07 juin 2015

L'île du Point Némo - Jean-Marie Blas de Roblès

LOGOTYPE-2015

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Audiolib - mars 2015 - 12h36 - Lu par Thibault de Montalembert

Zulma - août 2014 - 460 pages

Quatrième  de couverture :
Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae. Voilà donc Holmes et l’aristocratique dandy embarqués dans la poursuite du dangereux criminel. Par une mise en abyme jubilatoire, cette poursuite vient s’entrecroiser avec les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Mais la fabrique est bientôt reprise par le fondateur de B@bil Books, une usine de liseuses électroniques…

Cette folle équipée romanesque est aussi une réflexion sur l’art littéraire, doublée d’une critique radicale de la gouvernance anonyme qui nous aliène jusque dans nos bonheurs les plus intimes.
Jean-Marie Blas de Roblès a obtenu en 2008 le prix Médicis pour Là où les tigres sont chez eux.

Auteur : Né en 1954 à Sidi-Bel-Abès, Jean-Marie Blas de Roblès est notamment l’auteur du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008).

Lecteur : Formé à l’école de comédiens du Théâtre des Amandiers de Nanterre,Thibault de Montalembert joue au cinéma et au théâtre sous la directionde metteurs en scène prestigieux : Costa-Gavras, Desplechin, Wargnier, Bonello…Très grand lecteur, il a enregistré pour Audiolib : Le voyage dans le passé,trois nouvelles de Boris Vian, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants(Grand Prix du livre audio « La Plume de Paon » 2012), Karoo et La Véritésur l’affaire Harry Quebert, Prix Audiolib 2013. 

Mon avis : (écouté en mai 2015)
Ce livre est très difficile à résumer, c'est une folle aventure autour du monde, un mélange d'Agatha Christie, de Jules Vernes, de Conan Doyle... Un mélange de roman d'aventure, de roman policier avec quelques touches de fantastiques...
Martial Canterel, un dandy, et son majordome, Lady MacRae, une comtesse écossaise, et John Shylock Holmes, un détective, partent à la recherche d'un diamant volé, cela commence par un voyage plein d'embûches dans le Transsibérien... il y aura également un voyage en dirigeable... Il y a beaucoup de références à des évènements historiques, à la littérature et aux sciences.
Malheureusement, je n'ai pas réussi à entrer dans l'esprit de ce livre, et j'ai fini par être embrouillée dans les différentes histoires. En lecture audio, il est difficile de feuilleter le début du livre pour revenir sur certains passages que l'on aurait pu oublier. 
Et pris par le temps (date à laquelle il fallait rendre le classement pour le Prix Audiolib), je n'ai écouté que la moitié du livre... je ne pense pas que je terminerai le livre ces jours prochains.

Extrait : (début du livre)
Le Tigre à droite, désormais invisible, à gauche les hauteurs pelées des monts Gordiens ; entre les deux, la plaine ressemblait à un désert fourmillant de carabes à reflets d’or. C’était à Gaugamèles, moins de trois ans après la cent douzième Olympiade. Darius avait aligné quelque deux cent mille fantassins et trente mille cavaliers : Indiens auxiliaires, troupes de Bactriane conduites par leurs satrapes respectifs, Scythes d’Asie, tous archers à cheval alliés des Perses, Ariens, Parthes et Phrataphernes, Mèdes, Arméniens, mercenaires grecs, sans oublier ceux d’Hircanie, de Suse, de Babylone ; Mazaios commandait aux soldats de la Syrie, Oromobatès à ceux des bords de la mer Rouge. On comptait aussi quinze éléphants et deux cents chars à faux pour lesquels le Roi des Rois avait fait dépierrer l’emplacement prévu pour la bataille.

Alexandre dormait.
Sur ses ordres, l’armée macédonienne – quarante mille hommes de pied, et à peine sept mille chevaux – s’était déployée sur un front oblique. La phalange au centre, protégée sur ses flancs par les hypaspistes de Nicanor, les bataillons de Perdiccas, ceux de Méléagre, la cavalerie thessalienne de Parménion sur l’aile gauche, celle de Philotas à l’autre extrémité. Le soleil déjà haut faisait luire casques et cuirasses, les boucliers aveuglaient.
Alexandre dormait toujours. Ses compagnons eurent le plus grand mal à le réveiller, mais lorsqu’il fut debout, il enfourcha Bucéphale et rejoignit l’aile droite, à la tête des cavaliers macédoniens.
Darius, au centre de son infanterie d’élite – dix mille Immortels dont on savait que pas un seul ne mourrait au cours du combat sans être aussitôt remplacé – signifia l’ordre de l’attaque. Il fit donner le gros de sa cavalerie sur l’aile gauche d’Alexandre et lança les chars pour enfoncer la phalange centrale. Le roi de Macédoine ne parut pas s’en préoccuper. Il emmena ses cavaliers vers la droite, comme s’il voulait contourner le front de ce côté, provoquant en miroir le même déplacement de la cavalerie adverse, mais avec pour effet de la disjoindre du reste des troupes et d’étirer le front. Tandis que Parménion subissait l’assaut des Perses, les phalangistes se préparaient au choc. Lorsque les chars ne furent plus qu’à une cinquantaine de mètres, cette haie d’hommes hérissée de piques s’ouvrit en plusieurs couloirs. Dans le même temps, les trompettes sonnèrent, et tous les fantassins se mirent à frapper du glaive le fer de leur bouclier. Cet incroyable vacarme effraya les chevaux des attelages, certains refusèrent, entraînant la culbute des chars, les autres s’engouffrèrent d’instinct dans les allées ménagées par les soldats. En se refermant sur eux, la phalange les avalait ; elle les digéra ensuite à coups de sarisses. Il faut pourtant avouer, dira Diodore, que quelques chariots, échappés à cette défense, firent de terribles dégâts dans les endroits où ils tombèrent. Les tranchants des faux et des autres ferrements attachés aux roues étaient affilés au point qu’ils portaient la mort sous des formes très différentes, enlevant aux uns le bras accompagné du bouclier qu’il portait, coupant à d’autres la tête si subitement, que posée à terre elle beuglait encore. Plusieurs infortunés furent tranchés par le milieu et moururent avant que d’avoir senti le coup.

Challenge 7% Rentrée Littéraire 2014 
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29 avril 2015

Le Syndrome du pire - Christoffer Carlsson

 Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Ombres noires

le syndrome du pire Ombres noires - mars 2015 - 352 pages

traduit du suédois par Carine Bruy

Titre original : Den Osynlige Mannen Från Salem, 2013

Quatrième de couverture :
Stockholm, fin de l'été 2013. Une jeune droguée, Rebecca Salomonsson, est abattue dans un foyer pour femmes. Trois étages plus haut, dans son appartement, Leo Junker est réveillé par les lumières des voitures de police. Flic, il travaille aux affaires internes, la division la plus mal vue, celle des "rats" qui enquêtent sur leurs collègues. Suspendu depuis "L'affaire Gotland", au cours de laquelle il a commis une erreur qui a coûté la vie à un policier, rongé par la culpabilité, Leo s'étiole dans son nouveau job. Alcool, errances nocturnes, sa vie ressemble à un lent naufrage. Mais, dans le meurtre Salomonsson un indice le frappe particulièrement, qui fait ressurgir à sa mémoire des personnages troubles de son adolescence: Julia et John Grimberg. De plus, des messages énigmatiques arrivent à son portable. Et pourquoi a-t-il le sentiment diffus d'être suivi? Quand la réalité se délite, à quoi peut-on s'attendre, sinon au pire? 
Déjà traduit dans plus de 16 pays, Le Syndrome du pire a été élu roman policier de l'année par l'Académie des auteurs de roman policier suédois. Ce prix a déjà récompensé de grands noms du polar tels que Stieg Larsson, Henning Mankell, Johan Theorin ou Åke Edwardson.

