06 mars 2014

En route pour Compostelle - Monica Peetz

Lu en partenariat avec Babelio et Presses de la Cité

en route pour Compostelle Presses de la Cité - février 2014 - 318 pages

traduit de l'allemand par Michèle Valencia

Titre original : Die Dienstagsfrauen, 2010

Quatrième de couverture :
Depuis quinze ans, Caroline, Judith, Eva, Estelle et Kiki se réunissent une fois par mois au Jardin, un restaurant français de Cologne. Partageant leurs joies et leurs peines, ces cinq "dames du mardi" sont comme les doigts de la main. Aussi, quand Judith annonce qu'elle veut partir sur le chemin Saint-Jacques-de- Compostelle pour honorer la mémoire de son mari Arne, ses amies décident de l'accompagner.
Les voilà donc prêtes pour l'aventure. Mais dès le début, de vives tensions apparaissent. Peu habituées à passer autant de temps ensemble, elles se découvrent sous un nouveau jour, lequel laisse entrevoir des secrets inavouables...
Entre bonheur et déconvenues, orages et promenades ensoleillées embaumant le thym et le romarin, un pèlerinage cocasse et haut en couleur qui changera à jamais la vie de ces cinq femmes.

Auteur : Après des études de lettres et de communication à l'université de Munich, Monika Peetz a travaillé pour une chaîne de télévision allemande avant de se consacrer à l'écriture de scénarios pour le petit écran. Elle est l'auteur de plusieurs romans. En route pour Compostelle est son premier livre publié en France.

Mon avis : (lu en mars 2014)
Caroline, Judith, Eva, Estelle et Kiki sont les "Dames du Mardi", en effet depuis plus de quinze ans, elles se retrouvent entre filles tous les premiers mardi du mois dans un restaurant français de Cologne. Lorsque l'histoire commence, Arne, le mari de Judith, est décédé d'un cancer depuis six mois. Après avoir retrouver le carnet de route de son mari, Judith décide de partir en France pour poursuivre le pèlerinage que son mari faisait depuis quelques années par étapes de 2 à 3 semaines. Ses amies décident alors de l'accompagner de Narbonne-Plage à Lourdes. 

Elles sont toutes les 5 très différentes : Caroline est avocate, mariée à Philippe, médecin, ils ont eu ensemble deux enfants devenus adultes. Après son diplôme de médecin en poche, Eva s'est mariée à Frido et a eu 4 enfants, sa vie est toute dédiée à son mari et ses enfants. Estelle et son mari possèdent cinq pharmacies, elle est assez bling bling et l'apparence compte beaucoup. Il est donc hors de question de prendre un sac à dos pour partir sur ce pélerinage... La plus jeune, Kiki est l'artiste de la bande, des tenues bariolées, toujours fauchée et sentimentalement assez instable.
Le chemin va être semé d'embûches (problème d'orientation, disputes entre ses dames...) mais il y aura également de beaux moments, de belles rencontres... Des aventures cocasses, des cris, des pleurs, des fous-rires...
Au retour à Cologne, elles ne seront plus les mêmes...
Un livre distrayant et amusant avec lequel j'ai passé un très bon moment. 

Seul bémol, je n'ai pas compris le choix du titre en français... il est vraiment trompeur car la destination de nos "Dames du Mardi" n'est pas Compostelle mais Lourdes ! 

Merci Babelio et Presses de la Cité pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
- Allez, Tom ! Bouge ton cul ! brailla Luc. Les clientes vont arriver d'un moment à l'autre...
Sans pitié, le propriétaire du Jardin poursuivait son serveur dans tout l'établissement. Les ordres s'abattaient sur le jeune homme avec la régularité d'un tir de mitraillette.
- Les verres ! ça fait cinq que je te le dis... Non, pas la vaisselle ordinaire... Où sont les fleurs ? Faut-il vraiment que je m'occupe de tout ?
Tom n'y comprenait rien. Pour qui Luc mettait-il donc ainsi les petits plats dans les grands ? En jetant un coup d'oeil dans le registre des réservations, il ne fut pas plus avancé.
- Nous n'avons pourtant pas pris de réservation pour la table qui se trouve près de la cheminée.
Luc se figea. On aurait dit qu'il n'avait encore jamais entendu remarque plus stupide.
- Est-ce que tu as regardé le calendrier ?
- Bien sûr.
- Et alors ?
- On est mardi.
Luc éleva la voix :
- Le premier mardi du mois. Ce qui veut dire...
- C'est un jour férié en France ? risqua Tom comme s'il participait à un jeu télévisé.
Luc poussa un profond soupir. C'était peut-être une erreur de donner sa chance à un jeune qui avait quitté l'école et se retrouvait sans travail. La seule expérience que Tom avait dans le domaine de la gastronomie lui venait de sa conception. Dans une poussée de testostérone, un idiot l'avait un jour engendré dans l'auberge fréquentée par l'association sportive d'Euskirchen. Malheureusement, cet idiot, c'était Luc. C'est pourquoi il avait difficilement pu se dérober quand, cinq semaines plus tôt, son ex avait déposé le produit déficient de leur relation devant sa porte. L'enfant trouvé avait dix-neuf ans et tenait vraiment de sa mère. A en croire Luc. 

Challenge Voisins Voisines 2014
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Challenge Petit Bac 2014
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Challenge Rentrée Hiver 2014

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28 janvier 2014

Le voleur de regards - Sebastian Fitzek

9782809810325-G Archipel - mars 2013 - 350 pages

traduit de l'allemand par Jean-Marie Argelés

Titre original : Der Augensammler, 2010

Présentation éditeur : 
Une vague de crimes d'une cruauté sans précédent s'abat sur Berlin. Un tueur en série s'infiltre dans les foyers en l'absence du père de famille, tue la mère, enlève l'enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver.
Passé cet ultimatum, l'enfant est assassiné. En référence à l'oeil gauche qu'il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards...
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu.
Alexander se retrouve pris dans l'engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau.
Zorbach a 45 heures pour retrouver l'enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé...

