20 février 2014

Last exit to Brooklyn - Hubert Selby Jr

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

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Albin Michel - janvier 2014 - 416 pages
Albin Michel - octobre 1989 - 303 pages
10/18 - mars 2004 - 303 pages
traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Pierre Carasso et Jacqueline Huet
Titre original : Last exit to Brooklyn, 1957
Quatrième de couverture :
Peu de livres ont suscité autant de haine, d’admiration  et de polémiques que Last Exit to Brooklyn. À sa sortie en 1964, Allen Ginsberg prédisait que le roman allait « exploser sur l’Amérique comme une bombe infernale qu’on lirait encore cent ans après. » Cette prédiction est en train de s’accomplir :Last Exit est considéré aujourd’hui comme la première manifestation et le testament d’une esthétique totalement inédite à laquelle cette nouvelle traduction rend enfin et brillamment justice. Un classique de la littérature contemporaine et de la littérature tout court.
Auteur : Né à Brooklyn en 1928, Hubert Selby Jr. est un auteur incontournable de la littérature américaine contemporaine. Last Exit to Brooklyn, publié en 1964, est son premier et plus célèbre roman qui déclenche à l'époque procès et interdictions de traduction dans plusieurs pays. Atteint très jeune de tuberculose, accro à l'héroïne - expérience qui lui inspirera notamment Requiem for a Dream en 1978 - il décède en 2004.

Mon avis : (lu en février 2014)
Ce livre est la réédition avec nouvelle traduction d'un ouvrage mythique de l'Amérique des années 60. (que j'avoue je ne connaissais pas, même pas de nom...)
Avant de commencer à lire ce livre, je vous conseille de lire la note des traducteurs en fin de l'ouvrage. En effet, l'auteur a voulu transcrire le parler des rues de New York en créant sa propre typographie, le plus marquant c'est l'absence d'apostrophe « ’ » remplacée par « / » ou par rien. Au début c'est assez déstabilisant à lire puis je m'y suis faite... (cf. extrait)
New York, dans les annees 50, Hubert Selby Jr. nous invite à découvrir dans ce livre de six nouvelles, le destin tragique de six personnes qui "traîne leur vie" dans les bas fonds du quartier de Brooklyn. Vinnie et sa bande passent leur temps au bar "chez le Grec", et cherchent la bagarre, Georgette, le travesti amoureux, Tralala, une fille facile qui finira mal, Harry plein de haine... 

J'ai trouvé ce livre trop exigeant à lire pour moi. Après une première journée de lecture (120 pages), j'ai fait une pause en passant à un autre livre... J'y suis revenue pour en lire péniblement 100 pages par 100 pages en survolant certains passages... Je ne peux pas dire avoir apprécié cette lecture. Toutes ces histoires sont dérangeantes, il n'est question que de délinquance, de drogue, d'alcool et surtout de sexe... La violence est présente en permanence, le langage est très cru.

Merci Claire et les éditions Albin Michel pour m'avoir permis de découvrir cet auteur et cet ouvrage.

