24 janvier 2016

Le goût du large - Nicolas Delesalle

Lu en partenariat avec les éditions Préludes

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le gout du large Préludes - janvier 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
"Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer."
De l'inaccessible Tombouctou à la mélancolique Tallinn, entre une partie d'échecs fatale quelque part dans un hôtel russe et un barbecue incongru à Kaboul, des clameurs de la place Tahrir au fond d'un trou, dans l'Aveyron... C'est le roman d'une vie et de notre monde que raconte Nicolas Delesalle, le temps d'une croisière en cargo.
Après le formidable succès d'Un parfum d'herbe coupée - finaliste du prix Relay des voyageurs 2015 -, Le Goût du large embarque le lecteur pour un voyage passionnant, plein d'humour et d'esprit, de couleurs et de saveurs, et réveille notre irrésistible envie d'ailleurs.

Auteur : Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l'ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d'herbe coupée est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
J'ai découvert Nicolas Delesalle, l'année dernière avec son premier roman Un parfum d'herbe coupée . Aussi, je n'ai pas hésité à accepter de découvrir son deuxième livre. Un livre qui nous invite au voyage. Journaliste, Nicolas Delesalle est parti pendant dix jours à bord d'un cargo porte-containers, le MSC Cordoba, pour faire un reportage sur ce nouveau type de voyages.
Son livre, est non seulement le carnet de bord de ses dix jours en mer depuis Anvers jusqu'à Istanbul mais également ses souvenirs de reportages. Des souvenirs douloureux, heureux, amusants ou tristes, des rencontres avec des hommes, des femmes ou des enfants. 
Le voyage en cargo est passionnant, avec son équipage philippins, Angelo le capitaine, Ruben son second, Neil le timonier, Glenn, Ramis, le stewart, Joseph et sans oublier Maïté, l'autre voyageuse passagère. D'Anvers au Golfe de Gascogne en passant par Gibraltar, puis les côtes tunisiennes, les îles du Péloponèse pour arriver à Istambul.
Ses souvenirs de reportages nous entraînent en Israël, à Gaza, en Indonésie, en Estonie, dans partie d'échecs en Russie, à Mourmansk, à Kaboul en Afganistan mais Nicolas nous fait aussi découvrir "une fragile zone de paix" dans la région de Bamiyan dont les habitants sont les Hazaras. Au Niger, il outrepassera son rôle de journaliste pour tenter de sauver deux jumeaux, à Dakar il rencontrera des enfants des rues, il sera témoin de la déforestation au Congo, puis ce voyage aura pour destinations la Côte d'Ivoire, l'Egypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie, la Grèce et même une expérience un peu particulière en France... 
Quel beau voyage ! Entre anecdoctes et témoignages, il mêle à la fois l'humour et les émotions mais surtout des rencontres humaines marquantes.

Merci Anne et les éditions Préludes pour ce livre coup cœur et pour sa soirée de lancement avec l'auteur !

 

Extrait : (début du livre)
Jour 1 : D’Anvers au rail de la Manche

Hier soir, Ramis m’a souri du haut de l’échelle de coupée et je suis monté à flanc de cargo. Je n’avais pas l’impression de grimper à bord du MSC Cordoba, porte-conteneurs allemand sous pavillon libérien, équipage philippin, mille six cent vingt-neuf boîtes multicolores empilées sur le pont, de la rouille, de l’iode, du sel, de la solitude, j’avais juste la sensation de quitter le monde connu pour entrer dans un rêve de gosse aux contours flous.

Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J’allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l’ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J’allais me gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.

J’ai suivi Ramis dans les coursives du château, recouvertes de lino bleu turquoise. Il a vérifié mon passeport, mon certificat médical et m’a fait signe de grimper avec lui jusqu’au pont F. Les escaliers sentaient la Javel et tout était vide. Chacun des vingt et un membres d’équipage vaquait à ses occupations, mais pour moi, c’était déjà un bateau fantôme, un navire hors du temps et des hommes. Je suis enfin entré dans ma cabine monastique. Je l’imaginais plus étroite, moins confortable. Des meubles en contreplaqué y encadrent un espace simple rendu douillet par la présence d’une moquette dodue à l’étrange motif écossais. Des posters lambda encadrés au mur donnent au lieu un air impersonnel d’appartement de station de ski ou de salle d’attente. Une salle d’attente. Une salle d’ennui. Une salle d’écriture. C’est bien ce que cette cabine symbolisait pour moi.

Le soleil est tombé au loin entre les deux cheminées de la centrale nucléaire du port industriel d’Anvers, près d’un champ planté d’éoliennes. À travers les hublots de ma cabine, j’ai observé le spectacle extraordinaire du chargement. Trois portiques hauts comme des immeubles de vingt étages nourrissaient le ventre du navire en laissant glisser vers le sol des filins de métal torsadés au bout desquels des mains mécaniques et crochues agrippaient un par un les conteneurs pour les remonter à toute vitesse et les déposer sur le cargo avec une facilité déconcertante. C’était un jeu de Lego géant, un Tetris colossal, des pièces de vingt tonnes volaient comme des mouettes graciles.

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Voyage (1)

Déjà lu du même auteur :

un parfum d'herbe coupée Un parfum d'herbe coupée 

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27 septembre 2015

Afghanes - Suzanne Fisher Staples

afghanes-191225-250-400 Gallimard Jeunesse - mars 2006 - 304 pages

Quatrième de couverture :
Octobre 2001, un mois après le 11 septembre. L’Afghanistan, dévasté par la guerre civile, est bombardé par les Américains. La jeune Najmah, douze ans, perd tout : sa famille, sa maison. Pour survivre, elle doit fuir. Déguisée en garçon, elle entreprend un périlleux voyage vers le Pakistan où elle espère retrouver la trace de son père et de son frère, enrôlés de force par les talibans. Nusrat est américaine. Mariée à un médecin pakistanais, elle a choisi de devenir musulmane. Son mari, parti en mission en Afghanistan, reviendra-t-il sain et sauf ?
Dans le camp de réfugiés de Peshawar, Nusrat fait l’école aux enfants réfugiés. Un jour, elle accueille Najmah dans sa classe. Leur rencontre est celle de deux âmes meurtries. Deux femmes insoumises. Deux cultures que tout semble opposer. Pourtant, un même espoir les réunit, leur permet de dépasser leurs pertes mutuelles et de continuer à aller de l’avant, malgré l’attente angoissante qui les mine…
« Aussi longtemps que tu connaîtras les étoiles, tu ne seras jamais perdu », dit le Coran.

