04 novembre 2011

Désolation – David Vann

d_solations Gallmeister – août 2011 – 304 pages

traduit de l’américain par Laura Derajinski

Titre original : Caribou Island, 2011

Quatrième de couverture :
Sur les rives d'un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd'hui adultes. Mais après trente années d'une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l'accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l'assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l'obsession de son mari, elle le voit peu à peu s'enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, toute à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s'annonce un hiver précoce et violent qui rendra l'îlot encore plus inaccessible.
Après Sukkwan Island, couronné par le Prix Médicis 2010, le second roman de David Vann est une œuvre magistrale sur l'amour et la solitude. Désolations confirme le talent infini de son auteur à explorer les faiblesses et les vérités de l'âme humaine.

Auteur : David Vann est né en 1966 sur l'île Adak, en Alaska. Il a travaillé à l'écriture de son premier roman, Sukkwan Island, pendant plus de dix ans. Publié en France en 2010, ce livre a obtenu le prix Médicis étranger et est aujourd'hui traduit en quinze langues dans plus de cinquante pays.

Mon avis : (lu en octobre 2011)
Il y a un an et demi, j'avais été saisie par Sukkwan Island, un huis clos en pleine nature surprenant et bouleversant. J'étais donc très pressée de découvrir ce nouveau livre de David Vann.
Irene et Gary, un couple de cinquantenaires. Après trente ans de vie commune, Gary veut réaliser à tout prix son rêve de construire une cabane dans une île déserte. Il entraîne Irène, malgré-elle, dans cette folle aventure. Et pourtant, Irène est torturée par des migraines inexplicables.
En parallèle, nous suivons également le quotidien de leurs enfants Mark et Rhoda. Cette dernière, vétérinaire, est une jeune fille qui rêve de se marier un jour avec Jim, elle vient souvent voir ses parents. Mark est plus en retrait de la famille. Le climat familiale est pesant. Plusieurs couples, des relations compliquées... Le lecteur s'attend à ce qu'un drame se produise, c'est obligé... Mais quel drame ? Quand ? Comment ?
Cette fois ci, le choc est moins fort que dans le roman précédent car l'effet de surprise n'est pas là. En effet, dès le début du livre, on ressent un certain malaise et l'atmosphère du livre annonce un drame prochain... L'auteur ménage très bien un certain suspens et c'est seulement dans les toutes dernières pages que ce drame nous sera révélé.
L'Alaska est également un personnage à part entière du livre, David Vann nous fait de longues descriptions d'une nature belle et sauvage. Quel dépaysement !

Un grand MERCI à Bibliofolie (aujourd'hui disparu), à Madame Charlotte et aux éditions Gallmeister de m'avoir permis de découvrir ce livre.

 

Extrait : (début du livre)
Ma mère n'était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d'une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l'école. J'avais dix ans, j'avançais seule, j'avançais à travers les amas de neige sale dans le jardin, j'avançais jusqu'à notre porche étroit. Je ne me souviens pas du cours exact de mes pensées en cet instant, je ne me rappelle pas qui j'étais ni ce que je ressentais. Tout cela a disparu, effacé. J'ai ouvert notre porte d'entrée et j'ai trouvé ma mère pendue aux chevrons. Je suis désolée, ai-je dit, puis j'ai reculé avant de refermer la porte. J'étais à nouveau dehors, sous le porche. 
Tu as vraiment dit ça ? demanda Rhoda. Tu as dit que tu étais désolée ? 
Oui. 
Oh, Maman. 
C'était il y a longtemps, dit Irene. Et c'était quelque chose que je n'arrivais pas à voir à l'époque, alors je peux encore moins le voir aujourd'hui. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait, pendue là-haut. Je ne me souviens de rien, seulement que c'était là. 
Rhoda se rapprocha de sa mère sur le canapé et lui passa le bras autour des épaules pour l'attirer à elle. Elles observèrent le feu. Un pare-feu en métal était installé devant, de petits hexagones, et plus Rhoda les regardait, plus ces hexagones semblaient composer la paroi arrière de l'âtre, dorée par les flammes. Comme si le mur de soutien, noir de suie, pouvait être révélé ou métamorphosé par le feu. Puis son regard se déplaçait et elle ne voyait à nouveau plus qu'un simple pare-feu. 
J'aurais aimé la connaître, dit Rhoda. 
Moi aussi, dit Irene. Elle tapota le genou de Rhoda. Il faut que j'aille dormir. J'ai une journée chargée, demain. 
Elle va me manquer, cette maison. 
C'était une bonne maison. Mais ton père veut me quitter, et le premier pas, c'est de nous faire emménager sur cette île. Pour donner l'impression qu'il a tout essayé. 
C'est faux, Maman. 
Nous nous fixons tous des règles, Rhoda. Et la première règle de ton père, c'est qu'il ne doit jamais passer pour un salaud. 
Il t'aime, Maman. 
Irene se leva et étreignit sa fille. 
Bonne nuit, Rhoda. 