Extrait : (début du livre)
Ils étaient vautrés tout le long du comptoir et sur les chaises. Encore une soirée. Encore une soirée chiante à tirer chez le Grec, un diner pourri ouvert toute la nuit près de la base militaire de Brooklyn. De temps en temps un biffin ou un mataf entrait bouffer un hamburger et faisait jouer le jukebox. Mais d/ordinaire ils mettaient le disque à la gomme d/un quelconque plouc. Ils demandaient bien au Grec de remplacer ces disques-là, mais y leur disait non. Ils viennent ici dépenser leur argent. Vous, vous traînez toute la nuit sans acheter que dalle. Tu tfousdmoi Alex ? Tu pourrais prendre ta retraite rien qu/avec le pognon qu/on claque ici. Skata. Ça paye même pas mon trajet en bagnole...
24 disques dans le jukebox. Ils pouvaient en avoir 12 de leur choix, mais les autres c/était pour les clients de la Base. Si quelqu/un jouait un disque de Lefty Frazell ou d/un autre bouseux ils se mettaient à gémir, à faire des gestes avec les mains (Non mais ! putain quel ringard) et sortaient dans la rue. Cette fois, comme 2 gusses collaient des pièces dans le bastringue, ils s/installèrent adossés au réverbère ou appuyés contre les ailes des bagnoles. C/était une nuit tiède et claire et ils tournaient en rond, traînant le pied droit avec lenteur dans le déhanchement du danseur de kotsarie, la clope pendant au bec, le col du polo relevé sur la nuque, rabattu et roulé par-devant. Plissant les yeux. Glaviotant, regardant défiler les bagnoles. Les reconnaissant. Marque. Modèle. Année. Puissance. Arbre à came en tête, V-8. 6,8, cent cylindres, plein de chevaux. Plein de chrome. Feux rouges et ambre sur la calandre. Tavu la calandre de la nouvelle Pontiac ? Putain, la vraie classe. Ouais, mais pour les reprises tu repasseras. Rien vaut la Plymouth pour les reprises. Merde. Elle a pas la tenue de route de la Buick. Tu sèmes tous les flics avec la Roadmaster. Si t/arrives à démarrer. Lignes droites. Virages. Tu sèmes le shérif. La boîte automatique. Le système Dynaflow. Hydramatics. Tu démarres pas. Tu les auras tous sur le poil avant d/avoir fait cent mètres. Pas avec la nouvelle 88. T/enfonces laccélérateur et t/es plaqué contre le dossier. Une caisse géniale. Je choure plus rien d/autre. Yapas mieux pour un braquage. Nem-pêche, j/aime bien la Pontiac. Au cas que j/achèterais une bagnole. T/ajoutes des protège pare-chocs, des phares, quatre enjoliveurs de Cadillac et une superantenne à larrière... merde, yapas une tire qui en jette plus sur la route. Tu déconnes. T/arrives pas à la cheville de la Continental 47 décapotable. C/est le sommet. On en a vu une en ville, lautre jour. Sacrée-putain-de-bagnole. Putain ! ! ! Les bouseux continuaient à bêler et eux y causaient et marchaient, causaient et marchaient, rajustant leur polo et leur futal, expédiaient d/une pichenette leur clope sur la chaussée - j/aurais voulu que tu la voies cte tire. 

 

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18 février 2014

La Femme à la clé - Vonne van der Meer

La-Femme-à-la-clé Editions Héloïse d'Ormesson - août 2013 - 205 pages

traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin

Titre original : De vrouw met de sleutel, 2011

Quatrième de couverture : 
"Femme, 59 ans, d'apparence maternelle, hanches larges, voix agréable, vient vous border et vous faire la lecture avant que vous vous endormiez. Discrétion assurée. Intentions sexuelles totalement exclues".
Voilà l'annonce un brin malicieuse que rédige Nettie, lorsque la recherche d'un travail devient inévitable, quelques mois après le décès de son mari. Sans expérience professionnelle à faire valoir, elle se tourne vers sa passion et propose aux âmes esseulées chômeur célibataire, hôtesse de l'air divorcée, fillette qui boude l'école ses services en tant que lectrice. Devenue, au fil des jours, confidente, amie, conseillère, Nettie reprend goût à la vie, et ses clients avec elle.
Dans ces pages imprégnées de délicatesse, Vonne van Der Meer capte les plaisirs minuscules et les joies simples de l'existence. La Femme à la clé est un voyage enchanteur à travers les livres, où s'abolissent angoisse et tristesse.

Auteur : Née aux Pays-Bas en 1952, Vonne Van der Meer a publié son premier roman en 1987. Elle a rencontré un grand succès avec sa trilogie parue aux Editions Héloïse d'Ormesson autour de La Maison dans les dunes.

