03 juillet 2013

N'aie pas peur si je t'enlace - Fulvio Ervas

n_ai_pas_peur_si_je_t_enlace_ Liana Levi - février 2013 - 267 pages

traduit de l'italien par Marianne Faurobert

Titre original : Se ti abbraccio non aver paura, 2012

Quatrième de couverture : 
Un voyage de trente-huit mille kilomètres, qui commencera par la traversée des Etats-Unis en Harley Davidson. C'est cela que Franco Antonello souhaite pour le dix-huitième anniversaire de son fils, diagnostiqué autiste à l'âge de trois ans. Andrea est un ouragan imprévisible. Lorsqu'il marche, c'est sur la pointe des pieds. Les objets, il les aime rangés dans un ordre méticuleux. Quand il veut savoir qui il a en face de lui, il l'enlace afin de sentir ce que l'autre a dans le ventre et pour cette raison ses parents ont inscrit sur ses T-shirts : N'aie pas peur si je t'enlace. Pourtant ce voyage se fera, à travers les Etats-Unis et jusqu'en Amérique latine, mille fois plus inattendu que prévu. Sous le regard étonné et teinté d'humour du père, Andrea caressera les crocodiles, communiquera avec les chamans indiens, embrassera les jeunes filles et enseignera à son père à se laisser aller à la vie. Il fera de cette expérience une aventure épique, difficile et grisante, imprévisible et captivante. Comme lui, qui dit vouloir devenir, malgré tout, un terrien.

Auteur : Fulvio Ervas vit à Trévise et est l'auteur de plusieurs romans noirs. Il a raconté l'histoire de Franco et Andrea dans N'aie pas peur si je t'enlace.

Mon avis : (lu en juillet 2013) 
Ce livre raconte l'histoire vraie du grand voyage à travers les États-Unis puis l'Amérique Latine de Franco Antonello avec Andrea son fils qui vient d'avoir 18 ans et qui est autiste. L'auteur, Fulvio Ervas, a dialogué avec Franco pendant plus d'un an avant d'en faire ce livre poignant et authentique.

« N'aie pas peur si je t'enlace », ce titre est à la fois très beau et mystérieux. Il traduit le comportement d'Andrea lorsqu'il veut « ressentir » quelqu'un. Il a besoin de toucher ou d'enlacer la personne. 
Andrea s'exprime peu oralement, il prononce quelques mots, sans vraiment faire de phrases. Mais avec un ordinateur, il arrive à écrire des phrases. J'ai beaucoup aimé les échanges questions réponses tapés sur l'ordinateur entre Franco et Andrea. C'est intéressant de voir tout au long du voyage comment l'autisme et le comportement d'Andrea sont perçus. 
Un témoignage passionnant et touchant où alternent le récit du voyage et ses anecdotes avec les réflexions et interrogations sur la vie d'un enfant autiste. L'amour entre le père et le fils est fort et superbe. Grâce à cet incroyable voyage, Andrea et Franco auront fait un grand pas dans leur vie.
J'ai aimé la carte au début du livre nous permettant facilement de suivre le périple d'Andrea et Franco étape par étape à travers 11 états des États-Unis, puis le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Costa Rica, le Panama et enfin le Brésil.

N'hésitez pas à aller voir les Photos du voyage d'Andrea 

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Extrait : (début du livre)
Certains voyages commencent bien avant le jour du départ.
Parfois longtemps avant.
Il y a quinze ans je vivais tranquille, serein, auprès de mes proches, dans un monde familier. Voilà tout à coup
qu’Andrea me bouscule, me retourne les poches, change les serrures des portes. Tout est bouleversé.
Il aura suffi de quelques mots : « Votre fils est probablement autiste. »
Ma première réaction a été l’incrédulité : c’est impossible, ce doit être une erreur de diagnostic. Puis je me suis rappelé certains détails, des petites choses qui m’avaient paru insignifiantes. Je m’étais trompé.
Alors éclate un orage, deux ouragans, sept typhons.
Dès lors on est dans la tourmente.
Après le diagnostic je suis entré dans un bar et j’ai demandé un verre d’eau, plate.
– Vous désirez autre chose ?
La serveuse a dû remarquer ma stupeur.
– Vous avez une idée de ce qu’est l’autisme ?
– Non.
– Moi non plus.
J’ai contemplé mon verre, je l’ai bu lentement comme si l’eau pouvait laver mes pensées, drainer le problème jusqu’à mes reins et l’expulser loin de moi. Mais ça ne marche pas comme ça. 
– Et comment ça marche ? ai-je demandé à Barnard.
Au village, tout le monde, y compris moi, appelait le médecin de famille « Barnard (1) » à cause de sa hantise des maladies du cœur, des coronaires et d’autres pathologies dont je ne me souciais pas à l’époque. Quand on va bien, le corps tout entier va bien et le cœur avec.
– La vie tient sous une courbe en cloche : au centre, les troubles ordinaires, et sur les côtés des extravagances de toutes sortes, voilà comment ça marche. Au milieu, la vie se dilue, et sur les côtés elle est trop dense.
– Je ne comprends pas.
– La vie n’est pas parfaite, mais elle a sa propre force.

Il avait raison. La biologie a sa propre force et fait grandir les enfants, même ceux qui souffrent d’autisme.
Certains estiment que vivre avec un enfant autiste revient à se soumettre à une forme de tyrannie. À l’idée de ce qu’il adviendrait du monde s’il tombait sous le contrôle d’Andrea, j’ai envie de rire.
Pour commencer, les semaines auraient une couleur. La semaine du rouge, libre cours au commerce des carottes,
des oranges et des tomates, subventions réservées à leurs producteurs et blocage total de la circulation des camions transportant brocolis, choux et petits pois. Mais dès qu’arrive la semaine du vert, les magasins se remplissent des légumes précédemment interdits, les cageots d’oranges sont réexpédiés en Sicile et les carottes réintroduites, une à une, dans la terre. À l’endroit exact d’où elles avaient été retirées, bien sûr, impossible de replanter des carottes françaises dans un champ à Ferrare. 

