04 juin 2016

Le gardien de nos frères - Ariane Bois

le gardien de nos frères Belfond - janvier 2016 - 385 pages

Quatrième de couverture :
Rien ne prédestinait Simon et Léna à se rencontrer. Lui appartient à la bourgeoisie juive parisienne, patriote, laïque et assimilée ; il a été maquisard et blessé au combat. Elle est issue d'un milieu de petits commerçants polonais et a réussi à survivre au Ghetto de Varsovie. 
En 1945, la guerre leur a tout pris. Chacun de leur côté, ils vont accepter une mission très particulière : rechercher des enfants juifs cachés par leurs parents dans des familles, des orphelinats ou des couvents, quand il s'avère que ceux-ci ne rentreront pas des camps. Simon parce que son petit frère Elie a disparu dans des conditions mystérieuses ; Léna car elle espère ainsi redonner du sens à sa vie. Et cela va les entraîner bien au-delà de ce qu'ils auraient pu imaginer. 
C'est l'histoire de deux jeunes révoltés qui, dans une France exsangue, vont se reconstruire grâce à la force de l'amour. De Paris à Toulouse, d'Israël à New-York, un roman d'aventure porté par le souffle de l'Histoire. 

Auteur : Grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois a déjà publié trois romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (2009), Le Monde d'Hannah (2011), et Sans oublier (2014, prix Charles-Exbrayat). Tous trois ont été salués unanimement par la critique, par quatre prix littéraires, et traduits à l'étranger. 

Mon avis : (lu en mai 2016)
Voilà un livre entre roman et essai historique qui aborde des faits peu connus de l'Après Guerre, en particulier le retour dans leur famille d'origine des enfants juifs cachés.
L'auteur a fait un très gros travail de documentation dont elle donne ses sources en fin de livre.
Simon Mandel est juif, à l'âge de 16 ans, il s'est engagé dans la Résistance. A son retour, après la Libération, il retrouve l'appartement familiale occupé, tous les meubles ont disparu… Il réussit à chasser l'occupant indélicat et à récupérer quelques objets chez des voisins pour réorganiser son quotidien. Puis il attend ceux qui vont revenir...
Mais ni ses parents, ni ses soeur et frère aînés ne reviendront. Simon n'a plus qu'une seule raison de vivre retrouver Elie, son petit frère, qui a disparu dans le Sud de la France...

Avec d'autres jeunes gens issus des EI (Eclaireurs Israelites), Simon va devenir dépisteur. Il s'agit de rechercher des enfants juifs cachés durant la Guerre dans des institutions religieuses ou des familles, pour leur permettrent de retrouver leurs familles d'origine. C'est un vrai travail de fourmi, souvent difficile, que Simon effectuera en compagnie de Lena. Cette dernière est une jeune femme qui a fui la Pologne après avoir connu le ghetto de Varsovie.
C'est un roman passionnant, instructif et qui fait réfléchir. Une très belle découverte.

Extrait :

Déjà lu du même auteur : 

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21 avril 2016

No et moi - Delphine de Vigan

Lu en partenariat avec Audiolib

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Audiolib - mars 2016 - 5h10 - Lu par Lola Naymark

Jean-Claude Lattès - 22 août 2007 - 285 pages

Livre de Poche - mars 2009 - 248 pages

Prix des Libraires 2008

Quatrième de couverture : 
Elle avait l’air si jeune. En même temps il m’avait semblé qu’elle connaissait vraiment la vie, ou plutôt qu’elle connaissait de la vie quelque chose qui faisait peur.
Adolescente surdouée, Lou Bertignac rêve d’amour, observe les gens, collectionne les mots, multiplie les expériences domestiques et les théories fantaisistes.
Jusqu’au jour où elle rencontre No, une jeune fi lle à peine plus âgée qu’elle.
No, ses vêtements sales, son visage fatigué, No dont la solitude et l’errance questionnent le monde. Pour la sauver, Lou se lance alors dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Mais nul n’est à l’abri…
No et moi, paru en 2007 a été traduit dans vingt-cinq langues et adapté à l’écran par Zabou Breitman.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit(Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Parallèlement à des études de philosophie, Lola Naymark se forme à la Classe Libre du Cours Florent. Révélée en 2003 par le film Brodeuses d'Éléonore Faucher, elle alterne les projets pour la télévision et le cinéma (Brève de comptoir de Jean-Michel Ribes, Au fil d’Ariane de Robert Guédiguian) et le théâtre (Les Liaisons Dangereuses, mis-en-scène par John Malkovich).     

Mon avis : (écouté en avril 2016)
C'est avec ce livre que j'ai découvert Delphine de Vigan et cela reste mon préféré. J'ai beaucoup aimé cette relecture en livre audio.
Lou, la narratrice, est une adolescente surdouée. A 13 ans, elle est en Seconde et se définit comme « Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette ». Elle va devoir préparer un exposé et lorsque le professeur lui demande le sujet de l'exposé, elle répond au hasard : — Les sans-abri. 
Lou va donc rencontrer No, une adolescente âgée de 18 ans, en rupture avec sa famille et sans abri. C'est la rencontre improbable de deux mondes. Les deux jeunes filles sont très différentes, mais toutes deux vont s'apprivoiser. 
Lou est très attachante, elle est idéaliste et elle pense qu'elle peut changer les choses. No est rejetée par la société, c'est une rebelle mais elle va accepter cette amitié. Lou va sortir grandi de cette rencontre et elle va apprendre à rencontrer les autres même s'ils sont différents.

