sortir l'appareil photo... 

Puis c'est l'heure de partir déjeuner à la Cantine des auteurs, en "Pédibus" où nous attend le délicieux repas marocain préparé par une association de quartier. Nous nous installons tous sur une grande table et c'est l'occasion de bien discuter avec nos voisins proches. C'est dans un "salon de thé" aménagé à la marocaine que le dessert et le thé ou café est offert.  

Puis c'est le moment le plus fort de la journée la Rencontre avec Sorj Chalandon, « Ce que la guerre fait de nous »

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Avec ce livre, Sorj nous explique que lorsqu'il est entré en 1982 dans les camps de Sabra et Chatila, en tant que reporter il pouvait dire uniquement ce qu'il voyait ou ce qu'il entendait. Il n'avait pas le droit d'utiliser le "Je".
"Dans le roman, c'est donc un homme plein de larmes, de colère, de tristesse qui peut enfin parler de son désarroi."
"Le journaliste aime la guerre", cette phrase est choquante, mais Sorj explique que lorsque l'on vit la guerre même en tant que journaliste, le retour à Paris est compliqué. Tout semble futile, quelqu'un qui n'a jamais vécu la guerre ne peut pas comprendre. En guerre, la vie a une autre saveur. Dans ce livre, Georges est la part d'ombre de Sorj, "Il m'a fallu 30 ans pour écrire cela", "George veut retourner à Beyrouth pour se sentir vivant". 
Après les livres "Mon traître" et "Retour à Killybegs" Sorj Chalandon a dit qu'il n'écrirait plus sur l'Irlande. Après ce livre "Le quatrième mur", il n'écrira plus sur la guerre.
Sorj Chalandon a également évoqué les deux prix qu'il a obtenu avec ce livre. Le Goncourt des Lycéens et le Prix Choix de l'Orient, un prix décerné par des étudiants francophones de 4 pays d'Orient (Liban, Egypte, Palestine, Irak) : ces deux prix l'ont beaucoup touché et surpris.

Cette rencontre a été forte en émotion, et même si j'ai déjà lu et beaucoup aimé ce livre, j'ai découvert un nouveau éclairage et comme je prévois de relire en audio "Le quatrième mur", cette rencontre me reviendra certainement à la pensée.

Deuxième rencontre avec Zygmunt Miloszewski, « Varsovie, passé-présent »

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Intéressant, mais n'ayant pas lu le livre c'est difficile de tout apprécier
mais Canel m'a convaincu de lire son livre "Les impliqués". C'est noté !

Troisième rencontre avec Laura Alcoba, Pinar Selek, Khaled Osman, 
« Exil, immigration : d'une ville à l'autre »

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Laura Alcoba - Le bleu des abeilles : 
L'auteur revient sur son arrivée en France à l'âge de 10 ans, son père prisonnier en Argentine, sa mère avait fuit la dictature. C'est l'apprentissage d'une nouvelle langue en immersion. 

Pinar Selek - La maison du Bosphore :
C'est une galerie de personnages à Istanbul, dans le quartier de Yedikule, de 1980 à nos jours. 

Khaled Osman - Le Caire à corps perdu : Après avoir vécu quelques années en Europe, un homme amnésique veut renouer avec son pays natal et il est de retour au Caire.

Quatrième rencontre avec Sophie Loubière et Michel Moatti, « Le polar et ses ambiances »

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C'est peut-être la fatigue de la journée, mais cette rencontre m'a moins intéressée. En plus, le programme avait un peu de retard et à 18h, je quitte la salle pour ne pas rater mon train...

C'est déjà l'heure de quitter Rennes après cette formidable journée bien sympathique et riche en émotions. 22h45, je suis de retour chez moi, je mets ma montre à l'heure d'été...
C'est la nuit la plus courte de l'année...

Merci à Gambadou pour l'organisation, et à tous pour les échanges partagés.

 

Autres billets sur la journée : Hervé, Sandrine, Enna, Gambadou, Canel, Sylire

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29 mars 2014

Festival Rue des Livres 2014

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Je fais pour la journée une petite escapade à Rennes...

J'y retrouverai Canel, Enna, Gambadou, Sandrine, Sylire, Yvon...

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10 novembre 2013

Palmer en Bretagne - Pétillon

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Dargaud - septembre 2013 - 54 pages

Présentation éditeur :
C'est en Bretagne que se déroule cette quinzième enquête de Jack Palmer. Après ses missions en Corse et une plongée dans un paradis fiscal proche du Liechtenstein, Jack Palmer est engagé comme garde du corps auprès d'un milliardaire collectionneur d'art contemporain. Tout pourrait être idyllique dans cette région magnifique. Hélas ! les algues vertes, la cupidité, un crime mystérieux et la légendaire maladresse du détective vont transformer ce séjour breton en un réjouissant désordre, dans lequel René Pétillon déploie son humour ravageur et sa connaissance intime des particularismes locaux.

