29 décembre 2008

La réserve – Russell Banks

la_r_serve Actes Sud - février 2008 – 379 pages

Présentation de l'éditeur
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.

Biographie de l'auteur
Russell Banks est un écrivain américain né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts. Il a passé son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Son dernier roman. American Darling (2005) a connu un immense succès.

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. J'ai bien aimé les descriptions grandioses des paysages. J'ai trouvé le livre un peu long à lire cependant.

Extrait :

« Le lendemain, après une matinée de travail bien remplie dans son atelier, Jordan Groves décida, autour de midi, de se rendre en voiture au village pour aller chercher le courrier et les journaux ; peut-être déjeunerait-il au Moose Head, à Sam Dent. Il n'était pas d'humeur particulièrement sociable, il avait juste envie d'un peu de solitude en public, d'un pain de viande et d'une bouteille de bière froide. Il n'aurait pas le loisir de traîner : Alicia était occupée au jardinage et, si le ciel se dégageait, elle projetait d'emmener les garçons nager aux chutes. Elle aurait donc besoin de la voiture. Il envisagea un instant de prendre le camion, ce qui lui donnerait la liberté de choisir l'heure de son retour, puis il y renonça. » (p.101)

« Pendant la nuit, le vent noircit, et comme il venait du nord il chassa la fumée vers le sud, dans la Réserve. Il l'éloigna du village de Turnbridge et du club Tamarack, la poussa dans les profondeurs des vallées boisées, lui fit remonter les flancs abrupts du massif méridional du Great Range dont elle franchit les sommets avant d'atteindre les terres agricoles vallonnées et les villages où elle finit par se dissiper en brume qui s'éleva dans le ciel obscur sans avoir été repérée par aucun être humain à l'intérieur ou à l'extérieur de la Réserve, devenant ainsi une réalité connue des seuls animaux, mammifères ou oiseaux de la Réserve - les cerfs, les ours, les coyotes, les lynx et les pékans, les renards, les visons, les hirondelles, les faucons, les aigles ou les corbeaux sur les cimes rocheuses, et, sur les lacs et dans les torrents froids qui s'y déversaient, les castors et les plongeons, les oies du Canada encore là. »(p. 355)

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26 décembre 2008

INTO THE WILD voyage au bout de la solitude - KRAKAUER Jon

into_the_wild Presses de la Cité - novembre 2007 – 248 pages

Présentation de l'éditeur
Il avait renoncé au rêve américain. Pour vivre une aventure extrême. En 1992, le cadavre d'un jeune homme est découvert dans un bus abandonné en Alaska, au pied du mont Mckinley, loin de tout lieu habité. Fils de bonne famille, Chris McCandless aurait dû en toute logique devenir un américain bien tranquille à l'avenir sans surprise. Mais, dès l'obtention de son diplôme universitaire, il décide de partir à l'aventure. Après avoir fait don de ses économies à une œuvre humanitaire, il entame son périple sous un nom d'emprunt avec sa vieille voiture, qu'il abandonnera un peu plus tard. Il sillonne le sud des Etats-Unis, subsistant grâce à de menus travaux, avant de réaliser son grand projet: s'installer au cœur de l'Alaska, seul, en communion avec la nature. Mais on ne s'improvise pas trappeur, ni homme des bois... Ce parcours dramatique d'un jeune homme qui a voulu vivre jusqu'au bout son impossible idéal est retracé par Jon Krakauer, l'auteur du best-seller tragédie à l'Everest. Livre-culte dans le monde entier, Into the Wild a d'emblée fasciné Sean Penn, qui en a réalisé une adaptation cinématographique applaudie par la critique américaine.

Mon avis : (lu en septembre 2008)

Ce livre est un voyage pendant lequel on navigue entre l'admiration, le rêve, mais aussi l'incompréhension voire la colère. Ce livre a été conçu par l'auteur comme une sorte de reportage, le style d'écriture très journalistique. Krakauer a tenté de retracer le parcours de Chris, à travers les cartes postales qu'il a écrites, les boulots qu'il a fait et les traces qu'il a laissé en cours de route. Le récit est rempli d'extraits de livres retrouvés dans les affaires de Chris dont des passages ont été soulignés par ses soins, d'extraits de ses écrits et de journaux.
Une partie du livre m'a semblé un peu longue et moins intéressante : c'est celle où il est question d'autres voyageurs, dont l'auteur. Les dernières pages qui concernent sa mort sont troublantes et émouvantes.

