05 janvier 2009

Le passage - Louis Sachar

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Ecole des loisirs – mars 2000 – 278 pages

Résumé :

Méfiez-vous. Ce livre va vous donner envie de croquer des oignons crus. De creuser des trous de 1 mètre 50 de diamètre et de profondeur. D'escalader une montagne. De respirer vos vieilles baskets. De mettre du rouge à lèvres avant de partir à la poursuite de vos ennemis. De tout savoir sur l'existence oubliée de votre arrière-arrière-arrière-grand-mère. Et ce, même si vous haïssez les liliacées, même si vous détestez l'alpinisme et les travaux forcés, même si vous avez les cosmétiques en horreur autant que les odeurs de pieds, et même si la généalogie et les histoires de famille vous indifférent profondément. Maintenant, pour échapper à tout cela, c'est simple. Il vous suffit de ne pas imiter les centaines de milliers d'adolescents américains qui ont déjà plébiscité ce livre, et de ne jamais l'ouvrir. Western, amour fou, chasse au trésor, polar, aventures, roman d'apprentissage, pour la jeunesse, pour la vieillesse, bref: un livre total.

Auteur : Louis Sachar est né le 20 mars 1954 à East Meadow (New York). Il fait des études d'économie et de droit. Il finit par obtenir son diplôme d'avocat en 1980. Dès lors, il plaide le jour et écrit la nuit. Peu après, voyant le succès de ses livres, il décide d'écrire à plein temps. En 1985, il épouse Carla, conseillère d'éducation dans une école primaire. Elle lui a inspiré un des personnages de "Il y a un garçon dans les toilettes des filles". Deux ans après, Sherre, leur fille naît. Son chef-d'ouvre est sans doute "Le Passage". Ce roman, destiné à la jeunesse, a été traduit dans le monde entier et adapté au cinéma sous le titre de "La morsure du lézard" (2003). Aux États-Unis, "Le Passage" a remporté de nombreux prix, dont la médaille Newbery, le National Book Award, le Pacific Northwest Young Readers Choice Award. Il a été sélectionné par la "New York Times Book Review" et par "Publisher's Weekly" parmi les meilleurs livres pour enfants ou jeunes adultes de l'année. En France, il a reçu le prix "Millepages de Vincennes" 2000, le prix "Lecture Jeunesse" 2000, le prix "Sorcière" 2001 et le prix "Ado-Lisant" 2002.Mon avis :

Le héros Stanley Yelnats est injustement envoyé dans un centre d'éducation pour délinquants juvéniles au Texas (au "Camp du Lac vert") après avoir reçu des baskets de grande valeur sur la tête, et arrêté pour vol.

Les activités du camp se résume en une seule : creuser un trou par jour au beau milieu du désert. Stanley et un de ses copains vont tenter de s'échapper de ces travaux forcés, bravant tous les dangers : les lézards à tâches jaunes, la colère du directeur, la canicule, la soif, la mort. Découvrira-t-il le mystère qui plane sur le Lac vert, asséché depuis cent dix ans et dépeuplé des gens qui y habitaient ?

Ce livre est vraiment très original, surprenant et captivant. C'est une grande bouffée de fraîcheur, ce livre est drôle et plein d'amitié. Je conseille ce livre à ceux, adulte ou adolescent, qui veulent du dépaysement et de l'aventure !

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Une coproduction américaine et canadienne a été tiré du livre sous le nom de La morsure du lézard réalisé par Andrew Davis avec Sigourney Weaver, Jon Voight, Shia LaBeouf, Patricia Arquette.

Extrait :

"Être mordu par un serpent à sonnette ou piqué par un scorpion n’est pas la pire chose qui puisse vous arriver. On n’en meurt pas. En principe. Parfois, un campeur essaie de se faire piquer par un scorpion ou même mordre par un petit serpent à sonnette. Comme ça, il passera un ou deux jours à se reposer dans sa tente au lieu d’être obligé de creuser des trous dans le lac.
En revanche, personne n’a envie de se faire mordre par un lézard à tâches jaunes. Ça, c’est la pire chose qui puisse vous arriver. On en meurt dans de longues et terribles souffrances.
Quand on se fait mordre par un lézard à taches jaunes, il vaut encore mieux aller s’allonger dans le hamac, à l’ombre des chênes.
Parce que personne ne pourra plus rien faire pour vous."

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03 janvier 2009

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier

la_jeune_fille___la_perle Table ronde - février 2004 – 280 pages

traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Girl with a Pearl Earring, New York: Dutton, 1999

Quatrième de couverture
La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.

Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville...

Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie.

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Biographie de l'auteur
Tracy Chevalier est américaine. Elle vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle est l'auteur de quatre romans dont La Jeune Fille à la perle, qui a connu un succès mondial

Mon avis : (lu en mars 2004)

L'inspiration du livre vient du célèbre tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle. Ce tableau (huile sur toile, 45 × 40 cm), peint vers 1665-1666, exposé au Mauritshuis de La Haye reste une énigme pour les spécialistes de Vermeer : on ignore en effet, qui est la mystérieuse jeune fille. La romancière Tracy Chevalier s'est extrêmement documentée, et a élaboré sa trame à partir des quelques informations qu'elle a pu glaner. L'histoire racontée par Tracy Chevalier correspond en tout point à ce que nous savons du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis d'argent...

J'ai beaucoup aimé ce livre dont l'histoire tourne autour de la peinture. Ce récit à la première personne nous emmène à Delft au 17eme siècle, nous pénétrons dans l'intimité du peintre Vermeer et de sa famille. J'ai trouvé très intéressante la conception du tableau de « La jeune fille à la perle ». J'ai été touchée par le personnage de Griet. L'ambiance austère et authentique de l'époque est très bien décrite.

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J'ai également vu le film tiré de ce livre et réalisé par Peter Webber avec Colin Firth - Scarlett Johansson - Tom Wilkinson - Judy Parfitt - Cillian Murphy, sortie en 2004. Je l'ai beaucoup aimé car j'y ai très bien retrouvé l'atmosphère du livre.

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Un brillant avenir - Catherine Cusset

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Gallimard – août 2008 – 369 pages

Folio – février 2010 – 370 pages

Prix Goncourt des lycéens 2008

Le Mot de l'éditeur :
Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis. Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents. Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose – leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme –, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.

Auteur : Catherine Cusset vit à New York depuis vingt ans. Elle a déjà publié huit romans. 

Mon avis : (lu en déc 2008)
C'est le premier livre que je lisais de Catherine Cusset, et il me donne envie d'en lire d'autres. L'auteur nous livre l'histoire d'Elena-Helen née en Roumanie puis émigrée à New-York et en parallèle la relation difficile qu'elle entretient avec sa belle-fille française. C'est également un beau portrait de femme. L'histoire est prenante et l'écriture très agréable à lire.

Extrait : 2003 – Juste le silence
« Alors qu'Helen déplie le matelas gonflable, elle entend Jacob tirer la chasse et ouvrir la porte de la salle de bains. Elle lève les yeux et voit son mari dans son pyjama gris à rayures blanches qui la dévisage, debout à l'entrée du salon. Elle en est agacée. Non parce qu'il ne propose pas son aide - ce n'est pas difficile de gonfler le matelas, et Jacob est devenu si maladroit qu'il vaut mieux se débrouiller sans lui - mais parce qu'il ne pose pas la question qui le tracasse de toute évidence : pourquoi sa femme couche-t-elle dans le salon? Elle décide de garder le silence. Il peut encore articuler trois mots.

Elle ne lui demande pas non plus s'il a pris les médicaments qu'elle a laissés sur le bar de la cuisine avec un verre d'eau. S'il saute une dose, tant pis. Il n'en mourra pas. Parfois elle n'en peut plus de penser, parler, agir pour deux. C'est elle qui sort de leur emballage les vingt-quatre cachets quotidiens, et elle doit lui rappeler de les avaler. Aujourd'hui il a encore oublié de ramasser le courrier. Elle a patiemment attendu trois jours, multipliant les allusions aux factures qu'il fallait payer. En vain. Comme la boîte aux lettres était pleine, elle a fini par le lui dire. Il s'est excusé, mais ça ne change rien. Ce n'est pas seulement la maladie, ni l'âge. Soixante-douze ans n'est pas si vieux. Mais il ne fait plus aucun effort. Et ce sera de pire en pire. Elle n'a pas envie d'y penser. C'est trop triste.

Elle appuie sur le bouton et le lit se gonfle lentement avec un grondement de moteur. Les épaules tombantes, les bras pendant le long du corps, Jacob la regarde toujours, figé comme une statue de sel. Il croit peut-être qu'elle est fâchée à cause du courrier ou parce qu'il l'a empêchée de dormir la nuit dernière en allant dix fois aux toilettes. Ou il se demande ce qu'il a bien pu oublier d'autre. Un peu d'inquiétude secouera ses neurones et ne lui fera pas de mal. D'ailleurs, s'il veut savoir, il n'a qu'à demander: « Lenoush, pourquoi dors-tu ici ce soir? » Elle lui répondra aussitôt, gentiment, et il verra que ce n'est pas à cause de lui. Elle n'est pas fâchée contre lui. Ce n'est pas sa faute s'il est malade, bien sûr. Elle voudrait juste qu'il fasse un petit effort. Un tout petit, tout petit effort.

