06 janvier 2016

Les gens dans l'enveloppe - Isabelle Monnin

les gens dans l'enveloppe JC Lattès - septembre 2015 - 370 pages

Quatrième de couverture :
En juin 2012, j’ai acheté sur Internet un lot de 250 photographies d’une famille dont je ne savais rien. Les photos me sont arrivées dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard. Dans l’enveloppe, il y avait des gens à la banalité familière, bouleversante. Je n’imaginais alors pas l’aventure qu’elle me ferait vivre.
J’allais inventer la vie de ces gens puis je partirais à leur recherche. Un soir, j’ai montré l’enveloppe à mon meilleur ami, Alex Beaupain. Il a dit : « On pourrait aussi en faire des chansons. » L’idée semblait folle.
Le livre contient un roman, un album photo, le journal de bord de mon enquête et un disque, interprété par Alex, Camelia Jordana, Clotilde Hesme et Françoise Fabian. Les gens de l’enveloppe ont prêté leur voix à deux reprises de chansons qui ont marqué leur vie.
Les gens dans l’enveloppe est ainsi un objet littéraire moderne et singulier. Faisant œuvre de vies ordinaires, il interroge le rapport entre le romancier et ses personnages. Il est surtout l’histoire d’une rencontre, entre eux et moi.

Auteur : Isabelle Monnin est l’auteur des Vies extraordinaires d’Eugène, de Second tour ou les bons sentiments et de Daffodil Silver.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
J'étais très curieuse de découvrir ce livre quand j'ai eu l'occasion d'entendre l'auteur raconter son concept. Pour quelques euros, Isabelle Monin a acheté uu lot de 250 photos de famille de gens qu'elle ne connaissait pas. A partir de ces photos, elle a cherché à imaginer l'histoire de la vie de ces gens : des femmes, une petite fille et quelques hommes.
Isabelle Monin est également journaliste donc après l'écriture de son roman (1ère partie du livre), elle ne peut s'empêcher d'enquêter pour rechercher les "vrais gens" des photos. 
J'ai trouvé plutôt sympatique cette lecture, j'ai surtout aimé la partie enquête du livre. J'ai trouvé la partie roman assez plate, l'histoire n'est pas originale, même si la petite fille Laurence est touchante. Sa mère est absente, elle vit avec son père et sa grand-mère.
La partie enquête dévoile une histoire de famille bien plus palpitante et dont le personnage central n'est pas celui qu'Isabelle Monin a choisi... Les "vrais gens" sont beaucoup plus émouvants et la rencontre entre Isabelle Monin et cette famille est bouleversante de simplicité et de gentillesse.
En bonus, il y a un disque d'Alex Beaupain inspiré par la démarche d'Isabelle Monin. J'ai failli oublier de l'écouter car j'ai lu le livre pendant les vacances dans une maison sans chaîne hi-fi. C'est donc une heure avant d'aller rendre le livre à la Bibliothèque que j'ai découvert ce CD, très sympa et agréable à écouter : des chansons originales interprétées par Alex, Camelia Jordana, Clotilde Hesme et Françoise Fabian et deux reprises avec la participation des gens de l'enveloppe.
Autres avis : Cuné, GeorgeSandrine

Extrait : (début du livre)

1978
Depuis qu'elle est partie je mange à sa place. ça s'est fait comme ça, je me mets en face de lui et j'essaye de ne pas voir comme il est triste. Ce que je préfère, c'est étudier la nappe. Je cherche les traces que ses couverts ont laissées - elle jouait souvent avec sa fourchette, elle enfonçait les dents dans la toile cirée, ça creusait des petites rigoles, on aurait dit des autoroutes, et j'inventais des voitures en mie de pain. Je me mets au ras de la table pour bien l'examiner. Si j'avais un microscope, je verrais mieux. Je vais commander ça à Noël, tiens, un microscope.
Il guette sur mon visage des souvenirs d'elle, je le sais, cette manière de me regarder qu'il a maintenant. Avant, je veux dire quand elle était là, ils ne me regardaient pas tellement, je veux dire ils ne faisaient pas tellement l'action de me regarder. S'ils me voyaient ils me voyaient mais la plupart du temps j'étais plutôt invisible, un peu comme une pierre ou un arbre qui est là mais qu'on ne remarque pas, ce n'était pas comme aujourd'hui, ce silence et ses yeux posés qui me gênent alors je mets mes cheveux devant mes yeux et il râle qu'on ne me voit plus. Parfois ça l'énerve trop il les écarte d'un coup avec ses gros doigts et je sors un regard d'orpheline, exprès.
J'étais invisible mais j'avais le pouvoir magique de tout voir, même la transparence des gens je la voyais et ils ne le savaient pas.

C'est la coupe du monde de football. postée tout près de la télé, je la cherche dans les tribunes, c'est un grand travail tellement il y a de gens. Il faudrait pouvoir photographier toutes les images et les regarder à la loupe. Avec ma méthode, du coin en haut à gauche au coin en bas à droite, à toute vitesse et sans s'arrêter d'être concentrée, je pense que je ne la raterai pas. Pour l'instant je ne l'ai pas vue.
Je ne peux pas croire qu'elle est allée là-bas juste pour le foot. Elle n'aime pas tellement ça, toujours elle s'énerve quand papa met les matchs. Moi je chante Allez les bleus allez les bleus avec les garçons à l'école mais si doucement qu'ils ne m'entendent pas. J'aime bien Michel Platini, je trouve qu'il ressemble à papa. Hier il a mis un but contre l'Argentine. Mon père a crié Allez, on y croit ! Il était plus de minuit pour nous mais à peine sept heures pour elle.

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28 novembre 2015

Une forêt d'arbres creux - Antoine Choplin

Lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire 2015 PriceMinister

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une foret d'arbres creux La fosse aux ours - août 2015 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s'échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l'angoisse.
Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s'agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d'aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Auteur : Né en 1962, Antoine Choplin vit près de Grenoble, où il partage son temps entre l’écriture et l’action culturelle. Il est directeur de « Scènes obliques », dont la vocation est d’organiser des spectacles vivants dans les lieux inattendus, des sites de montagne. Il est aussi l’animateur depuis 1996 du Festival de l’Arpenteur (Isère), qui chaque mois de juillet programme des rencontres inhabituelles entre des créateurs (notamment des écrivains) et le public. Il s’est fait connaître en 2003 lors de la publication de son roman, Radeau, (2003), qui a connu un vrai succès populaire (Prix des librairies « Initiales », Prix du Conseil Général du Rhône). Parmi ses derniers titres : Léger Fracas du Monde (2005), L’impasse (2006), Cairns (2007), et de Apnées (2009), Cour Nord (2010), Le héron de Guernica (2011), La nuit tombée (2012), Les gouffres (2014).

