28 mai 2011

L’âme du mal – Maxime Chattam

chattam

l_ame_du_mal l_ame_du_map_p1 l_ame_du_mal_p

Michel Lafon – mars 2002 – 514 pages

Pocket - mai 2003 – 514 pages

Pocket – mars 2004 – 514 pages

 Quatrième de couverture :
Pas plus que sa jeune assistante, l'inspecteur-profileur Brolin ne pense que les serial killers reviennent d'outre-tombe. Fût-il le monstrueux bourreau de Portland qui étouffait et vitriolait ses victimes avant de les découper avec précision. Mais le bourreau est mort et le carnage se poursuit, identique : un même rituel horrible. Le nouveau tueur agit-il seul ou fait-il partie d'une secte ? Pure sauvagerie ou magie noire ? Brolin a peur. Cette affaire dépasse tout ce qu'on lui a enseigné. S'immerger complètement dans la psychologie d'un monstre, le comprendre afin de le cerner et de prévoir ses crimes, devenir un monstre soi-même, tels sont les moindres risques de son métier. On dit au FBI qu'il s'en faudrait d'un rien pour qu'un bon profiteur aille rejoindre la galerie de ses pires clients. Peut-on impunément prêter son âme au mal ?

Auteur : Maxime CHATTAM, de son vrai nom Maxime DROUOT, est né le 19 février 1976 à Herblay en région parisienne. Jeune garçon discret et solitaire, il se passionne pour le cinéma et les romans et auteurs de science fiction tels Le seigneur des anneaux ou Stephen King. Au cours de son enfance, il fait de fréquents séjours aux États Unis : New York, Denver et surtout Portland en Oregon, qui deviendra le cadre de ses premiers trillers. À 23 ans, il suit une année de formation en criminologie où il étudie notamment la psychiatrie criminelle, la police technique et scientifique, la médecine légale et assiste à des autopsies. Il fait alors plusieurs petits boulots et devient notamment libraire, ce qui lui permet d'être en contact du monde de l'édition et consacre son temps libre à l'écriture de son premier thriller. En octobre 2001, il achève l'âme du mal qui sera publié en 2003, début d'une série de romans policiers, ce qui lui permet aujourd'hui de vivre de sa plume.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Je n'avais encore jamais lu de livre de Maxime Chattam mais « abonnée » au rendez-vous de Pimprenelle « Découvrons un auteur », c'était l'occasion d'essayer... J'ai donc choisi le premier roman de Maxime Chattam. A vrai dire je croyais que Maxime Chattam écrivait des livres du genre fantastique. Très rapidement, j'ai compris que je me trompais puisque « L'âme du mal » est un vrai thriller que j'ai lu très facilement.
L'histoire se passe à Portland aux États-Unis dans les années 2000, Joshua Brolin est un jeune inspecteur de police qui utilise le profilage pour traquer un tueur en série. Juliette Lafayette, jeune étudiante en psychologie a été enlevé par Leland Beaumond, le tueur en série que poursuivait Joshua. Heureusement, ce dernier va abattre d'une balle dans la tête le tueur qui était sur le point d'exécuter Juliette.

Une année plus tard, le corps d'une femme affreusement mutilée est découverte dans un jardin public du de Portland. Après autopsie, on découvre que le meurtre a été effectué avec le même rituel que les meurtres de Leland Beaumont. Joshua Brolin est chargé d'enquêter, une étrange lettre est adressée à Juliette puis à la police... et un autre meurtre aussi cruel est commis...
Voilà une intrigue palpitante qui ne laisse aucun répit au lecteur, beaucoup d'informations sur les techniques de profilage et des compte-rendus d'autopsie très détaillés, un tueur avec un mode opératoire plutôt gore... Ce n'est pas spécialement le genre de thriller que j'affectionne, malgré tout, j'ai trouvé plutôt très bon ce livre. Merci à Pimprenelle de m'avoir fait découvrir Maxime Chattam.

Extrait : (début du livre)
Kate Philips ouvrit la porte du véhicule et laissa Josh descendre. Il tenait à la main une poupée en plastique représentant Captain Futur qu'il serrait contre lui comme s'il s'agissait d'un trésor fabuleux. L'air suffocant du parking les assaillit aussitôt. A n'en pas douter l'été serait de plus en plus torride.
- Viens mon ange, dit Kate en glissant ses lunettes de soleil sur ses cheveux.
Josh sortit en observant la façade du centre commercial. Il aimait beaucoup venir ici, c'était synonyme de plaisir, de rêve tant il y avait de choses agréables à voir. Des jouets par centaines, toutes les gammes représentées sur des mètres et des mètres, du palpable, pas de l'image à la télé ou dans des catalogues. Plus tôt dans la matinée, en entendant sa mère dire qu'elle partait au centre commercial, Josh avait bondi sur l'occasion et s'était imposé à force de gentillesse. A présent que l'établissement se dressait devant lui il sentait l'excitation monter. Peut-être pourrait-il repartir avec un jouet ? Le camion-citerne Majorette qui lui manquait, ou peut-être même une panoplie de Captain Futur ! La journée s'annonçait bien, très bien même. Un nouveau jouet. Ça c'était une idée séduisante ! Encore fallait-il que Kate accepte. Il se tourna vers sa mère pour le lui demander et constata qu'elle vérifiait ses bons de réduction soigneusement découpés dans les journaux et publicités.
- Tu m'achètes un jouet, maman ? demanda-t-il de sa voix fluette de garçon de presque quatre ans.
- Ne commence pas, Josh et dépêche-toi un peu sinon je ne t'emmène plus avec moi.
Le petit garçon mit sa main en visière comme il avait souvent vu son père le faire et traversa ainsi le parking.
- Quelle chaleur ! lança Kate en se ventilant tant bien que mal de la main. Ne traîne pas, chéri, on va se liquéfier si on tarde trop en plein soleil !

Posté par aproposdelivres à 07:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,


06 mai 2011

Le signal – Ron Carlson

le_signal Éditions Gallmeister – janvier 2011 – 222 pages

traduit de l'américain par Sophie Aslanides

Quatrième de couverture :
Pour la dernière fois, Mack et sa femme, Vonnie, partent camper dans les montagnes du Wyoming afin de se dire adieu. Enlisé dans les dettes et l'alcool, Mack a peu à peu contraint Vonnie à renoncer à l'amour profond qui l'avait attirée vers l'Ouest, et la jeune femme a refait sa vie. Cette randonnée est un moment de complicité retrouvée, une ultime chance de se dévoiler l'un à l'autre. Pour Mack, cette expédition est aussi l'occasion d'exécuter une dernière mission pour le compte d'un intermédiaire douteux afin de sauver son ranch de la faillite. Au coeur des vastes étendues sauvages, guidé par un faible signal GPS, il doit retrouver une mystérieuse balise égarée lors d'un survol de la région. Mais cette mission se révélera bien plus périlleuse que prévu. Le Signal est un roman magistral combinant le destin d'un amour qui s'achève avec un suspense qui nous mène au paroxysme de l'angoisse. Un livre palpitant qui se lit d'une traite.

Auteur : Ron Carlson est né en 1947, en Utah. Il est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles qui ont reçu de nombreuses distinctions aux États-Unis. Il enseigne la littérature et vit à Huntington Beach, en Californie. Le Signal est son dernier roman.