Quand elle lève les yeux.jacob n'est plus là. Il s'est retiré en silence. À moins qu'elle ne l'ait pas entendu dire bonne nuit. La porte de la salle de bains se referme. La chasse d'eau résonne, pour la deuxième fois en moins de dix minutes. Elle finit de gonfler le matelas, met les draps et la couverture, puis sort sur la terrasse.

À travers le rideau, elle peut voir que la lumière dans la chambre est éteinte. Jacob doit dormir. Il n'a aucun problème pour s'endormir. Elle s'appuie contre la balustrade, allume une cigarette et regarde le miroir noir de l'Hudson entre les tours Tromp. C'est une belle nuit claire de la miseptembre, pleine d'étoiles. Elle aspire sur la cigarette, tire de profondes bouffées, rejette la fumée. La terrasse est son royaume, où elle ne dérange personne, où personne n'est là pour la juger. C'est pour la terrasse et sa vue éblouissante sur la rivière, les tours de Midtown et les falaises du New Jersey qu'elle a choisi cet appartement quand ils ont emménagé à Manhattan il y a sept ans. Elle recule, s'assoit sur la chaise en plastique blanc, éteint sa cigarette et en allume une autre. À la télévision ce soir, elle a entendu dire que le vent soufflerait fort mercredi. Il faudra transporter les plantes à l'intérieur demain matin. Demain soir, Camille sera là et elle n'aura pas le temps. Elle boit un peu de Pepsi et se lève, enfonçant le mégot dans le cendrier plein. Juste avant de quitter la terrasse, elle va chercher sur l'étagère dans le coin la sirène en plastique bleu et rose qui fait des bulles automatiquement. Elle la pose près du cendrier. Camille adore les bulles.

Son bébé chéri. Mais ce n'est plus un bébé. Une grande fille de quatre ans. Pendant l'été son petitventre a fondu, et depuis qu'elle est rentrée de France, elle n'utilise plus la poussette. Elle était si mignonne, dimanche, quand elle a pris la main de son grand-père et lui a dit en français: « Toi aussi, Dada : danse! » Elle aime tant son grand-père! Le silence de Jacob ne lui fait pas peur. Elle a sans cesse des choses à lui raconter. C'est vraiment une enfant spéciale -un gracieux et joyeux petit elfe.

Helen rentre dans l'appartement, marche droit jusqu'à la cuisine et appuie sur l'interrupteur. Rien sur le plan de travail. Pas de cachet ni de papier argenté. Elle ouvre le placard sous l'évier et vérifie la poubelle. Les emballages des médicaments s'y trouvent. Il n'a pas oublié. Elle soupire de soulagement, et un sourire éclaire son visage. Il y a donc encore de l'espoir. Elle aurait dû être plus gentille ce soir. Elle le félicitera demain matin. »

Challenge Prix Goncourt des Lycéens

2008

Challenge Goncourt des Lycéens
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30 décembre 2008

Pépites – Anne-Laure Bondoux

P_pites Bayard Jeunesse – septembre 2005 - 352 pages

Résumé : Bella Rossa est une jeune femme aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant, depuis sa naissance, son existence n'est qu'une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu'à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux si, en chemin, elle trouve le bonheur... Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l'Ouest. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle manquera de mourir par la faute d'une pépite et que l'Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu'elle ne sait pas non plus, c'est qu'il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d'or...

Auteur : C'est en région parisienne qu'est née Anne-Laure Bondoux en 1971. Elle a suivi des études de Lettres Modernes à Nanterre. Parallèlement à ses études, elle a monté des ateliers d'écriture pour enfants en difficulté lesquels ont reçu le prix Fondation de France. Après avoir fait du théâtre, elle a rejoint en 1996 la rédaction de 'J'aime lire' à Bayard Presse, puis a participé au lancement du nouveau magazine, Maximum. Elle a cessé ses activités de journaliste en 2000 pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Elle est l'auteur d'une trilogie 'Le Peuple des rats' publiée chez Bayard, et de plusieurs ouvrages pour enfants. Elle écrit également pour le théâtre et la chanson.

