15 mars 2011

Nuits Blanches à Manhattan - Robyn Sisman

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Belfond – mai 2005 – 348 pages

France Loisirs - 2000 – 457 pages

Pocket – mai 2005 – 466 pages

traduit de l'américain par Christiane Ellis et David Ellis

Présentation de l'éditeur :
L'impétueuse Suzy Wilding, trente-deux ans, graphiste dans une importante agence de pub londonienne, et le fringant Lloyd Rockwell, trente-cinq ans, publicitaire à NewYork, ignorent tout l'un de l'autre... jusqu'au jour où leurs sociétés jumelles leur offrent d'échanger bureau et appartement pendant un mois.
Très enthousiastes, ils acceptent tous deux l'excitante proposition, mais rapidement, de part et d'autre de l'océan, il faut déchanter... À New York, l'accueil fait à Suzy est des plus froids et l'explosive assistante qu'elle découvre sur place dévoile une dentition de requin ; à Londres, Lloyd tombe des nues : accusé de haute trahison par sa direction, ses jours dans l'entreprise seraient comptés. Qui a bien pu ourdir une telle machination ? Suzy la débrouillarde prend l'enquête en main. Les liaisons téléphoniques transatlantiques grésillent bientôt de croustillantes révélations... "

Auteur : Née aux États-Unis, Robyn Sisman vit aujourd'hui en Angleterre, près de Bath, avec son mari et leurs deux filles. Elle a travaillé dans l'édition avant de se consacrer à l'écriture. Ses succès sont Nuits blanches à Manhattan (1999) et Cul et chemise (2001).

Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'étais persuadée avoir vu le film qui était tiré du livre. Or après recherches je n'ai pas retrouvé le nom du film issu de ce livre. Je l'ai peut-être rêvé...

Ce livre est classé dans le genre Chick-Lit (désigne un roman écrit par les femmes, pour le marché féminin), genre que je lis assez rarement.
L'agence de pub Schneider Fox a des agences des deux côtés de l'Atlantique : une à New York et une à Londres. Tous les ans, il y a un programme d'échange de bureau et d'appartement entre collègues pendant un mois. Cette année, Lloyd Rockwell, rédacteur en publicité prometteur de l'agence New Yorkaise, doit faire l'échange avec Julian Joyaux. Mais celui-ci quitte l'agence pour un concurrent et l'échange risque de ne pas se faire. Mais Suzy Wilding, graphiste londonienne accepte de prendre sa place au dernier moment.
Les deux personnages principaux sont très différents et très attachants, Suzy a 32 ans, elle est une célibataire endurcie, plutôt excentrique et venant d'Angleterre. Lloyd Rockwel a 35 ans, il vit avec sa petite amie dans un appartement ordonné, il a une vie rangée et programmée, il vient des États-Unis.
Chacun va découvrir un peu de l'autre en vivant dans l'appartement de l'autre. Pour tous les deux, c'est comme un rêve d'aller vivre un mois à New-York ou à Londres. Mais alors qu'il est déjà à Londres, Rockwell est accusé de trahison et il est renvoyé sur le champ. A distance, Suzy va faire son enquêter et aider Lloyd à se défendre.
L'intrigue est sans surprise surtout si on a lu la quatrième de couverture jusqu'au bout... Mais j'ai trouvé cette lecture plutôt amusante et détendante. Je me suis même plusieurs fois surprise à éclater de rire. (heureusement, je lisais chez moi et pas dans le train...)

Extrait : (page 61)
C'était une petite maison de brique jaune sale, enserrée dans un alignement de constructions identiques, de la fin de l'époque victorienne d'après Lloyd. Devant la maison, derrière une clôture en fer forgé, un jardin étriqué avait été abandonné aux mauvaises herbes. Sur le toit d'ardoise, un fouillis de cheminées et d'antennes de télévision se profilait dans la lueur d'un crépuscule aux couleurs menaçantes.
- Très pittoresque, commenta Lloyd en adressant un sourire d'encouragement à Betsy.
Devant la porte d'entrée, un amoncellement de sacs-poubelle noirs attendait le jour de ramassage des ordures ménagères.
- Du pur Dickens !
- Je ne t'aurais pas donné les clés, par hasard ?
Betsy secoua la tête. Une pluie fine se mit à tomber.
- Je voulais juste m'en assurer, fit Lloyd avant de fouiller, une à une, toutes les poches de son sac de voyage.
La voiture qui les avait accueillis à l'aéroport leur avait aussi apporté les clés dans une enveloppe cachetée. Lloyd savait qu'il les avait mises en lieu sûr, mais quel lieu sûr ? Il commença à vider le contenu de son sac sur le pilier qui soutenait un portail déglingué, déballant portefeuille et cartes de crédit sous le regard d'acier de Betsy.
- Et dans ton imperméable ?
- Tu sais bien que je ne mets jamais rien dans mes poches.
En fait, c'était Betsy qui lui avait apprit que cela cassait la ligne des vêtements, et Lloyd essayait de se corriger de cette habitude.
Mais elle avait vu juste, comme toujours. Lloyd empoigna les valises et gravit les quelques marches du perron. La porte d'entrée donnait sur un petit hall avec deux autres portes. Celle de gauche était la leur et permettait d'accéder à un escalier assez raide conduisant au premier étage.
- Oh ! Seigneur ! s'écria Betsy avec un mouvement de recul devant la couleur criarde de l'escalier.
Au sommet, après un palier étroit, se trouvait la cuisine, une pièce exiguë et encombrée, peinte en jaune jonquille ; un sycomore pressait son feuillage contre la haute fenêtre. Quelques marches supplémentaires menaient à un couloir avec trois autres portes. Betsy ouvrit la première avec précaution. La pièce était sombre, les volets empêchant la lumière du jour d'y pénétrer. Lloyd ne put distinguer qu'un grand lit de cuivre qui semblait occuper tout l'espace. Son enthousiasme tomba. Il entendait déjà Betsy pestant contre l'absence de rangements.   

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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10 mars 2011

Des éclairs – Jean Echenoz

des__clairs Les Éditions de Minuit – septembre 2010 – 174 pages

Quatrième de couverture :
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.

Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s'achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.

Auteur : Né à Orange le 26 décembre 1947, grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopec dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Après Ravel et Courir, Jean Echenoz réalise une biographie romancée de Gregor. Ce personnage est largement inspiré de Nikola Tesla (1856-1943), inventeur américain d'origine croate.
Gregor est moitié génie, moitié savant fou, c'est un visionnaire, il va faire de nombreuses découvertes autour de l'électricité : il défend le courant alternatif, il est précurseur et découvre le principe du radar, mais aussi « La radio. Les rayons X. L'air liquide. La télécommande. Les robots. Le microscope électronique. L'accélérateur de particules. L'Internet.» Ces contemporains ne mesurent pas la portée de ces inventions et elles resteront longtemps oubliées. Gregor n'y connait rien aux affaires, il se fait déposséder de ses plus grandes découvertes par d'autres comme Edison et Marconi.
Gregor vit à l'hôtel, il a la phobie des microbes, il aime la compagnie des pigeons et les multiples de 3. Ses seuls vrais amis sont le couple Axelrod, dont il va aimer en secret Ethel.

Gregor est un homme seul, il a un caractère « ombrageux, méprisant, susceptible, cassant ». Et il finira dans la misère.
Le personnage de Gregor est à la fois attachant et improbable, Echenoz est très agréable à lire et il réussit le tour de force de raconter en moins de 200 pages, les 87 ans de la vie d'un homme exceptionnellement intelligent et visionnaire.

J'ai bien aimé ce livre mais pas autant que Courir qui racontait la vie du coureur Emil Zátopek.

Extrait : (début du livre)
Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c’est possible. On aime mieux être au courant de l’instant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l’air, la lumière, la perspective, les nuits et déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d’avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d’une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l’importance : telle que la plupart d’entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche plus souvent que le droit.

Or ce moment exact, Gregor ne le connaîtra jamais, qui est né entre vingt-trois heures et une heure du matin. Minuit pile ou peu avant, peu après, on ne sera pas en mesure de le lui dire. De sorte qu’il ignorera toute sa vie quel jour, veille ou lendemain, il aura droit de fêter son anniversaire. De cette question du temps pourtant si partagée, il fera donc une première affaire personnelle. Mais, si l’on pourra l’informer de l’heure précise à laquelle il est apparu, c’est que cet évènement se produit dans des conditions désordonnées.    

Livre 37/42 pour le Challenge du 6% littéraire1pourcent2010


Déjà lu du même auteur : courir Courir ravel_ Ravel

 

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08 mars 2011

Le jardin du diable – Ace Atkins

Lu en partenariat avec Blog-O-Book et les Éditions du Masque

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traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Quatrième de couverture :
1921, San Francisco. Samuel (plus tard Dashiell, quand il commencera à écrire) Hammett, enquêteur pour Pinkerton, est chargé d’interroger les témoins de ce qui va être le grand procès du monde du cinéma : Roscoe Arbuckle, dit Fatty, célèbre star du comique muet, est accusé d’avoir, lors d’une orgie dans son hôtel, « écrasé » une jeune actrice, Virginia Rappe, provoquant sa mort. L’affaire est un coup monté, dont le livre nous développe les étapes en alternance avec le cheminement de Hammett, marié à une infirmière, tuberculeux, adorant son métier, fumant et buvant beaucoup, et posant toujours les bonnes questions. Il rencontre en route une séduisante blonde, agent du FBI, qui cherche à découvrir qui a approvisionné en alcool la fameuse orgie qui a mal tourné. Outre les deux personnages principaux, les rôles secondaires sont des « people » aussi célèbres que Marion Davies et Howard Hugues, grand instigateur du complot. Le Jardin du diable est aussi une réflexion sur les mœurs dépravées de l’époque, l’obsession de la célébrité et de l’argent, la corruption des magistrats et l’impunité de Hearst : le côté Amérique pourrie qui a poussé Hammett à écrire par la suite Moisson rouge et La Clé de verre.

Auteur :Natif de l’Alabama, Ace Atkins, 40 ans, vit dans le comté d’Oxford, Mississipi, au pays de Faulkner. Ace a pratiqué le football en championnat, été un temps libraire, puis journaliste. Ses enquêtes criminelles dans le Tampa Tribune lui ont valu d’être nommé pour le Livingston Award et pour le prix Pulitzer en 2001. Il est l’auteur de Blues Bar, Dirty South Rap et Tampa Confidential.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce roman a été écrit à partir de faits réels : En 1921, à San Francisco, Roscoe Arbuckle, dit « Fatty », est l’une des plus grandes stars du cinéma muet. Lors d'une fête particulièrement arrosée, qu'il a organisé et où beaucoup de personnes se sont invités, une jeune starlette, Virginia Rappe est retrouvée mortellement blessée, une amie qui l'accompagne accuse Fatty d'avoir « écrasé » Virginia. Le lecteur comprend vite que Arbuckle est victime d'un coup monté : les témoins sont manipulés et les preuves trafiqués. Sam Hammett, détective à la Pinkerton National Detective Agency, fait son enquête pour le compte de l'avocat de Roscoe Arbuckle.
Ace Akins nous décrit dans cette histoire où se mêle la fiction et la réalité, une époque dissolue où l'alcool coule à flots malgré la prohibition, et où le monde d'Hollywood fascine l'Amérique.

J'avoue avoir eu du mal à lire ce livre, je me suis ennuyée car je m'attendais à lire un roman policier et c'est presque plutôt un documentaire. L'auteur s'est très bien documenté, mais à mon goût cela manque d'action, de suspens ou de rebondissement...