Auteur : Sebastian Fitzek est né en 1971 à Berlin, où il réside. Thérapie, son premier roman, a été un succès de bouche à oreille en Allemagne et dans les 24 pays où il a été traduit. Il est également l'auteur de Ne les crois pas, Tu ne te souviendras pas et Le Briseur d'âmes.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
C'est le premier livre que je lisais de Sebastian Fitzek. 
La narration est particulière puisque le livre commence avec l'épilogue puis c'est le Dernier chapitre nommé "La fin", ensuite les chapitres sont numérotés de 83 à 1 dans l'ordre décroissant pour se terminer par un prologue. C'est tout à fait cohérent avec l'intrigue puisque le tueur en série a un mode opératoire particulier, il tue une mère de famille, enlève son enfant et donne un ultimatum à la police avec un compte à rebours... Il ne tuera l'enfant seulement à la fin de cet ultimatum.
Le tueur en série surnommé le "Voleur de regards" vient de frapper, Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, arrive rapidement après la police sur les lieux du méfait mais ce dernier devient également suspect auprès des policiers... Avec l'aide de Alina Gregoriev, une jeune femme aveugle qui a des dons de médium, Alexander Zorbach va suivre la piste du tueur tout en évitant de se faire arrêter par la police. 
Ce roman est captivant et haletant, l'auteur possède une imagination incroyable. Il s'est également beaucoup documenté sur le quotidien des aveugles pour que son personnage d'Alina soit vraiment crédible.
J'ai trouvé vraiment réussi ce livre et je lirai à l'occasion d'autres romans policiers de cet auteur. 

Merci à Canel qui m'a offert ce livre lors de nos retrouvailles à la remise du Grand Prix Elle 2013 en mai dernier.

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Épilogue


Alexander Zorbach (moi)

Il y a des histoires qui, telles des spirales mortelles, s'enfoncent, comme munies de crochets, toujours plus loin dans la conscience de celui qui est obligé de les entendre. Je dis d'elles qu'elles sont des perpetuwn mobile, des histoires qui n'ont ni commencement ni fin, car elles parlent de la mort éternelle.
Parfois, c'est une personne dénuée de tout scrupule qui les raconte, se délectant de l'épouvante qu'il suscite chez son auditeur et de l'idée des cauchemars qu'elles ne manqueront pas de lui infliger, la nuit, quand, seul dans son lit, incapable de trouver le sommeil, il gardera les yeux rivés au plafond.
De temps à autre, on trouve un tel perpetuum mobile entre les deux couvertures d'un livre, ce qui permet de lui échapper en fermant l'ouvrage. Conseil que je voudrais vous donner sans attendre : arrêtez là votre lecture !
J'ignore comment ces lignes vous sont tombées sous les yeux. Tout ce que je sais, c'est qu'elles ne vous sont pas destinées. Le procès-verbal de l'horreur ne devrait jamais tomber entre les mains de quiconque. Même pas celles de votre pire ennemi.
Croyez-moi, je parle d'expérience. Je n'ai pas réussi à fermer les yeux, à mettre le livre de côté. Car l'histoire de l'homme dont les yeux pleurent des larmes de sang, de l'homme qui presse contre lui un paquet informe, un paquet de chair humaine qui, quelques minutes plus tôt, respirait, aimait et vivait, cette histoire n'est ni un film, ni une légende, ni un livre.
Cette histoire est ma destinée.
Ma vie.
Car l'homme qui, au paroxysme de son calvaire, comprend qu'il commence seulement à mourir, c'est moi.

 

Challenge Voisins Voisines 2014
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Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  18/25




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04 décembre 2013

Dent d'ours - tome 1 : Max - Yann et Alain Henriet

dent-d-ours,-tome-1---max-4181372 Dupuis - mai 2013 - 56 pages

Présentation éditeur :
Quand Max est mis aux arrêts pour trahison, sa vie bascule. Pilote dans l'US Air Force, Max dit "le Polak" a émigré aux États-Unis pour fuir la persécution nazie en Europe. Né en Haute-Silésie, de famille juive polonaise, Max s'est engagé dans l'armée américaine, où il sert sur une base aérienne du Pacifique. Pris pour un autre, il est soupçonné d'être un espion nazi, victime de sa ressemblance avec l'Allemand Werner Königsberg, né comme lui en Haute-Silésie, et qu'il a effectivement connu quand il était enfant, lorsqu'il rêvait d'aviation avec lui et la petite Hanna.
Un récit de guerre et d'aviation, à la croisée du drame psychologique, de l'aventure réaliste et de l'histoire d'espionnage.

Auteurs : Yann Lepennetier, dit Balac ou Yann, est un auteur de BD. 
Après ses débuts dans la publicité et l’architecture, ce Marseillais s’est lancé dans la bande dessinée en 1974 en dessinant pour Spirou à Bruxelles où il habite désormais. 
Remercié par le journal pour dessins irrévérencieux, il avait noué des liens forts de franche camaraderie avec Conrad avec qui il a notamment réalisé les Innommables en 1980 et lancé la Tigresse blanche en 2005. 
Ses premiers scénarios l’avaient conduit dans l’univers de Franquin avec le Marsupilami en 1989 et de Gosciny avec Lucky Luke sans oublier son one-shot sur une aventure de de Spirou.
Il écrit depuis pour de nombreux dessinateurs comme Berthet (Pin Up, Yoni, les exploits de Poison Ivy), Simon Léturgie (Spoon White), Félix Meynet (les Eternels) avec ou encore Herval (Tiffany), René Hausman (Les Trois cheveux blancs, Le Prince des écureuils), Yslaire (Sambre), Joël Parnotte (Le Sang des Porphyre).
Sa production est très diversifiée, avec des séries humoristiques, voire la reprise de classique (Le Marsupilami, avec Batem, Lucky Luke, avec Morris, Kid Lucky avec Conrad (sous le pseudonyme commun Pearce) et Jean Léturgie). 
Sa série Narvalo dessinée par Erik Juszezak devrait voit son épilogue en 2008 avec un second tome en plus de 54 planches. Le Sang des Porphyres est prévu en 4 albums dont 2 sont parus. Son actualité est par nature riche. En 2008 il a sorti le 2ème tome de Tiffany et le 3ème des exploits de Poison Ivy.