Auteur : René Pétillon est né en 1945 à Lesneven, dans le Finistère. Dessinant depuis toujours pour le plaisir, c'est en autodidacte qu'il passe professionnel. Il n'a en effet jamais mis les pieds dans une école d'art. Après avoir envoyé quelques dessins par la poste, il débute en 1968 dans Plexus, L'Enragé et Planète. Comme le dessin d'humour ne le fait pas vivre, il se lance dans la bande dessinée et frappe à la porte de Pilote, où il publie aussitôt un récit en six pages intitulé Voir Naples et mourir. En 1974, il crée le détective Jack Palmer qui se baladera dans Pilote, L'Écho des savanes, BD, Télérama et VSD. En 1976, pour L'Écho des savanes, il scénarise Le Baron noir dont Yves Got assure le dessin. La série paraît ensuite en strip quotidien dans Le Matin de Paris (de 1977 à 1981). En 1993, il entre au Canard enchaîné, où, chaque semaine, il publie des dessins politiques. Grand Prix d'Angoulême en 1989, il reçoit en 2001, à Angoulême toujours, le prix du meilleur album pour L'Enquête corse. En 2002, il est lauréat du grand prix de l'humour vache au Salon international du dessin de presse et d'humour de Saint-Just-le-Martel. René Pétillon est aussi citoyen d'honneur de la ville de Bastia...

Mon avis : (lu en novembre 2013)
J'ai découvert Pétillon et Jack Palmer grâce au film "L'enquête Corse". Auparavant, le style du dessin ne m'avait jamais donné envie de découvrir cette bande dessinée.
Pour cet album, c'est après avoir vu l'auteur à La Grande Librairie et bien sûr le sujet "en Bretagne" qui m'a donné envie de le découvrir.
Le maladroit détective Jack Palmer est embauché comme garde du corps d'un milliardaire André Maroilles. Ce dernier est l'un des invités de la milliardaire Solange Pommeraie au week-end organisé sur son île bretonne de Gwennse. Pour ce week-end sont réunis des riches (hommes de télé, hommes d'affaires, journalistes...), parmis eu Livarot et Maroilles qui se disputent l'acquisition d'un tableau. Notre héros détective ne se sent pas vraiment à sa place, et dès le début de l'histoire il se retrouve piégé par la marée sur un rocher, il devient donc spectateur des évènements. 

La Bretagne est volontairement caricaturée à l’extrême (Pétillon est breton...) jeux de mots dans les noms de lieux typiquement bretons, l'histoire se déroule durant un mois d’août avec une météo capricieuse, les odeurs sont très présentes dans l'album comme celles des algues vertes, des cochons...

J'ai passé un très bon moment en lisant cette bande-dessinée et cela m'a donné envie de relire "L'enquête Corse".

Extrait :

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Challenge Petit BAC 2013
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"Géographie"

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2013
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16/18

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06 juin 2013

Tout le monde n'a pas le destin de Kate Middleton - Fred Ballard

Lu en partenariat avec J'ai Lu

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Pygmalion - mars 2012 - 306 pages

Piment - 288 pages

J'ai Lu - juin 2013 - 288 pages

Quatrième de couverture : 
Capucine Guillon, rédactrice de questions pour jeux télévisés, maman solo de trois ados mal dégrossis, n'a pas vraiment le profil de la femme fatale épanouie ni de la businesswoman accomplie.
Son irrésistible attrait pour tout ce qu'il faut éviter 
et son manque cruel de discernement la mettent dans des situations que certains qualifieraient de pathétiques mais qu'elle assume avec beaucoup d'humour et une pointe d'inconscience.
Sous la plume de Fred Ballard sa vie frise 
même l'épopée burlesque ! Eclats de rire garantis. A lire de toute urgence !

Auteur : Chroniqueuse du quotidien des gens normaux et portraitiste des gens célèbres sur France Bleu, Fred Ballard est aussi, entre autres, scénariste pour la télévision.

Mon avis : (lu en juin 2013)
Une lecture facile, sans prétention et divertissante. Un portrait savoureux de Capucine Guillon, quarante-trois ans, divorcée, élevant seule trois adolescents Paul, Emile et Victor, nés de trois pères différents. Elle travaille comme rédactrice de questions pour des jeux télévisés. Nous la suivons durant douze mois, jonglant entre son travail, la gestion de la maison et de ses ados, les courses, les vacances et les fins de mois difficiles...
Mais contrairement à ce que peut évoquer le titre, pas d'Angleterre, ni de prince ou princesse dans cette histoire...

Merci Silvana et les éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de découvrir ce livre plein de fraîcheur et d'humour.