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions du Masque pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Pour en savoir plus sur cette histoire vraie : wikipedia

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Loisirs"

 

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27 février 2011

Faute de preuves - Harlan Coben

En librairie : le 3 mars 2011

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

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France Loisirs - septembre 2010

Belfond – mars 2011 – 378 pages

Quatrième de couverture :
Aux États-Unis, de nos jours. Bonne élève, sportive, les pieds sur terre, Haley McWaid, 17 ans, est la fille dont rêvent tous parents. D'où la surprise de sa mère quand elle découvre que sa fille aurait découché. Et son affolement quand elle ne parvient pas à la joindre. Et son désespoir quand, après trois mois, on est toujours sans nouvelles de la jeune fille. Wendy Tines a sa petite idée. Mère célibataire d'un ado, cette journaliste ambitieuse travaille de concert avec la police pour un programme télé chargé de débusquer les délinquants sexuels. Sa dernière prise, Dan Mercer, un éducateur pour enfants. Tandis que toute la ville est sur les dents, à la recherche d'un prédateur sexuel, Wendy va découvrir que l'affaire Mercer va l'entraîner beaucoup plus loin que tout ce qu'elle aurait pu imaginer... Traque sur internet, délinquance sexuelle, confréries malfaisantes, jeux adolescents qui tournent mal, vengeance... Le maître de nos nuits blanches a encore frappé.

Auteur :Harlan Coben est né et a grandi dans le New Jersey, où il vit avec sa femme et leurs quatre enfants. Ne le dis à personne... (2002), prix des Lectrices de Elle et adapté au cinéma par Guillaume Canet, Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004), Juste un regard (2005), Innocent (2006), Promets-moi (2007), Dans les bois (2008), Sans un mot (2009), Sans laisser d'adresse (2010) et Sans un adieu (2010).

Mon avis : (lu en février 2011)
Une célèbre présentatrice de télévision, Wendy Tines, piège en direct les pédophiles dans son émission. A la suite de d'une dénonciation anonyme, elle piège Dan Mercer, un homme qui travaille avec des jeunes en difficultés. A la même époque, une jeune fille de 17 ans, Haley McWaid disparaît de chez elle. A-t-elle fugué ? A-t-elle été enlevée ? Trois mois plus tard, un indice trouvé accuse Dan de sa disparition. Pourtant, Wendy commence à douter de le culpabilité de Dan et se met à enquêter sur le passé de Dan.

Une histoire assez complexe qui ne nous laisse pas deviner où l'auteur veut nous conduire... Il y a du suspense, des fausses pistes et des rebondissements inattendus. Autour du thème de la vengeance et du pardon, Harlan Coben réussit un thriller haletant qui m'a fait passé un très bon moment de lecture.

Merci aux éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce livre en avant-première, sa sortie est prévue pour le 3 mars 2011. (Ce livre était déjà paru chez France-Loisirs en septembre 2010).

 

Extrait : (page 23)
— Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ?
Wendy Tynes jura, s'assit et regarda autour d'elle. Elle avait l'impression d'être sur scène, sensation familière pour la journaliste de télévision qu'elle était, sauf que, cette fois, elle ne maîtrisait pas la situation. Derrière elle, les parents des victimes de Dan Mercer. Quatre couples. Ils venaient tous les jours au tribunal. Au début, ils brandissaient les photos de leurs enfants, ce que la juge avait fini par leur interdire, et maintenant ils restaient assis là, silencieux. En un sens, c'était encore plus intimidant.
La chaise était inconfortable. Wendy changea de position, croisa puis décroisa les jambes et attendit.
Flair Hickory, célèbre ténor du barreau, se leva, et pour la énième fois Wendy se demanda comment Dan Mercer avait pu se payer ses services. Flair portait son habituel costume gris strié de rose, une chemise et une cravate roses. Il traversa la salle d'une démarche que, par euphémisme, on aurait pu qualifier de « théâtrale ».
— Madame Tynes, commença-t-il avec un sourire cordial.
Cela faisait partie de son personnage. Flair était gay, certes, mais il en jouait au prétoire façon La Cage aux folles.
— Mon nom est Flair Hickory. Je vous souhaite le bonjour.
— Bonjour, répondit-elle.
— Vous animez une émission télé racoleuse intitulée Pris en flag, est-ce exact ?
L'avocat général, un dénommé Lee Portnoi, déclara :
— Objection. Juridiquement, le terme racoleur n'est pas approprié pour définir une émission de télévision.
Flair sourit.
— Vous en voulez, des « termes appropriés », monsieur Portnoi ?
— Ce ne sera pas nécessaire, intervint la juge Lori Howard.
Dans sa voix on devinait déjà la lassitude. Elle se tourna vers Wendy.
— Répondez à la question, je vous prie.
— Je n'anime plus cette émission, dit Wendy.
Flair feignit la surprise.
— C'est récent, n'est-ce pas ?
— Oui.
— Que s'est-il passé ?
— Elle a été interrompue.
— Taux d'audience trop faible ?
— Non.
— Alors pourquoi ?
— Votre honneur, s'insurgea Lee Portnoi, nous savons tous pourquoi.
Lori Howard hocha la tête.
— Continuez, maître Hickory.
— Connaissez vous mon client, Dan Mercer ?
— Oui.
— Vous vous êtes introduite chez lui, n'est-ce pas ?
Wendy s'efforça de soutenir son regard, en tâchant de ne pas avoir l'air coupable.
— Ce n'est pas tout à fait exact.
— Vraiment ? Eh bien, ma chère, faisons en sorte d'être aussi précis qu'il est humainement possible et revenons en arrière, voulez-vous ?
Il se promena à travers la salle comme s'il défilait sur un podium à Milan. Il eut même le culot de sourire aux familles des victimes. La plupart évitaient ostensiblement de poser les yeux sur lui, mais l'un des pères, Ed Grayson, le foudroya du regard. Flair ne broncha pas.
— Comment avez-vous rencontré mon client ?
— Dans un forum sur Internet.
Flair arqua les sourcils.
— Ah oui ?
Comme s'il s'agissait de la révélation du siècle.
— Quel genre de forum ?
— Un forum fréquenté par des enfants.
— Sur lequel vous étiez inscrite ?
— Oui.
— Vous n'êtes plus une enfant, madame Tynes. Je pourrais ajouter que, mais ne prenez pas cette remarque pour une tentative de séduction de ma part, vous êtes une pulpeuse créature.
— Objection !
La juge Howard poussa un soupir.
— Maître Hickory ?
Flair sourit, esquissa un petit geste de pseudo-contrition. Il était le seul à pouvoir se permettre ce genre d'incartade.
— Bien, madame Tynes. Sur ce forum, vous vous faisiez passer pour une mineure, est-ce vrai ?
— Oui.
— Après quoi vous engagiez des échanges via Internet avec des hommes afin de les inciter à vouloir coucher avec vous ?
— Non.
— Comment ça ?
— J'attendais qu'ils fassent le premier pas.
Flair secoua la tête.
— Tss-tss. Si on me donnait un dollar chaque fois que je dis ça...
Le public s'esclaffa.
— Nous avons les procès-verbaux, maître Hickory, intervint la juge, et nous sommes capables de nous forger une opinion à partir de leur lecture.
Wendy s'étonnait que Dan Mercer ne soit pas là, mais c'était logique puisque ces séances étaient destinées à auditionner les témoins. Flair Hickory espérait convaincre la juge de l'irrecevabilité du matériel effarant et révoltant découvert dans l'ordinateur de Mercer et disséminé un peu partout à son domicile. S'il y parvenait - et ce n'était pas gagné -, Dan Mercer mettrait probablement les voiles, et un prédateur psychopathe serait lâché dans la nature.