Merci Audrey et les éditions Audiolib pour cette relecture toujours aussi émouvante

Extrait : (début du livre)
— Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.
De loin Monsieur Marin m’observe, le sourcil levé, les mains posées sur son bureau. C’était compter sans son radar longue portée. J’espérais le sursis, c’est le flagrant délit. Vingt-cinq paires d’yeux tournées vers moi attendent ma réponse. Le cerveau pris en faute. Axelle Vernoux et Léa Germain pouffent en silence derrière leurs mains, une dizaine de bracelets tintent de plaisir à leurs poignets. Si je pouvais m’enfoncer cent kilomètres sous terre, du côté de la lithosphère, ça m’arrangerait un peu. J’ai horreur des exposés, j’ai horreur de prendre la parole devant la classe, une faille sismique s’est ouverte sous mes pieds, mais rien ne bouge, rien ne s’effondre, je préférerais m’évanouir là, tout de suite, foudroyée, je tomberais raide de ma petite hauteur, les Converse en éventail, les bras en croix, Monsieur Marin écrirait à la craie sur le tableau noir : ci-gît Lou Bertignac, meilleure élève de la classe, asociale et muette.
— … J’allais m’inscrire.
— Très bien. Quel est votre sujet ?
— Les sans-abri.
— C’est un peu général, pouvez-vous préciser ? 

Lucas me sourit. Ses yeux sont immenses, je pourrais me noyer à l’intérieur, disparaître, ou laisser le silence engloutir Monsieur Marin et toute la classe avec lui, je pourrais prendre mon sac Eastpack et sortir sans un mot, comme Lucas sait le faire, je pourrais m’excuser et avouer que je n’en ai pas la moindre idée, j’ai dit ça au hasard, je vais y réfléchir, et puis j’irais voir Monsieur Marin à la fin du cours pour lui expliquer que je ne peux pas, un exposé devant toute la classe c’est tout simplement au-dessus de mes forces, je suis désolée, je fournirais un certificat médical s’il le faut, inaptitude pathologique aux exposés en tout genre, avec le tampon et tout, je serais dispensée. Mais Lucas me regarde et je vois bien qu’il attend que je m’en sorte, il est avec moi, il se dit qu’une fille dans mon genre ne peut pas se ridiculiser devant trente élèves, son poing est serré, un peu plus il le brandirait au-dessus de lui, comme les supporters de foot encouragent les joueurs, mais soudain le silence pèse, on se croirait dans une église.

— Je vais retracer l’itinéraire d’une jeune femme sans abri, sa vie, enfin… son histoire. Je veux dire… comment elle se retrouve dans la rue.
Ça frémit dans les rangs, on chuchote.
— Très bien. C’est un beau sujet. On recense chaque année de plus en plus de femmes en errance, et de plus en plus jeunes. Quelles sources documentaires pensez-vous utiliser, mademoiselle Bertignac ?
Je n’ai rien à perdre. Ou tellement que ça ne se compte pas sur les doigts d’une main, ni même de dix, ça relève de l’infiniment grand.
— Le… le témoignage. Je vais interviewer une jeune femme SDF. Je l’ai rencontrée hier, elle a accepté.
Silence recueilli.

 

Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit jours_sans_faim Jours sans faim 

109778914 D'après une histoire vraie

 

 

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14 avril 2016

Un bonheur si fragile - tome 4 : Les amours - Michel David

un bonheur Kennes Editions - février 2016 - 529 pages

Quatrième de couverture :
1921. Son mari décédé, Corinne se retrouve seule pour exploiter la terre familiale. Encore une fois, elle fera face à l'adversité avec le caractère qu'on lui connaît. Heureusement, Philippe et Norbert s'investissent davantage ; Madeleine, elle, réalise le rêve de sa mère en devenant institutrice alors qu'Elise est attirée par la vie au couvent. De leur côté, Gonzague et Henri Boisvert sont toujours aussi détestables. Si le premier est de plus en plus bourru avec l'âge, le second rêve d'un bel héritage. Il y a aussi les amours : Philippe s'entiche de la petite Cécile Melançon, tandis que Madeleine reçoit la grande demande de Léopold. Voyant les projets de ses enfants prendre forme, Corinne se sent de plus en plus seule. Les voisins célibataires sauteront-ils sur l'occasion pour se rapprocher de la jeune veuve ? Corinne trouvera-t-elle enfin le bonheur tant espéré ?

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n'est pas alors totalement urbanisé. Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Quel plaisir de retrouver Corinne et sa famille et le village Saint-Paul-des-Prés pour la conclusion de cette saga familiale et roman du terroir qui se déroule au Québec au début du XXème siècle. 
1921, Corinne est veuve depuis 2 ans, elle tient la ferme et sa maison grâce à l'aide de ses enfants. Philippe (19 ans) et Norbert (16 ans) travaillent à 100% sur les terres familiales avec Léopold, l'homme engagé. Les plus jeunes aident au train et s'occupent de la basse-cour sans oublier les tâches ménagères. Madeleine devenue institutrice dans le rang de Saint Jean, est une aide précieuse pour Corinne. Elle va bientôt se marier avec Leopold. Philippe qui a toujours le difficile caractère de son père fréquente Cécile Melançon, une jeune fille qui sait ce qu'elle veut et sait le remettre à sa place lorsqu'il dérape.
Corinne est toujours aussi attachante, c'est une femme de caractère qui reste toujours positive malgré tous les coups durs de la vie, et elle a eu son compte... Elle va de l'avant, après avoir beaucoup fait pour les autres et en particulier ses enfants, dans ce dernier épisode, elle voit ses enfants prêts à faire leur vie sans elle, elle va enfin pouvoir penser à elle et ses vieux jours. Et pourquoi pas sortir de sa solitude amoureuse et se trouver un homme ? Elle mérite vraiment d'être heureuse...
Au village, il y a également de l'animation...
Dommage que cette histoire soit déjà finie... Avec cette série, j'ai passé des moments de lectures vraiment agréables et instructifs, car l'auteur évoque également le contexte historique de l'époque.