Mon avis : (lu en mai 2011)
Voilà un très beau livre de la collection Nature Writing (la littérature de la nature et des grands espaces) des éditions Gallmeister.
Mack et Vonnie viennent de divorcer et ils ont décidé de faire ensemble une dernière randonnée dans les montagnes du Wyoming. Au début de leur rencontre, ils faisaient chaque année ce chemin et c'est l'occasion de ce rappeler les bons souvenirs du passé, le camping sauvage, la pêche à la mouche... Après la mort de son père, Mack a fait des mauvais choix pour essayer de sauver le Ranch dont il a hérité, il a eu des mauvaises fréquentations, il s'est réfugié dans l'alcool, transporté de la drogue, il s'est éloigné de Vonnie. Cette randonnée est l'occasion d'un flash-back sur les vies de Mack et Vonnie et lentement le lecteur découvre qui ils sont vraiment. Mack n'a pas tout à fait changé, ayant toujours des problèmes d'argent, il accepte de profiter de cette randonnée pour rechercher un appareil perdu dans les montagnes par un trafiquant local. C'est dans la dernière partie du récit, que les méchants apparaissent dans l'histoire... et je laisse aux lecteurs découvrir la conclusion par eux-même.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman, les descriptions de la nature sont magnifiques et détaillées, j'avais même l'impression de faire moi aussi cette randonnée dans les montagnes du Wyoming en compagnie de Mack et Vonnie !

Extrait : (début du livre)
Il enchaîna les grandes boucles que dessinait la piste à travers la haute forêt de trembles, puis traversa la vaste prairie jusqu’à la lisière des pins, au point de départ du sentier de Cold Creek, et gara le vieux pick-up Chevrolet bleu de son père à côté de la pancarte déglinguée, dans la douce lumière crépusculaire de septembre. Il avait vu juste : il n’y avait aucun autre véhicule. Pas une seule trace de pneus fraîche sur les quinze kilomètres de montée qu’il avait parcourus depuis la grand-route, si ce n’est une paire de pneus doubles qui avaient fait demi-tour à mi-chemin. Ce devait être la remorque à chevaux de Bluebride, venu s’occuper de son bétail la semaine précédente. Mack avait aperçu en montant deux douzaines de bêtes dispersées dans les armoises. Il sortit de son pick-up et attrapa le café qu’il avait acheté en passant à l’épicerie de Crowheart, une heure auparavant ; il était froid. Il contourna le camion, ouvrit le hayon et s’assit, levant enfin les yeux vers l’est, vers les collines du Wyoming qui s’étageaient en larges bandes marron et grises. Il faisait sombre ici, à la lisière de la forêt, mais la lumière se rassemblait de l’autre côté de la planète et il pouvait voir l’horizon doré à deux cent cinquante kilomètres de là. Il voulait voir des phares, mais il n’y en avait pas. Il voulait voir des phares tressauter sur la vieille route et avancer jusqu’à lui à l’heure convenue.
Il voyait bien qu’il avait déjà neigé une fois, la semaine précédente, mais il n’en restait à présent plus la moindre trace, pas de plaques dans l’obscurité profonde, pas de boue dans les ornières. Le paysage était cependant plus blond, la végétation encore debout mais elle avait perdu ses couleurs, elle était plus pâle, comme si elle avait été giflée par la première intempérie de la saison. Mack but une gorgée de son café froid épaissi de crème et scruta la route à la recherche de sa voiture. Elle viendrait ou elle ne viendrait pas, mais il accomplirait quand même sa mission. Il le dit à haute voix :
— Qu’elle vienne ou non, toi, tu y vas quand même. Il se remit debout et prit la veste polaire marron qu’elle lui avait offerte cinq ans auparavant, et il alla jusqu’au coffre de rangement, sortit son réchaud et l’installa sur le plateau du pick-up, remplit sa vieille casserole d’eau et la posa sur l’anneau de flammes bleues. Il prit son sac à dos sur la banquette avant et s’agenouilla dans l’herbe au pied des arbres pour monter sa vieille tente biplace bleue et grise qui le ramenait vingt ans en arrière. Il avait dû remplacer de nombreux montants plus d’une fois, mais les fermetures à glissière fonctionnaient toujours. Il jeta son tapis de sol et son sac de couchage à l’intérieur puis disposa le petit morceau de moquette miteux sur le sol, près de l’entrée. Il s’était tenu cent fois pieds nus sur ce paillasson improvisé, dans la montagne. C’est parce qu’ils signifiaient quelque chose qu’on transportait certains objets. Il faisait sombre à couvert, mais une fois qu’il fut revenu derrière le pick-up, la lumière du monde retomba sur ses épaules. Il pouvait voir une portion de l’autoroute très loin en contrebas, vers le nord, et les voitures avaient maintenant allumé leurs phares. Il fouilla son sac à la recherche du gadget électronique que Yarnell lui avait donné, le Black Berry version militaire. Il l’avait enveloppé dans du papier aluminium et rangé dans une petite boîte en plastique. Il inspecta une nouvelle fois le contenu de toutes ses poches, puis il étala son gilet de pêche et vérifia que les neuf poches contenaient bien son matériel au complet. Il refit son sac et y attacha les brins de sa canne à pêche avant de tout reposer sur le siège avant. Il était prêt. Il sortit sa glacière de rechange – la vieille Coleman métallique verte qui datait de leurs premiers rendez-vous –, s’agenouilla et la poussa sous le camion, derrière la cabine.
Ils faisaient toujours ça – laisser une glacière pleine de friandises pour leur retour de randonnée. Il entendait maintenant l’eau bouillir sur son réchaud, et il retourna à l’arrière et jeta un nid de vermicelles dans la casserole, puis un autre. Si elle ne vient pas, je mangerai double ration et je dormirai comme un ours. Il s’éloigna pour uriner dans la prairie et alluma un de ses cigarillos bon marché à bout en bois avec le briquet de son père, un Zippo qui avait fait deux fois le tour du monde dans la poche de son paternel, à bord de navires de transports de troupes. Mack n’avait pas peur. Il avait déjà été mal à l’aise et soucieux et effrayé et épuisé et presque anéanti, et il connaissait ces sensations, mais il avait main - tenant sa propre manière de faire d’abord une chose, puis une autre, et cela le préservait de la débâcle. Si elle avait quitté Jackson avant 16 heures, elle n’allait pas tarder à arriver. Si elle n’avait pas quitté Jackson… eh bien, tant pis.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

 

Posté par aproposdelivres à 06:36 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

14 avril 2011

Racines russes – Reggie Nadelson

Lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Livre de Poche

racines_russes racines_russes_p

Le Masque – avril 2009 – 408 pages

Livre de Poche – février 2011 – 448 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Quatrième de couverture :
Soupçonné d'avoir tué un homme, Billy a été expédié dans un « centre thérapeutique » pour ados en Floride. Deux ans plus tard, le voici « en permission » à Brooklyn, sous la garde de son oncle Artie Cohen, à qui tout le monde crie : « Dégage ce gamin de là, on n'en veut pas dans le quartier. » Pourtant bon flic, Artie est aveugle quand il s'agit de Billy. Il veut le croire guéri. Le lecteur aussi, jusqu'à une première découverte macabre. La tension monte, le doute s'infiltre, lorsque Luda, une petite fille de la communauté russe, disparaît. Artie est alors contraint d'ouvrir les yeux… Un roman noir poignant sur l'amour et la confiance, la force des racines et les peurs ancestrales.