Déjà lu du même auteur :
Ne_le_dis___personne_ Ne le dis à personne sans_un_mot Sans un mot 
sans_laisser_d_adresse Sans laisser d'adresse innocent Innocent
sans_un_adieu Sans un adieu

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19 février 2011

Le poète – Michael Connelly

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Seuil – mai 1997 – 477 pages

Points – juin 1998 - 540 pages

Points - juin 2004 – 541 pages

Résumé :
Le policier Sean McEvoy est retrouvé mort dans sa voiture. Chargé d'une affaire de meurtre abominable, son enquête n'avançait pas. Lorsqu'il apprend le suicide de son frère, Jack, son jumeau, journaliste de faits divers, refuse d'y croire. En cherchant à comprendre, il découvre d'autres cas de policiers apparemment poussés au suicide par des meurtres non résolus. Tous ont été retrouvés avec, à leur côté, des lettres d'adieu composées d'extraits de poèmes d'Edgar Poe. Un effrayant tableau d'ensemble commence à se dessiner. Jack fait pression sur les agents du FBI pour qu'une enquête soit ouverte sur ces suicides en série.

Auteur : Michael Connelly est né le 21 juillet 1956 à Philadelphie. Il déménage avec ses parents en Floride en 1968. Il se marie et a une fille en 1997. Il est diplômé de l'Université de Floride, avec un bachelors degree en journalisme en 1980. Il travaille ensuite comme journaliste à Daytona Beach et Fort Lauderdale (Floride). En 1986, il est le co-auteur d'un article sur les rescapés d'un crash d'avion, qui figure parmi les finalistes pour le Prix Pulitzer, ce qui lui permet de devenir chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times. Ses reportages sur les émeutes de Los Angeles en 1992 sont également remarqués et reçoivent le Prix Pulitzer (qu'il partage avec d'autres journalistes associés à ses reportages).
Il se lance dans la carrière d'écrivain en 1992 avec Les Égouts de Los Angeles, son premier polar, où l'on découvre le personnage de Harry Bosch, inspecteur du LAPD, le héros récurrent de la plupart des romans suivants. Il reçoit pour ce livre le prix Edgar du meilleur premier roman policier. Il abandonne le journalisme en 1994. Il écrit par la suite environ un roman par an, en obtenant régulièrement un succès en librairie. Son roman Le poète reçoit le prix Mystère en 1998 et Créances de sang le grand prix de la littérature policière.
Parmi les romans ne mettant pas en scène Harry Bosch, Créance de sang est adapté au cinéma en 2002 par Clint Eastwood, qui y incarne Terry McCaleb, un ex-agent du FBI. Dans La Défense Lincoln, il aborde le roman procédural qui lui permet d'utiliser son expérience passée de chroniqueur judiciaire.
Ayant quitté Los Angeles, il vit depuis 2001 à Tampa, en Floride.

Mon avis : (lu en février 2011)
Lorsque son frère jumeau Sean est retrouvé mort au volant de sa voiture de police, Jack McEvoy est persuadé qu'il ne s'est pas suicidé. Étant journaliste, il décide de mener l'enquête et découvre plusieurs autres cas de flics "suicidés". Il va mettre les enquêteurs du FBI sur la piste d'un redoutable meurtrier appelé le Poète car il signe ses meurtres par une phrase d'un poème d'Edgar Allan Poe.
Ce roman policier est une vrai réussite, l'intrigue est bien construite, le rythme est soutenu, des fausses pistes, des rebondissements surprenants et une fin inattendue... Je me suis régalée !

Extrait : (début du livre)
La mort, c'est mon truc. C'est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d'un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence des personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J'ai toujours pensé que, pour s'occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C'est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.
Hélas, cette règle, la même, ne m'a pas protégé. Quand les deux inspecteurs sont venus me chercher et m'ont parlé de Sean, une sorte de paralysie glacée m'a aussitôt envahi. C'était comme si je me retrouvais de l'autre côté de la vitre d'un aquarium. J'avais l'impression d'évoluer sous l'eau – dans un sens, puis dans l'autre, encore et encore – et de contempler le monde extérieur à travers une paroi de verre. Assis sur la banquette à l'arrière de leur voiture, j'apercevais mes yeux dans le rétroviseur : ils lançaient un éclair chaque fois que nous passions sous un lampadaire. Je reconnus ce regard fixe et lointain, celui des toutes nouvelles veuves que j'avais interrogées pendant des années.

