04 octobre 2017

Lucie ou la vocation - Maëlle Guillaud

Lucie ou la vocation lucie_poche

Éditions Héloïse d’Ormesson - août 2016 - 208 pages

Points - septembre 2017 - 216 pages

Quatrième de couverture :
Que sa volonté soit faite.
Lucie est amoureuse. Éperdument. Mais pour imposer celui qu'elle a choisi, elle va devoir se battre. Ne pas céder face aux larmes de sa mère, à l'incompréhension de sa grand-mère, et à la colère de Juliette, sa meilleure amie. Malgré les humiliations quotidiennes, les renoncements, l'isolement et l'ascèse. Elle résiste et rêve d'absolu. Un jour pourtant, le sacrifice qu'elle a durement payé est violemment ébranlé par la découverte d'un secret. S'est-elle fourvoyée ou est-elle victime d'une manipulation?
Avec une sensibilité et une justesse infinie, L. ou la vocation nous entraîne dans les coulisses d'un monde fermé, soumis aux règles impénétrables d'une congrégation vouée au divin. Subtilement le roman dévoile ce processus d'abnégation jusqu'à ce que le doute s'immisce. Une histoire en étroite résonance avec nos problématiques sociétales, et qui permet peut-être de saisir avec plus d'acuité la violence que le sacrifice impose et surtout sa puissance à tout exiger de vous.

Auteur : Née en 1974, Maëlle Guillaud est éditrice. Lucie ou la vocation est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2017)
C'est l'histoire d'une jeune fille qui choisit de consacrer sa vie à Dieu en entrant dans les ordres.
En classes préparatoires, Lucie décide d'abandonner ses études pour « se marier avec Dieu », chez ses proches, c'est l'incompréhension. Son amie Juliette va tout tenter pour la raisonner, sa grand-mère comprend qu'elle va partir pour toujours et sa mère est triste de savoir que sa fille ne lui donnera jamais de petits-enfants. Et Lucie tient bon, elle devient sœur Marie Lucie, et prononce ses vœux : de pauvreté, de silence et d'obéissance. La vie dans la communauté n'est pas aussi facile et aussi belle qu'annoncée... au fil du temps, les questions de la jeune fille sur sa Foi et sur son engagement auprès de Dieu vont se transformer en une enquête sur ce qu'il se passe vraiment dans ce couvent... 

J'ai trouvé ce roman dérangeant. Et pourtant, jeune adulte, j'ai eu l'occasion de passer quelques jours dans plusieurs monastères (sans jamais eu envie de m'y engager). Dans cette histoire, j'ai trouvé que les méthodes pour attirer Lucie au couvent étaient très proches de celles de sectes... J'ai été surprise par le ton du livre qui commence comme un roman documentaire qui questionne sur la vocation religieuse et puis qui devient un roman policier autour du secret de couvent... Ce mélange des genres est troublant.

 

 

Extrait :
La ville pullule de touristes aux tenues criardes et au regard de bête traquée. C’est à ça qu’on les reconnaît, à cette étrange crainte qui les habite, loin de leurs bases, se dit Lucie. La jeune femme gravit les marches d’un pas léger. Elle emprunte la ruelle qui contourne la basilique. Au bout, une grille s’ouvre sur une cour pavée nimbée de lumière.
Depuis plusieurs mois, elle vient ici en secret avec Mathilde. Son amie est différente des autres élèves de la khâgne. Elle a tout vu, tout vécu, même la rue. Et à dix-neuf ans à peine, elle a étudié la théologie.
Mathilde se glisse dans d’autres sphères, quand Lucie cherche encore quel sens donner à sa vie. Longtemps, elle a rêvé de passion fusionnelle et de brillante carrière, comme celle de son père. Depuis peu, elle n’a que des doutes.
Lucie pousse la porte. Ici, elle est à l’abri du bruit et de la poussière de la rue. Ici, l’amour l’enivre, même si elle ignore les effets de l’ivresse. Elle est portée par une force plus grande qu’elle, douce et enveloppante. Quand elle en a parlé à Mathilde, cette dernière a souri. Il suffit, d’après Mathilde, d’accepter que cette vague d’amour vous submerge.
Lucie aperçoit son amie, les cheveux bruns tirés en queue-de-cheval serrée, qui est assise un peu plus loin. Elle la rejoint et lui serre discrètement le bras en saluant d’un sourire les femmes qui l’entourent.
Toutes ferment les yeux. Autour d’elle, tout n’est qu’amour. À cet instant, elle est sereine.

Posté par aproposdelivres à 08:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


27 septembre 2017

Mensonges sur le Plateau Mont-Royal, tome 1 : Un mariage de raison - Michel David

r_2206 mensonges-sur-le-plateau-mont-royal-tome-1-un-mariage-de-raison-ebook

Éditions Hurtubise - octobre 2013 - 590 pages

France Loisirs - octobre 2012 - 598 pages

Quatrième de couverture :
Montréal, 1946. Jean Bélanger, qui termine son cours classique, et Reine Talbot, fille du propriétaire d’une biscuiterie, se fréquentent depuis quelque temps. Leur passion mutuelle et la fougue de leur jeunesse mènent à des rapprochements charnels, pourtant proscrits par l’Église avant le mariage ! 

Alors que leur amour vacille, Jean rencontre une nouvelle flamme. Mais quelques jours plus tard, Reine lui annonce qu’elle est enceinte, une révélation qui va bouleverser leur vie. Les deux familles, que tout semble opposer, vont se démener pour éviter le scandale et sauvegarder leur réputation. 
Avec des personnages toujours aussi charismatiques et attachants, des dialogues colorés et vivants qui ont fait son succès, Michel David nous fait revivre une époque où Montréal, au lendemain de la guerre, était en pleine ébullition économique et intellectuelle. 

Auteur : Michel David est né à Montréal, le 28 août 1944, où il passe son enfance, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, qui n'est pas alors totalement urbanisé. Après plus de 33 ans de carrière dans l'enseignement du français, Michel David prend sa retraite en 1999, mais continue l'écriture d'ouvrages pédagogiques, et se consacre à la sculpture sur bois, puis... à l'écriture de sagas, sept jours par semaine, plusieurs heures par jour.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
Après avoir découvert cet auteur québécois avec la série "Un bonheur si fragile", j'ai eu l'occasion de découvrir cette série qui se passe à Montréal en 1946, juste après la Seconde Guerre Mondiale. Le lecteur découvre deux familles bien différentes : Les Belanger et les Talbot à travers Jean Belanger, jeune étudiant âgé de 20 ans, et Reine Talbot, vendeuse âgé de 19 ans. Tous deux se sont fréquentés quelques mois et alors qu'ils avaient rompu depuis peu, Reine annonce à Jean qu'elle est enceinte. Jean va donc être obligé de prendre ses responsabilités et d'épouser Reine alors que les sentiments ne sont plus là... 
C'est intéressant de découvrir la vie à Montréal à cette époque et les conventions sociales de l'époque, la place de la religion... Les deux familles sont très différentes et malgré tout vont faire le maximum pour sauver la réputation de leurs enfants. Certains personnages sont très attachants, d'autres plutôt crispants.
Comme pour la série "Un bonheur si fragile", l'auteur utilise le québécois et ses expressions locales, c'est parfaitement compréhensible pour un lecteur français et moi j'aime beaucoup.
Je n'ai pas tardé à lire le tome 2 car j'avais très envie de connaître la suite des aventures de Jean et Reine et j'en ferai prochainement un billet...