Mon avis : (lu en février 2014)
A 59 ans, Nettie a perdu son mari il y a quelques mois, elle n'a aucune expérience professionnelle et mais pour ses finances, il va falloir qu'elle se trouve un travail. Elle invente celui de « lectrice avant d'aller dormir » et passe une petite annonce pour trouver quelques clients. Il y aura Olivia, une hôtesse de l'air un peu dépressive, Renée, une fillette de onze ans qui refuse d'aller à l'école et qui écrit des histoires, Michaël, un jeune homme manquant de confiance en lui, Harry, Antoinette, Sonia...
Nettie devient bien plus qu'une lectrice, souvent elle possède la clé de leur domicile, en venant les voir dans leur chambre à l'heure du coucher, elle entre dans leur intimité. Elle a une rôle d'écoute, de confidente et ses clients aident Nettie à oublier ses propres soucis.
Le roman est écrit comme un journal, Nettie évoque son quotidien, quelques souvenirs avec son mari ou ses enfants, qui ne sont pas au courant de son activité. Elle note surtout ses impressions sur chaque visite chez ses clients, elle raconte leurs relations, leurs lectures. Elle retranscrit également certaines de ses lectures. 
J'ai un avis mitigé sur cette lecture, j'ai aimé l'idée, le personnage de Nettie est attachante comme certains de ses clients. J'ai été gênée par l'inclusion de ces textes lus dans le livre. J'avais parfois du mal à différencier l'histoire de Nettie et ses clients et ses extraits d'oeuvres. 

Extrait : (début du livre)
C'était une douce soirée de printemps. On pouvait se passer de coupe-vent et de pulls, les nouer autour de la taille. Nous chantions en cette fin de journée, comme la veille et l'avant-veille. Mais l'impression de nouveauté avait disparu et rien ne laissait présager un incident particulier.
« Nous ne sommes pas près de rentrer chez nous, la route est longue, la route est longue... » « Le petit pot de graisse sur la table j'ai posé... » « Et hop, les garçons ça ne vaut rien, hop, les garçons ça ne vaut rien. Et les filles, ça ne connaît rien au foot... »
Les garçons avaient mêlé leurs voix à celles des filles, pas seulement les garçons de notre classe mais tous ceux des écoles voisines et même de plus loin, pour chanter que les filles, ça ne vaut rien. Et que ça ne connaît rien au foot. Nous hurlions ces curieuses paroles comme si nous étions sur le sentier de la guerre. Le lendemain, quand serait décernée la médaille de la Marche de quatre jours, il fallait absolument avoir la voix cassée. Plus que cette médaille, l'extinction de voix était la preuve qu'on avait été de la partie.
Nous chantions pour ne pas perdre courage. « On y est presque, on y est presque, mais pas encore tout à fait... » Nous chantions pour continuer d'avancer d'un bon pas. Aucun d'entre nous n'avait l'habitude de parcourir autant de kilomètres d'affilée, sans interruption, sans pique-nique, sans mère auprès de qui se plaindre que la route était longue. De temps en temps, quelqu'un jouait un mauvais tour. Un garçon tirait en passant sur une branche de jasmin qui dépassait d'un jardin et avait alors droit aux remontrances du directeur de l'école. Un autre arrachait la veste des épaules d'une fille devant lui et lançait le vêtement à un camarade de classe qui le jetait en l'air, dans un arbre. La jeune fille pleurait, le garçon devait marcher pendant le reste du parcours à l'arrière, à côté d'un père ou d'une mère qu'il ne connaissait pas. En guise de punition. C'était amusant, c'était divertissant, sauf quand on était le garçon en question ou que la veste dans l'arbre était la vôtre.
Parfois, le parcours passait par hasard dans une rue où habitait un camarade de classe, les parents sortaient de chez eux et levaient le pouce en signe d'encouragement. Je bombais alors le torse, remplie de fierté, et marchais spontanément le dos plus droit. Quand nous traversions un quartier neuf, aux maisons alignées et aux jardinets soignés, la promenade nous paraissait à nouveau d'une longueur insupportable et j'avais l'impression que mes pieds adhéraient à l'asphalte. Mais nous longions des champs et des bois inconnus, ou que j'avais vus seulement en voiture. À pied, sous les rayons du soleil couchant, tout paraissait différent, une lumière limonade, et j'étais surprise qu'il existât, si près de la maison, un monde que j'ignorais.

Déjà lu du même auteur :

les_invit_s_de_l__le Les invités de l'île ou La Maison des dunes 

le_bateau_du_soir Le bateau du soir  le_voyage_vers_l_enfant Le voyage vers l'enfant 

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Pays-Bas

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09 février 2014

Le grand Cœur - Jean-Christophe Rufin

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Gallimard - mars 2012 - 512 pages

Folio - janvier 2014 - 592 pages

Écoutez lire - janvier 2014 - 14h15 - Lu par Thierry Hancisse

Prix du roman historique de la ville de Blois 2012

Prix littéraire Jacques-Audiberti 2012

Quatrième de couverture :
Dans la chaleur d'une île grecque, un homme se cache pour échapper à ses poursuivants. Il évoque sa vie hors du commun et tente de démêler l'écheveau de son destin. 