Mon avis :

Magnifique roman d'aventures qui vous plongera dans le monde des chercheurs d'or, plein de rebondissements et d'humour avec un beau personnage de femme. Au-delà de l'histoire se déroulant pendant la guerre de sécession, ce roman met l'accent sur la condition de la femme à cette époque et la lutte que celle-ci devait mener. Un vrai western. Un livre superbe à lire pour adolescent et adulte.

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Une épouse presque parfaite - Laurie Colwin

Une_epouse_presque_parfaite Editions Autrement – janv 2004 - 310 pages

Mot de l'éditeur

On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Quant on aime sa famille, son mari, ses enfants et son amant, il y a parfois des conflits intérieurs qui empêchent de dormir. Si, en plus, comme Polly Solo-Miller, on descend d’une famille ultra-conservatrice de la côte Est des Etats-Unis dont les conceptions du sportswear s’arrêtent aux robes à smocks et celles de la vie de couple à un silence tendre et compréhensif, une famille où prénoms et professions se transmettent comme des virus de génération en génération, l’apparition d’un amant dans ce décor de carte postale devient un événement tout aussi dramatique que la conquête de l’Ouest ou la Révolution française.

Dora est femme torturée entre son amant et son mari. Le poids de la morale et de la famille pèse sur elle et sur sa vie entière. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Une belle histoire d'une femme mariée qui remet sa vie, son quotidien en cause pour enfin se sentir exister pour elle même. A lire

Auteur : Laurie Colwin - Romancière américaine née en 1944 - décédée à Manhattan Octobre 1992. Laurie Colwin est new-yorkaise, elle publie sa première nouvelle dans le New-Yorker alors qu'elle n'a que vingt-quatre ans. En une trentaine d'années, elle publiera aussi bien des recettes de cuisine que des romans ou des recueils de nouvelles. Femme aux dons et aux intérêts multiples, elle a traduit Isaac Bashevis Singer, a été chroniqueuse gastronomique et a travaillé dans l'édition. Laurie Colwin est très célèbre aux Etats-Unis, où les américains l'ont adulée tant pour son style littéraire que pour son humour haut en couleurs. Les Français ont dû attendre 1999 pour que 'Franck et Billy' soit traduit, mais l'engouement de la presse et le bouche à oreille favorable ne vont pas tarder à faire d'elle une auteur culte outre-Atlantique.

Mon avis : C'est l'analyse des sentiments et d'un milieu social à travers une histoire simple,celle d'un adultère, qui décrit finement les sentiments d'une femme enfermée dans une éducation bourgeoise américaine, et dont elle va se libérer au fil de sa liaison . J'ai lu avec plaisir cette histoire. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Extraits : « Polly se demanda si les autres femmes connaissaient aussi bien le dos de leurs maris. Quand elle pensait à Henry, elle se le représentait assis derrière son bureau, tard le soir, penché sur un gros tas de papiers. Elle voyait qu’il prenait des notes, et il ne se retourna pas pour l’embrasser. Au lieu de cela, elle mit son bras autour de son épaule et lui embrassa le cou.
Il la carressa distraitement.
- Je me sens si seule, dit-elle.
- Moi aussi, dit Henry. Viens, on va faire la vinaigrette. »

« Au supermarché, Polly se sermonna. Les gens qui faisaient leurs courses le dimanche étaient des gens qui avaient laissé la situation leur échapper, qui ne faisaient pas attention aux détails, qui se laissaient dériver. Il y avaient réellement des gens qui achetaient leurs légumes au supermarché - Polly ne croyait pas que l'on put trouver quelque chose de vraiment frais dans un supermarché. Il y avait des gens qui ne prévoyaient pas le nombre de repas à préparer ou le nombre de personnes à table, qui n'étaient pas assez généreux, économes ou sûrs d'eux pour acheter le superflu. Faire les courses au supermachés indiquait que la maison était mal tenue. Comment ces gens pouvaient-ils reconnaître ainsi publiquement leurs fautes? Seule une chose vraiment terrible, comme un décès ou une liaison, devrait empêcher quelqu'un de bien faire. Polly regarda autour d'elle. Tous ces gens avec un caddie plein avaient-ils une liaison ? »

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29 décembre 2008

La réserve – Russell Banks

la_r_serve Actes Sud - février 2008 – 379 pages

Présentation de l'éditeur
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.

Biographie de l'auteur
Russell Banks est un écrivain américain né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts. Il a passé son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Son dernier roman. American Darling (2005) a connu un immense succès.

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. J'ai bien aimé les descriptions grandioses des paysages. J'ai trouvé le livre un peu long à lire cependant.