Il n’y aurait pas de semaine du violet, tant pis pour les amateurs de prunes et d’aubergines.
Il n’existerait pas de moitié plein ni de moitié vide, ce qui résoudrait l’éternel dilemme : bouteilles et contenants
devraient être soit pleins, soit vides, et les stylos, tous avec la pointe sortie ou tous avec la pointe rentrée, sinon les uns s’abîment et pas les autres. Voilà un risque qui serait évité.
Il conviendrait de ne pas porter de tricots ni de gilets à fermeture éclair en négligeant de remonter celle-ci tout à
fait. Fermetures soit baissées, soit remontées, s’il vous plaît. Inutile d’ergoter sans fin pour savoir s’il fait froid ou s’il fait chaud. Un minimum d’esprit de décision ne nuit pas.
Qu’on n’aille pas s’imaginer qu’on peut manger une pizza en la divisant en portions, en partant d’un point quelconque, mettons, et en les détachant à son gré : d’abord on mange le blanc de la mozzarella, puis le vert du basilic, et à la fin, seulement à la fin, la pâte avec le rouge de la sauce tomate.
Trois cent soixante-cinq jours par an, ce serait la journée du chocolat. Une obligation pas si désagréable.
Qu’aucun propriétaire de thermostat, ou d’appareil en tenant lieu, n’espère d’indulgence. Éteint ou ouvert au
maximum : les demi-saisons sont ruineuses.
Les clochers seraient équipés d’un distributeur de bulles de savon, tous les vendredis, bulles à la volée pour annoncer la fin de la semaine, ainsi que les lundis, pour en fêter le début ; feux d’artifi ce le jour de l’an, aux solstices et aux équinoxes, et chaque fois que les finances le permettent.
Une tyrannie aux idées claires.
Un tyran fragile, qui a tant besoin de liberté. C’est pourquoi nous le laissons aller seul à l’école. Ce sont ses vingt
minutes d’oxygène, dix à l’aller et dix au retour. Vous n’avez pas peur ? nous demande-t-on. Si, bien sûr. Tous les jours. 

Mais Andrea affiche un de ces sourires, quand il met son sac sur l’épaule, puis quand il rentre à la maison, que ça
vaut toutes les inquiétudes. Parce que être libre, ce n’est pas seulement respirer et sentir son cœur battre, ça ne suffit pas.
Certes, la liberté n’est jamais donnée et il nous a fallu signer des décharges, un garçon autiste qui va tout seul à
l’école, c’est un vrai problème : pour les enseignants, pour les agents de police, pour la communauté, pour tous les automobilistes européens et les touristes lituaniens de passage.

(1) Christian Neethling Barnard, médecin sud-africain, a réalisé la première transplantation cardiaque en 1967.

 

Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

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42/50 :  Colorado

 

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22 juin 2013

Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer, Annie Barrows

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Audiolib - novembre 2011 - lu par Cachou Kirsch et 4 comédiens

NIL – avril 2009 – 396 pages

10/18 - janvier 2011 - 410 pages

traduit de l'américain par Aline Azoulay

Titre original : The Guernsey Literary and Potato Peel Pie Society, 2008

Présentation de l'éditeur
Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis - un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...) délices bien évidemment strictement prohibés par l'occupant. Jamais à court d'imagination, le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates déborde de charme, de drôlerie, de tendresse, d'humanité Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle et même d'autres habitants de Guernesey , découvrant l'histoire de l'île, les goûts (littéraires et autres) de chacun, l'impact de l'Occupation allemande sur leurs vies... Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman. Alors elle répond à l'invitation chaleureuse de ses nouveaux amis et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais. 

Auteur : Mary Ann Shaffer est née en 1934 en Virginie-Occidentale. C'est lors d'un séjour à Londres, en 1976, qu'elle commence à s'intéresser à Guernesey. Sur un coup de tête, elle prend l'avion pour gagner cette petite île oubliée où elle reste coincée à cause d'un épais brouillard. Elle se plonge alors dans un ouvrage sur Jersey qu'elle dévore : ainsi naît fascination pour les îles anglo-normandes. Des années plus tard, encouragée à écrire un livre par son propre cercle littéraire, Mary Ann Shaffer pense naturellement à Guernesey. Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est son premier roman, écrit avec sa nièce, Annie Barrows, elle-même auteur de livres pour enfants. Mary Ann Shaffer est malheureusement décédée en février 2008 peu de temps après avoir su que son livre allait être publié et traduit en plusieurs langues.

Lecteurs : 
Comédienne bruxelloise et sociologue de formation, Cachou Kirsch joue depuis 2003, sur les planches comme à l'écran... Elle est également chargée de production du Festival Esperanzah!, ainsi que musicienne. En 2007, elle a été nominée en tant qu'Espoir féminin aux Prix du Théâtre belge.

Nathalie HonsComédienne de théâtre, elle découvre le monde du doublage. Depuis elle ne l’a jamais quitté et prête sa voix à de nombreux personnages. Elle restitue avec beaucoup de justesse dans cette lecture le mélange de douce nostalgie et de véritable angoisse qui donne au roman de Tatiana de Rosnay sa tonalité si particulière.

Thierry Janssen : Né en 1972 et diplômé de l'IAD Théâtre en 1995, il est à la fois comédien, auteur et metteur en scène. Formé au clown et à la commedia dell'arte, il a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone.

Philippe Résimont brûle les planches depuis plus de 20 ans dans desregistres très différents (Cyrano de Bergerac, Le Misanthrope, Ladies Night, Littoral). Il participe également à quelques aventures cinématographiques (Les convoyeurs attendent, Maternelle, Une nuit).

Nathalie Hugo : Cette comédienne de théâtre au riche parcours exerce également ses talents dans des comédies musicales, le doublage de films de cinéma ou de télévision et celui de dessins animés.

Mon avis : (écouté en juin 2013)
C'est une relecture qui me faisait très envie ayant beaucoup aimé ce livre lors de ma première lecture en 2009. Paradoxalement, j'ai eu un peu de mal à écouter ce livre audio. En effet, ce livre est constitué d'une succession d'échanges de lettres. Si je ne me concentrais pas au début de chaque lettre, je n'enregistrais pas "qui" écrivait "à qui" d'autant plus que les personnages sont nombreux. Le livre est lu par Cachou Kirsch en principale lectrices et quatre autres lecteurs (2 lecteurs, 2 lectrices) mais je n'arrivais pas à distinguer les uns des autres. 
J'ai donc souvent relu certains chapitres. Cela ne m'a pas gênée car c'est un livre que l'on ne veut pas quitter et ainsi, j'ai vraiment pris tout mon temps pour le savourer. J'ai donc redécouvert ce livre avec autant de plaisir que la première fois.

J'ai également choisi ce livre pour ce mois de juin puisque l'histoire se passe entre Londres et Guernesey (Ile Anglo-Normande). Mais je m'aperçoie que l'auteur n'est pas anglaise, mais américaine...