Fils d'un modeste pelletier, il est devenu l'homme le plus riche de France. Il a permis à Charles VII de terminer la guerre de Cent Ans. Il a changé le regard sur l'Orient. Avec lui, l'Europe est passée du temps des croisades à celui de l'échange. Comme son palais à Bourges, château médiéval d'un côté et palais Renaissance de l'autre, c'est un être à deux faces. Aussi familier des rois et du pape que des plus humbles maisons, il a voyagé à travers tout le monde connu. 
Au faîte de sa gloire, il a vécu la chute, le dénuement, la torture avant de retrouver la liberté et la fortune. 
Parmi tous les attachements de sa vie, le plus bouleversant fut celui qui le lia à Agnès Sorel, la Dame de Beauté, première favorite royale de l'Histoire de France, disparue à vingt-huit ans. 
Son nom est Jacques Cœur. 
Il faut tout oublier de ce que l'on sait sur le Moyen Âge et plonger dans la fraîcheur de ce livre. Il a la puissance d'un roman picaresque, la précision d'une biographie et le charme mélancolique des confessions.

Auteur : Médecin, engagé dans l’action humanitaire, Jean-Christophe Rufin a occupé plusieurs postes de responsabilités à l’étranger. Il a été ambassadeur de France au Sénégal.
Il a d’abord publié des essais consacrés aux questions internationales. Son premier roman, L’Abyssin, paraît en 1997. Son œuvre romanesque, avec Asmara et les causes perdues, Globalia, La Salamandre entre autres, ne cesse d’explorer la question de la rencontre des civilisations et du rapport entre monde développé et pays du Sud. Ses romans, traduits dans le monde entier, ont reçu de nombreux prix, dont le prix Goncourt 2001 pour Rouge Brésil. Il a été élu à l’Académie française en juin 2008. Le parfum d’Adam, publié en 2007, et Katiba, publié en 2010, sont les deux premiers  volets de la série romanesque Les enquêtes de Providence. Il est également l’auteur d’un recueil de nouvelles, Sept histoires qui reviennent de loin, du roman historique Le grand Cœur et d’Immortelle  randonnée, récit de son pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
Je connaissais le nom de Jacques Cœur mais pas vraiment autre chose de ce personnage historique de la fin du Moyen Age... 
Ce livre est avant tout un roman, il repose sur des faits historiques mais l'auteur a imaginé les parties inconnues de la vie de ce grand homme. C'est Jacques Cœur, lui-même, qui nous raconte "ses mémoires" alors qu'il est caché dans une île grecque pour fuir ceux qui veulent sa mort. 
C'est un roman très dense qui se lit plutôt facilement, le style de l'auteur est agréable à lire et l'histoire de ce jeune homme de condition modeste qui devient le plus riche et le plus puissant personnage du royaume est passionnante.
J'ai également trouvé très intéressante la postface où l'auteur explique les raisons qui l'ont amené à écrire ce roman.

Merci à Lise et aux éditions Folio pour m'avoir permis de découvrir ce roman historique. 