Extrait :

Un bonheur si fragile T4 - Les amours

Déjà lu du même auteur :

105625593 (1) Un bonheur si fragile - tome 1 : L'engagement  

r_1870 (1) Un bonheur si fragile - tome 2 : Le drame 

un bonheur si fragile_3 Un bonheur si fragile - tome 3 : Les épreuves

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06 avril 2016

D'après une histoire vraie - Delphine de Vigan

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9782367620442-001-T d'après une histoire vraie

Audiolib - novembre 2015 - 8h56 - Lu par Marianne Epin

Jean-Claude Lattès - août 2015 - 484 pages

Prix Renaudot 2015

Prix Goncourt des Lycéens 2015

Quatrième de couverture :
« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »
« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L.
L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s’aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction.

Auteur : Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de, notamment, No et moi (prix des Libraires 2008), Les Heures souterraines (finaliste du Prix Goncourt 2009), Rien ne s’oppose à la nuit (Prix du Roman Fnac, Prix du Roman France Télévision, Prix Renaudot des Lycéens et Prix des lectrices de Elle 2011) et D’après une histoire vraie (Prix Renaudot 2015). Ses livres sont traduits dans le monde entier.

Lecteur : Marianne Epin, (Prix Gérard Philipe 1985), formée au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique dans la classe d’Antoine Vitez, a joué 5 ans à la Comédie Française et interprété les grands rôles du répertoire classique et contemporain avec les plus grands metteurs en scène. Elle alterne théâtre, cinéma et télévision. Récemment,elle a joué Tous les Algériens sont des mécaniciens, pendant 2 ans, aux côtés de Fellag. Elle a déjà enregistré pour Audiolib, Les heures souterraines, Rien ne s'oppose à la nuit et Purge.

Mon avis : (écouté en mars 2016)
C'est l'histoire d'une auteur après le succès d'un livre qui l'a dépassé et qui a fini par l'épuiser. L'auteur est en mal d'inspiration, elle n'arrive plus à écrire pas même son courrier personnel ou professionnel... Fragile, elle rencontre une femme nommée L. qui s'impose peu à peu dans sa vie, l'isole de ses proches, de ses amis. Elle cherche à influencer son écriture et l'incite à écrire un livre "
inspiré de faits réels...", car c'est dans l'air du temps et c'est ce qu'attend les lecteurs. L'ambiance est oppressante, le lecteur découvre une histoire de manipulation vue de l'intérieur. Mais qui manipule qui ? L. ? Delphine ? Delphine de Vigan ?
La conclusion est assez déstabilisante car le titre "D'après une histoire vraie" prend tout son sens, car dans ce roman, bien difficile de savoir où est le vrai ? Où est la fiction ?
J'ai aimé cette conclusion, mais dans l'ensemble, j'ai trouvé certaines longueurs dans le livre.
L'écoute audio a été agréable et la confusion entre l'initiale L. et le pronom elle, est très réussie à l'orale, la version audio est donc un plus pour cette histoire.

Autres avis : Enna, SylireLeiloonaMeuraïe

Extrait : (début du livre)
Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur.
Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.
Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.
Je cherchais la bonne position, l’orientation optimale de l’écran, j’étirais mes jambes sous la table. Et puis je restais là, immobile, des heures durant, les yeux rivés sur l’écran.
Plus tard encore, mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais du clavier.
J’ai refusé sans distinction toutes les propositions qui m’ont été adressées : articles, nouvelles de l’été, préfaces et autres participations à des ouvrages collectifs. Le simple mot écrire dans une lettre ou un message suffisait à me nouer l’estomac.
Écrire, je ne pouvais plus.
Écrire, c’était non.

Je sais aujourd’hui que différentes rumeurs ont circulé dans mon entourage, dans le milieu littéraire et sur les réseaux sociaux. Je sais qu’il a été dit que je n’écrirais plus, que j’étais parvenue au bout de quelque chose, que les feux de paille, ou de papier, toujours, finissent par s’éteindre. L’homme que j’aime s’est imaginé qu’à son contact j’avais perdu l’élan, ou bien la faille nourricière, et que par conséquent je ne tarderais pas à le quitter.

Challenge 6%
rl2015
32/36
Déjà lu du même auteur :

no_et_moi_p No et moi les_heures_souterraines  Les heures souterraines

rien_ne_s_oppose___la_nuit Rien ne s'oppose à la nuit jours_sans_faim Jours sans faim

 

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30 mars 2016

On regrettera plus tard - Agnès Ledig

Lu en partenariat avec Albin Michel

9782226320933m Albin Michel - mars 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
Cela fait bientôt sept ans qu'Eric et sa petite Anna Nina sillonnent les routes de France. Solitude choisie. Jusqu'à ce soir de juin, où le vent et la pluie les obligent à frapper à la porte de Valentine. Un orage peut-il à lui seul détourner d'un destin que l'on croyait tout tracé ?
Avec la vitalité, l'émotion et la générosité qui ont fait l'immense succès de Juste avant le bonheur et Pars avec lui, Agnès Ledig explore les chemins imprévisibles de l'existence et du coeur. Pour nous dire que le désir et la vie sont plus forts que la peur et les blessures du passé.

Auteur : Découverte en 2011 avec Marie d'en haut, coup de cœur des lectrices du Prix Femme Actuelle, Agnès Ledig s'est imposée comme une des romancières françaises les plus aimées du grand public. Ses deux best-sellers, Juste avant le bonheur, Prix Maison de la Presse 2013 (460 000 ex vendus en France, grand format et poche), et Pars avec lui (Albin Michel, 2014) sont aujourd'hui traduits en 12 langues. L'auteur vit actuellement en Alsace.

Mon avis : (lu en mars 2016)
Valentine est une institutrice alsacienne qui vit seule dans un petit hameau. Célibataire, hyperactive, elle n'a jamais su garder un homme. Un soir d'orage, Eric et sa fille Anna-Nina, âgée de 7 ans, vont débarquer dans sa vie. Depuis la naissance d'Anna-Nina et la mort de sa maman, ils parcourent les routes dans une roulotte. Avec la tempête, un arbre a endommagé le toit de roulotte et Anna-Nina est trempée et fiévreuse. En pleine nuit, Valentine accueille le père et la fille.