Extrait :

« Le lendemain, après une matinée de travail bien remplie dans son atelier, Jordan Groves décida, autour de midi, de se rendre en voiture au village pour aller chercher le courrier et les journaux ; peut-être déjeunerait-il au Moose Head, à Sam Dent. Il n'était pas d'humeur particulièrement sociable, il avait juste envie d'un peu de solitude en public, d'un pain de viande et d'une bouteille de bière froide. Il n'aurait pas le loisir de traîner : Alicia était occupée au jardinage et, si le ciel se dégageait, elle projetait d'emmener les garçons nager aux chutes. Elle aurait donc besoin de la voiture. Il envisagea un instant de prendre le camion, ce qui lui donnerait la liberté de choisir l'heure de son retour, puis il y renonça. » (p.101)

« Pendant la nuit, le vent noircit, et comme il venait du nord il chassa la fumée vers le sud, dans la Réserve. Il l'éloigna du village de Turnbridge et du club Tamarack, la poussa dans les profondeurs des vallées boisées, lui fit remonter les flancs abrupts du massif méridional du Great Range dont elle franchit les sommets avant d'atteindre les terres agricoles vallonnées et les villages où elle finit par se dissiper en brume qui s'éleva dans le ciel obscur sans avoir été repérée par aucun être humain à l'intérieur ou à l'extérieur de la Réserve, devenant ainsi une réalité connue des seuls animaux, mammifères ou oiseaux de la Réserve - les cerfs, les ours, les coyotes, les lynx et les pékans, les renards, les visons, les hirondelles, les faucons, les aigles ou les corbeaux sur les cimes rocheuses, et, sur les lacs et dans les torrents froids qui s'y déversaient, les castors et les plongeons, les oies du Canada encore là. »(p. 355)

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26 décembre 2008

INTO THE WILD voyage au bout de la solitude - KRAKAUER Jon

into_the_wild Presses de la Cité - novembre 2007 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
Il avait renoncé au rêve américain. Pour vivre une aventure extrême. En 1992, le cadavre d'un jeune homme est découvert dans un bus abandonné en Alaska, au pied du mont Mckinley, loin de tout lieu habité. Fils de bonne famille, Chris McCandless aurait dû en toute logique devenir un américain bien tranquille à l'avenir sans surprise. Mais, dès l'obtention de son diplôme universitaire, il décide de partir à l'aventure. Après avoir fait don de ses économies à une œuvre humanitaire, il entame son périple sous un nom d'emprunt avec sa vieille voiture, qu'il abandonnera un peu plus tard. Il sillonne le sud des Etats-Unis, subsistant grâce à de menus travaux, avant de réaliser son grand projet: s'installer au cœur de l'Alaska, seul, en communion avec la nature. Mais on ne s'improvise pas trappeur, ni homme des bois... Ce parcours dramatique d'un jeune homme qui a voulu vivre jusqu'au bout son impossible idéal est retracé par Jon Krakauer, l'auteur du best-seller tragédie à l'Everest. Livre-culte dans le monde entier, Into the Wild a d'emblée fasciné Sean Penn, qui en a réalisé une adaptation cinématographique applaudie par la critique américaine.

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Ce livre est un voyage pendant lequel on navigue entre l'admiration, le rêve, mais aussi l'incompréhension voire la colère. Ce livre a été conçu par l'auteur comme une sorte de reportage, le style d'écriture très journalistique. Krakauer a tenté de retracer le parcours de Chris, à travers les cartes postales qu'il a écrites, les boulots qu'il a fait et les traces qu'il a laissé en cours de route. Le récit est rempli d'extraits de livres retrouvés dans les affaires de Chris dont des passages ont été soulignés par ses soins, d'extraits de ses écrits et de journaux.
Une partie du livre m'a semblé un peu longue et moins intéressante : c'est celle où il est question d'autres voyageurs, dont l'auteur. Les dernières pages qui concernent sa mort sont troublantes et émouvantes.

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84, Charing Cross Road - HANFF Helene

84_charing_cross_road Traduit par Marie-Anne de Kisch

Autrement – janvier 2008 – 116 pages

Résumé : Lorsqu’Helene Hanff (1916-1996) adresse, le 5 octobre 1949, sa première lettre à la librairie londonienne Marks and Co, elle ne sait pas encore qu'elle vient d'inaugurer une correspondance qui durera vingt ans ...

Helene Hanff est loin d'être une cliente ordinaire comme vont le découvrir les employés de Marks and Co. Et parmi eux, Frank Doel, interlocuteur privilégié de cette lectrice aux goûts prononcés pour les essais, les Mémoires ou encore la poésie - elle préfère John Donne aux "vapeurs" d'un William Blake.

