18 janvier 2011

Villa des hommes - Denis Guedj

Lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Points

villa_des_hommes_ villa_des_hommes_p

Robert Laffont - Août 2007 – 206 pages

Points – octobre 2010 – 312 pages

Quatrième de couverture :
En 1917, Hans Singer, vieux mathématicien de renom, entre à l'hôpital psychiatrique. Il partage sa cellule avec Matthias Dutour, un jeune soldat français, conducteur de locomotive et anarchiste convaincu. Tout les oppose, pourtant ils échangent sur leurs vies, Leurs secrets, leurs folies. Jour après jour, Les deux désespérés tissent Les Liens d'une improbable et indéfectible amitié.

Auteur : Né à Sétif, Denis Guedj (1940-2010), mathématicien, professeur d'histoire des sciences et du cinéma à l'université Paris-VIII, Denis Guedj est également l'auteur de plusieurs essais (La Révolution des savants, L'Empire des nombres, Le Mètre du monde) et romans Le Théorème du perroquet, Les Cheveux de Bérénice, La Méridienne, Zéro...) traduits dans de nombreuses langues.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Denis Guedj est un auteur que j'aime beaucoup et lorsque Livraddict a proposé ce partenariat, j'ai vraiment impatiente de découvrir ce livre et je n'ai pas été déçue !
« La chambre 14 de la Villa des hommes était occupée par deux revenants. L'un revenu de l'au-delà des nombres, y avait tracé son chemin, l'autre, revenu de l'au-delà des ombres, s'y était égaré. », voilà une phrase du livre qui résume bien cette belle histoire.
1917, ils sont deux, très différents, ensemble, ils sont les occupants de la chambre 14, au premier étage de la Villa des hommes de l'hôpital psychiatrique de Luftstadt.
Herr Singer est âgé de soixante-douze ans, c'est un vieux mathématicien de renom allemand, il est à l'hôpital pour son neuvième séjour depuis 1884.
Matthias est un soldat français de trente-trois ans, suite à son séjour sur le Front, il souffre du « syndrome du vent de l'obus ». Dans le civil, il était conducteur de locomotive.
Les journées à l'hôpital sont toutes les mêmes. Ils ont chacun leurs petites habitudes : Matthias commence toujours la journée par une douche quotidienne au aurore.
Herr Singer fume des cigares et suce des berlingots, il écrit chaque jour dans un carnet rouge.
Les premiers jours de cohabitation se passent, en silence, à s'observer, puis ils vont peu à peu se mettre à échanger en français.
Ensemble, ils discutent de leurs vies respectives. Herr Singer parle des mathématiques, en particulier sur l'infini, son sujet de prédilection. Matthias raconte les chemins de fer, la guerre sur le Front... Et peu à peu ces discussions décousues, baroques, parfois sans queue ni tête deviennent des moments de réflexions autour de leurs vies.
En évoquant à voix haute, pour l'autre, les pensées qui leur traversent la tête, en se posant mutuellement des questions, ils abordent des sujets qu'ils ne connaissaient pas avant leur rencontre.

J'ai vraiment beaucoup aimé l'histoire de ses deux hommes dont la rencontre était vraiment improbable, ils sont vraiment touchants et peu à peu à travers leurs échanges le lecteur découvre leur passé.
Un grand MERCI à Livraddict et aux Éditions du Points pour m'avoir permis de lire ce très beau livre.

Extrait : (page 30)
– Bonjour, Herr Singer, comment allez-vous aujourd’hui ?
Ce matin-là, il faisait atrocement chaud. La pièce à moitié vide réverbérait l’écho de la voix du Directeur.
— Je vous présente M. Matthias Dutour, fit-il en s’avançant vers le lit de Singer et en désignant un homme planté sur le pas de la porte. C’est un soldat français. Il va passer quelque temps avec nous ici. Et, si vous le voulez bien, il partagera votre Caverne, comme vous avez l’habitude de la nommer. Vous êtes le seul parmi nos patients à manier la langue de Voltaire, proclama-t-il avec une affectation un peu ridicule. Ainsi, vous pourrez parler ensemble. C’est important.
Sur le seuil de la chambre, le soldat français n’avait pas bougé. Très grand, très maigre, des cheveux d’un blond incendiaire, drôlement attifé, il regardait fixement devant lui.
Kommen, kommen, monsieur Dutour ! l’encouragea le Directeur en unissant le geste à la parole.
L’homme avança de trois pas et s’immobilisa au milieu de la pièce.
Histoire de briser la glace entre les deux hommes, le Directeur bonimenta le nouveau venu.
— Vous auriez été russe, monsieur Dutour, je vous aurais placé dans cette chambre. Anglais ? Également. Italien ? Également. Herr Singer parle toutes ces langues ! Turc ? Ah, là, je ne sais. Vous parlez turc, Herr Singer ?
Herr Singer lui aurait bien répondu que si cela pouvait améliorer les conditions de vie à l’hôpital, il s’y mettrait, au turc. Cela n’aurait pas manqué de faire plaisir à feu son père. Mais il ne répondit rien. Il se contenta de se lever pour ouvrir la fenêtre. Un peu plus de chaleur pénétra dans la pièce. Il la referma. Le Directeur continua de soliloquer.
Remarquant quelques papiers sur la table de Herr Singer, il l’interrogea.
— Avez-vous recommencé à travailler ?... Un peu ? Et à lire ?... Un peu ? Herr Singer est un grand mathématicien, l’un de nos meilleurs, expliqua-t-il à Matthias avant d’ajouter : Monsieur Dutour, vous informerez vous-même Herr Singer, si vous le désirez, bien sûr, de ce que vous faisiez en France, dans le civil.

Déjà lu du même auteur :
guedj_le_theoreme_ Le Théorème du Perroquet les_cheveux_de_b_r_nice Les Cheveux de Bérénice
la_m_ridienne_p
La Méridienne

Posté par aproposdelivres à 14:15 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


13 novembre 2010

Foudre - Christine Bravo

Lu dans le cadre du partenariat  Livraddict et XO Éditions

foudre XO Éditions – mai 2010 – 210 pages

Quatrième de couverture :
« - Sam, comment on va faire, je veux dire, après ?
C'était la première fois qu'on prononçait ce mot : après. Il n'a pas répondu. Il a marché jusqu'à la baie vitrée. Il est resté longtemps à regarder dehors. J ai scruté le ciel à mon tour, il avait une couleur que je n avais jamais vue. On aurait dit de l'argile rouge. Quand Sam s'est retourné, j'ai vu l'étau dans ses yeux. Deux pinces d'étain poli, une dans chaque œil. Elles se sont refermées sur mon larynx.
- Il n'y aura pas d'après, il a dit. Il y aura toujours toi et moi.
Exactement comme aujourd'hui.
Je songeai qu'il avait tort. Que l'amour a besoin d'air. Besoin d'être montré. Non, pas montré. Exhibé. Regardez qui j'aime. Regardez qui m'aime.
Dévorez-nous des yeux.
Mais j'étais d'accord avec lui sur un point. Pour nous, il n'y aurait pas d'après. »

Avec Foudre, Christine Bravo nous raconte le choc d'une rencontre, celle d Anna et de Sam, une passion qui va bouleverser leur vie dans l'atmosphère bouillante du Vieux Sud des États-Unis. Un roman torride et percutant.

Auteur : Christine Bravo est une écrivaine, animatrice et chroniqueuse de télévision et de radio française née le 13 mai 1956 à Paris. Ses émissions les plus célèbres sont Frou-Frou et Union libre. Elle fait partie de la Bande à Ruquier et est chroniqueuse de l'émission On va se gêner sur Europe 1. Elle a publié plusieurs ouvrages dont Avenida B. et Foudre.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
Je connais bien Christine Bravo comme chroniqueuse chez Laurent Ruquier et je l'aime bien, elle n'a pas sa langue dans sa poche, elle est cash, j'étais donc curieuse de découvrir son nouveau livre.