Extrait : (début du livre)
— Grouille-toi, Bélanger. Je suis complètement gelé, cria l’étudiant qui avait commencé à enrouler le gros boyau qu’ils venaient d’utiliser pour arroser l’une des deux patinoires extérieures du Collège Sainte-Marie.
— Laisse-moi juste une minute, j’ai presque fini, lui demanda son camarade en dirigeant le jet d’eau vers un coin de la surface glacée tout en s’appuyant contre la bande en bois.
Quelques instants plus tard, les deux jeunes hommes, complètement frigorifiés, rentrèrent précipitamment à l’intérieur de l’institution, leurs moufles couvertes de glace.
— C’est bien clair, je sens plus mes pieds ni mes mains, déclara Comtois en tapant bruyamment des pieds sur le parquet dans le vain espoir de les réchauffer.
— J’ai pas plus chaud que toi, rétorqua son copain, mais on n’avait pas le choix de faire ça cet après-midi, même si on gèle tout rond. Tu sais comme moi que si on n’avait pas arrosé, on n’aurait jamais été capables de jouer notre match de hockey demain, après le dernier examen.
— T’as raison. Bon, je me réchauffe cinq minutes et je m’en vais chez nous, annonça Paul Comtois. Il faut que j’aille étudier.
— Moi aussi, je traînerai pas, rétorqua son camarade de classe. J’ai pas envie d’être poigné à attendre le tramway avec les jeunes. Leur examen doit être à la veille de finir.
Les deux grands étudiants de la classe de philosophie I du Collège Sainte-Marie se dirigèrent vers leur casier métallique dans l’intention de troquer leur tuque et leurs moufles pour un chapeau et des gants, ce qui, à leur avis, convenait beaucoup mieux à leur statut de jeunes adultes âgés de vingt ans.
— Bon, on se revoit demain matin, dit Paul Comtois en donnant une bourrade à son camarade avant de se diriger vers la porte.— C’est ça et oublie pas d’étudier saint Thomas, plaisanta Jean Bélanger en se penchant vers le miroir placé au-dessus des lavabos pour s’assurer de la juste inclinaison de son chapeau. 

Le fils de Félicien et d’Amélie Bélanger était un garçon de taille moyenne solidement charpenté à l’épaisse chevelure brune légèrement ondulée. Les jeunes filles appréciaient aussi bien sa mâchoire énergique et son nez droit que ses yeux bruns pétillants de vie. La pratique régulière du hockey et du baseball avait fait de lui un athlète et n’avait nui en rien à ses grandes qualités intellectuelles. Il en était déjà à l’avant-dernière année de son cours classique. Les Jésuites étaient parvenus à faire de l’adolescent, entré dans leur institution à l’automne 1940 à l’âge de treize ans, un jeune homme cultivé à l’avenir prometteur. Jean était un élève qui avait du talent à revendre et qui ne rechignait pas devant l’effort. De plus, il était doué pour se faire des amis, peut-être parce qu’il hésitait rarement à dépanner un camarade.
— Tu trouves pas, mon ami, qu’il serait plus normal que tu sois chez toi en train de préparer ton examen de philosophie de demain plutôt que de traîner au collège à t’admirer dans le miroir? fit une grosse voix dans le dos de l’étudiant.
Jean sursauta. Il n’avait pas entendu venir le père Patenaude, son professeur de philosophie et son directeur de conscience.
— Je m’en allais justement, mon père, se défendit-il en rougissant légèrement. Je suis resté au collège juste le temps d’arroser la patinoire.

Déjà lu du même auteur : 

Un bonheur si fragile

105625593 (1) tome 1 : L'engagement r_1870 (1) tome 2 : Le drame 

un bonheur si fragile_3 tome 3 : Les épreuves 109921761 tome 4 : Les amours

Posté par aproposdelivres à 10:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

20 septembre 2017

Par amour - Valérie Tong Cuong

Lu en partenariat avec Audiolib

 9782367624129-001-T 71GAkdS70IL

Audiolib - juillet 2017 - 9h06 - Lu par Benjamin Jungers, Kelly Marot, Olivier Martinaud, Emilie Vidal Subias

JC Lattès - janvier 2017 - 416 pages

Quatrième de couverture :
À travers le destin de deux soeurs, Émélie et Muguette, de leurs maris, Joffre et Louis, et de leurs enfants, Jean, Lucie, Joseph et Marline, Par amour, raconte le martyre de la ville du Havre depuis l’Exode et son occupation par les Allemands, à sa libération en 1944, sous le déluge des bombes alliées qui la détruiront presque entièrement.
Donnant la parole à chacun des personnages, la singularité de ce roman est de livrer au lecteur ce que fut la traversée de cette guerre, jour après jour, pour les gens ordinaires, hommes, femmes, enfants – dont certains seront envoyés, pour les protéger, jusqu’en Algérie. Et de nous révéler combien l’amour, s’il n’évite ni le danger ni les blessures, éclaire magnifiquement les routes.

Auteur : Valérie Tong Cuong a étudié la littérature et les sciences politiques, puis passé huit ans en entreprise avant de se consacrer à l'écriture et à la musique. Elle a publié onze romans, dont le très remarqué Atelier des miracles. Ses livres sont traduits dans dix-huit langues.

Lecteurs : Né en 1986 à Bruxelles, Benjamin Jungers rejoint le Conservatoire de théâtre de Paris, puis la Comédie-Française. Il joue en 2016 dans Les Femmes savantes au Théâtre de la Porte Saint-Martin.
Comédienne française, Kelly Marot fait du doublage depuis l’âge de cinq ans. Elle est notamment la voix française de Jennifer Lawrence dans la célèbre saga Hunger Games.
Comédien et metteur en scène, Olivier Martinaud a été formé au Conservatoire supérieur d’art dramatique. On le retrouve au cinéma, à la télévision pour Arte, et à la radio pour France Inter et France Culture, il prête également sa voix pour des émissions, documentaires et fictions.
De formation classique, Émilie Vidal-Subias alterne les projets entre spectacles jeune public, créations contemporaines ou musicales, sans oublier la publicité et le cinéma. Récemment, elle se découvre une véritable passion pour le travail de la voix off et du conte.