Auteur : Christoffer Carlsson est né en 1986. Titulaire d'un doctorat en criminologie, il enseigne cette discipline. En 2012, l'European Society of Criminology lui a décerné le Young Criminologist Award pour son travail de recherche sur la rédemption des anciens criminels. 
Le Syndrome du pire a été élu roman policier de l'année par l'Académie des auteurs de romans policiers suédois.

Mon avis : (lu en avril 2015)
Leo Junker fait partie de la police, il est acuellement suspendu après "L'affaire Gotland" qui s'est terminé en fiasco. Depuis, il déprime et se réfugie dans l'alcool et les nuits blanches. Et voilà qu'une jeune droguée est assassinée dans le foyer pour femmes situé au 1er étage de l'immeuble de Leo Junker. Réveillé par les lumières des gyrophares, il ne peut pas s'empêcher d'aller voir la scène de crime et des souvenirs de son enfance ressurgissent...

Dans ce roman policier, le lecteur va découvrir l'enquête présente mais également les souvenirs d'enfance de Leo et les errances présentes de Leo.
La construction de ce roman policier suédois est originale mais je n'ai pas été captivée par ce livre, Leo Junker est attachant, mais je devais en attendre trop à cause de la phrase présente sur la couverture  « Élu roman policier de l’année en Suède »...

Merci Babelio et les éditions Ombres noires pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
À mon réveil, il fait noir et j’ai la certitude que quelque chose est arrivé. Du coin de l’œil, je vois un flash. De l’autre côté de la rue, la façade du bâtiment est frappée par des lumières bleues aveuglantes. Je me coule hors de mon lit, gagne la kitchenette, bois un verre d’eau et glisse un comprimé de Serax sur ma langue. J’ai rêvé de Viktor et de Sam.
Le verre vide à la main, je me dirige vers le balcon et ouvre la porte-fenêtre. Le vent, chaud mais humide, me fait frissonner et je découvre l’attroupement en contrebas. Une ambulance et deux voitures de police sont garées devant l’entrée. Un agent tend un ruban bleu et blanc entre deux réverbères. Je perçois des voix étouffées, le crachotement d’une radio de police et le clignotement silencieux des gyrophares. Et au-delà, la rumeur d’un million d’habitants, le son d’une capitale provisoirement assoupie.

Je retourne à l’intérieur, enfile un jean, boutonne une chemise et passe la main dans mes cheveux. Sur le palier : un ventilateur qui tourne quelque part derrière le mur, le frou-frou discret de vêtements, une voix basse qui marmonne. Quelqu’un a pressé le bouton d’appel de l’antique ascenseur et la cabine amorce sa descente dans un grincement métallique, qui fait vibrer toute la cage.
— On ne peut pas mettre cette saloperie d’ascenseur hors-service ? siffle quelqu’un.
La cabine couvre le bruit de mes pas tandis que je descends l’escalier qui s’enroule autour de la petite cage. Je m’arrête au deuxième étage et attends. Sous mes pieds, au premier, quelque chose s’est produit. Et ce n’est pas la première fois.
Il y a plusieurs années, une association caritative, aidée par la donation d’une personne qui ne savait plus quoi faire de son argent, a acheté le vaste appartement du premier étage. Le groupe a transformé les lieux en un centre d’hébergement pour les marginaux et l’a baptisé Chapmansgården. Ils sont inspectés au moins une fois par semaine, en règle générale par des bureaucrates blasés envoyés par les services sociaux, mais souvent aussi par la police. Le centre est géré par une ancienne assistante sociale, Matilda ou Martina, je ne me souviens plus de son nom. Elle est âgée, mais inspire davantage le respect que la plupart des officiers de police.
En jetant un coup d’œil par-dessus la rampe, je constate que la porte en bois du centre est ouverte. Les lumières y sont allumées. La voix agacée d’un homme est tempérée par celle, plus douce, d’une femme. La cabine passe devant moi, elle me dissimule aux regards tandis que je la suis jusqu’au premier étage. Les deux agents en faction se figent en m’apercevant. Ils sont jeunes, bien plus jeunes que moi. L’ascenseur s’immobilise au rez-de-chaussée et soudain, tout devient très silencieux.
— Fais attention où tu marches, dit la femme à son collègue.
— Installe le périmètre, répond-il en lui tendant le rouleau de ruban bleu et blanc, ce qui lui vaut un regard noir.
— Toi, tu t’en charges, moi, je m’occupe du type.
Elle a retiré sa casquette et la tient à la main. Ses cheveux sont relevés en queue-de-cheval et on dirait qu’elle a subi un lifting. L’homme a une mâchoire carrée et un regard doux. J’ai le sentiment qu’ils sont tous les deux secoués parce qu’ils n’arrêtent pas de consulter leur montre. Sur les épaulettes de leur uniforme, il n’y a qu’une seule couronne dorée, pas de galons. De simples gardiens de la paix donc.
Il se dirige vers la cage d’escalier avec le ruban. Je m’efforce de sourire à la femme.
— Écoutez, dit-elle, il s’est passé quelque chose et j’aimerais que vous ne quittiez pas le bâtiment.
— Je ne sors pas.
— Que faites-vous ici alors ?
Je tourne les yeux vers la large fenêtre du palier, qui donne sur l’immeuble d’en face. Il est encore baigné de lumière bleue.
— Je me suis réveillé.
— Vous avez été réveillé par les gyrophares ?
J’acquiesce, sans vraiment savoir ce qu’elle pense. Elle paraît surprise. Je détecte une odeur âcre et ce n’est qu’à cet instant que je remarque à quel point elle est pâle et que ses yeux sont injectés de sang. Elle vient de vomir.
Elle incline la tête très légèrement, presque imperceptiblement, et fronce les sourcils.
— Nous sommes-nous déjà rencontrés ?
— Je ne pense pas.
— En êtes-vous sûr ?
— Je suis policier, je tente, mais… non, je ne pense pas que nous nous soyons déjà rencontrés.

 

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Suède

 

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  18/25 

Challenge Petit Bac 2015 
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Mort (3)

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16 avril 2015

Yeruldelgger - Ian Manook

  Lu dans le cadre du Challenge
 
"Écoutons un livre"
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Audiolib - janvier 2015 - 15h32 - Lu par Martin Spinayer

 

Quatrième de couverture :
Le corps enfoui d’une enfant, découvert dans la steppe par des nomades mongols, réveille chez le commissaire Yeruldelgger le cauchemar de l’assassinat jamais élucidé de sa propre fille. Peu à peu, ce qui pourrait lier ces deux crimes avec d’autres plus atroces encore, va le forcer à affronter la terrible vérité. Il n’y a pas que les tombes qui soient sauvages en Mongolie. Pour certains hommes, le trafic des précieuses « terres rares » vaut largement le prix de plusieurs vies. Innocentes ou pas. Dans ce thriller d’une maîtrise époustouflante, Ian Manook nous entraine sur un rythme effréné des déserts balayés par les vents de l’Asie Centrale jusqu’à l’enfer des bas-fonds d’Oulan-Bator. Il y avait la Suède de Mankell, l’Islande d’Indridason, l’Écosse de Rankin, il y a désormais la Mongolie de Ian Manook !
Une interprétation à « coeur battant » qui entraîne l’auditeur dans une histoire pleine de méandres, bouleversante, en immersion totale.