C'est l'histoire de Sam, le français et grand reporter pour Canal Plus, et Anna, l'allemande interprète, qui se rencontrent à Atlanta pendant les Jeux Olympiques d’été de 1996. Leur première rencontre a lieu dans l'ascenseur de leur hôtel, le Westin, l'un et l'autre sont troublés. Ils ressentent l'un et l'autre et l'un pour l'autre un vrai coup de foudre auquel ils ne s'attendaient pas. Mais Sam est marié à Betty et Anna est mariée à Lorenz. Ils vont cependant durant ces quelques jours à Atlanta, oublier Paris et Munich et vivre ensemble une folle passion. Ils savent que cette histoire est sans lendemain car ni l'un ni l'autre ne veulent quitter leurs conjoints qu'ils aiment aussi. Ils vont cependant garder le contact après ce séjour à Atlanta, ils vont vouloir se revoir...
Tour à tour, c'est Sam et Anna qui sont les narrateurs de leur histoire. C'est intéressant de découvrir le point vu masculin et le point de vu féminin d'une même histoire.
Une histoire dont on retrouve un peu de Christine Bravo : elle était elle-même journaliste pour Canal Plus pendant les JO d’été de 1996 à Atlanta, elle évoque longuement Maupassant et Hemingway deux auteurs qui lui sont chers.

J'ai lu sans déplaisir ce livre, j'ai été intéressée par les descriptions des lieux, des faits, par toutes les références culturelles... Cependant, j'ai été gênée par le langage parfois cru ou argotique.

Merci à Livraddict et à XO Éditions pour ce partenariat qui m'a permis de découvrir ce livre.

Extrait : début du livre

Posté par aproposdelivres à 11:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

05 novembre 2010

L’insomnie des étoiles – Marc Dugain

l_insomnie_des__toiles Gallimard – août 2010 – 226 pages

Quatrième de couverture :
Automne 1945, alors que les Alliés se sont entendus pour occuper Berlin et le reste de l'Allemagne, une compagnie de militaires français emmenée par le capitaine Louyre investit le sud du pays. En approchant de la ville où ils doivent prendre leurs quartiers, une ferme isolée attire leur attention. Les soldats y font une double découverte : une adolescente hirsute qui vit là seule, comme une sauvage, et le corps calciné d'un homme. Incapable de fournir une explication sur les raisons de son abandon et la présence de ce cadavre, la jeune fille est mise aux arrêts. Contre l'avis de sa hiérarchie, le capitaine Louyre va s'acharner à connaître la vérité sur cette affaire, mineure au regard des désastres de la guerre, car il pressent qu'elle lui révélera un secret autrement plus capital.

Auteur : Né en 1957, après avoir vécu les sept premières années de sa vie au Sénégal, Marc Dugain revient en France avec ses parents. Il intègre quelque temps plus tard l'Institut d'études politiques de Grenoble, où il étudie les sciences politiques et la finance, avant de prendre la tête d'une compagnie d'aviation. Mais l'écriture l'a toujours démangé. Aussi, il se décide à prendre la plume, et signe 'La Chambre des officiers' en 1998. Ce premier roman reçoit près de vingt prix littéraires et est adapté au cinéma. Il sort ensuite 'Campagne anglaise', 'Heureux comme dieu en France', 'La Malédiction d'Edgar' et plus récemment 'Une exécution ordinaire' (2007), et se constitue peu à peu un lectorat fidèle. Friand d'horizons lointains, Marc Dugain vit au Maroc depuis 2001.

Mon avis : (lu en novembre 2010)
C'est le premier livre que je lisais de cet auteur. L'écriture est très belle. A travers ce roman, Marc Dugain évoque le nazisme. Le roman se déroule à l'automne 1945, au moment de la Capitulation. Nous sommes au sud de l'Allemagne, un lieu qui n'a pas été dévasté par les bombardements. Louyre, un capitaine français, astronome dans le civil, et ses hommes découvre une jeune fille de 15 ans affamée et seule dans une ferme abandonnée. Ils y trouvent également un corps calciné. Louyne va enquêter sur le passé de Maria Richter, la jeune fille et s'occuper d'elle et la protéger. Il est également intrigué par une maison de convalescence qui a été vidée de ses occupants pendant la guerre... Il pose des questions au maire de la ville et au curé, mais il n'obtient aucune réponse convaincante. Ce sont des lettres que Maria a reçu de son père et qu'elle n'a jamais pu lire faute de lunettes qui va lui donner des pistes pour comprendre le secret des lieux. Il va retrouver le docteur Halfinger, l'ancien directeur de la maison de convalescence, et lui faire subir un interrogatoire poussé, et lui faire avouer certaines horreurs du nazisme.

Ce livre nous fait ressentir une ambiance pesante et sombre, alors que la guerre est partout en Europe, Louyre a le sentiment d'avoir été oublié, il se sent désœuvré et il lui semble un devoir de comprendre qui est Marie et pourquoi était-elle seule dans cette ferme avec ce cadavre calciné. Les habitants de la ville sont silencieux. Ils cachent un terrible secret.
J'ai bien aimé cette histoire malgré la noirceur du sujet.

Extrait : (début du livre)
"Comment ai-je pu oublier, se dit Maria, c'est inadmissible. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même." Elle aurait voulu se gifler. Mais le froid s'en chargeait pour elle. Le début d'automne, timide et clément, s'était effacé pour laisser place à des journées glaciales. Il lui fallait déambuler dans les bois, courbée, le nez au ras du sol. A moins d'un mètre, elle n'y voyait pour ainsi dire que des ombres, des esquisses de formes surprenantes, parfois inquiétantes. Des visages se dessinaient dans la terre et leurs yeux immobiles et sévères se posaient sur elle avant de disparaître. Ces caricatures jonchaient le sol par centaines et, si son humeur l'y prédisposait, elle s'amusait à les effacer.

En cette fin d'automne, les couleurs s'étaient uniformisées, la nature se camou-flait. Il n'avait pas plu depuis deux jours, mais la terre suintait. Maria était aux aguets. Si les branches craquaient sous ses pieds, elle pouvait les ramasser. Celles qui se contentaient de grincer étaient encore trop vertes. Les dernières feuilles accrochées aux arbres tremblaient dans la brise. Rien ne cherchait plus à se distinguer, tout s'accordait à l'unisson dans un concert funè-bre et plat. Maria souffrait de toutes ses ex-trémités. Elle avait apprivoisé ces douleurs tenaces qui ne lui laissaient de répit que la nuit.

L'allée du bois conduisait à une plaine qui se confondait avec l'horizon. Elle fumait par endroits d'une brume légère et suspendue qui s'étirait parfois en d'étranges contorsions. Là où il y a encore quelques années on trouvait des cultures ordonnées, une steppe timide recouvrait ces longues étendues sans reliefs.

Chaque fois que Maria se penchait pour faire ses fagots, un filet au goût âcre, un mélange de sang et de salive lui coulait dans la bouche. Elle se relevait brusquement pour cracher. De temps en temps elle observait la lumière. A cette époque, le jour ne se levait jamais vraiment et se couchait avec la lenteur d'un grand malade.

L'adolescente parvint à ficeler une dizaine de fagots de bonne taille avant que la nuit ne lui impose cette oisiveté qu'elle redoutait au point de lui donner des palpitations. Avant que l'obscurité ne l'enferme tout à fait, elle allumait son feu dans un poêle en fonte né avec le siècle. Elle se blottissait près de cette forme qui prenait dans la pénombre des allures magistrales, imposant aux objets de la cuisine une autorité qui ne se desserrait qu'aux premières heures de la journée. Elle dormait dans un fauteuil à oreillettes où s'asseyait autrefois son arrière-grand-mère, une femme aux traits masculins. Sans ses cheveux gris ivoire tirés en chignon, rien ne la distinguait d'un homme, si ce n'est bien sûr sa robe noire épaisse qui traversait les saisons. De sa voix, Maria ne gardait aucun souvenir car la vieille femme prenait soin d'ordonner sans parler, d'un regard dur que percevaient même ceux qui lui tournaient le dos.

Maria dormait assise et se rapprochait du poêle pendant la nuit à mesure que la chaleur s'atténuait. Au petit matin, quand un premier rayon de lumière perçait le ciel, elle le ranimait avec deux grosses bûches qui se consumaient au cours de la matinée. Elle chassait les engourdissements en se rendant près des chevaux, deux grands oldenburgs efflanqués.