Mon avis : (lu en août 2017)
A partir de témoignages et d’archives sur la vie au Havre durant la Seconde Guerre Mondiale, Valérie Tong Cuong a écrit un roman autour du quotidien de deux familles. Émélie, Joffre et leurs enfants, Jean et Lucie et Muguette, Louis et leurs enfants Joseph et Marline. Émélie et Muguette sont deux soeurs. Le livre commence lors de l'Exode, c'est Lucie qui raconte lorsqu'Émélie et Muguette et les enfants se trouvent sur les routes pour fuir Le Havre menacé par les Anglais et les Allemand... Les hommes Joffre et Louis sont alors mobilisés et absents. Tour à tour les différents personnages racontent les évènements de la guerre, bombardements, l'occupation allemande, les difficultés de l'approvisionnement... C'est vraiment très bien documenté, l'histoire est palpitante et ces points de vues différents à travers les récits, des enfants et des parents est une très bonne idée.
Dans la version audio, les cinq lecteurs sont très bons et soulignent le parti pris de l'auteur du récit à plusieurs voix.

Merci Pauline et  Audiolib pour cette lecture prenante et passionnante !

Extrait : (début du livre)
LUCIE
Lundi 10 juin 1940
Dès que maman a poussé la porte, j’ai compris que cette journée serait différente des autres. D’abord, il était six heures du matin, ça je le savais parce que les cloches de Sainte-Marie ont sonné six coups, or d’habitude, les jours de classe, nous nous levions à sept heures pile. Et puis maman portait ses habits du dimanche alors que nous étions lundi et ses joues étaient toutes creusées, comme si on l’avait chiffonnée.

Elle m’a contemplée bizarrement. J’ai pensé que moi aussi, je devais avoir l’air froissée : j’avais roulé d’un bord à l’autre de mon lit la moitié de la nuit en écoutant papa fredonner la berceuse qu’il me chantait lorsque j’étais bébé, ou plutôt en écoutant les souvenirs de mon cœur, puisque papa était parti depuis exactement neuf mois, « À côté de ta mère Fais ton petit dodo Sans savoir que ton père S’en est allé sur l’eau », neuf mois de silence ou presque, une permission seulement, mais comme disait maman : « Les bonnes nouvelles marchent et les mauvaises courent, si c’est pour apprendre qu’il est mort ou prisonnier comme ce pauvre Louis, nous le saurons bien assez tôt. »
Elle portait une grande valise, elle a déclaré que nous devions partir maintenant, maintenant c’était dans la seconde, « Vite, vite, allons Jean, tu lambines, aide ta sœur », le temps de prendre quelques affaires, mais pas trop, un change et notre manteau d’hiver même s’il faisait une chaleur terrible depuis des jours, parce que nous ne savions pas quand nous rentrerions et aussi bien, la semaine suivante, le vent du nord viendrait nous mordre les os.
Jean a demandé à maman de quoi elle avait peur. Jusque-là maman répétait que tout allait bien se passer, même après les premiers bombardements sur le port alors que le ciel était en flammes, même lorsque le Petit Paris avait brûlé ou que les voisins avaient décidé d’aller dormir chaque soir en ville haute, elle répétait, il n’y a aucune inquiétude à avoir, la DCA fait son travail, les Anglais vont nous protéger, nous ne sommes pas des rats qui fuient à la première occasion !
À chacune des alertes, nous courions tous les trois à la cave, bouchant nos oreilles et chantant à tue-tête « Tout va très bien, madame la marquise » jusqu’à ce que les sirènes s’arrêtent et que maman s’exclame : « Eh bien, qui avait raison ? »
Pour ne pas la contrarier, nous faisions semblant de ne pas sentir cette horrible odeur de brûlé qui nous piquait le nez et les yeux, et maman aussi faisait semblant de rien.

Posté par aproposdelivres à 05:49 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 septembre 2017

Pain amer - Marie-Odile Ascher

81WkhfV0eSL 61Gkr7YngnL

Anne Carrière - janvier 2011 - 428 pages

Pocket - mars 2012 - 480 pages

Quatrième de couverture :
Ils étaient des milliers à avoir fui la révolution bolchevique et la guerre civile. En 1946, auréolé de sa victoire sur le nazisme, Staline les rappelle à la mère patrie : l'URSS. Ils seront quelque quatre à six mille " Russes blancs " exilés à suivre l'étoile rouge et les promesses du Petit père des peuples.

Parmi eux, Marina qui, bien que se sentant française, suit les siens dans leur voyage de retour. Elle laisse Marc, son grand amour, certaine de revenir bientôt sur la Côte d'Azur pour l'épouser. Pour l'instant, un long périple l'attend. Elle ne se doute pas qu'une fois arrivée, se dressera entre elle et ses rêves d'avenir le mur du totalitarisme.

Auteur : Marie-Odile Ascher vit à La Gaude, près de Nice. Pain Amer est son premier roman. Vient ensuite Le serment de Maria. Dans l'un comme dans l'autre, elle met en scène une jeune femme dans les tourments de l'histoire de l'Europe de l'Est.

 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous raconte un épisode méconnu de l’Histoire. Après la Seconde Guerre Mondiale, Staline convainc de nombreux Russes blancs émigrés en France après la révolution de 1917, à revenir au pays… A coup de propagande et de belles promesses, Marina, la narratrice de cette histoire, et sa famille vont abandonner leur vie agréable à Nice pour l’enfer...
Marina a 19 ans et promise à un belle avenir, elle est fiancée, elle poursuit des études brillantes pour devenir enseignante. Lorsque son père et sa mère décident de retourner en URSS avec leurs huit enfants, Marina tente de les dissuader. Elle a toujours vécu en France et la Russie ou l’URSS ne représentent rien pour elle. Mais à 19 ans, elle est toujours mineur et doit obéissance à son père. Elle a finalement prévu de les accompagner jusqu’à destination puis dès que la famille sera installée de repartir en France retrouver son fiancé. Dès le début du livre, on comprend que son voyage n’aura pas de retour…
Ce livre se lit comme un suspens, le lecteur est happé par cette aventure incroyable. L’auteur s’est vraiment bien documenté pour raconter l’histoire de Marina et sa famille, s’inspirant d’une histoire vraie.

Extrait : (début du livre) 
Simferopol, Ukraine, 2 décembre 1991.