Auteur : Née à Greenwich Village, Reggie Nadelson a obtenu un diplôme de journalisme à Stanford et réalisé des reportages pour la BBC. Son documentaire consacré à Dean Reed, musicien américain devenu la plus grande star rock de l’ex-URSS, lui a inspiré un livre, Comrade Rockstar. Reggie Nadelson collabore au Vogue américain et à plusieurs quotidiens britanniques. Elle partage son temps entre Londres et New York.

Mon avis : (lu en avril 2011)
Ce livre est la suite du livre « Sous la menace » du même auteur que je n'ai pas lu.
Soupçonné d'avoir tué un homme, Billy a été enfermé dans un centre pour jeunes délinquants en Floride. Le livre « Racines russes » commence deux ans après, Billy est alors âgé de 14 ans, il a obtenu une permission et comme ses parents sont absents c'est son oncle Artie qui l'accueille. Artie est un flic d'origine russe, il aime son neveu Billy et il est persuadé que celui-ci est guéri. Ils vont passer ensemble quatre jours à Brooklyn. Avec Billy et Artie ont arpentent plusieurs quartiers new-yorkais, et l'on découvre une communauté russe de New-York haute en couleur.
Artie doit surveiller Billy mais en même temps il est sollicité par son travail et lorsqu'il doit s'absenter, il laisse Billy pour quelques heures à des proches. Le passé de Billy le rattrape, il n'est pas le bienvenue à New-York.
Dès les premières pages, le lecteur découvre Billy comme un adolescent plutôt mature, sympathique, il semble être rejeté par ses parents et il attend beaucoup de son oncle. Une forte tension psychologique, tourne autour du personnage de Billy. Rapidement, le lecteur ne sait pas comment cerner Billy.
Je n'ai pas été totalement conquise par le roman policier mais j'ai beaucoup aimé la ballade dans New-York, ville qui me fascine de plus en plus depuis le Swap in' Follie's auquel j'avais participé il y a un an.
Merci à Livraddict et au Livre de Poche de m'avoir fait découvrir un auteur et un livre que je ne connaissais pas.

 

Extrait : (début du livre)
Le bruit régulier du moteur au-dessus de ma tête se modifia. Je me redressai et ouvris les yeux, aveuglé par le soleil. Le petit avion qui transportait des touristes volait à basse altitude au-dessus de Coney Island. Il crachota en plein ciel et je retins mon souffle, dans l'attente du crash. A côté de moi, mon neveu Billy était allongé sur la plage. Dans une main, il tenait un poste de radio qui retransmettait un match des Yankees ; ses grands pieds d'adolescent, chaussés de baskets noires, lacets défaits, reposaient sur un carton de pizza de chez Totonno, vide.
L'avion disparut derrière des nuages qui se découpaient dans la lumière ; sans doute volait-il vers un aérodrome quelconque, non loin d'ici, où les touristes embarquaient pour voir la ville d'en haut.
On était mardi, c'était une douce journée de juillet, et seules quelques personnes, deux douzaines peut-être, étaient étendues sur le sable autour de moi, pour se faire bronzer. Deux vieux bonhommes assis sur des chaises en plastique vert jouaient au rami. Près d'eux, deux femmes, leurs épouses très certainement, vêtues de pantalons de survêtement en velours rose et bleu et de coupe-vent assortis, lisaient des journaux russes qui claquaient au vent. Une famille de Pakistanais avait apporté son déjeuner dans des petites boîtes en métal superposées ; ils bavardaient en urdu, probablement. Sans doute imaginaient-ils qu'ils étaient dans leur pays et profitaient d'un après-midi de congé sur une plage de Karachi. Il y avait à Midwood, au coeur de Brooklyn, à environ cinq kilomètres de Coney Island, une importante communauté pakistanaise. Je sentais l'odeur de la nourriture. Ça me donnait faim. 
 

Posté par aproposdelivres à 07:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

20 mars 2011

Le grand Quoi : Autobiographie de Valentino Achak Deng – Dave Eggers

Lu dans le cadre du partenariat Livraddict et Folio

le_grand_quoi le_grand_quoi_p

Gallimard – août 2009 – 626 pages

Folio – janvier 2011 – 690 pages

Prix Médicis étranger 2009

Quatrième de couverture :
Valentino n'a pas huit ans lorsqu'il est contraint de fuir Marial Bai, son village natal, traqué par les miliciens armés par Khartoum. Comme des milliers d'autres gosses, le jeune Soudanais va parcourir à pied des centaines de kilomètres pour échapper au sort des enfants soldats et des esclaves. Valentino passera ensuite plus de dix ans dans des camps de réfugiés en Éthiopie et au Kenya, avant d'obtenir un visa pour l'Amérique. Dans une nouvelle jungle, urbaine cette fois, il découvrira une face inattendue du racisme. À mi-chemin entre le roman picaresque et le récit d'apprentissage, ce livre est avant tout le fruit d'un échange. Eggersl'Américain a écouté Valentinol'Africain se raconter. Sa plume impertinente fait mouche et insuffle à cette autobiographie une dimension épique, qui rappelle celle de Mark Twain.

Auteur : Romancier et nouvelliste, Dave Eggersest né en 1970. Après des études à l'université de l'Illinois, il fonde en 1998, à San Francisco, la McSweeney's, une maison d'édition indépendante qui publie, outre des livres, une revue du même nom. Aujourd'hui considéré comme l'un des protagonistes les plus importants du renouveau de la littérature américaine, il est l'auteur de romans et de recueils de nouvelles parmi lesquels Suive qui peut (2003) et Pourquoi nous avons faim (2007). Le grand Quoi a été récompensé par le prix Médicis étranger 2009, à l'unanimité.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Dès la préface, Valentino Achak Deng fait un résumé du livre et annonce son contenu. C'est un livre où se mêlent fiction et réalité, mais qui témoigne parfaitement sur ce qu'il a vécu pendant toutes ces années.

Au début du livre, Valentino se fait cambrioler par deux Afro-américains, il est ligoté et assiste impuissant au pillage de son appartement. Alors, pour passer le temps, il commence à raconter sa vie. Il n'a pas encore huit ans, lorsque Valentino Achak fuit son village du Sud Soudan, seul à pied, avec un groupe de jeunes garçons pour échapper à la guerre, au sort des enfants soldats ou esclaves. Il est trop tôt confronté à la faim, aux mines, aux bombardements, à la mort « Au Soudan, mourir est un jeu d'enfant. Surtout pour un enfant. » Après des jours et des jours de marche dans le désert il arrive en Éthiopie dans le camp de Pinyudo: au début les conditions sont très dures car ils n'ont rien, mais l'ONU va aider le camp, il y aura bientôt une école... Malheureusement, trois ans plus tard, le gouvernement éthiopien est renversé et les Soudanais sont chassés, ils doivent repasser la frontière, c'est une nouvelle longue marche vers le Kenya et le camp de Kakuma. Valentino y restera dix ans, il continue a étudier et espère pouvoir partir aux États-Unis.