Livre 20/21 pour le Challenge du 3% littéraire 1pourcent2010

Posté par aproposdelivres à 07:14 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30 octobre 2010

Seul dans Berlin - Hans Fallada

Livre lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Folio

seul_dans_Berlin seul_dans_Berlin_p

Denoël – juin 2002 – 558 pages

Folio – janvier 2004 – 560 pages

traduit de l'allemand par A. Virelle et A. Vanevoorde

Quatrième de couverture :
Mai 1940, on fête à Berlin la campagne de France. La ferveur nazie est au plus haut. Derrière la façade triomphale du Reich se cache un monde de misère et de terreur. Seul dans Berlin raconte le quotidien d'un immeuble modeste de la rue Jablonski, à Berlin. Persécuteurs et persécutés y cohabitent. C'est Mme Rosenthal, juive, dénoncée et pillée par ses voisins. C'est Baldur Persicke, jeune recrue des SS qui terrorise sa famille. Ce sont les Quengel, désespérés d'avoir perdu leur fils au front, qui inondent la ville de tracts contre Hitler et déjouent la Gestapo avant de connaître une terrifiante descente aux enfers. De Seul dans Berlin, Primo Levi disait, dans Conversations avec Ferdinando Camon, qu'il était "l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie". Aucun roman n'a jamais décrit d'aussi près les conditions réelles de survie des citoyens allemands, juifs ou non, sous le IIIe Reich, avec un tel réalisme et une telle sincérité.

Auteur : Hans Fallada, pseudonyme de Rudolf Ditzen (1893-1947), exerça une multitude de métiers - gardien de nuit, exploitant agricole, agent de publicité - avant de devenir reporter puis romancier. Écrivain réaliste populaire, il dressa un tableau très fidèle de la société allemande entre les deux guerres, et termina en 1947 par Seul dans Berlin, son chef-d'œuvre.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et Folio. Le livre prévu (Les fantômes de Breslau) n'étant finalement pas disponible, Folio nous a proposé de choisir un titre de son catalogue. J'ai donc choisi Seul dans Berlin de Hans Fallada.

A travers une galerie de personnages, l'auteur dépeint la vie quotidienne des allemands à Berlin sous le régime nazi à partir de mai 1940. Dans un même immeuble modeste de la rue Jablonski, cohabitent, Madame Rosenthal, Otto et Anna Quangel, un couple tranquille, la famille Persick, Borkhausen et sa famille, le conseiller Fromm...
Madame Rosenthal est juive, son mari a été arrêté par la Gestapo et elle est persécutée par la famille Persick. Chez les Persick, le père a ses entrées au Parti, les deux fils aînés sont à la SS, le jeune fils, Baldur est le plus talentueux de la famille il va bientôt rentrer dans l'école des futurs cadres nazis. Borkhausen est un mouchard et un voleur. Après avoir appris la mort de leur fils lors de la Campagne de France, et pour donner un but à leur vie, les Quangel entrent en résistance, en écrivant des cartes postales appelant à la rébellion et en les déposant dans toute la ville de Berlin. Nous découvrons les différentes attitudes possible : la résistance, la lâcheté, le profiteur, la passivité, la collaboration, la délation... Toute la population allemande est sous l'emprise de la peur.

Ce livre est très intéressant pour connaître la réalité de la vie à Berlin pendant la Seconde Guerre Mondiale. Il se lit lentement, le style est littéraire, les descriptions sont précises. L'auteur a construit son histoire en lui donnant un certain suspens : la Gestapo va-t-elle oui ou non découvrir qui est le mystérieux « Trouble-fête » ? et parfois des passages plutôt drôles : lorsque Borkhausen se fait avoir à ses propres entourloupes...
Merci à Livraddict et aux éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce livre que j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (page 34)
Involontairement, il prend les mains de Trudel dans les siennes, et il l’éloigne de l’affiche.
- Qu’y a-t-il donc ? demande-t-elle, toute surprise.
Mais elle suit le regard de Quangel et lit également le texte. Une exclamation, qui peut tout signifier, lui vient aux lèvres : protestation contre ce qu’elle vient de lire, désapprobation du geste de Quangel, ou indifférence. Elle remet son agenda en poche et dit ;
- Ce soir, c’est impossible, père. Mais je serai chez vous demain vers huit heures.
- Il faut que tu viennes ce soir, Trudel, répond Otto Quangel... Nous avons reçu des nouvelles
d’Otto...
Il voit que toute gaieté disparaît des yeux de la jeune fille.
- Otto est mort, Trudel !
Du fond du coeur de Trudel monte le même “Oh !” profond qu’il a eu lui aussi en apprenant la nouvelle. Un moment, elle arrête sur lui un regard brouillé de larmes. Ses lèvres tremblent. Puis elle tourne le visage vers le mur, contre lequel elle appuie le front. Elle pleure silencieusement.
Quangel voit bien le tremblement de ses épaules, mais il n’entend rien.
“Une fille courageuse ! se dit-il. Comme elle tenait à Otto !... À sa façon, il a été courageux, lui aussi.
Il n’a jamais rien eu de commun avec ces gredins. Il ne s’est jamais laissé monter la tête contre ses parents par la Jeunesse Hitlérienne. Il a toujours été contre les jeux de soldats et contre la guerre, cette maudite guerre !...”
Quangel est tout effrayé par ce qu’il vient de penser. Changerait-il donc, lui aussi ? Cela équivaut presque au “Toi et ton Hitler” d’Anna.
Et il s’aperçoit que Trudel a le front appuyé contre cette affiche dont il venait de l’éloigner. –Au dessus de sa tête se lit en caractère gras :
AU NOM DU PEUPLE ALLEMAND
Son front cache les noms des trois pendus...
Et voilà qu’il se dit qu’un jour on pourrait fort bien placarder une affiche du même genre avec les noms d’Anna, de Trudel, de lui-même... Il secoue la tête, fâché... N’est-il pas un simple travailleur manuel, qui ne demande que sa tranquillité et ne veut rien savoir de la politique ? Anna ne s’intéresse qu’à leur ménage. Et cette jolie fille de Trudel aura bientôt trouvé un nouveau fiancé...
Mais ce qu’il vient d’évoquer l’obsède :
“Notre nom affiché au mur ? pense-t-il, tout déconcerté. Et pourquoi pas ? Être pendu n’est pas plus terrible qu’être déchiqueté par un obus ou que mourir d’une appendicite... Tout ça n’a pas d’importance... Une seule chose est importante : combattre ce qui est avec Hitler... Tout à coup, je ne vois plus qu’oppression, haine, contrainte et souffrance !... Tant de souffrance !... “Quelques milliers”, a dit Borkhausen, ce mouchard et ce lâche... Si seulement il pouvait être du nombre !... Qu’un seul être souffre injustement, et que, pouvant y changer quelque chose, je ne le fasse pas, parce que je suis lâche et que j’aime trop ma tranquillité...”
Il n’ose pas aller plus avant dans ses pensées. Il a peur, réellement peur, qu’elles ne le poussent implacablement à changer sa vie, de fond en comble.

Posté par aproposdelivres à 09:12 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 octobre 2010

Le garçon en pyjama rayé - John Boyne

Lu durant le Read-A-Thon RAT_logo

Lu dans le cadre du Challenge Lunettes noires sur Pages blanches 

lire_et_cin_ma

le_gar_on_en_pyjama_ray__p le_gar_on_en_pyjama_ray_

Folio Junior – août 2003 – 202 pagestraduit de l'anglais par Catherine Gibert

Gallimard jeunesse – août 2009 – 186 pages

Quatrième de couverture :
Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre. On dira simplement qu'il s'agit de l'histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l'autre côté d'une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister.

Auteur : John Boyne est né à Dublin en Irlande le 30 avril 1971. Il a suivi des études de littérature anglaise au Collège de Trinité, puis il a suivi le cours d'écriture de l'université d'East Anglia. Vers l'âge de 20 ans, il commence à écrire des nouvelles, dont certaines paraissent dans la presse (Sunday Tribune,…). Il a écrit plusieurs romans. Son premier ouvrage qui était destiné à la jeunesse, "The Thief of Time", a été publié en 2000. "Le garçon en pyjama rayé" est son quatrième roman. Ce livre fut traduit dans plus de vingt langues et couronné de nombreux prix et le livre a été adapté à l'écran par le réalisateur Mark Herman.

