08 octobre 2013

Des souris et des hommes - John Steinbeck

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Gallimard - juin 2004 - 3h20 - Lu par Lorant Deutsch, Bernard-Pierre Donnadieu, Jacques Gamblin, Jean-Yves Berteloot, Nathalie Bienaimé, Loïc Houdré, Roger Jacquet, Jean-Claude Leguay, Pascal N'Zonzi, Christophe Reymond et Michel Robin

Gallimard - avril 1939 - 224 pages

Livre de Poche - 1949 - 192 pages

Folio - février 1972 - 192 pages

Folio - janvier 1988 -

Folioplus - juin 2005 - 

France Loisirs - 2010 - 

Folio - novembre 2011 - 174 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Maurice-Edgar Coindreau

Titre original : Of Mice and Men, 1937

Quatrième de couverture :
En Californie, pendant la Grande Crise, Lennie et George vont de ferme en ferme. Ils louent leurs bras en attendant le jour où ils auront leur ferme à eux, avec un petit bout de luzerne pour élever des lapins. Lennie, malgré sa taille de colosse, n'a pas plus de malice qu'un enfant de six ans ; George veille sur lui, le protège du monde qui n'est pas tendre aux innocents. Le soir, ils se racontent leur rêve, celui de la maison et des lapins. Mais allez savoir pourquoi, les rêves de certains finissent toujours en cauchemars.

Auteur : D'origine irlandaise et allemande, John Steinbeck est né en 1902 à Salinas, petite ville de Californie. Ses premiers livres eurent peu de succès, le quatrième, Tortilla Flat, paru en 1935, le met en vedette du jour au lendemain. Prix Nobel de littérature en 1962, il est mort à New York en 1968.

Mon avis : (écouté en septembre 2013)
Voilà un classique de la littérature américaine, que je regrette de ne pas avoir lu plus tôt... Cette courte histoire est un magnifique conte sur l'amitié et l'acceptation de la différence. En Californie du début du XXe siècle, George Milton et Lennie Small sont deux amis qui errent sur les routes en travaillant comme journaliers de ranch en ranch. Ils partagent depuis toujours le même rêve : posséder un jour une petite exploitation, pour y vivre « comme des rentiers » et y élever des lapins.
George et Lennie sont des personnages bouleversants et très attachants. Lennie a un esprit d'enfant dans un corps d'homme doté d'une force qu'il ne contrôle pas. Georges est plus menu, il est intelligent et il a du coeur, il est toujours là pour veiller sur Lennie.
La beauté de l'histoire, c'est la justesse des mots que Steinbeck utilise. Avec beaucoup de simplicité, il plante le décor, les personnages et l'essentiel de l'intrigue, le lecteur est invité à imaginer et à ressentir l'ensemble de l'histoire. Avec la version audio, c'est encore plus vrai d'autant que pour ces 3h20 de lecture, plus de dix lecteurs comédiens ont prêté leur voix. 
Un vrai coup de coeur qui me donne envie de lire d'autres livres de Steinbeck comme Les Raisins de la colère...

Les adaptations de cette oeuvre sont nombreuses :

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Films : 1939 : Des souris et des hommes de Lewis Milestone

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1992 : Des souris et des hommes de Gary Sinise

Téléfilms :

1971 : Des souris et des hommes de Paul Blouin

1981 : Des souris et des hommes de Reza Badiyi

Bande dessinée :  Souris_et_des_hommes_BD

2009, en noir et blanc : Des souris et des hommes  de Pierre-Alain Bertola (scénario et dessin)

 Autres avis : Sandrine

Note :  ♥♥♥♥♥

 

mois_am_ricain 
Le Mois Américain

 

50__tats
44/50 :  Californie

 

Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Animaux"

Déjà lu du même auteur : 

lune_noire_p1 Lune noire

 

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03 octobre 2013

Mudwoman - Joyce Carol Oates

En librairie le 3 octobre 2013

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

mudwoman Philippe Rey - octobre 2013 - 546 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban

Quatrième de couverture :
Abandonnée par sa mère à demi-folle au milieu des marais de l’Adirondacks, Mudgirl, l’enfant de la boue, est sauvée on ne sait trop comment, puis adoptée par un brave couple de Quakers qui l’élèvera avec tendresse en s’efforçant toujours de la protéger des conséquences de son horrible histoire.
Devenue Meredith « M.R. » Neukirchen, première femme présidente d’une université de grand renom, Mudgirl, brillante et irréprochable, fait preuve d’un dévouement total à l’égard de sa carrière et d’une ferveur morale intense quant à son rôle. Mais précisément épuisée par la conception d’une rigidité excessive qu’elle a des devoirs de sa charge, tourmentée par ses relations mal définies avec un amant secret et fuyant, inquiète de la crise grandissante que traverse les États-Unis à la veille d’une guerre avec l’Iraq (crise qui la contraint à s’engager sur un terrain politique dangereux) et confrontée à la classique malveillance sournoise des milieux académiques, M.R. se retrouve face à des défis qui la rongent de manière imprévisible.
Un voyage sur les lieux qui l’ont vue naître, censé lui rendre un peu de l’équilibre qui lui échappe, va au contraire la jeter dans une terrifiante collision psychique avec son enfance et menacer de l’engloutir une fois encore, mais dans la folie.
Cette impitoyable exploration des fantômes du passé, doublée du portrait intime d’une femme ayant percé le plafond de verre à un coût gigantesque, fait de ce livre ainsi que l’a proclamé la critique, « un géant parmi les grands romans de Oates ».

Auteur : Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux. Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres depuis 2008, professeur de littérature anglaise à Princeton. Titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires (elle figure depuis des années sur la courte liste des Nobélisables), Joyce Carol Oates figure depuis longtemps au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.

Mon avis : (lu en septembre 2013)
En premier lieu, je trouve très belle et très évocatrice la couverture de ce livre.
Mudwoman raconte le destin exceptionnel d’une enfant abandonnée dans un marécage, qui a été sauvée puis recueillie par des parents adoptifs et qui est devenue présidente d’une prestigieuse université américaine. 
En alternance, le lecteur découvre la vie quotidienne de M.R. Neukirchen, première femme présidente d’une université de renom et les souvenirs de son passé tragique. En effet, suite à plusieurs épreuves professionnelles ou personnelles chez Meredith, des fantômes de son passé se réveillent en elle... Ce personnage principale est multiple d'où tout les noms qui lui sera donné au fil de l'histoire : Jedina, Jewell, Mudgirl, Mudwoman, M.R., Meridith, Merry, elle est fascinante, attachante et bouleversante.
J'ai beaucoup aimé ce livre admirablement écrit et traduit, même si parfois il n'ai pas toujours facile de démêler ce qui est réel de ce qui est imaginaire mais n'est-ce pas propre à nos souvenirs de mélanger le vrai et ce que l'on a pu rêver... Une très belle lecture.

Un grand merci à Anaïs et aux éditions Philippe Rey pour m'avoir permis de découvrir le dernier livre de Joyce Carol Oates en avant-première.