Extrait : (début du livre)
Un bouledogue en robe de soirée… c'était l'image que me renvoyait mon miroir depuis une bonne demi-heure. J'avais eu beau changer trois fois de tenue, la seule qui mettait un tantinet ma plastique de rêve en valeur était ce vieux jean taille 44 que j'avais acheté au quatrième mois de ma dernière grossesse, il y a neuf ans.
Je ne comprendrai jamais le concept du réveillon de la Saint-Sylvestre qui consiste à fêter la nouvelle année alors qu'on sait pertinemment qu'il y a de fortes chances pour qu'elle soit pire que la précédente. Chaque année, je me disais que jamais plus on ne me reverrait dans une de ces soirées « confettis et langues-de-belle-mère », et cette année encore, je m'étais fait avoir par cette question pernicieuse… posée incidemment… en fin de repas… un soir de décembre… par une copine un chouia éméchée :
— Tu fais quoi, pour le jour de l'An ?
Je savais pourtant, après toutes ces années de décomptes crétins à minuit tapant, dans des maisons de campagne mal chauffées, que le réveillon de la Saint-Sylvestre était LA soirée à bannir. Mais chaque année, à cette question posée un soir de décembre par cette copine passablement ivre, je répondais immanquablement…
— Heu… Ben… Rien… et toi ?
En fait, dans cette réponse, le « Heu », le « Ben » et le « et toi ? » sont définitivement en trop. Pour être sûre de ne pas être conviée à un réveillon de la Saint-Sylvestre, il faudrait répondre très sèchement mais avec le sourire :
— Rien !
Un bon « Rien », bien sec, coupe court à toute envie de l'interlocuteur-trice de vous proposer quoi que ce soit derrière ; il sent en vous une détermination qui le laisse coi… et qui vous laisse libre. Alors qu'un « Rien » un peu mou du genou, suivi d'un « et toi ? » presque implorant, vous fait passer pour un pauvre être abandonné par ses congénères un soir de liesse populaire. Donc forcément, si l'interlocuteur-trice est un tant soit peu charitable, ce qui est généralement le cas au moment des fêtes de fin d'année (petit Jésus oblige), l'interlocuteur-trice vous invite à un réveillon de la Saint-Sylvestre au fin fond de la Creuse ou sur la route de Louviers !
Il devient alors très difficile de refuser l'invitation au risque de passer pour une bipolaire, schizophrène et asociale. À moins de tenter un petit :
— Ah heu… c'est gentil mais en fait… j'avais oublié… je suis déjà invitée !
En revanche il ne faudra pas s'étonner de n'être jamais plus réinvitée à quelque dîner que ce soit par cet interlocuteur-trice qui prendra bien sûr cette réponse indélicate comme un affront, puisqu'en gros, vous êtes en train de lui dire que son réveillon sera ringard et que vous en préférez un autre où le champagne sera de meilleure qualité et les invités moins beaufs.
C'est pourquoi, cette année encore, j'avais accepté l'invitation de Sophie, la belle-sœur de Caroline, une copine de la femme du prof de gym volontaire du quartier de ses amis d'enfance. Autant dire que je ne connaîtrais personne… Ce réveillon de la Saint-Sylvestre dans une demeure seigneuriale de Normandie s'annonçait donc furieusement chouettard… j'y allais à reculons… je rentrerais ventre à terre !
Après deux heures et demie de route à cinq dans une Opel Corsa, boudinée dans une robe noire, je m'extirpai avec bonheur de l'habitacle. Un bonheur de courte durée puisqu'en posant ma ballerine gauche vernie au sol, je sentis une coulée de boue glacée pénétrer dans ma godasse. L'électricité n'était visiblement pas parvenue jusqu'à la demeure seigneuriale : les abords du château étaient plongés dans l'obscurité, ce qui me fit arriver toute crottée sur le perron de notre hôte qui se présenta de la façon suivante :
— Bonsoouaaaaaaaaarrrre… Eymeric de La Ménardière… votre hôte !
Sympatoche, le gars ! Tellement sympatoche que je m'excusai platement pour mon look de palefrenière en robe d'organdi. Ceci dit, quand je découvris l'état des sols carrelés du château, je sus que je ne serais pas la seule souillon de la soirée…
Après une petite discussion avec notre hôte en queue-de-pie mitée, je compris que le gros problème de la demeure seigneuriale héritée de beau-papa et de belle-maman, qui l'avaient eux-mêmes héritée de leurs illustres pépés, était le chauffage… et que le problème des réveillons de la Saint-Sylvestre organisés dans la demeure seigneuriale était le champagne : je n'en comptabilisais que trois bouteilles à notre arrivée… et elles étaient vides !
Il était donc 23 h 45, il faisait un froid de gueux dehors, un froid de gueux dedans, et à part l'antigel de l'Opel Corsa, il n'y avait rien à boire pour se réchauffer… je me demandais franchement à quoi avaient servi les 90 euros qui m'avaient été demandés en participation… Aux Curly peut-être qui jonchaient le sol de la salle de bal…
À minuit, à la fin du décompte crétin, on entendit péter un bouchon… de cidre et tout le monde s'embrassa comme du bon pain en se souhaitant une supeeeeeerrrrrrbbbe année, avant de retourner pogoter à fond sur « partenaire particulier cherche partenaire particulière… ». À minuit cinq, j'attaquai avec appétit mon quatrième Curly de la nouvelle année quand une grande bringue un peu étrange m'attrapa sous les aisselles et me fit tournoyer dans les airs avant de me reposer sur la table censée accueillir le buffet. Elle me regarda dans les yeux, prit un air grave et presque inquiétant, et me remit solennellement une photo noir et blanc datant des années 1960 représentant une enfant particulièrement peu avenante sur laquelle était inscrit : « Meilleurs vœux de bonne et heureuse année. »
Je la remerciai d'un sourire crispé, elle repartit en trottinant comme une vieille petite fille… Elle avait l'air bien perchée et, à vue de nez, il devait lui manquer un bon gros quart d'heure de cuisson. Son état mental me fut confirmé par notre hôte, Eymeric de La Ménardière : Émeline, sa sœur, était atteinte d'une maladie orpheline qui altérait la croissance de son cerveau. Elle avait quarante-cinq ans mais son comportement était celui d'une petite fille de six ans totalement désinhibée. En revanche, tout témoignage de sympathie de sa part était de fort bon augure. La légende familiale disait même que celui ou celle à qui elle offrait sa photo de classe année 1967-68 estampillée : « Meilleurs vœux de bonne et heureuse année » avait toutes les chances de vivre des choses extraordinaires les douze mois suivants…
Je n'avais pas bu une goutte de champagne, j'avais dépensé 90 euros pour un réveillon pathétique, j'avais les pieds gelés, le mollet boueux et quatre Curly dans l'estomac, en revanche j'allais sûrement passer une année extraordinaire… dixit la légende familiale des La Ménardière… Ma soirée était sauvée !

 Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

Lire sous la contrainte
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7ème session : Négation

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19 mars 2013

Festival Rue des Livres - 16 mars 2013

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 Les billets des dernières années sur les rencontres à Rennes entre blogueurs et blogueuses à l'occasion du Festival Rue des livres m'ont donné envie d'y participer et cette année, j'ai sauté le pas.

Je suis partie très tôt de chez moi, après un transilien, un bus et un TGV, je suis arrivée à la gare de Rennes vers 10h30 avec la pluie... Je retrouvais Sylire, Fransoaz arrivant par le train de Brest et Gambadou organisatrice de la rencontre blogo qui nous véhiculait gentiment jusqu'au Festival.

Retrouvailles avec le reste des participant(e)s sous le chapiteau du Festival : SandrineYvon, Joelle et son mari, Géraldine, HildeYaneck, Xian Moriarty, Arieste, Canel et sa famille. 

Rapidement nous partons déjeuner à la Cantine des auteurs, où nous attend un délicieux repas marocain préparé par une association de quartier. Nous sommes répartis sur deux tables l'occasion d'échanger des livres, de discuter BD, prix Elle et lectures bien sûr !

Nous ne traînons pas trop à table car nos tables sont attendues par de nouveaux convives. La pluie s'étant arrêtée, nous en profitons pour faire un grand tour du salon, tout en papotant ! 

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            Bernard Minier                                Viviane Moore

Ensuite, Sandrine, Canel, son fils et moi nous décidons d'aller voir la conférence sur L’école française du Polar avec Stéphane Marchand, David S. Khara, Christian Rauth et Bernard Minier. J'ai beaucoup aimé les interventions de Bernard Minier.

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de gauche à droite : Stéphane Marchand, David S. Khara, Christian Rauth et Bernard Minier

Nous profitons de la pause pour faire la photo de groupe avec ceux et celles qui le voulaient...
(cf. les billets de Gambadou, Sandrine, Syrelire...)

Puis c'est la conférence qui m'a le plus marqué : Écrire contre l’oubli superbement animée par C. Capochichi avec Magda Hollander-Lafon, son éditrice Anne-Sophie Jouanneau et Yahia Belaskri :

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Quelle grande dame avec un regard inoubliable, née en Hongrie en 1928, elle est déportée à l'âge de 16 ans.
En 1977, longtemps après sa sortie des camps, elle témoigne à travers un petit livre Les chemins du temps.
Ce livre est réédité et complété Quatre petits bouts de pain : Des ténèbres à la joie. 
Un matin, à Auschwitz, une femme mourante demande à Magda Hollander-Lafon d'approcher et lui dit de prendre dans sa main les quatre petits bouts de pain qu'elle a gardés mais qu'elle ne peut plus manger : " tu es jeune, tu dois vivre ", lui dit-elle. Cette phrase a donné à Magda une formidable envie de vivre et aujourd'hui elle veut transmettre l'horreur avec douceur. Elle nous parle de l'importance du regard qui peut être aussi bien destructeur que plein de douceur... « Il y a en chacun de nous le meilleur et le pire », « La vie ne se mérite pas mais se vit au présent. Je suis responsable de ma vie et du sens que je veux lui donner. »

Le témoignage de Yahia Belaskri originaire d'Oran ville cosmopolite à propos de son livre Une longue nuit d'absence était également très intéressant. J'ai aimé sa formule pour résumer le livre : 1 homme (Paco), 2 pays (Algérie et Espagne), 3 guerres (Guerre d'Espagne, 2de Guerre Mondiale, Guerre d'Algérie).

