14 novembre 2014

Les yeux plus grands que le ventre - Jô Soares

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Editions des Deux Terres - janvier 2013 - 239 pages

Folio - septembre 2014 - 320 pages

traduit du portugais (Brésil) par François Rosso

Titre original : As esganadas, 2011

Quatrième de couverture : 
Une tartelette à la crème peut-elle être l’arme d’un crime ? Question surprenante à laquelle est confrontée la police de Rio de Janeiro à la fin des années 1930 : un tueur en série assassine des femmes très grosses en les gavant de gâteaux. Le commissaire Noronha, aidé d’Esteves, un policier portugais devenu pâtissier, se lance dans une enquête savoureuse pour découvrir que la gourmandise est un péché… mortel !

Auteur : Né à Rio de Janeiro, Jô Soares a fait ses études en France et aux États-Unis. Animateur à la télévision, il est l'une des personnalités les plus appréciées du public brésilien. Il multiplie avec brio les activités au cinéma, à la radio, au théâtre et dans la presse. Sans oublier, bien sûr, son oeuvre de romancier, débutée en 1995, avec Élémentaire, ma chère Sarah ! et L'homme qui tua Gettilio Vargas, best-sellers internationaux, publiés dans plus de douze pays.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Voilà un roman policier plutôt original et loufoque. Nous sommes au Brésil, à la fin des années 30. Un tueur en série sévit dans les rues de Rio, il assassine des femmes de fortes corpulences en les étouffant avec différentes patisseries. Le lecteur connaît dès le début l'assassin et ses méthodes. Le commissaire Noronha est chargé de l'enquête, il est aidé d'Esteves, un ancien policier portugais devenu pâtissier. L'enquête n'est qu'un prétexte pour découvrir Rio et surtout l'époque. En effet, le livre est entrecoupé par des commentaires de la radio nationale, le déroulement d'un match de football, les publicités...
J'ai trouvé ce livre déroutant, ne connaissant pas le contexte historique et malgré l'avant propos très complet, j'ai eu du mal à être captivée par cette histoire qui part dans tous les sens...

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
La grosse est la dernière cliente à quitter la confiserie Colombo après le traditionnel thé de l'après-midi. Elle emprunte la rua Gonçalves Dias en direction de la rua do Ouvidor. Son chemisier blanc est assombri par une quantité infinie de taches de sauce et de soupe. Des miettes anciennes s'accrochent comme des naufragés désespérés aux revers de son manteau. La grosse est belle. Belle et vorace. En passant la porte de la confiserie, elle tient encore dans sa main gauche une demi-part de tarte aux fraises et, dans la droite, un énorme éclair au chocolat. Ses doigts sont crispés autour de ces friandises comme si sa vie en dépendait. Elle est grosse, belle, vorace et surtout gourmande. D'une gourmandise effrénée.
Un dilemme l'étreint à mesure qu'elle s'avance sur le trottoir trop étroit pour elle : doit-elle commencer par finir la tarte aux fraises ou d'abord engouffrer l'éclair ? Ses petits yeux porcins, indécis, regardent les appétissants gâteaux que tiennent fermement ses mains replètes. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande et indécise.
Finalement, tremblante et essoufflée, pressentant déjà la jouissance qu'elle va prodiguer à ses avides papilles, la grosse mord goulûment dans la tarte. Elle mâche et avale automatiquement, dans un mouvement simultané que de longues années de pratique ont perfectionné. Puis elle frotte sa main sur sa jupe pour en essuyer les derniers restes de crème chantilly. Les traînées blanches sur l'étoffe forment l'image grotesque d'un tableau abstrait. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande, indécise et négligée.
La grosse arrive à la praça de Marco, serrant à deux mains son gigantesque éclair au chocolat comme si c'était un immense phallus noir. Avant de planter ses dents dans cette sucrerie si ardemment convoitée, elle est brusquement intriguée par la présence d'un fourgon peint d'un blanc terne, stationné presque au coin de la rue. Ce qui attire l'attention de la grosse, ce sont les gâteaux exposés sur un grand présentoir sur le côté du véhicule et l'écriteau que tient un homme debout à côté de ce séduisant étal, annonçant :

DÉGUSTATION GRATUITE ! 
GOÛTEZ LES SAVOUREUSES FRIANDISES 
DE LA PÂTISSERIE «DELICIAS DE RIO» 
ET AIDEZ-NOUS À CHOISIR ! 
AUCUNE EXPÉRIENCE NÉCESSAIRE.

Elle engloutit son éclair d'une bouchée et s'avance vers cet Eldorado gastronomique, sans savoir qu'elle s'approche de sa dernière tentation.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  9/25

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12 août 2014

B comme... Destination Brésil

 

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Le Brésil est un pays qui a été à la fête (plus ou moins) de mi-juin à mi-juillet avec le Mondial de Football...

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Mon bel oranger - José Mauro de Vasconcelos

Allons réveiller le soleil - José Mauro de Vasconcelos 

 J'ai découvert le Brésil avec "Mon bel oranger" lorsque j'étais encore en primaire.
C'est un livre autobiographique qui raconte l'enfance de Zézé, un enfant brésilien, âgé de six ans,
pauvre, élevé dans la rue et qui a comme confident un oranger qu'il a nommé Minguinho.
Avec "Allons réveiller le soleil" raconte le passage de l'enfance vers l'adolescence de Zézé.

 

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L'Alchimiste – Paulo Coelho 

 C'est avec ce livre que j'ai découvert Paulo Coelho, "l'Alchimiste" est sans doute le livre le plus connu
de cet auteur brésilien. Un conte philosophique, une quête initiatique...