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Ce livre est un vrai coup de poing et coup de coeur.
Dans ce livre, Antoine Choplin nous raconte une histoire vraie, celle de Bedrich Fritta, un artiste tchèque déporté au camp de Terezin avec sa femme et son fils âgé de 1 an. Bedrich a été affecté au bureau des dessins techniques, il y dessine et supervise les plans d'aménagement du camp, en particulier, il va devoir avec son équipe dessiner les plans des futurs crématoriums. 
La nuit, en secret, avec quelques uns de ses compagnons, ils dessinent leur quotidien, la réalité du camp. Comme un acte de résistance, ils veulent témoigner et durant quelques heures dessiner "librement". 
Un travers un récit cours, juste, sobre et avec une écriture poétique, l'auteur dessine le ghetto de Terezin avec son l'atmosphère pesante, ses horreurs, la violence, la peur de partir dans ces trains vers la mort, la fatigue des corps amaigris mais aussi ses petits gestes d'humanité, ses lueurs d'espoir, la passion de l'art qui aide à survivre, la résistance... 

Merci PriceMinister pour ce partenariat et cette découverte poignante.

Après cette lecture touchante et forte, je me suis renseignée sur Bedrich Fritta (1906 - mort à Auschwitz en novembre 1944), voici ci-dessous quelques uns de ses dessins :

Bedřich Fritta, Barackenbau, (Auftragsarbeit), Theresienstadt 1942

Dessin "officiel" destiné à la propagande

 

Bedřich Fritta, Cvokárna: Raum mit geisteskranken Frauen, 1943

Bedřich Fritta, Sammelunterkunft, 1943

Bedřich Fritta, Männerunterkunft in der Sudetenkaserne, 1943

17626

17625

Dessins non officiels

Bedřich Fritta, « Für Tommy zum dritten Geburtstag in Theresienstadt 22.1.1944 », 1943/44

Livre d'image réalisé en 1943 et 1944 pour les 3 ans de Tommy, le 22 janvier 1944

Extrait : (début du livre)
Quand il regarde les deux arbres de la place, il pense à tous les arbres du monde.
Il songe à leur constance, qu’ils soient d’ici ou de là-bas, du dehors ou du dedans. Il se dit : vois comme ils traversent les jours sombres avec cette élégance inaltérée, ce semblable ressort vital. Ceux bordant la route qui relie la gare au ghetto, et qui s’inclinent à peine dans la nudité ventée des espaces. Ceux des forêts au loin, chacun comme une obole au paysage, et dont la cohorte se perd au flanc des montagnes de Bohême. Ceux aussi des jardins de l’enfance et que colorent les chants d’oiseaux. Ceux des collines froides, des bords de mer, ceux qui font de l’ombre aux promeneurs de l’été. 
Ces deux-là sont peut-être des ormes. Des ormes diffus, à en juger par l’opulence décousue de la ramure. Même au seuil de l’hiver, la seule densité des branches réussit à foncer le sol d’un gris plus net. Voilà ce que Bedrich observe un long moment, le jour même de son arrivée à Terezin. Les deux ormes, appelons-les ainsi, de tailles sensiblement égales, jeunes encore sans doute, distants de quelques mètres à peine et confondant ainsi leurs cimes. Par contraste, la clarté laiteuse du jour perçant la ramure au cœur rend à chaque branche sa forme singulière. On voit ainsi combien la silhouette rondouillarde et équilibrée de l’arbre résulte de l’agrégat d’élancements brisés, de lignes rompues et poursuivant autrement leur course, de désordres. Dans ce chaos que ne tempère que cette tension partagée vers le haut, l’œil a tôt fait d’imaginer des corps décharnés, souffrants, empruntant à une gestuelle de flamme ou de danseuse andalouse, implorant grâce ou criant au visage de leur bourreau la formule d’un ultime sortilège, résistant un instant encore à l’appel du gouffre que l’on croirait s’ouvrant à la base du tronc.
Juste derrière les deux ormes passe la clôture de fils de fer barbelés, quatre ou cinq lignes noires et parallèles rythmées par les poteaux équidistants. Drôle de portée avec ses barres de mesure, vide de toute mélodie, et contre laquelle, à bien y regarder, semble se disloquer la promesse des choses. Car à l’œil englobant de Bedrich, les deux arbres naguère palpitants et qui le renvoyaient à la grande fratrie des arbres du monde, lui apparaissent maintenant, par le seul fait de ces barbelés, comme un leurre. Au mieux, ils s’évanouissent en tant qu’arbres pour n’être plus que créatures incertaines, soumises à plus fort qu’elles-mêmes. Pour peu, ils ne seraient bientôt plus qu’une illusion de la perception, jetés en irréalité par le trait de la clôture.
Voilà peut-être pour ce qui est de ce regard du premier jour porté par Bedrich sur les deux ormes de la place de Terezin. S’y entrelacent, en lisière de cette désolation, l’élan et la contrainte, la vérité et l’illusion, le vivant et le mort. À eux seuls, les barbelés ne disent rien, pas plus que les arbres ; ce sont les deux ensemble qui témoignent de l’impensable.
Il repense aux forêts aperçues depuis le train et à cette étrange sérénité que ces paysages lui ont procurée malgré tout. Les forêts portent les espoirs, il se dit. Elles ne trompent pas. On n’a jamais rapporté le cas d’une forêt d’arbres creux, n’est-ce pas ?

 

Déjà lu du même auteur :

le_h_ron_de_guernica Le héron de Guernica 5600 La nuit tombée 

cour_nord Cour Nord choplin_radeau Radeau 98602965 Les gouffres

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24 novembre 2015

Un bonheur si fragile - tome 2 : Le drame - Michel David

r_1870 (1) Kennes - mai 2015 - 504 pages

Quatrième de couverture :
Au printemps 1902, les sujets de dispute ne manquent pas à Saint-Paul-des-Prés. Alors que le curé Bilodeau se mêle un peu trop de la construction de la nouvelle église paroissiale, Gonzague Boisvert, toujours aussi avare et égoïste, met le feu aux poudres en érigeant un hôtel au centre du village. De son côté, Corinne découvre les joies de la maternité, mais ne peut compter sur son mari pour la seconder. Si Laurent montre parfois les signes d'un travailleur sérieux, plus souvent qu'autrement, ce grand charmeur irresponsable et paresseux profite des fins de semaines pour dépenser ses maigres économies autour d'un verre... de trop. Un événement tragique bousculera la vie paisible des villageois alors que Mitaines est retrouvé mort sur la terre de Laurent Boisvert. Cet épisode changera à jamais la vie de Corinne et Laurent.