Re-pause, je sors mes cookies...

La dernière conférence auquelle j'assiste sans connaître est Autour de Philip K. Dick animée par Erwan Cadoret (spécialiste cinéma, éducateur à l’image, intervenant Clair Obscur à Rennes) avec Étienne Barillier (spécialiste de P. K. Dick), Florian Treguer (enseignant
chercheur en littérature américaine) et Jérémy Zucchi (spécialiste en cinéma et intervenant sur P. K. Dick).


de gauche à droite :
Erwan Cadoret, Jérémy Zucchi, Étienne Barillier, Florian Treguer

(cf. Wikipedia : Philip K. Dick)

 Et bien sûr, dans un Salon, je collecte des marque-pages ! 

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Il est déjà l'heure de quitter le Festival, de quitter Rennes et de prendre le chemin du retour...

Merci à Canel et à sa famille de m'avoir reconduite à la gare...

J'ai un peu dormi dans le TGV pour éviter de rater ma gare à minuit... 

Et lorsque j'arrive chez moi, il est déjà dimanche !

Je suis ravie d'avoir participé à cette journée, d'avoir pu enfin rencontrer en vrai Sandrine et Canel avec qui j'échange par commentaires ou mails depuis plusieurs années. Je regrette de n'avoir pas pris le temps d'échanger plus avec les autres participant(e)s...
Ce sera pour une autre fois !

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10 décembre 2012

Les yeux au ciel - Karine Reysset

Lecture Commune 
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avec EnnaSandrine et Géraldine

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Editions de l'Olivier – mars 2011 -

Pocket – avril 2012 – 188 pages

Quatrième de couverture :
À l'occasion de l'anniversaire du grand-père, toute la famille se retrouve dans la vieille demeure située au bord de la mer, en Bretagne. Six jours durant, les conflits et les angoisses de chacun vont ressurgir: Lena, l'aînée ne parvient plus à s'occuper de ses enfants ; Merlin que personne ne considère comme un adulte ; ou encore Achille, le demi-frère, jamais vraiment accepté dans la famille... Petit à petit, un drame enfoui se révèle : une fillette disparue il y a plus de trente ans.

Auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle est l'auteur de Comme une mère (Points, 2009). Les Yeux au ciel est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Tout d'abord, je remercie Clara chez qui j'ai gagné ce livre en partenariat avec Pocket. Et j'ai profité de la proposition de Lecture Commune d'Enna pour le sortir de ma PAL perso. 
En ce mois de décembre, c'est plutôt agréable de se projeter en plein été, en Bretagne au bord de la mer dans une maison de famille... Voilà le cadre de cette histoire, toute une famille se retrouve pour les 70 ans de Noé le grand-père, il y a Marianne, sa seconde épouse ses quatre enfants et ses six petits-enfants.
Tour à tour, chaque membre de la famille est narrateur du livre, se dévoile et laisse parler ses sentiments profonds.
Il y a Achille le fils aîné, fruit du premier mariage de Noé, il sent qu'il n'a jamais été accepté par la famille, il est venu des États-Unis avec ses triplés. Léna est fatiguée par sa vie de couple, ses deux enfants en bas âge Zoé et Théo. Merlin éternel adolescent, ancien drogué, il aspire à créer une famille où il voudrait intégrer sa fille Scarlett, jeune adolescente, qui a été élevée par ses grands-parents. Enfin Stella la cadette, homosexuelle, elle est hésitante face à la grossesse de sa compagne. 
L'écriture est agréable, l'intention de cette histoire est intéressante malheureusement je suis restée un peu sur ma faim. Cette réunion de famille a fait ressortir certains non dits, certaines blessures... mais sans résoudre quoi que ce soit, l'auteur nous laisse un peu en plan sans envisager un semblant de solution ou d'espoir. 