Extrait : (début du livre)
Tu dois être préparée, dit la femme.
Préparée n'était pas un mot que l'enfant comprenait. Prononcé par la femme, préparée était un mot calme et lisse comme l'eau miroitante des marais de la Black Snake que l'enfant prendrait pour les écailles d'un serpent géant quand on est tellement près du serpent qu'on ne peut pas vraiment le voir.
Car c'était ici la terre de Moriah, disait la femme. Cet endroit où elles étaient arrivées dans la nuit, cet endroit qui leur avait été promis, où leurs ennemis n'avaient pas d'empire sur elles et où personne ne les connaissait ni ne les avait même jamais aperçues.
La femme parlait de sa voix d'eau miroitante, calme et lisse, et ses mots étaient prononcés uniment comme si elle traduisait aveuglément à mesure qu'elle parlait, des mots d'une forme étrange qui se logeaient au petit bonheur dans son larynx : ils la feraient souffrir, mais elle était habituée à la douleur et elle avait appris à y trouver un bonheur secret, trop merveilleux pour être mis en péril par son aveu.

mois_am_ricain 
Le Mois Américain

50__tats
43/50 :  Wisconsin
diplômée de l'université de Wisconsin-Madison

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
10/12

 

Déjà lu du même auteur :

nous__tions_les_Mulvaney Nous étions les Mulvaney  fille_noire__fille_blanche Fille noire, fille blanche petite soeur, mon amour Petite sœur, mon amour

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24 septembre 2013

L'air d'été est rempli de promesses - Alexander McCall Smith

Lu en partenariat avec les Editions des Deux Terres

l_air_d__t__est_rempli_de_promesse Editions des Deux Terres - septembre 2013 - 297 pages

traduit de l'anglais de Martine Skopan

Titre original : The Uncommon Appeal of Clouds, 2012

Quatrième de couverture : 
Lorsqu’un tableau de Nicolas Poussin est volé à un riche propriétaire foncier, celui-ci demande à Isabel Dalhousie, philosophe et directrice de la Revue d’éthique appliquée à Édimbourg de l’aider. Elle y consent, malgré les protestations de son mari Jamie. Tout en enquêtant sur le vol de l’œuvre d’art, elle est obligée de faire face aux problèmes de tous les jours. Elle se demande si elle devrait encourager son fils Charlie, chez qui se manifestent les premiers signes d’un génie mathématique. En même temps, Isabel hésite à aider son ami Eddie, confronté à des problèmes d’amour et de santé. Cet été encore, malgré ses doutes et les changements qui se produisent, Isabel parvient à tenir ses promesses.

Auteur : Alexander McCall Smith est internationalement connu pour avoir créé le personnage de la première femme détective du Botswana, Mma Precious Ramotswe. Ressortissant britannique né au Zimbabwe, il a été professeur de droit appliqué à la médecine et membre du Comité international de bioéthique à l’Unesco avant de se consacrer à la littérature. Alexander McCall Smith a reçu de nombreux prix et il a été nommé meilleur auteur de l’année par les British Book Awards en 2004. En 2007, il a reçu le titre de commandeur de l’Empire britannique (CBE) pour services rendus à la littérature. Quand il n’écrit pas, il fait partie de « l’Orchestre épouvantable ». Ses romans sont traduits dans quarante-cinq langues. Il vit aujourd’hui à Édimbourg, en Écosse. 

Mon avis : (lu en août 2013)
C'est la première fois que je lit un livre de cette série Isabel Dalhousie. Il s'agit ici du neuvième tome. Je connais Alexander McCall Smith grâce à sa série Mma Ramotswe que j'aime beaucoup.

Isabel Dalhousie est rédactrice en chef d'une revue de philosophie et détectrice amateure. A la suite du vol d'un tableau de Poussin, son riche propriétaire fait appel à Isabelle pour l'aider à découvrir le coupable. Au même moment, Isabelle et son mari Jamie s'interrogent sur la précocité de Charlie, leur fils de 3 ans. Malgré son jeune âge, il semble avoir de vraies prédispositions pour les mathématiques. 

J'ai été déçue par cette lecture, j'ai trouvé l'intrigue très mince et les discussions autour de la soi-disante précocité de Charlie ne m'ont pas intéressée et l'Ecosse n'a pas autant d'exotisme que le Botswana dans la série de Mma Ramotswe...
Etant assez hermétique à la philosophie, je ne suis sans doute pas le bon public pour cette série. 

Merci Loan et les Editions des Deux Terres pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Autres avis : Soukee, CottageMyrtille 

Extrait : (début du livre)
- Mozart, déclara Isabel Dalhousie, et Srinivasa Ramanujan.
Attablé en face d'elle dans la cuisine, Jamie, son mari depuis un an, et son compagnon depuis quatre, leva les yeux d'un air moqueur.
- Mozart, d'accord, mais Srini...
Incapable de prononcer le nom correctement, il baragouina un mélange de labiales et de sifflantes. Les patronymes indiens ont le plus souvent une consonance mélodieuse, mais la prononciation en est difficile, même pour ceux qui ont l'oreille musicale. Jamie était plus à l'aise avec les robustes phonèmes des noms écossais, tous ces Macdonalds, ces Macgregors, ces Macleans, les Mackays, qui évoquent immédiatement des paysages autrement plus austères, un climat plus rude.
- Srinivasa Ramanujan, répéta Isabel. C'était un enfant prodige, comme Mozart. Un génie.

Challenge 2% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
7/12

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Météo"

  Challenge God Save The Livre 
Challenge_anglais

 Challenge Voisins, voisines
 voisins_voisines_2013
Ecosse

 Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  4/25

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16 septembre 2013

50 nuances de Grey - E L James

Lu dans le cadre du Challenge
 "Ecoutons un livre"

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Audiolib - novembre 2012 - lu par Séverine Cayron

JC Lattès - octobre 2012 - 560 pages

traduit de l’anglais par Denyse Beaulieu

Titre original : Fifty Shades, book 1: Fifty Shades of Grey, 2011

Quatrième de couverture :
Romantique, libérateur et totalement addictif, écoutez le livre dont tout le monde parle !
Quand Anastasia Steele, 21 ans, rencontre Christian Grey, jeune patron d’une multinationale, elle tombe sous le charme. Mais pensant lui avoir été indifférente, elle cherche à l’oublier. Pourtant, quelques temps plus tard, celui-ci l’invite à dîner en tête à tête. Ana découvrira peu à peu la part d’ombre de cet homme, consumé par le désir de tout contrôler. Confrontée aux fantasmes de possession, entre autre, de Christian Grey, Ana se met à ressentir des désirs de soumission ignorés jusqu’alors. La romance se métamorphose en un roman volcanique, évoquant les fantasmes féminins et masculins les plus enfouis… Le premier tome d’une trilogie addictive à souhait. Et un best-seller mondial. À suivre.
Quoi de mieux que la musicalité d’une voix pour chuchoter à l’oreille – telle une confidence – les méandres du désir ? Séverine Cayron, formée très tôt à la musique classique, donne ici une interprétation troublante de ces aveux qui osent se nommer.

Auteur : Erika Leonard, plus connue sous son pseudonyme E.L. James, travaille à la direction d'une chaine de télévision. Elle est mariée et a deux enfants, et vit à l'ouest de Londres. Elle est connue pour sa trilogie : Fifty shades of Grey, Fifty shades darker et Fifty Shades freed. Le succès est immense pour ces livres d'abord publiés en format numérique, et qualifiés par la presse de   « Mummy Porn », livre pornographique pour ménagère de moins de cinquante ans. Les éditeurs se sont battus pour publier la trilogie en format papier, et un film devrait bientôt voir le jour.

Lecteur : Séverine Cayron, artiste interprète, formée dès le plus jeune âge à la musique classiqueet au violoncelle, elle décide de s'orienter vers la comédie, et sort diplômée avec distinction de l'IAD (Belgique) en 2007. Elle se spécialise rapidement dans les voix off et le doublage et  continue sa voie de musicienne, chanteuse et "auteur-compositeur-interpète" au sein de son projet personnel et autres groupes.