Tous les postes de radios et de télévision du pays crachent, sans interruption, les résultats du vote. L'effervescence est palpable partout, dans la rue, dans les médias et même chez nous : le téléphone sonne sans cesse. Nous avons tous conscience de vivre un tournant historique majeur. Demain ne sera plus jamais comme hier : l'URSS est en train d'exploser, notre monde basculera vers l'inconnu. L'Ukraine est devenue libre et indépendante, l'univers soviétique, que j'avais crû immuable à jamais, auquel j'avais tant peiné à m'adapter, est en voie de disparition.
Cette atmosphère de renversement de l'ordre du monde m'a rappelé l'époque de ma jeunesse quand, pareillement à aujourd'hui, mon univers avait basculé. C'était en 1947 et j'avais dix-neuf ans. Un interminable trajet en train, de Nice vers l'Union soviétique, nous avait emportés, ma famille et moi, vers une autre planète. J'avais alors noté mes impressions et le déroulement des péripéties du voyage dans un cahier d'écolier, à couverture verte. Il existe toujours, enfoui - j'allais dire inhumé - depuis des décennies dans une vieille valise à la cave, en compagnie d'autres traces fossilisées d'un passé lointain. Une envie irrésistible m'a poussée à aller le chercher.
Ma main tremblait un peu lorsque j'ai ouvert le cahier au hasard. L'encre bleue a à peine pâli. J'ai reconnu l'écriture fine et si aisée du stylo Waterman à plume d'or que m'avait offert Marc pour mes dix-huit ans. «À Strasbourg un petit courant d'air froid...» Un peu plus loin : «Nous mangeons dans les gamelles en fer-blanc de l'armée allemande...»
J'ai repris au tout début pour me plonger dans cet espace-temps étrange que fut le voyage vers l'URSS, sorte de sas entre deux mondes étanches. Le silence de l'oubli a volé en éclats. La violence de ce que j'avais vécu m'est revenue, tel un boomerang, en plein coeur.

 

Posté par aproposdelivres à 06:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29 août 2017

La chambre des époux - Eric Reinhardt

Lu en partenariat avec Babelio et Gallimard

A19720 Gallimard - août 2017 - 176 pages

Quatrième de couverture :
Nicolas, une quarantaine d’années, est compositeur de musique. Un jour, sa femme Mathilde apprend qu’elle est atteinte d’un grave cancer du sein qui nécessite une intense chimiothérapie. Alors que Nicolas s’apprête à laisser son travail en plan pour s’occuper d’elle, Mathilde l’exhorte à terminer la symphonie qu’il a commencée. Elle lui dit qu’elle a besoin d’inscrire ses forces dans un combat conjoint. Nicolas, transfiguré par cet enjeu vital, joue chaque soir à Mathilde, au piano, dans leur chambre à coucher, la chambre des époux, la symphonie qu’il écrit pour l’aider à guérir. 

S’inspirant de ce qu’il a lui-même vécu avec son épouse pendant qu’il écrivait son roman Cendrillon voilà dix ans, Éric Reinhardt livre ici une saisissante méditation sur la puissance de la beauté, de l’art et de l'amour, qui peuvent littéralement sauver des vies.

Auteur : Né en 1965, Eric Reinhardt est l'auteur de six romans, parmi lesquels Cendrillon (2007), Le système Victoria (2011) et L'amour et les forêts (2014), qui lui a valu le prix Renaudot des lycéens 2014, le prix Roman France Télévisions 2014 et le prix Roman des étudiants France Culture - Télérama 2015.

Mon avis : (lu en août 2017)
C'est la première fois que je lisais cet auteur. J'ai été touché par le premier chapitre où l'auteur raconte comment, en couple, il a lutté sa femme, Margot, et lui contre le cancer de celle-ci. Ils avaient passé un marché, lui terminait d'écrire son livre en cours en quelques mois pendant qu'elle suivait ses chimios pour se soigner. Et chaque soir, Eric lisait des extraits de son livre à son épouse et lui donnait également tout son amour pour la soutenir. Le livre est un succès et Margot est en rémission.
Ensuite, j'ai été déstabilisée par le tournant que prend le livre... Il vient de témoigner très joliment de tout l'amour qu'il a pour sa femme, et voilà qu'il raconte sa rencontre avec Marie à l'occasion d'un salon professionnel. Marie a survécu miraculeusement à un cancer du pancréas alors que les médecins ne lui donnaient que quelques semaines à vivre. En voyant Marie, le narrateur voit en elle la vie et il en tombe immédiatement amoureux... Etant un homme fidèle, malgré leur complicité réciproque durant la soirée, ils ne se passera rien de plus.
Le narrateur imagine écrire un livre à partir de cette rencontre, pour lui donner une suite... Eric devient Nicolas, compositeur, Margot  devient Mathilde et Marie reste Marie...
Pourquoi nous raconter deux fois la même histoire où presque ? Et surtout pour conclure qu'il n'écrira finalement pas le livre imaginé !
J'ai été également dérangée par l'abus de texte mis entre parenthèses... Il y a même parfois deux niveaux de parenthèses ! Cela a du sens pour une équation mathématique mais en littérature c'est incongru et cela complexifie la lecture.
Conclusion, le rendez-vous avec ce livre est manqué, je n'ai pas aimé cette mise en abyme...

Merci Babelio et Gallimard pour ce partenariat "Rentrée Littéraire 2017"

Extrait : (début du livre)
Son cancer lui a été annoncé, à la suite d’une mammographie effectuée à son initiative en raison d’une grosseur, en décembre 2006. Comme cette tumeur d’un peu plus de quarante millimètres n’avait pas été détectée six mois plus tôt par le même examen, les médecins ont émis l’hypothèse d’un cancer à évolution rapide, éventuellement inflammatoire. Le délai nécessaire à l’analyse
de la ponction a été ce que j’ai vécu de plus douloureux de toute mon existence.
Pendant ces quelques jours, pour échapper à l’angoisse de l’attente, j’allais me réfugier dans mon bureau, où j’écrivais les pages de Cendrillon consacrées à Margot. Le hasard avait voulu que j’en sois là de mon roman quand elle m’avait téléphoné pour m’annoncer qu’elle était malade. Ces mots d’amour qui sortaient du clavier comme des larmes, j’ai parfois frémi de les sentir comme une nécrologie, mais que faire d’autre ? Ces pages de Cendrillon sont pour moi comme le sortilège qu’éperdu j’ai lancé avec rage au visage du cancer.
Les examens ont révélé qu’il n’était pas inflammatoire mais à évolution rapide, stade 4. Il a été décidé d’un protocole en trois temps, huit cures de chimiothérapie à partir du 5 janvier, une opération début juillet pour extraire ce qui subsisterait de la tumeur, enfin pendant deux mois une séance de rayons quotidienne.
Quoi de plus banal qu’un cancer du sein ? Mais c’est rien, de nos jours, un cancer du sein ! Toutes les femmes ont un cancer du sein ! J’ai prononcé et entendu ces phrases un nombre incalculable de fois, lancées vers elle pour la tranquilliser. Mais personne, à l’hôpital, bien entendu, ne peut tenir ce genre de propos. Les cancérologues ne peuvent pas dire que le cancer du sein est anodin. Rien n’est dit, jamais, pour rassurer le malade. Quand celui-ci, affaibli, mendie un mot encourageant, il ne l’obtient jamais. Il doit vivre avec cette hypothèse que la chimio sera peut-être inefficace. J’ai vu réapparaître les symptômes de ces crises de panique que j’avais connus chez elle quand nous nous étions rencontrés. Je me suis dit que le pire n’était pas tant la maladie, dont s’occupaient désormais les médecins, que l’effroi, l’angoisse, une panique dévastatrice. J’avais peur qu’elle ne s’abandonne à son mal. Elle était déjà partie pour une croisière fatale dans les ténèbres. C’est contre ça, je l’ai compris, que nous devions lutter. Car cette croisière et le cancer dont elle ferait son océan nocturne pourraient fort bien nous engloutir.
Elle commençait à regretter que nous ayons fait un deuxième enfant. Pourquoi tu dis ça ? je l’interrogeais. Elle se mettait à pleurer. Il est trop petit… elle me répondait. Trop petit… mais trop petit pour quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? L’idée que morte elle laisse derrière elle un enfant de quatre ans lui était insupportable. Elle se sentait coupable d’avoir donné naissance à un enfant qu’elle allait devoir abandonner. Pour moi la question n’était déjà plus là, qu’elle vive ou qu’elle meure, car je m’étais convaincu qu’elle n’était plus en danger. Tu ne vas pas mourir. Tu ne vas pas le laisser seul. Crois-moi. Tu vas vivre. Il va te voir vieillir ton enfant ! Je passais des heures à ses côtés à combattre ses démons mortifères.