 

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Le théorème du perroquet – Denis Guedj

 Ce livre écrit par un français, Denis Guedj m'évoque également le Brésil où plus généralement l'Amazonie...
Un roman policier sur fond de mathématiques. Une intrigue palpitante qui nous fait voyager au travers du temps
et de l'espace, le lecteur partage la vie des plus grands génies de nos vieilles civilisations...

 

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29 juillet 2014

Daytripper, au jour le jour - Gabriel Ba, Fábio Moon

 daytripper Urban Comics - avril 2012 - 256 pages

Présentation éditeur :
Les mille et une vies d’un aspirant écrivain… et ses mille et une morts. Brás de Oliva Domingos, fils du célèbre écrivain brésilien, passe ses journées à chroniquer les morts de ses contemporains pour le grand quotidien de Sao Paulo… et ses nuits à rêver que sa vie commence enfin. Mais remarque-t-on seulement le jour où notre vie commence vraiment ? Cela commence-t-il à 21 ans, lorsque l’on rencontre la fille de ses rêves ? À 11 ans, au moment du premier baiser ? À la naissance de son premier enfant peut-être ? Ou au crépuscule de sa vie…

Auteurs : Fábio Moon (né le 5 juin 1976 à São Paulo) est un auteur de bande dessinée brésilien. C'est le frère jumeau de Gabriel Bá avec lequel il a créé Daytripper.

Gabriel Bá (né le 5 juin 1976 à São Paulo) est un auteur de bande dessinée brésilien. C'est le frère jumeau de Fábio Moon. Créateur d’Umbrella Academy et Daytripper, il a remporté plusieurs prix de bande dessinée américains.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
J'ai découvert cette BD grâce à la blogosphère. Il s'agit d'une histoire complète et indépendante, initialement parue en 2010 sous la forme d'une mini série en 10 épisodes. Brás de Oliva Domingos est le fils d'un célèbre écrivain brésilien, il écrit des nécrologies dans un journal de Sao Paulo, il rêve de devenir écrivain comme son père. Nous allons le suivre lors de différents moments de sa vie, dans le désordre à 32 ans, 21 ans, 28 ans, 41 ans, 11 ans, 33 ans... Chaque épisode est construit de la même façon, un âge pour chaque chapitre et une conclusion surprenante... 
C'est une bande dessinée très originale que j'ai lu avec plaisir, curieuse de découvrir l'histoire de la vie de Brás et de comprendre où les auteurs voulaient en venir. Le désordre chronologique ne m'a pas gêné, les différents chapitres se lisent facilement, Brás est un personnage sympathique. Une découverte unique.

Autres avis : SandrineEnna et Valérie

Extrait : (début du livre)

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   Challenge Petit Bac 2014
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"Moment/Temps" (11)

 

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11 juin 2014

Et la colère monta dans un ciel rouge et noir - Haddid Aggoune

Lu en partenariat avec StoryLab éditions

et la colère Storylab édition - juin 2014 - 45 pages

Présentation éditeur :
« 
Et la colère monta dans un ciel rouge et noir » est l'histoire d'un homme tiraillé entre sa bonté naturelle et son désir de vengeance.
Professeur de littérature dans une favela de Rio, supporter du mythique club de football Flamengo, Henrique Da Silva est le témoin désabusé de la préparation de la Coupe du monde dans son pays. À quelques jours du coup d’envoi, une dernière bavure militaire va faire basculer sa vie.
Celui que l’on surnomme « Le Professeur » ne veut plus être une victime. Il se laisse envahir par la colère, la sienne, celle de tout un pays.

Auteur : Hafid Aggoune est né à Saint-Etienne en 1973 avec le vert des yeux de sa mère et du légendaire maillot stéphanois. Après son bac, il quitte sa ville natale pour vivre à Lyon, finance des études supérieures par différents petits emplois, tout en écrivant de la poésie, un important journal et ce qui deviendra son premier roman.
En 2002, après avoir vécu à Aix-en-Provence et à Venise, il choisit de s’installer à Paris. Deux ans plus tard, il publie Les Avenirs aux éditions Farrago, un premier roman salué par la critique et récompensé par le prix de l’Armitière et le prestigieux prix Félix Fénéon. En 2013, une édition revue et corrigée de ce livre est publiée aux éditions StoryLab.
Hafid Aggoune est l’auteur de trois autres romans : Quelle nuit sommes-nous ? (éd. Farrago/Verdier), Premières heures au paradis (éd. Denoël) et Rêve 78 (éd. Gallimard/coll. Joëlle Losfeld).

Mon avis : (lu en juin 2014)
Ce livre numérique est l'occasion de découvrir les éditions StolyLab qui proposent des fictions et des documents d'actualité à lire en moins d'une heure. C'est un beau récit sur la colère d'un père de famille brésilien qui fait écho à la colère grandissante des Brésiliens face aux abus et aux aberrations occasionnés par la Coupe du monde de football 2014. Henrique Da Silva est professeur de littérature dans la favela de la Maré, veuf. A quelques jours du coup d'envoi de la Fête du Football Mondial, Luiz son petit garçon est à l'hôpital, il a reçu une balle dans le dos lors d'une manifestation... 
Un bon moment de lecture qui nous rappelle que ce Mondial de Football a un peu oublié le jeu et les plus pauvres pour les contrats juteux !