Extrait : ici

 

 

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41/50 :  Virginie Occidentale
Mary Ann Shaffer est née en Virginie-Occidentale

 Challenge Petit BAC 2013
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"Aliment/Boisson"

 

 

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12 juin 2013

Gatsby le Magnifique - Francis Scott Fitzgerald

Lu en partenariat avec LOGO 

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Audiolib - mai 2013 - lu par Emmanuel Dekoninck

Grasset - mars 1996 - 

Livre de Poche - février 1997

France Loisirs -

Grasset -

Livre de Poche - 2008 - 250 pages

Folio - janvier 2012 - 208 pages

Livre de Poche - mai 2013 - 224 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Laporte (2013)

Titre original : The Great Gatsby, 1925

Quatrième de couverture : 
Nous sommes au lendemain de la Grande Guerre, le mal du siècle envahit les âmes. C'est l'époque de la Prohibition et des fortunes rapides. En 1922, Jay Gatz, désormais Gatsby, se retrouve fabuleusement riche. Mille légendes courent sur son compte, qui n'empêchent pas les gens chics - et moins chics - de venir en troupe boire ses cocktails et danser sur ses pelouses. Gatsby le Magnifique joue la carte des folles dépenses pour éblouir Daisy, mariée à Tom Buchanan, un héritier millionnaire. Le jour où l'espoir de conquérir sa bien-aimée s'évanouit, la fête prend fi n brutalement... Gatsby le Magnifi que est un des romans emblématiques de la littérature américaine du XXe siècle.
L’interprétation d’Emmanuel Dekoninck met parfaitement en lumière le mélange de naïveté et de rouerie qui tisse le destin de Gatsby, au milieu des extravagances d’une société enivrée de sa démesure naissante.

Auteur : Né en 1886 à Saint-Paul (Minnesota) dans une famille de la petite bourgeoisie. Il intègre rapidement Princeton, qu’il quitte pour se consacrer à la poésie. Il rejoint par la suite l’armée, où il fait la connaissance de Zelda Sayre, dont il tombe rapidement amoureux. Les deux amants choisissent alors de s’installer en France, et c’est à Paris que l’auteur écrit son chef-d’œuvre Gatsby le Magnifique, qui remporte immédiatement les faveurs des critiques et provoque l’enthousiasme d’Ernest Hemingway. Francis Scott Fitzgerald, écrivain de renom et touche-à-tout, est aujourd’hui considéré comme le représentant de toute une génération, celle de l’ère du Jazz.

Lecteur : Interprète de théâtre de grand talent, apprécié à Bruxelles et à Paris, metteur en scène et également compositeur, Emmanuel Dekoninck vit en Belgique. Il a déjà enregistré pour Audiolib, entre autres,  Millénium et 1Q84.

Mon avis : (écouté en juin 2013) 
Ce roman écrit en 1925 par l’un des plus grands auteurs américains est d'actualité par sa nouvelle adaptation au cinéma, voilà donc une bonne occasion pour moi de découvrir le livre avant d'aller voir le film...

Le narrateur, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York et travailler dans la finance. Il emménage non loin de sa cousine Daisy mariée à Tom Buchanan.
Nick a comme voisin le mystérieux Gatsby. Ce dernier est millionnaire, il organise de nombreuses fêtes somptueuses et mondaines où l'alcool coule à flots. Gasby cache un passé trouble et surtout un secret amoureux...
Dans ce livre, Nick nous raconte les événements de l’été 1922 dont il a été un témoin privilégié, il donne sa version des faits et également ses impressions sur la société américaine.
L'auteur nous plonge dans l'Amérique d'après guerre (la Première guerre mondiale), par petites touches, il brosse un portrait réaliste et fascinant des années folles américaines, où répressions et bouleversements économiques côtoies chez les plus aisés l'insouciance et la frivolité.
Gatsby est un personnage séduisant et attachant. Le style est très agréable et la lecture rapide. L'intrigue est très bien menée.

Un grand bravo au lecteur Emmanuel Dekoninck qui sait mettre parfaitement en valeur le texte de Francis Scott Fitzgerald. Je deviens une inconditionnelle de cet excellent lecteur !

Un grand Merci à Chloé et aux éditions Audiolib pour m'avoir permis de découvrir ce grand classique américain.

Extrait audio : ici

 

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 50__tats
40/50 :  New-York

 

Challenge New-York 2013
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10 mai 2013

Baby Love - Joyce Maynard

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

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Philippe Rey - avril 2013 - 302 pages

Denoël - avril 1983 - 282 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Mimi Perrin

Titre original : Baby Love, 1981

Présentation éditeur :
Fin des années 1970, quatre adolescentes confrontées à la maternité : Sandy, mariée à un paumé de dix-neuf ans peu concerné par son rôle de père ; Tara, produit d’une famille désunie, seule avec son enfant ; Wanda, toujours fêtarde malgré un bébé de trois mois ; Jill, enceinte, et dans la peur de l’annoncer à ses parents.
Un même amour maternel unit ces jeunes filles : leur bébé, c’est leur seule réussite, l’unique preuve de leur importance. Elles le nourrissent, le dorlotent, le déguisent, jouent avec comme à la poupée, le malmènent, aussi. Sur les marches d’une laverie automatique, leur lieu de rendez-vous favori, elles se racontent leurs histoires et parlent télé, cinéma, magazines… (spoiler) Jusqu’à ce que la venue de deux femmes en quête d’enfants fasse basculer ces vies d’une banalité à la fois touchante et terrifiante. (spoiler)
Avec ce premier roman paru en 1981 aux États-Unis, Joyce Maynard signe un subtil portrait – toujours d’actualité – de l’Amérique profonde.

Auteur : Née en 1953, Joyce Maynard, collaboratrice de multiples journaux, radios et magazines, est l’auteur de plusieurs romans (Long week-end, Les Filles de l’ouragan) et d’une autobiographie (Et devant moi, le monde) retraçant notamment sa relation avec J.D. Salinger. Elle vit désormais entre la Californie et le Guatemala.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Ce livre est la réédition du premier roman de Joyce Maynard écrit en 1981.
Nous sommes dans les années 70, dans une petite ville du fin fond de l’Amérique, quatre très jeunes mères survivent dans leur quotidien difficile grâce à la présence de leurs bébés. Il y a Sandy, 18 ans, mariée depuis plus d'un an, elle s'occupe le mieux possible de son fils, de son intérieur et de son mari aussi jeune qu'elle. Tara a 16 ans, elle élève seule sa fille malgré la pression familiale. Wanda est tombée enceinte malgré elle, depuis son accouchement, elle a du mal supporter les cris de sa fille. Jill, lycéenne, pense être elle aussi enceinte. Elles sont à la fois inconscientes et rêveuses, elles s'imaginent un avenir heureux, avec bonheur et tendresse mais le lecteur ressent assez vite une atmosphère lourde et pesante qui annonce un drame... Surtout, éviter de lire la quatrième de couverture qui en dit bien trop...
Joyce Maynard décrit par petites scènes le quotidien de ces quatre amies en passant d'un personnage à l'autre sans oublier de nombreux personnages dits secondaires comme Ann, Greg et Carla, Mrs Ramsay, Doris et Reg... Les points de vues sont multiples, intéressants et parfois dérangeants. Tout comme les personnages, certains sont très attachants et d'autres dérangeants ou effrayants. J'ai eu un peu de mal au début pour m'y retrouver entre les différents personnages. Mais j'ai vite été prise par le rythme de la succession des scénettes et des interactions entre les protagonistes.