Le titre de ce livre est mystérieux, il vient de d'une légende qui lui a été racontée quand il était petit :
« Lorsque Dieu a créé la terre, il nous fit d'abord, nous le peuple des Monyjang. Il fit du premier homme la plus grande et la plus forte créature de la terre. Il lui donna une femme magnifique, la plus belle sur terre. Quand Dieu en eut terminé et que les Monyjang furent sur terre à attendre ses instructions, Dieu s'adressa à l'homme : « Maintenant que tu es là, sur la plus sacrée et la plus fertile des terres je peux te donner encore une chose. Une créature : une vache. Dieu donna donc à l'homme le bétail, un troupeau magnifique, exactement comme le souhaitaient les Monyjang. L'homme et la femme l'ont remercié du cadeau : ils savaient que les bêtes leur procureraient du lait et de la viande ainsi que la prospérité. Mais Dieu n'en n'avait pas fini. Il ajouta : « Choisis entre ce troupeau, qui est mon cadeau, et le Grand Quoi. »Le premier homme leva la tête vers Dieu et demanda ce que pouvait bien être ce grand Quoi. Dieu répondit à l'homme : « je ne peux pas te le dire mais il faut que tu choisisses entre le bétail et le Quoi ». L'homme et la femme avaient le troupeau sous les yeux. Ils savaient qu'avec ces bêtes il vivraient bien. Que pouvaient-ils espérer de plus ? L'homme et la femme trouvaient stupide d'abandonner ce troupeau pour le Quoi. L'homme opta pour le bétail. Dieu testait l'homme pour voir s'il se rendait compte de qui lui avait été donné, s'il savait se satisfaire de cette générosité plutôt que de l'échanger avec une énigme. »

Qu'est ce que le grand Quoi ? et Quel sera le destin de Valentino ?, ces questions vont le hanter tout au long du roman.

 J'ai eu du mal à en entrer dans ce livre durant les 150 premières pages, j'étais gênée par les perpétuels allers-retours entre le présent aux États-Unis et le passé au Soudan puis en Éthiopie et au Kenya. Ensuite, le récit du passé en Afrique m'a passionnée car je ne connaissais rien de la guerre civile au Soudan, dans les informations on nous parlait du Darfour... Mais ce conflit est d'actualité puisque le Sud-Soudan doit accéder à l'indépendance vis-à-vis de la République du Soudan le 9 juillet 2011 (à la suite d'un référendum d'autodétermination qui a eu lieu du 9 au 15 janvier 2011). Valentino Achak Deng est très attachant, il a un courage fou, malgré tous les malheurs du monde dont il est une des victimes, il se relève avec obstination et sagesse pour aller de l'avant, pour aider les autres.

Le grand Quoi a reçu le prix Médicis étranger 2009 et les droits de ce livre sont reversés à la Fondation Valentino Achak Deng, qui distribue des fonds aux réfugiés soudanais d’Amérique, qui finance la reconstruction du Sud-Soudan, en particulier Marial Bai.
Il existe le site www.valentinoachakdeng.com

Un grand merci à Livraddict et aux éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce témoignage très fort et très poignant sur les "Enfants perdus" du Soudan.

Extrait : (Préface)
Ce livre est le récit romancé de ma vie : depuis le moment où j’ai été séparé de ma famille à Marial Bai, jusqu’aux treize années passées dans des camps de réfugiés en Éthiopie et au Kenya, et à ma rencontre avec les foisonnantes cultures occidentales, à Atlanta et ailleurs.

En le lisant, vous en saurez davantage sur les deux millions et demi de personnes qui ont péri pendant la guerre civile soudaine. Je n’étais qu’un gamin quand le conflit a éclaté. Individu sans défense, j’ai survécu en parcourant à pied des territoires désolés, subissant les bombardements de l’aviation soudanaise, évitant les mines, traqué par les bêtes sauvages et des tueurs. Je me suis nourri de fruits, de racines, de feuilles inconnus, j'ai goûté aux carcasses d'animaux et je suis resté parfois plusieurs jours sans manger. J'ai vécu des épreuves inimaginables. Je me suis haï et j'ai essayé de mettre fin à mes jours. Beaucoup de mes amis et des milliers de mes compatriotes n'ont pas survécu.

Ce livre est né de mon désir et de celui de l'auteur de transmettre aux lecteurs, pour les aider à comprendre, les atrocités commises par les autorités soudanaises avant et pendant la guerre civile. Dans ce but, au cours de ces dernières années, j'ai raconté mon histoire à l'auteur. S'appuyant sur mon récit oral et utilisant comme trame les principaux épisodes de mon existence, il en a tiré ce roman. On peut le qualifier ainsi car de nombreux passages relèvent de la fiction. Ce livre ne prétend pas raconter l'histoire de la guerre civile au Soudan, ni celle du peuple soudanais ou de mes frères d'infortunes, plus connus sous le surnom d'Enfants perdus : juste l'histoire d'un homme, narrée de façon subjective. Et même si elle est romancée, je précise que le monde que j'ai connu est de celui que dépeignent ces pages. Nous vivons une époque où les situations effrayantes relatées ici pourraient se reproduire ; de fait, la plupart se sont reproduites.

Même aux heures les plus sombres, je pensais qu'un jour viendrait où je partagerais mes expériences avec vous, lecteurs, pour éviter que ces atrocités ne se répètent. Ce livre est une forme de combat ; une façon de rester vigilant et de poursuivre la lutte. Lutter pour renforcer ma foi, mon espoir et ma croyance en l'humanité. Merci de lire ce livre. Et que Dieu vous garde.

Valentino Achak Deng
Atlanta, 2006

Posté par aproposdelivres à 12:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

15 mars 2011

Nuits Blanches à Manhattan - Robyn Sisman

nuits_blanches___manhatan_belfond nuits_blanches___manhatan_piment nuits_blanches___manhatan_pocket

Belfond – mai 2005 – 348 pages

France Loisirs - 2000 – 457 pages

Pocket – mai 2005 – 466 pages

traduit de l'américain par Christiane Ellis et David Ellis

Présentation de l'éditeur :
L'impétueuse Suzy Wilding, trente-deux ans, graphiste dans une importante agence de pub londonienne, et le fringant Lloyd Rockwell, trente-cinq ans, publicitaire à NewYork, ignorent tout l'un de l'autre... jusqu'au jour où leurs sociétés jumelles leur offrent d'échanger bureau et appartement pendant un mois.
Très enthousiastes, ils acceptent tous deux l'excitante proposition, mais rapidement, de part et d'autre de l'océan, il faut déchanter... À New York, l'accueil fait à Suzy est des plus froids et l'explosive assistante qu'elle découvre sur place dévoile une dentition de requin ; à Londres, Lloyd tombe des nues : accusé de haute trahison par sa direction, ses jours dans l'entreprise seraient comptés. Qui a bien pu ourdir une telle machination ? Suzy la débrouillarde prend l'enquête en main. Les liaisons téléphoniques transatlantiques grésillent bientôt de croustillantes révélations... "

Auteur : Née aux États-Unis, Robyn Sisman vit aujourd'hui en Angleterre, près de Bath, avec son mari et leurs deux filles. Elle a travaillé dans l'édition avant de se consacrer à l'écriture. Ses succès sont Nuits blanches à Manhattan (1999) et Cul et chemise (2001).