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84, Charing Cross Road - HANFF Helene

84_charing_cross_road Traduit par Marie-Anne de Kisch

Autrement – janvier 2008 – 116 pages

Résumé : Lorsqu’Helene Hanff (1916-1996) adresse, le 5 octobre 1949, sa première lettre à la librairie londonienne Marks and Co, elle ne sait pas encore qu'elle vient d'inaugurer une correspondance qui durera vingt ans ...

Helene Hanff est loin d'être une cliente ordinaire comme vont le découvrir les employés de Marks and Co. Et parmi eux, Frank Doel, interlocuteur privilégié de cette lectrice aux goûts prononcés pour les essais, les Mémoires ou encore la poésie - elle préfère John Donne aux "vapeurs" d'un William Blake.

Lectrice exigeante et éclairée (on savourera sa critique d'une édition des "Sermons" du poète-prédicateur anglais), Helene Hanff est surtout une épistolière débordante de drôlerie et d'humour. Particulièrement redoutable, et proprement irrésistible, lorsqu'elle cherche à ébranler la légendaire réserve britannique de Frank.

Mon avis :

Voici une correspondance entre une lectrice et sa librairie au-delà de l'Atlantique. On assiste à un échange d'ouvrages, de passion de lecture, entre amis qui ne se connaissent que par leurs lettres, ils échangent même de la nourriture !

Car c’est l’après-guerre et en Angleterre, on manque de beaucoup de choses, contrairement aux Etats-Unis.

C’est aussi un livre sur les livres... Il se lit très facilement avec beaucoup de plaisir.

Il existe également une adaptation cinématographique de ce livre avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins en 1987

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Extrêmement fort et incroyablement près - SAFRAN FOER Jonathan

Extr_mement_fort_et_incroyablement Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso

Edition de l'Olivier - septembre 2006 – 448 pages

Présentation de l'éditeur

Oskar Schell a neuf ans. Il est : inventeur, entomologiste amateur, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome amateur, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu'elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York où il pénétrera les vies d'inconnus et découvrira l'histoire de sa famille. Dans le sillon de ce gamin surdoué, ultra sensible et d'une inventivité presque maladive, se dévoile une ville qui, un an après les attentats des Twin Towers, panse ses plaies et recèle bien des trésors. Tandis qu'en filigrane se dessine le récit de la famille d'Oskar, érigeant l'Histoire en écho à nos tragédies contemporaines.

Auteur :
Né en 1977 à Washington, D.C., Jonathan Safran Foer fait des études de lettres à Princeton. En 1999, il part en Ukraine pour y retracer la vie de son grand-père. De ce voyage résulte son premier roman, Tout est illuminé (Editions de l'Olivier, 2003), qui devient un événement littéraire international. Couronné de nombreux prix et encensé par la critique, Tout est illuminé est adapté au cinéma par Liev Schreiber avec Elijah Wood dans le rôle principal. Foer est aussi l'auteur de textes parus dans The Paris Review, The New Yorker ou The New York Times. Il vit à Brooklyn avec sa femme et leur fils.

Mon avis : 5/5 (lu en 2007)

Incroyablement émouvant. J'ai été bouleversée par l'histoire d'Oskar. C'est difficile de ne pas verser de larmes devant ce jeune garçon ultra-sensible qui refuse d'imaginer la mort de son père et qui part à sa recherche.

Le livre en lui-même est très inventif et original : des photos, des pages blanches, noires, des pages avec un mot, une phrase... Il y a un vrai jeu de piste qui nous promène dans New-York.

Un bon conseil : Pour profiter totalement des surprises du livre, il ne faut pas le feuilleter avant de le lire… il faut découvrir chaque page lors de la lecture !

Un vrai coup de cœur pour moi !

Extrait :

« La première lettre, je l'ai écrite à Stephen Hawking. J'y ai collé un timbre d'Alexander Graham Bell.

Cher Stephen Hawking,
Puis-je s'il vous plaît être votre protégé?
Merci,
Oskar Schell

Je pensais qu'il allait pas répondre, parce que c'est quelqu'un de si extraordinaire et que je suis quelqu'un de si normal. Et puis un jour que je rentrais de l'école, Stan m'a tendu une enveloppe en disant, «Vous avez du courrier!» de la voix AOL que je lui ai apprise. J'ai grimpé à toute vitesse les 105 marches jusqu'à notre appartement, j'ai couru à mon laboratoire, je suis allé dans mon placard, j'ai allumé ma lampe de poche et je l'ai ouverte. La lettre était dactylographiée, évidemment, parce que Stephen Hawking n'a pas l'usage de ses mains, parce qu'il est atteint de sclérose latérale amyotrophique, dont je connais l'existence, malheureusement.