Mon avis : (lu en octobre 2010)
C'est à travers le regard de Bruno un garçon de neuf ans naïf et innocent, fils du SS commandant du camp d'Auschwitz, nous découvrons les horreurs de la guerre et de la solution final.
Bruno n'est pas content de quitter sa belle maison de Berlin et tous ses copains. Mais son père un officier nazi a eu une promotion grâce au « Fourreur », il va devenir le commandant « d'Hoche-Vite ». Il va maintenant habiter une maison triste et isolée. De sa chambre, il aperçoit des hommes, des femmes et des enfants, tous vêtus de pyjamas rayés. Mais personne ne veut lui répondre à ses questions, il va donc quitter la maison en douce et traverser la forêt pour atteindre le camp et voir par lui même. Lorsqu’il arrive devant le grillage, il aperçoit un garçon assis, tête baissée, juste en face de lui, derrière les fils barbelés électrifiés. Bruno se lie d'amitié avec Schmuel, un jeune garçon de son âge qui porte un pyjama rayé et vit de l'autre côté de la clôture. Jour après jours, Bruno retourne voir son nouvel ami et peu à peu il comprend ce qui se passe au sein du camp. Et un jour, Bruno franchit la clôture pour aider Schmuel à chercher son père qui a disparu du camp, comme son grand-père avant lui...

Une histoire à la fois belle, triste et émouvante. A lire et à faire lire.
Ce roman s'adresse à un public large, des enfants de plus de douze ans aux adultes.

film_le_garcon_au_pyjama_ray_

Le Film : Le Garçon au pyjama rayé (The Boy in the Striped Pyjamas) est un film anglo-américain réalisé par Mark Herman en 2008, d'après le roman de l'écrivain irlandais John Boyne. Avec comme acteurs : Asa Butterfield , Vera Farmiga, David Thewlis, Jack Scanlon, David Hayman...
L'adaptation est très proche du livre, les acteurs sont formidables en particulier les deux petits garçons qui jouent Bruno et Shmuel. Seule différence, l'impact de la fin de l'histoire : pour le film, elle est frappante, brutale et sans équivoque, dans le livre, elle est seulement suggérée, la façon dont elle est racontée paraît plus « soft » même si elle est la même.
Un film bouleversant et magnifique.

Extrait : (page 51)
- Qui sont ces gens dehors? finit-il par dire.
Père pencha la tête de côté, un peu embarrassé par la question.
- Des soldats, Bruno. Des secrétaires. Du personnel. Tu en as déjà vu.
- Non, pas ceux là, dit-il. Les gens que je vois de ma fenêtre, dans les baraques, au loin. Ils sont tous habillés pareils.
- Ah, ceux-là, dit Père en hochant la tête, avec un léger sourire. Ces gens.... ce ne sont pas des gens, Bruno.
Bruno fronça les sourcils.
- Ce ne sont pas des gens? demanda t-il, doutant de ce que Père voulait dire.
- Du moins, pas comme nous l'entendons, poursuivit Père. Mais pour l'instant, tu ne devrais pas t'en occuper. Ils n'ont rien à voir avec toi. Et tu n'as absolument rien en commun avec eux. Contente-toi de t'installer dans ta nouvelle maison et de bien te conduire, c'est tout ce que je demande. Accepte la situation et tout ira mieux.
- Oui, Père, dit Bruno que la réponse ne satisfaisait pas.
Il ouvrit la porte, mais Père le rappela. Il était debout, le sourcil relevé, comme pour signifier à Bruno qu'il avait oublié quelque chose. Cette chose lui revint à l'esprit dès que Père la lui suggéra. Alors il prononça la formule consacrée et fit exactement les mêmes gestes que lui.
Il ramena les pieds l'un contre l'autre, tendit le bras droit en l'air, fit claquer ses talons et dit les mots de circonstance à prononcer chaque fois qu'il prenait congé d'un soldat, d'une voix grave et claire (aussi ressemblante que possible à celle de Père).
- Heil Hitler, lança t-il, supposant que c'était une autre façon de dire : "Au revoir. Et bon après midi."

Posté par aproposdelivres à 15:48 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , , ,


14 juin 2010

Étranger à Berlin – Paul Dowswell

Livre lu dans le cadre du Partenariat spécial Jeunesse
avec
Blog-O-Book et les Éditions Naïve

coup_coeur_voh1

Etranger___Berlin___Paul_Dowswell Naïve – août 2009 - 429 pages

traduit de l’anglais par Nathalie Peronny

Présentation de l'éditeur :
Le garçon sortit une boîte d'allumettes pour en craquer une. A la lueur vacillante de la flamme, une porte fermée apparut. La clé était suspendue à côté à un clou, au bout d'un ruban rouge. Il trifouilla quelques secondes dans la serrure, et la porte s'ouvrit. Un courant d'air glacé envahit la contre-allée. Les jeunes franchirent l'ouverture pour se retrouver dans ce qui se révéla être une petite cour sordide baignée par le clair de lune. Des herbes folles poussaient entre les pavés fendus et dans les craquelures des murs en brique. Il y avait des latrines en plein air, plusieurs caisses, trois poubelles remplies à ras bord et une minuscule porte en bois. Quelqu'un actionna la poignée frénétiquement - fermé à clé. Dans leur dos explosaient des cris, des bruits de tables et de chaises fracassées. Les jeunes qui s'étaient laissé piéger au moment de la ruée vers la sortie résistaient en se battant. Des filles hurlaient. " C'est le mur ou rien ", déclara Peter.

Quand ses parents meurent, en 1941, Piotr, jeune garçon polonais, est placé dans un orphelinat à Varsovie. Il est rapidement repéré : sa grande taille, ses cheveux blonds et ses yeux bleus font de lui un modèle accompli du type aryen prôné par Hitler...
Un haut dignitaire nazi souhaite l'adopter : Piotr, rebaptisé Peter, est accueilli dans sa nouvelle famille à Berlin. Mais Peter sent bien que pour les autres, il reste un étranger. Tous ses efforts tendent à convaincre son entourage du contraire, quitte à faire parfois quelques compromis ... C'est alors qu'il rencontre Lena... et qu'il découvre grâce à elle le vrai visage du nazisme. Il est temps pour lui de choisir son camp. Et de prendre des risques...

Un roman d'aventures qui pose la délicate question de l'engagement.

Auteur : D’abord chercheur, puis éditeur, Paul Dowswell est l’auteur d’une cinquantaine de livres, dont certains sont traduits dans le monde entier. Deux de ses livres ont figuré sur les listes finales des sélections du Blue Peter Book Award, célèbre prix consacré à la littérature jeunesse.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Ce livre est un superbe roman destiné aussi bien aux adolescents (à partir de 14 ans) qu'aux adultes. Il a été construit autour de faits historiques, l'auteur nous plonge au cœur du Reich de 1941 à 1943.
En 1941, Piotr est un jeune orphelin polonais de 13 ans. Il est de type aryen « On dirait le gamin de l'affiche de la Hitlerjugend ». Rebaptisé Peter, il va être adopté par un couple de Berlin, les Kaltenbach, qui ont également trois filles. Au début, il est content d'avoir une belle chambre et d'être bien nourri, il va tout faire pour oublier lui-même et aux autres ses origines polonaises. Il entre chez les Hitlerjugend mais il garde cependant son esprit critique et peu à peu il réalise l'absurdité et la cruauté du national-socialisme. Il découvre également la réalité du travail du professeur Kaltenbach à l'Institut scientifique.
Peter va rencontrer Lena et tomber amoureux, sa famille est appréciée et respectée par le Parti, mais ce n'est qu'une apparence car ce sont des opposants qui viennent en aide à des familles juives qui se cachent. Peter va choisir son camp et sa guerre.

Piotr ou Peter est un personnage très attachant, son parcours est original et malgré son jeune âge il ne va pas subir les évènements mais il aura une vrai prise de conscience sur la réalité du régime hitlérien.

L'histoire est passionnante et captivante, nous découvrons l'Allemagne de l'intérieur, l'endoctrinement des jeunes, les menaces d'être dénoncé à la Gestapo pour des faits anodins, mais aussi la résistance interne : l'existence de caves secrètes où l'on écoute du jazz mais aussi ceux qui prennent le risque d'aider des familles juives à se cacher...

Ce livre est un superbe roman historique à lire et à faire lire.