Lectrice exigeante et éclairée (on savourera sa critique d'une édition des "Sermons" du poète-prédicateur anglais), Helene Hanff est surtout une épistolière débordante de drôlerie et d'humour. Particulièrement redoutable, et proprement irrésistible, lorsqu'elle cherche à ébranler la légendaire réserve britannique de Frank.

Mon avis :

Voici une correspondance entre une lectrice et sa librairie au-delà de l'Atlantique. On assiste à un échange d'ouvrages, de passion de lecture, entre amis qui ne se connaissent que par leurs lettres, ils échangent même de la nourriture !

Car c’est l’après-guerre et en Angleterre, on manque de beaucoup de choses, contrairement aux Etats-Unis.

C’est aussi un livre sur les livres... Il se lit très facilement avec beaucoup de plaisir.

Il existe également une adaptation cinématographique de ce livre avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins en 1987

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Extrêmement fort et incroyablement près - SAFRAN FOER Jonathan

Extr_mement_fort_et_incroyablement Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso

Edition de l'Olivier - septembre 2006 – 448 pages

Présentation de l'éditeur

Oskar Schell a neuf ans. Il est : inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu'elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York où il pénétrera les vies d'inconnus et découvrira l'histoire de sa famille. Dans le sillon de ce gamin surdoué, ultra sensible et d'une inventivité presque maladive, se dévoile une ville qui, un an après les attentats des Twin Towers, panse ses plaies et recèle bien des trésors. Tandis qu'en filigrane se dessine le récit de la famille d'Oskar, érigeant l'Histoire en écho à nos tragédies contemporaines.

Auteur :
Né en 1977 à Washington, D.C., Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part en Ukraine pour y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage résulte son premier roman, Tout est illuminé (Editions de l'Olivier, 2003), qui devient un événement littéraire international. Couronné de nombreux prix et encensé par la critique, Tout est illuminé est adapté au cinéma par Liev Schreiber avec Elijah Wood dans le rôle principal. Foer est aussi l'auteur de textes parus dans The Paris Review, The New Yorker ou The New York Times. Il vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils.

Mon avis : 5/5 (lu en 2007)

Incroyablement émouvant. J'ai été bouleversée par l'histoire d'Oskar. C'est difficile de ne pas verser de larmes devant ce jeune garçon ultra-sensible qui refuse d'imaginer la mort de son père et qui part à sa recherche.

Le livre en lui-même est très inventif et original : des photos, des pages blanches, noires, des pages avec un mot, une phrase... Il y a un vrai jeu de piste qui nous promène dans New-York.

Un bon conseil : Pour profiter totalement des surprises du livre, il ne faut pas le feuilleter avant de le lire… il faut découvrir chaque page lors de la lecture !

Un vrai coup de cœur pour moi !

Extrait :

« La première lettre, je l'ai écrite à Stephen Hawking. J'y ai collé un timbre d'Alexander Graham Bell.

Cher Stephen Hawking,
Puis-je s'il vous plaît être votre protégé?
Merci,
Oskar Schell

Je pensais qu'il allait pas répondre, parce que c'est quelqu'un de si extraordinaire et que je suis quelqu'un de si normal. Et puis un jour que je rentrais de l'école, Stan m'a tendu une enveloppe en disant, «Vous avez du courrier!» de la voix AOL que je lui ai apprise. J'ai grimpé à toute vitesse les 105 marches jusqu'à notre appartement, j'ai couru à mon laboratoire, je suis allé dans mon placard, j'ai allumé ma lampe de poche et je l'ai ouverte. La lettre était dactylographiée, évidemment, parce que Stephen Hawking n'a pas l'usage de ses mains, parce qu'il est atteint de sclérose latérale amyotrophique, dont je connais l'existence, malheureusement.

Merci pour votre lettre. Il ne m'est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les conserve dans l'espoir d'être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking

J'ai appelé le portable de maman.
«Oskar?
- T'as décroché avant que ça sonne.
- Tout va bien?
- Il va me falloir une machine à plastifier.
- A plastifier?
- Pour une chose incroyablement formidable que je veux conserver.»