Dans le présent, tour à tour, Eric et Valentine sont les narrateurs de cette histoire
Le lecteur découvre également une histoire du passé, en 1944, un adolescent vient en aide à une femme enceinte jetée hors de la Kommandantur après avoir été interrogée violemment.
Le lecteur découvrira comment ces deux histoires sont liées...
Valentine et Eric ont tous les deux un passé douloureux et cette rencontre imprévue vont changer la vie de tous les trois.
Les personnages sont touchants et attachants. L'histoire est émouvante. Anna-Nina est une petite fille sensible et très intelligente. Elle a toujours vécu seule avec son père qui fait tout pour la rendre heureuse. Elle va découvrir l'école et les copains... 

Merci à Aurore et aux éditions Albin Michel pour cette belle histoire qui fait du bien.

Extrait : (début du livre)
Dimanche 13 juin 2010

Un soir d’orage

Je suis courageuse, mais quand même.
En pleine nuit d’orage, entre tonnerre et pluie battante, ces coups violents contre la porte d’entrée étaient dignes d’un scénario de film d’horreur. Après avoir sursauté sous ma couverture de laine, je dois réfléchir rapidement. Le visage de Jack Nicholson dans Shining ! C’est la première image qui me vient : il est derrière cette porte. Ma porte ! Qui d’autre que lui aurait eu l’idée d’emprunter le chemin qui mène à notre petit village en pleine nuit et par un temps pareil ? Mais je ne peux décemment pas rester là sans rien faire et prendre le risque de retrouver un mort sur mon paillasson demain matin sous prétexte que j’aurai eu la trouille d’ouvrir ma porte à un comédien de cinéma. Pour frapper ainsi, c’est peut-être quelqu’un qui a besoin d’aide. Un psychopathe entrerait en scène plus subtilement, non ?
Quoique !
Quoique, je vais quand même chercher la poêle en fonte à la cuisine, celle que j’arrive à peine à soulever d’une main, et, après avoir respiré profondément, j’entrouvre la porte avec précaution, l’ustensile en l’air, prêt à s’abattre sur Jack.
– Aidez-moi !
Un homme se tient devant moi, une fillette recroquevillée dans les bras. Ils sont trempés. Il m’implore du regard et n’a rien d’un acteur américain. Soudain ridicule avec ma poêle en fonte, je la pose au sol et j’ouvre grand la porte pour les faire entrer.
– D’où sortez-vous comme ça ?
– J’ai besoin d’aide. Elle est bouillante. Je n’ai plus d’abri pour elle ni de médicaments.
– Posez-la sur le canapé, juste là, lui dis-je en repoussant la couverture et le livre que j’étais en train de lire.
Je commence à la défaire de ses vêtements mouillés et froids, qui lui collent à la peau, puis je pose mes lèvres sur son front, une habitude prise avec mes élèves. Elle est effectivement brûlante. Je demande à l’homme d’aller chercher une serviette éponge à la cuisine pour sécher ses cheveux, tout en l’emmitouflant nue dans la couverture et en la frictionnant pour la réchauffer. La petite grelotte, le regard dans le vague, proche de l’inconscience.
– Je vais appeler le médecin. Il n’habite pas très loin, il viendra vite.
– Merci.
– Comment s’appelle-t-elle ?
– Anna-Nina.
– Elle a quel âge ?
– Sept ans.
– Vous voulez des vêtements secs pour vous changer ?
– Je dois aller mettre les chevaux à l’abri.
– Quels chevaux ?
– Mes chevaux.
Et là, je fais le lien avec la roulotte que j’ai vue arriver il y a deux jours et stationner sur le chemin un peu plus haut. C’était donc eux.
– Allez sonner chez le voisin, il s’appelle Gustave, il est de l’autre côté de la cour, il y a encore de la lumière chez lui, lui dis-je en jetant un œil par la fenêtre. Précisez-lui que vous venez de ma part et qu’il faut mettre des chevaux à l’abri à cause de l’orage.
La petite a fermé les yeux et tremble dans son demi-sommeil. Je lui ai recouvert la tête avec une serviette, et me suis assise à côté d’elle pour appeler le médecin.

Déjà lu du même auteur : 

JUSTE_AVANT_LE_BONHEUR Juste avant le bonheur 9782226259929-j Pars avec lui

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Phrase (3)

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27 mars 2016

Mariages de saison - Jean-Philippe Blondel

514QvyaIQXL Buchet Chastel - janvier 2016 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Juillet 2013 en province. Comme chaque été, Corentin retrouve, au côté de son parrain, Yvan, son emploi saisonnier de vidéaste de mariage. Chargé d'accompagner les couples des premières heures de la journée la plus importante de leur vie jusqu'au matin suivant, il recueille leurs espoirs et leurs désillusions, leurs joies et leurs détresses, parfois. Mais à vingt-sept ans, il est temps de faire des choix, amoureux tout autant que professionnels. Corentin a devant lui cinq mariages et aucun enterrement pour trouver sa voie.

Analyse des sentiments, amertume et plaisir, empathie pour les personnages... On retrouve dans Mariages de saison tout ce qui fait le charme des romans de Jean-Philippe Blondel

Auteur : Professeur d'anglais à Troyes, Jean-Philippe Blondel publie romans pour adultes et pour adolescents Le Baby-sitter, G229 (prix Virgin - Version femina), Et rester vivant et 06H41 ont rencontré un réel succès.