Auteur : Patrick Manoukian, alias Ian Manook, a sûrement été le seul beatnick à traverser d'Est en Ouest tous les États-Unis pour assister au festival de Woodstock et s'apercevoir en arrivant en Californie qu'il s'ouvrait le même jour sur la côte Est, à quelques kilomètres de son point de départ. C'est dire s'il a la tête ailleurs et l'esprit voyageur. Journaliste, éditeur, publicitaire et désormais romancier, Yeruldelgger est son premier roman mais certainement pas le dernier, puisqu’il inaugure une série mettant en scène le commissaire éponyme.

Lecteur : Martin Spinhayer est un comédien belge de théâtre, de télévision et de doublage.Acteur de l’ombre des studios, il se consacre à tous les aspects vocaux dumétier, passant des personnages les plus sombres aux plus extravagants.Son timbre grave lui a permis d’incarner la voix française, notamment,de John Goodman et Jeremy Irons. 

Mon avis : (écouté en avril 2015)
Cela faisait quelques temps que je voulais découvrir ce roman policier et j'étais donc ravi de découvrir qu'il faisait parti de la sélection du Prix Audiolib. Voilà un roman noir écrit par un français et dont l'action se déroule en Mongolie. 
Tout commence avec la découverte des corps de trois chinois émasculés dans un entrepôt à Oulan-Bator puis celle du corps d'un enfant enseveli avec son petit vélo dans la steppe. Le commissaire Yeruldelgger doit résoudre ses deux enquêtes avec son équipe. 

L'histoire est palpitante et le cadre magnifique. Le lecteur suit une enquête pleine de noirceur, de surprises et de rebondissements et en même temps découvre la Mongolie, ses paysages, ses coutumes, sa réalité économique, sociale.
La quatrième de couverture évoque Mankell et la Suède ou Indradison et l'Islande, pour ma part je trouve ce roman plus proche de Tony Hillerman et Jim Chee. Ici la tradition Mongole et ses valeurs que l'on retrouve encore dans la steppe s'affronte à la modernité, la corruption et les trafics d'Oulan-Bator.

Dans la version audio, l'entretien avec l'auteur complète toujours très bien notre lecture. 
Je continuerai sans hésitation de découvrir les prochaines aventures de Yeruldelgger.

 

Extrait : (début du livre)
Yeruldelgger observait l’objet sans comprendre. D’abord il avait regardé, incrédule, toute l’immensité des steppes de Delgerkhaan. Elles les entouraient comme des océans d’herbe folle sous la houle irisée du vent. Un long moment, silencieux, il avait cherché à se convaincre qu’il était bien là où il se trouvait, et il y était bien. Au cœur de distances infinies, au sud de la province du Khentii et à des centaines de kilomètres de ce qui pourrait un tant soit peu justifier la présence incongrue d’un tel objet.
Le policier du district se tenait respectueusement à un mètre derrière lui. La famille de nomades qui l’avaient alerté, à quelques mètres en face. Tous le regardaient, attendant qu’il apporte une explication satisfaisante à la présence de l’objet saillant de terre, de travers par rapport à l’horizon. Yeruldelgger avait respiré profondément, malaxé son visage fatigué dans ses larges paumes, puis il s’était accroupi devant l’objet pour mieux l’observer.
Il était vidé, épuisé, comme essoré par cette vie de flic qu’il ne maîtrisait plus vraiment. Ce matin à six heures on l’envoyait enquêter sur trois cadavres découpés au cutter dans le local des cadres d’une usine chinoise dans la banlieue d’Oulan-Bator, et cinq heures plus tard il était dans la steppe à ne même pas comprendre pourquoi on l’avait envoyé jusque-là. Il aurait de loin préféré rester en ville pour enquêter sur les cadavres des Chinois avec son équipe. Il savait par expérience et par goût de l’adrénaline que la première heure sur une scène de crime était déterminante. Il n’aimait pas trop ne pas y être, même s’il avait toute confiance en l’inspecteur Oyun qu’il avait laissée en charge. Elle savait y faire et le tiendrait au courant si nécessaire.
Le policier du district n’avait pas osé s’accroupir à côté de lui. Il restait debout, à moitié penché, les genoux pliés et le dos cassé en deux. Mais à la différence de Yeruldelgger, il ne cherchait pas à comprendre. Il attendait juste que le commissaire de la capitale le fasse. Les nomades, eux, s’étaient accroupis en même temps que lui. 
Le père était peut-être un grand-père, le visage plissé par la lumière du soleil sous son chapeau traditionnel pointu. Il portait un vieux deel de tissu satiné vert, tout brodé de jaune, et des bottes de cavalier en cuir. La femme était habillée d’un manteau bleu clair et soyeux serré par une large ceinture de satin rose. Elle était beaucoup plus jeune que l’homme. Les trois enfants se suivaient en rang d’oignons, rouge, jaune et vert : deux garçons et une petite dernière. Le commissaire jugea qu’il y avait à peine un an de différence de l’un à l’autre. Toute la famille affichait un air réjoui et de grands sourires qui tranchaient sur leurs visages à la peau rugueuse et rougie par les vents des steppes, le sable des déserts et les brûlures de la neige. Yeruldelgger avait été un gamin des steppes comme eux dans une de ses premières vies.
– Alors, commissaire ? osa le policier du district.
– Alors c’est une pédale. Une pédale de petite taille. Je suppose que tu as déjà vu une pédale, policier ?
– Oui, commissaire. Mon fils a un vélo.
– À la bonne heure, soupira Yeruldelgger, alors tu sais ce que c’est qu’une pédale !
– Oui, commissaire.
En face d’eux, la famille de nomades accroupis en rang d’oignons écoutait leur échange en souriant. Derrière, on apercevait leur yourte blanche, et tout autour la steppe verdoyante ondulée par le vent à perte de vue jusqu’à l’horizon bleu des premières collines. On ne distinguait même pas la piste étroite par laquelle le petit tout-terrain russe les avait bringuebalés jusqu’à la yourte.
Yeruldelgger posa ses puissantes mains bien à plat sur ses cuisses, à la manière des sumos japonais, et rentra la tête dans les épaules pour se forcer à contenir la colère qui montait.
– Et c’est pour ça que tu m’as fait venir ?
– Oui, commissaire…
– Tu m’as fait faire trois heures de piste depuis Oulan-Bator pour une pédale qui sort de terre ?
– Non, commissaire, c’est pour la main !
– La main ? Quelle main ?
– La main sous la pédale, commissaire.
– Quoi ? Il y a une main sous cette pédale ?

Challenge Petit Bac 2015 
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Titre : 1 mot (3)

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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22 mars 2015

Les loups blessés - Christophe Molmy

Lu en partenariat avec les Editions de la Martinière 

les loups blessés Editions de la Martinière - mars 2015 - 334 pages

Quatrième de couverture :
Ce sont deux loups blessés. L’un par une vie de braquages, d’extorsions, d’années passées en prison : Matteo Astolfi, un criminel de haut rang. L’autre par son métier, la pression de sa hiérarchie, les trahisons de ses indics : Renan Pessac, commissaire à Paris. Leurs deux destins vont se percuter. De braquages en filatures, ils vont se chercher, se traquer. Chercher tous deux à échapper à leur destin, pour connaître l’impossible rédemption. Jusqu’au grand chaos.