C'était toujours papa qui venait me border, il racontait des histoires magnifiques, on lisait le New York Times ensemble, et des fois il sifflait I Am the Walrus parce ce que c'était sa chanson préférée alors qu'il ne pouvait pas expliquer ce qu'elle voulait dire, à ma grande frustration. Un des plus beaux trucs, c'était qu'il dénichait une faute dans tous les articles qu'on regardait. Des fois, c'étaient des fautes de grammaire, des fois des erreurs sur la géographie ou les faits, et des fois l'article ne disait pas tout ce qu'il y avait à dire. J'adorais avoir un papa plus intelligent que le New York Times et j'adorais, avec ma joue, sentir les poils de sa poitrine à travers son T-shirt, et qu'il ait toujours l'odeur de quand il se rasait, même à la fin de la journée. Avec lui, mon cerveau se tenait tranquille. Je n'avais pas besoin d'inventer quoi que ce soit.

Quand papa était venu me border ce soir-là, la veille du pire jour, je lui avais demandé si le monde était plat, si c'était une plaque sur le dos d'une tortue géante.

«Pardon?
- Non, d'accord, mais pourquoi la Terre reste en place au lieu de tomber à travers l'Univers?
- C'est bien Oskar que je suis venu border? Un extraterrestre aurait-il volé son cerveau pour faire des expériences?
- Nous ne croyons pas aux extraterrestres.
- La Terre tombe bel et bien à travers l'Univers. Tu le sais, bonhomme. Elle tombe sans cesse en direction du Soleil. C'est ce qu'on appelle une orbite.»

Alors j'ai dit:
«Evidemment, mais pourquoi la gravité existe-t-elle?
- Comment ça, pourquoi existe-t-elle?
- Pour quelle raison?
- Qui a dit qu'il devait y avoir une raison?
- Personne, en fait.
- C'était une question de pure forme.
- Qu'est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que je ne la posais pas pour obtenir une réponse mais pour faire une démonstration.
- Quelle démonstration?
- Qu'il n'y a pas besoin de raison.
- Mais s'il n'y a pas de raison, pourquoi l'Univers existe-t-il, tout simplement?
- Parce que les conditions étaient réunies.
- Alors pourquoi je suis ton fils?
- Parce que maman et moi avons fait l'amour et qu'un de mes spermatozoïdes a fécondé un de ses ovules.
- Excuse-moi, je vais vomir.
- Ne fais pas semblant d'avoir ton âge.
- Bon, ce que j'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi nous existons. Pas comment, mais pourquoi?»

Et j'avais regardé les lucioles de sa pensée en orbite autour de sa tête. Il avait dit:
«Nous existons parce que nous existons.
- Hein quoi qu'est-ce?
- Nous pouvons imaginer toutes sortes d'univers différents du nôtre, mais c'est le nôtre qui s'est produit.»

J'avais compris ce qu'il voulait dire et je n'étais pas en désaccord avec lui mais je n'étais pas d'accord non plus. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'adorerait pas qu'il y ait des raisons pour que les choses existent, voilà tout.

J'avais allumé ma radio à ondes courtes et, avec l'aide de papa, j'avais pu capter quelqu'un qui parlait grec, ce qui était sympa. On comprenait pas ce qu'il disait mais on était restés comme ça, sur mon lit, à regarder les constellations qui brillent dans le noir au plafond de ma chambre en écoutant un moment . «Ton grand-père parlait grec, il a dit.
- Tu veux dire qu'il parle grec.
- C'est juste. Seulement il ne le parle pas ici.
- C'est peut-être lui qu'on est en train d'écouter.»

La première page du New York Times était étalée sur nous comme une couverture. Il y avait la photo d'un joueur de tennis couché sur le dos, ça devait être le vainqueur, mais je voyais pas vraiment s'il était content ou triste.

«Papa?
- Oui?
- Tu me racontes une histoire?
- Bien sûr.
- Une belle?
- Pas comme toutes les histoires barbantes que je raconte.
- C'est ça.»

Je m'étais niché incroyablement près de lui, tout contre, si près que j'avais le nez sous son bras, au creux.
«Et tu ne m'interrompras pas?
- J'essaierai.
- Parce que c'est difficile de raconter une histoire quand on est tout le temps interrompu.
- Et c'est très ennuyeux.
- Et c'est très ennuyeux.»

Juste avant qu'il commence, c'était le moment que je préférais.
«Il était une fois où New York possédait un sixième district.
- C'est quoi, un district?
- C'est ce que j'appelle une interruption.
- Je sais, mais l'histoire ne rimera à rien pour moi si je ne sais pas ce que c'est qu'un district.
- C'est comme un quartier. Ou plutôt un ensemble de quartiers.
- Alors, s'il y en avait un sixième autrefois, c'est quoi, les cinq districts?
- Manhattan, évidemment, Brooklyn, Queens, Staten Island et le Bronx.
- Je suis déjà allé dans un des autres districts?
- Et c'est reparti!
- C'est pour savoir.
- On est allés au zoo du Bronx, une fois, il y a quelques années. Tu te rappelles?
- Non.
- Et nous sommes allés à Brooklyn, voir les roses au Jardin botanique.
- J'ai été à Queens?
- Je ne crois pas.
- Et à Staten Island?
- Non.
- Il y avait vraiment un sixième district?
- C'est ce que j'essaie de te raconter.
- Je t'interromps plus. Promis.»