Né le 15 février 1973, Alain Henriet nourrit dès son plus jeune âge ses appétits bédéphiles dans les Stranges qu'il achetait en occasion sur les marchés, mais également dans Mickey Magazine, puis dans diverses séries de chez Dupuis. Il s'inscrit à l'académie des beaux-arts de Liège. Ses premières publications arriveront à cette époque, il participera à l'aventure du magazine ''Brazil'' dans les trois numéros existants. 
À la même époque, toujours à l'académie de Liège, Alain gagne un concours de BD organisé par le journal de Spirou (deux planches publiées dans le numéro 3044), il se retrouve à jongler dans sa dernière année d’études entre la rédaction du journal (où il était en stage) et l'école. De là naîtront ses premières planches dans le journal de Spirou. 
En 1998, Alain est engagé à la rédaction de Spirou magazine comme correcteur et maquettiste. Il y travaille toujours, mais uniquement le mardi. C'est lors d'un festival qu'il rencontre Olivier Vatine. Celui-ci préfère la première version d'Une pizza à l'oeil à leur projet de S.F. Le soir même, ils décident de relancer la machine du tueur aux péripéties humoristiques. De là suivra la trilogie "John Doe "aux éditions Delcourt. La série finie, les protagonistes décident de prendre chacun leur envol. 
À cette même époque, Olivier Vatine cherchait un dessinateur pour la série "Golden Cup". Fort de leur collaboration sur John Doe, celui-ci propose la série à Alain. De là suivra la collaboration avec le scénariste Daniel Pecqueur et, par la suite, la rencontre avec Manchu (grand spécialiste de science fiction) pour les designs très réalistes des véhicules. 
Alain signera également avec les éditions Dupuis pour un album : "Pandora Box".
Aujourd'hui, il collabore avec Yann pour la série" Dent d'Ours" aux éditions Dupuis. 

Mon avis : (lu en décembre 2013)
J'ai ouvert cette Bande Dessinée car je trouvais superbe le dessin de la couverture et j'ai été plongée dans une histoire d'amour et d'espionnage. Tout commence dans les années trente en Silésie, Max, Werner et Hanna sont trois amis inséparables qui rêvent d'aviation. Mais nous sommes à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, le nazisme est en train de monter dans cette région allemande. Max est juif d'origine polonaise, Hanna et Werner sont d'origines allemandes. Max va quitter la Silésie pour se réfugier aux Etats-Unis avec sa famille, Werner et Hanna vont être enrôlés dans les jeunesses hitlériennes pour réaliser leur grand rêve de piloter des avions.
Ce premier tome est un mélange de flash back et de présent. Il s'attache au personnage de Max que nous retrouvons comme pilote dans l'US Air Force.

Les dessins et les couleurs sont magnifiques. Pour les connaisseurs, les avions sont très bien dessinés et reprennent d'authentiques modèles de l'époque.
Une bande dessinée très agréable à lire et maintenant j'attends la suite de l'histoire avec le prochain album !

 

 Extrait : (début du livre)

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 Challenge Petit BAC 2013

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"Partie du corps"

 

 

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12 novembre 2013

Kinderzimmer - Valentine Goby

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 Actes Sud - août 2013 - 224 pages

Quatrième couverture : 
“Je vais te faire embaucher au Betrieb. La couture, c’est mieux pour toi. Le rythme est soutenu mais tu es assise. D’accord ?
– Je ne sais pas.
– Si tu dis oui c’est notre enfant. Le tien et le mien. Et je te laisserai pas.
Mila se retourne :
– Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce que tu veux ?
– La même chose que toi. Une raison de vivre.”
 
En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout.
Un roman virtuose écrit dans un présent permanent, quand l’Histoire n’a pas encore eu lieu, et qui rend compte du poids de l’ignorance dans nos trajectoires individuelles.

Auteur : Valentine Goby est née en 1974. Elle est notamment l’auteur de L’Échappée (2007), Qui touche à mon corps je le tue (2008), Des corps en silence (2010) et Banquises (2011). Elle écrit également pour la jeunesse. Kinderzimmer (2013) est son huitième roman.

Mon avis (lu en novembre 2013)
Voilà un livre qui m'a bouleversée et dont il n'est pas facile de faire un billet... 
Kinderzimmer nous raconte l’histoire de Mila qui arrive en 1944, enceinte, au camp de Ravensbrück. Elle a été arrêtée pour faits de résistance. 

Le lecteur est plongé au cœur du camp avec des descriptions très précises et justes des conditions de vie : la promiscuité, la faim, la peur, les odeurs, la maladie, la fatigue, le froid... Il faut également s'habituer au vocabulaire spéciale du camp, l'auteur utilise au début du livre cette typographie [chneller] [rouhe] [chwaïneraille] [apel] [chtoubova], le lecteur peut imaginer la rudesse et la difficulté à comprendre ces ordres...
Mila garde son secret le plus longtemps possible, car ne voyant aucun bébé dans le camp elle craint que cet enfant ne l'envoie à la mort.
Après la naissance du bébé, Mila va découvrir la Kinderzimmer. Un block réservé aux bébés où les conditions de vie ne sont pas tellement meilleures qu'ailleurs dans le camp...
Tout autour de Mila, c'est l'enfer mais cet enfant est son seul espoir pour survivre, sa seule raison de vivre. Non seulement pour elle mais également pour les femmes qui l'entourent et qui vont l'aider à nourrir, à réchauffer et à protéger son bébé...

J'ai aimé découvrir qu'en opposition à la cruauté, à la déshumanisation et à l’horreur du camp de concentration, il pouvait exister de la solidarité, de l'entraide chez les femmes du camps qui entourent Mila : Lisette, Theresa, Irina, Georgette... Ce témoignage m'a appris beaucoup de choses puisque je n'avais jamais imaginé de naissances au sein d'un camp de concentration...
Un livre très fort sur un sujet difficile, une histoire touchante et bouleversante que je vous encourage à découvrir !

Autres avis : Sandrine, Val JérômeNoukette,  MirontaineSaxaoulClaraJosteinStephie

Note : ♥♥♥♥♥ 

Extrait : (début du livre)
Elle dit mi-avril 1944, nous partons pour l’Allemagne. 

On y est. Ce qui a précédé, la Résistance, l’arrestation, Fresnes, n’est au fond qu’un prélude. Le silence dans la classe naît du mot Allemagne, qui annonce le récit capital. Longtemps elle a été reconnaissante de ce silence, de cet effacement devant son histoire à elle, quand il fallait exhumer les images et les faits tus vingt ans ; de ce silence et de cette immobilité, car pas un chuchotement, pas un geste dans les rangs de ces garçons et filles de dix-huit ans, comme s’ils savaient que leurs voix, leurs corps si neufs pouvaient empêcher la mémoire. Au début, elle a requis tout l’espace. Depuis Suzanne Langlois a parlé cinquante fois, cent fois, les phrases se forment sans effort, sans douleur, et presque, sans pensée.