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n'est pas alors totalement urbanisé.
Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
J'ai découvert le premier tome de cette série de romans de terroir québécois cet été, j'ai profité des congés de Toussaint pour lire le tome 2. Le livre est assez gros, je préférais donc le lire en vacances. Nous retrouvons les personnages peu de temps après la fin du tome 1. Laurent n'est toujours pas revenu du chantier et Corinne est sur le point d'accoucher. Juliette, le soeur de Laurent, arrive près de Corinne pour l'arrivée du bébé, un petit garçon nommé Philippe. En l'absence de Laurent, Corinne a choisi Juliette et le grand-père Wilfrid comme marraine et parrain. Heureusement, Laurent sera présent au baptême et il évitera les rumeurs à son encontre. Laurent n'a pas vraiment changé, toujours paresseux, il a rapporté aucun argent de sa campagne d'hiver.
Saint-Paul-des-Prés a un nouveau curé, le père Bilodeau, qui est bien décidé à diriger la construction de la nouvelle église. Construction qui va pouvoir enfin commencer et Laurent va y travailler pour rapporter quelques argents à sa famille.
Gonzague Boisvert ne se laisse pas abattre après sa défaite du printemps, il se lance comme candidat pour les élections municipales et décide de construire un hôtel au centre du village. Une guerre s'engage donc entre lui et le curé...
Un cadavre sera retrouvé sur les terres de Laurent, c'est celui de Mitaines qui avait mystérieusement disparu après avoir volé une très grosse somme d'argent chez Monsieur Tremblay. La police enquête sur la mort et sur la disparition de l'argent...
C'est toujours amusant de suivre cette saga québécoise où le dépaysement est garanti, les valeurs simples et les personnages attachants (enfin pas tous...) J'attends de me procurer l'épisode suivant pour les prochaines vacances...

Extrait :

Déjà lu du même auteur :

105625593 (1) Un bonheur si fragile - tome 1 : L'engagement 

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18 novembre 2015

Les amis du Paradis - Caroline Vermalle

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

les amis du paradis Belfond - octobre 2015 - 252 pages

Quatrième de couverture : 
Antoine est un jeune homme timide qui rêve d'être un héros. Rose est une violoncelliste de talent, mais qui a perdu sa flamme intérieure. Et le Paradis est un somptueux cinéma, où le vieux Camille invite à rêver en projetant des films tous les dimanches soirs. Lors d'une nuit glaciale, une tempête de neige enveloppe le petit village, et Camille meurt. C'est à Antoine qu'il revient de continuer à faire vivre le Paradis, seule animation du village. Mais des choses étranges se passent. Dans le cœur solitaire d'Antoine, Camille n'a pas disparu, il est même là qui lui parle et le conseille chaque fois qu'Antoine se retrouve seul dans le cinéma, presque abandonné. Et puis surtout la mairie décide de vendre le Paradis, et le promoteur qui compte l'acheter va le détruire pour profiter du terrain. Soudainement Antoine n'est plus seul et c'est tout le village qui va se battre pour sauver le cinéma de Camille, la mémoire du village. Même Rose, la discrète musicienne, revenue dans la maison de son enfance depuis quelques semaines... Se souviendra-t-elle d'Antoine avec qui elle avait joué, enfant, aux châteaux de sable, plusieurs juillets de suite ? Est-ce seulement dans les films projetés au Paradis que des femmes comme Rose tombent amoureuses d'hommes comme Antoine ?

Auteur : Après des études de cinéma, Caroline Vermalle a travaillé à Londres pour la BBC, fait le tour du monde, puis s'est installée en Vendée, juste en face de l'Île d'Yeu, qui lui a inspiré L'Île des beaux lendemains (2013). Les amis du Paradis est son quatrième roman pour adultes. Elle a également publié un roman pour la jeunesse, Sixtine (2013).
Mon avis : (lu en novembre 2015)
Le Paradis est le vieux cinéma de Villerude-sur-Mer une station balnéaire familiale de Vendée. Camille est le vieux projectioniste du cinéma, tout les dimanches, il fait revivre la salle en programmant de vieux films. Antoine est mécanicien, vivant de petits boulots, il n'a pas quitté sa ville d'enfance. Il est toujours prêt à venir réparer les projecteurs de Camille lorsque l'urgence s'en fait sentir.
Rose est une grande violoniste, usée par les nombreuses tournées dans le monde entier, elle a tout plaqué et est venue se réfugier dans la maison de vacances de son enfance qui appartenait autrefois à ses grands-parents. Depuis son retour à Villerude-sur-Mer, elle vient chaque dimanche au cinéma. Elle va y croiser Antoine qu'elle ne reconnaît pas. Ce dernier, lui, l'a reconnu mais n'ose pas l'aborder. Il y a plus de vingt ans, Antoine et Rose ont joué plusieurs étés ensemble sur la plage...
Un soir de tempête, Camille meurt brutalement et Antoine, seul à savoir faire fonctionner les vieux projecteurs, reprend non sans peine le cinéma. Celui-ci est en danger, la mairie veut le vendre pour le détruire car il est coûteux... Antoine va avoir des soutiens inattendus et trouver sa voie. Je ne vais pas en raconter plus car la quatrième de couverture est déjà trop bavarde...
J'ai bien aimé cette histoire, les personnages d'Antoine et Rose sont très attachants. Le Paradis ne peut que nous faire penser au film Cinéma Paradiso (film que j'ai très envie de revoir), l'histoire est différente, mais le lecteur imagine un lieu comparable, plein de surprises et de magie...
Comme Rose, j'ai la chance d'avoir passées toutes mes vacances d'été depuis que j'ai l'âge de 3 ans dans une petite station balnéaire bretonne... Il s'y trouve également un vieux cinéma qui était paroissial et qui est devenu municipal depuis quelques années... A ma connaissance, il n'a jamais été menacé, mais notre maison de vacances n'ayant pas de télé, la séance de cinéma est une institution à chaque séjour... En particulier lors des séjours à Pâques ou à la Toussaint pour profiter d'une soirée bien au chaud... Dans cette lecture, j'étais donc totalement en phase avec les souvenirs de Rose et Antoine
Merci au éditions Belfond pour cet envoi surprise.
Extrait : (début du livre)
"Ferme la porte, Rose, ma puce, pour pas que les moustiques rentrent." C'était l'été, le néon de la cuisine était allumé au-dessus de mamie qui faisait la vaisselle et on était un peu mélancoliques. C'était le dernier soir des vacances.
On avait passé l'après-midi à la plage. Une immense plage longue qui semblait toujours à marée basse tellement elle était grande. Il n'y avait pas trop de monde, parce qu'ici, c'était une petite station balnéaire de Vendée entre Notre-Dame-de-Monts et Noirmoutier, et que "c'est pas comme sur la Côte d'Azur, où ils sont serrés comme des sardines". On avait eu de la chance, cette année, il y avait eu du soleil, sauf pour le feu d'artifice du 14 juillet où il avait plu comme vache qui pisse. En cette dernière journée, il avait fait un temps superbe et on en avait si bien profité qu'on avait pris un coup de soleil sur l'épaule. On avait fait un château de de sable un peu moche, mais qui avait des fortifications stratégiques décorées de coquillages, et qui avait bien résisté quand la mer était montée. On s'était fait un nouvel ami grâce au château, ce qui était idiot, vu qu'on partait le lendemain. On avait pris le dernier goûter dans les pins, des biscuits au chocolat ramollis par la chaleur mais qui croquaient sous les dents à cause du sable au fond du sac. On avait étendu une dernière fois les serviettes élimées à côté des maillots, où il restait encore quelques algues dans les plis.   