Mon avis : (écouté en août 2013)
J'ai enfin découvert ce livre "phénomène" en version audio grâce à Sylire chez qui j'ai gagné ce livre-audio début juillet. Il m'a accompagné durant les vacances mais j'ai mis plus d'un mois à le lire... J'ai lu assez rapidement les premiers chapitres, puis la lassitude m'a pris... J'ai mis plus d'un mois à écouter ce livre, car l'envie me manquait et me forçant à écouter au moins un chapitre par jour les dernières semaines que je suis enfin arrivée au bout du livre... (j'ai failli plusieurs fois écouter directement le dernier chapitre pour savoir comment s'achevait le livre). 
J'ai apprécié la lecture audio, car la lectrice est très agréable à écouter. En plus, pour la discrétion, c'est la forme parfaite...

Concernant l'intrigue, il n'y en a pas vraiment... La première partie avec la rencontre entre Ana et Christian et les premières approches s'écoute facilement, ensuite c'est assez répétitif, beaucoup de scènes de sexe, c'est très proche de la série arlequin avec un vocabulaire grossier et cru... Côté personnages, Christian est un personnage assez sombre, il garde en lui des blessures venues de l'enfance. Anastasia m'a agacée... Sa naïveté est si peu crédible et sa façon d'accepter tout de Christian m'a dérangée.

Je suis contente d'avoir découvert, même laborieusement, ce livre pour m'en faire moi-même une opinion mais je ne pense vraiment pas lire ou écouter les deux autres tomes...
Encore merci Sylire pour ce livre audio.

Autres avis : Sandrine, Sylire, ValérieLeiloona, Stéphie, Enna

Extrait : (début du livre)
Je grimace dans le miroir, exaspérée. Ma saleté de tignasse refuse de coopérer. Merci, Katherine Kavanagh, d'être tombée malade et de m'imposer ce supplice ! Il faut que je révise, j'ai mes examens de fin d'année la semaine prochaine, et, au lieu de ça, me voilà en train d'essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Tout en me répétant cette litanie, je tente une nouvelle fois de mater la rébellion capillaire. Excédée, je lève les yeux au ciel face à cette brune qui me fixe, avec son teint trop pâle et ses yeux bleus trop grands pour son visage. Tant pis. Je n'ai pas le choix : la seule façon de me rendre à peu près présentable, c'est de me faire une queue-de-cheval.
Kate est ma colocataire, et elle a été terrassée par la grippe aujourd'hui. Du coup, elle ne peut pas interviewer pour le journal des étudiants un super-magnat de l'industrie dont je n'ai jamais entendu le nom. Résultat : elle m'a désignée volontaire. Je devrais relire mes notes de cours, boucler une dissertation, bosser au magasin cet après-midi, mais non - je me tape les 265 kilomètres qui séparent Vancouver dans l'État de Washington du centre-ville de Seattle pour rencontrer le mystérieux P-DG de Grey Enterprises Holdings, Inc., grand mécène de notre université. Le temps de ce chef d'entreprise hors du commun est précieux - bien plus que le mien -, mais il a accepté d'accorder une interview à Kate. C'est un scoop, paraît-il. Comme si j'en avais quelque chose à foutre. Kate est blottie dans le canapé du salon.
- Ana, je suis désolée. Cette interview, je cours après depuis neuf mois. Si j'annule, je n'aurai pas d'autre rendez-vous avant six mois et, d'ici là, on aura quitté la fac. Je suis la rédac' chef, je ne peux pas me permettre de planter le journal. Je t'en supplie, ne me laisse pas tomber, m'implore-t-elle d'une voix enrouée.
Elle fait comment ? Même malade, elle est à tomber avec ses cheveux blond vénitien impeccablement coiffés et ses yeux verts pétillants, bien que, pour l'instant, ils soient rouges et larmoyants. Je refoule une bouffée de compassion.
- Évidemment que je vais y aller, Kate. Retourne te coucher. Tu veux de l'Actifed ou un Doliprane ?
- Actifed, s'il te plaît. Tiens, voici mes questions et mon dictaphone. Tu appuies ici pour enregistrer. Prends des notes, je décrypterai.
- Ce mec, je ne sais rien de lui, dis-je en tentant vainement de réprimer ma panique croissante.
- Avec mes questions, tu t'en sortiras très bien Allez, vas-y. Tu as une longue route à faire II ne faut pas que tu sois en retard.
- O.K., j'y vais. Retourne te coucher. Je t'ai préparé de la soupe, tu pourras la faire réchauffer plus tard.
Il n'y a que pour toi que je ferais ça, Kate.
- D'accord. Bonne chance. Et merci, Ana - comme toujours, tu me sauves la vie.
Je prends mon sac à dos en lui adressant un sourire ironique. Je n'arrive toujours pas à croire que je me sois laissé convaincre par Kate de faire ça. Cela dit, Kate pourrait convaincre n'importe qui de faire ses quatre volontés. Elle est éloquente, forte, persuasive, combative, belle - et c'est ma meilleure amie.

  Challenge God Save The Livre 
Challenge_anglais

 Challenge Voisins, voisines

 voisins_voisines_2013
Angleterre

   Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Chiffre/Nombre"

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11 septembre 2013

D'acier - Silvia Avallone

Lu en partenariat avec les éditions J'ai Lu

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Liana Levi - avril 2011 - 387 pages

Liana Levi Piccolo - mai 2012 - 400 pages

J'ai Lu - mai 2013 - 411 pages

traduit de l'italien par Françoise Brun

Titre original : Acciaio, 2010

Prix des lecteurs de L'EXPRESS en 2011

Quatrième de couverture : 
Il y a la Méditerranée, la lumière, l'île d'Elbe au loin. Mais ce n'est pas un lieu de vacances. C'est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l'aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant... Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d'évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s'emparer de l'avenir.

Auteur : Silvia Avallone, avant d'étudier la philosophie à Bologne, a vécu en Toscane, à Piombino, la ville industrielle qui sert de toile de fond à D'acier. A 25 ans à peine, ce premier roman la propulse en tête des meilleures ventes en Italie (350 000 exemplaires). Célébré par la critique, traduit dans 12 pays. en cours d'adaptation au cinéma. D'acier a été finaliste du prix Strega et couronné par le prix Campiello Opera Prima.

Mon avis : (lu en septembre 2013) 
Cela fait longtemps que j'avais envie de lire ce livre et lorsque les éditions J'ai Lu me l'ont proposé en partenariat, j'étais ravie de pouvoir enfin le découvrir... 
Eté 2001, Piombino en Toscane en Italie, une cité industrielle italienne où les HLM ne sont pas loin de l'aciérie voisine qui crache des fumées noires, la mer n'est pas loin mais la plage ressemble plus à un terrain vague et en face, l'Ile d'Elbe inaccessible qui fait rêver Anna et Francesca âgées de quatorze ans. Adolescentes, elles sont les reines du quartier, elles jouent aux "grandes", se maquillent avec générosité, rêvent des garçons, tantôt innocentes, tantôt provoquantes... Elles sont inséparables, comme des sœurs. Mais à la maison, Anna et Francesca ont des relations difficiles avec leurs pères qu'elles surnomment "les babouins", Enrico est violent, Arturo est démissionnaire. Autour, d'elles gravitent d'autres personnages, Rosa et Sandra, les mères, Nino, Massi les garçons, une camarades de classe, Lisa et sa sœur Donata, Alessio le frère d'Anna... 

Le lecteur découvre qu'à Piombino, la vie n'est pas facile, le contexte social est difficile, le chômage crée la misère... C'est un roman réaliste, très prenant qui décrit avec beaucoup de précision le quotidien de cette cité ouvrière italienne. 