Elle dit le convoi arrive quatre jours plus tard.
Les mots viennent dans l’ordre familier, sûrs, elle a confiance. Elle voit un papillon derrière la vitre dans les branches de platane ; elle voit couler la poussière dans la lumière oblique rasant les chevelures ; elle  voit battre le coin d’un planisphère mal scotché. Elle parle. Phrase après phrase elle va vers l’histoire folle, la mise au monde de l’enfant au camp de concentration, vers cette chambre des nourrissons du camp dont son fils est revenu vivant, les histoires comme la sienne on les compte sur les doigts de la main.

C’est aussi pourquoi elle est invitée dans ce lycée, l’épreuve singulière dans la tragédie collective, et quand elle prononcera le mot Kinderzimmer, tout à l’heure, un silence plus dense encore tiendra la classe comme un ciment. Pour l’instant, elle est juste descendue du train, c’est l’Allemagne, et c’est la nuit.

Elle dit nous marchons jusqu’au camp de Ravensbrück.

Une fille lève la main. À ce moment du récit ce n’est pas habituel. Une main levée comme un signal, une peau très pâle, et dans le sourcil droit, un minuscule anneau rouge. La main levée déroute Suzanne Langlois, le récit bute contre la main, une main sur sa bouche, et se fragmente.
La fille demande si Suzanne Langlois avait entendu parler de Ravensbrück en France, avant le départ.
Suzanne Langlois dit j’ai su qu’il y avait des camps, c’est tout.
Et dans le train pour l’Allemagne, elle connaissait la destination ?
— Non.
— Alors quand vous avez compris que vous alliez à Ravensbrück ?
Suzanne Langlois hésite, et puis : je ne sais pas. De toute façon elle n’aurait pu comprendre qu’elle allait à Ravensbrück, quand bien même elle aurait su ce nom il n’aurait évoqué qu’un assemblage de sons gutturaux et sourds, ça n’aurait eu aucun sens avant d’y être, avant de le vivre.
— Alors, vous ne saviez pas où vous étiez ?
Suzanne Langlois sourit, hésite, puis : non.

Challenge 3% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
17/18
 

Déjà lu du même auteur : 

2013-11-11_095542 Banquises 

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06 septembre 2013

La cuisinière d'Himmler - Franz-Olivier Giesbert

la_cuisini_re_d_himmler Gallimard - avril 2013 - 384 pages

Quatrième de couverture : 
Ceci est l’épopée drolatique d’une cuisinière qui n’a jamais eu peur de rien. Personnage loufoque et truculent, Rose a survécu aux abjections de cet affreux XXe siècle qu’elle a traversé sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre. Entre deux amours, elle a tout subi : le génocide arménien, les horreurs du nazisme, les délires du maoïsme. Mais, chaque fois, elle a ressuscité pour repartir de l’avant. Grinçant et picaresque, ce livre raconte les aventures extraordinaires d’une centenaire scandaleuse qui a un credo : « Si l’Enfer, c’est l’Histoire, le Paradis, c’est la vie. »

Auteur : Franz-Olivier Giesbert (parfois abrégé « FOG »), est un éditorialistebiographe, présentateur de télévision et romancier français né en 1949 à Wilmington dans l'État du Delaware (États-Unis).

Mon avis : (lu en septembre 2013)
Même si l’auteur de ce livre m’énerve souvent, surtout à la télévision, j’ai eu la curiosité d’emprunter son dernier livre à la bibliothèque. Il nous raconte l'Histoire à travers l'histoire de Rose née en 1907 sur les bords de la Mer Noire, en Arménie et jusqu'en 2012, où à 105 ans, elle tient un restaurant à Marseille. Rose est la narratrice et elle va revenir sur les évènements drôles ou dramatiques de sa longue vie, sa traversée épique du XXème siècle. Le Génocide Arménien, la Seconde Guerre Mondiale, elle a traversé toutes les horreurs du siècle mais son appétit pour la vie sera plus fort que les douleurs et le malheur. 
Dans la première partie du livre, après la disparition de toute sa famille, Rose n'a comme seul soutien Théo une petite salamandre qui est sa « petite voix », sa conscience auquel elle tient beaucoup. Rose est une jeune fille puis une femme attachante dont l'amour de la vie est plus fort que tout. L'auteur fait également l'éloge de la vengeance car Rose n'oublie pas les auteurs de ses malheurs et n'hésite pas à appliquer de temps en temps le proverbe « la vengeance est un plat qui se mange froid »...

Ce livre se lit plutôt facilement même si j'ai eu un peu de lassitude au milieu du livre, à l'époque où Rose est la cuisinière d'Himmler, les anecdotes farfelues et improbables devenant de plus en plus indigestes...
A la fin du livre, le lecteur trouve quelques recettes de cuisine de la « cuisinière »… et une bibliographie bien fournie.

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre : Prologue)
Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Or, il n’y a que ça, sur cette terre. C’est pourquoi j’ai un problème avec les gens.
Dans le passé, j’aurais eu maintes occasions de me lamenter sur mon sort mais j’ai toujours résisté à ce qui a transformé le monde en grand pleurnichoir.
La seule chose qui nous sépare des animaux, finalement, ce n’est pas la conscience qu’on leur refuse bêtement, mais cette tendance à l’auto-apitoiement qui tire l’humanité vers le bas. Comment peut-on y laisser libre cours alors que, dehors, nous appellent la nature et le soleil et la terre ?
Jusqu’à mon dernier souffle et même encore après, je ne croirai qu’aux forces de l’amour, du rire et de la vengeance. Ce sont elles qui ont mené mes pas pendant plus d’un siècle, au milieu des malheurs, et franchement je n’ai jamais eu à le regretter, même encore aujourd’hui, alors que ma vieille carcasse est en train de me lâcher et que je m’apprête à entrer dans ma tombe.
Autant vous dire tout de suite que je n’ai rien d’une victime. Bien sûr, je suis, comme tout le monde, contre la peine de mort. Sauf si c’est moi qui l’applique. Je l’ai appliquée de temps en temps, dans le passé, aussi bien pour rendre la justice que pour me faire du bien. Je ne l’ai jamais regretté.
En attendant, je n’accepte pas de me laisser marcher sur les pieds, même chez moi, à Marseille, où les racailles prétendent faire la loi. Le dernier à l’avoir appris à ses dépens est un voyou qui opère souvent dans les files d’attente qui, à la belle saison, pas loin de mon restaurant, s’allongent devant les bateaux en partance pour les îles d’If et du Frioul. Il fait les poches ou les sacs à main des touristes. Parfois, un vol à l’arraché. C’est un beau garçon à la démarche souple, avec les capacités d’accélération d’un champion olympique. Je le surnomme le « guépard ». La police dirait qu’il est de « type maghrébin » mais je n’y mettrais pas ma main à couper.
Je lui trouve des airs de fils de bourgeois qui a mal tourné. Un jour que j’allais acheter mes poissons sur le quai, j’ai croisé son regard. Il est possible que je me trompe, mais je n’ai vu dedans que le désespoir de quelqu’un qui est sens dessus dessous, après s’être éloigné, par paresse ou fatalisme, de sa condition d’enfant gâté.
Un soir, il m’a suivie après que j’eus fermé le restaurant. C’était bien ma chance, pour une fois que je rentrais chez moi à pied. Il était presque minuit, il faisait un vent à faire voler les bateaux et il n’y avait personne dans les rues. Toutes les conditions pour une agression. À la hauteur de la place aux Huiles, quand, après avoir jeté un oeil par-dessus mon épaule, j’ai vu qu’il allait me doubler, je me suis brusquement retournée pour le mettre en joue avec mon Glock 17. Un calibre 9 mm à 17 coups, une petite merveille. Je lui ai gueulé dessus : « T’as pas mieux à faire que d’essayer de dépouiller une centenaire, connard ?