Au petit matin, Irene porta sa part, rondin après rondin, du pick-up au bateau. On n'arrivera jamais à les caler les uns sur les autres, dit-elle à son mari, Gary. 
Je vais devoir les raboter un peu, dit-il d'un air renfrogné. 
Irene s'esclaffa. 
Merci, dit Gary. Il affichait déjà cette expression inquiète et morose qui accompagnait tous ses projets impossibles. 
Pourquoi ne pas construire la cabane avec des planches ? demanda Irene. Pourquoi faut-il absolument qu'elle soit en rondins ? 
Mais Gary ne lui répondit pas. 
A ton aise, dit-elle. Mais ce ne sont même pas des rondins. Aucun ne fait plus de quinze centimètres de diamètre. Ça va ressembler à une cahute en brindilles. 
Ils se trouvaient près du terrain de camping sur les rives de Skilak Lake, l'eau teintée d'un pâle vert de jade après la fonte des glaciers. Rendue floconneuse par la vase et, en raison de sa profondeur, jamais assez chaude, même au plus fort de l'été. Balayée par un vent frais et constant, les montagnes encore drapées de neige s'élevant sur la rive orientale. Depuis leur sommet, Irene avait souvent aperçu, par temps clair, les pics volcaniques blancs de Mount Redoubt et Mount Iliamna de l'autre côté de Cook Inlet et, au premier plan, la large étendue de la péninsule de Kenai : sa mousse rouge violacé et vert spongieux, les arbres chétifs en bordure des marais et des étangs, et l'unique autoroute serpentant comme une rivière argentée sous le soleil. Des terres publiques, pour la plupart. Leur maison et celle de leur fils Mark étaient les seuls bâtiments construits le long des berges de Skilak Lake, cachés dans le renfoncement des arbres, si bien que le lac avait encore des allures préhistoriques, sauvages. Mais vivre sur la rive n'était pas suffisant. Voilà maintenant qu'ils déménageaient sur Caribou Island. 
Gary avait reculé son pick-up près du bateau qui patientait sur la grève, la rampe dépliée à la proue pour permettre le chargement. A chaque rondin, il grimpait sur le bateau et en parcourait toute la longueur. D'un pas chancelant car la poupe baignait dans l'eau, instable. 
Des brindilles pour une cabane d'enfants, dit Irene. 
J'en ai assez entendu, dit Gary. 
Très bien. 
Gary souleva un nouveau petit rondin. Irene en saisit l'extrémité. Le ciel s'assombrit légèrement et l'eau passa du vert de jade au gris bleuté. Irene leva les yeux vers les montagnes et vit qu'un flanc avait blanchi. Il pleut, dit-elle. Ça vient vers nous. 
On va continuer à charger, dit Gary. Mets ta veste, si tu veux. 
Gary, en chemise de flanelle à carreaux à manches longues par-dessus son T-shirt. Un jean et des grosses chaussures. Son uniforme. Il semblait plus jeune, encore bien en forme pour sa cinquantaine bien tassée. Irene aimait toujours son apparence. Mal rasé et sale, pour l'instant, mais bien réel. 
Ça ne devrait pas être bien long, dit Gary. 
Ils allaient construire leur cabane à partir de rien. Sans même une fondation. Et pas de plan, d'expérience, d'autorisation, de conseils, non merci. Gary voulait le faire, un point c'est tout, comme s'ils étaient les premiers à fouler cette nature sauvage. 