Extrait : (début du livre) 
Je sais qu’il est venu pour me tuer. C’est un petit homme trapu qui n’a pas les traits phéniciens des gens de Chio. Il se cache comme il peut, mais je l’ai remarqué à plusieurs reprises dans les ruelles de la ville haute et sur le port.
La nature est belle sur cette île et il m’est impossible de croire qu’un tel décor puisse être celui de ma mort. J’ai eu si peur dans ma vie, j’ai tant de fois craint le poison, l’accident, le poignard que j’ai fini par me faire une idée assez précise de ma fin. Je l’ai toujours imaginée dans la pénombre, au crépuscule d’un jour de pluie, sombre et humide, un jour semblable à celui où je suis né et à tous ceux de mon enfance. Comment ces énormes figuiers gonflés de suc, ces fleurs violettes qui pendent en grappes le long des murs ; comment cet air immobile, aussi frémissant de chaleur que la main d’un amoureux, ces chemins qui sentent les aromates, ces toits de tuiles, rondes comme des hanches de femmes, comment toutes ces splendeurs calmes et simples pourraient-elles servir d’instrument à la nuit absolue et éternelle, à la froidure violente de ma mort ?
J’ai cinquante-six ans. Mon corps est en pleine santé. Les tortures que j’ai subies pendant mon procès n’ont laissé aucune trace. Elles ne m’ont même pas dégoûté des humains. Pour la première fois depuis bien longtemps, depuis toujours peut-être, je n’ai plus peur. La gloire, la plus extrême richesse, l’amitié des puissants ont tari ce qu’il pouvait y avoir en moi d’ambition, d’impatience avide, de désirs vains. La mort, si elle me frappait aujourd’hui, serait plus injuste que jamais.
Elvira, auprès de moi, ne sait rien. Elle est née sur cette île grecque et ne l’a jamais quittée. Elle ignore qui je suis et c’est cela que j’aime en elle. Je l’ai rencontrée après le départ des bateaux de la croisade. Elle n’a pas vu les capitaines de navire, les chevaliers harnachés pour combattre, le légat du pape me témoigner leur respect forcé et leurs hommages hypocrites. Ils avaient cru à mes prétendues douleurs et flux de ventre, et avaient accepté de m’abandonner sur cette île pour que j’y guérisse ou, plus probablement, que j’y meure. Je les avais suppliés de m’installer dans une auberge près du port et non dans la citadelle du vieux podestat. Je leur avais dit que je mourrais de honte si ce noble Génois, à son retour de voyage, apprenait que j’avais déserté le combat... En réalité, je craignais surtout qu’il découvre que j’étais en parfaite santé. Je ne voulais pas devenir son obligé et qu’il m’empêche, le moment venu, de quitter l’île, pour jouir de ma liberté.
Il y eut donc cette scène ridicule, moi couché, les bras étendus sur les draps, suant non de fièvre, mais de la touffeur du port qui pénétrait dans la chambre. Au pied de mon lit, en une bousculade qui débordait sur l’escalier de bois et jusqu’à la salle basse au-dessous, se pressait un groupe de chevaliers en cotte, de prélats vêtus de leur plus belle chasuble, sortie des coffres de leur nave, et toute fripée encore d’y avoir été serrée, des capitaines, le heaume sous le bras, essuyant des larmes de leurs gros doigts. Chacun, par son silence embarrassé, prétendait faire absoudre la lâcheté qu’il pensait commettre en m’abandonnant à mon sort. Mon silence à moi se voulait celui de l’absolution, du destin accepté sans murmurer. Quand le dernier visiteur fut parti, quand je fus certain de ne plus entendre, en bas dans la ruelle, le cliquetis des armes, les bruits de semelles et de fers sur les pavés, je laissai exploser le rire que j’avais si difficilement contenu. J’ai ri pendant un bon quart d’heure.
En m’entendant, l’aubergiste grec crut d’abord que l’agonie avait pris chez moi ce masque odieux de comédie. Quand je repoussai les draps et me levai, il finit par comprendre que j’étais simplement heureux. Il monta du vin jaune et nous trinquâmes. Le lendemain, je le payai bien. Il me livra des habits de paysan et j’allai me promener en ville pour préparer ma fuite hors de cette île. C’est à ce moment-là seulement que j’ai découvert l’homme qui veut m’assassiner. Je ne m’attendais pas à cette rencontre. Elle a provoqué en moi plus de désarroi que de peur. J’ai une longue habitude, hélas, de ces menaces, mais elles avaient à peu près disparu ces derniers mois et je m’en étais cru délivré. La traque dont je suis l’objet contrariait de nouveau mes plans. Mon départ de cette île devenait plus compliqué, plus dangereux.