Merci Claire et StoryLab éditions

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Extrait : (début du livre)
Henrique Da Silva poussa le moteur de sa Monza comme jamais il ne l'avait fait. Le soleil lui faisait face et ne touchait plus l'horizon. La Chevrolet qu'il s'était offert pour fêter le quatrième titre national du C.R. Flamengo, il y a vingt ans, continuait sa course aveugle à toute allure, sans défaillir. Sur le siège passager, les livres et un Beretta étaient maculés de sang. Les amortisseurs étaient mis à rude épreuve. Chaque virage donnait lieu à un dérapage qui aurait plus à son fils Luiz. Agité par l'adrénaline, Henrique était persuadé d'avoir fait les bon choix.
Quelques heures avant, celui que l'on surnommait depuis son adolescence le « Professeur » avait attrapé le sac de sport de son fils Luiz, celui aux couleurs de Flamengo, ouvert le cadenas de son tiroir de bureau pour en extirper le 9 mm et une liasse de billets (toutes ses économies à vrai dire). Mais avant de jeter le tout au fond du sac, il découvrit le maillot du dernier macth de Luiz, pas lavé, avec sa sueur, son odeur, traces qu'il ne pourrait plus effacer, celle d'une vie où son petit pouvait encore courir, heureux, plein de vie et de vitesse, aussi rapide sans qu'avec le ballon aux pieds. Henrique dût lutter pour contenir les larmes, ce qui le rendit plus déterminé que jamais et crispa d'avantage une machoire carnassière que ses nerfs ne desserraient plus.
Après avoir quitté le parking de l'école et jeté le sac dans le coffre, le Professeur repensa aux sermons de son épouse à propos de la faible puissance des phares. La nuit allait tomber sans prévenir et la vieille Chevrolet faisait regretter de ne pas avoir pris au sérieux les remarques d'Isabella toutes ces années. Il conduisait prudemment, ce n'était pas le moment de sortir de la route ou de se perdre. Au bout du fil, l'homme avait été clair : détruire et jeter le téléphone avec lequel il l'avait contacté, être à l'heure et seul.
Après avoir filé dans une nuit sans lune, il arriva, les yeux fatigués à cause des maudits phares défaillants. La baraque, située au Nord, en lisière de forêt, était  perdue au milieu des vapeurs d'humidité et semblait déserte. Il laissa volontairement la Chevrolet dans une impasse, loin de l'entrée. Il descendit de la voiture et prit l'arme du coffre. Pour la première fois depuis qu'il avait ramassé le Berretta, il marchait armé et, tout en approchant de la construction où vivait l'homme, il serrait la crosse dans la poche gauche de son blouson, incapable de contrôler le doigt qui en titillait les formes — par le biais d'un jeune de la favela, Maicom, un ancien élève qui lui rendait certains services, il n'avait eu aucun mal à trouver les balles pour le charger ; là où il avait grandi et enseignait désormais, il était plus facile de trouver un lance-roquettes qu'un roman d'Hemingway.
Henrique traversa un jardin jonché de pinhas sèches qui lui rappelèrent son fils. Depuis ses trois ans, Luiz collectionnait tout ce qui sortait de terre ou tombait des arbres, avec une prédilection particulière pour ces pommes de pin typiques qui finissaient par ressembler à des fleurs une fois déshydratées. La flore qui entourait Rio était si riche que le petit n'avait jamais fini d'enrichir son herbier. Par reflexe, le Professeur en ramassa quelques-unes et les glissa dans la poche libre de son blouson. Même si Luiz avait peu de chance de remarcher un jour et quoique le sort lui réserve, sa collection continuerait à s'agrandir.

   Challenge Petit Bac 2014
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"Couleur" (10)

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03 juillet 2013

N'aie pas peur si je t'enlace - Fulvio Ervas

n_ai_pas_peur_si_je_t_enlace_ Liana Levi - février 2013 - 267 pages

traduit de l'italien par Marianne Faurobert

Titre original : Se ti abbraccio non aver paura, 2012

Quatrième de couverture : 
Un voyage de trente-huit mille kilomètres, qui commencera par la traversée des Etats-Unis en Harley Davidson. C'est cela que Franco Antonello souhaite pour le dix-huitième anniversaire de son fils, diagnostiqué autiste à l'âge de trois ans. Andrea est un ouragan imprévisible. Lorsqu'il marche, c'est sur la pointe des pieds. Les objets, il les aime rangés dans un ordre méticuleux. Quand il veut savoir qui il a en face de lui, il l'enlace afin de sentir ce que l'autre a dans le ventre et pour cette raison ses parents ont inscrit sur ses T-shirts : N'aie pas peur si je t'enlace. Pourtant ce voyage se fera, à travers les Etats-Unis et jusqu'en Amérique latine, mille fois plus inattendu que prévu. Sous le regard étonné et teinté d'humour du père, Andrea caressera les crocodiles, communiquera avec les chamans indiens, embrassera les jeunes filles et enseignera à son père à se laisser aller à la vie. Il fera de cette expérience une aventure épique, difficile et grisante, imprévisible et captivante. Comme lui, qui dit vouloir devenir, malgré tout, un terrien.

Auteur : Fulvio Ervas vit à Trévise et est l'auteur de plusieurs romans noirs. Il a raconté l'histoire de Franco et Andrea dans N'aie pas peur si je t'enlace.

Mon avis : (lu en juillet 2013) 
Ce livre raconte l'histoire vraie du grand voyage à travers les États-Unis puis l'Amérique Latine de Franco Antonello avec Andrea son fils qui vient d'avoir 18 ans et qui est autiste. L'auteur, Fulvio Ervas, a dialogué avec Franco pendant plus d'un an avant d'en faire ce livre poignant et authentique.