Une adaptation cinématographique a été réalisée en 2012 par Stefano Mordini avec Vittoria Puccini , Michele Riondino , Luca Guastini. Date de sortie en France: 05 juin 2013.

film_d_acier 

Merci Silvana et les éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de découvrir ce livre très touchant.

Autres avis : Clara, Canel, Lecturissime

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Dans le cercle flou de la lentille, la silhouette bougeait à peine, sans tête. 

Une portion de peau zoomée à contre-jour. 
Ce corps, d'une année sur l'autre, avait changé, peu à peu, sous les vêtements. Et maintenant il explosait, dans les jumelles, dans l'été. 
De loin, l'oeil grignotait les détails : la bride du maillot, le triangle du bas, un filament d'algue sur la hanche. Les muscles tendus au-dessus du genou, la courbe du mollet, la cheville où le sable colle. L'oeil s'ouvrait plus grand, devenait rouge, à sonder cette lentille. 
Le corps adolescent bondit hors champ et se jeta dans l'eau. 
Un instant après, objectif repositionné, mise au point faite, il reparut, avec cette chevelure blonde magnifique. Et ce rire si violent que même à cette distance, même juste à le voir, ça t'électrisait. Comme si tu y pénétrais réellement, entre ces dents blanches. Et les fossettes sur les joues, et la cavité entre les omoplates, et le creux du nombril et tout le reste. 
Elle s'amusait comme à son âge, ignorant qu'on l'observait. Sa bouche était ouverte. Qu'est-ce qu'elle peut bien dire ? Et à qui ? Elle piqua une tête dans une vague, émergea de l'eau, le soutien-gorge tout de travers. Une piqûre de moustique sur l'épaule. La pupille de l'homme se rétrécissait, se dilatait, comme sous l'effet d'une drogue. 
Enrico regardait sa fille, tellement plus forte que lui. Du balcon, après le déjeuner, quand il n'était pas d'équipe chez Lucchini, il espionnait Francesca. Il la suivait, l'observait, à travers les lentilles de ses jumelles de pêche. Francesca trottinait avec sa copine Anna sur le sable mouillé, elles se poursuivaient, se touchaient, s'attrapaient par les cheveux, et lui, là-haut, figé, il transpirait, son cigare toscan à la main. Lui, le géant, en débardeur ruisselant de sueur, l'oeil écarquillé, planté là dans la chaleur effroyable. 
Il la surveillait, comme il disait, depuis qu'elle s'était mise à aller à la plage avec certains individus, des garçons plus âgés qui ne lui inspiraient aucune confiance. Ils fumaient, et des pétards aussi, sûrement. Quand il en parlait à sa femme, de ces marginaux que fréquentait sa fille, il se mettait à crier comme un malade. Ils fument des pétards, ils prennent de la cocaïne, ils revendent des médocs, sûrement qu'ils veulent s'envoyer ma fille! Ça, il ne le disait pas explicitement. Il tapait du poing sur la table ou dans le mur. 
Mais l'habitude d'espionner Francesca, il l'avait prise avant: depuis que le corps de sa petite s'était comme débarrassé de ses écailles pour acquérir peu à peu une peau et une odeur précises, nouvelles, primitives peut-être. Tout à coup, de la petite Francesca, avaient jailli un petit cul et une paire de nichons insolents. Le bassin s'était cambré, dessinant les galbes du buste et du ventre. De tout ça, il était le père. 
En ce moment il regardait sa fille se démener au bout de ses jumelles, se jeter en avant de toutes ses forces pour attraper un ballon. Ses cheveux trempés qui collaient à son dos et ses hanches, sa peau incrustée de sel. 
Les ados jouaient au volley en cercle, autour d'elle. Elle, Francesca, tout élan et mouvement, dans un même et unique tumulte de cris et d'éclaboussures à la lisière de l'eau. Mais Enrico ne s'intéressait pas au jeu. Enrico pensait au maillot de sa fille : nom de Dieu, on voit tout. Ça devrait être interdit, des maillots pareils. Si un seul de ces salauds se hasarde à me la tripoter, je descends sur la plage avec ma matraque. 
"Qu'est-ce que tu fais ?" 
Enrico se retourna vers sa femme qui, debout au milieu de la cuisine, le regardait avec une expression mortifiée. Oui, Rosa se sentait mortifiée, diminuée, de voir son mari ainsi, les jumelles à la main à trois heures de l'après-midi. 
"Je surveille ma fille, si tu permets." 
Ça n'était pas toujours facile non plus de soutenir le regard de cette femme. L'accusation constante, plantée là, dans les yeux de son épouse. Enrico fronça les sourcils, avala sa salive. 
"C'est le minimum quand même... 
- Tu es ridicule ", siffla-t-elle. 
Il regarda Rosa, comme un objet qui vous encombre et vous met en rogne, pas plus. 
"Tu trouves ridicule de garder un oeil sur ma fille, par les temps qui courent ? Tu vois pas avec qui elle traîne à la plage ? C'est qui, ces types, hein ?" 
Cet homme-là, quand il sortait de ses gonds - et c'était souvent -, son visage se congestionnait, les veines de son cou gonflaient à faire peur. 
Il n'avait pas autant de colère en lui, à vingt ans, avant de se laisser pousser la barbe et de prendre tous ces kilos. C'était un beau garçon, qui venait d'être engagé chez Lucchini, et qui depuis l'enfance s'était forgé les muscles à travailler la terre. Il s'était transformé en géant dans les champs de tomates, et plus tard à pelleter le charbon. Un homme comme tant d'autres, monté de la campagne à la ville, son baluchon sur l'épaule. 
"Tu vois pas ce qu'elle fait, à son âge... Et comment elle est fagotée, merde !" 

Challenge Voisins, voisines
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Italie

   Challenge Petit BAC 2013
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"Couleur"

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04 septembre 2013

Le bruit de tes pas - Valentina D'Urbano

Sortie en Librairies : 5 Septembre 2013

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

book_220 Philippe Rey - septembre 2013 - 238 pages

traduit de l'italien par Nathalie Bauer

Titre original : Il rumore dei tuoi passi, 2012

Quatrième de couverture :
« La Forteresse », 1974 : une banlieue faite de poussière et de béton, royaume de l’exclusion. C’est là que grandissent Beatrice et Alfredo : elle, issue d’une famille pauvre mais unie, qui tente de se construire une vie digne ; lui, élevé avec ses deux frères par un père alcoolique et brutal. Presque malgré eux, ils deviennent bientôt inséparables au point de s’attirer le surnom de « jumeaux ».
Mais ce lien, qui les place au-dessus de leurs camarades, tels des héros antiques, est à la fois leur force et leur faiblesse. Car, parallèlement à la société italienne, touchée par la violence des années de plomb, leur caractère, leur corps et leurs aspirations évoluent. Chez Beatrice, qui rêve de rédemption et d’exil, l’amitié initiale se transforme peu à peu en amour sauvage, exclusif. Chez Alfredo, fragile et influençable, le désespoir s’accentue.
Drames familiaux, désœuvrement, alcool et drogue, tout semble se liguer pour détruire les deux jeunes gens. Et, quand l’héroïne s’insinue dans la vie d’Alfredo, Beatrice, tenace, ne ménage pas ses forces pour le sauver, refusant de comprendre que la partie est perdue.
Le bruit de tes pas est le récit de ces quinze années d’amitié et d’amour indéfectibles. Un premier roman âpre d’une sobre poésie, une voix qui perdure longtemps dans l’esprit de son lecteur.

Auteur : Née en 1985 dans une banlieue de Rome, Valentina d’Urbano est illustratrice de livres pour la jeunesse, Le bruit de tes pas est son premier roman. 