Auteur : Christophe Molmy est chef de la Brigade de Recherche et d’Intervention (BRI), dite aussi Brigade de l’antigang, à Paris. Spécialiste du grand banditisme, Il a commencé sa carrière dans la Police Judiciaire à Marseille, et a longtemps travaillé à l’Office Central pour la Répression de Banditisme (OCRB). Il a 45 ans et c’est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2015)
Tout commence avec le braquage de deux convoyeurs de fonds qui tourne mal, les deux convoyeurs ayant été froidement tués pour un butin de seulement soixante mille euros. Le lecteur sait que les coupables sont deux frères, Imed et Nordine Belkiche, connus plutôt dans le trafic de drogue, et le jeune Doumé Astolfi, Corse et frère de Matteo, un caïd du grand banditisme.
Du côté de la police, il y a le commissaire Renan Pessac est chef du Service central de répression du banditisme et l'équipe de Philippe Lelouedec. Pour obtenir des informations, Renan Pessac est en relation avec deux indics : Tania, une prostituée, devenue une amie et le Grand.
Grâce à l'auteur, qui est lui-même dans la police, le lecteur découvre le dessous de la profession, les méthodes de filatures, d'écoute, de renseignement, le vocabulaire... C'est plutôt intéressant et instructif.
Nous allons suivre durant tout le roman policier, le jeu du chat et de la souris entre bandits et policiers.
J'ai trouvé quelques longueurs à l'intrigue pas si palpitante que cela. Mais j'ai trouvé ce livre très bien documenté et donc très intéressant pour connaître le fonctionnement des indics et d'une enquête policière.
Merci Anaïs et les Editions de la Martinière pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
À l’abri dans un hall d’immeuble, Matteo Astolfi cherchait à reprendre son souffle, plié en deux, dos au mur, les mains posées sur ses genoux. Les muscles de ses cuisses étaient en feu et sa gorge si sèche qu’il chercha un peu de salive pour parvenir à déglutir. Après la fusillade, le calme qui régnait là avait quelque chose d’irréel. Dehors, le bruissement de la rue ressemblait à une brise intemporelle, comme une étrange mélopée chargée de l’inquiétude des passants. Au milieu du trafic, qui reprenait lentement, il entendait leurs murmures tandis qu’ils cherchaient à glaner des détails sur l’événement qui venait de secouer le quartier. Les sens aux aguets, il épiait le moindre mouvement, et chaque son résonnait comme une menace. Derrière la vitre opaque de la porte, les silhouettes, pareilles à celles d’un théâtre d’ombres, dansaient sur le trottoir. Matteo s’efforça au calme pour retrouver ses esprits et tenta de se redresser. Une pointe de feu fusilla son ventre, le renvoyant dos au mur. Tout était allé si vite, qu’il s’était mis à courir sans réfléchir, sans même réaliser qu’il était blessé, avant que sa chair meurtrie ne commence à diffuser une douleur aiguë dans tout son corps. Maintenant, son abdomen le lançait atrocement. Il souffla à petits coups et tenta de se concentrer sur le décor de ce film noir dont il était devenu l’acteur. Les murs sales et décatis qui l’entouraient lui arrachèrent une grimace de dégoût, il s’en détourna en fermant les yeux. Ici, tout suintait la misère et la crasse. Tout n’était que laideur. Cette bâtisse ressemblait à son monde, finalement, et tout était sa faute. Ses jambes faiblirent et il glissa lentement au sol. Il serra les dents pour ne pas se mettre à hurler. Son organisme ne secrétait plus d’endorphine, une souffrance atroce lui déchirait les entrailles à chaque respiration. La peau de ses mains avait pris une teinte blafarde qui l’effrayait. Prudemment, il glissa une main sous son teeshirt pour chercher la plaie du bout des doigts, mais la douleur le secoua de tremblements. Un goût métallique et salé inonda sa bouche, il cracha un peu de sang, considérant, vaguement hébété, la tâche brune qu’il venait de lâcher sur les carreaux de ciment défraîchis. Ses jambes étaient engourdies par l’humidité qui montait du sol. Quand tous ses membres furent paralysés par le froid, il cessa de lutter et se sentit flotter jusqu’à ce que la lumière s’éteigne. Plongé dans le noir, plus rien ne pouvait l’empêcher de se laisser couler. La pièce se mit à tourner autour de lui et il s’évanouit, enfin. Lorsqu’il reprit connaissance, le mur jaune pisseux était toujours là, en face de lui. Rien n’avait changé, ni ici ni dehors, et il sut qu’il allait devoir faire un choix. Il pouvait encore se battre, lutter pour se remettre debout et s’enfuir. Ou bien abandonner et mourir ici.

 Challenge Petit Bac 2015 
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Animaux (3)

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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28 février 2015

Six fourmis blanches - Sandrine Collette

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

six fourmis blanches Denoël - janvier 2015 - 288 pages

Quatrième de couverture :
Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper ? 
Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant. 
À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches… 
Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

Auteur : Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage sa vie entre l'université de Nanterre et ses chevaux dans le Morvan. Six fourmis blanches est son troisième roman.

Mon avis : (lu en février 2015)
C'est mon premier livre de Sandrine Collette, une auteur qui est en train de se faire un nom dans le monde du roman policier et que j'avais très envie de découvrir. La rencontre a été réussie. Le lecteur suit en parallèle deux histoires différentes. Celle de Mathias, il a pris la suite de son grand-père et devenu le « sacrificateur » de la vallée. Il sait éloigner les mauvais esprits de la montagne. De nombreux paysans font appellent à ses dons.
Celle de Lou, Elias, son compagnon, et quatre autres randonneurs qui s'apprêtent à faire une randonnée de trois jours dans les montagnes d'Albanie accompagnés de leur guide Vigan. 
Comme on peut s'y attendre les deux histoires vont se rejoindre... 
J'ai beaucoup aimé les descriptions de cette nature sauvage et parfois hostile, l'atmosphère qui devient de plus en plus angoissante, impossible de lâcher son livre avant la fin... Un roman policier palpitant, inquiétant et glaçant (au propre comme au figuré) vraiment très réussi et je poursuivrai avec cette auteur !