« N'aie pas peur si je t'enlace », ce titre est à la fois très beau et mystérieux. Il traduit le comportement d'Andrea lorsqu'il veut « ressentir » quelqu'un. Il a besoin de toucher ou d'enlacer la personne. 
Andrea s'exprime peu oralement, il prononce quelques mots, sans vraiment faire de phrases. Mais avec un ordinateur, il arrive à écrire des phrases. J'ai beaucoup aimé les échanges questions réponses tapés sur l'ordinateur entre Franco et Andrea. C'est intéressant de voir tout au long du voyage comment l'autisme et le comportement d'Andrea sont perçus. 
Un témoignage passionnant et touchant où alternent le récit du voyage et ses anecdotes avec les réflexions et interrogations sur la vie d'un enfant autiste. L'amour entre le père et le fils est fort et superbe. Grâce à cet incroyable voyage, Andrea et Franco auront fait un grand pas dans leur vie.
J'ai aimé la carte au début du livre nous permettant facilement de suivre le périple d'Andrea et Franco étape par étape à travers 11 états des États-Unis, puis le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Costa Rica, le Panama et enfin le Brésil.

N'hésitez pas à aller voir les Photos du voyage d'Andrea 

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Extrait : (début du livre)
Certains voyages commencent bien avant le jour du départ.
Parfois longtemps avant.
Il y a quinze ans je vivais tranquille, serein, auprès de mes proches, dans un monde familier. Voilà tout à coup
qu’Andrea me bouscule, me retourne les poches, change les serrures des portes. Tout est bouleversé.
Il aura suffi de quelques mots : « Votre fils est probablement autiste. »
Ma première réaction a été l’incrédulité : c’est impossible, ce doit être une erreur de diagnostic. Puis je me suis rappelé certains détails, des petites choses qui m’avaient paru insignifiantes. Je m’étais trompé.
Alors éclate un orage, deux ouragans, sept typhons.
Dès lors on est dans la tourmente.
Après le diagnostic je suis entré dans un bar et j’ai demandé un verre d’eau, plate.
– Vous désirez autre chose ?
La serveuse a dû remarquer ma stupeur.
– Vous avez une idée de ce qu’est l’autisme ?
– Non.
– Moi non plus.
J’ai contemplé mon verre, je l’ai bu lentement comme si l’eau pouvait laver mes pensées, drainer le problème jusqu’à mes reins et l’expulser loin de moi. Mais ça ne marche pas comme ça. 
– Et comment ça marche ? ai-je demandé à Barnard.
Au village, tout le monde, y compris moi, appelait le médecin de famille « Barnard (1) » à cause de sa hantise des maladies du cœur, des coronaires et d’autres pathologies dont je ne me souciais pas à l’époque. Quand on va bien, le corps tout entier va bien et le cœur avec.
– La vie tient sous une courbe en cloche : au centre, les troubles ordinaires, et sur les côtés des extravagances de toutes sortes, voilà comment ça marche. Au milieu, la vie se dilue, et sur les côtés elle est trop dense.
– Je ne comprends pas.
– La vie n’est pas parfaite, mais elle a sa propre force.

Il avait raison. La biologie a sa propre force et fait grandir les enfants, même ceux qui souffrent d’autisme.
Certains estiment que vivre avec un enfant autiste revient à se soumettre à une forme de tyrannie. À l’idée de ce qu’il adviendrait du monde s’il tombait sous le contrôle d’Andrea, j’ai envie de rire.
Pour commencer, les semaines auraient une couleur. La semaine du rouge, libre cours au commerce des carottes,
des oranges et des tomates, subventions réservées à leurs producteurs et blocage total de la circulation des camions transportant brocolis, choux et petits pois. Mais dès qu’arrive la semaine du vert, les magasins se remplissent des légumes précédemment interdits, les cageots d’oranges sont réexpédiés en Sicile et les carottes réintroduites, une à une, dans la terre. À l’endroit exact d’où elles avaient été retirées, bien sûr, impossible de replanter des carottes françaises dans un champ à Ferrare. 

Il n’y aurait pas de semaine du violet, tant pis pour les amateurs de prunes et d’aubergines.
Il n’existerait pas de moitié plein ni de moitié vide, ce qui résoudrait l’éternel dilemme : bouteilles et contenants
devraient être soit pleins, soit vides, et les stylos, tous avec la pointe sortie ou tous avec la pointe rentrée, sinon les uns s’abîment et pas les autres. Voilà un risque qui serait évité.
Il conviendrait de ne pas porter de tricots ni de gilets à fermeture éclair en négligeant de remonter celle-ci tout à
fait. Fermetures soit baissées, soit remontées, s’il vous plaît. Inutile d’ergoter sans fin pour savoir s’il fait froid ou s’il fait chaud. Un minimum d’esprit de décision ne nuit pas.
Qu’on n’aille pas s’imaginer qu’on peut manger une pizza en la divisant en portions, en partant d’un point quelconque, mettons, et en les détachant à son gré : d’abord on mange le blanc de la mozzarella, puis le vert du basilic, et à la fin, seulement à la fin, la pâte avec le rouge de la sauce tomate.
Trois cent soixante-cinq jours par an, ce serait la journée du chocolat. Une obligation pas si désagréable.
Qu’aucun propriétaire de thermostat, ou d’appareil en tenant lieu, n’espère d’indulgence. Éteint ou ouvert au
maximum : les demi-saisons sont ruineuses.
Les clochers seraient équipés d’un distributeur de bulles de savon, tous les vendredis, bulles à la volée pour annoncer la fin de la semaine, ainsi que les lundis, pour en fêter le début ; feux d’artifi ce le jour de l’an, aux solstices et aux équinoxes, et chaque fois que les finances le permettent.
Une tyrannie aux idées claires.
Un tyran fragile, qui a tant besoin de liberté. C’est pourquoi nous le laissons aller seul à l’école. Ce sont ses vingt
minutes d’oxygène, dix à l’aller et dix au retour. Vous n’avez pas peur ? nous demande-t-on. Si, bien sûr. Tous les jours. 