Posté par aproposdelivres à 06:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


27 août 2017

Maman est en haut - Caroline Sers

41jrpLDQ6oL Buchet Chastel - octobre 2016 - 251 pages

Quatrième de couverture :
Cerise, la quarantaine bien entamée, vit seule avec ses deux enfants, supporte sa mère, a des élans hypocondriaques, se demande si elle ne devrait pas changer de boulot et, dans les moments extrêmes, ouvre une bouteille de vin blanc pour réfléchir. Un matin, lors du traditionnel appel téléphonique maternel, elle perd le fil de la conversation et n'écoute plus. Pourtant, quand Marie lui assène "J'ai eu raison, n'est-ce pas ?", prise de court, Cerise acquiesce. Le soir même, la gendarmerie l'informe que sa mère est en garde à vue, et refuse de lui en dire plus... Qu'a-t-elle pu faire encore ? Pendant les semaines qu'il lui faudra pour comprendre, Cerise va traverser quelques turbulences... Maman est en haut : perchée depuis des années ; en haut de l'arbre généalogique. Une position idéale pour lâcher quelques bombes !

Auteur : Caroline Sers vit entre Paris et le Gers. 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
J'ai pris un peu au hasard ce livre à la Bibliothèque avant mon départ en vacances, encore un livre sur la relation mère-fille... C'est le hasard, la thématique de ce livre et celle du livre précédent est très proche... Ici la mère de la narratrice est vivante...
Cerise a la quarantaine, elle a deux enfants, Rose et Vladimir qu'elle élève seule depuis son divorce. Marie, sa mère, appelle au téléphone systématiquement sa fille tous les jours et cette dernière n'écoute plus que d'une oreille les maux de sa vieille mère...
Le soir même, Cerise reçoit un appel de la gendarmerie qui l'informe que Marie est en garde à vue, mais aucun détail supplémentaire ne lui est communiqué...
Cerise s'inquiète mais d'autres soucis la préoccupent, au travail une réorganisation est en cours, son ex-mari voudrait bien revenir avec elle, Rose, sa fille, est en pleine adolescence difficile... Elle tente de trouver du secours auprès de son frère Sébastien. Mais ce dernier a coupé toute relation avec leur mère...
J'attendais un livre léger et amusant. Je me suis ennuyée dans cette lecture qui explore les relations familiales... 

Extrait : (début du livre)
Procrastination. C’était le terme que Cerise cherchait la veille. Impossible de… – comment dit-on déjà? –, pas « remettre la main dessus », se le remémorer, voilà ! Et encore un mot qui lui échappait. C’était parce qu’elle ne dormait pas assez, sûrement. Ou parce qu’elle avait toujours dix fers au feu en même temps. De plus en plus souvent, un mot lui venait pour un autre, elle tordait les expressions, les mélangeant comme le font parfois les jeunes enfants – mais, à quarante-cinq ans, ce n’était plus du tout mignon. Elle faisait mine de s’en amuser, pourtant, surjouant volontiers, avec les copines, la mère débordée qui en perd son latin. Mais une inquiétude sourde l’habitait, tapie derrière les mille choses dont elle devait s’occuper chaque jour. Une petite graine sournoise qu’elle avait peur de nourrir en y pensant trop.
Procrastination. Alors que son temps était si précieux. Elle n’avait jamais « rien à faire » et elle gâchait les moments où, miraculeusement, personne ne comptait sur elle par des hésitations sans fin et des remises en question de décisions pourtant prises, la veille, avec toute la fermeté possible.
Depuis déjà cinquante minutes, elle triturait la page d’accueil du site qu’elle était en train de créer, changeant de modèle compulsivement sans être capable d’en préférer un. Peut-être devrait-elle imaginer un environnement graphique original, qu’elle élaborerait elle-même, plutôt que de se contenter de modèles proposés à la chaîne? Avoir un site vraiment personnel, au lieu de se contenter d’un visuel commun, banal, déjà utilisé par quelqu’un d’autre? Mais il lui faudrait alors apprendre à utiliser un logiciel de création de site, et se former au design graphique… L’idée de mettre encore un obstacle entre son idée et sa concrétisation la tenta pendant quelques minutes. Ah ! qu’il était bon de se dire : « Je le ferais bien, mais il faut d’abord que… » Elle tapa sur Google quelques mots-clefs pour se faire une idée de ce qui existait en termes de formation, puis cliqua sur un lien vers un article et se plongea dans la lecture d’une étude comparée de l’utilisation d’Internet selon les pays. Ça, ce n’était pas à proprement parler une perte de temps, si on y réfléchissait. Il fallait tout de même qu’elle comprenne le marché, qu’elle soit au fait de ce que désiraient les gens, là, dehors… Ces « gens » qu’elle voulait absolument convaincre d’aller voir son futur site.