Après l'histoire, on avait rallumé la radio et capté quelqu'un qui parlait français. Ça, c'était particulièrement sympa, parce que ça m'avait rappelé les vacances, dont on venait juste de rentrer et dont je voudrais tellement qu'elles n'aient jamais fini. Au bout d'un moment, papa m'avait demandé si j'étais réveillé. J'avais répondu que non, parce que je savais qu'il n'aimait pas partir avant que je me sois endormi et que je ne voulais pas qu'il soit fatigué pour aller travailler le lendemain matin. Il m'avait embrassé sur le front en disant bonne nuit. Et puis il était déjà près de la porte.

«Papa?
- Oui, mon bonhomme?
- Rien.»

La fois suivante où j'ai entendu sa voix, c'était en rentrant de l'école, le lendemain. On nous avait renvoyés chez nous à cause de ce qui s'était passé. J'avais aucune raison de paniquer parce que papa et maman travaillaient tous les deux au centre de Manhattan et que grand-mère travaillait pas, évidemment, et donc tous ceux que j'aimais risquaient rien.

Je sais qu'il était 10 h 18 quand je suis rentré parce que je regarde beaucoup ma montre. L'appartement était vide et il y avait pas un bruit. En allant à la cuisine, j'avais inventé un levier qui pourrait être sur la porte d'entrée et déclencherait une énorme roue dentée dans le salon pour actionner un engrenage métallique suspendu au plafond de façon à jouer de la belle musique, Fixing a Hole ou I Want to Tell You, et comme ça l'appartement serait une énorme boîte à musique.

Après avoir câliné Buckminster quelques secondes pour lui montrer que je l'aimais, j'étais allé voir s'il y avait des messages. J'avais pas encore de portable et, en partant de l'école, Dentifrice m'avait dit qu'il appellerait pour me dire si j'irais le voir essayer de faire des acrobaties sur sa planche à roulettes dans le parc ou si nous irions regarder des numéros de Playboy au drugstore qui a des rayons dans lesquels personne ne peut voir ce qu'on regarde. J'en avais pas très envie, mais n'empêche.

Message un. Mardi, 8 h 52. Il y a quelqu'un? Allô? C'est papa. Si vous êtes là, décrochez. Je viens d'essayer au bureau mais personne n'a répondu. Ecoutez, il est arrivé quelque chose. Je vais bien. On nous dit de rester où on est et d'attendre les pompiers. Je suis sûr que ce n'est rien. Je vous rappelle dès que j'en saurai un peu plus sur ce qui se passe. Je voulais simplement vous dire que je vais bien et de ne pas vous inquiéter. Je rappelle bientôt. »

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30 novembre 2008

Lignes de faille - Nancy Huston

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Actes Sud – août 2006 – 487 pages

Actes Sud – novembre 2007 – 488 pages

Prix Femina 2006

Mot de l 'éditeur : Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Porté par la parole d’enfants victimes d’événements qui les dépassent et de choix qui leur échappent – qui les marqueront pourtant toute leur vie –, ce roman se construit à rebours, de fils en père et de fille en mère, comme on suit en remontant le fil de sa mémoire. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.

Auteur : Née à Calgary (Canada), Nancy Huston vit à Paris. Elle a publié de nombreux romans et essais, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996, prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter) et L’Empreinte de l’ange (1998, grand prix des lectrices de Elle).

Mon avis : (lu en décembre 2006)

Un roman en quatre parties, quatre voix d'enfants : Sol en 2004 aux Etats-Unis, son père Randall en 1982 en Israël, sa grand-mère Sadie en 1962 au Canada, et son arrière-grand-mère Kristina en 1944 en Allemagne. Chacun ou chacune raconte sa vie, ses angoisses, son monde, sa famille du haut de ses 6 ans et petit à petit se dévoile un secret de famille.

L'originalité réside dans le fait de raconter cette histoire de famille avec le regard d'un enfant de 6 ans. Et... on s'attache à ces enfants et on est impatient de continuer l'histoire.

Extrait :  « Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête...»

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