Mon avis : (lu en mars 2011)
J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'étais persuadée avoir vu le film qui était tiré du livre. Or après recherches je n'ai pas retrouvé le nom du film issu de ce livre. Je l'ai peut-être rêvé...

Ce livre est classé dans le genre Chick-Lit (désigne un roman écrit par les femmes, pour le marché féminin), genre que je lis assez rarement.
L'agence de pub Schneider Fox a des agences des deux côtés de l'Atlantique : une à New York et une à Londres. Tous les ans, il y a un programme d'échange de bureau et d'appartement entre collègues pendant un mois. Cette année, Lloyd Rockwell, rédacteur en publicité prometteur de l'agence New Yorkaise, doit faire l'échange avec Julian Joyaux. Mais celui-ci quitte l'agence pour un concurrent et l'échange risque de ne pas se faire. Mais Suzy Wilding, graphiste londonienne accepte de prendre sa place au dernier moment.
Les deux personnages principaux sont très différents et très attachants, Suzy a 32 ans, elle est une célibataire endurcie, plutôt excentrique et venant d'Angleterre. Lloyd Rockwel a 35 ans, il vit avec sa petite amie dans un appartement ordonné, il a une vie rangée et programmée, il vient des États-Unis.
Chacun va découvrir un peu de l'autre en vivant dans l'appartement de l'autre. Pour tous les deux, c'est comme un rêve d'aller vivre un mois à New-York ou à Londres. Mais alors qu'il est déjà à Londres, Rockwell est accusé de trahison et il est renvoyé sur le champ. A distance, Suzy va faire son enquêter et aider Lloyd à se défendre.
L'intrigue est sans surprise surtout si on a lu la quatrième de couverture jusqu'au bout... Mais j'ai trouvé cette lecture plutôt amusante et détendante. Je me suis même plusieurs fois surprise à éclater de rire. (heureusement, je lisais chez moi et pas dans le train...)

Extrait : (page 61)
C'était une petite maison de brique jaune sale, enserrée dans un alignement de constructions identiques, de la fin de l'époque victorienne d'après Lloyd. Devant la maison, derrière une clôture en fer forgé, un jardin étriqué avait été abandonné aux mauvaises herbes. Sur le toit d'ardoise, un fouillis de cheminées et d'antennes de télévision se profilait dans la lueur d'un crépuscule aux couleurs menaçantes.
- Très pittoresque, commenta Lloyd en adressant un sourire d'encouragement à Betsy.
Devant la porte d'entrée, un amoncellement de sacs-poubelle noirs attendait le jour de ramassage des ordures ménagères.
- Du pur Dickens !
- Je ne t'aurais pas donné les clés, par hasard ?
Betsy secoua la tête. Une pluie fine se mit à tomber.
- Je voulais juste m'en assurer, fit Lloyd avant de fouiller, une à une, toutes les poches de son sac de voyage.
La voiture qui les avait accueillis à l'aéroport leur avait aussi apporté les clés dans une enveloppe cachetée. Lloyd savait qu'il les avait mises en lieu sûr, mais quel lieu sûr ? Il commença à vider le contenu de son sac sur le pilier qui soutenait un portail déglingué, déballant portefeuille et cartes de crédit sous le regard d'acier de Betsy.
- Et dans ton imperméable ?
- Tu sais bien que je ne mets jamais rien dans mes poches.
En fait, c'était Betsy qui lui avait apprit que cela cassait la ligne des vêtements, et Lloyd essayait de se corriger de cette habitude.
Mais elle avait vu juste, comme toujours. Lloyd empoigna les valises et gravit les quelques marches du perron. La porte d'entrée donnait sur un petit hall avec deux autres portes. Celle de gauche était la leur et permettait d'accéder à un escalier assez raide conduisant au premier étage.
- Oh ! Seigneur ! s'écria Betsy avec un mouvement de recul devant la couleur criarde de l'escalier.
Au sommet, après un palier étroit, se trouvait la cuisine, une pièce exiguë et encombrée, peinte en jaune jonquille ; un sycomore pressait son feuillage contre la haute fenêtre. Quelques marches supplémentaires menaient à un couloir avec trois autres portes. Betsy ouvrit la première avec précaution. La pièce était sombre, les volets empêchant la lumière du jour d'y pénétrer. Lloyd ne put distinguer qu'un grand lit de cuivre qui semblait occuper tout l'espace. Son enthousiasme tomba. Il entendait déjà Betsy pestant contre l'absence de rangements.   

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Géographie"

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

Posté par aproposdelivres à 06:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,


10 mars 2011

Des éclairs – Jean Echenoz

des__clairs Les Éditions de Minuit – septembre 2010 – 174 pages

Quatrième de couverture :
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.

Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits. Avec lui s'achève, après Ravel et Courir, une suite de trois vies.

Auteur : Né à Orange le 26 décembre 1947, grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopec dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Après Ravel et Courir, Jean Echenoz réalise une biographie romancée de Gregor. Ce personnage est largement inspiré de Nikola Tesla (1856-1943), inventeur américain d'origine croate.
Gregor est moitié génie, moitié savant fou, c'est un visionnaire, il va faire de nombreuses découvertes autour de l'électricité : il défend le courant alternatif, il est précurseur et découvre le principe du radar, mais aussi « La radio. Les rayons X. L'air liquide. La télécommande. Les robots. Le microscope électronique. L'accélérateur de particules. L'Internet.» Ces contemporains ne mesurent pas la portée de ces inventions et elles resteront longtemps oubliées. Gregor n'y connait rien aux affaires, il se fait déposséder de ses plus grandes découvertes par d'autres comme Edison et Marconi.
Gregor vit à l'hôtel, il a la phobie des microbes, il aime la compagnie des pigeons et les multiples de 3. Ses seuls vrais amis sont le couple Axelrod, dont il va aimer en secret Ethel.

Gregor est un homme seul, il a un caractère « ombrageux, méprisant, susceptible, cassant ». Et il finira dans la misère.
Le personnage de Gregor est à la fois attachant et improbable, Echenoz est très agréable à lire et il réussit le tour de force de raconter en moins de 200 pages, les 87 ans de la vie d'un homme exceptionnellement intelligent et visionnaire.

J'ai bien aimé ce livre mais pas autant que Courir qui racontait la vie du coureur Emil Zátopek.

Extrait : (début du livre)
Chacun préfère savoir quand il est né, tant que c’est possible. On aime mieux être au courant de l’instant chiffré où ça démarre, où les affaires commencent avec l’air, la lumière, la perspective, les nuits et déboires, les plaisirs et les jours. Cela permet déjà d’avoir un premier repère, une inscription, un numéro utile pour vos anniversaires. Cela donne aussi le point de départ d’une petite idée personnelle du temps dont chacun sait aussi l’importance : telle que la plupart d’entre nous décident, acceptent de le porter en permanence sur eux, découpé en chiffres plus ou moins lisibles et parfois même fluorescents, fixé par un bracelet à leur poignet, le gauche plus souvent que le droit.