Auteur : Suzanne Fisher Staples est américaine. Elle a vécu longtemps en Asie, au Pakistan, en Inde, en tant que journaliste, correspondante étrangère. Elle a travaillé au Pakistan et en Afghanistan, sur un projet d’alphabétisation des femmes en milieu rural, sponsorisé par l’Agence Américaine pour le Développement International. Elle s’est inspirée de ses expériences extraordinaires, de ses voyages, de ses rencontres pour écrire des romans qu'elle destine aux jeunes adultes. Elle vit en Pennsylvanie aux États-Unis.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Najmah, douze ans, est une jeune afghane qui a tout perdu. Elle vivait avec sa famille dans un village du nord de l'Afganistan dans la région de Kunduz. En octobre 2001, c'est la guerre, les Talibans sèment la terreur puis les Américains interviennent et bombardent le pays. Le père de Najmah et son frère sont emmenés par les Talibans, elle reste seule avec sa mère enceinte d'un bébé qui doit arriver sous peu. Un bombardement, la laisse seule sans rien : sa mère et son petit frère meurent, sa maison n'existe plus. Najmah est obligée de fuir pour survivre, son seul espoir rejoindre le Pakistan.
Nusrat est américaine, mariée à Faiz, un médecin pakistanais, elle a choisi de devenir musulmane et de le suivre au Pakistan. Lorsque l'histoire commence, Faiz est en mission au nord de l'Afghanistan, Nusrat vit à Peshawar, elle fait l’école à des enfants réfugiés. Chaque jour, elle espère son retour.
Ce livre est passionnant et très bien écrit, Najmah et Nusrat sont deux personnages attachantes et étonnantes. Elles ont deux cultures différentes, mais toutes veulent survivre, aller de l'avant. Le lecteur découvre l'Afghanistan et ses habitants, ses coutumes, la guerre et les difficultés qu'il en découle. Un livre littérature ado qui se lit très bien pour des adultes.
Bravo, également au lexique en fin du livre nous permettant de comprendre quelques mots afghans ou pakistanais. 

Extrait : (début du livre)
Cette journée a commencé comme toutes les autres, au rythme de la lune et du soleil. Avant même que les étoiles ne cessent de briller au-dessus des montsKunduz pour faire place aux premières lueurs de l'aube, ma mère a secoué ma couverture et m'a chuchoté : 

- Réveille-toi, la belle endormie, c'est l'heure d'allumer le feu ! 
J'avais l'impression que je venais de m'endormir. Puis elle s'est penchée sur le lit de mon frère aîné, Nur. 
- Debout, toi aussi, il est temps d'aller chercher l'eau pour le thé !
Nur a grogné et s'est retourné dans son lit en remontant la couverture sur sa tête. Alors, comme chaque fois que mon frère feignait de l'ignorer, Mada-jan a soulevé l'extrémité de la courtepointe et lui a chatouillé la plante des pieds avec un bout de paille. 

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13 juillet 2014

La croisade s'amuse - Jul

 la croisade s'amuse Albin Michel - avril 2006 - 47 pages

Quatrième de couverture :

axe du mal

Présentation éditeur :
Pour échapper au déluge d'images et de propagande issus du conflit entre le soit-disant Axe du Bien et Axe du mal, autrement dit Georges Bush et Ben Laden, Jul invente le déminage par l'absurde. 

La tribu Ben Laden, une famille de Bidochons islamiste

Auteur : Jul (de son vrai nom Julien Berjeaut) est né en 1974. Après Normale sup et une agrégation, il devient professeur d'histoire chinoise à l'université avant de s'orienter vers le dessin de presse. Il entre au Nouvel Observateur en 1998, puis dessine à la Dépêche du midi, à Marianne et à partir de 2000 pour Charlie Hebdo. Depuis, il collabore également à Lire, à Philosophie Magazine, à l'Huma, aux Echos ou encore à Fluide Glacial. En 2005, il publie son premier album Il faut tuer José Bové, une plongée délirante dans la jungle altermondialiste. L'ouvrage est plébiscité par les lecteurs. En 2006, son deuxième album La croisade s'amuse parodie le choc des civilisations.En 2007, le Guide du Moutard pour survivre à 9 mois de grossesse reçoit le Prix Goscinny. La planète des sages, encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies écrite avec Charles Pépin, a marqué l'année BD 2011. En 2009, il publie chez Dargaud sa première série Silex and the City. 4 tomes et une première saison animée plus tard, plus de 300 000 exemplaires ont été vendus et la série vue par des millions de téléspectateurs.

Mon avis : (lu en juillet 2014)
Plutôt qu'une longue histoire, La Croisade S'Amuse est une suite de petits sketchs amusants, dont les cibles principales sont Ben Laden et Bush sans oublier diverses personnalités du paysage médiatique international de 2006.

Jul s'amuse à dénoncer la politique impérialiste américaine et l'intégrisme islamique dans le contexte geopolitique de l'époque. On retrouve l'esprit des Guignols de l'Info avec Bush qui passe pour un crétin et Ben Laden père de famille comme les autres... 
Ainsi George W. pratique assiduement de la « gym chrétienne », pour la fête des Mères, les petits Ben Laden offrent à leur maman une ceinture en nouilles explosive avec un détonateur en pâte à sel, papa Oussama chante « La mauvaise réputation » ou « Allumer le feu », lorsqu'une petite fille de Ben Laden met sa burqa "devant-derrière" c'est la chute assurée dans les escaliers !
Les dialogues sont décalés, c'est souvent très drôle et bien trouvé.

 

Extrait :

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02 janvier 2014

Bacha Posh - Charlotte Erlih

2013-12-31_145847 Actes Sud Junior - mars 2013 - 272 pages

Quatrième de couverture :
"Je ne veux pas me morfondre dans mon coin en maudissant le sort. Je n'aime pas ce rôle. Je vais donc continuer à me battre. Voilà mon identité : lutter. Mon identité, c'est de persévérer, non pas d'être un garçon ou une fille. Je suis moi. Et moi, je me bats. 
Ça ne me gêne pas de mourir. Mais seulement quand j'aurais tout tenté."
Elle vit comme un garçon, s’habille comme un garçon et passe, aux yeux de tous, pour un garçon.
C’est une bacha posh : une de ces filles élevées comme des fils dans les familles afghanes qui n’en ont pas.
À la puberté, elle doit redevenir une jeune femme. Mais quand on a goûté à l’action et à la liberté, comment y renoncer ?