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Lu pour le Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 10/20 Médaille en chocolat

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Sport/Loisirs"

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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15 février 2011

Omakayas – Louise Erdrich

omakayas École des Loisirs – mars 2002 – 203 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédérique Pressmann

Quatrième de couverture :
En langue Anishinabeg, Omakayas signifie Petite Grenouille. C'est le nom qu'on lui a donné parce que son premier pas a été un saut. Tout a un sens pour ce peuple Amérindien des grandes forêts du Nord. Au début de cette histoire, Omakayas n'a que huit ans, elle est joyeuse et insouciante, il lui manque deux dents de devant. Elle vit avec son père, sa mère, sa grand-mère fumeuse de pipe, et ses trois frères et soeurs sur l'île de Moningwanaykaning, l'île du Pic à poitrine d'or, sur le lac Supérieur. Son seul gros problème, c'est son frère Petit Pinçon. Elle le trouve insupportable. Il l'énerve, à brailler tout le temps, à mentir, à casser ses jouets, à l'empêcher de réfléchir. Elle ne sait pas encore que trois saisons plus tard, sa vie aura changé. Les esprits lui auront parlé et donné leurs pouvoirs, une corneille mystérieuse se sera laissée apprivoisée, une maladie terrible aura été apportée par les Chimookomanug, les Blancs, et c'est à elle, Omakayas, qu'il incombera de sauver sa famille. Y compris Petit Pinçon.

Auteur :  Karen Louis Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique.

Mon avis : (lu en février 2011)
Ayant déjà lu deux livres de Louise Erdrich que j'avais bien aimé, lorsque j'ai vu celui-ci sur le présentoir de la bibliothèque côté adulte, je n'ai pas hésité à l'emprunter. Je me suis aperçu plus tard que c'était un livre pour jeunes lecteurs, mais il se lit vraiment très bien pour un adulte.
Il nous raconte l'histoire d'Omakayas petite fille de huit ans qui vit avec sa famille sur l'île de Moningwanaykaning (" Pic à Poitrine d'or "), sur le Lac Supérieur. Elle participe aux travaux quotidiens de la famille, elle écoute les sages conseils de sa grand-mère, elle est très admirative de sa grande soeur Angeline, elle adore son petit frère encore bébé Neewo mais elle trouve son frère Petit Pinçon vraiment insupportable ! Au début de l'histoire, c'est l'été, Omakayas va apprivoiser une corneille Andeg et au fil de l'histoire elle découvre sa proximité particulière avec les animaux.
C'est un livre passionnant, il nous fait découvrir les Indiens Anishinabeg, originaire des régions des grandes forêts du Nord de l'Amérique, avec leur façon de vivre et leur mode de pensées très différents des nôtres. La nature et les saisons sont au centre de la vie de ces Amérindiens. Cette histoire est pleine de poésie.
A la fin du livre un glossaire complète bien notre découverte de ce peuple Indiens.

Extrait : (page 13)
NEEBIN (L'ÉTÉ)
LA PETITE MAISON DE BOULEAU
On l'appelait Omakayas, ou Petite Grenouille, parce que son premier pas avait été un saut. C'était une petite fille alerte de sept hivers, une fille réfléchie aux yeux bruns et brillants, et au grand sourire, auquel il ne manquait que les deux dents de devant. Elle toucha sa lèvre supérieure. Elle ne s'était pas encore habituée à ce trou dans sa bouche et avait hâte que de nouvelles dents d'adulte viennent compléter son sourire. Fidèle à son nom, Omakayas observa un long moment l'étendue marécageuse qui scintillait à ses pieds, prit son élan et sauta. Un monticule. Sauvée. Omakayas bondit de nouveau. Cette fois, elle atterrit en haut, tout en haut d'une vieille souche pointue. Elle demeura en équilibre et regarda autour d'elle. L'eau du lagon dessinait des croissants chatoyants. D'épaisses touffes d'herbes ondoyaient. Les tortues de vase faisaient la sieste au soleil. Le monde était si calme qu'Omakayas s'entendait cligner des yeux. A peine le chant doux et solitaire d'un bruant à gorge blanche qui perçait la fraîcheur des bois qui les entouraient.
Tout d'un coup, Grand-mère s'exclama :
- Je l'ai trouvé !
Cela fit sursauter Omakayas, qui glissa, fit de grands moulinets avec les bras, tituba mais parvint à retrouver l'équilibre. Deux grands bonds, un petit saut et la voilà sur la terre ferme. Posant les pieds sur les feuilles et la mousse gorgées d'eau, elle pénétra dans les bois où les chants des moineaux en train d'installer leurs nids se relayaient en canons délicats.
- Où es-tu ? appela Nokomis de nouveau. J'ai trouvé l'arbre !
- J'arrive, répondit Omakayas à sa grand-mère.
On était au printemps et il était temps de couper l'écorce du bouleau.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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Déjà lu du même auteur :

la_chorale_des_maitres_bouchers_p La Chorale des maîtres bouchers la_mal_diction_des_colombes La malédiction des colombes

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12 février 2011

Bons baisers de Cora Sledge - Leslie Larson

Lu dans le cadre d'un partenariat Blog-O-Book et Éditions 10/18

bons_baisers_de_cora_sledge 10/18 – janvier 2011 – 379 pages

traduit de l'américain par Michèle Valencia

Quatrième de couverture :
A quatre-vingt-deux ans, Cora est obèse, s'autorise un peu trop d'anxiolytiques et fume plus que de raison. Pourtant le jour où ses enfants la placent dans une maison de retraite, c'est l'électrochoc. Bien décidée à ne pas s'attarder dans ce cul de sac, Cora met tout en œuvre pour reprendre le contrôle de sa vie. Et pour cela, il lui faut affronter un passé trop longtemps tenu secret... Plus qu'un personnage, Cora est une rencontre, celle d'une femme intraitable et souvent irrévérencieuse, celle d'une voix juste et sincère à laquelle on ne peut que prêter l'oreille. Elle nous dit que la désobéissance est souvent le premier chemin vers la liberté, et surtout, qu'il n'est jamais trop tard... Un roman foisonnant d'énergie et d'émotion au plus près des choses de la vie.

Auteur : Leslie Larson est née à San Diego, Californie. Elle a écrit pour Faultline, l'East Bay Express, le Women's Review of books. Après Connexions, elle signe Bons baisers de Cora Sledge. Elle vit aujourd'hui à Berkeley.