Mon avis : (lu en août 2013)
Le livre s'ouvre le 24 juin 1987 sur l’enterrement d’Alfredo, il avait vingt ans. Avec Beatrice, la narratrice du livre, ils étaient surnommés  « les jumeaux ». Dans cette histoire, Beatrice va revenir sur leur enfance à deux, puis leur adolescence. Ils vivent en Italie dans une banlieue bétonnée « La Forteresse » dans les années 70. Beatrice vit avec ses parents et son frère Francesco dans une famille unie. Depuis la mort de sa femme, le père d’Alfredo, est alcoolique et violent. Il bat ses trois fils. Presque tous les jours, Alfredo quitte son appartement et se réfugie à l'étage du dessus chez Beatrice où il est toujours accueilli comme le fils de la maison. Enfants, ils sont comme deux jumeaux, ils s'aiment fraternellement, Bea protège Alfredo et ce dernier prend soin d’elle. Puis vient l'adolescence, et leurs rapports changent, ils continuent à s'aimer mais veulent aussi l'un et l'autre s'émanciper. 
Dans ce roman, nous découvrons, une époque, un quartier délaissé qui vit presque en autarcie mais surtout la colère de Beatrice. 
Elle est en colère de ne pas avoir su dire à Alfredo tout ce qu'elle éprouvait pour lui. Elle est en colère de n’avoir pas su rendre Alfredo heureux, pour qu'il ait envie de vivre. Elle est en colère de subir son quartier, de continuer à y être très attachée tout en sachant qu'y rester la condamne à la misère.
Ce livre lui permet de faire sortir sa colère, de l'exprimer. 
Beatrice est une battante, elle ne va pas sombrer dans le désespoir au contraire, sa colère lui donne la rage de vivre, la rage de quitter ce quartier sans avenir, de se construire un futur.
Ce livre coup de poing avec une écriture sobre et percutante est un vrai coup de 
cœur pour moi. 

Merci Anaïs et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.

Note : ♥♥♥♥♥

 

Extrait : (début du livre)
24 juin 1987
Les jumeaux, voilà comment les gens nous appelaient.
Ils disaient qu'on était identiques, même si on ne se ressemblait pas.
Ils disaient qu'on était devenus le portrait craché l'un de l'autre à force de se côtoyer, deux gouttes d'eau. J'étais devant l'église.
Les graviers blancs se faufilaient dans mes sandales, me torturaient les pieds. Mais je n'y faisais pas attention, je continuais mon chemin jusqu'à l'ombre du parvis.
Vue de loin, l'église du quartier est un énorme blockhaus gris maladroitement encastré entre les immeubles. On dirait qu'on l'a fichée, enfoncée dans un trou trop étroit. Pourtant elle est là depuis des années et, de près, on la voit pour ce qu'elle est : quinze mètres de béton et des petits vitraux apparemment noirs, une porte renforcée, au sommet une croix tordue et toute rouillée qui tient comme par miracle.
On l'appelle la Pagode.
Ici, tout a un surnom. L'église, c'est la Pagode. Le quartier, c'est la Forteresse.
Et nous, on était les jumeaux.
Aujourd'hui aussi on nous a appelés comme ça. Il y avait un tas de gens dans l'église, ils murmuraient tous la même chose. Je ne me suis pas retournée, j'ai parcouru d'un pas lent la nef au sol brillant, et ils se sont écartés devant moi. Ils me regardaient à la dérobée, parce qu'autrement c'est mal.
J'ai eu l'impression d'être importante, au centre de l'attention, et j'ai trouvé absurde que cela m'arrive ainsi. Il me semblait que tous les yeux étaient pointés sur moi, même si les gens avaient l'air hébété, l'air de ne pas savoir quoi faire.

Ne vous inquiétez pas, avais-je envie de leur dire. Personne ne sait jamais quoi faire dans ces cas-là.
J'ai déposé le tournesol sur le cercueil et un baiser à l'endroit qui correspondait probablement à sa tête.
Puis j'ai rebroussé chemin du même pas lent et suis sortie.
Vu du parvis, le tournesol paraissait assez lourd pour tout écraser.
Les gens nous appelaient les jumeaux. Maintenant j'ignore comment ils m'appelleront.
Peut-être, enfin, par mon prénom, Béatrice. Un prénom particulier, insolite par ici.
Ma mère l'avait entendu prononcer à la télévision dans un film qui parlait d'une princesse.
Qui sait, l'idée de la princesse lui a plu, sans doute - je ne lui ai jamais posé la question.
La journée est belle. Un ciel encore bleu surplombe la Forteresse.
Je suis retournée à l'église et j'y suis restée jusqu'à la fin, assise au premier rang. J'ai écouté la messe, me suis levée aux bons moments, ai fait semblant de prier comme les autres.
Malgré la fatigue, l'envie de dormir et la nausée, j'ai simulé la dignité.

 Challenge 1% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
5/6

 Challenge Voisins, voisines
 voisins_voisines_2013
Italie

 d_fi_du_1er_roman 
Défi 1er roman

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02 septembre 2013

Le monde selon Garp - John Irving

Lecture Commune 
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avec  Valérie, Sandrine

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Seuil - mars 1980 - 582 pages

Points - 1981 - 608 pages

Points - février 1995 - 647 pages

Points - décembre 1998 - 680 pages

Points - novembre 2006 - 678 pages (édition limitée)

traduit de l'anglais (États-Unis) par 

Titre original : The World According To Garp, 1978

Quatrième de couverture : 
Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin… Un livre culte, à l’imagination débridée, facétieuse satire de notre monde.

Auteur : John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). La publication de son quatrième roman, Le Monde selon Garp, lui a assuré une renommée et une reconnaissance internationales. Depuis, l’auteur accumule les succès auprès du public et de la critique. À moi seul bien des personnages est son treizième roman. Marié et père de trois garçons, John Irving partage son temps entre le Vermont et le Canada.

Mon avis : (lu en août 2013) 
Je croyais avoir déjà lu ce livre avant d'accepter cette lecture commune avec Valérie, Sandrine et Lucie. Mais j'ai vite compris que cette lecture était la première. Ce roman raconte la vie de l'écrivain S.T. Garp, depuis avant sa conception jusqu'à après sa mort avec le destin de tous ses proches. Sa mère Jenny Fields est est infirmière dans un hôpital de guerre lorsqu'elle profite de l'érection d'un soldat mourant pour avoir un enfant sans s'encombrer d'un homme... Elle lui donnera le nom du soldat S.T Garp (sergent technicien Garp). Sa famille étant choquée par la naissance illégitime de Garp, Jenny devient infirmière à plein temps au collège de Steering et élève seule son fils. Ce dernier fera ses études et découvrira la lutte au collège. Pour séduire Helen, la fille de son entraîneur de lutte, Garp décidera de devenir écrivain... Voici un tout petit aperçu du début du livre où l'on comprend vite que John Irving ne manque vraiment pas d'imagination...  

Je me suis laissé happer par l'histoire et le destin étonnant de Jenny Fields féministe avant l'heure, par Garp et ses mésaventures cocasses et souvent inattendues. Les personnages sont très nombreux et souvent décalés. Cette histoire est très dense et j'ai parfois trouvé quelques longueurs. En particulier les passages avec les écrits de Garp lui-même. On y retrouve les thèmes chers à John Irving.
Ce n'est pas le livre que j'ai préféré de John Irving, mais je suis contente d'avoir pu le découvrir.