Et maintenant, allons voir ce qu'en ont pensé EnnaSandrine et Géraldine

Extrait : (début du livre)
Michael Jackson venait de mourir, et ça ne lui faisait rien. Derrière la fenêtre à petits carreaux entrouverte, le cèdre bleu effleurait le toit, les fils électriques. Il faudrait l’élaguer. Il y avait tant de choses à faire, toujours, des choses ordinaires. Assise sur son lit, Lena tenait un body d’une main, une robe à pois de l’autre. Autour d’elle, des piles plus ou moins droites de vêtements, quatre exactement. Une pour Zoé, une pour Théo, une pour Vincent, et une pour elle, évidemment. Il ne fallait pas qu’elle s’oublie. Cela ne risquait pas avec les pensées qui l’assaillaient, des mauvaises pensées. S’il n’y avait eu que ça. Ces derniers mois, elle avait des bouffées, des pulsions, des crises, elle ne savait comment les nommer. Puis elle avait envie de pleurer – souvent même elle pleurait – et de sauter par la fenêtre. Pourtant, elle n’était pas malheureuse, n’avait aucune raison de l’être. 
Lena consulta sa liste. Elle tenait ça de Marianne. Comment sa mère s’en était-elle sortie ? Ils étaient trois à la maison, plus Achille l’été, les cousins cousines, les copains les copines qu’elle prenait en vacances. Avec seulement deux enfants, Lena avait l’impression de se noyer dans un verre d’eau. Elle sombrait, et personne ne s’en rendait compte. Elle devait courir après le petit, il bravait le danger à chaque seconde comme s’il cherchait à user ses nerfs, éprouver sa terreur. Elle ne le quittait pas des yeux, et avec sa fille, c’était pareil.
Vincent l’appela (elle se sentit prise en faute, les bagages étaient-ils prêts ?). Il préférait rouler de nuit, c’était plus pratique avec les enfants. Elle lui répondit « oui, presque » d’une voix faussement enjouée. 
Un jour ou l’autre, un malheur arriverait, il ne faudrait pas s’étonner. Quelquefois elle s’imaginait lâcher son dernier-né dans l’escalier, le laisser se noyer dans son bain. Marianne, elle, ne râlait jamais, jamais elle n’avait ne serait-ce que soupiré. Lena s’entendait parfois crier, et après elle se griffait les bras, elle les aimait tellement. « Vous me tuez, mes amours, à petit feu », chuchota-t-elle. Son mari voyait quelqu’un, elle en était convaincue. Dans un sens, ça l’arrangeait. Elle avait installé un futon à côté du lit à barreaux de Théo. Son corps éprouvé requérait du repos, ses plaies devaient cicatriser. Elles se nichaient surtout dans sa tête, elle en avait conscience.
Elle avait été soulagée d’avoir un fils. Contrairement à Vincent, elle ne voulait pas de troisième enfant. « On ne fait pas un élevage », l’avait-elle prévenu. Elle songeait à prendre rendez-vous afin que sa décision soit irréversible. Mais elle était velléitaire, et pour l’instant elle n’avait rien fait (ni pour le cèdre, ni pour le reste).
Il allait lui falloir déplacer des montagnes pour gagner la mer. Elle testerait le point où sa résistance céderait, où ses nerfs menaceraient de lâcher comme des élastiques trop usés. Mais son père était âgé, elle devait prendre soin de lui.
Dix minutes plus tard, le ciel virait au rose. La tempête était passée, elle pouvait se remettre au travail.

 

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Partie du corps"

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01 décembre 2012

Marée blanche - Jean Failler

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : BLANC

mar_e_blanche Edition du Palemon - avril 2003 - 190 pages

Quatrième de couverture :
Comme il y a pénurie d'inspecteurs au commissariat de Concarneau, Mary Lester y est détachée pour enquêter sur la mort d'un jeune homme.
Oh, rien de bien mystérieux, vraisemblablement un règlement de comptes entre marginaux. Voire…
On le sait, Mary Lester a le chic pour apercevoir, derrière des faits paraissant évidents, d'autres qui le sont moins. Et quand elle a saisi un fil conducteur, on peut compter sur elle, en dépit du scepticisme de ses nouveaux supérieurs, pour débrouiller tout l'écheveau.
Elle va s'immerger dans une petite ville secouée par la crise de la pêche, découvrant, dans un monde dont elle ignore tout, des personnages aussi fragiles que rudes, bien attachants malgré leurs manières brusques.
Et il y a urgence, car si la marée noire tue la flore et la faune, la marée blanche, elle, tue les hommes.

Auteur : Jean Failler est né en 1940 à Quimper. Auteur de pièces de théâtre, de romans historiques, de romans policiers, il vit et écrit à Quimper.

Mon avis : (relu en novembre 2012)
Pour cette session du Challenge Un mot, un titre, je me suis rendue compte mercredi soir, le livre choisi en cours de lecture que j'avais pris par erreur un mauvais mot (c'est à dire celui de la session précédente...). Heureusement, j'ai trouvé chez moi un livre répondant au critère et pas trop long à lire pour être à l'heure au rendez-vous !
Ce livre fait partie de la série des enquêtes de Mary Lester, c'est la quatrième enquête et elle se déroule à Concarneau. Cela commence lorsqu'un marginal de Concarneau est retrouvé mort dans l'eau du port. Avec Marie Lester nous découvrons le monde des marins-pêcheurs, la rudesse du métier, les difficultés économiques... L'intrigue est bien construite et l'histoire plaisante.
C'est un livre qui se lit facilement, c'est à la fois une enquête policière et une belle ballade en Bretagne. Et je prends toujours du plaisir à relire cette série...
En 1998, une adaptation de ce livre en téléfilm a été réalisé par Christiane Leherissey mettant en scène Mary Lester sous les traits de Sophie de La Rochefoucauld. Quelques ajouts ont été fait par les scénaristes par rapport au livre.