Merci pour votre lettre. Il ne m'est pas possible de répondre personnellement au très abondant courrier que je reçois. Sachez cependant que je lis toutes les lettres et les conserve dans l'espoir d'être un jour en mesure de répondre à chacune comme elle le mérite. Dans cette attente,
Bien à vous,
Stephen Hawking

J'ai appelé le portable de maman.
«Oskar?
- T'as décroché avant que ça sonne.
- Tout va bien?
- Il va me falloir une machine à plastifier.
- A plastifier?
- Pour une chose incroyablement formidable que je veux conserver.»

C'était toujours papa qui venait me border, il racontait des histoires magnifiques, on lisait le New York Times ensemble, et des fois il sifflait I Am the Walrus parce ce que c'était sa chanson préférée alors qu'il ne pouvait pas expliquer ce qu'elle voulait dire, à ma grande frustration. Un des plus beaux trucs, c'était qu'il dénichait une faute dans tous les articles qu'on regardait. Des fois, c'étaient des fautes de grammaire, des fois des erreurs sur la géographie ou les faits, et des fois l'article ne disait pas tout ce qu'il y avait à dire. J'adorais avoir un papa plus intelligent que le New York Times et j'adorais, avec ma joue, sentir les poils de sa poitrine à travers son T-shirt, et qu'il ait toujours l'odeur de quand il se rasait, même à la fin de la journée. Avec lui, mon cerveau se tenait tranquille. Je n'avais pas besoin d'inventer quoi que ce soit.

Quand papa était venu me border ce soir-là, la veille du pire jour, je lui avais demandé si le monde était plat, si c'était une plaque sur le dos d'une tortue géante.

«Pardon?
- Non, d'accord, mais pourquoi la Terre reste en place au lieu de tomber à travers l'Univers?
- C'est bien Oskar que je suis venu border? Un extraterrestre aurait-il volé son cerveau pour faire des expériences?
- Nous ne croyons pas aux extraterrestres.
- La Terre tombe bel et bien à travers l'Univers. Tu le sais, bonhomme. Elle tombe sans cesse en direction du Soleil. C'est ce qu'on appelle une orbite.»

Alors j'ai dit:
«Evidemment, mais pourquoi la gravité existe-t-elle?
- Comment ça, pourquoi existe-t-elle?
- Pour quelle raison?
- Qui a dit qu'il devait y avoir une raison?
- Personne, en fait.
- C'était une question de pure forme.
- Qu'est-ce que ça veut dire?
- Ça veut dire que je ne la posais pas pour obtenir une réponse mais pour faire une démonstration.
- Quelle démonstration?
- Qu'il n'y a pas besoin de raison.
- Mais s'il n'y a pas de raison, pourquoi l'Univers existe-t-il, tout simplement?
- Parce que les conditions étaient réunies.
- Alors pourquoi je suis ton fils?
- Parce que maman et moi avons fait l'amour et qu'un de mes spermatozoïdes a fécondé un de ses ovules.
- Excuse-moi, je vais vomir.
- Ne fais pas semblant d'avoir ton âge.
- Bon, ce que j'arrive pas à comprendre, c'est pourquoi nous existons. Pas comment, mais pourquoi?»

Et j'avais regardé les lucioles de sa pensée en orbite autour de sa tête. Il avait dit:
«Nous existons parce que nous existons.
- Hein quoi qu'est-ce?
- Nous pouvons imaginer toutes sortes d'univers différents du nôtre, mais c'est le nôtre qui s'est produit.»

J'avais compris ce qu'il voulait dire et je n'étais pas en désaccord avec lui mais je n'étais pas d'accord non plus. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'adorerait pas qu'il y ait des raisons pour que les choses existent, voilà tout.

J'avais allumé ma radio à ondes courtes et, avec l'aide de papa, j'avais pu capter quelqu'un qui parlait grec, ce qui était sympa. On comprenait pas ce qu'il disait mais on était restés comme ça, sur mon lit, à regarder les constellations qui brillent dans le noir au plafond de ma chambre en écoutant un moment . «Ton grand-père parlait grec, il a dit.
- Tu veux dire qu'il parle grec.
- C'est juste. Seulement il ne le parle pas ici.
- C'est peut-être lui qu'on est en train d'écouter.»

La première page du New York Times était étalée sur nous comme une couverture. Il y avait la photo d'un joueur de tennis couché sur le dos, ça devait être le vainqueur, mais je voyais pas vraiment s'il était content ou triste.