Mon avis : (lu en février 2011)
Cora est une vieille dame de 82 ans, obèse, qui abuse des anxiolytiques, de la cigarette. Elle vit seule dans sa maison où règne le désordre, elle se laisse vivre sans s'obliger à quoique ce soit. Mais un jour ses enfants ne supportant plus son laisser-aller, la placent dans une maison de retraite appelée les Palisades, contre son gré.
Lorsque sa petite-fille Emma lui offre un cahier et un stylo, elle décide d'écrire son histoire : ses souvenirs de jeunesse, sa vie de femme et son quotidien aux Palisades. Elle raconte tout et n’épargne personne. Sa rencontre avec un homme, Vitus Kovic, va lui donner envie de faire des projets d’avenir…
Cora est très attachante malgré son caractère bougon, elle est drôle et n'hésite pas à remettre à leur place les pensionnaires qui l'exaspèrent...Elle est également très touchante, lorsqu'elle évoque son passé et le secretq ui la ronge depuis des années. J'ai pris vraiment beaucoup de plaisir à découvrir les souvenirs de Cora Sledge.

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions 10/18 pour m'avoir permis de découvrir ce livre amusant.

Extrait : (début du livre)
C'est ma petite-fille Emma qui m'a donné ce cahier. La couverture est en toile à sac. Dessus, il y a une fleur séchée violette et, à l'intérieur, toutes les pages sont blanches. Je suis censée trouver ça beau. Le stylo violet qui va avec colle autant aux doigts que du chewing-gum mâchouillé. « Comme ça, tu n'auras pas mal à la main, mamie », m'a dit Emma. Je me suis mise à rire. La pauvre petite, si elle savait où ma main a pu se fourrer en quatre-vingt-deux ans, et pour quoi faire ! Mais bon, je suis restée poli et, de mon ton le plus aimable, je lui ai demandé à quoi ce truc pouvait bien me servir. « A noter tes pensées. Des souvenirs, des réflexions que tu aurais envie d'écrire. Un poème, peut-être, ou une impression qui a de l'importance pour toi. »
Cette gamine m'a toujours exaspérée.
Ils se sentent tous coupables parce qu’ils m’ont mise ici, alors ils font ce qu’ils peuvent pour que je ne perde pas la boule. Pour Noël, j’ai aussi eu un puzzle (comme perte de temps, il n’y a pas mieux) et un nécessaire à broderie (j’ai toujours eu horreur de ça). Dean, mon fils, m’a même offert des albums à colorier avec trois races de chiens : un caniche, un colley et un berger allemand. Ils me croient demeurée, retombée en enfance, ou quoi ?
Alors là, ils ne me connaissent vraiment pas.
J’ai laissé trainer ces cadeaux dans la salle de détente, et ils ont été chipés en un rien de temps. Le cahier, je l’ai glissé dans le tiroir du haut de ma coiffeuse en me disant que je pourrai toujours en arracher des pages si j’ai besoin d’un bout de papier. Ce machin est aussi gros qu’une fichue bible. Je ne vois vraiment pas comment une personne seine d’esprit arriverait à la remplir. Et puis, ce matin, je me suis levée tôt, le jour commençait à peine à filtrer à travers les stores. D’habitude, avec mes pilules, je suis assommée jusqu’au petit déjeuner, à l’heure où, en déambulateur ou en fauteuil roulant, le troupeau se dirige lentement vers la salle à manger. Mais ce matin, tout était calme. Personne n'appelait de son lit, personne ne donnait de grands coups en passant la serpillère. Les téléphones ne sonnaient pas encore au poste des infirmières, les jardiniers ne déplaçaient pas les feuilles avec leur maudite souffleuse, et les camions de livraison ne stationnaient pas devant ma fenêtre, moteur en marche.

Ce matin, donc, je me suis redressée brusquement dans mon lit comme si quelqu'un venait de prononcer mon nom. Souvent, je ne réussis pas à me sortir du plumard. J'y reste toute la journée, je somnole, je me réveille, je me rendors. Pour me calmer les nerfs, je force un peu sur mes chères petites pilules. Parfois des pans entiers de la journée s'effacent. Ça ne me dérange pas. Mais aujourd'hui, je me suis réveillée avec les idées on ne peut plus claires. Après un passage aux toilettes, je me suis assise à ma coiffeuse et je me suis mise à écrire.

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Prénom"

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25 janvier 2011

Spellman & Associés – Lisa Lutz

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Albin Michel - mai 2007 – 427 pages

Livre de poche – mars 2008 – 444 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) Françoise Du Sorbier

Quatrième de couverture :
Qui pourrait résister aux Spellman, la famille la plus sérieusement fêlée de la Côte Ouest ? Certainement pas leur fille, Izzy, associée et néanmoins suspecte. Car pour ces détectives-nés, rien n'est plus excitant que d'espionner, filer, faire chanter... les autres Spellman de préférence. Mélange détonant d'humour et de suspense, ce best-seller international (et son héroïne) a fait craquer Hollywood : vous n'êtes pas près d'oublier les Spellman !

Auteur : Née en 1970, Lisa Lutz rêve de devenir scénariste. Elle entame en 1991 l'écriture d'un script tout en travaillant pour gagner sa vie dans... une agence de détectives. Son scénario aboutira à un film (Plan B, sorti en 2001). mais Lisa Lutz est déçue par cette expérience : elle se jure de ne plus jamais travailler pour Hollywood. C'est en 2004 qu'elle entame la rédaction de Spellman et associés, premier volet d'une série sur les Spellman, une famille de détectives privés. Aventures à suivre dans Les Spellman se déchaînent...

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Je me suis beaucoup amusée en lisant les aventures de la famille Spellman. Les Spellman sont détectives à San Francisco. Mais leur profession déteint sur leurs vies privées... en effet tous ne peuvent pas s'empêcher d'enquêter, de suivre, de mettre sous écoutes les autres membres de la famille... Il est alors question de « dossiers compromettants », de chantages...
Il y a Izzy (Isabelle) la narratrice, sa mère rêve de la marier à un avocat. Son frère David a préféré quitter l'entreprise familiale pour devenir avocat. Rae, la petite sœur de 14 ans, préfère les filatures ou le chantage que de travailler au collège. Il y a aussi oncle Ray, buveur et joueur, qui squatte chez les Spellman après son cancer et son divorce.
C'est plein d'humour, il y a du rythme, une famille complètement déjantée, des personnages hauts en couleur, des aventures loufoques… Ce livre est plus une comédie qu’un roman policier, malgré tout il vous fera passer un très bon moment !
Il existe d’autres aventures de la famille Spellman avec Les Spellman se déchaînent et La revanche des Spellman.