Extrait : (début du livre)
22 novembre.
Sur la mer turquoise, de longues houles ondulaient, couronnées d’écume. Le vent d’ouest soufflait en rafales brutales et désordonnées, le ciel était noir. Un temps à grains. Par moments la pluie se déchaînait et, chassée par le vent, passait à l’horizontale, cinglant les vitres de la cabine, si drue qu’elle plongeait la timonerie dans une sorte d’univers glauque. Puis, aussi subitement, les nuages lourds se déchiraient et un grand pan de ciel bleu apparaissait. Il y avait alors un soleil extraordinaire et il semblait qu’on passait en un instant du plus noir de l’hiver au plus lumineux du printemps.
À la barre de son chalutier bleu et blanc, Nicolas Le Maout, l’épaule calée contre la cloison de la cabine, les yeux plissés par la fatigue, regardait venir la côte ; une longue plage de sable fin barrait le fond de la baie, séparant le ciel de la mer d’un trait d’ivoire éclatant. Derrière se dessinaient les champs, les bois, et puis, sur tribord, Concarneau. Ce qu’on apercevait d’abord en venant de la mer, c’était les immeubles HLM de Kerandon, une longue barrière blanche posée contre le ciel. Entre eux et la mer, les maisons descendaient jusqu’à la ville close plantée sur son rocher, qui trempait ses vieilles murailles dans les eaux paisibles du port. Derrière, il y avait la criée, mais on ne la voyait pas encore.
Des entrailles du bateau montait le grondement sourd du diesel qui tournait à demi-régime. Une lourde silhouette se dressa derrière Nicolas Le Maout, emplissant la petite cabine de sa carrure formidable.

Nicolas détourna à peine la tête et dit d’une voix lasse :
– On arrive.
Et l’autre bougonna d’un timbre éraillé :
– Pas trop tôt !
– Comme tu dis, Petit Pierrot, mes bottes sont lourdes, fit Nicolas Le Maout.
Et il passa d’un pied sur l’autre dans une sorte de danse lente pour tenter de désengourdir ses jambes lasses, puis il prit sur une tablette devant lui un paquet de gauloises froissé, en sortit une cigarette tordue qu’il alluma à un briquet de plastique jaune sans se soucier de la curieuse forme du cylindre de tabac.
La cabine empestait l’huile chaude, le poisson, le tabac et il fallait avoir le cœur bien accroché pour supporter les mouvements du bateau dans cette atmosphère confinée. Qu’importe, ici au moins on n’avait pas froid ; et du froid, de l’humidité, du vent, ces hommes venaient d’en avoir plus que leur compte.
Accablés de fatigue, le reste de l’équipage, deux matelots, dormait dans le poste, capelé dans leurs cirés jaunes, encore bottés. Comme ils étaient tombés, le sommeil les avait pris.

 

 Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 14/12

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Couleur"

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06 novembre 2012

Les lisières – Olivier Adam

les_lisi_res Flammarion – août 2012 – 454 pages

Quatrième de couverture :
Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent, son frère qui le somme de partir s'occuper, « pour une fois », de ses parents, son père ouvrier qui s'apprête à voter FN et le tsunami qui ravage le Japon où il a vécu les meilleurs moments de sa vie, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il doit se confronter au monde qui l'a fondé et qu'il a fui. En quelques semaines et autant de rencontres, il va se livrer à un véritable état des lieux personnel, social et culturel qu'il se livre, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.
Dans ce roman ample et percutant, Olivier Adam embrasse dans un même souffle le destin d'un homme et le portrait d'une certaine France, à la périphérie d'elle-même.

Auteur : Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s'est installé à Saint-Malo. Il a publié Je vais bien, ne t'en fais pas (2000) et Passer l'hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, A l'abri de rien (prix France Télévisions 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des Vents contraires (Prix RTL/Lire 2009) et plus récemment Le Cœur régulier.

Mon avis : (lu en novembre 2012)
Olivier Adam est un auteur que j'aime beaucoup malgré ses histoires souvent tristes... Ce livre est beaucoup plus long que ces précédents, il reprend des thèmes chers à l'auteur.
Paul Steiner, écrivain, doit quitter quelques temps sa Bretagne et y laisser son ex-femme et ses enfants pour aller s'occuper de son père en banlieue parisienne pendant l'hospitalisation de sa mère.
Il retourne dans la ville et la maison où il a grandi. Il retrouve des anciens camarades de classe.
Paul se sent en décalage, sa vie est différente de celle de ses parents, de celles de ses amis d'enfance, il nous raconte sa vie, ses problèmes sentimentaux, sa relation compliquée avec ses parents et son frère. C'est une réflexion sur l'enfance, la famille, la banlieue, la classe ouvrière, sur la crise.
Ce Paul Steiner ressemble furieusement à Olivier Adam et cette histoire est tellement actuelle, noire, réaliste. J'ai beaucoup aimé ce livre touchant, sensible, émouvant. Un coup de cœur à découvrir !