Mais Andrea affiche un de ces sourires, quand il met son sac sur l’épaule, puis quand il rentre à la maison, que ça
vaut toutes les inquiétudes. Parce que être libre, ce n’est pas seulement respirer et sentir son cœur battre, ça ne suffit pas.
Certes, la liberté n’est jamais donnée et il nous a fallu signer des décharges, un garçon autiste qui va tout seul à
l’école, c’est un vrai problème : pour les enseignants, pour les agents de police, pour la communauté, pour tous les automobilistes européens et les touristes lituaniens de passage.

(1) Christian Neethling Barnard, médecin sud-africain, a réalisé la première transplantation cardiaque en 1967.

 

Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

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42/50 :  Colorado

 

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02 mai 2013

Le Manuscrit retrouvé - Paulo Coelho

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

SORTIE AUJOURD'HUI 2 mai 2013 EN LIBRAIRIE

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traduit du portuguais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues

Titre original : Manuscrito encontrado em Accra, 2012

Quatrième de couverture :
14 juillet 1099. Alors que les croisés sont aux portes de la ville, les habitants de Jérusalem se pressent autour d'un homme mystérieux connu sous le nom du Copte pour entendre ses derniers enseignements. La foule, composée de chrétiens, de juifs et de musulmans qui vivaient jusqu'alors en parfaite harmonie, s'apprête à livrer combat et la défaite semble imminente. Mais loin de toute stratégie guerrière, c'est une véritable leçon de vie qui leur est dispensée. 

Le Manuscrit retrouvé est une invitation à repenser notre humanité qui pose une question d'une brûlante actualité : quelles valeurs subsistent lorsque tout a été détruit ?

Auteur : Né en 1947 à Rio de Janeiro, Paulo Coelho est l'auteur de L'Alchimiste, best-seller mondial paru en 1988 au Brésil, aujourd'hui traduit dans 73 langues et publié dans 168 pays. Membre de l'Académie brésilienne des Lettres depuis 2002, élevé au rang de Chevalier de l Ordre National de la Légion d'Honneur en 1999, il a été nommé Messager de la paix des Nations Unies en 2007. Après Le Zahir ou La Solitude du vainqueur, Aleph est son seizième livre publié en France. 

Mon avis : (lu en avril 2013)
Dans la préface, l'auteur nous explique que « ce livre est la transcription d'un manuscrit trouvé à Accra, ». Ce manuscrit écrit en arabe, hébreu et latin et qui raconte l’histoire d'un Sage Copte qui à la veille de l’invasion de Jérusalem par les Croisés le 14 juillet 1099, donne des conseils à la population en répondant à des questions diverses et variés comme : « Parle-nous de la défaite. », « Parle-nous de la solitude », « J'ai toujours eu peur de changer », « Parle-nous de la beauté »...

Il a à ses côtés les patriarches des trois religions qui sont présentes à Jérusalem. Cette échange a pour but de transmettre la connaissance afin que la population parte ensuite aux quatre coins du monde transmettre à leur tour cet enseignement et ainsi l'âme de Jérusalem ne mourra pas.

C'est un mélange de fiction et de réalité. Le livre se lit très facilement et questions et réponses restent encore d'actualité 900 ans après. J'y ai retrouvé le ton de « L'Alchimiste » même si le plus important c'est le fond plus qu'une intrigue. Ce livre nous amène à réfléchir sur les valeurs de notre monde. En mélangeant des éléments spirituels et philosophiques Paulo Coelho a su donner aux lecteurs des idées profondes et stimulantes. Les idées ne sont pas nouvelles mais cela fait toujours du bien de se les rappeller. Une belle découverte.

Merci Virginie et les éditions Flammarion pour m'avoir permis de découvrir le nouveau livre de Paulo Coelho.

Extrait : (début du livre)
J'aimerai tellement commencer ces lignes en écrivant : « Maintenant que je suis à la fin de ma vie, je laisse à ceux qui viendront après tout ce que j'ai appris pendant que je cheminais sur la Terre. Qu'ils en fassent bon usage. »
Mais malheureusement il n'en est rien. Je n'ai que vingt et un ans, des parents qui m'ont donné amour et éducation, et une femme que j'aime et qui m'aime en retour - mais la vie se chargera de nous séparer demain, quand chacun devra partir en quête de son chemin, de son destin ou de sa manière d'affronter la mort.

Pour notre famille, c'est aujourd'hui le 14 juillet 1099. Pour la famille de Jakob, mon ami d'enfance, avec qui je jouais dans les rues de cette ville de Jérusalem, nous sommes en 4859 - il adore dire que la religion juive est plus ancienne que la mienne. Pour le respectable Ibn al-Athir, qui a passé sa vie à essayer d'enregistrer une histoire qui va maintenant prendre fin, l'année 492 est sur le point de se terminer. Nous ne sommes d'accord ni sur les dates ni sur la façon d'adorer Dieu, mais pour tout le reste nous nous sommes toujours très bien entendus.

Déjà lu du même auteur :

 alchimiste  L'alchimiste Comme_le_fleuve_qui_coule  Comme le fleuve qui coule

 Brida Brida aleph Aleph

Challenge le nez dans les livres
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La Reine des Lectrices : 12/6

Challenge Petit BAC 2013
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"Objet"

 

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27 septembre 2011

Aleph – Paulo Coelho

En librairie : le 5 octobre 2011

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

aleph Flammarion – octobre 2011 – 312 pages

traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchant Sauvagnargues

Titre original : Aleph, 2010

Quatrième de couverture :
Décider. Changer. Se réinventer. Agir. Expérimenter.
Réussir. Oser. Rêver. Gagner. Découvrir. Exiger. S engager.
Penser. Croire. Grandir. Appartenir. S éveiller.

Nous avons parfois besoin de retrouver un sens à notre vie, de lui redonner souffle et équilibre.
Et si un livre avait le pouvoir de vous faire découvrir un monde nouveau ?
Et si, grâce à la magie des mots et d une histoire, vous commenciez un nouveau chapitre de votre vie ?
Aleph est ce livre. Aleph est un voyage qui pourrait bien changer votre existence.
 