Posté par aproposdelivres à 10:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

22 août 2017

Un appartement à Paris - Guillaume Musso

Lu en partenariat avec Audiolib

718nZuZUxRL 51BEuHhWWiL

Audiolib - juin 2017 - 9h43 - Lu par Arnaud Romain

XO éditions - mars 2017 - 484 pages

Quatrième de couverture :
" L'art est un mensonge qui dit la vérité... "

Paris, un atelier d'artiste caché au fond d'une allée verdoyante. 
Madeline l'a loué pour s'y reposer et s'isoler. 
À la suite d'une méprise, cette jeune flic londonienne y voit débarquer Gaspard, un écrivain misanthrope venu des États-Unis pour écrire dans la solitude. Ces deux écorchés vifs sont contraints de cohabiter quelques jours. 
L'atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz et respire encore sa passion des couleurs et de la lumière. Terrassé par l'assassinat de son petit garçon, Lorenz est mort un an auparavant, laissant derrière lui trois tableaux, aujourd'hui disparus. Fascinés par son génie, intrigués par son destin funeste, Madeline et Gaspard décident d'unir leurs forces afin de retrouver ces toiles réputées extraordinaires. 
Mais, pour percer le véritable secret de Sean Lorenz, ils vont devoir affronter leurs propres démons dans une enquête tragique qui les changera à jamais. 

Auteur : Guillaume Musso est l’auteur français le plus lu. Traduit en quarante langues, il s’est fait connaître avec succès grâce à ses romans à la tonalité surnaturelle. Depuis plusieurs années, il s’installe comme l’un des auteurs incontournables du suspense français, avec des titres tels que L’Appel de l’angeCentral Park et plus récemment La fille de Brooklyn. Son thriller fantastique Et après…, a été porté à l’écran avec Romain Duris et John Malkovich.

Lecteur : Arnaud Romain est auteur, comédien et chanteur et a participé à de nombreux spectacles salués par des Molière ou programmés à Avignon. Il est l’un des comédiens de prédilection d’Isabelle Mergault ou d’Alain Sachs, qu’il assiste pour ses mises en scène. Enfin, sa pratique de l’écriture en tant qu’adaptateur le rend particulièrement sensible aux intentions d’un auteur.

Mon avis : (écouté en juillet 2017)
Madeline est une ancienne inspecteur de police londonienne, elle a décidé de louer à Paris un atelier d’artiste caché au fond d’une allée verdoyante pour s'isoler et se reposer. Elle envisage d'avoir un enfant.
Gaspard Coutances est un écrivain solitaire, son éditeur lui a loué le même appartement pour qu'il finisse d'écrire une pièce de théâtre. Au début, ils sont furieux l'un et l'autre de devoir cohabiter dans cet appartement.
Cet atelier a appartenu au célèbre peintre Sean Lorenz, ce dernier est décédé suite à la douleur d’avoir perdu son petit garçon, kidnappé puis assassiné sous les yeux de sa mère. Pour des raisons personnelles, Madeline et Gaspard s'intéressent à Sean Lorenz et après avoir appris que peu de temps avant sa mort, Sean Lorenz a brûlé toutes ses oeuvres, sauf 3 tableaux qu’il a caché, ils décident donc de partir à la recherche des tableaux disparus. Plus ils vont s'approcher du vrai secret de Sean Lorez et plus ils vont s'apprivoiser l'un l'autre...
L'histoire est captivante, les personnages sont attachants et l'enquête est pleine de surprises et de rebondissements...
Le lecteur est très agréable à écouter, j'ai passé de très agréables moments de lecture avec ce livre audio.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture prenante et très agréable.

Extrait : (début du livre)
Londres, un samedi en fin de matinée.
Tu ne le sais pas encore, mais dans moins de trois minutes tu vas affronter l’une des épreuves les plus pénibles de ton existence. Une épreuve que tu n’as pas vue venir, mais qui va te marquer aussi douloureusement qu’une brûlure au fer rouge sur une peau tendre.
Pour l’instant tu déambules, sereine, dans la galerie commerçante aux allures d’atrium antique. Après dix jours de pluie, le ciel a retrouvé une belle teinte bleu turquin. Les rayons de soleil qui font chatoyer la verrière du grand magasin t’ont mise de bonne humeur. Pour célébrer le début du printemps, tu t’es même offert cette petite robe rouge à pois blancs qui te faisait de l’œil depuis quinze jours. Tu te sens légère, presque guillerette. Ta journée s’annonce plaisante : d’abord, un déjeuner avec Jul’, ta meilleure amie, une séance de manucure entre filles, sans doute une expo à Chelsea, puis ce soir le concert de PJ Harvey à Brixton.
Une navigation tranquille dans les méandres douillets de ta vie. 
Sauf que soudain, tu l’aperçois.

*

C’est un petit garçon blond vêtu d’une salopette en jean et d’un duffle-coat bleu marine. Deux ans peut-être, ou un peu plus. De grands yeux clairs et rieurs qui brillent derrière des lunettes colorées. Des traits fins qui émergent d’une bouille ronde de poupon encadrée de courtes bouclettes lumineuses comme une meule de foin sous le soleil d’été. Ça fait déjà un moment que tu le regardes, de loin, mais plus tu te rapproches, plus tu es fascinée par son visage. Un territoire vierge, radieux, que ni le mal ni la peur n’ont encore eu le temps d’infecter. Sur cette frimousse, tu ne vois qu’un éventail de possibilités. De la joie de vivre, du bonheur à l’état brut.
À présent, lui aussi te regarde. Un sourire complice et candide éclaire son visage. Avec fierté, il te montre le petit avion métallique qu’il fait voler au-dessus de sa tête entre ses doigts potelés.
– Vreuuummm…
Alors que tu lui rends son sourire, une drôle d’émotion commence à t’étreindre. Le poison lent d’un sentiment indéchiffrable contamine tout ton être d’une tristesse inconnue.
Le bambin a écarté les bras et s’est mis à trottiner autour de la fontaine en pierre qui projette ses volutes d’eau sous la coupole de la galerie. Pendant un bref instant, tu crois qu’il court vers toi et qu’il va sauter dans tes bras, mais…

– Papa, papa ! T’as vu, je fais l’avion !
Tu lèves les yeux et ton regard rencontre celui de l’homme qui attrape l’enfant à la volée. Une lame glacée te transperce et ton cœur se bloque.
Cet homme, tu le connais. Il y a cinq ans, vous avez vécu une histoire d’amour qui a duré plus d’une année. Pour lui tu as quitté Paris pour Manhattan et changé de boulot. Pendant six mois, vous avez même essayé d’avoir un bébé qui n’est jamais venu. Puis l’homme est retourné vivre auprès de son ex-femme avec qui il avait déjà un enfant. Tu as fait tout ce que tu pouvais pour le retenir, mais cela n’a pas été suffisant. Tu as vécu douloureusement cette période et, alors que tu pensais être parvenue à tourner la page, tu le rencontres aujourd’hui et ça te brise le cœur.
À présent, tu comprends mieux ton trouble. Tu te dis que cet enfant aurait pu être le vôtre. Que cet enfant aurait dû être le vôtre.
L’homme t’a reconnue tout de suite et n’évite pas ton regard. À son expression désolée, tu le devines aussi surpris que toi, mal à l’aise, vaguement honteux. Tu penses qu’il va venir te parler, mais, comme un cerf aux abois, il a un geste protecteur pour sa progéniture et s’empresse de tourner les talons.
– Allez viens, Joseph, on s’en va.