Merci Célia et les éditions Denoël 

Extrait : (début du livre)
Le mal suinte de ce pays comme l’eau des murs de nos maisons tout le long de l’hiver. Enraciné en nous, telle une sangsue fossilisée sur une pierre. C’est ce que disait mon grand-père, et avant lui son père, et le père de son père : depuis toujours ces montagnes sont maudites. Qui se souvient que quelque chose de beau y ait été conçu, s’y soit développé? Que de contreparties à notre présence ici, que de compromis pour nous donner, parfois, le sentiment de bien vivre. Les vieux répètent à l’envi que les mauvais esprits ont choisi cet endroit pour venir mourir; qu’ils y agonisent des années durant, crachant des imprécations sur nos roches et nos forêts malingres. Nous sommes de trop dans ces vallées; nous en payons le prix fort. Nous aurions dû abandonner ces terres où nous n’avons jamais été les bienvenus. Si seulement nous étions raisonnables. Mais nous sommes faits de la même caillasse, refusant de céder une once de terrain, acharnés à faire pousser les tubercules qui nous permettent de tenir amaigris jusqu’au printemps suivant. Heureux d’un rien, aussi. Nous observons stupéfaits les gens des villes étrangères investir notre région pendant les vacances. Ils sont rares encore; mais leur nombre augmente chaque année, et nous avons cessé de les compter. D’eux, nous ne voyons que rires, artifices et argent. Ils s’approprient nos montagnes et se moquent haut et fort de nos superstitions. Nous nous taisons : nous qui naissons ici, qui y restons jusqu’à ce que la mort blanchisse nos os, nous savons de quoi les esprits sont capables. Le malheur a tant frappé nos aïeuls; personne ne croit qu’il ait arrêté de nous tourner autour. Et si certains d’entre nous le pensent, ils continuent à faire comme si, pour ne pas provoquer. Devant l’abîme des montagnes, quand le vent siffle aux oreilles son étrange mélopée, chacun peut sentir sa présence. Bien sûr qu’il est là. Le mal. Le diable, disent les anciens. Tous nos actes sont soupesés au regard de cette unique question : cela le fera-t-il resurgir? Nos vies se rythment et s’épuisent à prendre garde. Même dans les grands moments de fête, nous désignons des veilleurs, postés aux coins des falaises, qui surveillent les chemins des villages. Comme si le mal ignorait les sentiers détournés qui finiront par le mener à l’un d’entre nous : superstition toujours. Mais c’est notre façon de lui montrer notre respect. D’espérer que cela l’éloigne. Nous lui offrons prières et cadeaux, tels les païens d’une autre époque, presque sans réfléchir — par réflexe. Quand cela ne suffit pas, il nous prend un vieillard; parfois un enfant. Le mal est mon compagnon de chaque jour. S’il disparaissait, je m’évaporerais du même coup. Mais jamais il ne s’achèvera, je le sais : pour cela, il faudrait que le monde s’arrête.

 Challenge Petit Bac 2015 
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Animaux (2)

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  14/25 

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08 février 2015

L'effet papillon - Jussi Adler Olsen

Lu en partenariat avec Albin Michel

l'effet papillon Albin Michel - janvier 2015 - 648 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Marco effekten, 2012 

Quatrième de couverture :
Si William Stark n’avait pas été intrigué par un SMS envoyé du Cameroun, René Ericksen, son boss au Bureau d’Aide au Développement, n’aurait pas été obligé de se débarrasser de lui. Si Marco, un jeune voleur gitan n’avait pas trouvé refuge là où le cadavre putréfié de Stark végète depuis trois ans, son oncle, chef d’un réseau mafieux, n’aurait pas lancé ses hommes à ses trousses à travers tout Copenhague pour l’empêcher de révéler à la police l’existence de ce corps qu’il a enterré de ses propres mains...
Pour stopper cet engrenage de la violence, l’inspecteur Carl Mørck et l’équipe du Département V doivent retrouver Marco. Et remonter la piste d’une affaire dont les ramifications politiques et financières pourraient bien faire vaciller l’intégrité politique du Danemark.
Grand Prix policier des lectrices de Elle, Prix polar des lecteurs du Livre de poche, le Danois Jussi Adler-Olsen est une figure désormais incontournable du thriller scandinave.

Auteur : Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec sa série bestseller Département V.

Mon avis : (lu en février 2015)
Ce livre est le cinquième épisode de la série Département V où l’inspecteur Carl Mørck est le personnage principal. Jusqu'à présent, je n'avais lu que le premier tome de cette série et lorsque l'on m'a proposé de lire celui-là , je n'ai pas hésité. Ne pas avoir lu les épisodes 2, 3 et 4 ne m'a absolument pas gênée pour apprécier celui-ci.
Le lecteur découvre plusieurs histoires : celle de William Stark qui travaille au ministère au Bureau d'Aide au Développement et s'occupe d'un projet au Cameroun, celle de Marco, un adolescent de quinze ans, qui a quitté la bande de voleurs dirigée par son oncle Zola et bien sûr l'équipe du Département V.
Après un voyage en Afrique, William Stark disparait mystérieusement.
Marco ne veut plus être un voleur, il voudrait devenir un garçon normal, faire des études, apprendre un vrai métier. Être libre... Le jour, où il entend qu'il devient gênant et que Zola demande à ses sbires de le mutiler, Marco s'enfuit en pyjama, pieds nus, dans la nuit. Dans sa fuite, il découvre par hasard le cadavre d'un homme enterré dans le bois situé derrière les maisons du clan. Le voilà donc malgré lui l'effet déclancheur d'une multitude d'évènements, il va devoir se cacher pour échapper à de nombreux poursuivants... Parallèlement, le Département V enquête sur la disparition de Stark, Carl Mørck découvre que le jeune Marco détient des informations importantes mais il est difficile de le rencontrer...
Une histoire palpitante, le jeune Marco est très attachant et j'ai bien aimé redécouvrir l'équipe du Département V avec Carl Mørck, Assad, Rose et les autres...

Merci Arthur et les éditions  Albin Michel pour la redécouverte de cette série.

Extrait : (début du livre)
Le dernier matin de la vie de Louis Fon eut la douceur d’un murmure.
Il se leva de sa couche, les yeux pleins de sommeil et la tête un peu lourde, donna une petite tape sur la croupe de la gamine qui lui avait caressé la joue pour le réveiller, essuya la morve qui coulait du nez brun de la petite et glissa les pieds dans ses tongs posées sur le sol en terre battue.
Il s’étira et cligna des yeux dans la pièce baignée de soleil, emplie des caquètements stridents des poules, et des cris plus éloignés des garçons, occupés à couper des régimes de bananes en haut des musas.
Quelle paix, songea-t-il en humant l’odeur épicée qui se dégageait du village. Seul le chant des Pygmées bakas autour d’un feu de camp sur l’autre rive du fleuve pouvait lui procurer plus de plaisir que ce parfum-là. Il était toujours heureux de retourner dans le territoire de Dja et le village bantou reculé de Somolomo.
Les gosses couraient derrière la hutte, un nuage de poussière rouge se levait sous leurs pieds nus, et leurs piaillements aigus faisaient s’envoler les oiseaux tisserins des cimes des palmiers.
Il avança dans le rai de lumière, alla s’accouder au rebord de la fenêtre et adressa un large sourire à la mère de la fillette qui égorgeait le poulet du jour devant sa hutte, juste en face.
Il ne savait pas encore que ce serait son dernier sourire.
À deux cents mètres de là, l’homme maigre et son guide débouchèrent du sentier qui traversait la palmeraie, et il lui suffit d’un regard pour deviner qu’ils n’étaient pas animés de bonnes intentions. Il reconnaissait la silhouette musclée de Mbomo pour l’avoir rencontré à Yaoundé, mais l’Européen aux cheveux blancs, il ne l’avait jamais vu.
« Qu’est-ce que Mbomo vient faire là ? Et qui est l’homme qui l’accompagne ? » demanda-t-il d’une voix forte à la mère de la fillette.
Elle haussa les épaules. Il n’était pas rare de voir des touristes à la lisière de la forêt tropicale humide, pourquoi s’en préoccuperait-elle ? C’était sans doute des Européens fortunés qui venaient passer quatre ou cinq jours avec les Bakas dans l’immense chaos de la jungle Dja !
Mais Louis avait un mauvais pressentiment. On sentait une gravité émaner de ces deux hommes, une complicité aussi. Il y avait un problème. Le Blanc n’était pas un touriste et Mbomo n’avait rien à faire dans le secteur sans que Louis en soit informé. C’était lui qui dirigeait le programme danois d’aide au développement, et Mbomo n’était que l’homme à tout faire des fonctionnaires de Yaoundé. C’était comme ça que ça marchait.
Les deux hommes sur la piste là-bas n’étaient-ils pas sur le point de faire une chose que Louis n’était pas supposé voir ? Il le craignait fort. De manière générale, il y avait beaucoup de choses bizarres dans ce projet. Tout allait trop lentement, les informations circulaient mal ou pas du tout, l’argent se faisait attendre ou n’arrivait pas. Bref, ce n’était pas ce qu’on lui avait promis à l’époque où on l’avait recruté pour cette mission.