Auteur : Normalienne et agrégée de lettres modernes, Charlotte Erlih a enseigné les arts du spectacle à l'université de Nanterre, avant de se consacrer à l'écriture et à la réalisation. Elle a cosigné avec Coline Serreau L'Académie Fratellini - Le cirque de plain-pied (2008). Bacha Posh est son premier roman.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
Je ne connaissais pas les "bacha posh" avant un "Café Lecture" de la bibliothèque, où Chantal nous avait conseillé de découvrir le livre "
Je suis une bacha posh" - Ukmina Manoori sur le sujet. Je n'ai pas encore eu l'occasion de l'emprunter, mais lorsque j'ai découvert ce livre destiné aux adolescents, j'ai eu très envie de le découvrir. 
En Afghanistan, dans les familles où il n'y a pas de garçon, l'une des filles est déguisée et élevée comme un garçon, c'est une bacha posh
Dans cette histoire, Farrukh (Farrukhzad) est barreur dans une équipe d'avirons. Avec ses camarades, ils espèrent participer aux JO. Le groupe ignore que leur barreur est une jeune fille. Mais bientôt, Farrukh va devoir redevenir Farrukzhad et après avoir goûté à la liberté, elle se retrouve plongée dans un monde de servitude, où la place de la femme est très différente de celle de l'homme... Comment va-t-elle réagir ?
A travers cette histoire, le lecteur découvre vraiment la vie en Afghanistan, la place de la femme, celle de l'homme et surtout cette coutume très étonnante des "bacha posh" dans ce pays musulman...  

Extrait : (début du livre)
Huit longues rames de bois fendent la surface lisse du lac Kargah, progressent sous l'eau, ressortent ruisselantes et replongent dans l'étendue bleue. Les pieds poussent sur les planches, les fesses reculent sur les sièges, les jambes se tendent, les bras se rapprochent du torse. Le tout, abdominaux serrés et torse gainé pour conserver le dos droit. D'un coup, les poignets s'abaissent et pivotent : les rames se retrouvent parallèles au lac, l'embarcation atteint son pic de vitesse. Les rameurs regagnent leur position initiale - les fesses coulissent vers l'avant, les jambes se replient, les bras s'éloignent du torse. Une rotation ultime des poignets, et les pelles, perpendiculaires au lac, en tranchent à nouveau la surface.
Les huit adolescents sont assis les uns derrière les autres. Sohrab, la "nage" du bateau impulse le rythme et montre l'exemple au reste de l'équipe. Derrière lui, Rustam lui sert de relais. Les quatre suivants - les jumeaux Kochai et Batoor, Amjad et Samandar - sont les moteurs du bateau, les plus puissants. Aux dernières places, Turan et Bijan tentent de maintenir l'équilibre, profitant de leur vision d'ensemble pour rectifier les fautes des uns et des autres. Le moindre à-coup, le moindre frôlement de l'eau avec l'extrémité d'une pelle, la moindre asymétrie dans la hauteur des rames, et la progression du 8 est menacée. Ralentissement, déviation, l'erreur de l'un met les autres en danger.
Pour orchestrer le ballet des garçons : un barreur, assis face à eux. Farrukh. Il dirige l'embarcation, donne la cadence, motive ses troupes. Portés par son enthousiasme, les rameurs s'entraînent comme des forcenés, égrenant les séances de travail comme les perles d'un misbaha*, luttant avec acharnement pour dompter leurs corps, éduquer leurs muscles, maîtriser chaque fraction de leur mouvement.
Des heures d'efforts arides, illuminées par des instants d'une joie quasi mystique lorsqu'ils réussissent à se synchroniser. Alors, ils entrent en communion avec le bateau, les rames deviennent des prolongements d'eux-mêmes, ils ne font plus qu'un avec leurs coéquipiers.
Dans cette union des corps et des esprits réside le plus grand plaisir de l'aviron. Les différences entre les êtres s'estompent, les conflits se dissipent. Le temps d'un instant, il n'y a plus Farrukh, Sohrab, Rustam, Kochai, Batoor, Amjad, Samandar, Turan et Bijan embarqués sur un bateau, mais un seul être hybride, fait moitié de bois, moitié de chair.
- On s'arrête ! lance Farrukh. Retour au port ! Les rameurs poussent un soupir de soulagement.
- Pas de relâchement ! Kochai, ta pelle ! Elle est trop basse. Allez, on s'applique jusqu'au bout. Batoor, tu presses !
Les garçons tentent de se ressaisir.
- C'est bien, puisez dans vos réserves, donnez tout ! C'est la dernière fois qu'on est sur ce bateau. Demain, tout sera différent ! On pourra enfin se concentrer sur l'essentiel, mettre notre énergie au bon endroit, avoir les mêmes chances que tout le monde, et à nous les Jeux olympiques !

*Chapelet

 

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11 décembre 2013

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes - Khaled Hosseini

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

couv39026407 Belfond - novembre 2013 - 484 pages

traduit de l'américain par Valérie Bourgeois

Titre original : And the mountains echoed, 2012

Quatrième couverture : 
En Afghanistan, des années 1950 à nos jours, mais aussi à Paris dans les années 1970, en Californie dans les années 2000 et sur une île grecque aujourd’hui. A Shadbagh, un minuscule village agricole, Abdullah, 10 ans, s’occupe de sa petite sœur Pari. Entre les deux enfants, le lien est indéfectible, ce qui leur permet d’oublier la mort de leur mère, les absences de leur père qui cherche désespérément du travail et ces jours où la faim les tenaille encore plus qu’à l’habitude. Un jour, leur père décide de partir pour Kaboul où l’oncle Nabi lui aurait trouvé un emploi et d’emmener Pari avec lui. Abdullah sent qu’il se trame quelque chose. Et de fait, leur père, préférant « couper un doigt pour sauver la main », vend Pari à la riche famille pour laquelle travaille Nabi. Une séparation déchirante qui pèsera sur toute la vie d’Abdullah, même après son exil aux Etats-Unis. La petite Pari oublie et grandit à Paris où sa mère, Nila, trop libre pour la société afghane, s’est enfuie au milieu des années 50. Nabi est resté auprès de Suleiman, le mari de Nila, devenu handicapé suite à un AVC. Des années plus tard, bien après la chute des Talibans, Abdullah n’a pas oublié Pari qui, elle, n’a jamais pu combler une sensation de vide, comme s’il lui manquait quelque chose d’indispensable, dont elle ignorait tout…