Extrait : (début du livre)
Je plonge dans le parking, espérant leur échapper. Mes pas résonnent sur le ciment lisse, révélant ma position à quiconque serait aux aguets. Or ils me guettent, je le sais. Je me jure de ne plus remettre ses chaussures lorsque je cours le risque d’être poursuivie.
Je m’engage au pas de charge sur la rampe en spirale du garage, sachant qu’ils ne pourront pas aller aussi vite. Le bruit de mon souffle précipité couvre à présent l’écho de mes pas. Derrière moi, je n’entends rien.
Je m’arrête pour mieux écouter. Une portière de voiture se ferme, puis une autre, et un moteur se met en marche. Je m’efforce de prévoir leur prochaine manœuvre, et je cherche de l’œil la voiture de Daniel dans le parking – une BMW bleu nuit entre deux énormes 4x4. Je fonce vers le véhicule fraîchement lavé et mets la clé dans la serrure.
Le hurlement de l’alarme me cueille comme un coup de poing dans le ventre. J’en reste clouée sur place. J’avais complètement oublié le système de sécurité. Ma voiture à moi, une Buick de douze ans, s’ouvre avec une clé. Normal, quoi.
Mon pouce cherche à tâtons le bouton de la télécommande et je parviens enfin à arrêter la sirène. J’entends l’autre voiture monter la rampe sans hâte, histoire de me mettre la pression. J’appuie enfin sur le bouton qui déverrouille la porte.

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Lu pour le
Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 10/20 Médaille en chocolat

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21 janvier 2011

On dirait vraiment le paradis – John Cheever

Lu dans le cadre d'un partenariat Blog-O-Book et Folio

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Éditions Joëlle Losfeld – mai 2009 -

Folio – novembre 2010 – 132 pages

traduit de l'américain par Laetitia Devaux

Quatrième de couverture :
Lemuel Sears mène une existence paisible à Manhattan. Conscient de son vieillissement, il vit dans la crainte de ne plus connaître l'amour avant de disparaître. Un jour, il se rend dans la petite ville de Janice pour patiner sur l'étang, et découvre que celui-ci est utilisé comme dépotoir. Révolté, il décide de tout mettre en œuvre pour rendre à Janice son paysage bucolique. Amené à côtoyer les riverains, il rencontrera certaines figures du crime organisé, des politiciens véreux ainsi que quelques bonnes âmes prêtes à l'aider qui utilisent pour ce faire des méthodes pour le moins radicales... Parmi ces personnes, Sears fera la connaissance d'une jeune femme dont il tombera amoureux.
On dirait vraiment le paradis, paru aux États-Unis en 1982, inédit en français, est le dernier roman de John Cheever. On y retrouve l'élégance de son style, l'humour omniprésent et l'immense tendresse qu'il porte à ses personnages.

Auteur : John Cheever (1912-1982) devient, dès les années 1930, le chef de file de l'école dite du New Yorker. Écrivain culte aux États-Unis, il est l'auteur de presque deux cents nouvelles et de cinq romans. Il est célébré par John Updike comme le meilleur styliste de sa génération, et encensé par Saul Bellow, Raymond Carver, Vladimir Nabokov ou encore Philip Roth.

 

Mon avis : (lu en janvier 2010)
« Cette histoire est destinée à être lue au lit dans une vieille maison par une soirée pluvieuse. Les chiens dorment, les chevaux de selle…s’agitent dans leurs stalles de l’autre côté du chemin en terre battue, par-delà le verger. » Voilà comment commence ce petit livre de 132 pages.
C'est peut-être parce que je n'ai pas suivi ce conseil que je n'ai pas été enthousiasmé par ce livre... Lemuel Sears est un homme âgé vivant à New-York, il retourne un jour dans sa ville natale Janice pour patiner sur l'étang de Beasley et découvre avec surprise qu'il sert de décharge. A son retour à New-York, il contacte ses avocats pour qu'ils enquêtent sur cette transformation de l'étang.
Ensuite, Sears rencontre une très jolie femme Renée, elle a moins de 40 ans, elle est agent immobilier. Elle accepte son invitation à dîner, puis et nous suivons leurs différents rendez-vous et Sears tombe vite amoureux.
A proximité de l'étang, vivent les familles Salazzo et Logan, ils sont voisins.
John Cheever va nous conter la vie de ces différents personnages et le lecteur finira par découvrir liens entre les différents personnages.
C'est très bien écrit, mais j'ai trouvé la construction de l'histoire un peu brouillonne, on passe d'un personnage à l'autre comme du coq à l'âne. La quatrième de couverture, nous vendait un livre autour de l'écologie et la protection de la nature et finalement, cette partie du livre est assez mince.