Avis du Fiston (15 ans) : Même si le sujet du livre n'est pas facile, il se lit assez facilement. Dès le début, j'ai été pris par l'histoire de Peter. J'ai beaucoup apprécié de suivre la vie de tous les jours et les activités d'un garçon de mon âge dans le contexte historique de la Seconde Guerre Mondiale côté allemand. Ce livre m'a appris beaucoup de choses sur la guerre de 1939-1945 que je n'avais jamais vu en cours d'Histoire.

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions Naïve pour nous avoir permis de découvrir ce remarquable roman dans le cadre de ce Partenariat spécial Jeunesse.

Extrait : (début du livre)
Varsovie
2 août 1941
Piotr Bruck grelottait en attendant son tour avec une vingtaine d'autres garçons dénudés dans le long couloir exposé aux courants d'air. Il avait maladroitement roulé ses vêtements en boule et les pressait contre sa poitrine pour se tenir chaud. Le ciel était couvert, en cette journée d'été, et la pluie tombait sans discontinuer depuis le petit matin. Le jeune garçon maigre qui se tenait juste devant lui avait la chair de poule jusqu'aux épaules. Lui aussi tremblait, de froid ou de peur. A l'extrémité de la file d'attente se trouvaient deux hommes en blouse blanche assis à une table. Ils examinaient brièvement chacun des garçons à l'aide d'instruments étranges. Certains étaient ensuite envoyés vers une pièce située à gauche de la table. D'autres, sans plus d'explications, étaient dirigés vers la porte de droite.
Piotr, comme le reste du groupe, avait reçu l'ordre de se taire et de ne pas regarder autour de lui. Il s'efforçait donc de garder les yeux rivés droit devant. La peur qui l'habitait était si forte qu'il se sentait presque détaché de son propre corps. Le moindre mouvement lui semblait foncé, artificiel. Le seul détail qui le ramenait à la réalité était sa vessie douloureuse. Piotr savait qu'il était inutile de demander la permission d'aller aux toilettes. Quand les soldats avaient débarqué à l'orphelinat pour arracher les garçons de leurs lits et les entasser dans une camionnette, il leur avait déjà demandé. Mais cela lui avait uniquement valu une gifle au-dessus de l'oreille pour avoir osé parler sans autorisation.

Ces hommes étaient déjà passés une première fois à l'orphelinat deux semaines auparavant. Depuis, ils étaient revenus souvent. Ils emmenaient parfois des garçons, parfois des filles. Dans le dortoir surpeuplé de Piotr, certains se réjouissaient de ces départs à répétition. « Ça nous laisse plus à manger, plus de place pour dormir, où est le problème ? » avait déclaré l'un de ses voisins de lit. Seuls quelques-uns en revenaient chaque fois. Les rares qui acceptaient de parler révélaient du bout des lèvres qu'on les avait mesurés et pris en photo.

Un peu plus loin, au fond du couloir, se tenait un petit groupe de soldats en uniforme noir – celui orné d'insignes en forme d'éclairs au niveau du col. Certains avaient des chiens, de féroces bergers allemands tirant avec nervosité sur les chaînes qui leur servaient de laisses. Piotr avait déjà vu des hommes de ce genre. Ils étaient venus dans son village pendant les combats. Lui-même avait vu de ses yeux de quoi ils étaient capables.

Un autre homme les observait. Il portait le même insigne en forme d'éclair que les soldats, mais épinglé à la poche-poitrine de sa blouse blanche. Il se tenait juste devant Piotr, grand, impressionnant, les mains derrière le dos, à superviser l'étrange procédure. Au bout d'un moment, il se retourna et Piotr vit qu'il était équipé d'un petit fouet d'équitation. Ses cheveux sombres et raides lui retombaient mollement sur le sommet du crâne, mais il était rasé sur les côtés, à l'allemande, sept ou huit bons centimètres au-dessus des oreilles.

A mesure que les garçons défilaient, il les observait derrière ses lunettes cerclées de noir et marquait son refus ou son approbation d'un simple signe de tête. La plupart des candidats étaient blonds, comme Piotr, mais certains avaient les cheveux légèrement plus foncés.

Posté par aproposdelivres à 21:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

17 mars 2010

Sang impur – Hugo Hamilton

sang_impur  sang_impur_p

Phebus – septembre 2004 – 279 pages

Points – janvier 2007 – 346 pages

traduit de l’anglais (Irlande) par Katia Holmes

Prix Fémina étranger 2004

Présentation de l'éditeur :

Issue de l'union d'une Berlinoise antinazie avec un nationaliste irlandais, une portée de gamins grandit dans les quartiers misérables du Dublin des années 1960. Talochés par un père dont les échecs affligent tout la famille, les petits Hamilton essuient au dehors les insultes du voisinage. Mais auprès de leur douce mère, Hugo, Franz et Maria apprennent le bonheur d'être en vie, de s'aimer et de se serrer fort contre les siens.

Auteur : Hugo Hamilton est né à Dublin en 1953 d'un mère allemande et d'un père irlandais. Il accède à la consécration avec son roman autobiographique Sang impur, récompensé en France par le prix Femina étranger en 2004.

Mon avis : (lu en mars 2010)

Ce livre est un roman autobiographique, il raconte l’enfance de l’auteur à Dublin dans les années 1960. Sa mère est allemande et son père est un irlandais pur et dur. A la maison, les langues autorisées sont l’allemand et l’irlandais. Avec son frère, Hugo portait des Lederhosen (culotte de cuir) et des pulls irlandais. A l’école il doit parler anglais et les autres élèves le traite de nazi. Le père ne veut rien dire et oublier son passé (un père engagé et mort dans la marine anglaise), il est intransigeant avec lui-même et sa famille. Il refuse la moindre allusion à la langue anglaise. Il n’hésite pas à corriger ses enfants avec une baguette. Il refuse même d’utiliser son patronyme Hamilton, lui préférant sa forme « à l’irlandaise » et imprononçable "O hUrmoltaigh". Il tente de monter sans grande réussite une entreprise pour vendre des crucifix importés d’Allemagne, puis des chapeaux en papier et des pétards allemands ou alors des bonbons faits maison… puis il se lancera dans l'apiculture.

Au contraire, la mère est douce, elle préfère raconter des histoires ou mettre de la musique allemande pour résoudre les conflits, elle raconte l’Allemagne et son enfance avec la montée du nazisme et la Seconde Guerre Mondiale. En cachette, du père, elle rédige sur une vieille machine à écrire ses souvenirs. Elle aime également faire de bons gâteaux.

Hugo Hamilton nous touche beaucoup avec ce récit tendre, naïf et juste d’un petit garçon rêveur mais aussi turbulent qui ne sait pas trop qui il est. Est-il allemand ? Est-il nazi ? Est-il irlandais ? « Nous n'avons pas qu'une seule langue, qu'une seule histoire. Nous dormons en allemand et nous rêvons en irlandais. Nous rions en irlandais et nous pleurons en allemand... »

Il supporte la dureté de son père grâce aux câlins de sa mère. « Je suis à la fois le plus gentil et le plus culotté, elle dit, parce que c’est moi qui reçoit le plus de claques de mon père, et moi qui ait le plus de câlins de sa part à elle, pour réparer. »

Durant cette lecture, je suis passée par beaucoup d’émotions, du rire aux larmes. Une très belle découverte !

Un grand MERCI à Françoise qui m’a offert ce livre à l’occasion du Swap Saint Patrick organisé par Canel.

Extrait : (page 23)

Je sais qu'ils ne veulent pas de nous ici. Je peux les voir passer de la fenêtre de la chambre des parents, ils viennent du terrain de football qui est près de notre rue et ils redescendent vers les magasins. Ils ont des bâtons, ils fument des mégots de cigarette et ils crachent par terre. Je les entends rire. C'est juste une question de temps : on sera bien obligés de sortir et ils seront là à attendre. Ils découvriront qui on est. Ils nous diront de repartir là d'où on vient.
On n'a rien à craindre, dit mon père : nous sommes les nouveaux Irlandais. Pour partie originaires d'Irlande, pour partie d'ailleurs - mi-Irlandais, mi-Allemands. Nous sommes les gens tachetés, il explique, les brack people, 'les bigarrés'. Un mot qui vient de la langue irlandaise, du 'gaélique' comme ils l'appellent quelquefois. Mon père a été instituteur à un moment donné, avant de devenir ingénieur, et brack est un mot que les Irlandais ont apporté avec eux quand ils sont passés à l'anglais. Ca veut dire tacheté, pommelé, chiné, moucheté, coloré. Une truite est brack, un cheval tacheté aussi. Un barm brack est un pain avec des raisins dedans - un nom emprunté aux mots irlandais bairin breac. Ainsi, nous sommes les Irlandais tachetés, les Irlandais bigarrés. Un pain brack irlandais maison, truffé de raisins allemands.