Posté par aproposdelivres à 06:13 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 juillet 2017

Arrête avec tes mensonges - Philippe Besson

Lu en partenariat avec Audiolib

81b3N1ayNAL 9403f664-758b-4811-aba7-f31552c14e72_55935394

Audiolib - juin 2017 - 4h45 - Lu par Antoine Leiris

Julliard - janvier 2017 - 198 pages

Quatrième de couverture :
Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répéter : « Arrête avec tes mensonges. » J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier, je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voilà que j'obéis enfin à ma mère : je dis la vérité. Pour la première fois. Dans ce livre.
Autant prévenir d'emblée : pas de règlement de comptes, pas de violence, pas de névrose familiale.
Mais un amour, quand même.
Un amour immense et tenu secret.
Qui a fini par me rattraper.

Auteur : Né en Charente, Philippe Besson a fait des études de droit et est diplômé de l’École supérieure de commerce de Rouen. C’est en 2001 qu’il publie son premier roman, En l’absence des hommes, qui reçoit le prix Emmanuel-Roblès. Dès lors, la plupart de ses livres est saluée par l’obtention d’un prix littéraire, une nomination, ou fait l’objet d’une adaptation cinématographique, comme Son frère, réalisé par Patrice Chéreau. Il est également, à la télévision, la radio et la presse écrite, un critique littéraire subtil et talentueux.

Lecteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Il est l’auteur d’un premier livre très remarqué, Vous n’aurez pas ma haine, Grand Prix du livre audio France Culture - Lire dans le Noir en 2017, lu par André Dussollier.

Mon avis : (écouté en juin 2017)
Barbezieux en Charente, c'est la rencontre improbable entre deux garçons dans un lycée de province. Thomas est fils de paysan destiné à reprendre la ferme familiale, Philippe, l'auteur du livre, est fils d'instituteur, il aime les livres et après son Bac, il poursuivra ses études à Bordeaux. Cet hiver 1984, ils tombent amoureux l'un de l'autre, une histoire clandestine et secrète, c'est la condition obligatoire pour pouvoir vivre cette passion réciproque. Même s'ils se côtoient au lycée, rien ne doit paraître sur leur complicité, sur leur élan amoureux... Thomas ne veut pas et ne peut pas avouer ce qu'il est, il craint trop les conséquences d'un tel aveux.

Dans ce roman l'auteur se dévoile enfin en racontant ce premier grand amour qui est certainement à l'origine de sa vocation d'écrivain et qui a inspiré son oeuvre. Il ose enfin raconter cette histoire autobiographique longtemps gardée secrète.
Un roman juste et poignant.
La lecture faite par Antoine Leiris est juste et très agréable. L'entretien "bonus" avec Philippe Besson est très intéressante.

Merci Pauline et Audiolib pour cette lecture émouvante et sincère.

Déjà lu du même auteur :

 La Trahison de Thomas Spencer

Posté par aproposdelivres à 08:42 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 mai 2017

Ma part de Gaulois - Magyd Cherfi

 Prix Audiolib 2017

9782367623115-001-X_0 

Audiolib - avril 2017 - 6h14 - Lu par l'auteur

Actes Sud - août 2016 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 1980, l'avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd - lycéen beur d'une cité de Toulouse - c'est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l'intégration et les raisons de certains renoncements.  

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l'identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d'une réalité qui persiste, boite, begaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Auteur : Magyd Cherfi est né à Toulouse en 1962. Dès le lycée, il écrit des scénarios de films amateurs, puis participe à la création de l'association Vitecri pour la promotion des cultures de banlieues. Cette association donnera naissance au groupe Zebda, dont il devient chanteur et parolier. Zebda publiera six albums entre 1992 et 2015. En solo, Magyd Cherfi est l'auteur-compositeur et interprête de deux albums Cité des Etoiles (2004) et Pas en vivant avec son chien (2007). Son nouvel album, Catégorie Reine, sort en mars 2017.
Des les deux recueils de récits publiés chez Actes Sud (Livret de famille en 2004 et La Trempe en 2007), il explore déjà les thématiques liées à la vaste question de l'identité.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Lors de la rentrée Littéraire de Septembre 2016, j'avais noté ce titre après avoir vu l'auteur à la télévision. Dans ce livre, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse. Il est un jeune beur tiraillé entre ses origines kabyle et française, bon élève et aimant étudier, il est également en décalage avec ses copains de la cité qui préfèrent le foot aux livres... Malgré cela, grâce à l'amour inconditionnelle de sa mère, aux amitiés fortes, aux liens qu'il a créé au fil de ses rencontres, Magyd fait sa place en créant une association de soutien scolaire, un club théâtre...
J'ai aimé l'accent chantant du sud-ouest de l'auteur-lecteur, j'ai eu plus de mal à appréhender le style où le vocabulaire fleuri (nombreuses insultes et grossièretés) est trop présent à mon goût. J'ai aimé le côté positif des propos de l'auteur. Son parcours n'a pas été facile, mais c'est cela qui lui a donné la force et lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. C'est à la fois drôle et émouvant, parfois poétique...

Extrait : (début du livre)
Longtemps j’ai aimé qu’on me dise :
— Magyd, écris-nous quelque chose ! Un truc qui tue, mets-nous le feu ! On s’ennuie.
Surtout les filles de mon quartier, qui savaient mon écriture inflammable et solidaire. J’aimais dégommer les mecs de ma cité qui me le rendaient bien. Je les croquais en verbe, ils me retournaient la bouche à coups de savate. Les filles, elles voulaient que j’écrive un incendie. Être leur pyromane me chauffait les neurones. Interdites de sorties je devenais leur passeport pour les étoiles.
— Écris la légende des quartiers.
Tout le monde aimait ça, que j’invente une “histoire”. D’histoire on n’en avait pas. Ma mère, les filles, les copains, un seul cri : Écris…
— Un truc qui tue !
Comme on dit au djinn “exauce mon vœu” ou à la fée “fais-moi apparaître la plus jolie princesse”. On me sollicitait de partout pour un petit bonheur pépère. J’étais dans ma cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume. Les copains aussi me demandaient des poèmes pour accrocher une voisine et quand ils revenaient me supplier pour deux ou trois autres quatrains, je la jouais poète pris dans les tourments de l’inspiration, je me prenais la tête à deux mains :
— Attendez, il faut que ça vienne.
J’en profitais pour leur soutirer les commentaires de la coquine ou la teneur de l’échange qui pouvait être un premier baiser ou la permission d’une caresse en des endroits bénis par la secte “garçons”.
— J’y ai tété le sein, la tête de ma mère !