Auteur : Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. De mère professeur de perse et d'histoire et de père diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d'asile aux États-Unis en 1980. Il poursuit des études de biologie puis de médecine pour devenir médecin en 1993, tout en continuant à pratiquer sa passion de toujours, l'écriture. Il est l'auteur de deux romans : Les Cerfs-volants de Kaboul (2005) - prix RFI et prix des Lectrices de Elle 2006 -, adaptés au cinéma par Marc Foster en 2008, et Mille soleils splendides (2007). Il a créé la Fondation Khaled Hosseini, qui apporte une assistance humanitaire au peuple afghan et travaille en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Il vit aujourd'hui en Californie.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
Je gardais un très bon souvenir du livre "Les cerfs-volants de Kaboul" que j'ai lu en 2005, j'ai donc accepté ce partenariat avec plaisir et beaucoup de curiosité. Je trouve très belle la couverture.
Avec ce livre, Khaled Hosseini nous fait un superbe portrait de son pays l'Afghanistan. A travers plusieurs voix, de nombreux personnages, le lecteur découvre une histoire bouleversante des années cinquante à nos jours. 
Ces personnages diverses et attachants décrivent un pays aux multiples facettes.
Cela commence avec un magnifique conte afghan qu’un père, Saboor, raconte à son fils, Abdullah, 10 ans, et à sa fille, Pari, 3 ans. Ce conte a une résonance sur les événements à venir. Après la mort de la mère de ses deux enfants, Saboor s'est remarié avec Parwana. Un événement est sur le point de survenir, un événement qui va bouleverser leurs vies pour toujours...
L'histoire n'est pas racontée linéairement, ce livre est construit en neuf chapitres, les deux premiers s'enchaînent facilement : même époque, même personnages, même narrateur. Les chapitres suivants vont raconter plusieurs histoires, à différentes époques en Afghanistan, en France, en Grèce, aux  États-Unis qui donnent des explications sur le fameux « événement ». Des histoires qui ont des liens parfois ténu entre elles, qui évoquent l'Afghanistan, pays magnifique mais ravagé par la guerre, où la place de la femme est difficile... Des histoires qui évoquent la famille, les liens dans la fratrie, les traditions, l'exil, l'arrachement, l'héritage...
Ce roman bouleverse et fascine, Abdullah, Pari, Parwana, Nabi, Nila, Idris, Roshi, Markos et Adel sont des personnages complexes et attachants et l'intrigue construite comme un puzzle est palpitante... 
En terminant ce très beau livre, j'ai très envie de relire "Les Cerfs-volants de Kaboul" et surtout de ressortir du fond de ma PAL "Mille soleils splendides".

Merci à Elsa et aux éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce beau livre.

Note : ♥♥♥♥♥ 

Extrait : (début du livre)
Automne 1952

BIEN. VOUS VOULEZ UNE HISTOIRES, je vais vous en raconter une. Mais seulement une. Inutile de m'en réclamer une autre ensuite. Il est tard et un long voyage nous attend demain, Pari et moi. Vous aurez besoin de dormir cette nuit. Oui, toi aussi, Abdullah. Je compte sur toi, mon garçon, pendant que ta soeur et moi nous serons partis. Tout comme ta mère. Bon, une histoire, donc. Écoutez-moi, tous les deux. Écoutez-moi bien et ne m'interrompez pas.
Il était une fois, à l'époque où les divs, les djinns et les géants erraient sur la terre, un fermier du nom de Baba Ayub, qui habitait avec les siens dans un petit village appelé Maidan Sabz. Parce qu'il avait une famille nombreuse à nourrir, il menait une vie de dur labeur. Chaque jour, il travaillait de l'aube jusqu'au coucher du soleil, labourant son champ, retournant et bêchant la terre, prenant soin de ses maigres pistachiers. Quelle que soit l'heure, on le voyait dehors, plié en deux, le dos aussi courbé que la faucille qu'il faisait aller et venir à longueur de temps. Ses mains sans cesse calleuses saignaient souvent, et chaque nuit, le sommeil l'emportait dès l'instant où sa joue touchait l'oreiller.
À cet égard, je dois dire qu'il n'était pas le seul, loin de là. La vie à Maidan Sabz était difficile pour tout le monde. Il y avait d'autres villages plus fortunés au nord, dans des vallées avec des arbres fruitiers, des fleurs et des ruisseaux où s'écoulait une eau fraîche et limpide. Mais Maidan Sabz était un lieu désolé qui ne ressemblait pas le moins du monde à l'image suggérée par son nom, le «champ vert». Situé dans une morne plaine poussiéreuse bordée de montagnes abruptes, il était balayé par un vent brûlant qui vous soufflait de fines particules dans les yeux. Trouver de l'eau y relevait d'un combat de tous les jours, parce que les puits, même les plus profonds, s'asséchaient souvent. Certes, il y avait une rivière, mais les villageois devaient effectuer une demi-journée de marche pour l'atteindre, et quand bien même ils le faisaient, elle ne charriait toute l'année que des eaux boueuses. Et après dix années de sécheresse, elle aussi s'asséchait. Disons simplement que les gens de Maidan Sabz s'échinaient deux fois plus que les autres pour gagner à grand-peine deux fois moins.
Malgré ça, Baba Ayub s'estimait bien loti car il avait une famille à laquelle il tenait plus qu'à tout. Il chérissait sa femme, ne haussait jamais le ton face à elle et la frappait encore moins. Au contraire, il appréciait ses conseils et puisait un plaisir sincère dans sa compagnie. Il avait aussi le bonheur de compter autant d'enfants que les doigts de la main - deux filles et trois fils, qu'il aimait tous profondément. Les premières, en plus d'être dévouées et gentilles, avaient bon caractère et bonne réputation. Quant aux seconds, auxquels il avait appris la valeur de l'honnêteté, du courage, de l'amitié et du travail effectué sans se plaindre, ils lui obéissaient comme doivent le faire des fils respectueux et l'aidaient à cultiver son champ.