Déjà lu du même auteur :

l_abyssin_p L'Abyssin immortelle_randonnee Immortelle randonnée Compostelle malgré moi 

9782356416353_T Immortelle randonnée Compostelle malgré moi (audio livre)

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24 janvier 2014

Une vie entre deux océans - Margot L. Stedman

Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Stock

2014-01-02_162320 Stock - octobre 2013 - 456 pages

traduit de l'anglais (Australie) par Anne Wicke

Titre original : The Light Between Oceans, 2012

Quatrième de couverture : 
Libéré de l’horreur des tranchées où il a combattu, Tom Sherbourne, de retour en Australie, devient gardien de phare sur l’île de Janus, une île sur les Lights, sauvage et reculée. À l’abri du tumulte du monde, il coule des jours heureux avec sa femme Isabel ; un bonheur peu à peu contrarié par l’impossibilité d’avoir un enfant.
Jusqu’à ce jour d’avril où un dinghy vient s’abîmer sur le rivage, abritant à son bord le cadavre d’un homme et un bébé sain et sauf. Isabel demande à Tom d’ignorer le règlement, de ne pas signaler « l’incident » et de garder avec eux l’enfant. Une décision aux conséquences dévastatrices…
Un premier roman plébiscité dans le monde entier qui interroge les liens du coeur et du sang.

Auteur : M. L. Stedman est née en Australie et vit désormais à Londres. Une vie entre deux océans est son premier roman, plébiscité dans le monde entier.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
J'ai tout de suite été attirée par la couverture de ce livre, car j'ai toujours été fascinée par les phares... 
Fin 1918, de retour d'Europe après avoir combattu dans les tranchées, Tom Sherbourne, revient en Australie pour devenir gardien de phare. Rescapé de la guerre, il n'aspire qu'à se reconstruire grâce à ce nouveau travail. Il est envoyé sur Janus Rock,une île battue par les vents, située à des milliers kilomètres au large de la côte Ouest de l'Australie, avec son phare, la lumière entre les deux océans. L'île est seulement relié au continent quatre fois par an, par un navire ravitailleur. Lors de quelques jours de congés dans la ville la plus proche, Partageuse, Tom va faire la rencontre d'Isabel qui deviendra assez vite sa femme. Tous deux vont passer un premier séjour de trois ans sur l'île, ils sont heureux et aspirent à un avenir rempli de bonheur. Mais le 27 avril 1926, une petite embarcation vient s'échouer sur l'île avec à son bord un homme mort et un nouveau-né. Isabel, ayant déjà perdu plusieurs bébés, demande à Tom de garder l'enfant sans informer les autorités. Par amour pour sa femme, Tom accepte de ne rien consigner sur le livre de bord et cette décision va être lourde de conséquence...
Tom et Isabel sont deux personnages attachants qui pensent bien faire lorsqu’ils accueillent Lucy comme leur propre bébé. Les premières années auprès du phare de Janus sont idylliques. Mais la suite des événements est déchirante et cruelle pour la petite Lucy...
Je ne veux pas en dire plus car ce livre est construit comme une tragédie classique, avec ses confrontations, ses rebondissements... L'auteur arrive à tenir jusqu'au bout le lecteur en haleine. 

J’ai beaucoup aimé toute la partie sur l’île de Janus Rock. Même si la vie y est rude du point de vue météorologique, les descriptions précises et évocatrices  des lieux m’ont permis de m’imaginer avec délice là-bas. J’ai également cherché sans succès plus d’information sur cette île et découvert que l’auteur l’avait imaginé...
Tom est un personnage très intéressant, les raisons de son départ pour Première Guerre Mondiale seront dévoilées au cours de l’intrigue. Il est partagé entre son devoir et l’amour qu’il porte à sa femme. Lorsqu’il a accepté de ne rien dire, il n’imaginait pas les conséquences de ce silence pour l’enfant, sa femme et lui-même. Il est prêt à assumer seul ce geste pour protéger sa femme.
J’ai trouvé très intéressant l’évocation historique de l’après Première Guerre Mondiale car nous oublions souvent que de nombreux soldats Australiens y ont participé.
C'est un très beau roman sur l'histoire d'un couple, sur le désir d’enfant, sur les liens du sang...

J’ai choisi ce roman pour le présenter au Café Lecture mensuel auquel je participe à la Bibliothèque.

Merci à Livraddict et aux éditions Stock pour m'avoir permis de découvrir ce livre venu du bout du monde.