Posté par aproposdelivres à 06:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 janvier 2010

Mort sur liste d’attente – Veit Heinichen

morts_sur_liste_d_attente morts_sur_liste_d_attente_p

Seuil – janvier 2008 – 272 pages

Points – juin 2009 – 319 pages

traduction de l’allemand par Colette Kowalski

Quatrième de couverture :

Un vent de folie souffle sur Trieste. Le médecin d'une célèbre clinique de chirurgie esthétique est retrouvé dans son sang, sauvagement émasculé. Le commissaire Laurenti est immédiatement réquisitionné. Ses recherches dérangent et il ne semble jamais le bienvenu dans la clinique. Viendrait-on ici s’inscrire pour d’autres opérations que de simples retouches esthétiques ?

Auteur : Veit Heinichen, né en 1957, a été libraire, journaliste et éditeur en Allemagne. Amoureux de la ville de Trieste, il y vit désormais comme écrivain. Après ses romans, Les Requins de Trieste et Les Morts du Karst Mort sur liste d'attente est la troisième enquête du commissaire Laurenti.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

J’ai pris un peu par hasard ce roman policier à la bibliothèque, je ne connaissais pas cet auteur. L’histoire nous plonge dans une enquête autour du trafic d’organe.

Au début, j’ai un peu été perdu car les chapitres se succèdent sans aucun lien semble-t-il… Nous sommes à Trieste : un roumain essaye de se rendre à Trieste par bateau en passant par Istambul. Un ancien médecin légiste de 82 ans est mis à la retraite. On découvre la clinique de chirurgie esthétique « La Salvia » et une discussion entre médecins et actionnaires. Lorenzo Ramses Frei enquête depuis bientôt deux ans sur la mort mystérieuse de sa compagne lors d’une conférence universitaire à Malte. Le commissaire Laurenti participe à l’organisation de la protection lors d’un sommet italo-allemand…

Un jeune homme vêtu d'une blouse d'hôpital se jette sous les roues d’une voiture officielle. Un chirurgien esthétique est retrouvé dans son jardin, mutilé et baignant dans son sang. Et le commissaire Laurenti se retrouve à la tête de deux enquêtes délicates. Et j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre le commissaire Laurenti dans ses enquêtes sans oublier ses tracas personnels qui ajoute au personnage de l’humanité et à l’histoire de l’humour. Une belle découverte !

Extrait : (début du livre)

Un vent d’est glacial soufflait sur le port au bord de la mer Noire. Début mars, il avait encore fortement neigé à Constan a, et la neige crissait sous les pas. L’homme battait la semelle pour se réchauffer. Une fois à bord du cargo, il espérait être à l’abri jusqu’à Istanbul. Plus tard, sur l’autre bateau qui devait l’emmener à Trieste, il serait mieux loti, on le lui avait promis. Mais, auparavant, il lui fallait sortir de Roumanie sans passeport.

Il n’avait pas été difficile d’arriver sans encombre aux quais bien éclairés. A l’ombre des conteneurs empilés, ils attendaient en silence le signal qui devait venir à vingt heures trente précises du bateau amarré au môle. Dimitrescu devrait alors escalader le plus vite possible l’échelle de coupée. A la fin du voyage, on lui donnerait dix mille dollars – moins les frais de son accompagnateur, qui avait déjà déduit cinq cents dollars de l’acompte. Dix fois le salaire mensuel moyen en Roumanie – quand on avait du travail.

Ils se connaissaient depuis peu. L’intermédiaire, un type mielleux en costume bon marché, n’avait pas mis longtemps à le convaincre de l’affaire, comme il disait. Il ne savait pas que Dimitrescu le cherchait depuis des jours. Un rein, lui avait-il expliqué, c’est une bagatelle pour quelqu’un qui en a deux en bon état, mais c’est un bien précieux quand on a les deux malades. La recherche du groupe sanguin et le test immunologique furent vite expédiés. L’intermédiaire avait été dirigé vers Dimitrescu quand le frère jumeau de celui-ci, Vasile, n’était pas revenu de son voyage.

La famille avait longtemps attendu le retour de Vasile, espérant tous les jours le voir monter les escaliers de l’immeuble en préfabriqué, plein de courants d’air et mal chauffé, à la périphérie de Constan a, un peu fatigué peut-être, mais riant, et le voir entrer, une liasse de dollars à la main, dans la main, dans l’appartement où vivaient les familles des jumeaux et dont il voulait enfin faire sortir sa femme et ses trois enfants. Chaque fois qu’ils entendaient des pas dans la cage d’escalier, l’espoir se réveillait, mais de jour en jour la peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose grandissait. Jamais il ne les avait laissés sans nouvelles quand il partait gagner de l’argent dans une autre ville. Vasile n’avait même pas révélé à sa femme la raison de son départ. Seul Dimitrescu était dans la confidence. Il avait essayé de l’en dissuader, sans succès. Il y avait beaucoup à gagner et Vasile y voyait le seul moyen de sortir de sa situation désastreuse. Il n’était pas le premier à faire le voyage jusqu’à Istanbul, où se déroulaient les interventions. La ville était pleine de cliniques clandestines qui changeaient d’adresse avant que les autorités, peu actives, ne puissent les découvrir et mettre fin à leurs trafics. Le commerce était lucratif et des spécialistes chevronnés, sans scrupule, opéraient aussi vite que bien la clientèle venue de l’Ouest ou du Proche-Orient.

Avant que Dimitrescu n’ai retrouvé l’homme qui avait recruté Vasile, la terrible nouvelle était arrivée. Un soir avait surgi Cezar, un parent éloigné, qui parcourait toutes les routes du monde à bord de son poids lourd. Ils ne l’avaient pas vu depuis longtemps, si bien que, d’abord, personne ne sut ce qu’il voulait, mais, à un moment, il tira de sa veste une photo froissée qu’il posa sur la table. La femme de Vasile se cacha le visage dans les mains et poussa un long cri de détresse. Cezar expliqua que la photo lui avait été donnée à Trieste par un policier.Vasile était mort. Les mains de Dimitrescu tremblaient en prenant la photo et la carte du policier que Cezar lui remit.

Posté par aproposdelivres à 08:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

29 décembre 2009

Loving Frank – Nancy Horan

loving_frank Buchet-Chastel – septembre 2009 – 539 pages

traduit de l'américain par Virginie Buhl

prix Fenimore Cooper de la meilleure fiction historique

Quatrième de couverture :

Au début du XXe siècle, la bonne société de Chicago resta foudroyée par le soufre d'un scandale sans précédent.
Pour l'amour éperdu d'un homme, une femme osa l'impensable et commit l'irréparable. Elle en paya le prix toute sa vie. Elle s'appelait Mamah Borthwick Cheney. Lui n'était autre que Frank Lloyd Wright, l'enfant génial et rebelle de l'architecture américaine à qui Mamah et son mari Edwin Cheney avaient demandé, en 1903, de construire leur nouvelle maison. En 1909, tombée entre-temps follement amoureuse du célèbre architecte, Mamah choqua une époque pudibonde et dévote en quittant son mari et ses deux jeunes enfants pour suivre Frank Lloyd Wright en Europe. Ce dernier, tout aussi épris, laissait derrière lui une Amérique stupéfaite, une épouse et six enfants... Enchaînés par la passion, mais hantés par une culpabilité intolérable, ils firent la une de la presse américaine durant leurs séjours en Allemagne, en Italie et à Paris, lors de la grande crue de 1910...
Mais aucun journal à sensation n'aurait pu prévoir ce qui adviendrait à ce couple maudit de retour aux États-Unis, en 1914. La violence du dénouement verra - au-delà du déchirement des familles Cheney et Wright - le monde pétrifié.
Pour la première fois nous est contée l'histoire de l'émancipation très en avance sur son temps de Mamah Borthwick, et de son amour pour l'un des plus grands maîtres de l'architecture moderne.