Challenge 3%
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
17/21

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

Challenge des Agents Littéraires
challenge_rentr_C3_A9e_litt_C3_A9raire_2011

50__tats
9/50 : Alaska

Déjà lu du même auteur :

sukkwan_island Sukkwan Island

Posté par aproposdelivres à 06:49 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,


02 avril 2010

Sukkwan Island – David Vann

sukkwan_island Éditions Gallmeister – janvier 2010 – 220 pages

traduit de l'américain par Laura Derajinski

Quatrième de couverture :

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Sukkwan Island est une histoire au suspense insoutenable. Avec ce roman qui nous entraîne au cœur des ténèbres de l’âme humaine, David Vann s’installe d’emblée parmi les jeunes auteurs américains de tout premier plan.

Auteur : David Vann est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français. Site de l'auteur

Mon avis : (lu en avril 2010)

Après avoir lu beaucoup de bons billets sur ce livre, j'étais très curieuse de pouvoir le découvrir.

Ce livre est un huis clos en pleine nature, dans une petite île inhabitée en Alaska. Pour renouer avec son père, Roy un adolescent de 13 ans qui accepte d'aller vivre un an dans une cabane avec son père sur cette île. Cela commence comme un retour à la nature, un aventure de Robinson mais assez vite les conditions de vie s'avèrent plus difficiles que prévu et surtout le père ne semble pas à la hauteur de son projet. Roy se rend vite compte que son père est bizarre : il l'entend pleurer et gémir chaque nuit et il voit bien qu'il est incapable de gérer les difficultés. Au bout d'un mois et divers péripéties, Roy demande à arrêter l'aventure. Mais après une discussion avec son père et pour ne pas le décevoir, la mort dans l'âme, il accepte de continuer. Et là, alors qu'on s'y attend pas, tout bascule...

Le livre se lit très facilement, l'histoire est prenante, bouleversante et ne laisse pas le lecteur indifférent. A découvrir !

Extrait : (début du livre)

ON AVAIT UNE MORRIS MINI, avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de montagnes russes et un des essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l’époque, elle voulait toujours qu’on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C’était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. Le monde était à l’origine un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer. Ses extrémités se sont recourbées lentement, hommes, femmes et enfants luttaient pour rester sur la planète, s’agrippant à la fourrure du voisin et escaladant le dos des autres jusqu’à ce que l’humain se retrouve nu, frigorifié et assassin, suspendu aux limites du monde.

Son père fit une pause et Roy demanda : Et après ?

Au fil du temps, les extrémités ont fini par se toucher. Elles se sont recroquevillées pour se rejoindre et former le globe, et sous le poids de ce phénomène la rotation s’est déclenchée, hommes et bêtes ont cessé de tomber. Puis l’homme a observé l’homme, et comme il était devenu si laid avec sa peau nue et ses bébés pareils à des cloportes, il s’est répandu sur la surface de la Terre, massacrant et revêtant les peaux des bêtes les plus correctes.

Ha, lança Roy. Mais ensuite ?

La suite devient trop compliquée à raconter. Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille.

Tu crois que tout est parti en vrille quand tu t’es marié avec Maman ?

Son père le dévisagea d’un œil qui prouva à Roy qu’il était allé trop loin. Non, c’est parti en vrille un peu avant, je crois. Mais difficile de dire quand.

Ils ne connaissaient pas cet endroit ni son mode de vie, ils se connaissaient mal l’un l’autre. Roy avait treize ans cet été là, l’été suivant son année de cinquième à Santa Rosa, en Californie, où il avait vécu chez sa mère, avait pris des cours de trombone et de foot, était allé au cinéma et à l’école en centre-ville. Son père avait été dentiste à Fairbanks. Ils s’installaient à présent dans une petite cabane en cèdre au toit pentu en forme de A. Elle était blottie dans un fjord, une minuscule baie du Sud-Est de l’Alaska au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales et à environ quatre-vingts kilomètres de Ketchikan. Le seul accès se faisait par la mer, en hydravion ou en bateau. Il n’y avait aucun voisin. Une montagne de six cents mètres se dressait juste derrière eux en un immense tertre relié par des cols de basse altitude à d’autres sommets jusqu’à l’embouchure de la baie et au-delà. L’île où ils s’installaient, Sukkwan Island, s’étirait sur plusieurs kilomètres derrière eux, mais c’étaient des kilomètres d’épaisse forêt vierge, sans route ni sentier, où fougères, sapins, épicéas, cèdres, champignons, fleurs des champs, mousse et bois pourrissant abritaient quantité d’ours, d’élans, de cerfs, de mouflons de Dall, de chèvres de montagne et de gloutons. Un endroit semblable à Ketchikan, où Roy avait vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, mais en plus sauvage et en plus effrayant maintenant qu’il n’y était plus habitué.