«Papa?
- Oui?
- Tu me racontes une histoire?
- Bien sûr.
- Une belle?
- Pas comme toutes les histoires barbantes que je raconte.
- C'est ça.»

Je m'étais niché incroyablement près de lui, tout contre, si près que j'avais le nez sous son bras, au creux.
«Et tu ne m'interrompras pas?
- J'essaierai.
- Parce que c'est difficile de raconter une histoire quand on est tout le temps interrompu.
- Et c'est très ennuyeux.
- Et c'est très ennuyeux.»

Juste avant qu'il commence, c'était le moment que je préférais.
«Il était une fois où New York possédait un sixième district.
- C'est quoi, un district?
- C'est ce que j'appelle une interruption.
- Je sais, mais l'histoire ne rimera à rien pour moi si je ne sais pas ce que c'est qu'un district.
- C'est comme un quartier. Ou plutôt un ensemble de quartiers.
- Alors, s'il y en avait un sixième autrefois, c'est quoi, les cinq districts?
- Manhattan, évidemment, Brooklyn, Queens, Staten Island et le Bronx.
- Je suis déjà allé dans un des autres districts?
- Et c'est reparti!
- C'est pour savoir.
- On est allés au zoo du Bronx, une fois, il y a quelques années. Tu te rappelles?
- Non.
- Et nous sommes allés à Brooklyn, voir les roses au Jardin botanique.
- J'ai été à Queens?
- Je ne crois pas.
- Et à Staten Island?
- Non.
- Il y avait vraiment un sixième district?
- C'est ce que j'essaie de te raconter.
- Je t'interromps plus. Promis.»

Après l'histoire, on avait rallumé la radio et capté quelqu'un qui parlait français. Ça, c'était particulièrement sympa, parce que ça m'avait rappelé les vacances, dont on venait juste de rentrer et dont je voudrais tellement qu'elles n'aient jamais fini. Au bout d'un moment, papa m'avait demandé si j'étais réveillé. J'avais répondu que non, parce que je savais qu'il n'aimait pas partir avant que je me sois endormi et que je ne voulais pas qu'il soit fatigué pour aller travailler le lendemain matin. Il m'avait embrassé sur le front en disant bonne nuit. Et puis il était déjà près de la porte.

«Papa?
- Oui, mon bonhomme?
- Rien.»

La fois suivante où j'ai entendu sa voix, c'était en rentrant de l'école, le lendemain. On nous avait renvoyés chez nous à cause de ce qui s'était passé. J'avais aucune raison de paniquer parce que papa et maman travaillaient tous les deux au centre de Manhattan et que grand-mère travaillait pas, évidemment, et donc tous ceux que j'aimais risquaient rien.

Je sais qu'il était 10 h 18 quand je suis rentré parce que je regarde beaucoup ma montre. L'appartement était vide et il y avait pas un bruit. En allant à la cuisine, j'avais inventé un levier qui pourrait être sur la porte d'entrée et déclencherait une énorme roue dentée dans le salon pour actionner un engrenage métallique suspendu au plafond de façon à jouer de la belle musique, Fixing a Hole ou I Want to Tell You, et comme ça l'appartement serait une énorme boîte à musique.

Après avoir câliné Buckminster quelques secondes pour lui montrer que je l'aimais, j'étais allé voir s'il y avait des messages. J'avais pas encore de portable et, en partant de l'école, Dentifrice m'avait dit qu'il appellerait pour me dire si j'irais le voir essayer de faire des acrobaties sur sa planche à roulettes dans le parc ou si nous irions regarder des numéros de Playboy au drugstore qui a des rayons dans lesquels personne ne peut voir ce qu'on regarde. J'en avais pas très envie, mais n'empêche.

Message un. Mardi, 8 h 52. Il y a quelqu'un? Allô? C'est papa. Si vous êtes là, décrochez. Je viens d'essayer au bureau mais personne n'a répondu. Ecoutez, il est arrivé quelque chose. Je vais bien. On nous dit de rester où on est et d'attendre les pompiers. Je suis sûr que ce n'est rien. Je vous rappelle dès que j'en saurai un peu plus sur ce qui se passe. Je voulais simplement vous dire que je vais bien et de ne pas vous inquiéter. Je rappelle bientôt. »

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30 novembre 2008

Lignes de faille - Nancy Huston

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Actes Sud – août 2006 – 487 pages

Actes Sud – novembre 2007 – 488 pages

Prix Femina 2006

Mot de l 'éditeur : Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Porté par la parole d’enfants victimes d’événements qui les dépassent et de choix qui leur échappent – qui les marqueront pourtant toute leur vie –, ce roman se construit à rebours, de fils en père et de fille en mère, comme on suit en remontant le fil de sa mémoire. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.