Ce livre est un portrait plein d'humour mais également de cruauté d'une Amérique immature, avec comme seule culture celle de la télévision... Même si le livre a plus de trente ans, il est toujours d'actualité.

Merci à Anaïs et aux éditions Philippe Rey pour m'avoir permis de découvrir cette réédition du premier livre de Joyce Maynard.

Autre avis : Clara

Extrait : (début du livre)
Quatre filles sont assises sur les marches devant le Lavomat, par une chaleur exceptionnelle pour un mois de mai. Elles partagent à trois le même sèche-linge, dans lequel chacune vient d’introduire une pièce de dix cents. Sandy, qui emploie les couches Pampers et n’a pas de lessive à faire aujourd’hui, est venue leur tenir compagnie. Tara aurait pu aussi attendre à demain pour la sienne mais, comme elle a tressé une mèche du duvet blond de Sunshine et noué un ruban autour, elle a voulu que les autres la voient… Surtout Wanda, dont le bébé a perdu les épais cheveux noirs qu’elle avait à la naissance et a maintenant le crâne tout chauve.

Sandy, qui a dix-huit ans, est mariée. Les autres ont seize ans. Elles portent des jeans taille 38, sauf Wanda qui mettait du 36 avant sa grossesse mais a pris vingt-sept kilos depuis et en a encore dix-huit à perdre.
« J’ai acheté du beurre de cacao à la boutique de diététique, confie Sandy à Jill en remontant sa chemise indienne pour lui montrer son ventre. Regarde, pas de vergetures. »
Jill vient de leur raconter que ses règles sont en retard de six semaines et quatre jours, et qu’elle est certaine d’être enceinte. Si c’est un garçon, elle l’appellera Patrick, comme son acteur préféré dans Dallas. »

Déjà lu du même auteur : 

long_week_end Long week-end les_filles_de_l_ouragan Les Filles de l'ouragan

Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Sentiment"

 50__tats
40/50 :  New Hampshire

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PAL Vert

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27 avril 2013

Adrenaline - Jeff Abbott

Lu en partenariat avec les éditions J'ai Lu

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traduit de l'anglais (États-Unis) par Anath Riveline

Titre original : Adrenaline, 2011

Quatrième de couverture :
Sam Capra, un jeune Américain basé à Londres, mène la vie dont il a toujours rêvé. Brillant agent de la CIA, sa femme, Lucy, attend leur premier enfant. Mais un jour, elle l’appelle à son travail et lui demande de quitter le bâtiment immédiatement. Il le fait… quelques secondes avant que tout explose ! Lucy disparaît et le couple est bientôt accusé par la CIA. Torturé, Sam parvient à s’échapper et se lance à la recherche de sa famille et du responsable de ce complot.

Auteur : Jeff Abbott est américain. Il a publié dans une vingtaine de langues onze best-sellers, dont Trauma, Panique, Faux-semblants et Double jeu.

Mon avis : (lu en avril 2013)
Le ton est donné dès le début du livre : action, action, action...

Sam Capra travaille à Londres pour la CIA. Un jour, il reçoit un appel téléphonique de sa femme Lucy qui le supplie de quitter l'immeuble où se trouve son bureau. Il obtempère et soudain une bombe explose dans l'immeuble et Sam est le seul survivant. Lucy enceinte est enlevée et Sam emprisonné, il est suspecté d'être complice de sa femme qui a trahi... Entre les États-Unis, Amsterdam et Londres une course contre la montre est engagée.
C'est un livre qui tient en haleine comme un film d'action ou d'espionnage... Les chapitres sont courts et ils donnent beaucoup de rythme au livre.
Le lecteur est presque essoufflé tellement l'action va vite et les rebondissements sont multiples : terrorisme, enlèvement, espion, complot, trahison... Rien ne nous est épargné et tout est à cent à l'heure ! C'est enchaînement de rebondissements et de fausses pistes ont fini par me lasser, c'est efficace mais pas toujours crédible et ce n'est pas le genre de thriller que je préfère. La conclusion m'a laissé sur ma faim car elle ouvre sur une nouvelle aventure de Sam plutôt qu'elle ne conclut cette aventure...
J'ai aimé la partie qui se passe à Amsterdam puisque l'auteur décrit très bien les lieux que j'ai eu la chance de découvrir un petit peu l'année dernière.