Or ce moment exact, Gregor ne le connaîtra jamais, qui est né entre vingt-trois heures et une heure du matin. Minuit pile ou peu avant, peu après, on ne sera pas en mesure de le lui dire. De sorte qu’il ignorera toute sa vie quel jour, veille ou lendemain, il aura droit de fêter son anniversaire. De cette question du temps pourtant si partagée, il fera donc une première affaire personnelle. Mais, si l’on pourra l’informer de l’heure précise à laquelle il est apparu, c’est que cet évènement se produit dans des conditions désordonnées.    

Livre 37/42 pour le Challenge du 6% littéraire1pourcent2010


Déjà lu du même auteur : courir Courir ravel_ Ravel

 

Posté par aproposdelivres à 06:44 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 mars 2011

Le jardin du diable – Ace Atkins

Lu en partenariat avec Blog-O-Book et les Éditions du Masque

atkins_le_jardin_du_diable_2 Éditions du Masque – janvier 2011 – 360 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Mercier

Quatrième de couverture :
1921, San Francisco. Samuel (plus tard Dashiell, quand il commencera à écrire) Hammett, enquêteur pour Pinkerton, est chargé d’interroger les témoins de ce qui va être le grand procès du monde du cinéma : Roscoe Arbuckle, dit Fatty, célèbre star du comique muet, est accusé d’avoir, lors d’une orgie dans son hôtel, « écrasé » une jeune actrice, Virginia Rappe, provoquant sa mort. L’affaire est un coup monté, dont le livre nous développe les étapes en alternance avec le cheminement de Hammett, marié à une infirmière, tuberculeux, adorant son métier, fumant et buvant beaucoup, et posant toujours les bonnes questions. Il rencontre en route une séduisante blonde, agent du FBI, qui cherche à découvrir qui a approvisionné en alcool la fameuse orgie qui a mal tourné. Outre les deux personnages principaux, les rôles secondaires sont des « people » aussi célèbres que Marion Davies et Howard Hugues, grand instigateur du complot. Le Jardin du diable est aussi une réflexion sur les mœurs dépravées de l’époque, l’obsession de la célébrité et de l’argent, la corruption des magistrats et l’impunité de Hearst : le côté Amérique pourrie qui a poussé Hammett à écrire par la suite Moisson rouge et La Clé de verre.

Auteur :Natif de l’Alabama, Ace Atkins, 40 ans, vit dans le comté d’Oxford, Mississipi, au pays de Faulkner. Ace a pratiqué le football en championnat, été un temps libraire, puis journaliste. Ses enquêtes criminelles dans le Tampa Tribune lui ont valu d’être nommé pour le Livingston Award et pour le prix Pulitzer en 2001. Il est l’auteur de Blues Bar, Dirty South Rap et Tampa Confidential.

Mon avis : (lu en mars 2011)
Ce roman a été écrit à partir de faits réels : En 1921, à San Francisco, Roscoe Arbuckle, dit « Fatty », est l’une des plus grandes stars du cinéma muet. Lors d'une fête particulièrement arrosée, qu'il a organisé et où beaucoup de personnes se sont invités, une jeune starlette, Virginia Rappe est retrouvée mortellement blessée, une amie qui l'accompagne accuse Fatty d'avoir « écrasé » Virginia. Le lecteur comprend vite que Arbuckle est victime d'un coup monté : les témoins sont manipulés et les preuves trafiqués. Sam Hammett, détective à la Pinkerton National Detective Agency, fait son enquête pour le compte de l'avocat de Roscoe Arbuckle.
Ace Akins nous décrit dans cette histoire où se mêle la fiction et la réalité, une époque dissolue où l'alcool coule à flots malgré la prohibition, et où le monde d'Hollywood fascine l'Amérique.

J'avoue avoir eu du mal à lire ce livre, je me suis ennuyée car je m'attendais à lire un roman policier et c'est presque plutôt un documentaire. L'auteur s'est très bien documenté, mais à mon goût cela manque d'action, de suspens ou de rebondissement...

Merci à Blog-O-Book et aux Éditions du Masque pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Pour en savoir plus sur cette histoire vraie : wikipedia

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Loisirs"

 

Posté par aproposdelivres à 07:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

27 février 2011

Faute de preuves - Harlan Coben

En librairie : le 3 mars 2011

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

faute_de_preuves_ faute_de_preuves

France Loisirs - septembre 2010

Belfond – mars 2011 – 378 pages

Quatrième de couverture :
Aux États-Unis, de nos jours. Bonne élève, sportive, les pieds sur terre, Haley McWaid, 17 ans, est la fille dont rêvent tous parents. D'où la surprise de sa mère quand elle découvre que sa fille aurait découché. Et son affolement quand elle ne parvient pas à la joindre. Et son désespoir quand, après trois mois, on est toujours sans nouvelles de la jeune fille. Wendy Tines a sa petite idée. Mère célibataire d'un ado, cette journaliste ambitieuse travaille de concert avec la police pour un programme télé chargé de débusquer les délinquants sexuels. Sa dernière prise, Dan Mercer, un éducateur pour enfants. Tandis que toute la ville est sur les dents, à la recherche d'un prédateur sexuel, Wendy va découvrir que l'affaire Mercer va l'entraîner beaucoup plus loin que tout ce qu'elle aurait pu imaginer... Traque sur internet, délinquance sexuelle, confréries malfaisantes, jeux adolescents qui tournent mal, vengeance... Le maître de nos nuits blanches a encore frappé.

Auteur :Harlan Coben est né et a grandi dans le New Jersey, où il vit avec sa femme et leurs quatre enfants. Ne le dis à personne... (2002), prix des Lectrices de Elle et adapté au cinéma par Guillaume Canet, Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004), Juste un regard (2005), Innocent (2006), Promets-moi (2007), Dans les bois (2008), Sans un mot (2009), Sans laisser d'adresse (2010) et Sans un adieu (2010).

Mon avis : (lu en février 2011)
Une célèbre présentatrice de télévision, Wendy Tines, piège en direct les pédophiles dans son émission. A la suite de d'une dénonciation anonyme, elle piège Dan Mercer, un homme qui travaille avec des jeunes en difficultés. A la même époque, une jeune fille de 17 ans, Haley McWaid disparaît de chez elle. A-t-elle fugué ? A-t-elle été enlevée ? Trois mois plus tard, un indice trouvé accuse Dan de sa disparition. Pourtant, Wendy commence à douter de le culpabilité de Dan et se met à enquêter sur le passé de Dan.

Une histoire assez complexe qui ne nous laisse pas deviner où l'auteur veut nous conduire... Il y a du suspense, des fausses pistes et des rebondissements inattendus. Autour du thème de la vengeance et du pardon, Harlan Coben réussit un thriller haletant qui m'a fait passé un très bon moment de lecture.

Merci aux éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce livre en avant-première, sa sortie est prévue pour le 3 mars 2011. (Ce livre était déjà paru chez France-Loisirs en septembre 2010).