Challenge Petit Bac 2015 
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Animal (1)

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Danemark

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  13/25 

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09 décembre 2014

La Princesse des glaces - Camilla Läckberg

9782356416100-G lackberg_LA-PRINCESSE-DES-GLACES 9782330006563

Audiolib - mai 2010 - 14h15 - Lu par Christine Pâris

Actes Sud - mai 2008 – 382 pages

Babel - mai 2012 - 448 pages

traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Titre original : Isprinsessan, 2003

Quatrième de couverture :
Erica Falck, trente-cinq ans, installée dans une petite ville tranquille de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre d’une amie d’enfance perdue de vue.
A la conquête de la vérité, Erica, enquêtrice au foyer façon Desperate Housewives - rejointe par l’inspecteur Patrik Hedström, amoureux transi - plonge dans les strates d’une petite société provinciale et de ses secrets.
Comme le faisait Simenon, Camilla Läckberg, sait à merveille croquer des personnages complexes et mettre à jour une petite communauté dont la surface tranquille cache des eaux bien plus troubles qu’on ne le pense.
Fidèle à l’esprit de Camilla Läckberg, l’interprétation de Christine Pâris sait parfaitement rendre compte des abîmes de cruauté que recouvre la fausse banalité du quotidien.

Auteur : Née en 1974, Camilla Läckberg est l’auteur d’une série de romans policiers mettant en scène le personnage d’Erica Falck et de son compagnon le commissaire Patrik Hedström. L’intrigue se situe toujours à Fjällbacka, ancien port de pêche de la côte ouest en Suède, reconverti en station balnéaire, qui sous des apparences tranquilles cache de sordides relations humaines.
Après La Princesse des glaces (2008), Le Prédicateur (2009), Le Tailleur de pierre (2009), L’Oiseau de mauvais augure (2010), L’Enfant allemand (2011) et La Sirène (2012), Le Gardien de phare (2013), La Faiseuse d'anges (2014).

Lecteur : Comédienne au très beau parcours théâtral, Christine Pâris met son jeu et sa voix au service de pièces exigeantes, comme de séries télévisées divertissantes.

Mon avis : (écouté en décembre 2014)
Cela fait plus d'un an que je voulais relire les aventures d’Erica Falck en livre audio. J'ai eu un peu de mal à obtenir le premier de la série auprès de la Bibliothèque mais je ne regrette vraiment pas d'avoir patienté ! 
J'ai redécouvert avec beaucoup de plaisir le premier tome de cette série suédoise que j'aime beaucoup. Ayant oublié beaucoup de détails de cette première enquête et même la conclusion, j'ai autant apprécié cette lecture que la première fois. 
Erica Falk est écrivain, suite à la mort récente de ses parents, elle est venue s'installer pour quelques temps dans la maison familiale à Fjällbacka, ancien port de pêche de la côte ouest en Suède, devenu une station balnéaire. Elle découvre le cadavre d'une amie d'enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d'eau gelée avec des poignets tailladés. Elle se trouve donc mêlée à l'enquête mené par l'inspecteur Patrik Hedström...
J'aime l'ambiance de la petite ville de Fjällbacka, les nombreux personnages souvent attachants... 
Il est rare que le lecteur d'un roman policier soit une femme, dans ce livre, Christine Pâris réussi parfaitement l'exercice. Et comme l'héroïne principale de cette série est une femme, une voix féminine est logique !
J'ai déjà obtenu à la Bibliothèque le tome n°2 de la série en livre audio et j'ai en réserve les n°4 et n°5, je vais donc pouvoir continuer à écouter petit à petit la série.

Extrait :
La maison était abandonnée et vide. Le froid pénétrait le moindre recoin. Une fine pellicule de glace s’était formée dans la baignoire. La peau de la femme avait commencé à prendre une teinte légèrement bleutée.

C’est vrai, elle ressemblait à une princesse, là dans la baignoire. Une princesse des glaces.
Le sol sur lequel il était assis était glacial, mais le froid lui importait peu. Il tendit la main et la toucha.
Le sang sur les poignets s’était coagulé depuis longtemps.
Jamais son amour pour elle n’avait été plus fort. Il caressa son bras, comme s’il caressait l’âme qui désormais avait déserté le corps.
Il ne se retourna pas en partant. Il ne s’agissait pas d’un adieu, mais d’un au revoir. 

Eilert Berg n’était pas un homme heureux. Il respirait avec difficulté, de petites bouffées blanches sortaient de sa bouche, mais la santé n’était pas ce qu’il considérait comme son plus grand problème.
Svea avait été si belle dans sa jeunesse et il avait eu du mal à patienter avant de pouvoir convoler en justes noces avec elle. Elle avait à l’époque l’air si douce, aimable et un peu timide. Sa véritable nature s’était révélée après une trop courte période de fantaisie juvénile. Depuis près de cinquante ans maintenant, c’était elle qui portait la culotte, et avec fermeté. Mais Eilert avait un secret. Pour la première fois il entrevoyait une possibilité d’un peu de liberté à l’automne de sa vie, et il entendait ne pas la rater.
Il avait travaillé dur comme pêcheur toute sa vie, et ses revenus avaient tout juste suffi à faire vivre Svea et les enfants. Désormais ils ne disposaient que de leurs maigres retraites. Sans économies, il n’avait pu envisager aller s’installer ailleurs, seul, pour refaire sa vie. Puis cette opportunité s’était présentée comme un don du ciel et elle était d’une simplicité enfantine. Si des gens avaient envie de payer des sommes indécentes pour une heure de travail par semaine, c’était leur problème. Il n’irait pas s’en plaindre. En un an seulement, les billets dans la boîte en bois derrière le tas de compost avaient fini par former une liasse impressionnante et d’ici peu il aurait assez d’argent pour pouvoir s’échapper vers des cieux plus cléments.
Il s’arrêta pour reprendre son souffle dans le dernier raidillon et frotta ses mains percluses. L’Espagne, ou la Grèce peut-être, dégèlerait le froid qu’il sentait l’emplir. Eilert pensait avoir encore au moins dix ans devant lui avant que son heure ne sonne, et il avait l’intention de les utiliser au mieux. Pas question de les passer à la maison en compagnie de bobonne.
La promenade matinale quotidienne avait été son seul moment de tranquillité et lui avait permis en outre de faire un peu d’exercice dont il avait bien besoin. Il suivait toujours le même chemin et ceux qui connaissaient ses habitudes sortaient souvent pour bavarder un moment. Il avait particulièrement apprécié les discussions avec la jolie fille dans la maison tout en haut de la montée à côté de l’école de Håkenbacken. Elle n’y venait que le week-end, toujours seule, mais se donnait le temps de parler de la pluie et du beau temps. Mlle Alexandra s’intéressait au Fjällbacka d’autrefois, et ça, c’était un chapitre qu’Eilert aimait bien discuter. Et mignonne aussi, la demoiselle. Ça, c’était quelque chose qu’il appréciait encore, même à son âge. Oh, bien sûr, certaines rumeurs avaient couru sur cette fille, mais si on commençait à écouter ce que disaient les bonnes femmes, on ne ferait bientôt plus que ça.