— Mais j’ai rien fait, moi, m’dame, je voulais rien faire du tout, je vous jure. »
Il ne tenait pas en place. On aurait dit une petite fille faisant de la corde à sauter.
« Il y a une règle, dis-je. Un type qui jure est toujours coupable.
— Y a erreur, m’dame. Je me promenais, c’est tout.
— Écoute, ducon. Avec le vent qu’il fait, si je tire, personne n’entendra. Donc, t’as pas le choix : si tu veux avoir la vie sauve, il faut que tu me donnes tout de suite ton sac avec toutes les cochonneries que t’as piquées dans la journée. Je les donnerai à quelqu’un qui est dans le besoin. »
J’ai pointé mon Glock comme un index :
« Et que je ne t’y reprenne pas. Sinon, je n’aime mieux pas penser à ce qui t’arrivera. Allez, file ! » 
Il a jeté le sac et il est parti en courant et en hurlant, quand il fut à une distance respectueuse : « Vieille folle, t’es qu’une vieille folle ! » 
Après quoi, j’ai été refiler le contenu du sac, les montres, les bracelets, les portables et les portefeuilles, aux clochards qui cuvaient, par grappes, sur le cours d’Estienne-d’Orves, non loin de là. Ils m’ont remerciée avec un mélange de crainte et d’étonnement. L’un d’eux a prétendu que j’étais toquée. Je lui ai répondu qu’on me l’avait déjà dit.
Le lendemain, le tenancier du bar d’à côté m’a mise en garde : la veille au soir, quelqu’un s’était encore fait braquer place aux Huiles. Par une vieille dame, cette fois. Il n’a pas compris pourquoi j’ai éclaté de rire.

 

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07 août 2013

L'adieu à la femme sauvage – Henri Coulonges

l_adieu___la_femme_sauvage_stock l_adieu___la_femme_sauvage_FL l_adieu___la_femme_sauvage l_adieu___la_femme_sauvage_

Stock – janvier 1979 – 468 pages

France Loisirs - juin 1980

Livre de poche – janvier 1981 - 569 pages

Le Livre De Paris - - 467 pages

Grand prix du roman de l'Académie française en 1979

Présentation éditeur :
Une petite fille de douze ans et demi, Johanna, quitte la maison familiale pour se rendre avec sa meilleure amie au cirque voisin qui donne une séance spéciale pour le Carnaval. Quoi de plus prosaïque et de plus normal, si ce n'est que la scène se passe à Dresde un soir de février 1945 et que cette même nuit se déchaîne le bombardement anglo-américain qui, en trois vagues successives, va entièrement détruire une ville demeurée jusqu'ici à l'écart de la guerre, tuant une grande partie de ses habitants et causant avec des moyens, « conventionnels » l'une des plus meurtrières catastrophes de l'Histoire. Voici donc Johanna plongée; sans que rien ne l'y ait préparée, dans une brutale apocalypse qui va ensevelir son univers familier. Dès lors elle prend la fuite, entraînant avec elle sa mère qu'elle vénère, mais qui, gravement traumatisée par le drame et ses conséquences, n'est plus désormais qu'une « femme sauvage » repliée sur elle-même, psychiquement en état de choc.

Auteur : Né en 1936 à Deauville, Henri Coulonges est peintre et romancier. Il est l'auteur, entre autres, de L'Adieu à la femme sauvage (Prix RTL, Grand prix de l'Académie Française), qui fut un grand succès (220.000 exemplaires en librairie), La marche hongroise (1992) et de Passage de la Comète (1996). 

Mon avis : (lu en 1984)
J'ai découvert ce livre grâce au fils de l'auteur avec qui j'étais en classe de Terminale. L'auteur écrivant sous un pseudonyme, mes parents et moi, nous avons douté sur la parenté de mon camarade de classe assez fantasque, jusqu'au jour où nous l'avons vu à la télévision dans le public derrière son père lors d'une émission d'Apostrophe...
J'ai donc lu ce livre lorsque j'étais en Terminale. C'est l'histoire d'une fillette de 12 ans, Johanna, allemande et qui habite Dresde. En février 1945, brutalement, elle se retrouve sous le bombardement anglo-américain qui détruira une grande partie de la ville. Avec sa mère qui a perdu la tête, elle va fuir la ville et partir sur la route.
C'était la première fois que je lisais un roman qui se passait durant la Seconde Guerre Mondiale où l'on parlait des souffrances de la population allemande à la suite des bombardements alliés. Johanna est une petite fille très touchante qui se trouve propulsée de l'enfance dans le monde des adultes, elle devient responsable de sa mère. Une histoire bouleversante.

Souvenirs_souvenirs

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16 juillet 2013

Heidi - Johanna Spyri

Lu dans le cadre du Challenge
 "Ecoutons un livre"

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 Heidi_and_her_grandfather_jessie_willcox_smith heidi_flammarion heidi_nathan heidi_casterman heidi_rouge_et_or heidi_folio_2011

litteratureaudio.com - novembre 2011 - lu par Florent

Flammarion - octobre 1995 - 

Nathan - juin 2002 - 188 pages

Casterman - mars 2005 - 210 pages

Rouge et Or - février 2010 - 188 pages

Folio junior - octobre 2011 - 200 pages

traduction anonyme (1882)

Présentation : Dans le massif alpin, un matin d’été, une jeune femme revient dans son village natal, accompagnée d’une petite fille, Heidi. Cette arrivée inattendue ne tarde pas à éveiller la curiosité des habitants. La jeune femme leur apprend qu’elle vient avec la ferme intention de laisser l’enfant à son grand-père. Les villageois sont stupéfaits. Comment est-il possible de songer, ne serait-ce qu’un instant, à laisser une fillette à un vieil homme bourru vivant presque comme un ermite, en haut des montagnes ?