Auteur : Né en 1947 à Rio de Janeiro, Paulo Coelho est l'auteur de L'Alchimiste, best-seller mondial paru en 1988 au Brésil, aujourd'hui traduit dans 73 langues et publié dans 168 pays. Membre de l'Académie brésilienne des Lettres depuis 2002, élevé au rang de Chevalier de l Ordre National de la Légion d'Honneur en 1999, il a été nommé Messager de la paix des Nations Unies en 2007. Après Le Zahir ou La Solitude du vainqueur, Aleph est son seizième livre publié en France.  
 
Mon avis : (lu en septembre 2011)
Pourquoi ai-je accepté de lire ce livre ??? J’aurai du mieux lire la quatrième de couverture…
Pour moi, Paulo Coelho est l’auteur de l’Alchimiste que j’ai beaucoup aimé, tout comme Le pèlerin de Compostelle qui m'avait surprise mais beaucoup intéressée. J’ai eu peur en lisant les premiers chapitres… Il est question de quête spirituelle, de forces invisibles, de réincarnations et de vies passées… Après Saint-Jacques de Compostelle et Rome, J., son guide dans la Tradition, invite Paulo à faire un nouveau voyage. A lui de trouver sa nouvelle destination… Après une quarantaine de pages de digressions diverses, Paulo exprime le souhait de « traverser le pays (la Russie) en train et arriver jusqu’à l’océan Pacifique ». Et là commence vraiment le livre avec un voyage en Transsibérien et sa rencontre avec une jeune fille Hilal, avec Yao son interprète. Paulo est persuadé de d'avoir déjà rencontrée Hilal dans une autre vie... Ce voyage est riche en péripéties et en rencontres, il va aider Paulo à avancer dans sa vie personnelle.
Personnellement, je suis terrifiée par l'idée de pouvoir revivre le passé ou voir l'avenir... Cela me bloque et je me refuse à me plonger totalement dans une histoire comme celle-ci, j'ai besoin de prendre du recul et de me mettre en retrait... Malgré cela, j'ai apprécié cette lecture très originale.

Merci à Karine et aux éditions Flammarion de m'avoir permis de découvrir ce livre en avant première.

Extrait : (page 57)
A Moscou, il y a une jeune femme qui m'attend à l'extérieur de l'hôtel, quand j'arrive avec mes éditeurs. Elle s'approche et me prend les mains.
« Je dois te parler. Je suis venue d'Ekaterinbourg spécialement pour cela. »
Je suis fatigué. Je me suis réveillé plus tôt qu'à mon habitude, j'ai dû changer d'avion à Paris parce qu'il n'y avait pas de vol direct. J'ai essayé de dormir pendant le trajet mais, chaque fois que j'arrivais à sommeiller, j'entrais dans une sorte de rêve à répétition qui ne me plaisait pas du tout.
Mon éditeur explique que demain nous aurons un après-midi d'autographes et que dans trois jours nous serons à Ekaterinbourg, premier arrêt dans le voyage en train. Je tends la main pour prendre congé et je remarque que celles de la jeune femme sont très froides.
« Pourquoi n'es-tu pas entrée dans l'hôtel pour m'attendre ? »
En réalité, j'aimerais lui demander comment elle a découvert l'hôtel où je suis descendu. Mais ce n'est peut-être pas difficile, et ce n'est pas la première fois qu'un tel événement se produit.
« J'ai lu ton blog l'autre jour et j'ai compris que tu avais écrit pour moi. »
Je commençais à poster sur un blog mes réflexions concernant le voyage. C'était encore expérimental et, comme j'envoyais les textes à l'avance, je ne savais pas exactement à quel article elle faisait allusion. Cependant, il n'y avait assurément aucune référence à cette personne rencontrée quelques secondes plus tôt.

 

Challenge 2%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
8/14

Déjà lu du même auteur :

 alchimiste  L'alchimiste Comme_le_fleuve_qui_coule  Comme le fleuve qui coule

 Brida Brida 

 

 

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01 septembre 2011

Allons réveiller le soleil - José Mauro de Vasconcelos

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : SOLEIL

allons_r_veiller_le_soleil_1975 allons_r_veiller_le_soleil_1992 allons_r_veiller_le_soleil_LdP allons_r_veiller_le_soleil_2002 allons_r_veiller_le_soleil_2009

Stock – 1975 – 326 pages

Hachette jeunesse – mai 1992 – 349 pages

Livre de Poche jeunesse -1989 -

Livre de Poche jeunesse – mars 2002 – 380 pages

Livre de Poche jeunesse – septembre 2009 – 380 pages

traduit du brésilien par Alice Raillard

Titre original : Vamos aquecer o sol, 1974

Quatrième de couverture :
Zézé avait six ans quand il confiait ses rêves à son oranger. Il en a onze désormais et a été adopté par une riche famille. Son histoire raconte la fin d'une enfance, les années de changements entre onze et quinze ans, jusqu'au premier et merveilleux grand amour...

Auteur : José Mauro de Vasconcelos (26 février 1920 à Rio de Janeiro - 25 juillet 1984 à São Paulo) est un écrivain brésilien. Écrivain aux origines indiennes et portugaises, il est l'auteur de Mon bel oranger, Allons réveiller le soleil et Le Palais Japonais, inspiré de son enfance difficile et devenu un classique de la littérature enfantine, ainsi que d'une quinzaine de romans et de récits. Sportif et voyageur, il a pratiqué de nombreux métiers, notamment dans le monde du cinéma et de la télévision.