Déjà lu du même auteur : 

cerfs_volants_de_kaboul Les cerfs-volants de Kaboul 

 

 

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06 mars 2011

L’homme de Kaboul - Cédric Bannel

Lu en partenariat avec Canalblog et les Éditions Robert Laffont

l_homme_de_Kaboul Robert Laffont – mars 2011 - 396 pages

Quatrième de couverture : 
Quand Oussama Kandar, chef de la brigade criminelle de Kaboul, ancien héros de guerre contre les Russes et les talibans, découvre le cadavre de Wali Wadi, il n'imagine pas déclencher l'une de ces séries de minuscules événements qui se terminent en raz de marée. D'après Oussama, l'homme qui gît au milieu de son magnifique salon, une balle dans la tête, ne peut en aucun cas s'être suicidé, comme l'affirme le ministre de la Sécurité. Profondément intègre, opposé à la corruption qui gangrène son pays, Oussama croit en la justice. Par fidélité à ses principes, il refuse de classer l'affaire. Au contraire, en compagnie de ses fidèles adjoints, il s'acharne à remonter les pistes, à exhumer les vérités travesties. Dès lors, il est l'homme à abattre. Autour de lui, la violence se déchaîne. A l'autre bout du monde, en Suisse, le jeune Nick, analyste dans les services secrets, est lancé sur la piste d'un fugitif, dirigeant d'une entreprise très opaque aux ramifications internationales. L'homme s'est volatilisé avec un rapport secret qui paraît affoler plusieurs gouvernements.

Auteur : Cédric Bannel a commencé sa carrière à Bercy au service de contrôle des investissements étrangers en France et s’est occupé entre autres des sanctions financières contre la Libye et l’Irak, avant d’entamer une carrière de diplomate comme Attaché financier à Londres.
Il a ensuite quitté l’administration pour se lancer dans l’Internet, où il a fondé et dirigé plusieurs "start up", dont CanalBlog dont il est le PDG. Il pratique les arts martiaux à haut niveau depuis plus de 30 ans.
Il est l’auteur de 3 romans policiers, Le Huitième Fléau (1999), la Menace Mercure (2001) et Elixir (2004), tous les trois traduits dans de nombreuses langues.
Cédric Bannel est le père d’une petite fille de 6 ans.

Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai accepté de lire ce livre dans le cadre du Concours « L’homme de Kaboul » organisé par les Éditions Robert Laffont.
Il s'agit d'un roman d'espionnage dont l'essentiel de l'action se déroule en Afghanistan.
Oussama Kandar est le chef de la brigade criminelle de Kaboul, il est respecté car c'est aussi un ancien héros de guerre contre les Russes puis contre les talibans. Il est très surpris d'être appelé pour un suicide car en Afganistan, « Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de comptes, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. » Autre surprise, le ministre de la Sécurité est déjà sur place. Le Qomaandaan Oussama Kanda est vite convaincu que Wali Wadi, l'homme suicidé, a été assassiné. Très intègre et totalement opposé àla corruption, il refuse de classer l'affaire et au péril de sa vie et de celle de ses collaborateurs, il va tout mettre en œuvre pour résoudre cette enquête.
En parallèle, en Suisse, un homme d'affaire est traqué par une police secrète l'Entité car il est en possession d'un rapport confidentiel. Nick, un jeune analyste très intelligent,se lance sur sa piste sans imaginer le réel enjeu du fameux dossier Mandrake.
Bien sûr, ces deux histoires sont liées mais je n'en dévoilerai pas plus car ce livre captivant est plein de suspense, de rebondissements... 

Ce thriller est aussi l'occasion pour le lecteur de découvrir l'Afghanistan, un pays complexe mais également fascinant. L'auteur s'est très bien documenté et il décrit avec beaucoup de précision les conditions de vie, la guerre, les traditions, la culture, la religion sans oublier Kaboul et les superbes montagnes d'Afghanistan.
Plusieurs personnages sont très intéressants, en premier lieu Oussama Kandar le policier intègre, musulman pratiquant mais tolérant, sa femme Malalai, gynécologue qui se révolte discrètement contre la soumission imposée aux femmes. Il y a aussi le Mollah Bakir qui sera un allié surprenant de Kandar durant son enquête. Il imagine l'Afghanistan comme un état taliban moderne, il refuse intégrisme et les violences de l'état actuel.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre qui à travers une histoire d'espionnage captivante et haletante nous permet de faire sans aucun risque un beau voyage en Afghanistan. J'ai été très intéressée de découvrir la vie quotidienne afghane avec des valeurs et des repères si différents que ceux que nous avons nous occidentaux.

Merci à Canalblog et aux Éditions Robert Laffont pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Allez voir également le blog dédié au livre et les nombreux avis autour de ce livre

Extrait : (début du livre)

- A quoi pensais-tu en appuyant sur la détente ? Demanda Oussama.
- A appuyer sur la détente.
- Tu avais conscience que, au lieu de punir seulement l'homme que tu visais, tes balles risquaient de décimer toute une famille ? Les deux femmes d'Abdul sont décédées avec lui. Ses huit enfants sont à l'hôpital, dont deux entre la vie et la mort.
- Ce salaud d'Abdul, il m'a volé tout mon stock de tissu, tenta de plaider le prisonnier. Huit mille afghanis !

Oussama Kandar, commandant en chef de la brigade criminelle de Kaboul, se leva brusquement, en proie à un accès de colère. Solidement attaché à sa chaise par des menottes, le prisonnier eut un mouvement de crainte qui manqua de le faire tomber. Oussama n'y prêta pas attention. Il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de remarquer les réactions que son physique hors norme provoquait. Âgé d'un peu plus de cinquante ans, Oussama mesurait deux mètres. Sec (il pesait à peine quatre-vingt-dix kilos), il en imposait avec sa barbe veinée de gris, taillé court, ses cheveux ras. Ses yeux d'un vert métallique hypnotisaient ses adversaires.
- Tu es un crétin et un meurtrier ! Tu as tiré sur toute une famille à la kalachnikov, pendant qu'elle déjeunait tranquillement. Tout ça pour un stock de tissu. Tu te rends compte, au moins, du mal que tu as fait ? Pour rien !
- Pas pour rien. Il m'avait volé pour huit mille afghanis, répéta le prisonnier, buté.