Déjà lu du même auteur :

l_avant_derni_re L'avant-dernière chance 9782714456656 Une collection de trésors minuscules 

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05 novembre 2015

Profession du père - Sorj Chalandon

profession du père Grasset - août 2015 - 320 pages

Quatrième de couverture :
« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. » 

Auteur : Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de six romans, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens).

 

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Le narrateur, Émile, est un jeune garçon de douze ans. Il raconte son enfance dans une famille peu ordinaire. Son père est un mythomane souvent coléreux qui règne par la terreur sur son fils et son épouse. La mère est passive et résignée. Le père a plein d’ambition pour Émile, mais ce dernier rapporte à la maison surtout des notes médiocres.

Le père, qui durant ses journées, traîne en pyjama dans l’appartement, raconte à son fils qu’il a eu mille vies. Il a été footballeur, chanteur avec les Compagnons de la Chanson, agent secret, conseiller du président, il a eu l’idée du nouveau franc, il a été pasteur aux États-Unis... Un fils ne peut que croire son père et cela lui donne une vraie pression pour plaire à son père. Ce dernier a décidé que Charles de Gaulle avait trahi la France en rendant l’Algérie aux algériens, il va donc se donner la mission secrète de supprimer le président et entraîner son fils (au propre comme au figuré) dans cette folle entreprise... Émile va subir un entraînement féroce, gymnastique, pompes, mais doit également poster des lettres de menace, dessiner sur les murs les lettres OAS... Mais il ne fait jamais assez bien pour son père.
Sorj Chalandon est un auteur que j'aime beaucoup mais ce livre m'a dérangé. L'auteur raconte que cette histoire est en partie autobiographique et le lecteur ne peut qu'avoir de l'empathie pour le petit Émile et du dégoût pour ses parents indignes. Ce père est fou, il n’arrête pas de mentir et cette mère laisse faire et ferme les yeux sur les lubies de son mari. C’est de la maltraitance psychologique vis à vis d’un enfant. Sans compter qu’Émile va associer à ce délire l’un de ses camarades de classe et se comporter vis à vis de lui avec l’intransigeance et la violence de son père. 

Extrait : (début du livre)
Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles. Ni dignes, ni graves, ils ne savaient que faire de leur regard et de leurs mains. J’ai chassé un sourire. Mon père allait être congédié par des videurs de boîte de nuit.

Il pleuvait. Le crématorium, le parc, des arbres de circonstance, des fleurs tombales, un jardin de cimetière bordant une pièce d’eau. Tout empestait le souvenir.
— On va voir s’il y a un poisson ?
Ma mère m’a regardé. Elle a hoché la tête.
— Si tu veux. 
Nous avons marché jusqu’au bassin. Elle s’appuyait sur mon bras, se déplaçait avec peine, regardait le sol pour ne pas faire un mauvais pas.
Il y avait un poisson. Une carpe dorée entre les nénuphars.
— Je ne le vois pas.
Elle ne voyait rien, ma mère. Jamais, elle n’avait vu. Elle plissait les yeux. Elle cherchait de son mieux. La carpe jouait avec l’eau du rocher transformé en fontaine, elle glissait sur le sable, fendait la surface, plongeait, remontait gueule ouverte, maraudait un peu d’air. Ma mère a secoué la tête.
— Non. Il n’y a rien.
Alors j’ai entouré ses épaules de mon bras. Je l’ai serrée contre moi. Je me suis penché, elle s’est penchée aussi. De la main, je suivais l’ondoiement paisible de l’animal. J’accompagnais son mouvement. Je montrais le poisson, elle regardait mon doigt. Elle était perdue. Elle avait le visage sans rien. Pas un éclat, pas une lumière. Ses yeux très bleus ne disaient que le silence. Ses lèvres tremblaient. Elle ouvrait une bouche de carpe.

Il y avait un mort avant le nôtre, des dizaines de voitures, un deuil en grand. Nous étions le chagrin suivant. Notre procession à nous tenait à l’arrière d’un taxi. Ma mère s’est assise sur un banc, dans le couloir de la salle de cérémonie. Je suis resté debout. Je voulais sortir. Attendre dehors que tout soit fini.

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Déjà lu du même auteur :

 

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître  le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  

 

la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Le quatrième mur 

95082944 Le quatrième mur (audio)

 

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22 octobre 2015

Venus d'ailleurs - Paola Pigani

venus d'ailleurs Liana Levi - août 2015 - 208 pages

Quatrième de couverture :
Au printemps 1999, Mirko et sa soeur Simona, des Albanais du Kosovo d une vingtaine d'années, ont fui leur pays déchiré par la guerre. La route de l'exil les a menés quelque temps en Italie, puis dans un centre de transit en Haute-Loire. En 2001 ils décident de tenter leur chance à Lyon. Simona est combative et enthousiaste. Très vite, elle trouve un travail, noue des amitiés, apprend le français avec une détermination stupéfiante. Elle fait le choix volontariste de l'intégration là où son frère, plus secret, porte en lui la nostalgie de ce qu'il a laissé au Kosovo. Pour lui, le français est la langue des contremaîtres et de la rue. Le jour, il travaille sur des chantiers. La nuit, il dort dans un foyer. Les moments de pause, il gagne les lisières de la ville et peint des graffs rageurs sur les murs. C'est ainsi qu'il rencontre Agathe, déambule avec elle, partage un amour fragile face aux séquelles d'une guerre encore trop proche.
Ce roman tout en retenue raconte les étapes du parcours des réfugiés dans une métropole devenue dès 1999 un point d accueil privilégié des réfugiés kosovars en France. En filigrane : la beauté de la ville, l'art, l'exil, la différence, la liberté, la foi en l'humain.

