23 décembre 2008

L'Homme aux cercles bleus - Fred Vargas

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Viviane Hamy, mars 1996, 213 p.

J'ai lu, 2002, 219 p.

PRIX DU FESTIVAL DE SAINT-NAZAIRE 1992

Présentation de l'éditeur :

" Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ? " Depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu : trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon... Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent un maniaque, un joueur. Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de, mauvais augure. Il le sait, il le sent : bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique. Il n'a pas tort. Un matin, c'est le cadavre d'une femme égorgée que l'on trouve au milieu d'un de ces cercles bleus.

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis :
Fred Vargas est un auteur de roman policier que j'aime beaucoup. Je ne lâche pas le livre de la première à la dernière page... J'aime beaucoup l'ambiance, les descriptions de Paris mais surtout les personnages si particuliers : souvent loufoques et décalés mais toujours très attachants.
« L'homme aux cercles bleus » est le premier roman policier de Fred Vargas où apparaît le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Il est paru en 1991. Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg est un anti-héros, il est bourru, flâneur mais intuitif. Adrien Danglard est l'adjoint d'Adamsberg, inspecteur très cultivé, divorcé, père de 5 enfants, grand consommateur de vin blanc et de bière. Mathilde est une océanographe de renom qui s'amuse à suivre des inconnus au hasard des rues. C'est au cours de cette passion singulière qu'elle croise un homme qui entoure des fragments de vie à la craie bleue. Cette filature va prendre une importance toute particulière...

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Une adaptation à la télévision de ce roman a été faite par José Dayan et diffusée le 28 octobre 2009. C'est le troisième téléfilm de la série Collection Fred Vargas. Il y a donc quelques différences avec le livre car Josée Dayan a pris le partie d'en faire une suite à son premier téléfilm "Sous les vents de Neptune" (1 et 2), alors que c'est le premier roman de Vargas où apparaît le commissaire Adamsberg.
La distribution : Jean-Hugues Anglade (Jean-Baptiste Adamsberg), Charlotte Rampling (Mathilde Forestier), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Jean-Pierre Léaud (Louis Le Nermord), Stanislas Merhar (Charles Reyer), Hélène Fillières (Camille Forestier), Corinne Masiero (Violette Retancourt), Didier Terron (Joseph Favre), Philippe Magnan (Vercors-Laury)

Extrait : « Mathilde sortit son agenda et nota : « Le type qui est assis à ma gauche se fout de ma gueule. » Elle but une gorgée de bière et jeta un nouveau coup d’oeil à son voisin, un type immense qui pianotait sur la table depuis dix minutes. Elle ajouta sur son agenda : « Il s’est assis trop près de moi, comme si l’on se connaissait alors que je ne l’ai jamais vu. Certaine que je ne l’ai jamais vu. On ne peut pas raconter grandchose d’autre sur ce type qui a des lunettes noires. Je suis à la terrasse du Café Saint-Jacques et j’ai commandé un demi-pression. Je le bois. Je me concentre bien sur cette bière. Je ne vois rien de mieux à faire. » Le voisin de Mathilde continuait à pianoter.

— Il se passe quelque chose? demanda-t-elle.

Mathilde avait la voix grave et très ébréchée. L’homme jugea que c’était une femme, et qu’elle fumait autant qu’elle le pouvait.

— Rien. Pourquoi? demanda l’homme.

— Je crois que ça m’énerve de vous voir tambouriner sur la table. Tout me crispe aujourd’hui.

Mathilde termina sa bière. C’était fade, typique d’un dimanche. Mathilde avait l’impression de souffrir plus que d’autres de ce mal assez commun qu’elle appelait le mal du septième jour.

— Vous avez environ cinquante ans, je suppose? demanda l’homme, sans s’écarter d’elle.

— Possible, dit Mathilde.

Elle fut contrariée. Qu’est-ce que ça pouvait lui faire à ce type? À l’instant, elle venait de s’apercevoir que le filet d’eau de la fontaine d’en face, dévié par le vent, mouillait le bras d’un ange sculpté en contrebas, et ça, c’était peut-être des instants d’éternité. Au fond, ce type était en train de lui gâcher le seul instant d’éternité de son septième jour. Et puis d’ordinaire, on lui donnait dix ans de moins. Elle le lui dit.

— Et alors ? dit l’homme. Je ne sais pas estimer à l’ordinaire des autres. Mais je suppose que vous êtes plutôt belle, ou je me trompe ?

— Il y a quelque chose qui cloche sur mon visage ? Vous n’avez pas l’air très fixé, dit Mathilde.

— Si, dit l’homme, je suppose que vous êtes plutôt belle, mais je ne peux pas le jurer.

— Faites donc comme vous voulez, dit Mathilde. En tous les cas, vous, vous êtes beau, et je peux le jurer si ça peut vous être utile. En réalité, c’est toujours utile. Et puis je vais vous laisser. Au fond, je suis trop crispée aujourd’hui pour avoir envie de parler à des types dans votre genre.

— Je ne suis pas détendu non plus. J’allais voir un appartement à louer et c’était déjà pris. Et vous?

— J’ai laissé filer quelqu’un à qui je tenais.

— Une amie ?

Non, une femme que je suivais dans le métro. J’avais pris pas mal de notes et d’un seul coup, je l’ai perdue. Vous voyez ça un peu ?

— Non. Je ne vois rien.

— Vous n’essayez pas, voilà le fond de la chose.

— C’est évident que je n’essaie pas.

— Vous êtes pénible comme homme.

— Oui, je suis pénible. Et en plus je suis aveugle.

— Bon Dieu, dit Mathilde, je suis désolée.

