02 mai 2009

Le cercle du Karma - Kunzang Choden

le_cercle_du_karma Actes Sud – janvier 2007 - 425 pages

Traduit par Sophie Bastide-Foltz

Présentation de l'éditeur
Fille d'un "religieux laïque" et maître ès calligraphie, frustrée d'avoir vu l'accès au savoir réservé, dans la tradition bhoutanaise, aux seuls garçons, la jeune Tsomo, un an après la mort de sa mère bien-aimée, prend prétexte de la nécessité d'aller pieusement célébrer sa mémoire dans un temple éloigné de son village pour quitter sa famille. C'est alors que la jeune fille entame sa longue marche, véritable odyssée qui la mène de son village près de Thimphu, la capitale du Bhoutan, à Kalimpong en Inde et jusqu'à Bodh Gaya, haut lieu du bouddhisme. Dans ce voyage, solitaire, qui est celui de toute une vie, une femme en quête de la sagesse promise par les enseignements du Bouddha part à la découverte de sa force intérieure et traverse d'innombrables épreuves jusqu'à ce que s'accomplisse enfin la métamorphose qui la fait accéder à la vérité si longtemps recherchée... Premier roman en provenance du Bhoutan, un pays longtemps "interdit", ce foisonnant récit initiatique est une invitation à voyager au cœur d'une culture profondément méconnue. Brossant, à travers son attachante héroïne, le portrait d'une génération de femmes-pionnières prenant en main leur destin, Kunzang Choden offre, sur son pays, des aperçus inédits et particulièrement audacieux s'agissant d'un royaume réputé pour sa fermeture, car abordés avec une simplicité et une franchise - voire, parfois, un humour - qui ne cessent de surprendre.

Auteur : Née en 1952, bouthanaise jusqu'au plus profond de l'être, Kunzang Choden a consacré la majeure partie de sa carrière a l'analyse de l'évolution de son pays. Après avoir étudié à l'université de New Delhi, elle part pour les Etats-Unis, où elle achève sa formation à l'université du Nebraska. Dès lors, elle s'applique à étudier et rapporter divers aspects du Bouthan, et notamment les traditions orales et le statut de la femme, à travers des ouvrages comme 'Dawa, l'histoire d'un chien errant au Bouthan'. De manière plus concrète, elle a pris part à plusieurs reprises à des projets internationaux en faveur du développement de ce pays, au sein de l'Unesco par exemple. En 2007 sort en France 'Le Cercle du karma', son premier roman, dont l'intrigue se déroule également au Bouthan. Plume subtile et éloquente, Kunzang Choden est de ces écrivains dont les mots nous font voyager.

Mon avis :(lu en mars 2008)

C’est le récit d’une quête vers le bonheur, la sérénité pour Tsumo. Elle est née fille au Bhoutan et là-bas l’instruction est réservée aux garçons. Durant toute sa vie, elle va fuir pour échapper à son destin de femme : sa famille, son mari… Elle nous raconte son histoire et celle de son peuple si riche en traditions à travers un long voyage de vie qui la conduit du Bhoutan jusqu’à l’Inde. Elle fait des rencontres émouvantes. Ce récit nous donne aussi une grande leçon d'humilité pour nous occidentaux. Ce livre est à la fois dépaysant et apaisant. J’ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 30)
Les anciens mettaient beaucoup de chose sur le compte du karma. Père se plaisait à expliquer chaque phénomène d'un point de vue religieux. Pour faire passer un message aux enfants, il racontait des histoires religieuses qu'ils adoraient écouter, lesquelles avaient souvent pour but d'illustrer la notion de karma. Tous les êtres étaient ce qu'ils étaient en raison de la façon dont ils avaient vécu au cours de leurs expériences passées, disait-il. Aum Choizom, par exemple, qui restait assise jour après jour devant chez elle à se chauffer au soleil dans l'espoir que celui-ci la guérirait de l'horrible toux qui l'épuisait et lui faisait cracher du sang, souffrait d'une maladie karmique. Aum Chomo et sa famille n'avaient quasiment rien à manger chez eux. Elle mendiait ou empruntait ici et là. Les villageois lui donnaient toujours quelque chose, parce qu'elle ne pouvait rien à sa condition. Tel était son karma. Des années plus tard, ses enfants ayant grandi, les choses changèrent. Leur famille devint prospère. Le karma, là encore. Tsomo fut rassurée d'apprendre que le karma d'un individu n'était pas obligatoirement mauvais tout au long de sa vie. Comme dans la vie d'Aum Chomo, les choses pouvaient changer.

 

Extrait : (page 135)
T
somo se dit qu'elle n'appartenait pas à un lieu comme la grenouille à l'étang, elle ne pouvait pas non plus s'envoler, comme l'oiseau, et s'échapper du mariage. Elle n'était désormais la femme de Wangchen que de nom. Kesang s'épanouissait alors qu'elle s'étiolait. Wangchen buvait plus que de raison. Il s'était mis à la frapper régulièrement. Il s'emportait à la moindre contrariété, ne pouvait supporter la moindre réflexion de la part de Tsomo. Une nuit, il dit qu'il avait besoin d'aller aux toilettes, à quoi sans réfléchir Tsomo répondit qu'elle aussi avait besoin d'y aller. C'était vrai, et dans le passé, ils y étaient souvent allés ensemble.
'Tu me surveilles ?' lui lança-t-il d'une voix pleine de défi dans le noir, et il lui envoya sa main en pleine figure.

 

Extrait : (page 254)
Accepter l'aumône l'incita à une réflexion plus approfondie qui lui fit prendre conscience que charité et partage étaient deux choses bien différentes. C'étaient généralement les pauvres qui partageaient ce qu'ils avaient, tandis que les riches faisaient la charité. Les pauvres partageaient sans motivation aucune, pas même pour acquérir des mérites. Ils partageaient, poussés par une compassion qui leur venait de leur propre expérience. Ils savaient ce que signifiait avoir faim ou manquer de chance. Le pauvre vieil homme qui donnait la moitié de son chapati à un mendiant, la jeune femme qui se privait de son vieux châle pour couvrir un jeune inconnu dormant sur un morceau de carton posé à même les dalles de pierres froides autour du chorten : leur compassion était vraie, inconditionnelle.

Posté par aproposdelivres à 06:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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