 

Auteur : Paola Pigani a grandi en Charente dans une famille d'immigrés italiens. Elle vit aujourd hui à Lyon où elle partage son temps entre son travail d'éducatrice et l'écriture. Après N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures (Liana Levi 2013, Piccolo 2014), un premier roman très remarqué, récompensé par sept prix littéraires, retraçant l'internement d une famille manouche au camp des Alliers entre 1940 et 1946, Venus d'ailleurs est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Fin 1999, c'est la guerre civile au Kosovo. Mirko et Simona sont frère et sœur, Albanais du Kosovo, ils décident de fuir la guerre et partent sur les routes de l'Europe vers l'Italie puis la France. Après un périple long et éprouvant, ils s'installent finalement à Lyon. Mirko va trouver du travail dans le bâtiment, Simona  comme vendeuse de prêt-à-porter. Ils sont partis dans le but d'avoir une vie meilleure, mais ils ont une perception différente de la vie de migrant. Simona a la volonté de s'intégrer rapidement, elle apprend sans relâche du vocabulaire français, avec courage, elle entreprend les démarches administratives pour qu'elle et son frère soient reconnus comme réfugiés politiques. Mirko a le mal du pays, il n'arrive pas à oublier la famille restée au pays, il se sent fautif de les avoir abandonnés. Solitaire, peu bavard, il crie sa douleur dans les graphes qu'il laisse sur les murs de la ville. Il va rencontrer Agathe, une artiste peintre.
Même si l'histoire se situe en 2001, elle traite d'un sujet tout à fait d'actualité, avec beaucoup d'humanité et beaucoup d'empathie l'auteur raconte ce qu'est le déracinement pour deux personnages attachants.

 

Extrait : (début du livre)
Le raclement de la truelle a une cadence presque douce. Un bruit répétitif qui accompagne le corps de Mirko dans la lumière humide. La grue pivote sur la droite, cache le soleil quelques secondes. Une ombre fugitive qui lui fait relever la tête. Des oiseaux, apeurés par le mouvement de l’engin, s’enfuient et reviennent avec la même rapidité. Mirko travaille.
On pose des plaques de ciment. Les murs montent en quelques heures. La grue oriente les coffrages en fonte. Trois types en guident le mouvement avec des grands gestes, des han, des cris. On ne risque pas d’entendre celui qui orchestre tout cela, de là-haut, dans sa cabine. Pendant la manœuvre, les autres fument une cigarette, les yeux rivés sur le manège de l’engin. Dans le bleu du ciel, sa chaîne immense balance un énorme crochet de boucher ou quelque chose qui y ressemble. Quelque chose qui pourrait soulever une carcasse d’éléphant ou un monstre imaginaire sur ce chantier banal. Le bâti prend forme. Mirko travaille dans le futur. Tout ici a une odeur de futur, le ciment, la poussière, la sciure, les planches, l’acier des échafaudages, la peinture. Rien qui lui rappelle la terre du pays d’où il vient. Un ouvrier siffle une jolie passante, aperçue d’en haut. Un autre l’engueule. Un troisième s’immisce entre eux. 
– Siffle pas comme ça, ça fait fuir les gazelles des villes. Moi, je chante, la femme lève les yeux, et je peux voir son visage.
Les gars haussent les épaules. Pour la plupart, ils ne prennent pas le temps de regarder la rue. Quelques uns fredonnent à longueur de journée comme d’autres crachent, fument. À chacun sa respiration, sa patience ou son impatience pour tenir debout huit heures durant. Oublier les coups de burin, les coups de reins dans la tâche de chaque jour. Penser au café ou à la bière qu’on va s’offrir après. Mirko, lui, n’a rien à chanter, rien à raconter. Il préfère regarder les autres, deviner leurs histoires, leur vie à reconstruire entre silence intérieur et vacarme du chantier.
Chaque fois qu’on lui parle, Kevin renifle, se cache le visage dans son coude replié au prétexte de tousser . Mirko l’attrape par la manche, lui fait signe de reculer. Deux gars remplissent la nacelle de mortier frais. Leurs bras, leurs mains travaillent à l’aveugle. Des corps pleins de bravoure qui ignorent Kevin, ses gestes maladroits, ses pieds en travers qui risquent toujours de se faire écraser, ses outils qu’il ne range jamais où il faut. Tout semble tourner autour de lui sans qu’il le remarque. Un monde en apesanteur où il est par fois plus lourd qu’un socle de grue. Il faut toujours avoir un œil sur « le Coto ».
Mirko l’observe à la dérobée. Kevin vérifi e tout avec un niveau. Fasciné par la bulle qui bouge dans le tube jusqu’à s’immobiliser et donner raison à leur travail à tous. Juste une bulle dans le mille. Kevin a une notion très personnelle de la perfection de l’existence. Mirko est le seul à l’appeler par son prénom. Il l’a vu écrit au marqueur sur son gilet de sécurité. Entre eux, aucun point commun. L’un est grand, brun, les traits tendus, le sourire rare, une mélancolie qui stagne au fond des yeux. L’autre, chafouin, pâle, s’amuse et s’assombrit pour un rien. Dans ses cheveux blonds coupés très court, on peut voir des plaques d’eczéma. Hier ils ont quitté le chantier ensemble.
– Mirko, c’est ton vrai nom ?
– Oui.
– Moi, Coto, c’est pas mon vrai nom. C’est eux qui disent…
– Pourquoi Coto ?
– À cause de la Cotorep.
– C’est quoi ?
– Une aide pour les handicapés. Mais j’ai pas droit à ça. C’est eux qui croient. Mirko s’étonne de ce gamin, de son corps léger qui ne sait jamais où se poser dans cet univers brutal, dans ce vide où il faut construire, choisir les bons outils. Un ballet de gestes à ajuster pour trouver sa place. C’est Kevin le premier à avoir posé ses petits yeux plissés sur sa main mutilée.
– Qu’est-ce t’as fait avec ta main ?
– C’est vieux, accident. Les deux doigts qui manquent, ils sont restés dans mon pays.
– T’as le droit de travailler avec ça ?
– J’ai toujours deux mains, tu vois.
– C’est où ton pays ? La Roumanie ?
– Non, Kosovo.
– C’est loin ?
– Oui, trop loin.