Mon avis : (lu en mars 2016)
Corentin a un emploi saisonnier original, il est vidéaste de mariage... Du mois de mai au mois de septembre, il seconde Yvan, son parrain, . Durant l'été 2013, nous allons les suivre lui et Yvon durant cinq mariages. Lors du premier, Corentin filme la déclaration d'amour d'une jeune mariée, destinée à l'homme qu'elle aime... Il est touché et derrière sa caméra Corentin se fait oublier et recueille les confidences des uns et des autres : mariés, parents, amis...
A force de fréquenter les mariages, Corentin s'interroge sur sa propre vie. Il n'a jamais réussi à garder longtemps ses petites amies, il est vrai que son travail de vidéaste de mariage lui laisse peu de temps durant les week-ends, et sa situation professionnelle ressemble plutôt à du provisoire...
Jean-Philippe Blondel décrit avec beaucoup de justesse et de simplicité ces mariages si différents où se révèlent des moments de tensions, de vérité, de poésie, d'amour... 
Une histoire plus profonde que l'on peut imaginer.

Extrait : (début du livre)
Eté 2013
8 juin
La sonnerie du réveil. 6h30. Corentin tente de se raccrocher quelques secondes à son rêve, il était question d’eau, d’océan ou de rivière, mais trop tard, l’aquatique s’est retiré et Corentin est échoué sur son lit, en nage. À côté de lui, Aurore n’a pas bougé d’un iota. C’est étonnant de s’appeler Aurore et d’avoir un sommeil de ce plomb-là. Aurore n’émerge jamais avant la fin de la matinée, quand elle est en repos. Corentin soupire. Il n’a pas du tout envie de vivre la journée qui se profile devant lui. Dehors, les oiseaux pépient déjà – de quoi vous donner envie d’acheter une carabine et de tirer dans le tas.
Corentin sort de la chambre sans faire de bruit. Il jette un coup d’œil au costume suspendu à la tringle à rideaux. Samedi 8 juin. Aujourd’hui. Un mariage. Encore un. Son esprit commence à anticiper – les préparatifs, la coiffure, la cérémonie –, mais Corentin refuse de se laisser entraîner. D’abord, un café. Une cafetière entière. Ses parents ont proposé de lui offrir une nouvelle machine, de celles qu’on trouve partout désormais, avec les capsules hors de prix à commander sur Internet, de celles qui vous servent « des cafés onctueux et mousseux à l’extrême, à la fois corsés et aromatisés », de celles dont les nouveaux propriétaires se sentent soudain obligés de se muer en publicitaires pour en vanter les mérites et en justifier le coût – mais il a décliné. Corentin tient à son électrique, à ses filtres à moitié détrempés qui se replient tout à coup et transforment le liquide attendu en une eau pisseuse et trouble; au bec de la verseuse, mal positionné par rapport à l’anse et qui oblige à une contorsion invraisemblable du poignet pour parvenir à verser le breuvage dans une tasse. Une cafetière entière. Deux toasts nature. Et la paix. Le petit déjeuner rêvé de Corentin – à part qu’il est 6h30, un samedi. 
Manque le quotidien local aussi. Corentin est un lecteur assidu du journal, qu’il part acheter au bureau de tabac au coin de la rue tandis que la machine à café crachote le nectar à venir. Tous ses amis se moquent de lui – personne de son âge ne lit cette feuille de chou provinciale qui égrène les décès, les communions, les fêtes d’école, les visites du Père Noël dans les maisons de retraite et le partage de la galette dans les clubs sportifs. C’est bon pour les vieux ou pour les élus, qui cherchent à être vus en photo à toutes les pages. À vingt-sept ans, franchement, Corentin devrait avoir autre chose à faire de bon matin – peaufiner un statut Facebook ou envoyer quelques SMS, par exemple. Corentin répond que c’est une sorte de déformation professionnelle. Il guette les comptes rendus de mariages et de cérémonies officielles et ironise sur les clichés noir et blanc qui semblent sortis de l’armoire de ses grands-parents. Mais, avant tout, il repère. Dans quel village l’événement s’est-il déroulé? Quelles sont les professions des nouveaux époux? Et surtout, qui a obtenu le contrat?

 

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double jeu Double jeu un hiver à paris Un hiver à Paris  9782330048204 La coloc 

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20 février 2016

Vernon Subutex - tome 1 - Virginie Despentes

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Lecture Commune 
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avec  Enna, Sandrine

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Audiolib - janvier 2016 - 11h09 - Lu par Jacques Frantz

Grasset - janvier 2015 - 400 pages

Livre de Poche - mars 2016 - 432 pages (à paraître)

Quatrième de couverture :
QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde révolu.
L’ultime visage
de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

Auteur : Virginie Despentes est l’auteure, notamment, de Baise-moi (1993, adapté au cinéma et coréalisé avec Coralie Trinh Thi), Les jolies choses (1998), Teen Spirit (2002), Bye bye Blondie (2004, adapté au cinéma par l’auteur), King Kong Théorie (2006), Apocalypse bébé (2010, prix Renaudot).

Lecteur : De formation dramatique, Jacques Frantz travailla au conservatoire avec Antoine Vitez. Son parcours théâtral le fit se nourrir auprès des plus grands : Gildas Bourdet ou Roger Planchon, entre autres. Son parcours télévisuel (avec Serge Moati, Simon Brook, Denis Malleval, Henri Helman) et cinématographique (d’Yves Robert,Coline Serreau à Claude Chabrol ou Claude Berri, sans oublier Francis Weber,Luc Besson, Lars von Trier, ou récemment Pascal Chaumeil, dans L’Arnacoeur) ainsi qu’une longue pratique des enregistrements radio ont toujours attisé sapassion pour les textes.  

Mon avis : (écouté en février 2016)
C'était ma première rencontre avec Virginie Despentes et cette rencontre est mitigée. 