Et je bandais tranquille, un peu pour la scène décrite et beaucoup pour la sensation de ce pouvoir en ma possession et dont je profitais par procuration.
La procuration, ô terre bénie dans laquelle j’ai atterri en douceur, très tôt.
J’étais mou, affable et grassouillet, ça vous donne trois raisons de ne pas visiter la jungle des hommes. Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel. Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince… charmant, musclé et pas con.
À défaut d’être “mec”, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo.
Par bonheur je n’étais pas que flasque et éteint, j’étais aussi fâché et j’ai donc envoyé mon écriture à la salle de gym. J’habitais la banlieue, ça dit tout.
Pourtant j’avoue pour avoir lu les “meilleurs” que j’étais à l’écriture ce que le mineur est au minerai, bien plus dans le concassage que dans l’épure.
J’en maudis encore le ciel, car écrire et être en colère auraient mérité un scribouillage hugolien. Rien de ça chez moi jusqu’à ce que j’assume ce qualificatif qui m’a hanté longtemps. Sympa.
— C’est sympa ce que t’écris.

 

Posté par aproposdelivres à 12:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 mai 2017

Désorientale - Négar Djavadi

Prix Audiolib 2017

désorientale 31-u4GP7jIL

Audiolib - mars 2017 - 11h03 - Lu par Lila Tamazit

Liana Levi - août 2016 - 352 pages

Quatrième de couverture :
Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade.
Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

Auteur : Négar Djavadi naît en Iran en 1969 dans une famille d’intellectuels opposants au Shah puis à Khomeiny. Elle a onze ans lorsqu’elle arrive clandestinement en France. Diplômée de l’INSAS, une école de cinéma bruxelloise, elle travaille plusieurs années derrière la caméra avant de se consacrer à l’écriture de scénarios. Elle vit à Paris. Désorientale est son premier roman.

Lecteur : Lila Tamazit possède plus d’une corde vocale à son art : théâtre, musique, comédie et voix-off ont toujours occupé sa vie. Depuis 2011, elle a été choisie pour être la voix de la chaine Arte. Chanteuse, elle expérimente la scène dans différentes formations mêlant jazz, folk et chanson. Elle revisite le répertoire de Serge Gainsbourg de manière lumineuse et singulière. Sa passion des mots l’a amenée à interpréter des textes exigeants (Hannah Arendt, Maïakovski, Guillevic, Allen Ginsberg) sous des formes expérimentales où se mêlent voix et musique.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Cette histoire mélange le présent à Paris et Bruxelle et le passé en Iran. Kimiâ Sadr, la narratrice, est dans la salle d'attente d’un hôpital, le lecteur comprend peu à peu qu’elle suit un protocole d'insémination artificielle. Dans ce cadre froid, elle se rappelle son histoire et celle de sa famille. Kimiâ est née en Iran, au début des années 80, alors qu'elle a dix ans, ses parents, étant des opposants au régime, sont obligés de quitter le pays pour s'exiler en France. 
Elle raconte ses souvenirs d'enfance en Iran, sa grand-mère, ses oncles, son départ d'Iran en passant par les montagnes du Kurdistan avec sa mère et ses sœurs, son arrivée en France et les différences entre les deux cultures... Il est question d'identité, de liens familiaux, de déracinement, de différence...
En rédigeant ce billet, je me suis interrogée sur le sens du titre Désorientale... Et tout à coup j'ai compris ! Ce mot valise est l'association du mot désorienté et orientale. Autant, le mot orientale est évident pour moi, autant le second mot désorienté vient de me sauter aux yeux. Je comprends mieux alors le côté désordonné du récit de ce roman. 
En effet, j'ai un avis mitigé sur cette lecture, en particulier sur la forme, le contenu est très intéressant et tient le lecteur en haleine, mais la profusion des personnages souvent haut en couleur, des péripéties en tout genre sans ordre chronologique et des nombreuses digressions dans le récit donnent une impression brouillonne et la forme audio n'est pas la meilleure pour s'y retrouver... Il y a bien un index dans la boîte du CD, répertoriant tous les personnages et leur généalogie, mais je ne me promène pas avec la boîte... J'ai donc décidé d'écouter chaque chapitre indépendamment sans chercher à tout prix à vouloir le lier aux précédents.

Extrait : (début du livre)
À Paris, mon père, Darius Sadr, ne prenait jamais d’escalator.
La première fois que je suis descendue avec lui dans le métro, le 21 avril 1981, je lui en ai demandé la raison et il m’a répondu : « L’escalator, c’est pour eux. » Par eux, il entendait vous, évidemment. Vous qui alliez au travail en ce mardi matin d’avril. Vous, citoyens de ce pays, dont les impôts, les prélèvements obligatoires, les taxes d’habitation, mais aussi l’éducation, l’intransigeance, le sens critique, l’esprit de solidarité, la fierté, la culture, le patriotisme, l’attachement à la République et à la démocratie, avaient concouru durant des siècles à aboutir à ces escaliers mécaniques installés à des mètres sous terre.
À dix ans, je n’avais pas conscience de toutes ces notions, mais le regard désarmé de mon père – attrapé durant les mois passés seul dans cette ville et que je ne lui connaissais pas – m’ébranla au point qu’aujourd’hui encore, chaque fois que je me trouve face à un escalator, je pense à lui. J’entends le bruit de ses pas qui grimpent les marches dures de l’escalier. Je vois son corps légèrement penché en avant par l’effort, obstiné, volontaire, ancré dans le refus de profiter du confort éphémère de l’ascension mécanique. Dans la logique de Darius Sadr, ce genre de luxe se méritait, sinon c’était de l’abus, voire du vol. Son destin s’inscrivait désormais dans les escaliers de ce monde, le temps qui s’écoule sans surprise, le regard indifférent des passants.
Pour saisir la complexité de cette réflexion, il faut entrer dans la tête de mon père ; mon père de cette époque-là, Le Tumultueux, Le Désabusé. Comprendre le cheminement tortueux, magistralement absurde, de sa pensée. Voir sous la couche de souffrance, par-delà l’âpreté de l’échec, les étendues de délicatesse et d’élégance, de respect et d’admiration. Apprécier la cohérence de sa décision (ne pas prendre d’escalator), et l’habilité avec laquelle il concentra en quelques mots, lui qui avait passé la majeure partie de son existence courbé sur une rame de papier à écrire, tout ce qu’il était devenu et tout ce que vous représentiez.
Mais vous le savez aussi bien que moi, pour prétendre entrer dans la tête d’un homme, il faut d’abord le connaître ; avaler toutes ses vies, toutes ses luttes, tous ses fantômes. Et croyez-moi, si je commence par là, si j’abats déjà la carte du « père », je n’arriverais plus à vous raconter ce que je m’apprête à vous raconter.

Posté par aproposdelivres à 07:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,