Auteur : Johanna Spyri-Heuser (1827-1901) est née en Suisse. Le premier volume de Heidi paraît en Allemagne en 1880, suivi d'un second en 1881, Heidi grandit. Ce fut immédiatement un immense succès à tel point que ses livres furent traduits en des dizaines de langues et qu'ils furent adaptés pour le cinéma, la télévision et même l'opéra.

Mon avis : (écouté en juin 2013)
Je n'ai pas trouvé de livre audio "jeunesse" en bibliothèque, j'ai donc été chercher sur internet des livres audio gratuit. Le premier livre choisi était un Jules Verne que j'ai finalement abandonné le lecteur ayant un accent trop prononcé... 

Je me suis donc rabattue sur "Heidi", livre que j'ai lu et relu lorsque j'étais enfant. Je n'avais pas réalisé à l'époque que le livre avait été écrit à la fin du XIXème siècle. 
Heidi est orpheline, elle va habiter chez son grand-père sur l'alpage. Elle se lie avec Peter le petit chevrier, la grand-mère et bien sûr son grand-père. Elle est heureuse dans les montagnes. Pourtant, sa tante vient la chercher pour aller vivre à Francfort en Allemagne pour tenir compagnie à Clara Sesemann qui est paralysée. Heidi découvre la grande ville et une grande maison avec domestiques. Malgré sa nature gaie et optimiste, les montagnes et la nature lui manquent et elle tombera malade. 
Même si l'histoire et le vocabulaire ont pas mal vieilli, le personnage d'Heidi m'a touchée comme la première fois que je l'ai découvert. J'avais oublié la partie de l'histoire à Francfort...

Ce livre audio peut-être téléchargé gratuitement ici

Extrait : (début du livre)
Quand on quitte le riant village de Mayenfeld pour gravir la montagne à l’aspect imposant et sévère qui domine cette partie de la vallée, on s’engage d’abord dans un joli sentier de plaine à travers champs et vergers. Au pied de la montagne le sentier change brusquement de direction et monte tout droit jusqu’au sommet ; à mesure qu’on s’élève, l’air devient plus vif, et l’on respire à pleines bouffées les fortes senteurs des pâturages et des herbes alpestres. 
C’est ce sentier que gravissait par une brillante matinée de juin une grande et robuste fille de la contrée, tenant par la main une enfant dont le visage paraissait en feu malgré sa peau brunie. Ce n’était pas étonnant, car, en dépit de la chaleur de juin, la pauvre enfant était empaquetée comme au gros de l’hiver. Elle pouvait avoir cinq ans, mais véritable taille disparaissait sous une accumulation de vêtements : deux robes l’une sur l’autre, un gros mouchoir de coton rouge croisé par dessus, et d’épais souliers de montagne garnis de clous ; la pauvre petite suffoquait et avait bien de la peine à avancer. 
Il y avait une heure environ que les deux voyageuses avaient commencé à gravir le sentier, lorsqu’elles arrivèrent au hameau de Dörfli, situé à mi-chemin du sommet ; c’était le village natal de la jeune fille, aussi s’entendit-elle bientôt appeler de tous côtés ; les fenêtres s’ouvraient, les femmes paraissaient sur le seuil de leur porte, chacune voulait l’arrêter au passage et échanger quelques mots avec elle. Mais elle ne fit halte nulle part, se contenta de répondre en passant aux salutations et aux questions, et ne ralentit sa marche que lorsqu’elle se trouva devant une maison isolée à l’extrémité du hameau. Une voix l’appela par la porte ouverte : 
– C’est toi, Dete ? Attends un instant ; nous ferons route ensemble, si tu vas plus loin. Ainsi interpellée, la jeune fille s’arrêta, et l’enfant en profita aussitôt pour dégager sa main et s’asseoir sur le bord du sentier. 
– Es-tu fatiguée, Heidi ? demanda sa compagne. 
– Non, mais j’ai trop chaud, répondit la fillette. 
– Nous serons tout de suite en haut ; il te faut prendre encore un peu courage et faire de grands pas ; dans une heure nous serons arrivées. 
À ce moment, une grosse femme à la figure jeune et bienveillante sortit de la maison et les rejoignit. L’enfant se leva et se remit à marcher derrière les deux amies qui entamèrent aussitôt une conversation animée sur tous les habitants de Dörfli et des localités voisines. 
– Mais, où vas-tu donc avec cette petite, Dete ? demanda enfin la nouvelle venue. C’est sans doute l’enfant que ta sœur vous a laissé ? 
– Oui, répondit Dete, je la mène chez le Vieux de l’Alpe où elle restera. 
– Comment, tu veux que cette enfant reste chez le Vieux de l’Alpe ? Je crois vraiment que tu as perdu la tête, Dete ; comment peux-tu faire une chose pareille ! Tu verras comme il va t’envoyer promener avec ta proposition. 
– Par exemple ! il est le grand-père de la petite, il faut qu’il fasse sa part ; c’est moi qui l’ai eue sur les bras jusqu’à présent. Du reste, tu peux bien être sûre, Barbel, que ce n’est pas à cause d’elle que je vais laisser échapper une place comme celle qu’on m’offre. C’est le tour du grand-père, à présent.


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14 mai 2013

La femme de nos vies - Didier van Cauwelaert

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 
Sélection mai

la_femme_de_nos_vies Albin Michel - mars 2013 - 294 pages

Quatrième de couverture :
Nous devions tous mourir, sauf lui. Il avait quatorze ans, il était surdoué et il détenait un secret. Moi, on me croyait attardé mental. Mais ce matin-là, David a décidé que je vivrais à sa place.

Si j’ai pu donner le change, passer pour un génie précoce et devenir le bras droit d’Einstein, c’est grâce à Ilsa Schaffner. Elle m’a tout appris : l’intelligence, l’insolence, la passion. Cette héroïne de l’ombre, c’est un monstre à vos yeux. Je viens enfin de retrouver sa trace, et il me reste quelques heures pour tenter de la réhabiliter.