Vernon Subutex a été disquaire à Paris jusqu’à qu'il soit obligé de déposer le bilan. Sans travail et sans indemnités, il est expulsé de son logement. Il va donc recontacter ses amis ou connaissances, pour squatter durant quelques jours leur canapé. Il a en sa possession des cassettes vidéo inédites d’une auto-interview d’Alex Bleach, un chanteur de rock décédé d’une overdose, qu’il a bien connu. Ces enregistrements intéressent plusieurs personnes… 
Errance de Vernon Subutex dans les bas fonds de Paris, une galerie des personnages en tous genres, prostituées, drogués, trans, artistes ratés ou non... C'est l'occasion pour l'auteur de faire une radiographie de la société et de la ville en évoquant les thèmes suivants : extrême droite, femmes battues, alcoolisme, drogue, précarité, intégrisme... 
Tout au long du livre, l'auteur cite de nombreuses références musicales, mais ma culture insuffisante en ce domaine ne m'a pas permis d'apprécier.
J'ai également été dérouté par la dernière plage d'écoute que j'ai repassé plusieurs fois pour essayer de comprendre... Je sais qu'il y a un Vernon Subutex 2, mais cela sera sans moi car j'ai vraiment peiné à écouter la fin de ce livre... Ce roman se veut réaliste, mais c'est un peu plombant et je n'ai pas envie de retrouver une atmosphère aussi glauque et trash...
Au début, je trouvais le ton du lecteur un peu monotone, mais je m'y suis habituée et j'ai plutôt apprécié le lecteur.

Autres avis : Enna, Sandrine

Extrait : (début du livre)
Les fenêtres de l'immeuble d'en face sont déjà éclairées. Les silhouettes des femmes de ménage s'agitent dans le vaste open space de ce qui doit être une agence de communication. Elles commencent à six heures. D'habitude, Vernon se réveille un peu avant qu'elles arrivent. Il a envie d'un café serré, d'une cigarette à filtre jaune, il aimerait se griller une tranche de pain et déjeuner en parcourant les gros titres du Parisien sur son ordinateur.
Il n'a pas acheté de café depuis des semaines. Les cigarettes qu'il roule le matin en éventrant les mégots de la veille sont si fines que c'est comme tirer sur du papier. Il n'y a rien à manger dans ses placards. Mais il a conservé son abonnement à Internet. Le prélèvement se fait le jour où tombe l'allocation logement. Depuis quelques mois elle est versée directement au propriétaire, mais c'est quand même passé, jusque-là. Pourvu que ça dure.
Son abonnement de téléphone portable a été suspendu, il ne se casse plus la tête à acheter des forfaits. Face à la débâcle, Vernon garde une ligne de conduite : il fait le mec qui ne remarque rien de particulier. Il a contemplé les choses s'affaisser au ralenti, puis l'effondrement s'est accéléré. Mais Vernon n'a cédé ni sur l'indifférence, ni sur l'élégance.
Il a d'abord été radié du RSA. Il a reçu par courrier une copie du rapport le concernant, rédigé par sa conseillère. Il s'entendait bien avec elle. Ils se sont rencontrés régulièrement pendant près de trois ans, dans le box étroit où elle faisait mourir des plantes vertes. La trentaine, pimpante, fausse rousse, dodue, grosse poitrine, madame Bodard parlait volontiers de ses deux garçons, qui lui donnaient des soucis, elle les emmenait régulièrement voir un pédiatre, dans l'espoir qu'il annonce une hyperactivité justifiant un traitement sédatif. Mais le médecin les trouvait en pleine forme et la renvoyait dans ses cordes. Madame Bodard lui avait raconté avoir vu AC/DC et Guns N'Roses en concert, avec ses parents, quand elle était petite. Aujourd'hui elle préférait Camille et Benjamin Biolay, et Vernon s'était gardé de tout commentaire désobligeant. Ils avaient longuement parlé de son cas : il avait été disquaire entre vingt et quarante-cinq ans. Dans son domaine, les offres d'emploi étaient plus rares que s'il avait travaillé dans l'extraction du charbon. Madame Bodard avait suggéré une reconversion. AFPA, GRETA, CFA, ils avaient consulté ensemble les stages qui lui étaient ouverts, et ils s'étaient quittés en bons termes, d'accord pour se retrouver et refaire le point. Trois ans plus tard, sa candidature pour préparer un BEP de services administratifs n'avait pas été retenue. De son côté, il estimait avoir fait ce qu'il avait à faire, il était devenu expert en dossiers et les préparait avec une belle efficacité. Il avait acquis à la longue la sensation que son job consistait à traîner sur Internet à la recherche de cases auxquelles son profil correspondrait, puis à envoyer des CV lui permettant d'obtenir en retour des preuves de refus. Qui voudrait former un quasi-quinquagénaire ? Il s'était bien dégoté un stage dans une salle de concert en banlieue, un autre dans une salle de cinéma art et essai - mais à part sortir un peu, se tenir au courant des problèmes de RER et rencontrer du monde, tout cela lui procurait avant tout une pénible impression de gâchis.

 

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24 janvier 2016

Le goût du large - Nicolas Delesalle

Lu en partenariat avec les éditions Préludes

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le gout du large Préludes - janvier 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
"Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J'allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l'ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j'allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J'allais me gaver d'heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer."
De l'inaccessible Tombouctou à la mélancolique Tallinn, entre une partie d'échecs fatale quelque part dans un hôtel russe et un barbecue incongru à Kaboul, des clameurs de la place Tahrir au fond d'un trou, dans l'Aveyron... C'est le roman d'une vie et de notre monde que raconte Nicolas Delesalle, le temps d'une croisière en cargo.
Après le formidable succès d'Un parfum d'herbe coupée - finaliste du prix Relay des voyageurs 2015 -, Le Goût du large embarque le lecteur pour un voyage passionnant, plein d'humour et d'esprit, de couleurs et de saveurs, et réveille notre irrésistible envie d'ailleurs.