Merci à Silvana et aux éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Un jour, ma femme me demanda : Si tu savais que c'était notre dernière journée ensemble, qu'est-ce que tu me dirais ?
Nous étions mariés depuis un an déjà. Allongés dans le lit, nous regardions le soleil qui commençait à briller à travers les épais rideaux, et je lui répondis la vérité : Tout sauf au revoir. Je ne pourrai jamais te dire au revoir.
Deux ans plus tard, cette journée-là démarra comme la plupart des autres. Levé à cinq heures du matin, je pris ma voiture et je me garai à côté de la station de métro de Vauxhall. Je profite des logements sociaux à quelques mètres de là pour mes petites aventures.
Je commençai mon entraînement par un long échauffement dans la cour en béton ouverte d'un vieil immeuble. Course sur place pour prendre le rythme, monter la température de mon corps de quelques degrés indispensables puis je me lançai. Il vaut mieux préparer ses muscles et ses ligaments. Un mur de brique s'élevait droit devant moi, trois mètres de haut environ. Je le négociai avec un élan qui me propulsa en l'air, mes doigts agrippant le bord. Je me soulevai d'un mouvement fluide que j'avais répété des milliers de fois. Souffle régulier, pas de craquements au niveau des articulations. J'essayai d'avancer sans faire de bruit. Le silence prouve la maîtrise. Je franchis le mur, traversai une cour, puis sautai par-dessus un mur bien plus bas, m'appuyant sur une main, mes jambes balayant les briques.
Dans le bâtiment principal, une cage d'escalier sentant la pisse et décorée de graffitis obscènes, noir et blanc, s'ouvrit devant moi. De mon pied gauche, je frappai le mur peint dans un bond prudent, utilisant le contact pour m'élancer en avant vers la rambarde au tournant dans l'escalier. Un geste périlleux qui m'avait valu des blessures par le passé. Mais cette fois, j'atterris sans heurt, doucement sur la balustrade, cherchant l'équilibre, le coeur battant la chamade, l'esprit au repos. L'adrénaline puisait. Je bondis de la rambarde vers une barre en acier qui s'étendait le long du chantier et, grâce à la vitesse, je me projetai vers un étage éviscéré. Le bâtiment était détruit et reconstruit. Je n'abîmerais rien, ne laisserais aucun signe de mon passage. On peut m'accuser de violation de propriété, mais pas d'être un connard. Je courus vers l'autre bout de l'étage, me jetai dans les airs, attrapai une autre barre d'acier, me balançai, lâchai et touchai le sol dans une roulade contrôlée. L'énergie de la chute se répandit dans mon dos et mes fessiers plutôt que d'alourdir mes genoux et je repartis aussitôt, de retour dans le bâtiment, à la recherche d'une nouvelle façon plus efficace d'y entrer. Le parkour, l'art de se mouvoir, maintient mon niveau d'adrénaline au maximum et en même temps, une profonde tranquillité m'envahit. À la moindre erreur, je dégringole d'un mur de brique. C'est enivrant et apaisant à la fois.
Encore trois voyages à travers l'espace fascinant de l'immeuble, sols cassés, cages d'escalier béantes, équipement de toute sorte, piochant dans ma palette de sauts, de bonds et de réceptions pour trouver la ligne, le chemin le plus direct et le plus simple à travers les murs à moitié en ruine, les briques et les escaliers vides. L'énergie enflammait mes muscles, mon coeur battait, mais tout ce temps j'essayais de garder un calme intérieur. Trouver la ligne, toujours la ligne. Autour de moi, au loin, j'entendais la circulation grossir. Le ciel s'éclairait, annonçant une nouvelle journée.
Les gens pensent que ce que les Anglais appellent des logements sociaux constitue une horreur. Ça dépend du point de vue. Pour un traceur, les vieux immeubles carrés sont un régal. Des tas de surfaces planes et de murs à escalader et sur lesquels sauter, des rambardes et des rebords desquels s'élancer, des voisins qui n'appellent pas la police au moindre bruit.
À mon dernier passage, je me laissai tomber du deuxième étage vers le premier, attrapant une barre, me balançant et me réceptionnant après une chute maîtrisée. - Eh ! s'exclama une voix, alors que je fendais l'air. Je fis une roulade, permettant à l'énergie de l'impact d'inonder mes épaules et mon bassin. Je me redressai sur les pieds, fis quelques pas et m'arrêtai.

 

50__tats

40/50 :  New-York

Challenge New-York 2013
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catégorie "Même pas peur" : 38/12

 

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25 avril 2013

Ce soir à La Grande Librairie : John Irving

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 Sur France 5, ce jeudi 25 avril à 20h35 
John Irving sera l'invité de François Busnel dans La Grande Librairie

Avec son 13ème roman : "A moi seul bien des personnages", John Irving aborde la question de la bisexualité et donne à réfléchir sur la question du genre et de la forme des désirs.
Un grand roman ambitieux, intelligent et divertissant.

Autres invités :
Erik Orsenna - La fabrique des mots
Michel Winock - Flaubert
Alain Corbin - La douceur de l'ombre

 En replay sur le site de La Grande Librairie

Rediffusion de l'émission : dimanche 28 avril à 23 heures

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18 avril 2013

A moi seul bien des personnages – John Irving

Lu en partenariat avec les éditions Thélème

SORTIE AUJOURD'HUI 18 avril 2013 EN LIBRAIRIE

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Editions Thélème - avril 2013 - lu par Bertrand Suarez-Pazos

Seuil - avril 2013 - 480 pages

traduit de l'américain par Josée Kamoun et Olivier Grenot

Titre original : In One Person, 2012

Quatrième de couverture : 
À moi seul bien des personnages est une histoire d'amour inassouvi - une histoire tourmentée, drôle et touchante - et une approche passionnée des sexualités différentes. C'est la représentation intime et inoubliable de la solitude d'un homme bisexuel qui s'efforce de devenir "quelqu'un de bien". Irving nous livre une formidable chronique ; du grand renfermement puritain face à la libération sexuelle et à la guerre du Viet Nam, sans oublier l'évocation de l'épidémie de sida et ses ravages ainsi que l'effarant silence des gouvernants (Reagan). Mais toujours de l'humour, beaucoup d'humour, arraché à la tristesse et la mélancolie.

Auteur : John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). La publication de son quatrième roman, Le Monde selon Garp, lui a assuré une renommée et une reconnaissance internationales. Depuis, l’auteur accumule les succès auprès du public et de la critique. À moi seul bien des personnages est son treizième roman. Marié et père de trois garçons, John Irving partage son temps entre le Vermont et le Canada.

Lecteur : Bertrand Suarez-Pazos a mis en scène "Derrière les murs" dont il est l’auteur, à la Scène Nationale de Poitiers où est implantée sa compagnie. Voix familière des dramatiques de France Culture et France Inter, il a reçu le Prix Arthur Rimbaud pour "Vers des espoirs" publié à La Maison de Poésie en 1999.

Mon avis : (écouté en avril 2013)
Après avoir écouté et beaucoup apprécié Dernière nuit à Twisted River fin février, les éditions Thélème m'ont proposé de découvrir le prochain livre de John Irving et j'ai accepté sans hésiter et sans avoir regardé la présentation de l'éditeur... Je n'avais pas réalisé que le sujet du livre était autour de l'identité sexuel du narrateur. Le sujet est abordé avec beaucoup de délicatesse mais sans hésiter à appeler « un chat un chat », l'auteur veut dénoncer le puritanisme américain. 

Dans ce livre, le narrateur a soixante-dix ans lorsqu'il revient sur sa vie. Bill Abbott est né dans les années 40, élevé par sa mère et son beau-père, son père biologique est absent. Il vit à First Sister une petite ville rurale du Vermont, sa famille assez originale participe à la troupe de théâtre amateur de la ville. Bill nous raconte ses premiers émois amoureux, il est troublé par ses béguins contre nature pour son beau-père, pour Kittredge, un camarade de classe, et pour son attirance pour Miss Frost la bibliothécaire qui lui fait découvrir la littérature dont Dickens qui donnera sens à sa future vocation d'écrivain... Je n'en dirai pas tellement plus sur l'intrigue mais le ton passe de l'humour à la gravité, l'auteur évoque la littérature et le théâtre avec Shakespeare, Dickens, Flaubert... mais également les années 80 et l'arrivée du sida et ses ravages...
J'ai vraiment passé un excellent moment en écoutant ce nouveau livre de John Irving, dont le livre-audio paraît en même que le livre papier. Je ne connais pas encore bien l'œuvre de cet auteur américain mais plus je le lis et plus il me plaît.