Oussama secoua la tête, dégoûté. La plupart des meurtres commis dans la capitale l'étaient à la kalachnikov, souvent à la suite de dettes non remboursées ou de vols, quand il ne s'agissait pas de meurtres d'honneur. Les coupables ignoraient que la pendaison les attendaient au bout du chemin. Renonçant à discuter avec un prisonnier aussi stupide, il s'apprêtait à appeler un de ses adjoints afin que ce dernier le remplace pour la suite de l'audition lorsqu'un planton entra dans son bureau. Jeune, les yeux bridés typique d'un Hazara. Une large cicatrice barrait sa joue gauche.

- Qomaandaan, on nous signale que le ministre de la Sécurité vient d'arriver sur les lieux d'un suicide.
- Un attentat suicide, veux-tu dire ?
- Na, un vrai suicide.
Surpris, Oussama dévisagea le policier. Le taux de mortalité à Kaboul étant l'un des plus élevés au monde, il ne chômait pas, mais les suicides étaient rares. Ceux qui parvenaient à échapper aux attentats, aux gangs, aux règlements de comptes, aux crimes familiaux et aux fatwas lancées par les talibans étaient assez peu portés sur le suicide. En Afganistan, chaque jour vécu en un seul morceau était un don de Dieu.

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

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02 janvier 2010

La vaine attente – Nadeem Aslam

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (1/26)

la_veine_attente Seuil – août 2009 – 386 pages

traduit de l'anglais par Claude Demanuelli

Présentation de l'éditeur :

Afghanistan, 2005, à l'ombre des monts de Tora Bora. Dans une maison aux murs ornés de fresques, aux plafonds recouverts de livres cloués, avec sa fabrique où l'on distillait autrefois des parfums, le vieux médecin anglais Marcus Caldwell pleure sa femme Qatrina et sa fille Zameen disparues, et désespère de retrouver son petit-fils Bihzad. Vers ce lieu, où l'amour régnait sous toutes ses formes, où les sens sont tous sollicités, convergent des êtres esseulés. La Russe Lara à la recherche de son frère, soldat de l'armée soviétique; l'Américain David, ancien agent de la CIA, sur les pas de Zameen et de son fils; Casa, jeune orphelin endoctriné par les talibans. Dans ce roman qui jette une lumière crue sur une région brutalisée, à travers les trajectoires de personnages aux destins liés qui apprennent à s'aimer et à faire revivre les êtres aimés, tout s'emboîte de façon inéluctable. A peine s'est-on réfugié dans la maison de Marcus que la sauvagerie du monde extérieur nous agresse. Nadeem Aslam met dans la balance la fragilité des liens humains, de la raison, de l'art, face à la domination de l'ignorance et de la cruauté étayées par une doctrine suffocante. La langue est chargée de parfums et de couleurs, la narration alterne sans répit entre passé et présent. Ce livre poignant et à niveau d'homme restera en mémoire par sa maîtrise impressionnante et l'émotion qu'il génère. On le referme le cœur battant.

Auteur : Nadeem Aslam est est né en 1966 au Pakistan. Sa famille se réfugie dans le nord de l'Angleterre lorsqu'il a 14 ans. L'auteur confirme ici le talent déjà remarqué dans son premier roman traduit en français, La Cité des amants perdus.

Traducteur : Claude Demanuelli, agrégée d'anglais, traduit depuis une vingtaine d'années les ouvrages, entre autres, de John Lanchester, Susan Minot, Zadie Smith, Muriel Spark, Rose Tremain, John Updike, Virginia Woolf, ainsi que nombre d'auteurs anglophones du sous-continent indien, parmi lesquels Arundhati Roy, Hari Kunzru, Shashi Tharoor, Nadeem Aslam et Kiran Desai.

Mon avis : (lu en janvier 2010)

Le récit se passe en Afghanistan, dans une petite ville Usha qui subit constamment la violence de la guerre depuis 1979 avec l'invasion soviétique. Nous sommes en 2005, Marcus Caldwell, un vieux docteur anglais vit dans une maison ornés de fresques persanes, aux plafonds couverts de livres cloués, et où autrefois on y distillait des parfums. Sa femme Qatrina est décédée en 2001 et sa fille Zameen a disparu. Il espère un jour retrouver sa fille et son petit-fils Bihzad. Dans cette maison, véritable Tour de Babel, le lecteur va rencontrer des personnages très différents comme Lara une Russe à la recherche d'un frère disparu, David un ancien agent de la CIA qui recherche Zameen. avec qui il a vécu, Casa un jeune mercenaire fanatisé par le djihad... L'auteur nous dévoile ainsi l'Afghanistan, pays meurtri par la guerre civile, pris en otages par des soldats venus du monde entier puis par le fanatisme religieux.

Dans ce livre se mêle à la fois de la poésie, de la violence, de l'amour, de la cruauté... Le lecteur est plongé directement dans la complexité de la situation de l'Afghanistan aujourd'hui où se côtoie à la fois le raffinement et la beauté à la cruauté et la barbarie. C'est un très beau livre mais pour les âmes sensibles il vaut mieux s'abstenir !

Extrait : (début du livre)

Son esprit est une demeure hantée.

La femme qui se nomme Lara lève les yeux, croyant avoir entendu un bruit. Repliant la lettre qu’elle vient de relire, elle s’approche de la fenêtre qui surplombe le jardin. Dehors, l’aube emplit le ciel de lumière, même si quelques étoiles sont encore visibles.

Au bout d’un moment, elle se détourne et se dirige vers le miroir circulaire appuyé contre le mur du fond. L’apportant jusqu’au centre de la pièce, elle le pose dos contre le sol, doucement, sans un bruit, par égard pour son hôte qui dort dans une pièce voisine. Indifférente à l’image qu’il lui renvoie d’elle-même, elle s’attarde sur le reflet du plafond qu’elle y voit dans la lumière pâle de l’avant-jour.