Auteur : Né en 1960 à Nice, Didier van Cauwelaert cumule, depuis ses débuts, prix littéraires et succès public : Prix Del Duca pour son premier roman en 1982 (Vingt ans et des poussières), prix Roger Nimier, prix Goncourt (Un aller simple, 1994), Molière 1997 du meilleur spectacle musical (Passe-Muraille), Grand Prix du théâtre à l’Académie Française pour l’ensemble de son œuvre, Grand Prix des lecteurs du Livre de Poche (La Vie interdite, 1999), Prix Femina Hebdo du Livre de Poche (La Demi-pensionnaire, 2001), etc.

Mon avis : (lu en mai 2013)
J'ai dévoré ce livre inspiré d'une histoire vraie. C'est à la fois un roman d'aventure et un roman d'amour. 

David Rosfeld et Jürgen Bolt se sont rencontrés dans le même dortoir de l'hôpital d’Hadamar. C'était en janvier 1941, ils ont quatorze ans et treize ans et demi. L'un est juif et surdoué, l'autre est un jeune paysan considéré comme attardé mental par sa famille. David est à l'hôpital à cause des crises d'épilepsie depuis l'assassinat de sa mère Yael Rosfeld, une grande physicienne atomiste. Jürgen est envoyé à l'hôpital par sa famille parce qu'il a refusé de mener à l'abattoir un des veaux de la ferme. Mais l'hôpital psychiatrique  d'Hadamar est devenu l'un des six instituts d'euthanasie créés par le troisième Reich, ainsi lorsque David et Jürgen se rencontrent la « nouvelle salle de douche » est sur le point d'être inaugurée.
Ilsa Schaffner est une auxiliaire féminine de la Wehrmacht, elle est venue tester David pour l'emmener dans l'école d'enfants surdoués qu'elle dirige au château d’Helm avec son ami Gert qui lui, s'occupe de dresser des chiens pour l’armée nazie.
Mais David ne veut pas rejoindre cette école, « Je n'ai pas envie de survivre dans leur monde. Je refuse d’être le meilleur dans une société sans âme qui tue ceux qu’elle juge inférieurs. » Il choisit donc donner sa place avec Jürgen, en échangeant leurs identités. David donne à Jürgen la mission de vivre pour lui, d'être utile et heureux. Bernée par ce petit juif, Ilsa accepte malgré elle d'être la complice de cette imposture.  Lorsque le livre commence nous sommes soixante-dix ans après. David est au chevet d’Ilsa et il croise sa petite-fille Marianne Le Bret. Celle-ci a toujours détesté sa grand-mère qui n'est pour elle qu’une criminelle nazi. David va alors tenter de réhabiliter Ilsa auprès de sa petite fille en lui racontant son histoire.

J'ai trouvé original ce dialogue à une seule voix, le destin de David-Jürgen est incroyable. Le regard de l'autre à déterminé sa vie. Petit vacher considéré comme attardé par les siens, son ami David l'a vu comme quelqu'un de débrouillard avec l'esprit pratique et surtout avec l'intelligence du cœur. Devenu « enfant surdoué », le regard des autres a changé, et avec l'aide et le soutien d'Ilsa, il a su faire illusion puis il est devenu l'assistant des plus grands scientifiques. 

Un roman formidable et une grande leçon de vie.

Extrait : (début du livre)  
On n'attend plus rien de la vie, et soudain tout recommence. Le temps s'arrête, le cœur s'emballe, la passion refait surface et l'urgence efface tout le reste. Il a suffi d'une alerte sur mon ordinateur pour que, dès le lendemain, je me retrouve à six mille kilomètres de chez moi, l'année de mes quatorze ans. L'année où je suis mort. L'année où je suis né.

Peu de choses ont changé à Hadamar. C'est resté une charmante bourgade du bassin de Limburg, entourée de forêts, avec un centre-ville à colombages et un jardin public réputé pour ses roses. L'hôpital psychiatrique est toujours en activité. Simplement repeint dans des tons plus pastel, avec un mémorial et des panneaux pour touristes. La « nouvelle salle de douche », comme on nous disait à l'époque est devenue un musée.
C'est la première fois que je remets les pieds en Allemagne. Retrouver ici, à l'endroit même de notre rencontre, la femme que j'ai cherchée en vain toute ma vie, comment serait-ce le fruit d'une coïncidence ? Ironie subsidiaire, la chambre 313 est à l'étage où se trouvait jadis mon dortoir.

Je demeure figé sur le seuil, appuyé d'une épaule au chambranle. Telle qu'elle était soixante-dix ans plus tôt, mais vêtue à la mode d'aujourd'hui, Ilsa Schaffner se tient de trois quarts-dos, penchée au-dessus du lit médicalisé. Le même âge, la même blondeur, la même nuque si fine contrastant avec les épaules carrées, la même crispation au coin des lèvres... Seul un chignon a remplacé la coupe à la garçonne. Et un tailleur gris moule sa silhouette en lieu et place de l'uniforme.
Immobile au-dessus de la vieille dame endormie, elle est comme son fantôme avant terme, son duplicata d'autrefois. Sa doublure jeunesse - comme les gens de cinéma disent : « une doublure lumière ». A ce niveau de ressemblance, le doute n'est pas permis : la femme à qui je dois tout a eu, elle, une descendance. L'unique rêve de ma vie qui ne soit pas devenu réalité.

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Déjà lu du même auteur :

la_maison_des_lumi_re La maison des lumières le_pare_adoptac  Le père adopté 

 

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07 mai 2013

Les averses d'automne - Tuna Kiremitçi

les_averses_d_automne Editions Galaade - octobre 2011 - 218 pages

traduit du turc par Jean Descat

Titre original : Dualar kalicidir, 2007

Quatrième de couverture : 
« J’ai peur, si j’oublie le turc, que tout ce que j’ai vécu s’évanouisse en silence. »
Quand on a contemplé les lumières du Bosphore, il est difficile de s’accoutumer à vivre en Occident. Pourtant, Rosella Galante, juive allemande née à Berlin et qui a trouvé refuge pendant la guerre à Istanbul, vit depuis soixante ans à Genève. Là, elle y rencontre la jeune Pelin, étudiante contrainte, elle aussi, de quitter la Turquie.
Les Averses d’automne de Tuna Kiremitçi, c’est le récit d’une improbable amitié entre deux femmes que tout sépare, sauf la langue : le turc. 
C’est aussi, semaines après semaines, une conversation intime et facétieuse, qui, entre l’Europe et l’Asie, nous invite à découvrir deux destins, deux générations, deux regards sur le monde, la vie et l’amour.
Les Averses d’automne est le premier roman traduit en français de Tuna Kiremitçi, l’un des jeunes auteurs les plus prometteurs de la littérature turque.