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Le livre a été adapté au cinéma en 1982 par George Roy Hill avec Robin Williams dans le rôle de Garp. J'avais déjà vu ce film en DVD sans en garder un grand souvenir, hier, j'ai pris le temps de le revisionner et l'esprit du livre y est assez bien rendu même si de nombreux passages ont été passés sous silence comme par exemple ses nombreuses expériences sexuelles avant son mariage, son séjour à Vienne...

Arte diffuse ce film mercredi 4 septembre à 20h50 (Rediffusions : ven 06.09 à 2h10 et dim 08.09 à 1h30)

Allons découvrir maintenant les avis de Valérie, Sandrine.

Note :  ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
La mère de Garp, Jenny Fields, fut arrêtée en 1942 à Boston, pour avoir blessé un homme dans un cinéma. Cela se passait peu de temps après le bombardement de Pearl Harbor par les Japonais, et les gens manifestaient une grande tolérance envers les militaires, parce que, bruquement, tout le monde était militaire, mais Jenny Fields, pour sa part, restait inébranlable dans l'intolérance que lui inspirait la conduite des hommes et des militaires en particulier. Dans le cinéma, elle avait dû changer trois fois de place, mais, le soldat s'étant chaque fois rapproché un peu plus, elle avait fini par se retrouver le dos contre le mur moisi, avec, entre elle et l'écran, un stupide pilier qui lui bouchait pratiquement la vue ; aussi avait-elle pris la décision de ne plus bouger. Le soldat, quant à lui, se déplaça une nouvelle fois et vint s'asseoir près d'ell.

Jenny avait vingt-deux ans. Elle avait plaqué l'université peu après avoir commencé ses études, puis était entrée dans une école d'infirmières, où elle avait terminé à la tête de sa classe. Elle était heureuse d'être infirmière. C'était une jeune femme à l'allure athlétique et aux joues perpétuellement enluminées ; elle avait des cheveux noirs et lustrés, et ce que sa mère appelait une démarche virile (elle balançait les bras en marchant) ; sa croupe et ses hanches étaient si fermes et si sveltes que, de dos, elle ressemblait à un jeune garçon. Jenny estimait, pour sa part, qu'elle avait les seins trop gros ; son buste provocant lui donnait, selon elle, l'air d'une fille "facile et vulgaire".

 

Déjà lu du même auteur : 

un_pri_re_pour_owen Une prière pour Owen une_veuve_de_papier_points2000 La veuve de papier 

TH968 Dernière nuit à Twisted River 

__moi_seul_bien_des_personnages_cd A moi seul bien des personnages

 A Challenge for John Irving

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43/50 :  Iowa

Challenge Petit BAC 2013
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"Géographie"

Pavé de l'été
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n°3

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01 septembre 2013

Ma soeur vit sur la cheminée - Annabel Pitcher

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : SOEUR

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Plon - octobre 2011 - 236 pages

Plon jeunesse - octobre 2011 - 235 pages

Pocket Jeunesse - octobre 2012 - 220 pages

Pocket - octobre 2012 - 222 pages

traduit de l'anglais Amélie de Maupeou

Titre original : My Sister Lives on the Mantelpiece, 2011

Quatrième de couverture : 
Rose, la grande soeur de Jamie, a été tuée dans un attentat terroriste à Londres. Cette tragédie a fait voler en éclats l'équilibre de sa famille : les parents se rejettent la responsabilité du drame ; Jasmine, la soeur jumelle de Rose, essaie d'exister tant bien que mal dans leurs yeux ; Jamie, lui, continue à rêver, à s'imaginer en superhéros, à jouer.
Même si la vie ne sera plus jamais la même, du haut de ses 10 ans, Jamie porte, comme un bouclier, son désir de vivre et sa candeur. Et c'est ce regard tendre, intelligent, pur et malicieux qui vaincra le désespoir.
Une voix d'enfant si émouvante et juste qu'elle distille une émotion irrésistible et devient un exemple de résilience extraordinaire.

Auteur : Annabel Pitcher a étudié la littérature à Oxford. Ma soeur vit sur la cheminée est son premier roman, écrit pendant un tour du monde, et traduit dans une dizaine de langues.

Mon avis : (lu en août 2013)
Ce livre a été publié en même temps en éditions adulte et jeunesse. James a 10 ans, il nous raconte l'histoire de sa famille en deuil. Il y a 5 ans, Rose l'une de ses soeurs aînées a été tuée à Londres dans un attentat terroriste. Après ce drame, la famille est totalement déstabilisée, le père devient alcoolique, la mère quitte la maison et part avec un homme du groupe de soutien, l'urne funéraire de Rose trône sur la cheminée. Les deux enfants restants
, Jasmine, soeur jumelle de Rose, et James, se sentent donc bien seuls et abandonnés. Lorsque le livre commence le père et ses deux enfants ont quitté Londres et vivent maintenant à Ambleside au nord de l'Angleterre. A l'école, James rencontre Sunya, sa voisine de classe, elle sera la seule à le soutenir lorsqu'il est en prise avec la cruauté de certains garçons de sa classe. A la maison, son compagnon de jeu c'est Roger son chat roux. Ce livre est terriblement émouvant, la souffrance de ces deux enfant et adolescente est révoltante. Les interrogations de James sont nombreuses, Jasmine qui n'a que 15 ans en a assez de l'absence de leur mère et du manque de réaction leur père. J'ai aimé cette histoire même si j'ai trouvé assez dérangeant comportement démissionnaire des parents... A plusieurs reprises, j'ai versé quelques larmes.

Extrait : (début du livre)
Ma soeur Rose vit sur notre cheminée. Enfin, juste en partie. Trois de ses doigts, son coude droit et sa rotule ont été enterrés dans un cimetière, à Londres. Maman et papa ont eu une grosse dispute après que la police a retrouvé dix morceaux de son corps. Maman voulait une tombe sur laquelle elle pourrait se rendre, papa voulait une crémation et répandre les cendres dans la mer. En tout cas, c'est ce que Jasmine m'a dit. Elle se souvient mieux que moi. Je n'avais que cinq ans quand c'est arrivé. Jasmine avait dix ans, elle était la jumelle de Rose. Elle l'est toujours d'après maman, qui a mis des lustres à accepter que Jasmine change quelque chose à ses cheveux ou à son style vestimentaire. Ils ont habillé Jas de la même manière pendant des années, après l'enterrement - des robes à fleurs, des gilets et ces chaussures plates à boucle que Rose adorait. Je suppose que c'est pour cette raison que maman est partie avec cet homme du groupe de soutien, il y a soixante et onze jours. A son quinzième anniversaire, Jas a coupé tous ses cheveux, elle les a teints en rose et elle s'est fait faire un piercing dans le nez. Elle ne ressemblait plus du tout à Rose et ça, les parents n'ont pas pu le supporter. Maman est partie le jour même et je n'ai plus eu de nouvelles depuis.
Ils ont eu chacun cinq morceaux. Maman a mis les siens dans un cercueil très chic, sous une pierre tombale blanche très chic sur laquelle est écrit Mon ange. Papa a brûlé la clavicule, les deux côtes, un bout de crâne et un petit orteil et il a mis les cendres dans une urne dorée. Chacun a donc eu ce qu'il voulait mais - surprise, surprise ! - ça ne les a pas rendus heureux. Maman dit que c'est trop déprimant d'aller au cimetière et papa essaie de répandre les cendres de Rose à chaque date anniversaire de sa mort, mais il change toujours d'avis à la dernière minute. C'est comme s'il se passait quelque chose au moment précis où il s'apprête à disperser Rose dans la mer. L'année où nous sommes allés dans le Devon, il y avait tous ces poissons argentés qui grouillaient, comme s'ils étaient impatients de manger ma soeur. Une autre fois, en Cornouailles, une mouette a lâché du guano sur l'urne pile au moment où papa allait l'ouvrir. J'ai commencé à rigoler mais Jas avait l'air triste, alors j'ai arrêté.
Nous avons quitté Londres pour prendre du recul par rapport à tout ça. Papa connaissait quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui l'a appelé au sujet d'un travail dans la région des lacs. Cela faisait des années qu'il ne travaillait plus, à Londres. Nous sommes en récession, ce qui veut dire que le pays n'a plus d'argent, alors on ne construit presque plus rien. Quand il a obtenu cet emploi à Ambleside, on a vendu notre appartement, loué un cottage et laissé maman à Londres. J'ai parié cinq euros avec Jas que maman viendrait nous dire au revoir. J'ai perdu, mais Jas ne m'a jamais réclamé l'argent. Dans la voiture, Jas a dit On joue aux espions, mais elle n'a même pas été capable de deviner Quelque chose qui commence avec un R alors que Roger était assis sur mes genoux en train de ronronner comme pour lui donner un indice.