 

Déjà lu du même auteur :

la_princesse_des_glaces La Princesse des glaces  le_pr_dicateur Le Prédicateur

le_tailleur_de_pierre Le Tailleur de pierre l_oiseau_de_mauvais_augure L'Oiseau de mauvais augure

l_enfant_allemand L'Enfant allemand cyanure Cyanure la_sir_ne La Sirène 

9782330018962  Le gardien de phare  la faiseuse d'ange La faiseuse d'anges

Challenge Voisins Voisines 2014
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Suède

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  12/25

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04 décembre 2014

La femme tatouée - Pieter Aspe

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

9782226312334g Albin Michel - octobre 2014 - 296 pages

traduit du néerlandais (Belgique) par Emmanuèle Sandron

Titre original : Onvoltooid verleden, 2004

Quatrième de couverture : 
Sacrée découverte dans un grand restaurant de Blankenberge, sur la côte belge : le corps sans vie d’une (très jolie) femme au fond d’un vivier à homards. Sur sa fesse gauche, un mystérieux tatouage, la lettre M en caractère runique, emblème d’un groupuscule d’extrême-droite. Le commissaire Van In et le fidèle Versavel se lancent sur ses traces pour se retrouver au cœur d’une véritable guerre entre catholiques intégristes, cellules islamistes et néo-nazies…
Toujours aussi mordant, toujours aussi réjouissant : le maître du polar flamand excelle à mêler suspense et humour.

Auteur : Pieter Aspe (nom de plume de Pierre Aspeslag) est un écrivain belge de langue néerlandaise, né à Bruges le 3 avril 1953. Pieter Aspe est devenu célèbre grâce à la série des enquêtes du commissaire Van In. Celles-ci mettent en scène les sympathiques policiers Pieter Van In, Guido Versavel et la substitute Hannelore Martens. La plupart des histoires se déroulent à Bruges et sont l'occasion de découvrir la ville, ses arcanes et sa vie sociale.

Mon avis : (lu en décembre 2014)
J'avais découvert cette série belge il y a quatre ans avec La mort à marée basse et je n'ai donc pas hésité à accepter de recevoir ce nouvel épisode (la quinzième enquête si les comptes de wikipédia sont bons). J'ai retrouvé à Bruges le commissaire Pieter Van In et son adjoint Guido Versavel dans une enquête qui commence avec la découverte du cadavre d'une jeune femme dans le vivier à homards d'un grand restaurant de la côte belge. La victime a sur sa fesse gauche un mystérieux tatouage. Il y aura d'autres morts, des rebondissements, des fausses pistes et beaucoup de bières bues... 
Voilà un roman policier très agréable à lire, bien rythmé, des policiers attachants qui donnent envie de les suivre pour cette enquête difficile. Il faut vraiment que je me procure d'autres enquêtes du commissaire Pieter Van In, ce dernier me plaisant autant que les commissaires Adamsberg (Fred Vargas) ou Erlendur (Arnaldur Indridasson)...

Merci Arthur et les éditions Albin Michel pour ce moment de lecture distrayant.

Extrait : 

Déjà lu du même auteur :

la_mort___mar_e_basse La mort à marée basse 

Challenge 5% Rentrée Littéraire 2014 
challengerl2014_150
25/30

Challenge Voisins Voisines 2014
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Belgique

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Famille" (10) 

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  11/25

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16 novembre 2014

Six ans déjà - Harlan Coben

Lu dans le cadre du Challenge
 
"Ecoutons un livre"
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9782356417305-T couv17683928 couv73036814

Audiolib - Mars 2014 - 8h49 - Lu par Arnaud Romain

Belfond - mars 2014 - 368 pages

France Loisirs - novembre 2013 - 384 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Titre original : Six years, 2013

Quatième de couverture :
Six ans ont passé depuis que Jake a vu Natalie, la femme de sa vie, en épouser un autre. Six ans à lutter contre lui-même pour tenir sa promesse de ne pas chercher à la revoir. Et puis un jour, une nécro : Natalie est veuve. Et soudain, l’espoir renaît. Mais aux funérailles, c’est une parfaite inconnue qui apparaît. Où est Natalie ? Pourquoi s’est-elle évaporée six ans plus tôt ? Jusqu’où lui a-t-elle menti ? Déterminé à retrouver celle qui lui a brisé le coeur, Jake va devenir la proie d’une machination assassine. Et découvrir qu’en amour, il est des vérités qui tuent…

Tension meurtrière, fausses pistes, rebondissements à la pelle ; un chef-d’oeuvre de suspense et d’émotions, une plongée au bout de l’angoisse par le maître de vos nuits blanches.
Arnaud Romain restitue à la traque de Jake toutes les nuances dont Harlan Coben sait doter ses personnages pris au piège d’une réalité insoupçonnée.

Auteur : Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants. Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a rencontré un succès immédiat dès ses premiers romans, tant auprès de la critique que du public. Il est le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États- Unis. Après Ne le dis à personne… (2002) - Prix des lectrices de Elle et adapté au cinéma par Guillaume Canet -, Dans les bois (2007) ou encore Sans un mot (2008), Six ans déjà est son quatorzième roman paru chez Belfond.

Lecteur : Arnaud Romain est auteur, comédien et chanteur et a participé à de nombreux spectacles salués par des Molière ou programmés à Avignon. Il est l’un des comédiens de prédilection d’Isabelle Mergault ou d’Alain Sachs, qu’il assiste pour ses mises en scène. Enfin, sa pratique de l’écriture en tant qu’adaptateur le rend particulièrement sensible aux intentions d’un auteur.

Mon avis : (écouté en octobre 2014)
Voilà un Harlan Coben plutôt réussi, une intrigue efficace, une histoire captivante, un livre qui tient en haleine du début à la fin.
Jack a promis à Natalie, son ancienne petite amie, de ne pas chercher à la revoir. Celle-ci l'avait quitté pour épouser Todd. Six ans plus tard,  Jack apprend la mort de Todd et cherche à revoir Natalie, à sa grande surprise, il découvre que la veuve n'est pas Natalie. Il va donc se mettre à la recherche de celle-ci et s'attirer quelques problèmes... 

Le livre est rythmé par de nombreux rebondissements, de suspens, le dénouement est inattendu mais un peu faible à mon goût.
Le narrateur est très agréable à écouter et met bien en valeur le texte. 