Un grand Merci à Julie et aux éditions Thélème pour m'avoir permis de découvrir ce livre audio en avant première.

Un autre avis enthousiaste avec Valérie

Extrait : (début du livre)
Je commencerais bien par vous parler de Miss Frost. Certes, je raconte à tout le monde que je suis devenu écrivain pour avoir lu un roman de Charles Dickens à quinze ans, âge de toutes les formations, mais, à la vérité, j'étais plus jeune encore lorsque j'ai fait la connaissance de Miss Frost et me suis imaginé coucher avec elle. Car cet éveil soudain de ma sexualité a également marqué la naissance tumultueuse de ma vocation littéraire. Nos désirs nous façonnent : il ne m'a pas fallu plus d'une minute de tension libidinale secrète pour désirer à la fois devenir écrivain et coucher avec Miss Frost - pas forcément dans cet ordre, d'ailleurs. 
La première fois que j'ai vu Miss Frost, c'était dans une bibliothèque. J'aime bien les bibliothèques, même si j'éprouve quelques difficultés à prononcer le vocable. J'ai comme ça du mal à articuler certains mots : des noms, en général - de personnes, de lieux, de choses qui me plongent dans une excitation anormale, un conflit insoluble ou une panique absolue. Enfin, c'est ce que disent les orthophonistes, logopédistes et autres psychanalystes qui se sont penchés sur mon cas - hélas sans succès. En primaire, on m'a fait redoubler une année en raison de mes "troubles sévères du langage", diagnostic très excessif. J'ai aujourd'hui largement passé la soixantaine, je vais sur mes soixante-dix ans, et comprendre la cause de mon défaut de prononciation est le cadet de mes soucis. Pour faire court, l'étiologie, je m'en contrefous. 
Etiologie : un mot que je ne me risquerais pas à prononcer, mais en revanche, si je m'applique, j'arrive à produire quelque chose qui s'approche de bibliothèque ; le mot estropié éclot alors, fleur exotique, et ça donne "bibilothèque" ou "billothèque" - comme dans la bouche des enfants. 
Comble d'ironie, ma première bibliothèque était bien modeste. C'était la Bibliothèque municipale de la petite ville de First Sister, dans le Vermont - un bâtiment trapu, en brique rouge, situé dans la même rue que la maison de mes grands-parents. J'ai vécu chez eux, à River Street, jusqu'à l'âge de quinze ans, c'est-à-dire jusqu'au second mariage de ma mère. Ma mère a rencontré mon beau-père sur les planches. 
La troupe de théâtre amateur de la ville s'appelait The First Sister Players ; et d'aussi loin que je me souvienne, j'ai vu toutes les pièces qu'elle montait. Ma mère était souffleuse - quand on oubliait ses répliques, elle les rappelait, et les vers oubliés en route n'étaient pas rares dans une troupe amateur. Pendant des années, j'ai cru que le souffleur était un acteur comme les autres - à ceci près que, pour des raisons qui m'échappaient, il ne montait pas sur scène et restait en tenue de ville pour dire sa part du texte. 
Mon beau-père venait d'entrer dans la troupe quand ma mère a fait sa connaissance. Il s'était installé en ville pour enseigner à la Favorite River Academy - boîte privée pseudo-prestigieuse, alors réservée aux garçons. Dès ma plus tendre enfance, et en tout cas dès l'âge de dix, onze ans, je savais sans doute que, l'heure venue, on m'y inscrirait. J'y découvrirais une bibliothèque plus moderne et mieux éclairée, mais la Bibliothèque municipale de First Sister fut ma première bibliothèque, et la bibliothécaire qui y officiait, ma première bibliothécaire. Soit dit en passant, je n'ai jamais eu de difficulté à prononcer le mot bibliothécaire. 
Miss Frost m'a certes marqué bien davantage que la bibliothèque elle-même. A ma grande honte, c'est longtemps après notre première rencontre que j'ai appris son prénom. Tout le monde l'appelait Miss Frost, et le jour où j'ai enfin pris ma carte de lecteur et l'ai vue pour la première fois, je lui ai donné l'âge de ma mère - peut-être un peu moins. Ma tante, femme impérieuse, m'avait dit que Miss Frost "avait été superbe", mais comment aurais-je pu imaginer que Miss Frost ait été plus belle que lors de notre rencontre - moi qui ne manquais pourtant pas d'imagination, à cet âge ? Ma tante prétendait que les hommes disponibles de la ville tombaient tous à la renverse quand ils la rencontraient. Quand l'un d'entre eux avait le cran de se présenter - le culot d'annoncer son nom à Miss Frost -, la bibliothécaire encore dans sa splendeur lui répondait, l’œil polaire et des glaçons dans la voix : "Miss Frost, pas mariée et pas près de l'être." 
Voilà pourquoi Miss Frost était encore célibataire lorsque je l'ai rencontrée ; chose incroyable pour l'adolescent que j'étais, les cœurs à prendre de la ville avaient cessé depuis longtemps de se présenter à elle. 

  livre_audio

Déjà lu du même auteur : 

un_pri_re_pour_owen Une prière pour Owen une_veuve_de_papier_points2000 La veuve de papier 

TH968 Dernière nuit à Twisted River

 A Challenge for John Irving

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40/50 :  Vermont

Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

 

 

 

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17 avril 2013

Yellow birds - Kevin Powers

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 
Sélection avril

yellows_birds Stock – février 2013 – 264 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson

Titre original : The Yellow Birds, 2012

Quatrième de couverture :
Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu’il ne pourra pas tenir… Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran.
Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile.
Kevin Powers livre un roman fascinant sur l’absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique

Auteur : Kevin Powers est né à Richmond,Virginie, États-Unis. Diplômé en littérature, il a obtenu une bourse en poésie auprès de l’université d’Austin, au Texas. Il s’est enrôlé dans l’armée et a combattu en Irak en 2004 et 2005. Yellow birds est son premier roman. Il a été sélectionné parmi les « 10 best books of the year » du New York Times.

Mon avis : (lu en avril 2013)
Bartle, 21 ans, et Murph, 18 ans, sont deux engagés volontaires, ils sont devenus amis. Ils ont fait près de vingt mois de guerre à Al Tafar en Irak. Murph va mourir en Irak. Barth est de retour chez sa mère à Richmond en Virginie mais il lui est impossible d'oublier. Il se sent coupable d'être vivant, il ne supporte plus le regard des gens, il ne se sent pas légitime d'accepter les honneurs.