Auteur : Née à Calgary (Canada), Nancy Huston vit à Paris. Elle a publié de nombreux romans et essais, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996, prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter) et L’Empreinte de l’ange (1998, grand prix des lectrices de Elle).

Mon avis : (lu en décembre 2006)

Un roman en quatre parties, quatre voix d'enfants : Sol en 2004 aux Etats-Unis, son père Randall en 1982 en Israël, sa grand-mère Sadie en 1962 au Canada, et son arrière-grand-mère Kristina en 1944 en Allemagne. Chacun ou chacune raconte sa vie, ses angoisses, son monde, sa famille du haut de ses 6 ans et petit à petit se dévoile un secret de famille.

L'originalité réside dans le fait de raconter cette histoire de famille avec le regard d'un enfant de 6 ans. Et... on s'attache à ces enfants et on est impatient de continuer l'histoire.

Extrait :  « Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête...»

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22 novembre 2008

Les accommodements raisonnables – Jean-Paul Dubois

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Editions de l'Olivier - août 2008 - 260 pages Pas de 4ème de couverture…

Points – septembre 2009 – 275 pages

Présentation de l’éditeur :
Jean-Paul Dubois retrouve le souffle romanesque d’ Une Vie française dans ce livre qui devrait enthousiasmer ses fans. Aucun des « fondamentaux » ne manque à l’appel : Toulouse, un anti-héros (Paul Stern) et son épouse (Anna), un père encombrant, l’actuel président de la République, l’Amérique, les bateaux, les petits-enfants, etc. Cette fois, Jean-Paul Dubois nous conduit à Hollywood. Paul doit y réécrire le scénario d’un film dont il est l’auteur, pour le compte d’un producteur qui prétend en tirer un remake. En réalité, Paul est parti pour oublier la maladie de sa femme, en dépression profonde, le remariage scandaleux de son père et, de manière plus générale, son échec personnel. Embauché par la Paramount, il découvre un autre univers où le sexe, l’argent, la drogue, la célébrité, mais aussi le désespoir occupent une place centrale. Et puis, il rencontre Selma Chantz, employée comme lui par la Paramount. Et sa vie bascule. Car Selma est le double parfait d’Anna, avec trente ans de moins…Une femme fascinante et dangereuse. Après un détour par le comique ( Monsieur Tanner) et l’inquiétante étrangeté ( Hommes entre eux ), Jean-Paul Dubois a écrit le grand roman que nous attendions. Tragique et drôle, jetant sur son époque un regard lucide, ce livre de la maturité garde néanmoins le charme des héros de Jean-Paul Dubois, éternels adolescents écartelés entre leur amour de la vie et leur sens aigu de la culpabilité.

L'Auteur :
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, puis grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur, il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l'Olivier : L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Écrivain, Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans, Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi, etc. Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996) et le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une Vie française. 

Mon avis : (lu en octobre 2008)

Le titre est un peu mystérieux : Les accommodements raisonnables

L'accommodement raisonnable est une notion juridique canadienne issue de la jurisprudence associée au monde du travail. Elle désigne l'assouplissement d'une norme afin de contrer la discrimination que peut créer cette norme et que subit une personne, dans le but de respecter le droit à l'égalité du citoyen (source Wikipédia)

Le livre se lit facilement. Les personnages sont bien décrits mais le sujet est assez déprimant : les échecs, les renoncements, la dépression, la fuite…

Il y a cependant de l’humour : Cela commence par la cérémonie de crémation de l’oncle, le tapis roulant qui emmène le cercueil tombe en panne…

A chaque fois qu’il prend des nouvelles auprès de son père sur ce qu’il se passe chez lui, ce dernier lui donne des nouvelles de la campagne des élections présidentielles de 2007…

La partie aux Etats-Unis m’a paru un peu longue.

Je ne peux pas dire que j’ai aimé ce livre… mais n’ayant pas lu une vie française, je me suis empressée de le lire et cela m’a beaucoup plu.

Extrait : "Mon père avait basculé le premier, Anna ensuite, et moi enfin. Nous étions partis chacun dans des directions lointaines ou opposées, aveuglés par diverses formes de nos vies. L'origine de cette étrange épidémie rôdait quelque part en nous-mêmes. Les accommodements raisonnables que nous avions tacitement conclus nous mettaient pour un temps à l'abri d'un nouveau séisme, mais le mal était toujours là, tapi en chacun de nous, derrière chaque porte, prêt à resurgir."

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