Tandis qu’ils survolaient les lieux, Roy observait le reflet de l’avion jaune qui se détachait sur celui, plus grand, des montagnes vert sombre et du ciel bleu. Il vit la cime des arbres se rapprocher de chaque côté de l’appareil, et quand ils amer - rirent des gerbes d’eau giclèrent de toute part. Le père de Roy sortit la tête par la fenêtre latérale, sourire aux lèvres, impatient. L’espace d’un instant, Roy eut la sensation de débarquer sur une terre féerique, un endroit irréel.

Ils se mirent à l’ouvrage. Ils avaient emporté autant de matériel que l’avion pouvait en contenir. Debout sur un des flotteurs, son père gonfla le Zodiac avec la pompe à pied pendant que Roy aidait le pilote à décharger le moteur Johnson six chevaux au-dessus de la poupe où il patienta, suspendu dans le vide, jusqu’à ce que l’embarcation fût prête. Ils l’y fixèrent, chargèrent le bateau de bidons d’essence et de jerrycans qui composèrent le premier voyage. Son père le fit en solitaire tandis que Roy, anxieux, attendait dans la carlingue avec le pilote qui ne cessait pas de parler.

Pas très loin de Haines, c’est là que j’ai essayé.

J’y suis jamais allé, fit Roy.

Eh ben, comme je te disais, tu y trouves des saumons et des ours, et tout un tas de trucs qu’une grande majorité d’humains n’aura jamais, mais c’est tout ce que tu y trouves, et ça inclut une vraie solitude sans personne autour.

Roy ne répondit rien.

C’est bizarre, c’est tout. Les gens emmènent rarement leurs gosses avec eux. Et la plupart emportent de la nourriture.

De la nourriture, ils en avaient apporté, du moins pour les deux premières semaines, ainsi que les denrées indispensables : farine et haricots, sel et sucre, sucre brun pour fumer le gibier. Des fruits en conserve. Mais ils comptaient vivre de chasse et de pêche. C’était leur plan. Ils mangeraient du saumon frais, des truites Dolly Varden, des palourdes, des crabes et tout ce qu’ils parviendraient à abattre – cerfs, ours, mouflons, chèvres, élans. Ils avaient embarqué deux carabines, un fusil et un pistolet.

Tout ira bien, dit le pilote.

Ouais, fit Roy.

Posté par aproposdelivres à 07:15 - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

21 mars 2010

Construire un feu – Christophe Chabouté

d'après la nouvelle de Jack London

construireunfeu Vents d'ouest – août 2007 – 63 pages

Résumé :

Christophe Chabouté s’attaque cette fois à un classique de la littérature américaine, en adaptant la célèbre nouvelle de Jack London : « Construire un feu ».

Un homme en quête de fortune ou d'aventure, perdu en plein milieu du grand nord, tente de rejoindre ses compagnons... Dans ce désert de neige et de glace, rien d'autre que lui et un chien. Il lutte contre un froid effrayant de moins soixante degrés. Confronté aux forces de la nature, sa vie ne dépend que de quelques allumettes avec lesquelles il pourrait se faire un feu.