La construction du livre est telle que nous suivons en alternance le présent aux États-Unis et le passé avec les combats en Irak.
L'auteur américain Kevin Powers est parti de sa propre expérience pour écrire ce livre, en effet à l'âge de 17 ans, il s'est enrôlé dans l'armée des États-Unis et a combattu en Irak en 2004 et 2005. On comprend donc la précision et le réalisme des descriptions des combats, de l'état psychique et physique des soldats. Ils ont en permanence la peur au ventre. 
Cette description implacable des ravages intérieurs de la guerre chez ce jeune soldat est à la fois violente et poétique. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L'herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s'adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s'étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l'épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l'obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations. Elle faisait l'amour, donnait naissance, et se propageait par le feu.

Puis, durant l'été, elle essaya encore de nous tuer tandis que la chaleur blanchissait les plaines et que le soleil burinait notre peau. Elle faisait fuir ses citoyens qui se réfugiaient dans les recoins sombres des immeubles couleur de craie, et jetait une ombre blême sur tout, tel un voile sur nos yeux. Jour après jour, elle tentait de nous supprimer, en vain. Non pas que notre sécurité fut prévue. Nous n'étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n'avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu'elle pourrait. Elle était patiente. Elle n'avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s'introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu'elle irait jusqu'au bout.
Quand septembre arriva, la guerre avait décimé des milliers de personnes. Les corps jonchaient ici et là les avenues criblées d'impacts, étaient dissimulés dans les ruelles, et entassés dans les creux des collines aux abords des villes, les visages boursouflés et verts, allergiques à présent à la vie. La guerre avait fait de son mieux pour tous nous éliminer : hommes, femmes, enfants. Mais elle n'avait réussi à tuer qu'un peu moins d'un millier de soldats comme moi et Murph. Au début de ce qui était censé être l'automne, ces chiffres signifiaient encore quelque chose pour nous. Murph et moi étions d'accord. Nous refusions d'être le millième mort. Si nous mourions plus tard, eh bien soit. Mais que ce chiffre fatidique s'inscrive dans la vie de quelqu'un d'autre.
Nous ne remarquâmes presque aucun changement en septembre. Mais je sais à présent que tout ce qui allait compter dans ma vie s'amorça alors. Peut-être la lumière descendait-elle un peu plus doucement sur Al Tafar, car elle se perdait au-delà des silhouettes fines des toits et dans la pénombre des renfoncements sur les boulevards. Elle inondait les briques de terre et les toitures en tôle ondulée ou en béton des bâtiments blancs et ocres. Le ciel était vaste et grêlé de nuages. Un vent frais nous parvenait des lointaines collines à travers lesquelles nous avions patrouillé toute l'année. Il soufflait sur les minarets qui s'élevaient au-dessus de la citadelle, s'engouffrait dans les ruelles en agitant les auvents verts, et poursuivait son chemin jusqu'aux champs en friche qui encerclaient la ville, pour finir par se briser contre les demeures hérissées de fusils dans lesquelles nous étions disséminés. Les membres de notre unité se déplaçaient sur le toit terrasse où nous étions en position - traînées grises dans les lueurs qui précédaient l'aube. C'était la fin de l'été, un dimanche me semble-il. Nous attendions.

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Challenge Petit BAC 2013
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"Couleur"

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40/50 :  Virginie

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15 avril 2013

Qu'avons-nous fait de nos rêves ? - Jennifer Egan

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : REVE

 

qu_avonsnous_fait_de_nos_reves Stock - août 2012 - 384 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Sylvie Schneiter

Titre original : A Visit from the Goon Squad, 2010

Prix Pulitzer 2011

Présentation éditeur :
Sasha a une petite trentaine. Elle vivote à New York, après avoir quitté son poste d’assistante de production dans une grande maison de disques. On la découvre sur le canapé de son psychothérapeute, tentant de régler son problème de kleptomanie et de remettre de l’ordre dans sa vie. Sans amis, sans travail, elle est une âme solitaire et prédatrice. Bennie, lui, a la quarantaine passée. Ancien producteur star des Conduits, un groupe de rock emblématique, il se contente désormais d’éditer des tubes insipides. Divorcé, il essaie d’entretenir des liens avec son fils, sans trop y parvenir. Déprimé, il n’arrive même plus à avoir la moindre érection.
D’une écriture acérée, Jennifer Egan nous plonge dans la conscience et l’histoire de ces deux personnages dont les chemins un jour se sont croisés. Jeune homme timide, Bennie se passionna pour le punk, dans un San Francisco débridé. Adolescente au tempérament fougueux, Sasha partit pour Naples afin d’oublier des parents destructeurs. Une foule de personnages jalonnent leur existence, qu’il s’agisse de Lou Kline, le mentor allumé de la bande, ou de l’oncle de Sasha, un homme au bord du gouffre.
Ces histoires de vie s’enchaînent, des personnalités très fortes se dégagent, une véritable tension naît autour de leurs destinées. En restituant le passage du temps et les aléas du désir, Jennifer Egan ausculte notre capacité à avancer et à devenir ce que nous sommes, sans rien nier du passé.  

Auteur : Jennifer Egan, née en 1962, est l’auteur de plusieurs romans, La parade des anges (1996), L’envers du miroir (2003), The Keep et d’un recueil de nouvelles Emerald City. Ses nouvelles sont parues dans le New YorkerHarper’s MagazineGQZoetrope etPloughshares, et ses récits sont souvent publiés dans le New York Times Magazine. Elle remporte en 2011 le Pulitzer ainsi que le National Book Critics Circle Award avecQu’avons-nous fait de nos rêves ? et est également finaliste du Pen/Faulkner Award. Elle vit à Brooklyn.

Mon avis : (lu en avril 2013)
C'est un livre qui part dans tous les sens et j'ai eu beaucoup de difficulté à rassembler les pièces du puzzle. Chaque chapitre raconte la vie d'un personnage à un moment donné et il est souvent difficile de situer le personnage ou l'époque. Les prénoms américains m'ont également « paumé », à chaque nouveau personnage, il me fallait plusieurs pages pour comprendre s'il était féminin ou masculin, ainsi Bennie, Lou sont masculin et Jocelyn est féminin... Le style change également à chaque chapitre... l'auteur utilise tour à tour la première personne, comme la troisième et même la deuxième personne, un autre chapitre est comme un reportage people et un autre est une présentation PowerPoint de 75 slides...

J'ai réussi à comprendre que les personnages se sont connus à San Francisco dans les années 70, insouciants, profitant d'une époque de la musique punk, où l'alcool, les drogues et le s3xe sont consommés sans limite... A cette époque, ils avaient la tête pleine de rêves, aujourd'hui ils sont devenus des adultes, désabusés, mariés, divorcés dans une Amérique décevante et sans but.

J'avoue m'être plutôt ennuyée en lisant ce livre... La deuxième moitiée du livre a même été survolée car j'avais hâte de le terminer !