Extrait : (début du livre)
Assis dans la rangée du fond, j’assistais au mariage de la femme de ma vie. Avec un autre.
Natalie était en blanc, bien sûr, et tout simplement sublime. Sa beauté semblait me narguer. Elle avait toujours eu ce côté vulnérable, mélange de force et de douceur, mais ce jour-là, je lui trouvais un air évanescent, presque irréel.
Elle se mordit la lèvre. Je repensai à ces grasses matinées où nous faisions l’amour, après quoi elle enfilait ma chemise bleue, et nous descendions prendre le petit déjeuner. On lisait le journal, puis elle sortait son carnet de croquis et commençait à griffonner. Pendant qu’elle me dessinait, elle se mordait la lèvre comme maintenant.
Mais qu’est-ce qui m’avait pris de venir ?
Croyez-vous au coup de foudre ? Moi non plus. Je crois, en revanche, à une attirance profonde, pas seulement physique, au premier regard. Je crois qu’une fois – peut-être deux – dans sa vie, on se sent attiré par quelqu’un d’une manière viscérale, immédiate… plus puissante qu’un aimant. C’est ce qui m’était arrivé avec Natalie. Quelquefois, ça s’arrête là. Quelquefois, ça grandit, prend de l’ampleur et se mue en un raz de marée parti pour durer éternellement.
Et quelquefois, on se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
J’avais pensé naïvement que nous deux, c’était pour toujours. Moi qui fuyais toute forme d’engagement, j’avais su d’emblée – enfin, au bout d’une semaine – que cette femme-là, je me réveillerais à ses côtés chaque jour que Dieu fait. Que je donnerais ma vie pour elle. Que je ne pourrais plus me passer d’elle, et qu’avec elle, le quotidien deviendrait inoubliable.
Pitoyable, n’est-ce pas ?
Le révérend au crâne rasé était en train de parler, mais le sang qui palpitait dans mes oreilles m’empêchait de suivre son discours. Je fixais Natalie. Je voulais qu’elle soit heureuse. Ce n’était pas un vœu pieux, un bobard qu’on se raconte. Car, pour être honnête, quand l’autre ne veut plus de nous, on aurait tendance à lui souhaiter tous les malheurs du monde, non ? Moi, je le pensais vraiment. Si j’avais été convaincu que Natalie serait plus heureuse sans moi, je l’aurais laissée partir, quitte à en souffrir comme un damné. Mais je n’étais pas convaincu, quoi qu’elle dise ou fasse. Ou alors je me cherchais des justifications, je me mentais à moi-même.
Natalie n’avait même pas regardé dans ma direction, mais je vis sa bouche se crisper. Elle savait que j’étais là. Ses yeux étaient rivés sur son futur époux. Qui, je l’avais appris récemment, se prénommait Todd. Je déteste ce prénom, Todd. Todd. À tous les coups, on le surnommait Toddy, Toddman ou le Toddster.
Todd avait les cheveux longs et une barbe de quatre jours… Certains trouvaient ça cool, et d’autres, comme moi, auraient plutôt eu envie de le baffer. Son regard glissa subrepticement sur l’assistance avant de s’arrêter, eh bien, oui, sur moi. L’espace d’une seconde, il parut me jauger, puis décida que je n’étais pas digne d’intérêt.
Pourquoi Natalie avait-elle renoué avec lui ?

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  10/25

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14 novembre 2014

Les yeux plus grands que le ventre - Jô Soares

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Editions des Deux Terres - janvier 2013 - 239 pages

Folio - septembre 2014 - 320 pages

traduit du portugais (Brésil) par François Rosso

Titre original : As esganadas, 2011

Quatrième de couverture : 
Une tartelette à la crème peut-elle être l’arme d’un crime ? Question surprenante à laquelle est confrontée la police de Rio de Janeiro à la fin des années 1930 : un tueur en série assassine des femmes très grosses en les gavant de gâteaux. Le commissaire Noronha, aidé d’Esteves, un policier portugais devenu pâtissier, se lance dans une enquête savoureuse pour découvrir que la gourmandise est un péché… mortel !

Auteur : Né à Rio de Janeiro, Jô Soares a fait ses études en France et aux États-Unis. Animateur à la télévision, il est l'une des personnalités les plus appréciées du public brésilien. Il multiplie avec brio les activités au cinéma, à la radio, au théâtre et dans la presse. Sans oublier, bien sûr, son oeuvre de romancier, débutée en 1995, avec Élémentaire, ma chère Sarah ! et L'homme qui tua Gettilio Vargas, best-sellers internationaux, publiés dans plus de douze pays.

Mon avis : (lu en novembre 2014)
Voilà un roman policier plutôt original et loufoque. Nous sommes au Brésil, à la fin des années 30. Un tueur en série sévit dans les rues de Rio, il assassine des femmes de fortes corpulences en les étouffant avec différentes patisseries. Le lecteur connaît dès le début l'assassin et ses méthodes. Le commissaire Noronha est chargé de l'enquête, il est aidé d'Esteves, un ancien policier portugais devenu pâtissier. L'enquête n'est qu'un prétexte pour découvrir Rio et surtout l'époque. En effet, le livre est entrecoupé par des commentaires de la radio nationale, le déroulement d'un match de football, les publicités...
J'ai trouvé ce livre déroutant, ne connaissant pas le contexte historique et malgré l'avant propos très complet, j'ai eu du mal à être captivée par cette histoire qui part dans tous les sens...

Merci Anna et les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
La grosse est la dernière cliente à quitter la confiserie Colombo après le traditionnel thé de l'après-midi. Elle emprunte la rua Gonçalves Dias en direction de la rua do Ouvidor. Son chemisier blanc est assombri par une quantité infinie de taches de sauce et de soupe. Des miettes anciennes s'accrochent comme des naufragés désespérés aux revers de son manteau. La grosse est belle. Belle et vorace. En passant la porte de la confiserie, elle tient encore dans sa main gauche une demi-part de tarte aux fraises et, dans la droite, un énorme éclair au chocolat. Ses doigts sont crispés autour de ces friandises comme si sa vie en dépendait. Elle est grosse, belle, vorace et surtout gourmande. D'une gourmandise effrénée.
Un dilemme l'étreint à mesure qu'elle s'avance sur le trottoir trop étroit pour elle : doit-elle commencer par finir la tarte aux fraises ou d'abord engouffrer l'éclair ? Ses petits yeux porcins, indécis, regardent les appétissants gâteaux que tiennent fermement ses mains replètes. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande et indécise.
Finalement, tremblante et essoufflée, pressentant déjà la jouissance qu'elle va prodiguer à ses avides papilles, la grosse mord goulûment dans la tarte. Elle mâche et avale automatiquement, dans un mouvement simultané que de longues années de pratique ont perfectionné. Puis elle frotte sa main sur sa jupe pour en essuyer les derniers restes de crème chantilly. Les traînées blanches sur l'étoffe forment l'image grotesque d'un tableau abstrait. Elle est grosse, belle, vorace, gourmande, indécise et négligée.
La grosse arrive à la praça de Marco, serrant à deux mains son gigantesque éclair au chocolat comme si c'était un immense phallus noir. Avant de planter ses dents dans cette sucrerie si ardemment convoitée, elle est brusquement intriguée par la présence d'un fourgon peint d'un blanc terne, stationné presque au coin de la rue. Ce qui attire l'attention de la grosse, ce sont les gâteaux exposés sur un grand présentoir sur le côté du véhicule et l'écriteau que tient un homme debout à côté de ce séduisant étal, annonçant :

DÉGUSTATION GRATUITE ! 
GOÛTEZ LES SAVOUREUSES FRIANDISES 
DE LA PÂTISSERIE «DELICIAS DE RIO» 
ET AIDEZ-NOUS À CHOISIR ! 
AUCUNE EXPÉRIENCE NÉCESSAIRE.

Elle engloutit son éclair d'une bouchée et s'avance vers cet Eldorado gastronomique, sans savoir qu'elle s'approche de sa dernière tentation.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  9/25

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