Challenge Voisins, voisines

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Grande-Bretagne

  Challenge God Save The Livre 
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27 août 2013

Autumn Laing – Alex Miller

Lu dans le cadre de La Rentrée Littéraire 2013 Libfly
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traduit de l'anglais (Australie) par Françoise Pertat

Titre original : Autumn Laing, 2011

Quatrième de couverture :
« C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. »
C’est ici, dans la moiteur des environs de Melbourne, qu’Autumn Laing, née Gabrielle Louise Ballard, connut l’unique passion de son existence. 
Au crépuscule de sa vie, Autumn, solitaire et revêche, raconte comment la tendresse qui la liait à son mari, Arthur, homme de loi intègre fréquentant la bohème des années trente, fut balayée par sa relation avec Pat Donlon. Peintre génial, fascinant d’égoïsme, il révolutionna autant son quotidien que l’art de son pays. Entre eux, la passion est physique, l’amour incandescent, le désir dévastateur. Car face à la folie créatrice de l’artiste, la muse n’est rien qu’un souffle vite emporté, une image vite oubliée.
Après le magistral Lovesong, Alex Miller prouve qu’il est sans conteste l’un des plus grands prospecteurs des sentiments amoureux, en offrant une vision de l’amour avec ses zéniths et ses gouffres, son tumulte et ses silences.

Auteur : Alex Miller est né en 1936 à Londres. Australien d’adoption, il fut tour à tour garçon de ferme, magasinier, carillonneur, dresseur de chevaux, universitaire, dramaturge et enseignant, avant de publier en 1988 son premier livre. Auteur de dix romans, tous encensés par la critique, c’est avec Landscape of Farewell (2007), Lovesong (Phébus, 2012) et surtout Autumn Laing qu’il acquiert définitivement le statut d’écrivain majeur de son pays. Il reçoit en 2007 le Manning Clark Cultural Award pour sa contribution au rayonnement de la littérature australienne à l’étranger.

Mon avis : (lu en juillet 2013)
« Ils sont tous morts, et moi je suis vieille et décharnée. C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. » Voilà les premières phrases de ce livre. La narratrice, c'est Autumn Laing, elle a 85 ans et elle vit seule à Old Farm environs de Melbourne en Australie. Après avoir aperçu en ville, Edith Dolon qu'elle n'avait plus vu depuis plus de cinquante ans, Autumn est renvoyée vers son passé et elle se met à raconter ses souvenirs. Dans les années 30, Autumn et Arthur Laing s'occupaient de la promotion d'artistes australiens. En 1938, ils font la connaissance de Pat Dolon, un jeune peintre plein d'ambition. Pat est marié avec Edith. Entre Autumn et Pat une vraie complicité s'installe qui deviendra une passion. Autumn a dix de plus que Pat mais elle l'inspira l'artiste en herbe. Le lecteur suit en alternance le présent et le passé d'Autumn, il découvrira peu à peu la suite de cette passion.
J'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre, sans doute car l'auteur prend son temps pour installer l'intrigue et les différents protagonistes. Ensuite, j'ai été embarquée par le récit de cette histoire d'amour, intéressée également par le côté artistique sans oublier la découverte des grands espaces australiens décrit formidablement par Alex Miller. 
Cette histoire est une fiction même si l'auteur ne se cache pas avoir été inspiré par la vie de Sunday Reed (Autumn Laing) et du peintre Sidney Nolan (Pat Dolon).

Merci à Libfly et Le Furet du Nord pour m'avoir permis de découvrir ce livre à l'occasion de l'opération On vous lit tout.

Note : ♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Ils sont tous morts, et moi je suis vieille et décharnée. C’est ici que tout a commencé il y a cinquante-trois ans. Ici, où j’ai trouvé refuge à l’ombre de l’ancienne écurie aux planches gondolées et disjointes en cet après-midi de janvier étouffant. J’avais trente-deux ans. je m’y protège du soleil et de la fumée. L’odeur du papier brûlé m’a suivie. De la fumée bleue danse dans les lames de soleil qui découpent des formes dans l’obscurité, imitant en cela l’œuvre d’un certain peintre que nous admirions autrefois. Que de choses cachées et étouffées en cet endroit! La maison des morts, voilà le nom que je devrais lui donner. À l’ombre où est ma place. Ne riez pas. C’est une vieille angoisse chez moi, ce besoin de fouiller les immondices de la pointe de ma sandale, à les bousculer dans l’espoir (ou la terreur) d’y dénicher quelque chose. je ne suis plus une femme. vous allez vite comprendre pourquoi. La boucle de mon nu-pieds gauche s’est cassée la nuit dernière, alors que je tirais mon matelas sous la véranda en quête d’un peu de fraîcheur. La fraîcheur, je ne l’ai pas trouvée, par contre mon pied a buté contre la marche. je n’ai plus de force dans les jambes. Mes jambes! Du temps de ma peau lisse, je l’ai séduit en lui découvrant par intermittence mes cuisses nacrées, tandis que je l’observais, fou de désir de me toucher, pendant que moi je fondais. Rien ne pouvait nous arrêter à l’époque.

Hier, je l’ai croisée dans la rue. Et la nuit dernière, je n’ai pas fermé l’œil à cause d’elle. L’air me brûlait les poumons à deux heures du matin. J’ai alors envisagé de descendre jusqu’à la berge, pour m’étendre sur l’herbe sous les mimosas, afin d’y trouver du réconfort. Mais je n’en suis plus capable. La dernière fois que je suis allée au fleuve remonte au moins à quinze ans. Si je pouvais y retourner, je m’y étendrais nue, comme de son temps. Le corps blanc, immobile et froid au clair de lune, maintenant. Sur le dos (« toujours prête », selon l’expression consacrée de Pat), le cerveau en ébullition, à penser à ma vie et à la leur. Sa vie à lui et sa vie à elle. Il ne me reste guère plus que la peau et les os. Non, c’est drôle. C’est comme ça qu’il faut l’entendre. Riez donc si cela vous fait plaisir! je n’ai jamais reproché un rire à quiconque. Dieu seul sait combien les occasions sont rares.