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 Challenge Petit Bac 2014

91121022
"Géographie" (2)

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28/30

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12 janvier 2014

Zeitoun - Dave Eggers

Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions Folio

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Gallimard - avril 2012 - 416 pages

Folio - novembre 2013 - 432 pages

traduit de l'américain par Clément Baude

Titre original : Zeitoun, 2009

Quatrième de couverture :
Ce livre n’est pas un roman mais une histoire vraie. Originaire de Syrie, marié à une jeune Américaine convertie à l’islam, Zeitoun a fondé à La Nouvelle-Orléans une entreprise de bâtiment prospère avant que l’ouragan Katrina ne dévaste la ville en 2005. Malgré la fuite de sa famille, il décide de rester sur place. Sur un petit canoë, il explore les quartiers engloutis, vient en aide aux personnes prisonnières chez elles, nourrit les chiens abandonnés… Un jour, la Garde nationale l’arrête, l’accusant d’être un pilleur des rues. Dave Eggers, prix Médicis étranger pour Le grand Quoi, nous raconte l’histoire saisissante d’un homme confronté aux forces de la nature puis aux injustices d’une société violente.

Auteur : Dave Eggers est l'éditeur de la revue McSweeney's et l'auteur de romans et de recueils de nouvelles parmi lesquels  Suive qui peut (2003), Pourquoi nous avons faim (2007) et Le grand Quoi (2009). Il a créé à San Francisco 826 Valencia, une fondation à but non lucratif qui vient en aide aux enfants pauvres.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
Ayant beaucoup aimé Le grand Quoi de Dave Eggers, lorsque ce livre a été proposé en partenariat par Livraddict et les éditions Folio je n'ai pas hésité. D'autant plus que j'avais déjà lu quelques romans autour de ce terrible ouragan Katrina. 
La note qui ouvre le livre est claire « Ce livre n’est pas un roman. Il repose avant tout sur les témoignages d’Abdulrahman et Kathy Zeitoun. » Ce livre est le fruit de trois ans de travail de l'auteur, il a recueilli le plus fidèlement possible les paroles de Abdulrahman Zeitoun et de sa femme Kathy. Il a également recoupé ces témoignages avec des sources indépendantes et des documents officiels.
Ce récit est fait chronologiquement et commence le 26 août 2005, la famille de Zeitoun s'apprête à passer une journée comme les autres. Zeitoun est originaire de Syrie, il est marié avec Kathy une américaine, ils ont 4 enfants et Zeitoun est entrepreneur dans le bâtiment à La Nouvelle-Orléans. L'ouragan est annoncé mais rien n'est affolant, les tempêtes sont assez fréquentes en cette saison. Mais dans le week-end, les bulletins météo deviennent de plus en plus alarmistes et Kathy préfère quitter la Nouvelle Orléans avec ses enfants, Zeitoun décide de rester pour surveiller ses maisons et ses chantiers en cours. Il pense que c'est son devoir de rester, il pourra se rendre utile. Il restera en contact avec Kathy par téléphone.
L'ouragan passé, Zeitoun va subir également l'inondation de la ville après la rupture des digues et avec le canoë qu'il avait dans son garage, il va aider des personnes âgés restées bloquées dans leur maison, il nourrira aussi des chiens abandonnés dans les maisons voisines. Kathy suivant les événements par l'intermédiaire de la télévision supplie Zeitoun de venir les rejoindre mais en vain. Jusqu'au jour où Kathy n'arrive plus à joindre son mari, elle n'a plus aucune nouvelle et craint le pire.
Zeitoun a été brutalement arrêté par la police, accusé de terrorisme, de pillage et jeté comme un chien en prison, sans jamais pouvoir prévenir les siens...
C'est très intéressant de suivre précisément les évènements, avant, pendant et après l'ouragan Katrina. Mais ce témoignage est édifiant sur l'absence d'organisation pour secourir les personnes bloquées chez elle, sur les interventions "cow-boy" de la police pour arrêter des soi-disant pillards sans aucune vérification, sans laisser à la personne la possibilité de s'expliquer ou de prévenir les siens. J'avais bien entendu dire que l'Administration Bush n'avait pas été à la hauteur lors de 
la tragédie de Katrina mais ce que j'ai découvert dans ce livre est inimaginable. Rien n'est organisé ni l'évacuation des quartiers, ni le sauvetage des sinistrés mais en quelques heures les autorités trouvent les moyens de monter une prison... Le comportement violent, hystérique, inhumain, humiliant de la police vis à vis de Zeitoun et ses camarades d'infortune est ahurissant. Difficile de croire que ce pays est une démocratie...