Auteur : Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l'ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d'herbe coupée est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2016)
J'ai découvert Nicolas Delesalle, l'année dernière avec son premier roman Un parfum d'herbe coupée . Aussi, je n'ai pas hésité à accepter de découvrir son deuxième livre. Un livre qui nous invite au voyage. Journaliste, Nicolas Delesalle est parti pendant dix jours à bord d'un cargo porte-containers, le MSC Cordoba, pour faire un reportage sur ce nouveau type de voyages.
Son livre, est non seulement le carnet de bord de ses dix jours en mer depuis Anvers jusqu'à Istanbul mais également ses souvenirs de reportages. Des souvenirs douloureux, heureux, amusants ou tristes, des rencontres avec des hommes, des femmes ou des enfants. 
Le voyage en cargo est passionnant, avec son équipage philippins, Angelo le capitaine, Ruben son second, Neil le timonier, Glenn, Ramis, le stewart, Joseph et sans oublier Maïté, l'autre voyageuse passagère. D'Anvers au Golfe de Gascogne en passant par Gibraltar, puis les côtes tunisiennes, les îles du Péloponèse pour arriver à Istambul.
Ses souvenirs de reportages nous entraînent en Israël, à Gaza, en Indonésie, en Estonie, dans partie d'échecs en Russie, à Mourmansk, à Kaboul en Afganistan mais Nicolas nous fait aussi découvrir "une fragile zone de paix" dans la région de Bamiyan dont les habitants sont les Hazaras. Au Niger, il outrepassera son rôle de journaliste pour tenter de sauver deux jumeaux, à Dakar il rencontrera des enfants des rues, il sera témoin de la déforestation au Congo, puis ce voyage aura pour destinations la Côte d'Ivoire, l'Egypte, la Tunisie, la Libye, la Syrie, la Grèce et même une expérience un peu particulière en France... 
Quel beau voyage ! Entre anecdoctes et témoignages, il mêle à la fois l'humour et les émotions mais surtout des rencontres humaines marquantes.

Merci Anne et les éditions Préludes pour ce livre coup cœur et pour sa soirée de lancement avec l'auteur !

 

Extrait : (début du livre)
Jour 1 : D’Anvers au rail de la Manche

Hier soir, Ramis m’a souri du haut de l’échelle de coupée et je suis monté à flanc de cargo. Je n’avais pas l’impression de grimper à bord du MSC Cordoba, porte-conteneurs allemand sous pavillon libérien, équipage philippin, mille six cent vingt-neuf boîtes multicolores empilées sur le pont, de la rouille, de l’iode, du sel, de la solitude, j’avais juste la sensation de quitter le monde connu pour entrer dans un rêve de gosse aux contours flous.

Le temps : tout était là, dans ces cinq lettres, cette simple syllabe. J’allais soudain en être riche, ne plus courir après, le nez rivé sur l’ordinateur, le téléphone. Pendant neuf jours, j’allais devenir un milliardaire du temps, plonger mes mains dans des coffres bourrés de secondes, me parer de bijoux ciselés dans des minutes pures, vierges de tout objectif, de toute attente, de toute angoisse. J’allais me gaver d’heures vides, creuses, la grande bouffe, la vacance, entre ciel et mer.

J’ai suivi Ramis dans les coursives du château, recouvertes de lino bleu turquoise. Il a vérifié mon passeport, mon certificat médical et m’a fait signe de grimper avec lui jusqu’au pont F. Les escaliers sentaient la Javel et tout était vide. Chacun des vingt et un membres d’équipage vaquait à ses occupations, mais pour moi, c’était déjà un bateau fantôme, un navire hors du temps et des hommes. Je suis enfin entré dans ma cabine monastique. Je l’imaginais plus étroite, moins confortable. Des meubles en contreplaqué y encadrent un espace simple rendu douillet par la présence d’une moquette dodue à l’étrange motif écossais. Des posters lambda encadrés au mur donnent au lieu un air impersonnel d’appartement de station de ski ou de salle d’attente. Une salle d’attente. Une salle d’ennui. Une salle d’écriture. C’est bien ce que cette cabine symbolisait pour moi.

Le soleil est tombé au loin entre les deux cheminées de la centrale nucléaire du port industriel d’Anvers, près d’un champ planté d’éoliennes. À travers les hublots de ma cabine, j’ai observé le spectacle extraordinaire du chargement. Trois portiques hauts comme des immeubles de vingt étages nourrissaient le ventre du navire en laissant glisser vers le sol des filins de métal torsadés au bout desquels des mains mécaniques et crochues agrippaient un par un les conteneurs pour les remonter à toute vitesse et les déposer sur le cargo avec une facilité déconcertante. C’était un jeu de Lego géant, un Tetris colossal, des pièces de vingt tonnes volaient comme des mouettes graciles.

logo_PetitBAC2016
Voyage (1)

Déjà lu du même auteur :

un parfum d'herbe coupée Un parfum d'herbe coupée 

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15 janvier 2016

Un bonheur si fragile - tome 3 : Les épreuves - Michel David

un bonheur si fragile_3 Kennes Editions - octobre 2015 - 503 pages

Quatrième de couverture :
Quinze années se sont écoulées et Corinne, maintenant mère de cinq enfants, n'a guère vu sa situation s'améliorer. Entre un fils fugueur, un mari infidèle, ivrogne et parfois violent, et le rêve qu'elle caresse de voir sa fille aînée devenir institutrice, les épreuves se succèdent pour la femme de trente-cinq ans. En cette année 1918, la grippe espagnole sème la panique dans le village de Saint-Paul-les-Prés. De son côté, Gonzague Boisvert, maintenant un vieillard, vend son hôtel pour la plus grande joie du curé Bilodeau, toujours aussi bourru, et achète deux camions. Quand Laurent entreprend de travailler pour lui, à la voierie, Corinne hérite alors, bien malgré elle, de toutes les tâches qu'exige l'exploitation de la ferme familiale.