Mon avis : (relu en août 2011)
Lorsque le mot SOLEIL de la deuxième session du Challenge Un mot, des Livres a été dévoilé, je n'ai pas hésité un instant, c'était l'occasion de relire "Allons réveiller le soleil", la suite d'un de mes livres préférés "Mon bel oranger".
Ce livre nous raconte le passage de l'enfance vers l'adolescence et l'âge adulte de Zézé.
Le petit Zézé de "Mon bel oranger" a grandi, il est maintenant âgé de 11 ans, il a été adopté par une riche famille brésilienne pour pouvoir faire des études. C'est un enfant intelligent mais aussi turbulent et dont l'imagination lui fait faire de nombreuses bêtises... Mais il ne se sent pas heureux. Il a en secret un crapaud – cururu nommé Adam dans son cœur et un père imaginaire Maurice qui vont l'aider à supporter la solitude dans laquelle il se sent. Zézé est au collège chez les frères Maristes, le frère Paul Louis Fayolle est un soutien précieux, il a compris la tristesse de Zézé, il discute souvent avec lui et va l'aider à grandir durant toute son adolescence.
J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Zézé. Et je me suis plongée avec beaucoup d'émotions dans l'univers extraordinaire de cet enfant, il mélange rêve et réalité ; il se réfugie dans un monde imaginaire où vivent ses seuls véritables amis : Adam et Maurice. Il va apprendre à grandir et réussir à réveiller le soleil qui est en lui. Un très beau livre que j'ai relu avec beaucoup de plaisir et d'émotions.

Il est préférable de lire  "Mon bel oranger" qui raconte l'enfance de Zézé, avant de lire "Allons réveiller le soleil".

Extrait : (début du livre)
Tout à coup, mes yeux n'étaient plus dans l'obscurité. Mon cœur de onze ans sursauta de peur dans ma poitrine.
- Mon-Petit-Jésus-avec-l'agneau-sur-vos-épaules, protégez-moi !
La lumière grandissait. Encore. Encore. Et plus elle grandissait, plus augmentait ma peur ; si j'avais voulu crier, je n'y serais pas parvenu.
Tout le monde dormait paisiblement. Toutes les chambres fermées respiraient le silence.
Je m'assis dans mon lit, le dos contre le mur. Mes yeux regardaient si fort qu'ils sortaient presque de leur orbite.

J'aurais voulu prier, invoquer tous mes saints protecteurs, mais pas même le nom de Notre-Dame de Lourdes ne sortait de ma bouche. Ce devait être le diable. Le diable dont on me menaçait tant. Mais si c'était lui, la lumière n'aurait pas la couleur de feu et de sang, et il y aurait certainement une odeur de souffre. Je ne pouvait même pas appeler au secours le frère Feliciano, mon Fayolle chéri. A cette heure, Fayolle devait être dans son troisième sommeil, en train de ronfler comme un bienheureux, là-bas, au collège des Maristes.

Une douce petite voix se fit entendre :
- N'aie pas peur, mon enfant. Je suis venu pour t'aider.
Mon cœur battait maintenant contre le mur et ma voix réussit à sortir, faible et tremblante comme le premier chant d'un jeune coq :
- Qui es-tu ? Une âme de l'autre monde ?
- Non, nigaud.
Et un rire bienveillant résonna dans la chambre.
- Je vais faire plus de lumière, mais ne t'inquiète pas, rien de mauvais ne peut arriver.
Je dis un oui hésitant, mais je fermai les yeux.
Comme ça, ce n'est pas de jeu, mon ami. Tu peux les rouvrir.
Je risquai un oeil puis l'autre. La chambre avait une lumière si belle que je pensai que j'étais mort et que je me trouvais au paradis. Mais ça, c'était impossible. A la maison, tout le monde disait que le ciel n'était pas pour moi. Les gens comme moi allaient droit dans les chaudières de l'enfer, se faire griller.
- Regarde-moi. Je suis laid, mais tu liras dans mes yeux qu'on peut me faire confiance.
- Où es-tu ?
- Ici, au pied du lit.
Je m'approchai du bord et m'armai de courage pour regarder. Ce que je vis m'emplit de panique.

 

Déjà lu du même auteur :

mon_bel_oranger  Mon bel oranger  le_palais_japonais_p Le Palais Japonais

 

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20 mai 2011

Brida – Paulo Coelho

Brida Flammarion – octobre 2010 – 298 pages

traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues

Quatrième de couverture :
Brida, une jeune Irlandaise à la recherche de la Connaissance, s'intéresse depuis toujours aux différents aspects de la magie, mais elle aspire à quelque chose de plus. Sa quête l'amène à rencontrer des personnes d'une grande sagesse, qui lui font découvrir le monde spirituel: un mage habitant la forêt lui apprend à vaincre ses peurs et à croire en la bonté de l'univers; une magicienne lui explique comment danser au rythme du monde et invoquer la lune. Brida part alors à la rencontre de son destin. Parviendra-t-elle à réconcilier sa vie amoureuse et son désir de tout quitter pour devenir sorcière? Ce roman enchanté renoue avec des thèmes chers aux lecteurs de Paulo Coelho : le conteur y tisse un récit qui mêle amour, passion, mystère et spiritualité.

Auteur : Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice et étudiant contestataire plusieurs fois emprisonné sous un régime dictatorial, il devint parolier d'une des plus grandes stars du rock des années 70 au Brésil, Raul Seixas. L'Alchimiste, paru en 1988 au Brésil, est devenu un best-seller mondial aujourd'hui traduit dans 59 langues et publié dans 150 pays. Parmi ses douze ouvrages traduits en français, Flammarion a déjà publié Le Zahir, Comme le fleuve qui coule, Veronika décide de mourir et La Sorcière de Portobello.