Auteur : Né en 1973 en Turquie, Tuna Kiremitçi est romancier. Best-seller en Turquie, Les Averses d’automne est son quatrième roman et a déjà été traduit dans plus de 5 langues.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Ce livre nous raconte les conversations entre Rosella et Pelin.

Rosella est une dame âgée, qui vit en Suisse depuis plus de soixante ans. Juive allemande, originaire de Berlin, réfugiée, elle a vécu à Istanbul pendant la guerre. Ne voulant pas oublier la langue turque qu'elle a pratiqué quelques années et dans laquelle elle a gardé beaucoup de souvenirs, elle passe une petite annonce pour trouver quelqu’un avec qui bavarder en turc. Pelin est étudiante en littérature française à Genève, elle est originaire d’Istanbul. Elle a lu par hasard la petite annonce et c’est comme cela qu’elle ose se présenter à Rosella.
Le courant va passer et régulièrement elles vont se rencontrer. A tour de rôle, elles se racontent des histoires. Rosella évoque son passé de  jeune femme juive de Berlin obligée de quitter l’Allemagne pour se réfugier à Istanbul dans sa belle-famille avec son enfant. Pelin parle de ses mésaventures quotidiennes, en amour, à la fac… elle explique également à Rosella les expressions « jeunes »…
De jour en jour, les deux femmes deviennent de plus en plus proches et leurs confidences de plus en plus intimes. J’ai été touchée par cette rencontre intergénérationnelle pleine de poésie, de douceur et d’émotion… Une bien jolie découverte. 

Autre avis : Canel

Extrait : (début du livre)
- Ah, bonjour. Bienvenue, mademoiselle.
- Enchantée.
- Je vous en prie, ne restez pas debout. Je vous conseille cette bergère rouge, elle est très confortable.
- Merci.
- J'imagine que Zelda vous a un peu effrayée. Ne lui en veuillez pas. A l'âge de six ans, elle a été expédiée dans un camp de concentration avec sa famille. Ses parents ont été tués sous ses yeux. Du coup, elle n'est pas très bavarde. Mais ne vous y trompez pas, c'est quelqu'un de bien. En tout cas, cela fait trente ans qu'elle entretient cette maison et je n'ai jamais rien eu à lui reprocher.
- Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas eu peur.
- Pourtant, vous semblez un peu nerveuse...
- Je suis toujours comme ça lors des entretiens d'embauche. C'est pour ça que je les rate toujours.
- S'il vous plaît, mademoiselle, ne considérez pas ceci comme un entretien.
- Comme quoi dois-je le considérer ?
- Comme une simple visite. Tenez par exemple une soirée entre amis. Imaginez que vous rendez visite à une lointaine parente.

Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

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07 avril 2013

L'envolée sauvage : Les Autours des palombes – Galandon et Monin

envoleesauvage02_ Bamboo – septembre 2006 – 48 pages

Quatrième de couverture :
«- Allez Simon debout sinon c'est une balle dans la nuque !
- Tant fis, je peux plus... j'y arrive plus Marek.
- J'ai peut-être quelque chose pour toi, moins dur que ce que tu fais... Le Lagerführer, il a des oiseaux de chasse, tu vois ?
- Oui... des rapaces... j'ai vu.
- Oui c'est ça, plusieurs, il faut quelqu'un pour s'en occuper. Nettoyer la cage, les nourrir, mais...
- Mais l
- Ce type, c'est le plus dingue de tous ici, le gars qui s'en occupait avant il a piqué de la viande destinée aux piafs...
- Et ?
- Y paraît que les rapaces l'ont bouffé ! Alors ? Tu veux quand même ?
- Oui, ce sera toujours plus simple que de pousser des chariots !
- Hum... Méfie-toi, ici quand on change c'est souvent pour pire...»

Auteurs : Laurent GALANDON, scénariste. Habite en Ardèche. Après des études en photographie, il exerce ce métier pendant quelques années avant de diriger un cinéma d'Art et d'essai. Les rencontres avec des cinéastes, des réalisateurs ou des comédiens attisent son envie d'écrire. En 2002, il quitte l'Ile de France pour la Drôme/Ardèche. Il participe pendant quelques mois à l'AtelierBD.com avant de présenter ses premières histoires aux éditeurs. Bamboo l'accueille dans son giron avec L'Envolée sauvage et provoque la rencontre avec Arno Monin. D'autres projets sont nés chez Bamboo, dont Gemelos, dans la collection Grand Angle (sortie du tome 2 en janvier 2008).

Arno MONIN, dessinateur. Habite à Nantes. Après avoir passé un bac littéraire puis une année à la fac en histoire de l'art, Arno Monin intègre une école d'arts appliqués qui proposait la formation dessin animation bande dessinée. En cours de formation, un projet bd commence à le démanger. Il s'y consacre alors à plein temps afin de le présenter à des éditeurs, jusqu'à la bonne rencontre avec Bamboo Édition... L'Envolée sauvage est son premier album.

ATTENTION SPOILER si vous n'avez pas lu le 1er épisode

Mon avis : (lu en avril 2013)
Cet album est la suite de L'envolée sauvage : La Dame blanche et la fin du Cycle 1. Nous retrouvons Simon, orphelin juif dans sa fuite. Nous l'avions quitté réfugié dans une ferme où habitaient une aveugle et son fils Auguste un peu simplet. Ce dernier fait une bêtise en arborant fièrement l’étoile de David de Simon devant des miliciens. La famille d’accueil est arrêtée et Simon est recueilli par Firmin un berger résistant. Il participe au combat en s’occupant des pigeons voyageurs, pour transmettre les messages...  Ce tome est beaucoup plus noir que le premier il est question d'attentats, d'arrestation, d'exécution. C'est toujours Simon qui raconte cette histoire et face à la menace de mort dont il est la victime, le lecteur le voit grandir bien plus vite et ne peut être qu'ému.
Cette histoire est poignante mais sans sensiblerie. L'action, l'émotion et la poésie sont présentes avec beaucoup de justesse. 

 

Extrait : (début du livre)

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 Challenge Petit BAC 2013
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"Aliment/Boisson"

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