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n'est pas alors totalement urbanisé.
Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Nous avions quitté Saint-Paul-les-Prés fin 1903 et troisième tome reprend à la fin de l'hiver 1918. Corinne et Laurent ont maintenant cinq enfants. Philippe (16 ans), le fils aîné, ressemble de plus en plus à son père. Madeleine (15 ans) est proche de sa mère et une grande aide pour les travaux domestiques, elle ne rechigne pas à la tâche. Norbert (13 ans) veut faire le grand mais souvent ses initiatives se terminent en catastrophes... Il y a également les deux petits, Elise (11 ans) et Lionel (6 ans) qui participent également à la vie de la ferme. Laurent n'a pas changé, il est toujours ivrogne et violent et part tous les samedis soir s'encanailler en ville. Cette année, il n'est pas parti au chantier. Rosaire n'est plus là mais rapidement dans ce tome, Léopold apparaît : c'est un orphelin de 18 ans, qui était venu se réfugier en plein hiver, malade, dans la grange des Boisvert. Corinne l'a recueilli et soigné avant de l'engager comme ouvrier agricole. Corinne espère un avenir meilleur pour Madeleine et elle va l'encourager à poursuivre ses études. 
L'Histoire avec un grand H est plus présente dans ce troisième tome. En 1918, le Canada enrôle les jeunes de 18 à 32 ans pour aller faire la guerre en Europe, il sera question de Vimy. L'automobile fait son apparition dans les campagnes. La grippe espagnole fait ses premières victimes au Québec et Saint-Paul ne sera pas épargné. 
Cette saga familiale est toujours autant passionnante, dépaysante et plaisante à lire. J'attends avec impatience la parution du dernier tome (prévue le 17/2/2016).

Extrait : 

 Challenge 5%
rl2015
27/30

 

Déjà lu du même auteur :

105625593 (1) Un bonheur si fragile - tome 1 : L'engagement  

r_1870 (1) Un bonheur si fragile - tome 2 : Le drame 

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07 janvier 2016

La fractale des raviolis - Pierre Raufast

Lu en partenariat avec les éditions Folio

la fractale des raviolis_f la fractale

Folio - août 2015 - 240 pages

Alma éditeur - août 2014 - 268 pages

Quatrième de couverture : 
«"Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance." Je comprends que l’on puisse sauter une femme par dépit, par vengeance, par pitié, par compassion, par curiosité, par habitude, par intérêt, par gourmandise, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non.»
Comment se venger d’un mari volage ? En l’empoisonnant avec son plat préféré. Mais rien ne se passe comme prévu et c’est tout un engrenage qui se met en place.
Un premier roman gigogne d’une inventivité rare, qui nous fait voyager dans l’espace et le temps.

Auteur : Né en 1973 à Marseille, Pierre Raufast est un ingénieur diplômé de l'Ecole des Mines de Nancy. Il vit et travaille à Clermont-Ferrand.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Voilà un livre très étonnant... D'abord son titre qui mélange mathématique et cuisine... On s'interroge : "Qu'est-ce que cela veut dire ?" et "Pourquoi un titre pareil ?" 
Si vous êtes curieux et avez du temps, voici le lien vers l'article wikipédia sur la fractale... Je retiens  "Les fractales sont définies de manière paradoxale, en référence aux structures gigognes dont ils constituent des cas particuliers", c'est peut-être toujours pas claire pour vous... Dans la nature, on peut rencontrer des fractales comme un flocon de neige, un chou romanesco, un réseau de rivières...
Le titre évoque donc la forme du roman constitué d'histoires gigognes : des histoires qui pourraient se lire indépendamment mais qui s'enchaînent les unes aux autres avec brio.

Les raviolis apparaissent très vite dans l'histoire car tout commence avec une femme trompée bien décidée à supprimer Marc, son mari, en l'empoisonnant avec un plat de raviolis. C'est l'heure de ce mettre à table, et voilà que la voisine vient leur confier Théo, son fils de cinq ans et Marc propose au petit bonhomme de partager le plat de raviolis... Vite une idée pour empêcher Théo de toucher aux raviolis ! Ainsi s'achève le premier de la vingtaine de chapitres. Dans le chapitre suivant, la femme se souvient d'un souvenir de jeunesse alors qu'elle travaillait ponctuellement dans un bar à hôtesse à Pussemange en Belgique. Puis il est question des vierges de Barhofk, de l'étrange don de Paul Sheridan, d'un arnaqueur de cimetières, de Franck Vermüller, de Grimalov, de rats-taupes... et dans les dernières pages du livre le lecteur découvrira la conclusion du premier chapitre...
Les différents chapitres se lisent plutôt facilement les styles sont variés tantôt policier ou thriller ou comédie ou conte ou même fantastique, on explore également différentes époques et le lecteur a hâte de découvrir la conclusion...

Merci Anne-Laure et les éditions Folio pour ce roman vraiment atypique.

Extrait : (début du livre)
« Je suis désolé, ma chérie, je l’ai sautée par inadvertance »

 Je comprends qu’un homme puisse sauter une femme par dépitn par vengeancen par pitié, par compassion, par désœuvrement, par curiosité, par habitude, par excitation, par intérêt, par gourmandise, par nécessité, par charité, et même parfois par amour. Par inadvertance, ça non. Pourtant, ce substantif vint spontanément à l’esprit de Marc, lorsque je le pris sur le fait avec sa maîtresse.

Définition d’ « inadvertance » : défaut accidentel d’attention, manque d’application (à quelque chose que l’on fait).

faut-il le dire ? Quand j'ouvris cette porte, ce que je vis n'avait rien d'un manque d'application. Bien au contraire. Il s'agissait d'un excès de zèle érotique caractérisé. En tout cas, le porc qui vit à mes côtés ne m'a pas sautée avec autant d'inadvertance depuis longtemps...

A la définition, le dictionnaire accolait une citation de Martin du Gard : « Antoine ne voulait pas se laisser distraire une seconde de cette lutte pressante qu'il menait contre la mort. La moindre inadvertance, et ce souffle vacillant pouvait s'évanouir. »
Cela faisait déjà un bout de temps, chez moi, que le souffle vacillant menaçait de s'évanouir. Plusieurs années sans doute. Cette inadvertance-là fut de trop et déclencha tout le reste.

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