 

Déjà lu du même auteur :

 

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18 octobre 2015

Otages intimes - Jeanne Benameur

otages intimes Actes Sud - août 2015 - 176 pages

Quatrième de couverture : 
Photographe de guerre, Etienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l'ampleur de ce qu'il lui reste à ré-apprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l'enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre duquel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d'une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement, se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l'Italien, l'ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, l'ex petite fille abandonnée, avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de témoigner.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l'urgence de la question cruciale : quelle est la part d'otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l'otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu'on ne trouve qu'en atteignant l'intime de soi.

Auteur :  Née 1952, en Algérie d'un père tunisien et d'une mère italienne, Jeanne Benameur vit en France depuis l'âge de 5 ans. Elle débute sa carrière d'écrivain avec des livres de jeunesse comme 'Samira des quatre routes' ou 'Adil coeur rebelle', avant d'ouvrir son registre à la littérature pour adulte. Lauréate du prix Unicef en 2001, Jeanne Benameur se distingue sur la scène littéraire avec 'Les Demeurées', l'histoire d'une femme illettrée et de sa fille. Directrice de collection chez Actes Sud junior ainsi qu'aux éditions Thierry Magnier, l'auteur publie son autobiographie, 'Ça t'apprendra à vivre' en 1998. Influencée par ses origines culturelles, Jeanne Benameur s'inspire aussi de son expérience d'enseignante pour évoquer les thèmes de l'enfance (' Présent ?') mais aussi de la sensation et du corps (' Laver les ombres') dans un style pudique et délicat. Elle publie aussi 'Les Mains libres'.

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Etienne est photographe de guerre. Lorsque l'histoire commence, il est sur le point de retrouver la liberté après de nombreux mois passé en captivité comme otage.
Après le retour en France sous le regard des caméras, Etienne va tenter de se reconstruire en se retournant vers son enfance. Il revient chez Irène, sa mère, dans son village natal. Il va retrouver ses amis d'enfance Enzo et Jofranka. Il va faire de longues marches dans la nature environnante, dans la solitude de la montagne il tente de se retrouver. 
Jeanne Benameur nous décrit des personnages qui sont otages de leur vie. Irène devenue veuve a enfoui au fond d'elle-même ses vrais désir pour se vouer aux autres. Enzo, devenu ébéniste, n'a jamais osé quitter le village, pour s'évader il fait du parapente au-dessus des montagnes. Jofranka, enfant adoptée, ne connait rien de son passé, elle est devenue avocate à La Haye, elle aide les femmes détruites par les violences des guerres à témoigner.
Tout au long du livre, Etienne est obsédé par une image qui lui revient, la dernière qu'il a eu avant son enlèvement. Celle d'une femme qui s'engouffre dans une voiture avec ses enfants et des provisions d'eau pour fuir. Il n'a pas eu le temps de prendre ce cliché avant d'être enlevé et depuis cette image le hante, elle est restée dans son esprit.
Ce livre est un vrai coup de coeur, j'ai beaucoup aimé ce livre dont les personnages sont attachants et plein d'humanité. Les mots sont simples, sont justes et plein de poésie. Un très beau roman.

Extrait : (début du livre)
Il a de la chance. Il est vivant. Il rentre. Deux mots qui battent dans ses veines Je rentre.
Depuis qu’il a compris qu’on le libérait, vraiment, il s’est enfoui dans ces deux mots. Réfugié là pour tenir et le sang et les os ensemble.
Attendre. Ne pas se laisser aller. Pas encore.
L’euphorie déçue, c’est un ravage, il le sait. Il ne peut pas se le permettre, il le sait aussi. Alors il lutte. Comme il a lutté pour ne pas basculer dans la terreur des mois plus tôt quand des hommes l’ont littéralement “arraché” de son bord de trottoir dans une ville en folie, ceinturé, poussé vite, fort, dans une voiture, quand toute sa vie est devenue juste un petit caillou qu’on tient serré au fond d’une poche. Il se rappelle. Combien de mois exactement depuis ? il ne sait plus. Il l’a su il a compté mais là, il ne sait plus rien.
Ce matin, on l’a fait sortir de la pièce où il était enfermé, on lui a désentravé les pieds comme chaque matin et chaque soir quand on le conduit, les yeux bandés, à ce trou puant qui tient lieu de toilettes. Mais il n’a pas compté les dix-huit pas, comme d’habitude. Dix-neuf, vingt, vingt et un… il a cessé de compter, le cœur battant. On l’a conduit, les yeux toujours bandés, jusqu’à un avion. 
Des mots ont été prononcés en anglais, la seule langue avec laquelle on s’est adressé à lui depuis tout ce temps. Il n’a pas reconnu la voix si singulière de celui qui venait lui parler parfois de leur juste combat. Et puis soudain, il y a eu le mot “libre” en français. Pour la première fois, en français. Il en aurait pleuré. Le mot et la langue, ensemble, dans sa poitrine quelque chose éclatait.
L’accent était si fort qu’il a eu peur de ne pas avoir bien compris, il a répété Libre? on lui a répondu Yes, libre, et le mot “France”.
Alors il a commencé à se répéter, en boucle, la France. Puis les deux mots sont venus : je rentre. Et il s’y est tenu.
Depuis, c’est l’entre-deux. Plus vraiment captif, mais libre, non. Il n’y arrive pas. Pas dedans.
Quand il a été enlevé, tout a basculé. On l’a fait passer, d’un coup, de libre à captif et c’était clair. La violence, c’était ça. Depuis, la violence est insidieuse. Elle ne vient plus seulement des autres. Il l’a incorporée.
La violence, c’est de ne plus se fier à rien. Même pas à ce qu’il ressent.
Se lancer dans la joie du mot libre, il ne peut pas. Suspendu.