 

Challenge 7% Littéraire 2012
 logochallenge2 
43/49

 Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

 

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13 avril 2013

Ne t'éloigne pas - Harlan Coben

Lu en partenariat avec les éditions Belfond Noir

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Belfond - mars 2013 - 367 pages

France Loisirs - 2012 - 416 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Titre original : Stay close, 2012

Quatrième de couverture : 
Une formidable poussée d'adrénaline, un voyage en enfer mené tambour battant par le maître de vos nuits blanches. Oserez-vous fermer l'oeil cette nuit ? 
Un soir de février, Stewart, père et époux dévoué, sort d'une boîte d'Atlantic City en compagnie d'une ravissante strip-teaseuse. Personne ne les reverra. 
Dix-sept ans plus tard, l'inspecteur Broome cherche toujours à percer le mystère. Et des éléments pourraient bien relancer l'enquête : des photos anonymes, une nouvelle disparition, même lieu, mêmes circonstances. 
Coïncidences ? Rituels macabres ?
Et si Megan avait la réponse ? Car cette bonne mère de famille cache un passé sulfureux. Un passé qu'elle tente d'oublier depuis dix-sept ans...
Mensonges, vengeance, prostitution, meurtres et rédemption. Alors qu'un serial killer fait les after des clubs à la recherche d'une proie, des secrets soigneusement enterrés sortent des bois...

Auteur : Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants.
Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a travaillé dans l'industrie du voyage avant de se consacrer à l'écriture.
Depuis ses débuts en 1995, la critique n'a cessé de l'acclamer. Il est notamment le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis. Traduits dans une quarantaine de langues, ses romans occupent les têtes de listes de best-sellers dans le monde entier.

Mon avis : (lu en avril 2013)
Atlantic City est le théâtre de disparitions liés au monde de la nuit et des boîtes de strip-tease. Dix-sept ans plus tard, à la date anniversaire, une nouvelle disparition et l'inspecteur Broome aimerait bien comprendre et résoudre cette enquête. Ancienne strip-teaseuse devenue bonne épouse et mère de famille, Megan revient à Atlantic City pour aider à résoudre l'énigme...

Le début du livre est un peu lent à s'installer et parfois un peu embrouillé puis la mécanique se met en route et le lecteur est happé par une intrigue bien construite, des personnages intéressants et attachants pour certains. Le rythme est là, les fausses pistes et les rebondissements également sans oublier un bon dénouement... 
Ce n'est pas la meilleure enquête d'Harlan Coben, elle est malgré tout passionnante et efficace pour passer un bon moment.

Merci à Laura et aux éditions Belfond Noir de m'avoir permis de découvrir ce livre.

 

Extrait : (début du livre)
QUELQUEFOIS, DURANT CETTE FRACTION DE SECONDE OÙ Ray Levine prenait des photos et où le monde s'évanouissait dans l'éclair de son flash, il voyait le sang. D savait bien sûr que c'était juste une image mentale mais, tout comme en ce moment, la vision était si nette qu'il devait abaisser son appareil pour scruter longuement le sol. Cet épisode terrible - l'instant où la vie de Ray avait basculé, où, de quelqu'un avec des projets et un avenir, il était devenu un loser grand format -, cet épisode, donc, ne le hantait jamais dans ses rêves ni quand il se trouvait seul dans le noir. Les visions d'horreur attendaient qu'il soit bien réveillé, entouré de gens, pris par ce que d'aucuns nommeraient ironiquement son travail.
Dieu merci, les visions s'estompèrent pendant qu'il mitraillait non-stop le garçon dont on fêtait la bar-mitsvah.
- Regarde par ici, Ira ! cria Ray derrière son objectif. Qui est-ce qui t'habille ? C'est vrai que Jen et Angelina se crêpent toujours le chignon à cause de toi ?
Quelqu'un lui donna un coup de pied dans le tibia. Quelqu'un d'autre le bouscula. Ray continuait à mitrailler.
- Et l'after, Ira, ça se passe où ? Qui est l'heureuse élue à qui tu réserves la première danse ?
Ira Edelstein fronça les sourcils, dissimulant son visage à l'objectif. Imperturbable, Ray se propulsa en avant, le prenant sous toutes les coutures.
- Dégage ! lui hurla-t-on.
On le poussa de plus belle. Ray s'efforça de reprendre son équilibre. Clic, clic, clic.
- Maudit paparazzi ! glapit Ira. Je pourrais pas avoir un moment de répit ?
Ray leva les yeux au ciel. Il ne recula pas. Derrière l'objectif, la vision sanglante revint. Il essaya de la chasser, elle persista. Il gardait le doigt sur le déclencheur. Le héros de la bar-mitsvah bougeait au ralenti à présent.
- Parasites ! brailla-t-il.
Ray se demanda s'il était possible de tomber plus bas.
Un nouveau coup au tibia lui fournit la réponse : non et non.
Le « garde du corps » d'Ira - un malabar au crâne rasé dénommé Fester - écarta Ray de son avant-bras large comme un fût de chêne. Ray le regarda, l'air de dire : « Qu'est-ce qui te prend ? » et Fester articula silencieusement : « Pardon. »
Fester était son employeur et patron de Star d'un Jour - Paparazzi à louer, ce qui voulait dire ce que ça voulait dire. Ray ne filait pas les stars dans l'espoir de voler une photo compromettante qu'il pourrait revendre à un tabloïd, non. C'était pire que ça : il était là pour offrir son quart d'heure de célébrité à quiconque était prêt à en payer le prix. En clair, des clients avec un ego surdimensionné et probablement des problèmes d'érection embauchaient des paparazzi pour les suivre partout, prendre des photos souvenirs et vivre, conformément à la brochure, « des moments fabuleux dans la peau d'une star, avec votre paparazzi personnel ».
Ray aurait certes pu dégringoler encore plus bas, mais pas sans l'intervention expresse de Dieu.
Les Edelstein avaient choisi le « mégapack VIP » : deux heures avec trois paparazzi, un garde du corps, un perchman, tous collés aux basques de la « star », le mitraillant comme s'il était Charlie Sheen se faufilant en catimini dans un couvent. Le mégapack VIP comprenait également un DVD-souvenir et votre trombine en couverture d'un faux magazine people avec gros titres à l'avenant.

Déjà lu du même auteur :

Ne_le_dis___personne_ Ne le dis à personne sans_un_mot Sans un mot 
sans_laisser_d_adresse Sans laisser d'adresse innocent Innocent 
sans_un_adieu Sans un adieu faute_de_preuves Faute de preuves
rem_de_mortel
 
Remède mortel a_decouvert A découvert

 Challenge Thriller 
challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 36/12

50__tats
40/50 : New-Jersey

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