Mon avis : (lu en mai 2011)

Ce livre se lit facilement, les chapitres sont courts. Le lecteur suit la quête initiatique de Brida, une jeune irlandaise, qui voudrait apprendre la magie pour répondre aux questions qu’elle se pose sur la vie. Elle va rencontrer un Magicien et Wicca, découvrir la Tradition du Soleil et la Tradition de la Lune, elle espère aussi trouver son Autre Partie…

Est-ce parce que je ne suis pas friande des histoires de magie, sorcières et paranormal… mais j’ai trouvé l’histoire un peu simpliste. Dans ce livre, Paulo Coelho nous invite à réfléchir sur soi-même, sur la vie, sur l’amour…

Autant j’avais aimé et été touchée par « Le Pèlerin de Compostelle » autant j’ai été déçue par « Brida » qui ne restera pas dans ma mémoire…

 

Extrait : (début du livre)
« Je veux apprendre la magie », déclara la jeune fille.
Le Magicien la regarda. Jean délavé, T-shirt, et cet air de défi que prennent toujours les timides quand ils ne le devraient pas. « Je dois être deux fois plus âgé qu’elle », pensa-t-il. Et, malgré cela, il savait qu’il se trouvait devant son Autre Partie.
« Je m’appelle Brida, poursuivit-elle. Excuse-moi de ne pas m’être présentée. J’ai beaucoup attendu ce moment, et je suis plus anxieuse que je ne le pensais.
- Pourquoi veux-tu apprendre la magie ? demanda-t-il.

- Pour répondre à certaines questions que je me pose sur ma vie. Pour connaître les pouvoirs occultes. Et peut-être pour voyager dans le passé et dans l’avenir. »

Ce n’était pas la première fois que quelqu’un venait jusqu’au bois lui demander cela. Il fut une époque où il était un Maître très connu et respecté par la Tradition. Il avait accepté plusieurs disciples, et cru que le monde changerait dans la mesure où lui pourrait changer ceux qui l’entouraient. Mais il avait commis une erreur. Et les Maîtres de la Tradition ne peuvent pas commettre d’erreurs.
« Ne crois-tu pas que tu es un peu trop jeune ?
- J’ai vingt et un ans, dit Brida. Si je voulais apprendre la danse classique maintenant, on me trouverait déjà trop vieille. »

Déjà lu du même auteur :

alchimiste  L'alchimiste Comme_le_fleuve_qui_coule  Comme le fleuve qui coule  

Livre 41/42 pour le Challenge du 6% littéraire
1pourcent2010

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Prénom"

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24 mars 2011

Les insurrections singulières - Jeanne Benameur

les_insurrections_singuli_res Actes Sud – janvier 2011 – 197 pages

Quatrième de couverture :
Au seuil de la quarantaine, ouvrier au trajet atypique, décalé à l'usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d'une place dans le monde. Entre vertiges d'une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il lui faudra se risquer au plus profond de lui-même pour découvrir une force nouvelle, reprendre les commandes de sa vie.
Parcours de lutte et de rébellion, plongée au cœur de l'héritage familial, aventure politique intime et chronique d'une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu'au Brésil.
Dans une prose sobre et attentive, au plus près de ses personnages, Jeanne Benameur signe une ode à l'élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce que « on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie ».

Auteur : Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en mars 2011)
"Parce que les révolutions sont d'abord intérieures. Et parce qu'on n'a pas l'éternité devant nous. Juste la vie", cette phrase résume bien le fond de ce livre.
Antoine est un ouvrier de quarante ans, même avec un bac en poche, faute de motivation il a préféré travailler à l'usine comme son père. Lorsque le livre commence, Antoine fait le point sur sa vie, l'usine dans laquelle il travaille est menacée de délocalisation, sa compagne vient de le quitter et il est revenu s'installer chez ses parents. Rien a changé dans la maison familiale, l'image que lui renvoie ses parents l'effraye, il veut faire autre chose de sa vie.
Après sa rencontre avec Marcel un vieux bouquiniste et la lecture d'un livre, Antoine décide de partir au Brésil dans la ville où son usine doit être délocalisée. Un voyage inoubliable...

Une belle histoire, une écriture simple, précise, pleine de poésie. Des phrases courtes qui chantent comme une musique. J'ai beaucoup aimé ce livre, surtout la partie du voyage au Brésil.

Extrait : (début du livre)
Il y a longtemps, j'ai voulu partir. Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d'une girouette en forme de voilier, la seule originalité de la rue. Je regarde la nuit venir.

C'était un soir, dans la cuisine, celle qui est toujours là si je me retourne, que j'ouvre la porte et je fais six pas pour arriver au fond du couloir. C'était comme ce soir, trop chaud.
Mon père fignolait une de ses maquettes de bateaux anciens. Sur la toile cirée, ses doigts, quand ils avaient appuyé longtemps, laissaient une trace, comme la buée sur les vitres. Et puis la trace disparaissait.
Ce soir-là, j'ai eu peur. Peur, si je restais dans cette cuisine, dans cette maison, de devenir comme la trace des doigts de mon père. Juste une empreinte. Qui disparaîtrait aussi.
Je fixais la maquette.
Ma mère faisait la vaisselle. Le clapotis de l'eau dans l'évier pour accompagner tous les rêves de caravelle.
Et ma poitrine qui se serrait. J'avais huit ans. Les maquettes, c'était le monde en miniature, un monde qui tenait dans le creux d'une main. Réduit. Moi, le monde, je le voulais grand. Pas réduit.
Et ma respiration se cognait contre les bords.

Déjà lu du même auteur :
les_demeur_es Les Demeurées les_mains_libres_p_ Les Mains libres
c_a_t_apprendra___vivre Ça t'apprendra à vivre
 laver_les_ombres  Laver les ombres
si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent
 pr_sent Présent ?

 

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