Auteur : Jack London, de son vrai nom John Griffith Chaney, né le 12 janvier 1876 à San Francisco et mort le 22 novembre 1916 à Glen Ellen, Californie, était un écrivain américain. Il a écrit L'Appel de la forêt et plus de cinquante autres nouvelles et romans connus. Il fut un des premiers Américains à faire fortune dans la littérature.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en mars 2010)

Encore un bel album de Chabouté, ce n'est plus la mer de "Tout seul" et "Terres Neuvas" mais les étendues blanches du Klondyke, par -60°C, elles sont angoissantes. L'espace est sans fin, le paysage est dépouillé, tout est uniformément blanc, tout est silence. Nous suivons la marche d'un homme et son chien loup qui tente de rejoindre ses compagnons…, et Jack London affirme la chose suivante : «Un homme ne peut voyager seul dans le Klondike par moins trente en dessous de zéro» Tout au long du livre, nous allons assister à ce semblant de huis-clos dans ce désert blanc, froid et hostile. La marche de cet homme est douloureuse, la progression est difficile et les embûches sont nombreuses. Le dessin de Chabouté n'est pas purement noir et blanc comme souvent, ici, il utilise un peu de couleur (en particulier lorsqu'il dessine le feu !). J'ai vraiment beaucoup aimé ce périple au milieu du grand nord, c'est un dépaysement total. A découvrir sans hésitation !

Extrait :

construireunfeu_1 construireunfeu_2

construireunfeu_3 ConstruireUnFeu_06092007_201321

Posté par aproposdelivres à 10:10 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 août 2009

Le Club des policiers yiddish - Chabon Michael

le_club_des_policiers_yiddish  the_yiddish_policemen_s_union

Robert Laffont – janvier 2009 – 486 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle D. Philippe

Quatrième de couverture :

Drôle d’époque pour les Juifs. L’Alaska est leur nouvelle patrie, froide, sombre, désolée, lointaine. La vie y est dure, mais rien de neuf à ça. Les rabbins ont versé dans la criminalité, les criminels se sont tournés vers Dieu, et l’inspecteur Landsman a sombré dans la bouteille. Son mariage, sa carrière, l’alcool… Autant de problèmes dont il se passerait bien. Et puis il y a ce corps avec un trou dans la tête, en bas, dans le hall de l’hôtel.

Présentation de l'éditeur
Après le succès des Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay, prix Pulitzer 2001,
Le Club des policiers yiddish est le nouveau chef-d'œuvre de Michael Chabon.
Le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs parlant le yiddish. L'inspecteur Meyer Landsman, de la brigade des homicides, est chargé de faire régner la paix dans cette communauté désobéissante et encline aux mystères. Ainsi, dans un hôtel minable, Landsman découvre un junkie assassiné qui s'avère être le fils du plus puissant rabbin de Sitka, le chef des verbovers, des Juifs ultra-orthodoxes. Des ordres venant de l'étranger exigent la clôture de l'enquête mais Landsman s'obstine : ce mort lui plaît et il refuse de laisser son assassinat impuni... Le rabbin aurait-il commandité le meurtre de son fils ? Dans quel but ? Et quels liens entretient la communauté verbover avec d'étranges commandos parlant hébreu ?

Dans une tradition typiquement américaine, Michael Chabon emprunte à tous les genres avec allégresse : légendes des émigrés juifs d Europe de l'Est, roman noir, roman d'anticipation, critique politique de l'après - 11 Septembre et réflexion morale sur les dérives religieuses. Hommage à Chandler et à Charyn, Le Club des policiers yiddish, lauréat du prix Hugo 2008 va être adapté au cinéma par les frères Coen (The Big Lebowski, Fargo, No Country for Old Men...) et a reçu un accueil enthousiaste aux États-Unis : « Une réussite, comme si Raymond Chandler et Philip K. Dick avaient fumé un joint en compagnie d'Isaac Bashevis Singer... » New York Review of Books.

Biographie de l'auteur
L'auteur : Michael Chabon vit en Californie, avec sa femme Ayelet Waldman, écrivain elle aussi, et leurs quatre enfants. Il est l auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles. Les Mystères de Pittsburg (Fixot 1988, réédité en janvier 2009 dans la collection Pavillons Poche) ; Avenue de l Océan (Nouvelles, Fixot, 1991) ; Des garçons épatants (Nouvelles, Robert Laffont, 1995 et 2001) ; Les Loups-garous dans leur jeunesse (Robert Laffont, 1999). Son talent a été consacré par le prix Pulitzer pour Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay (Robert Laffont, 2004).

Mon avis : (lu en août 2009)

Au début j'ai été un peu dérouté par les termes en yiddish et en argot qui sont couramment utilisés tout au long du livre, il y a heureusement un glossaire en fin de livre.