Jusqu’à ma rencontre d’hier avec Edith, j’étais prête à devenir ce cadavre blanc sur la rive. C’est vrai, c’est ce que je voulais. Le moyen d’en finir, je l’ai au fond du tiroir de ma table de chevet. Mais au lieu de mourir la nuit dernière, j’ai rafistolé ma sandale avec le ruban de soie mauve entourant la boîte de chocolats bon marché offerte par cette femme minable venue me voir hier. Était-ce hier? Était-ce avant, ou après ma rencontre avec Edith? Peu importe. Elle – je parle de la femme aux chocolats, et non d’Edith – a garé sa voiture près de la porte principale, puis a contourné la propriété pour entrer par le portail de derrière et faire son apparition parmi les rhododendrons, telle une intime de notre ancien cercle. Elle m’a surprise, la chemise de nuit relevée jusqu’à la taille, à trois heures de l’après-midi, en train de me soigner les cors. Il me faudrait un gros chien. Ou un fusil. Un pied posé sur le rebord en brique, à l’autre bout du bassin à poissons (sans poissons), elle me souriait en me tendant son cadeau de pacotille. Toute vêtue de lin blanc immaculé. Énorme, elle transpirait à grosses gouttes. Le corps idéal pour dévaler la colline jusqu’au fleuve. C’est ce à quoi j’ai pensé en la regardant.

 Challenge 1% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
2/6

  Challenge Petit BAC 2013
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"Météo"

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25 août 2013

La femme à 1000° - Hallgrimur Helgason

Lu dans le cadre de La Rentrée Littéraire 2013 Libfly
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La_femme_a_1000_7036 Presse de la Cité - août 2013 - 633 pages

traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün

Titre original : Konan við 1000°, 2011

Quatrième de couverture :
Herbjörg Maria Björnsson. Un nom imprononçable que vous n’êtes pas près d’oublier. 

Condamnée à vivre dans un garage avec pour seule compagnie son ordinateur portable, une provision de cigarettes et une grenade datant de la fin de la Seconde Guerre mondiale, une octogénaire islandaise atteinte d’un cancer en phase terminale revient sur sa vie en attendant la mort. Car Herra, comme on l’appelle, a beaucoup de choses à raconter. Petite-fille du premier président d’Islande, fille d’une paysanne et du seul nazi islandais avéré, elle a, au fil de son existence mouvementée, vécu la guerre et l’exil, connu beaucoup d’hommes, parfois célèbres, et vu la mort, de bien trop près. Avant de s’envoyer en l’air pour de bon, elle passe en revue son passé et celui de son pays, l’occasion pour elle de régler au passage quelques comptes. 
Dans ce roman inclassable et truculent qui, à la manière d'un collage, alterne humour, cynisme, tendresse, poésie et noirceur, Hallgrimur Helgason fait preuve d'une inventivité linguistique époustouflante. La Femme à 1000° navigue entre légèreté et profondeur au gré du récit de l'irrévérencieuse Herra, dont l'histoire est à l'image de celle de l'Islande, sa patrie, et de celle de l'Europe : mouvementée, sanglante et tragique.

Auteur : Hallgrímur Helgason, né en 1959 à Reykjavík, est écrivain, peintre, noveliste et traducteur. Il est l'auteur du roman policier 101 Reykjavik qui fut adapté au cinéma par Baltasar Kormákur sous le titre 101 Reykjavik en 2000. Il reçoit en 2002 le prix de littérature islandaise pour son livre L'auteur d'Islande.

Mon avis : (lu en juin 2013)
J'ai choisi de découvrir ce livre non pas grâce à la couverture du livre (pas très engageante...) mais pour son auteur islandais... Mais je n'avais pas vu le nombre de pages... 633 !
J'ai facilement lu le début du livre car les chapitres sont assez courts. Chaque chapitre est daté car l'histoire se déroule de 1929 année de naissance de Herra à 2009, c'est à dire de nos jours avec quelques incursions dans un passé encore plus lointain...
La narratrice, Herbjörg Maria Björnsson dit Herra a 80 ans, elle termine sa vie dans un garage. Elle a un cancer et elle attend la mort, elle a même déjà pris rendez-vous pour sa crémation. Elle est seule avec son ordinateur branché sur internet et les visites quotidiennes de deux aides à domicile. Elle nous raconte sa vie à travers de nombreuses anecdotes car sa famille et sa vie sont plus qu'originales ! En même temps, le lecteur découvre l'histoire de l'Islande.
Dans les 100 premières pages, le récit passe d'une année à l'autre dans un tel désordre que l'on a peine à suivre... Ensuite commence la période de la Seconde Guerre Mondiale de façon chronologique, et donc plus facile à suivre. Hella est née en Islande, elle vivra au Danemark, en Allemagne, en Pologne, à Paris, en Argentine... Elle est la petite-fils du premier président de la République d'Islande. Son père s'engage dans l'Armée Allemande. Hella aura quatre enfants, quatre maris...
J'ai globalement aimé ce roman même si j'y ai trouvé quelques longueurs, j'ai appris beaucoup de choses sur l'histoire de l'Islande. Avant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande est sous domination du Danemark, en avril 1940 le Danemark est envahi par l'Allemagne nazie donc l'Islande se retrouve sous domination de l'Allemagne. Le Royaume Uni, craignant que les Allemands occupent l'Islande, s'installe d'autorité en Islande, puis en 1941 ce sont les Américains qui les remplacent, ils ne quitteront le pays qu'en 2006... En 1944, c'est la proclamation de l'Indépendance et la création de la République d'Islande. Sveinn Björnsson (le grand-père d'Hella) devient le premier président de la République. 
J'ai beaucoup aimé les chapitres datés de 2009, lorsque Herra raconte son quotidien dans son garage. Elle fume cigarettes sur cigarettes, elle a toujours avec elle une vieille grenade datant de la Seconde Guerre Mondiale. Connectée à internet, elle s'invente plusieurs profils et se fait passer pour Linda une ancienne miss Monde de 1988. Le ton est grinçant, plein d'humour noir. 

Merci à Libfly et Le Furet du Nord pour m'avoir permis de découvrir ce livre à l'occasion de l'opération On vous lit tout.

Note : ♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Je vis ici, seule dans un garage, avec pour unique compagnon un ordinateur portable et une vieille grenade. Un vrai petit nid douillet. Mon lit est un lit d'hôpital ; je n'ai guère besoin d'autre mobilier, en dehors de toilettes, qu'il m'est toujours pénible de devoir utiliser. J'en ai pour des heures à les atteindre : d'abord, toute la longueur du lit, et encore tout autant pour arriver au petit coin. Via Dolorosa, c'est le nom que je donne à ce parcours qui me voit chanceler trois fois par jour comme un spectre perclus de rhumatismes. Bassin & cathéter sont mes rêves du moment, mais ma demande est bloquée dans les méandres administratifs. Chienne de vie.

Ici, il n'y a pas grand-chose à voir par la fenêtre. C'est sur l'écran d'ordinateur que le monde m'apparaît. Les messages vont et viennent, et ma page Facebook s'allonge, comme la vie. Les glaciers fondent, les présidents noircissent, et les gens pleurent leur voiture ou leur maison. L'avenir, lui attend patiemment près du tapis à bagages, regard en biais et sourire narquois. Oui, j'observe d'un oeil attentif sous mes draps blancs. Je gis là, cadavre sans besoins, à espérer la mort, ou que l'autre m'apporte ma dose à prolonger l'existence. Elles s'occupent de moi deux fois par jour, les filles de l'hospitalisation à domicile de la ville de Reykjavik. La jeune vierge qui vient le matin est une vraie princesse, mais la vieille peau de l'après-midi, aux mains froides et à l'haleine lourde, vide toujours mes cendriers d'un geste brusque.

 Challenge Petit BAC 2013
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"Chiffre/Nombre"

Challenge 1% Rentrée Littéraire 2013
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1/6

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Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche

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Islande

Challenge Voisins, voisines

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Challenge Cap au Nord
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Posté par aproposdelivres à 14:49 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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