 

Extrait : (page 23)
— Jurez-vous de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ?
Wendy Tynes jura, s'assit et regarda autour d'elle. Elle avait l'impression d'être sur scène, sensation familière pour la journaliste de télévision qu'elle était, sauf que, cette fois, elle ne maîtrisait pas la situation. Derrière elle, les parents des victimes de Dan Mercer. Quatre couples. Ils venaient tous les jours au tribunal. Au début, ils brandissaient les photos de leurs enfants, ce que la juge avait fini par leur interdire, et maintenant ils restaient assis là, silencieux. En un sens, c'était encore plus intimidant.
La chaise était inconfortable. Wendy changea de position, croisa puis décroisa les jambes et attendit.
Flair Hickory, célèbre ténor du barreau, se leva, et pour la énième fois Wendy se demanda comment Dan Mercer avait pu se payer ses services. Flair portait son habituel costume gris strié de rose, une chemise et une cravate roses. Il traversa la salle d'une démarche que, par euphémisme, on aurait pu qualifier de « théâtrale ».
— Madame Tynes, commença-t-il avec un sourire cordial.
Cela faisait partie de son personnage. Flair était gay, certes, mais il en jouait au prétoire façon La Cage aux folles.
— Mon nom est Flair Hickory. Je vous souhaite le bonjour.
— Bonjour, répondit-elle.
— Vous animez une émission télé racoleuse intitulée Pris en flag, est-ce exact ?
L'avocat général, un dénommé Lee Portnoi, déclara :
— Objection. Juridiquement, le terme racoleur n'est pas approprié pour définir une émission de télévision.
Flair sourit.
— Vous en voulez, des « termes appropriés », monsieur Portnoi ?
— Ce ne sera pas nécessaire, intervint la juge Lori Howard.
Dans sa voix on devinait déjà la lassitude. Elle se tourna vers Wendy.
— Répondez à la question, je vous prie.
— Je n'anime plus cette émission, dit Wendy.
Flair feignit la surprise.
— C'est récent, n'est-ce pas ?
— Oui.
— Que s'est-il passé ?
— Elle a été interrompue.
— Taux d'audience trop faible ?
— Non.
— Alors pourquoi ?
— Votre honneur, s'insurgea Lee Portnoi, nous savons tous pourquoi.
Lori Howard hocha la tête.
— Continuez, maître Hickory.
— Connaissez vous mon client, Dan Mercer ?
— Oui.
— Vous vous êtes introduite chez lui, n'est-ce pas ?
Wendy s'efforça de soutenir son regard, en tâchant de ne pas avoir l'air coupable.
— Ce n'est pas tout à fait exact.
— Vraiment ? Eh bien, ma chère, faisons en sorte d'être aussi précis qu'il est humainement possible et revenons en arrière, voulez-vous ?
Il se promena à travers la salle comme s'il défilait sur un podium à Milan. Il eut même le culot de sourire aux familles des victimes. La plupart évitaient ostensiblement de poser les yeux sur lui, mais l'un des pères, Ed Grayson, le foudroya du regard. Flair ne broncha pas.
— Comment avez-vous rencontré mon client ?
— Dans un forum sur Internet.
Flair arqua les sourcils.
— Ah oui ?
Comme s'il s'agissait de la révélation du siècle.
— Quel genre de forum ?
— Un forum fréquenté par des enfants.
— Sur lequel vous étiez inscrite ?
— Oui.
— Vous n'êtes plus une enfant, madame Tynes. Je pourrais ajouter que, mais ne prenez pas cette remarque pour une tentative de séduction de ma part, vous êtes une pulpeuse créature.
— Objection !
La juge Howard poussa un soupir.
— Maître Hickory ?
Flair sourit, esquissa un petit geste de pseudo-contrition. Il était le seul à pouvoir se permettre ce genre d'incartade.
— Bien, madame Tynes. Sur ce forum, vous vous faisiez passer pour une mineure, est-ce vrai ?
— Oui.
— Après quoi vous engagiez des échanges via Internet avec des hommes afin de les inciter à vouloir coucher avec vous ?
— Non.
— Comment ça ?
— J'attendais qu'ils fassent le premier pas.
Flair secoua la tête.
— Tss-tss. Si on me donnait un dollar chaque fois que je dis ça...
Le public s'esclaffa.
— Nous avons les procès-verbaux, maître Hickory, intervint la juge, et nous sommes capables de nous forger une opinion à partir de leur lecture.
Wendy s'étonnait que Dan Mercer ne soit pas là, mais c'était logique puisque ces séances étaient destinées à auditionner les témoins. Flair Hickory espérait convaincre la juge de l'irrecevabilité du matériel effarant et révoltant découvert dans l'ordinateur de Mercer et disséminé un peu partout à son domicile. S'il y parvenait - et ce n'était pas gagné -, Dan Mercer mettrait probablement les voiles, et un prédateur psychopathe serait lâché dans la nature.

Déjà lu du même auteur :
Ne_le_dis___personne_ Ne le dis à personne sans_un_mot Sans un mot 
sans_laisser_d_adresse Sans laisser d'adresse innocent Innocent
sans_un_adieu Sans un adieu

Posté par aproposdelivres à 07:18 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 février 2011

Le poète – Michael Connelly

le_po_te le_poete_p le_po_te_points

Seuil – mai 1997 – 477 pages

Points – juin 1998 - 540 pages

Points - juin 2004 – 541 pages

Résumé :
Le policier Sean McEvoy est retrouvé mort dans sa voiture. Chargé d'une affaire de meurtre abominable, son enquête n'avançait pas. Lorsqu'il apprend le suicide de son frère, Jack, son jumeau, journaliste de faits divers, refuse d'y croire. En cherchant à comprendre, il découvre d'autres cas de policiers apparemment poussés au suicide par des meurtres non résolus. Tous ont été retrouvés avec, à leur côté, des lettres d'adieu composées d'extraits de poèmes d'Edgar Poe. Un effrayant tableau d'ensemble commence à se dessiner. Jack fait pression sur les agents du FBI pour qu'une enquête soit ouverte sur ces suicides en série.

Auteur : Michael Connelly est né le 21 juillet 1956 à Philadelphie. Il déménage avec ses parents en Floride en 1968. Il se marie et a une fille en 1997. Il est diplômé de l'Université de Floride, avec un bachelors degree en journalisme en 1980. Il travaille ensuite comme journaliste à Daytona Beach et Fort Lauderdale (Floride). En 1986, il est le co-auteur d'un article sur les rescapés d'un crash d'avion, qui figure parmi les finalistes pour le Prix Pulitzer, ce qui lui permet de devenir chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times. Ses reportages sur les émeutes de Los Angeles en 1992 sont également remarqués et reçoivent le Prix Pulitzer (qu'il partage avec d'autres journalistes associés à ses reportages).
Il se lance dans la carrière d'écrivain en 1992 avec Les Égouts de Los Angeles, son premier polar, où l'on découvre le personnage de Harry Bosch, inspecteur du LAPD, le héros récurrent de la plupart des romans suivants. Il reçoit pour ce livre le prix Edgar du meilleur premier roman policier. Il abandonne le journalisme en 1994. Il écrit par la suite environ un roman par an, en obtenant régulièrement un succès en librairie. Son roman Le poète reçoit le prix Mystère en 1998 et Créances de sang le grand prix de la littérature policière.
Parmi les romans ne mettant pas en scène Harry Bosch, Créance de sang est adapté au cinéma en 2002 par Clint Eastwood, qui y incarne Terry McCaleb, un ex-agent du FBI. Dans La Défense Lincoln, il aborde le roman procédural qui lui permet d'utiliser son expérience passée de chroniqueur judiciaire.
Ayant quitté Los Angeles, il vit depuis 2001 à Tampa, en Floride.