Le livre commence dans un hôtel miteux et glauque à Sitka en Alaska, c'est la que vit l'inspecteur Landsman, dans une chambre voisine, on retrouve le corps d'un junkie tué par balle. Landsman et son co-équipier Berko commencent leur enquête... Cette enquête les va mener dans l'univers fermé des Verbovers, sorte de mafia juive orthodoxe.

L'enquête en elle-même est assez classique, mais le décor est original et l'Histoire un peu revisité : en effet l'éditeur nous dit que "le district de Sitka, en Alaska, est le nouvel Israël. Y vivent deux millions de Juifs...". Les membres de cette communauté trouvent avec leurs religions et coutumes des arrangements assez tordus et souvent risibles. A Sitka, on peut vous menacer de mort mais en même temps vous souhaiter un fraternel "bon shabbat !", parce que tout les vendredis soir, on respecte certains principes...

On rencontre des personnages originaux et attachants : l'inspecteur Landsman est un anti-héros, il est alcoolique et divorcé, son équipier Berko est un colosse indien par sa mère et juif par son père il est lui-même marié, père de 2 jeunes garçons.

On pénètre dans un univers entre réalité et imaginaire et on se trouve plongé dans cet univers juif où se mêle humour, dérision et fantaisie... J'ai passé un bon moment, mais, j'ai été un peu déçue par rapport aux critiques dithyrambiques de la quatrième de couverture.

Les frères Coen travaillent à l’adaptation de ce livre pour le cinéma. A suivre...

Extrait : (début du livre)

Neuf mois que Landsman crèche à l’hôtel Zamenhof sans qu’aucun des autres pensionnaires ait réussi à se faire assassiner. Et maintenant quelqu’un a logé une balle dans la cervelle de l’occupant du 208, un Yid du nom d’Emanuel Lasker.
- Il n’a pas répondu au téléphone, il ne voulait pas ouvrir, explique Tenenboym, le gérant de nuit, en venant tirer Landsman de son lit.
Landsman, lui, est au 505, avec vue sur l’enseigne au néon de l’hôtel situé de l’autre côté de Max Nordau Street. Celui-là s'appelle le Blackpool, mot qui revient souvent dans les cauchemars de Landsman.

- … Il a bien fallu que j'entre dans sa chambre.

Le gérant de nuit est un ancien marine américain, qui a décroché de l'héroïne dans les années 1960, après être revenu de la sale guerre cubaine. Il porte un intérêt tout maternel aux clients du Zamenhof. Il leur fait crédit et veille à ce qu'on leur fiche la paix quand c'est ce qu'ils veulent.

- Tu n'as touché à rien dans la pièce ? demande Landsman.

- Juste au fric et aux bijoux.

Landsman met son pantalon, se rechausse et remonte ses bretelles. Lui et Tenenboym tournent ensuite leurs regards vers la poignée de porte, à laquelle pend une cravate rouge barrée d'une grosse rayure marron, déjà nouée pour gagner du temps. Landsman a huit heures à tuer avant son prochain service. Huit misérables heures à biberonner dans son aquarium garni de sciure de bois. Il soupire et tend la main vers sa cravate. Il l'enfile par la tête, puis resserre le nœud. Il endosse son veston, palpe la poche poitrine à la recherche de son portefeuille et de sa plaque, tapote le sholem qu'il porte dans un holster sous l'aisselle, un Smith & Wesson à canon scié modèle 39.

- J'ai horreur de vous réveiller, inspecteur, reprend Tenenboym. Mais j'ai remarqué que vous ne dormez pas vraiment.

- Si, je dors, réplique Landsman, ramassant le verre qui ne le quitte plus en ce moment, un souvenir de l'Exposition universelle de 1977. Simplement je dors en caleçon et chemise...

Il lève son verre et trinque aux trente années écoulées depuis l'Exposition universelle de Sitka.

Un sommet de la civilisation juive dans le Nord, prétend-on, et qui est-il pour discuter ? Meyer Landsman avait quatorze ans cet été-là, il venait de découvrir les charmes des femmes juives, pour qui 1977 avait dû être en effet une sorte d'apothéose.

Posté par aproposdelivres à 20:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,