L’homme se tourna vers elle avec un sourire assez mauvais.

— Pourquoi désolée? dit-il. Tout de même, ce n’est pas votre faute.

Mathilde se dit qu’elle devrait s’arrêter de parler. Mais elle savait aussi qu’elle n’y arriverait pas.

— C’est la faute à quoi? demanda-t-elle.

L’aveugle beau, comme Mathilde l’avait déjà nommé dans sa tête, se réinstalla de trois quarts dos.

— À une lionne que je disséquais pour comprendre le système de locomotion des félins.

Qu’est-ce qu’on s’en fout du système de locomotion des félins! Parfois je me disais, c’est formidable, et d’autres fois je pensais, bon sang, les lions, ça marche, ça recule, ça saute, et c’est tout ce qu’il y a à en savoir. Un jour, j’ai eu un coup de scalpel maladroit …

— Et tout a giclé.

— C’est vrai. Comment vous le savez ?

— Il y a eu un gars, celui qui a construit la colonnade du Louvre, qui a été tué comme ça, par un chameau pourri étalé sur une table. Mais c’était il y a longtemps et c’était un chameau. Ça fait pas mal de différences en fait.

— Mais le pourri reste le pourri. Le pourri a sauté dans mes yeux. J’ai été expédié dans le noir. Fini, plus moyen de regarder. Merde.

— C’était une saloperie de lionne. J’ai connu un animal comme ça. Ça fait combien de temps?

— Ça fait onze ans. Si ça se trouve elle rigole bien à l’heure qu’il est, la lionne. Enfin moi aussi je rigole parfois maintenant. Mais sur le coup, non. Un mois plus tard, je suis retourné au laboratoire et j’ai tout saccagé, j’ai étalé du pourri partout, je voulais que le pourri aille dans les yeux de tout le monde et j’ai foutu en l’air tout le travail de l’équipe sur la locomotion des félins. Bien entendu, je n’en ai pas retiré de satisfaction. J’ai été déçu.

— Quelle couleur ils avaient, vos yeux ?

— Noirs comme des martinets, noirs comme les faucilles du ciel.

Et maintenant ils sont comment ?

Personne n’a osé me les décrire. Noirs, rouges et blancs, je crois. Les gens s’étranglent quand ils les voient. J’imagine que le spectacle est abominable. Je ne retire plus jamais mes lunettes.

— Moi je veux bien les voir, dit Mathilde, si vous voulez vraiment savoir comment ils sont. L’abominable, ça ne m’embarrasse pas.

— On dit ça. Et après on pleure.

— Un jour en plongée, un requin m’a mordu la jambe.

— D’accord , ça ne doit pas être beau.

— Qu’est-ce que vous regrettez le plus de ne plus voir?

— Vos questions m’assassinent. On ne va pas parler des lions et des requins et des sales bestioles toute la journée.

— Non, sans doute pas.

— Je regrette des filles. C’est très banal.

— Les filles sont parties après la lionne?

— Faut croire. Vous ne m’avez pas dit pourquoi vous suiviez cette femme?

— Pour rien. Je suis des quantités de gens vous savez. C’est plus fort que moi.

— Votre amant est parti après le requin?

— Parti, et d’autres sont venus.

— Vous êtes une femme singulière.

— Pourquoi dites-vous ça? dit Mathilde.

— À cause de votre voix.

— Qu’est-ce que vous entendez, vous, dans les voix?

— Allons, je ne peux pas vous le dire! Que me resterait-il, bon Dieu? Il faut bien laisser quelque chose à l’aveugle, madame, dit l’homme avec un sourire.

Il se leva pour partir. Il n’avait même pas bu son verre.

— Attendez. Comment vous appelle-t-on? dit Mathilde.

L’homme hésita.

— Charles Reyer, dit-il.

— Merci. Je m’appelle Mathilde.

L’aveugle beau dit que c’était un nom assez chic, que la reine Mathilde avait régné en Angleterre au XIIe siècle, et il partit, en se guidant du doigt le long du mur. Mathilde se foutait du XIIe siècle et elle vida le verre de l’aveugle en fronçant les sourcils. Longtemps, pendant des semaines, au cours de ses excursions en trottoirs, Mathilde chercha en même temps l’aveugle beau du bord de ses regards. Elle ne le trouvait pas. Elle lui donnait trente-cinq ans. »

 

 

 

 

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22 décembre 2008

La cité des jarres - Arnaldur Indridason

la_cit__des_jarrestraduction Eric Boury

Points Policier – juin 2006 – 352 pages

Résumé : Un nouveau cadavre est retrouvé à Reyk-javik. L'inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un «truc bête et méchant» qui fait perdre son temps à la police... Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la «cité des Jarres», une abominable collection de bocaux renfermant des organes...

Biographie de l'auteur
Né en Islande en 1961, Arnaldur Indridason a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vingt langues.

Mon avis : (lu en décembre 2008)

C'est le 3ème livre que je lis de cet auteur, et j'y ai trouvé beaucoup de plaisirs.

On ressent l'atmosphère islandaise, une terre isolée, où il pleut beaucoup tout au long du livre.

Les enquêteurs sont très humains en particulier Erlendur, policier de Reykjavik, cinquante ans, divorcé, solitaire, fatigué, toujours de mauvaise humeur, mais tenace, qui enquête sur le meurtre du vieil homme dont le cadavre a été découvert dans son appartement. Et ce qui semble être un "simple meurtre" s'avère bien vite plus complexe qu'il n'y paraissait de prime abord... On trouve en trame de fond, le thème de la famille et de la filiation, de la recherche génétique aussi et de ses possibles dérives.

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