Extrait : (début du livre)
Je me suis garé sur le trottoir d'en face. J'ai jeté un oeil dans le rétroviseur. Sur la banquette arrière, Manon rassemblait ses affaires, le visage caché derrière un long rideau de cheveux noirs. A ses côtés, Clément s'extirpait lentement du sommeil. Six mois n'avaient pas suffi à m'habituer à ça. Cette vie en pointillés. Ces week-ends volés une semaine sur deux. Ces dimanches soir. Ces douze jours à attendre avant de les revoir. Douze jours d'un vide que le téléphone et les messages électroniques ne parvenaient pas à combler. Comment était-ce seulement possible ? Comment avions-nous pu en arriver là ? J'ai tendu ma main vers ma fille et elle l'a serrée avant d'y poser un baiser. 
- Ça va aller, papa ? 
J'ai haussé les épaules, esquissé un de ces sourires qui ne trompait personne. Elle est sortie de la voiture, suivie de son frère. J'ai attrapé leurs sacs à dos dans le coffre et je les ai suivis. De l'autre côté de la rue, la maison de Sarah n'était plus la mienne. Pourtant rien ou presque n'y avait changé. Je n'avais emporté que mes vêtements, mon ordinateur et quelques livres. Chaque dimanche, quand je ramenais les enfants, il me semblait absurde de repartir, je ne comprenais pas que ma vie puisse ne plus s'y dérouler. J'avais le sentiment d'avoir été expulsé de moi-même. Depuis six mois je n'étais plus qu'un fantôme, une écorce molle, une enveloppe vide. Et quelque chose s'acharnait à me dire qu'une part de moi continuait à vivre normalement dans cette maison, sans que j'en sache rien. Dans le jardin tout renaissait. Un tapis de délicates fleurs roses s'étendait au pied du cerisier. Les jonquilles et les tulipes coloraient les parterres. La pelouse avait été tondue quelques heures plus tôt, l'herbe coupée embaumait l'air encore doux. J'imaginais mal Sarah s'acquitter d'une telle besogne. Sans doute le voisin lui avait-il proposé son aide. C'était son job après tout. J'ai regardé sa maison et je n'ai pu m'empêcher de lui en vouloir. Ça n'avait pas de sens. Je l'aimais bien. C'était un brave type qui croulait sous les emmerdes. Un de ses gamins était autiste ou quelque chose dans le genre, et sa femme enchaînait les opérations depuis trois ans, la plupart du temps on la voyait avec des béquilles et la jambe droite plâtrée. Mais en voyant l'herbe rase, je me suis dit qu'il faisait partie de la meute invisible qui depuis six mois me volait ma vie. 
Sarah se tenait dans l'encadrement de la porte, souriante, un verre de vin à la main. Au moment de l'embrasser, j'ai dû me retenir de poser mes lèvres sur sa bouche, d'y fourrer ma langue et de la serrer contre moi. Ça non plus je n'arrivais pas à m'y habituer. Nous étions là, face à face, nous n'avions pas changé, c'était toujours son corps et sa bouche. Pourquoi n'avais-je plus le droit de promener ma main sur son cul, de caresser ses seins, de passer un doigt entre les lèvres de son sexe ? Qu'est-ce qui avait changé ? 
- Tout, Paul. Tout a changé, avait-elle coutume de répondre quand après quelques verres de vin je ne parvenais plus à décoller du salon et cherchais ses lèvres. 
Nous avons échangé deux bises ridicules, de celles qu'on réserve aux connaissances vagues, aux collègues. 
- T'as l'air en forme, ai-je tenté, et j'étais parfaitement sincère. Depuis que nous étions séparés Sarah resplendissait, quelque chose en elle semblait libéré d'un poids, et il fallait bien que je me résolve à accepter que ce poids, c'était moi. Ce n'était d'ailleurs pas très difficile à comprendre. Toutes ces années, je n'avais pas été un cadeau, je n'étais pas un type facile, tout le monde s'accordait à le dire. Je ne voyais pas à quoi tous ces gens se fiaient pour s'entendre sur un tel constat, mais l'unanimité faisait foi : j'étais visiblement, et de notoriété publique, impossible à vivre. 
- Pas toi, a dit Sarah, avec dans les yeux cette légèreté nouvelle. 

Challenge 3% Littéraire 2012

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Déjà lu du même auteur :

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Des vents contraires  je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas_p Je vais bien, ne t'en fais pas
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