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Déjà lu du même auteur :
les_demeur_es Les Demeurées les_mains_libres_p_ Les Mains libres 
c_a_t_apprendra___vivre Ça t'apprendra à vivre laver_les_ombres  Laver les ombres 
si_m_me_les_arbres_meurent_2 Si même les arbres meurent pr_sent Présent ? 
les_insurrections_singuli_res Les insurrections singulières profanes Profanes

 

 

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02 octobre 2015

La maladroite - Alexandre Seurat

1507-1 Le Rouergue - août 2015 - 121 pages

Quatrième de couverture : 
« Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi nous n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait. Parfois j’écoute des musiques de notre enfance, et je voudrais que la musique me la rappelle, mais la musique ne me rappelle rien, parce que nous n’étions pas ensemble, nous n’avons pas vécu la même enfance. »

Diana, 8 ans, a disparu. Ceux qui l’ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et nous dire ce qui s’est noué sous leurs yeux. Institutrices, médecins, gendarmes, assistantes sociales, grand-mère, tante et demi-frère…
Ce chœur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d’une authenticité à couper le souffle.
Un premier roman d’une rare nécessité.

Auteur : Né en 1979, Alexandre Seurat est professeur de lettres à Angers. Il a soutenu en 2010 une thèse de Littérature générale et comparée.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Voilà un livre coup de poing et coup de coeur ! Le sujet est difficile : la maltraitance d'une enfant.
L'auteur s'est inspiré d'une histoire vraie pour raconter celle de Diana. Tout commence par un avis de recherche, suite à la disparition d'une enfant de 8 ans.
Pour l'une des institutrices qui a connu la fillette, cette photo est un choc. Elle a un mauvais pressentiment, Diana n'a pas été enlevée, elle est morte et ses parents sont coupables... A travers les témoignages de ceux qu'elle a rencontré dans sa courte vie, le lecteur va découvrir son histoire depuis sa petite enfance jusqu'au drame. Cela commence avec les mots de sa grand-mère et de sa tante, puis ceux des institutrices et instituteurs, directrices d'école, médecins scolaires, assistantes sociales, médecins légistes, gendarmes, procureur et cela se termine par celui de son frère âgé de 10 ans.

Le récit est poignant et dérangeant, Diana est attachante, sensible, elle cherche à se faire aimer mais inexorablement elle est martyrisée par ces parents. Plusieurs signalements sont faits auprès des services sociaux, et pourtant faute de preuve, Diana n'a jamais bénéficié d'une réelle protection. Le lecteur en ressort révolté et impuissant face à ce destin douloureux et injuste.

Extrait : (début du livre)
L’INSTITUTRICE
Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. Sur la photo, elle portait un gilet blanc à grosses mailles, autour du cou un foulard noué au-dessus de sa chemisette, une tenue incongrue, d’adulte – pas d’enfant de huit ans – mais surtout, cette manière bizarre de se tenir, les bras étrangement croisés, comme quelqu’un qui se donne une contenance. L’image me rappelait sa façon pathétique de faire bonne figure, alors qu’elle avait mal partout, que son malaise transparaissait de chacun de ses gestes maladroits, et raidissait ses membres – on voyait tout de suite qu’elle avait quelque chose de cassé. J’ai pris le journal, je l’ai tendu machinalement au type qui tient le kiosque, incapable de répondre à ce qu’il disait, que je n’entendais pas, il n’a pas insisté. L’avis de recherche indiquait : Yeux bleus, cheveux châtain clair, de forte corpulence, vêtue au moment des faits d’un tee-shirt rose à manches longues, d’un jean bleu et de ballerines à pétales de fleurs noires, et tout y sonnait faux, fabriqué. J’ai pensé à ceux qui l’avaient connue, qui avaient tenté quelque chose, et qui, d’un coup, en voyant ça – ce jour-là ou un autre qui allait suivre, car dans les jours suivants il y aurait partout ce même visage gonflé de Diana, les mêmes bras bizarrement croisés, le même foulard noué glissé dans le gilet blanc à grosses mailles – allaient comprendre qu’à présent c’était trop tard (l’équipe de l’autre école à qui nous avions écrit quand elle avait été retirée de la nôtre) – j’aurais voulu appeler quelqu’un, mais je ne savais pas qui, je ne bougeais pas. À quelques pas de là, j’ai eu une nausée brutale, je me suis assise, j’ai mis du temps avant de me relever, de rentrer chez moi. Et retourner le lendemain en classe, faire face à la vingtaine et quelques de petits visages, qui commençaient seulement à se différencier, puisque je les voyais depuis deux semaines seulement, des visages ennuyés, attentifs, souriants ou rétifs, incompréhensifs ou gais, et qu’il fallait que je guide ensemble dans la même direction – tout m’a semblé insurmontable d’un coup, et voué à l’échec. Tout ce que je faisais depuis que je fais ce métier m’est apparu voué à l’échec. Diana était différente de tous ceux qui vont bien, qui m’attendrissent et qui m’agacent, de ceux qu’on guide un bout de chemin, et qui en garderont un souvenir reconnaissant ou ennuyé, et voguant sans difficulté, impatients, vers la suite.

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02 septembre 2015

Checkpoint - Jean-Christophe Rufin

checkpoint Gallimard - avril 2015 - 400 pages

Quatrième de couverture : 
Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre. Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence. Et la véritable nature de leur chargement. A travers des personnages d'une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l'aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. A l'heure où la violence s'invite jusqu'au coeur de l'Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l'action humanitaire ? Face à la souffrance, n'est il pas temps, désormais, de prendre les armes ?

Auteur : Pionnier du mouvement humanitaire des "French doctors», Jean-Christophe Rufin est l'auteur de romans désormais classiques : Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), L'Abyssin, Le grand Cœur. Nombre de ses ouvrages (Katiba, Globalia, Immortelle randonnée) éclairent de façon prémonitoire le monde contemporain.

Mon avis : (lu en août 2015)
Avant de commencer ce roman, je vous conseille de lire la postface écrite par l'auteur. Ayant été lui-même un des "French doctors", il nous explique pourquoi il a écrit ce livre.

Cette histoire est un huis clos qui met en scène une femme et quatre hommes qui convoient dans deux camions, un chargement de premiers secours destiné à des habitants de Bosnie pendant la guerre de 1995. 
Les cinq membres de cette équipe ont des personnalités et des motivations très différentes et pas toujours avouées pour participer à ce convoi humanitaire. Le lecteur va découvrir au fil du récit l'histoire de chacun et leurs idéaux... L'entente n'est pas là dans l'équipe et très rapidement des tentions vont apparaître. Jean-Christophe Rufin a construit cette histoire comme un suspense, l'atmosphère est lourde, quelques surprises et rebondissements sont présentes. Le récit et l'aventure est palpitante... Il nous invite à réfléchir sur le rôle de l'humanitaire aujourd'hui, est-il seulement là pour porter secours à des populations ? Doit-il seulement nourrir et soigner ?
J'ai dévoré Check-point comme un roman policier, je me suis attachée aux différents protagonistes, les descriptions des lieux traversés par le convoi m'ont fait voyager. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Bosnie centrale, 1995