Auteur : Nancy Horan est écrivain et journaliste. Loving Frank est son premier roman. Elle vit en famille sur l’île de Puget dans l’état de Washington.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Ce livre est une fiction historique qui commence en 1903 aux États-Unis. Il raconte l'histoire d'amour entre Franck Lloyd Wright et Mamah Borthwick. Franck est un architecte américain connu, il est marié et a six enfants. En 1903, Edwin et Mamah Cheney font appel à lui pour construire leur maison à Chicago. Edwin et Mamah ont trois enfants. C'est à cette occasion que Frank et Mamah se rencontrent et tombent amoureux l'un de l'autre. En 1909, malgré l'Amérique puritaine et la presse à scandale, Mamah n'hésite pas à suivre Frank en Europe où ils pourront vivre plus tranquillement leur amour. En Europe, Mamah Borthwick cherche également à se réaliser par elle-même, elle va rencontrer Ellen Key féministe suédoise et devenir sa traductrice américaine officielle. Mais la presse les oblige à rentrer aux États-Unis en 1914, dans Taliesin leur nouvelle maison du Wisconsin. Ils ont fait l'un et l'autre preuve de liberté préférant sacrifier leurs familles pour se réaliser personnellement. Mais ce ne sera pas facile d'être à la une de la presse à scandale et d'être rejeté par une société très conventionnelle. L'amour de Franck et Mamah nous transporte et nous bouleverse, leur histoire est émouvante et attachante. J'ai lu ce livre avec beaucoup de plaisir, les personnages sont passionnants et j'ai beaucoup aimé découvrir cette période de début du siècle XXème siècle. J'ai été bouleversée par un épilogue inattendu et tragique.

Frank_Lloyd_Wright_portrait_1906 mammah

Franck Lloyd Wright et Mamah Borthwick

taliesin29_frankloving

la maison de Taliesin dans le Wisconsin

Extrait :  (page 37)

Le sourire aux lèvres, Frank se leva pour scruter le contenu du carton. « Qu’y a-t-il d’autre là-dedans ?
- Oh, une partie de mes vieilleries. Des papiers… »
Il se rassit et la regarda : « Racontez, je veux tout savoir. »
Racontez, je veux tout savoir. Il aurait aussi bien pu dire : Enlevez votre robe.
L’un après l’autre, elle avait sorti tous les objets de la boîte. Elle lui avait montré son mémoire de maîtrise et la photographie de sa remise de diplôme. Elle lui avait parlé des années qu’elle avait passées à Port Huron comme professeur d’anglais et de français au lycée, avec Mattie, son amie de l’université. Elle lui avait montré des photos de sa famille, devant leur demeure d’Oak Park Avenue.

«Ce doit être vous, là.

- Mm-mmh. Voici ma sœur Jessie. C'était l'aînée. » en désignant la jeune adolescente qui souriait du haut de ses seize ans, Mamah sentit une tristesse familière lui serrer le cœur. « Et Lizzie. Elle n'a guère changé, n'est-ce pas ? La deuxième des trois sœurs. »

Frank avait reporté son attention sur la fillette aux cheveux noirs qui prenait la pose avec une si belle assurance, un maillet de croquet dans une main, une jambe crânement croisée devant l'autre. « Quel âge aviez-vous ?

- Douze ans.

- Quel cran pour une petite fille !

- Oui, je pense que c'était mon âge d'or. J'étais plus intelligente que je ne l'avais jamais été jusqu'alors ou ne le suis depuis. Rien n'était en demi-teintes. J'idolâtrais mon père. J'aimais follement mon chien. J'adorais lire. »

Posté par aproposdelivres à 11:10 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

13 décembre 2009

Mon enfant de Berlin – Anne Wiazemsky

mon_enfant_de_berlin Gallimard – août 2009 - 247 pages

Présentation de l'éditeur :

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.

Auteur : Née en 1947, Anne Wiazemsky est la petite-fille de l'écrivain François Mauriac par sa mère Claire Mauriac. Elle est issue de la famille princière russe des Wiazemsky qui émigra en France après la révolution de 1917. Ses romans sont souvent influencés par l'histoire de sa famille. Anne Wiazemsky a également été actrice de cinéma. Sa carrière cinématographique a commencé en 1966 avec Au hasard Balthazar de Robert Bresson. On l'a aussi vue dans un rôle secondaire dans Rendez-vous d'André Téchiné en 1985. Elle a été mariée à Jean-Luc Godard de 1967 à 1979. Son frère, Pierre Wiazemsky, est un dessinateur humoristique sous le pseudonyme de Wiaz. Elle a adapté, avec Jacques Fieschi en 1997, Souvenirs avec piscine de Terence McNally, au Théâtre de l'Atelier à Paris.

Mon avis : (lu en décembre 2009)

Livre lu dans le cadre du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère », proposition de Clarabel

A partir du journal de sa mère, Anne Wiazemsky raconte l'amour naissant entre Claire Mauriac, fille de François Mauriac, et Yvan Wiazemsky, prince russe en exil. Nous sommes en 1945 dans Berlin en ruine, elle est ambulancière de la Croix-Rouge, il travaille pour un organisme des personnes déplacés du côté des alliées français.

Une belle histoire d'amour romanesque entre Claire et Wia, si différents mais comme on dit souvent « les contraires s'attirent et se complètent ». Le style est simple et fluide, le livre se lit vraiment facilement. Cela n'a pas été le coup de cœur, mais j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (début du livre)

En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve encore à Béziers avec sa section. Elle a vingt-sept ans, c’est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l’ignorer. Elle n’a pas le temps de se contempler dans un miroir, ou alors fugitivement et toujours avec méfiance. Elle souhaite n’exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l’admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu’elle est la fille d’un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l’une d’entre elles, rien de plus. Cela la rend heureuse. Elle aime ce qu’elle fait, la nécessité de vivre au jour le jour. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre, pour la première fois de sa jeune vie. Une vie sans passé, sans futur. Une vie au présent.

De sa chambre, elle regarde les toits de Béziers, la lumière dorée de la fin d’après-midi sur les tuiles. Des cloches sonnent. Sur la grande table qui lui sert de bureau, son précieux poste de T.S.F. et un bouquet de roses de jardin. À côté du vase, le cahier où elle relate quand elle peut le récit de ses journées : son journal. Autour, de nombreuses photos de ses parents, de ses frères et de sa sœur avec son bébé. Une autre, un peu à l’écart, représente un jeune homme en uniforme de soldat qui se force à sourire. Parfois, elle le contemple attendrie, amoureuse, mais maintenant, de plus en plus souvent, elle l’évite.

Ce jour-là, elle est juste attentive à ce qu’elle éprouve, un bien-être physique dû à la douceur de l’air et à un copieux repas constitué de tomates, d’œufs et de prunes trouvées dans une ferme abandonnée. Bientôt il y aura d’autres repas, bientôt elle cessera d’avoir faim. Malgré les combats qui continuent, la guerre n’est-elle pas presque finie ?

Une question alors s’impose : doit-elle rejoindre sa famille comme celle-ci le lui demande ou bien lui désobéir et suivre les armées ? La plupart de ses compagnes ont déjà fait un choix dans un sens ou dans l’autre.

Claire allume une cigarette. Inspirer la fumée, la rejeter par les narines est un plaisir dont elle ne se lasse pas. Même aux pires moments, fumer une cigarette, n’importe laquelle, l’aide à affronter le quotidien, à trouver en elle le détachement nécessaire. Un jeune lieutenant dont elle vient de faire la connaissance lui a offert toute une cartouche qu’il tient de l’armée américaine. En échange, elle doit lui faire visiter la région. Mais ils n’ont pas pris de rendez-vous, ce soldat peut être appelé à rejoindre le combat dans les jours qui viennent.

Par la fenêtre, elle regarde à nouveau les toits de Béziers. Cette ville, elle l’a aimée tout de suite et de devoir bientôt la quitter lui cause un réel chagrin. Pour aller où, ensuite ? Voilà que se repose la question à laquelle elle ne sait pas répondre.