Merci à Blog-O-Book et aux éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Cette histoire est destinée à être lue au lit dans une vieille maison par une soirée pluvieuse. Les chiens dorment, les chevaux de selle – Dombey et Trey – s’agitent dans leurs stalles de l’autre côté du chemin en terre battue, par-delà le verger. La pluie fine est la bienvenue, même si elle n'a rien d'indispensable. Les nappes phréatiques sont à un niveau satisfaisant, la rivière voisine est bien remplie, les potagers et les vergers – c'est un moment crucial de la saison – sont parfaitement irrigués. Presque toutes les lumières sont éteintes dans le petit village non loin de la chute d'eau où la filature, voilà si longtemps, fabriquait du vichy.
Les murs en granit de la filature se dressent toujours sur les berges de la grande rivière et la demeure du propriétaire, cernée par ses quatre colonnes corinthiennes, trône encore sur la seule colline de la ville. On pourrait penser qu'il s'agit là d'un village assoupi, coupé d'un monde en pleine mutation, pourtant dans le journal hebdomadaire, on signale souvent des objets volants non identifiés. Ils ont été vus par des femmes au foyer qui étendent leur lessive ou des sportifs qui chassent l'écureuil, mais aussi par des membres éminents de la communauté tels le vice-président de la banque et l'épouse du chef de la police.
En traversant le village du nord au sud, on ne pouvait que remarquer le nombre de chiens, leur joie de vivre, et aussi qu'ils étaient, tous sans exception, des bâtards, mais des bâtards chez qui l'on distinguait encore la parenté et la race. On découvrait ainsi un caniche à poil lisse, un airedale aux pattes très courtes ou un animal qui ressemblait à un colley à l'avant et à un danois à l'arrière. Le mélange de ces sangs – un sang neuf, pourrait-on dire – donnait une meute des plus joyeuses qui filait par les rues désertes, comme si elle était en retard pour quelque réunion, dîner ou rendez-vous important, indifférente à la solitude dont semblait souffrir une partie de la population. La ville s'appelait Janice, du nom de la première épouse du propriétaire de la filature
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Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
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09 janvier 2011

La double vie d’Irina - Lionel Shriver

Lu dans le cadre du partenariat  Livraddict et Belfond

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Belfond – septembre 2009 – 483 pages

Livre de Poche – octobre 2010 – 670 pages

traduit de l'américain par Anne Rabinovitch

Quatrième de couverture :
Le jour où Irina accepte de dîner seule avec Ramsey Acton, célèbre joueur de snooker et ami de son mari, elle ne se doute pas que sa vie va basculer. Qu'un instant d'hésitation va mettre son couple en question. Et que sa routine londonienne va voler en éclats. Qu'advient-il si on cède à la tentation ? Et que se passe-t-il si on n'y cède pas ? La passion amoureuse est-elle un dérivatif à une vie de couple un peu terne ? Ou bien l'homme séduisant qu'Irina a eu, l'espace d'un moment, une envie folle d'embrasser est-il l'amour de toute une vie ?

Auteur : Née en 1957 en Caroline du Nord, Lionel Shriver a fait ses études à New York. Diplômée de Columbia, elle a été professeur avant de partir parcourir le monde. Elle a notamment vécu en Israël, à Bangkok, à Nairobi et à Belfast. Après Il faut qu'on parle de Kevin (Belfond, 2006 ; Le Livre de Poche, 2008), lauréat de l'Orange Prize en 2005, La Double Vie d'lrina est son deuxième roman traduit en français. Lionel Shriver vit à Londres avec son mari, jazzman renommé.

Mon avis : (lu en janvier 2011)
Ce livre est le « bonus » que j'ai reçu avec le partenariat Livraddict et les Éditions Belfond pour « Double faute - Lionel Shriver ».
J’ai eu un peu de mal à commencer à le lire, j’ai trouvé la mise en route de l’histoire un peu longue. Irina et Lawrence sont un couple d’Américains installés en Grande Bretagne. Irina, la quarantaine, est illustratrice de livres pour enfants et partage depuis neuf ans la vie avec son compagnon Lawrence, un analyste politique souvent en voyage. Tout se passe pour le mieux pour ce couple jusqu’au jour où Irina va dîner seule avec un ami de Lawrence, le célèbre joueur de snooker Ramsey Acton. Pour Irina, ce dîner est plutôt une corvée, mais finalement la soirée est agréable et Irina tombe sous le charme de Ramsey. Et en fin de soirée, Irina est pris d’une folle envie d’embrasser Ramsey, mais par fidélité à son compagnon, elle hésite à le faire...
Et là, le lecteur découvre la construction très originale de ce roman, en effet le premier chapitre se termine avec la question suivante : Lors de ce dîner à deux, Irina a-t-elle oui ou non embrassé Ramsey Acton et été infidèle à Lawrence ? Si la réponse est oui, alors l'histoire continue dans les chapitres 2 à 12. Si la réponse est non, alors l'histoire continue dans les chapitres (2) à (11).
L'idée est originale, mais pour le lecteur les premiers chapitres X et (X) racontent pour chacune des versions une histoire assez proche et j'ai trouvé cela un peu lassant à lire... Puis, les deux histoires divergeant de plus en plus, je me suis laissée prendre au jeu.
J'ai été contente de découvrir ce livre, même s'il demande un certain effort de la part du lecteur.

Merci à Livraddict, aux Éditions Belfond et Livre de Poche pour m'avoir permis de découvrir ce livre et cette auteur.

Extrait : (début du livre)
Ce qui au départ n'avait été qu'une coïncidence était devenu une tradition : chaque année, le 6 juillet, ils dînaient avec Ramsey Acton pour son anniversaire.
Cinq ans plus tôt, en 1992, Irina et Jude Hartford, son épouse, avaient collaboré à un livre pour enfants. Jude avait fait les premiers pas. Évitant les hypocrisies en usage à Londres, du style il-faut-qu'on-se-voie-un-de-ces-jours, qui ne risquent pas d'encombrer votre planning d'une heure et d'un lieu de rendez-vous, la jeune femme avait semblé décidée à organiser un dîner à quatre afin de présenter Ramsey à son illustratrice. Ou plutôt – avait-elle rectifié –, « Ramsey Acton, mon mari ». La formule était curieuse. Irina avait supposé que Jude se glorifiait, à la manière lassante des féministes, de ne pas porter le patronyme de son époux.
Il est toujours difficile d'impressionner les ignorants. En négociant cette soirée avec Lawrence, Irina n'en savait pas assez pour préciser : « Figure-toi que Jude est mariée à Ramsey Acton. » Sinon il se serait précipité sur son agenda de l'Economist au lieu de grommeler que si elle était obligée de faire des ronds de jambe pour raisons professionnelles, elle pouvait du moins prévoir de dîner tôt puisqu'il voulait être rentré à temps pour NYPD Blue. Ne sachant pas qu'elle disposait de deux mots magiques susceptibles de vaincre l'hostilité de Lawrence pour les mondanités, Irina avait expliqué : « Jude souhaite me présenter son mari, Raymond Je-ne-sais-quoi. ».

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Prénom"

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