Mon avis : (lu en février 2011)
Lorsque son frère jumeau Sean est retrouvé mort au volant de sa voiture de police, Jack McEvoy est persuadé qu'il ne s'est pas suicidé. Étant journaliste, il décide de mener l'enquête et découvre plusieurs autres cas de flics "suicidés". Il va mettre les enquêteurs du FBI sur la piste d'un redoutable meurtrier appelé le Poète car il signe ses meurtres par une phrase d'un poème d'Edgar Allan Poe.
Ce roman policier est une vrai réussite, l'intrigue est bien construite, le rythme est soutenu, des fausses pistes, des rebondissements surprenants et une fin inattendue... Je me suis régalée !

Extrait : (début du livre)
La mort, c'est mon truc. C'est grâce à elle que je gagne ma vie. Que je bâtis ma réputation professionnelle. Je la traite avec la passion et la précision d'un entrepreneur de pompes funèbres, grave et compatissant quand je suis en présence des personnes en deuil, artisan habile quand je suis seul avec elle. J'ai toujours pensé que, pour s'occuper de la mort, le secret était de la tenir à distance. C'est la règle. Ne jamais la laisser vous souffler dans la figure.
Hélas, cette règle, la même, ne m'a pas protégé. Quand les deux inspecteurs sont venus me chercher et m'ont parlé de Sean, une sorte de paralysie glacée m'a aussitôt envahi. C'était comme si je me retrouvais de l'autre côté de la vitre d'un aquarium. J'avais l'impression d'évoluer sous l'eau – dans un sens, puis dans l'autre, encore et encore – et de contempler le monde extérieur à travers une paroi de verre. Assis sur la banquette à l'arrière de leur voiture, j'apercevais mes yeux dans le rétroviseur : ils lançaient un éclair chaque fois que nous passions sous un lampadaire. Je reconnus ce regard fixe et lointain, celui des toutes nouvelles veuves que j'avais interrogées pendant des années.

baby_challenge_polar
Lu pour le Baby Challenge - Polar organisé par Livraddict
Livre 10/20 Médaille en chocolat

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
logo_challenge_Petit_BAC
"Sport/Loisirs"

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

Posté par aproposdelivres à 17:10 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 février 2011

Omakayas – Louise Erdrich

omakayas École des Loisirs – mars 2002 – 203 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédérique Pressmann

Quatrième de couverture :
En langue Anishinabeg, Omakayas signifie Petite Grenouille. C'est le nom qu'on lui a donné parce que son premier pas a été un saut. Tout a un sens pour ce peuple Amérindien des grandes forêts du Nord. Au début de cette histoire, Omakayas n'a que huit ans, elle est joyeuse et insouciante, il lui manque deux dents de devant. Elle vit avec son père, sa mère, sa grand-mère fumeuse de pipe, et ses trois frères et soeurs sur l'île de Moningwanaykaning, l'île du Pic à poitrine d'or, sur le lac Supérieur. Son seul gros problème, c'est son frère Petit Pinçon. Elle le trouve insupportable. Il l'énerve, à brailler tout le temps, à mentir, à casser ses jouets, à l'empêcher de réfléchir. Elle ne sait pas encore que trois saisons plus tard, sa vie aura changé. Les esprits lui auront parlé et donné leurs pouvoirs, une corneille mystérieuse se sera laissée apprivoisée, une maladie terrible aura été apportée par les Chimookomanug, les Blancs, et c'est à elle, Omakayas, qu'il incombera de sauver sa famille. Y compris Petit Pinçon.

Auteur :  Karen Louis Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique.

Mon avis : (lu en février 2011)
Ayant déjà lu deux livres de Louise Erdrich que j'avais bien aimé, lorsque j'ai vu celui-ci sur le présentoir de la bibliothèque côté adulte, je n'ai pas hésité à l'emprunter. Je me suis aperçu plus tard que c'était un livre pour jeunes lecteurs, mais il se lit vraiment très bien pour un adulte.
Il nous raconte l'histoire d'Omakayas petite fille de huit ans qui vit avec sa famille sur l'île de Moningwanaykaning (" Pic à Poitrine d'or "), sur le Lac Supérieur. Elle participe aux travaux quotidiens de la famille, elle écoute les sages conseils de sa grand-mère, elle est très admirative de sa grande soeur Angeline, elle adore son petit frère encore bébé Neewo mais elle trouve son frère Petit Pinçon vraiment insupportable ! Au début de l'histoire, c'est l'été, Omakayas va apprivoiser une corneille Andeg et au fil de l'histoire elle découvre sa proximité particulière avec les animaux.
C'est un livre passionnant, il nous fait découvrir les Indiens Anishinabeg, originaire des régions des grandes forêts du Nord de l'Amérique, avec leur façon de vivre et leur mode de pensées très différents des nôtres. La nature et les saisons sont au centre de la vie de ces Amérindiens. Cette histoire est pleine de poésie.
A la fin du livre un glossaire complète bien notre découverte de ce peuple Indiens.

Extrait : (page 13)
NEEBIN (L'ÉTÉ)
LA PETITE MAISON DE BOULEAU
On l'appelait Omakayas, ou Petite Grenouille, parce que son premier pas avait été un saut. C'était une petite fille alerte de sept hivers, une fille réfléchie aux yeux bruns et brillants, et au grand sourire, auquel il ne manquait que les deux dents de devant. Elle toucha sa lèvre supérieure. Elle ne s'était pas encore habituée à ce trou dans sa bouche et avait hâte que de nouvelles dents d'adulte viennent compléter son sourire. Fidèle à son nom, Omakayas observa un long moment l'étendue marécageuse qui scintillait à ses pieds, prit son élan et sauta. Un monticule. Sauvée. Omakayas bondit de nouveau. Cette fois, elle atterrit en haut, tout en haut d'une vieille souche pointue. Elle demeura en équilibre et regarda autour d'elle. L'eau du lagon dessinait des croissants chatoyants. D'épaisses touffes d'herbes ondoyaient. Les tortues de vase faisaient la sieste au soleil. Le monde était si calme qu'Omakayas s'entendait cligner des yeux. A peine le chant doux et solitaire d'un bruant à gorge blanche qui perçait la fraîcheur des bois qui les entouraient.
Tout d'un coup, Grand-mère s'exclama :
- Je l'ai trouvé !
Cela fit sursauter Omakayas, qui glissa, fit de grands moulinets avec les bras, tituba mais parvint à retrouver l'équilibre. Deux grands bonds, un petit saut et la voilà sur la terre ferme. Posant les pieds sur les feuilles et la mousse gorgées d'eau, elle pénétra dans les bois où les chants des moineaux en train d'installer leurs nids se relayaient en canons délicats.
- Où es-tu ? appela Nokomis de nouveau. J'ai trouvé l'arbre !
- J'arrive, répondit Omakayas à sa grand-mère.
On était au printemps et il était temps de couper l'écorce du bouleau.

Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
challenge_100_ans

 

Déjà lu du même auteur :

la_chorale_des_maitres_bouchers_p La Chorale des maîtres bouchers la_mal_diction_des_colombes La malédiction des colombes

Posté par aproposdelivres à 06:48 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,