Elle prend son cahier, s’allonge sur le lit et commence à le feuilleter comme si revoir son passé pouvait l’aider à décider de l’avenir. Elle passe très vite sur les pages concernant ses débuts à Caen puis s’attarde sur celles où elle parle de Patrice, prisonnier en Allemagne, avec qui elle correspond depuis le début de la guerre. « Mon fiancé, prononce-t-elle à mi-voix, mon fiancé... » Elle lève les yeux vers son portrait, près du vase de fleurs et le contemple avec attention. Il lui semble qu’elle ne se souvient plus aussi exactement de sa façon de se mouvoir, du timbre de sa voix.

À la date du 19 décembre 1943, lors d’un bref passage à Paris, elle a noté :

« Journée tout entière passée chez les parents de Patrice alors que je n’y étais venue que pour le déjeuner. C’est extraordinaire comme j’aime cette famille. J’ai vraiment l’impression d’être des leurs. Ses frères lui ressemblent beaucoup. Nous avons naturellement parlé de Patrice. Comme ils l’aiment et comme leur amour déborde sur moi. À leurs yeux, je suis celle que Patrice aime et je suis sacrée. En plus ils me trouvent très jolie.

Comme j’ai changé depuis l’année dernière ! Il y a un an, j’étais très malheureuse. Patrice n’était rien ou presque rien pour moi alors que maintenant il a pris une place qui grandit tous les jours davantage. Je pensais à lui avec ennui et j’avais presque peur de le voir revenir. Maintenant je compte les jours, je voudrais le voir, le toucher, lui parler, le remercier de tant m’aimer, de m’avoir appris à l’aimer, à l’attendre avec tant de joie et d’impatience.

Il y a un an, j’échouais à l’examen d’entrée à la Croix-Rouge. J’étais triste car je doutais de moi. Aujourd’hui, je sais que je suis capable. Ainsi, en cette fin d’année, je suis contente du chemin parcouru. Il me semble que Caen m’a fait un bien immense. Je suis moins égoïste et surtout je sais mieux apprécier le vrai bonheur. Je suis moins blasée. Je m’aime moins pour moi que pour Patrice. Je l’attends. Je prends un immense plaisir à imaginer notre appartement et ma vie à ses côtés. »

Sur les pages suivantes, Claire a minutieusement recopié les lettres qu’elle a envoyées à Patrice. Elle y relate des fragments de sa vie quotidienne mais se plaît surtout à rêver leur vie future dans un monde pacifié. Ce sentimentalisme, l’affirmation chaque fois répétée de son amour brusquement l’excèdent. « Quels enfantillages ! » pense-t-elle. Et aussitôt après : « Comme je me suis engagée ! » Elle en oublie que les lettres répondent à celles de Patrice, rangées dans sa valise et qu’elle relit rarement. « Pas le temps », dit-elle à voix haute comme si on lui en demandait la raison.

Elle ne lui a pas écrit depuis plusieurs jours et un soupçon de remords lui gâche la fin de sa cigarette. Vite, elle saute ces fâcheuses pages et allume une nouvelle cigarette au mégot de la précédente. Elle préfère revenir à des récits plus flatteurs qui, pense-t-elle, reflètent davantage la jeune femme qu’elle est devenue grâce à la guerre. Comme souvent, c’est une lettre qu’elle a recopiée avant de la faire transmettre par une de ses compagnes en permission. Celle-ci est adressée à sa famille, 38 avenue Théophile-Gautier, Paris XVIe.

« 21 août 1944 Mes adorables petits parents, je commence juste à réaliser que je suis dans un pays libre et que je peux écrire ce que je veux. Je pense terriblement à vous. Avant-hier soir, lorsque les postes de la T.S.F. criaient la libération de Paris, j’avais envie de pleurer tant j’étais triste de ne pas y être. À ce moment-là, j’aurais donné tout ce que j’ai vécu pendant ces quelques mois à la C.R.F. pour ces quelques heures à Paris. Vous devez avoir vu des choses formidables et j’ai presque honte de vous raconter le peu de choses que j’ai fait.

Pendant des jours et des jours, les convois allemands sont passés à Béziers. Nous, nous continuions nos missions sur des routes encombrées. Assise sur l’aile de la voiture, j’interrogeais le ciel. Plusieurs fois nous avons été prises dans d’énormes convois. Il nous était impossible d’en sortir, sauf quand les avions étaient au-dessus de nous, car la colonne s’arrêtait au bord de la route.

Les Alliés ont souvent mitraillé, mais jamais au-dessus de nous. On comprenait ce qui se passait à la figure des Allemands et à leurs voitures en feu.

Dimanche dernier, mitraillage de la ville. De 5 à 9 heures du soir, les tanks ont traversé la ville en mitraillant : 15 morts, 50 blessés. Imaginez votre petite Claire avec sa copine Martine et un agent mettant une demi-heure pour arriver jusqu’à mon ambulance. Le plus dangereux était la traversée des grandes avenues. On faisait un pas et on se collait contre le mur à cause d’une rafale de mitrailleuse. Nous avons fini par marcher lentement au milieu de la rue en montrant nos écussons et en levant les bras. Plusieurs fois, des fusils qui nous visaient se sont baissés. Pendant quatre heures nous avons parcouru les rues de Béziers pour relever les blessés. Les balles sifflaient partout, c’était formidable. Les Allemands n’ont jamais tiré directement sur nous. Je me suis mise à un moment entre deux tanks et un soldat allemand m’a fait signe de mettre un casque. Je n’ai pas eu peur et si ce n’était les morts et les blessés, j’aurais été folle de joie. Sans Martine et moi, un homme serait mort d’hémorragie. Il le sait et, chaque fois que nous allons à l’hôpital, il nous remercie. Cela fait plaisir et console de bien des choses.

J’ai passé les deux jours suivants de morgue en morgue. J’ai vu d’horribles blessures, une toute jeune fille morte que sa mère ne voulait pas laisser partir. Un jeune F.F.I. avec la bouche pleine de vers, etc., etc. J’ai été chercher dix cercueils pour dix morts.

Et puis les F.F.I. sont arrivés. Pas très beaux, pas beaucoup d’enthousiasme. Pendant tout un jour, ils ont tiré des toits et des rues sur des miliciens plus ou moins imaginaires. Pendant ce temps, je transportais les blessés d’un petit bombardement aérien. Les avions passaient au-dessus de nous et mitraillaient partout. Je n’ai pas eu le temps de penser que je pouvais mourir.

Hier, nous avons été appelés d’urgence pour aller chercher des blessés du maquis à Saint-Pons. J’étais d’autant plus contente que l’on disait que l’on s’y battait encore. On arriva dans un pays tout à fait calme après plusieurs jours de guerre. Les Allemands avaient complètement pillé la ville et allaient tout brûler, quand ils s’aperçurent qu’ils avaient une trentaine de blessés chez eux. Nous avons commencé à leur administrer les premiers soins, ils virent qu’ils allaient être bien soignés et ils nous dirent : “Nous ferons notre devoir comme vous faites le vôtre.” Et ils partirent. Les blessés du maquis avaient déjà été évacués et ce furent ces grands blessés allemands que nous ramenâmes à Béziers. Je suis restée une heure avec eux à l’hôpital. Ils souffraient tellement que j’en avais mal au cœur. J’aurais voulu avoir de la haine, je n’avais qu’une immense pitié et j’aurais voulu pouvoir les soulager. L’un d’eux, un pauvre gosse de dix-huit ans, avait une péritonite. Il était perdu et le médecin n’a pas voulu l’opérer. Sa main brûlante s’agrippait à la mienne et il me regardait avec des yeux tellement suppliants que je me suis mise à pleurer. Je pensais à tous ces hommes qui comme lui mouraient loin de leur famille. Je ne suis pas faite pour être infirmière, je serais trop malheureuse.

17 heures. Là, je viens d’aller chercher un homme qui est mort devant moi suite au mitraillage de dimanche. Je n’aime pas les morts mais j’aime encore moins voir sangloter les familles.

Il fait lourd, la ville est pleine de F.F.I., d’étoiles et de drapeaux. On espère voir arriver très bientôt les Américains au port de Sète. Figurez-vous que c’est à Sète, Agde, etc., qu’ils devaient débarquer. Ils n’ont demandé les plans de la Côte d’Azur que dix jours seulement avant le débarquement. ».

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Clarabel

Posté par aproposdelivres à 09:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,