Marc arrêta le camion, sans explication.
— Passe-moi les jumelles.
Maud les tira de la boîte à gants et les lui tendit. Il sortit et se planta sur le bord de la route. Elle le vit scruter longuement l’horizon.
Forçant la douleur, elle parvint à s’asseoir et à essuyer la buée sur la fenêtre. D’où ils se trouvaient, on embrassait un vaste panorama et, s’il avait fait moins mauvais, on aurait peut-être pu voir jusqu’à l’Adriatique. Avec la neige qui tombait, on distinguait tout de même l’ensemble du haut plateau qu’ils avaient traversé. À l’œil nu, Maud ne voyait qu’une étendue blanche, à perte de vue. Tantôt la route plongeait dans des creux, tantôt elle reprenait de l’altitude. Ils s’étaient arrêtés sur un point haut. Vers le sud, les tours en ruine d’un château médiéval se découpaient sur le fond plombé d’un nuage de neige. Marc revint et lança les jumelles sur le tableau de bord. Il redémarra, plus tendu que jamais.
— Qu’est-ce que tu as vu ? 
— Ils sont passés.
Maud ne dit rien. Elle percevait de la rancune dans sa voix. Elle s’en voulait d’être blessée, de ne pas pouvoir conduire. Si, derrière, leurs poursuivants pouvaient se relayer au volant, Marc seul ne pourrait pas tenir le rythme. Il y pensait certainement et devait calculer les conséquences de leur échec : l’affrontement inévitable, le chargement découvert, la mort peut-être.
Maud essaya de bouger mais il n’y avait rien à espérer. Dès qu’elle tendait les bras, une douleur aiguë lui transperçait le dos, au point de lui donner envie de crier.
— On a combien de temps d’avance, tu crois ?
— Six heures à peine.
— Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Il ne répondit pas et elle lui en voulut. Elle avait l’impression de ne compter pour rien. Il avait un air si hostile qu’elle ne put s’empêcher de penser à ses idées de la nuit. Dans l’action, il était seul. C’était le revers de sa force, la règle du jeu dans son monde.
Maud avait envie de pleurer et elle s’en fit le reproche.
Ils roulèrent silencieusement pendant près d’une heure. Soudain, Marc arrêta de nouveau le camion. Il ne donna aucune explication et, sans un mot, redescendit sur la route. Elle le vit d’abord s’accroupir devant la cabine et toucher le sol glacé. Puis il disparut à l’arrière. Quand il remonta, des flocons couvraient ses cheveux. Il neigeait dru maintenant et, en quelques instants, le pare-brise s’était couvert d’une pellicule blanche.

Déjà lu du même auteur :

l_abyssin_p L'Abyssin immortelle_randonnee Immortelle randonnée Compostelle malgré moi 

9782356416353_T Immortelle randonnée Compostelle malgré moi (audio livre) 

le grand coeur_folio Le grand Cœur le collier rouge Le collier rouge

 

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26 août 2015

Camille, mon envolée - Sophie Daull

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

camille, mon envolée Philippe Rey - août 2015 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire. 
Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires ; l’après, le vide, l’organisation des adieux, les ados qu’il faut consoler, les autres dont les gestes apaisent… Écrire pour rester debout, pour vivre quelques heures chaque jour en compagnie de l’enfant disparue, pour endiguer le raz de marée des pensées menaçantes.
Loin d’être l’épanchement d’une mère endeuillée ou un mausolée – puisque l’humour n’y perd pas ses droits –, ce texte est le roman d’une résistance à l’insupportable, où l’agencement des mots tient lieu de programme de survie : « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore,
radieuses, contempler le monde ».
« Dans les jours d’après, nous distribuerons tes soixante-dix-sept peluches, une par une ou deux par deux, à des fossés dans les campagnes, à des clairières, à des rochers. C’est joli, ces ours, ces lapins, ces petits chats abandonnés sur les tapis de mousse, prenant la pluie sous les marguerites. »

Auteur : Sophie Daull est née dans l'est de la France. Comédienne, elle vit à Montreuil et travaille partout. Camille, mon envolée est son premier roman.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
Un livre choc. Devant la mort d'un enfant, il n'y a pas de mots possible... et pourtant Sophie Daull a éprouvé le besoin d'écrire pour ne pas oublier Camille. 
Camille avait 16 ans, elle est morte brutalement la veille de Noël après quatre jours de fièvre. Sa mère, Sophie Daull, écrit à sa fille « pour ne pas oublier ». Elle revient sur les quatre jours de lutte courageuse de Camille mais également elle raconte l'après sans Camille. 
Ce livre est poignant et personnellement je n'ai pas pu le lire d'une traite, tellement son témoignage m'a bouleversée, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à mes enfants et à me dire la chance que j'avais de les avoir toujours vivants.
Le sujet est difficile et douloureux mais le ton est sans pathos, l'écriture est belle, sobre, juste et digne. 
Je n'oublierai pas Camille.

Merci aux éditions Philippe Rey pour ce livre coup de poing.

Extrait : (début du livre)
Haute-Marne - jeudi 9 janvier 2014
Tu es enterrée depuis une semaine exactement.
Sans ton coeur ni ton cerveau. Ils sont à l'étude au service des autopsies de La Salpêtrière.
Ici mon chaton c'est la Maison Laurentine.
Tu n'y es venue qu'une fois, c'était à la Toussaint de tes 14 ans je crois.
Tu as mangé une tarte Tatin et goûté un thé compliqué en écoutant causer les adultes de la mauvaise marche du monde. Tu t'y es emmerdée grave, comme toujours depuis quelques années quand tu étais toute seule en vacances avec les parents.
Mais j'ai choisi cette maison pour essayer de mettre au propre et de donner une suite aux quelques lignes que ton papa et moi avons griffonnées sur un cahier bleu, cinq jours après ta mort. J'ai commencé à y écrire le 28 décembre, à Criel-sur-Mer, dans la baignoire de cette chambre d'hôtel offerte par Carole. Le cahier était sur mes genoux repliés, la vapeur rendait le papier poreux et le stylo marchait mal. Je pensais surtout à toi qui lisais dans le bain des heures entières, même après que l'eau s'était refroidie. Le cahier est de marque Oxford, avec une couverture plastifiée mais sans spirale, comme tu les aimais ; nous l'avions acheté quelques heures auparavent dans l'épicerie-tabac-boulangerie d'un village picard en route pour la mer, un village qui s'appelait, et qui s'appelle toujours, Crèvecoeur.

 

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