Le miroir est grand : à supposer que le verre soit de l’eau, elle pourrait plonger et disparaître sans en toucher les bords. Sur le vaste plafond, il y a des centaines de livres, chacun maintenu en place par un clou qui le transperce de part en part. Une pointe de fer enfoncée dans les pages de l’Histoire, dans celles de l’amour, celles du sacré. À genoux sur le sol poussiéreux à côté du miroir, elle essaie de déchiffrer les titres. Les mots sont inversés, mais la tâche se révèle plus facile que si elle restait des minutes entières la tête renversée à regarder le plafond.

Aucun bruit hormis celui de sa respiration régulière et, dehors, le bruissement de la brise agitant de ses robes ondoyantes le jardin envahi par les mauvaises herbes.

Elle fait glisser le miroir sur le sol, comme si elle passait à une autre section d’une bibliothèque.

Les livres sont tous là-haut, les gros comme ceux qui ne sont pas plus épais que les parois du coeur humain. De temps à autre l’un d’eux tombe de lui-même, à moins qu’on ne choisisse de déloger l’ouvrage voulu grâce au maniement judicieux d’une perche en bambou.

Originaire de la lointaine Saint-Pétersbourg, elle a accompli un long voyage pour arriver dans ce pays, celui qu’Alexandre le Grand a traversé sur sa licorne, cette terre de vergers légendaires et d’épaisses forêts de mûriers, de grenadiers qui ornent les frises de manuscrits persans écrits voilà plus de mille ans.

Son hôte s’appelle Marcus Caldwell. Anglais de naissance, il a passé la majeure partie de sa vie ici en Afghanistan, après avoir épousé une Afghane. Il a soixante-dix ans, et sa barbe blanche, ses gestes mesurés évoquent ceux d’un prophète, un prophète déchu. Elle n’est là que depuis quelques jours et ne sait rien ou presque de cette main gauche que Marcus a perdue. La coupe de chair qu’il pouvait former avec les paumes de ses mains est brisée en deux. Un jour, tard dans la soirée, elle l’a interrogé à ce propos, avec délicatesse, mais il s’est montré si réticent qu’elle n’a pas insisté. En tout état de cause, il n’est besoin d’aucune explication dans ce pays. Il ne serait guère surprenant qu’un jour les arbres et les vignes d’Afghanistan cessent de pousser, de peur que leurs racines en continuant de croître entrent en contact avec une mine enfouie à proximité.

Elle approche sa main de son visage pour respirer l’odeur du santal déposée sur ses doigts par le cadre du miroir. Le bois d’un santal sur pied ne sent rien, lui a dit Marcus l’autre jour, le parfum ne prenant corps qu’une fois l’arbre coupé.

À la manière de l’âme qui quitte l’enveloppe charnelle après la mort, songe-t-elle.

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29 janvier 2009

Les cerfs-volants de Kaboul – Khaled Hosseini

cerfs_volants_de_kaboul Belfond – avril 2005 – 383 pages

Grand Prix des lectrices de ELLE 2006 dans la catégorie roman.

Présentation de l'éditeur
Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés... Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. " Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.

Biographie de l'auteur
Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d'asile aux Etats-Unis en 1980. Son premier roman, Les Cerfs-Volants de Kaboul, a bénéficié d'un extraordinaire bouche à oreille. Acclamé par la critique, il est resté de nombreuses semaines en tête des listes aux Etats-Unis, où il est devenu un livre-culte. Les Cerfs-Volants de Kaboul a reçu le prix RFI et le Grand prix des lectrices de Elle en 2006.

Mon avis : 5/5 (lu en mai 2005)

Un livre inoubliable. L’histoire est bouleversante et émouvante. On est prit par cette histoire d'amitié, puis de trahison. On découvre l'Afghanistan, sa culture et son histoire douloureuse des années 70 à aujourd'hui. Les personnages sont très attachants et j'ai été ému jusqu'aux larmes.

Je me suis fait offrir le second roman de Khaled Hosseini, Mille soleils splendides mais j'avoue qu'il est toujours dans ma PAL de livres personnels... En effet, je lis en priorité les livres de mes deux bibliothèques !

les_cerfs_volants_de_kaboul_film

Une adaptation cinématographique de ce livre a été réalisé en février 2008 par Marc Foster, avec Khalid Abdalla, Homayon Ershadi, Saïd Taghmaoui. Je n'ai pas encore vu le film.

Extrait (p.121)
I
ls s'entretinrent ainsi un moment. Le dos voûté, un bras sur le toit de la voiture, Baba ne cherchait même pas à s'abriter. Lorsqu'il se redressa, sa mine abattue m'annonça la fin de la vie que j'avais connue depuis ma naissance. Il s'installa au volant. Les phares s'allumèrent, découpant deux rais de lumière sous l'averse. Si nous avions été les protagonistes de l'un de ces films indiens qu'il nous arrivait d'aller voir, je me serais précipité dehors à cet instant. Pieds nus dans les flaques, je les aurais poursuivis en leur hurlant de s'arrêter, j'aurais tiré Hassan de son siège pour lui dire que j'étais désolé, nous nous serions jetés dans les bras l'un de l'autre. Seulement nous n'étions pas au cinéma. Certes j'étais désolé, mais je ne pleurai ni ne courus derrière eux. Je me contentais de regarder la Mustang quitter le trottoir et emmener celui dont le premier mot avait été mon nom. Hassan m'apparut brièvement une dernière fois, juste avant que mon père tourne à gauche à l'angle de la rue où nous avions si souvent joué aux billes.
Je reculai d'un pas et ne vis plus que le rideau d'argent de la pluie sur mes vitres.

Extrait (p.230)
L'Afghanistan de notre jeunesse a, hélas, disparu. Toute douceur a déserté notre pays et il est impossible d'échapper aux tueries. Des tueries incessantes. La peur règne partout à Kaboul, dans les rues, dans le stade, sur les marchés. Elle fait partie de nos vies, Amir Agha. Les barbares qui dirigent notre watan ne s'embarrassent pas de sentiments. Il y a peu,j'ai accompagné Farzana jan au bazar pour acheter des pommes de terre et du naan. Elle a demandé le prix au vendeur, mais il ne l'a pas entendue - je crois qu'il était sourd d'une oreille. Elle a donc reposé sa question plus fort, et soudain un jeune taliban s'est précipité sur elle et l'a frappée aux jambes avec son bâton. Il l'a frappée si brutalement qu'elle est tombée. Il l'insultait et criait que le ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu n'autorisait pas les femmes à élever la voix. Elle a eu un gros hématome sur la cuisse pendant plusieurs jours, mais je n'avais pas d'autre choix que de rester spectateur. Si je l'avais défendue, ce chien m'aurait abattu d'une balle, et avec plaisir !

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23 novembre 2008

Syngué Sabour, pierre de patience - Atiq Rahimi

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P.O.L – août 2008 – 155 pages

Prix Goncourt 2008

Résumé : En persan, Syngué sabour est le nom d’une pierre noire magique, une pierre de patience, qui accueille la détresse de ceux qui se confient à elle. Certains, dans ce livre en tout cas, disent même que c’est elle qui est à La Mecque, et autour de quoi tournent les millions de pèlerins. Le jour où elle explosera d’avoir ainsi reçu trop de malheur, ce sera l’Apocalypse.
Mais ici, la Syngué sabour, c’est un homme allongé, comme décérébré après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Sa femme est auprès de lui. Elle lui en veut de l’avoir sacrifiée à la guerre, de n’avoir jamais résisté à l’appel des armes, d’avoir été un héros, et pour ce résultat : n’être plus à la suite d’une rixe banale qu’un légume. Pourtant elle le soigne, et elle lui parle. Elle lui parle même de plus en plus. Tandis que dans les rues les factions s’affrontent, tandis que des soldats pillent et tuent alentour, elle parle, elle dévide sa litanie sans jamais savoir si son mari l’entend et la comprend. Et c’est une extraordinaire confession sans retenue par quoi elle se libère de l’oppression conjugale, sociale, religieuse, allant jusqu’à révéler d’impensables secrets dans le contexte d’un pays semblable à l’Afghanistan. À la fin du livre cette Syngué sabour explosera...
Avec ce roman, directement écrit en français, Atiq Rahimi retrouve une forme de réalisme très proche de Terre et cendres avec une écriture qui, sèche et précise, sait aussi devenir par moments lyrique, emportée. Cependant, plus directement que dans ses précédents livres, et comme de l’intérieur, il décrit avec beaucoup d’audace, la réalité oppressante, au quotidien et plus précisément au quotidien féminin, d’une certaine conception de l’Islam.


L'auteur :
Atiq Rahimi est né en 1962 à Kaboul (Afghanistan), il vit et travaille aujourd'hui à Paris. Il a fait ses études au lycée franco-afghan Estiqlal de Kaboul puis à l'université (section littérature).
En 1984, il quitte l'Afghanistan pour le Pakistan à cause de la guerre, puis demande et obtient l'asile politique en France où il passe un doctorat de communication audiovisuelle à la Sorbonne. Il réalise des films documentaires et adapte en 2004 son roman Terre et cendres, qui, présenté à au festival de Cannes obtient le prix "Regard sur l'avenir".

Mon avis : 5/5 (lu le 20 novembre 2008)

C’est un très beau livre, qui se lit facilement même si le sujet est difficile.« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs. » , on accompagne cette femme qui va se soulager de toutes ses pensées, de tous ses secrets auprès de son mari presque mort après avoir reçu une balle dans la tête. Au début, tout en s’occupant de lui et de ses 2 petites filles, elle prie toute la journée pour qu’il se réveille, puis elle lui parle sans savoir si son mari l’entend, et petit à petit elle se libère de l’oppression conjugale, religieuse et sociale… Elle revient sur les évènements de sa vie : enfant, jeune femme, mère de famille... On découvre la réalité difficile du quotidien des femmes afghanes. Autour d'elle, c'est la guerre.

L'écriture est superbe, facile à lire on imagine facilement ce qu'il se passe comme si on était devant un film. J'ai lu ce livre en un aller-retour en train (soit 2 fois 40 minutes de lecture).

Extrait (début du livre) :

« Quelque part en Afghanistan ou ailleurs.

La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d’un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.

La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf sur le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d’un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés. Visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d'aigle. L'homme ne rit pas, cependant il a l'air de quelqu'un qui refrène son rire. Cela lui donne une mine étrange, celle d'un homme qui, de l'intérieur, se moque de celui qui le regarde. La photo est en noir et blanc, coloriée artisanalement avec des teintes fades.

Face à cette photo, au pied d'un mur, le même homme, plus âgé maintenant, est allongé sur un matelas rouge à même le sol. Il porte une barbe. Poivre et sel. Il a maigri. Trop. Il ne lui reste que la peau. Pâle. Pleine de rides. Son nez ressemble de plus en plus au bec d'un aigle. Il ne rit toujours pas. Et il a encore cet étrange air moqueur. Sa bouche est entrouverte. Ses yeux, encore plus petits, sont enfoncés dans leurs orbites. Son regard est accroché au plafond, parmi les poutres apparentes, noircies et pourrissantes.

Ses bras, inertes, sont étendus le long de son corps. Sous sa peau diaphane, ses veines comme des vers essoufflés s'entrelacent avec les os saillants de sa carcasse. Au poignet gauche, il porte une montre mécanique, et à l'annulaire une alliance en or. Dans le creux de son bras droit, un cathéter perfuse un liquide incolore provenant d'une poche en plastique suspendue au mur, juste au-dessus de sa tête. Le reste de son corps est couvert par une longue chemise bleue, brodée au col et aux manches. Ses jambes, raides comme deux piquets, sont enfouies sous un drap blanc, sale.

Oscillant au rythme de sa respiration, une main, celle d'une femme, est posée sur sa poitrine, au-dessus de son cœur. La femme est assise. Les jambes pliées et encastrées dans sa poitrine. La tête blottie entre les genoux. Ses cheveux noirs, très noirs, et longs, couvrent ses épaules ballantes, suivant le mouvement régulier de son bras.

Dans l'autre main, celle de gauche, elle tient un long chapelet noir. Elle l'égrène. Silencieusement. Lentement. A la même cadence que ses épaules. Ou à la même cadence que la respiration de l'homme. Son corps est enveloppé dans une robe longue. Pourpre. Ornée, au bout des manches, comme au bas de la robe, de quelques motifs discrets d'épis et fleurs de blé.

A portée de la main, ouvert à la page de garde et déposé sur un oreiller de velours, un livre, le Coran. »

Folio – mars 2010 – 137 pages

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