Merci à Livraddict et aux éditions Folio de m'avoir permis de découvrir ce témoignage qui fait froid dans le dos.

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Extrait : (début du livre)
VENDREDI 26 AOÛT 2005
Par les nuits sans lune, les hommes et les garçons de Jableh, un port de pêche poussiéreux sur la côte syrienne, avaient l’habitude de prendre leurs lanternes et de monter sur leurs bateaux les plus silencieux. Cinq ou six petites embarcations, chacune avec deux ou trois pêcheurs à son bord. À un mille de la côte, ils disposaient les bateaux en cercle sur la mer noire, jetaient leurs filets et, tenant leurs lanternes au-dessus de l’eau, imitaient la lune.Bientôt les poissons, des sardines, se rassemblaient et formaient une masse argentée qui remontait lentement des fonds. Ils étaient attirés par le plancton, et le plancton l’était par la lumière. Ils se mettaient à tourner en cercle, comme une chaîne au maillage lâche, et leur nombre ne cessait de croître pendant l’heure qui suivait. Les brèches obscures entre les maillons d’argent se comblaient, jusqu’à ce que les pêcheurs voient sous l’eau une masse d’argent compacte tournant sur elle-même. 
Abdulrahman Zeitoun n’avait que treize ans lorsqu’il commença à pêcher la sardine selon cette technique, empruntée aux Italiens, qu’on appelle la lampara. Mais avant de rejoindre les hommes et les adolescents sur les bateaux de nuit, il avait dû attendre des années, au cours desquelles il n’avait cessé de poser des questions. Pourquoi seulement par les nuits sans lune ? Car, lui expliquait son frère Ahmad, quand la lune brillait, le plancton était visible partout, répandu dans toute la mer, si bien que les sardines pouvaient voir et manger sans difficulté les organismes éclairés. Mais en l’absence de lune, les pêcheurs pouvaient en fabriquer une et attirer à la surface d’incroyables quantités de sardines. « Il faut que tu voies ça, disait Ahmad à son petit frère. Tu n’as jamais vu une chose pareille. »
Lorsque Abdulrahman vit pour la première fois les sardines former leur cercle dans le noir, il n’en crut pas ses yeux, saisi par la beauté de cette boule argentée qui ondulait sous la lumière blanc et or des lanternes. Il ne prononça pas un mot, et les autres pêcheurs aussi prenaient garde de ne pas faire de bruit, pagayant moteur coupé, de peur d’effrayer leur pêche. D’un bateau à l’autre, tout en regardant le poisson remonter et virevolter sous eux, ils murmuraient, échangeaient des blagues, parlaient des femmes ou des filles. Au bout de quelques heures, une fois que les sardines étaient prêtes et miroitaient par dizaines de milliers dans la lumière réfractée, les pêcheurs serraient leurs filets et les remontaient.
Avant l’aube, ils avaient regagné la côte, au moteur, et livré les sardines au mareyeur du marché ; celui-ci payait les hommes et les garçons, puis se chargeait de vendre le poisson dans tout l’ouest de la Syrie — Lattaquié, Banias, Damas. Les pêcheurs se partageaient l’argent. Abdulrahman et Ahmad rapportaient tout à la maison. Leur père étant mort l’année précédente et leur mère ayant les nerfs et la santé fragiles, tout l’argent gagné à la pêche allait au bien-être du foyer, où ils vivaient avec leurs dix frères et sœurs. 
D’un autre côté, Abdulrahman et Ahmad se fichaient pas mal de l’argent. Ils l’auraient fait gratis.

Trente-quatre ans plus tard, à des milliers de kilomètres à l’ouest, un vendredi matin, Abdulrahman Zeitoun était dans son lit et quittait peu à peu la nuit sans lune de Jableh, dont un souvenir confus imprégnait encore son rêve. Il était chez lui, à La Nouvelle-Orléans. À ses côtés, il entendait respirer sa femme Kathy, dont le souffle ressemblait au clapotis de l’eau contre la coque d’un bateau en bois. Hormis cela, le silence régnait dans la maison. Zeitoun savait que 6 heures allaient bientôt sonner et que le calme ne durerait pas. Généralement, la lumière du jour réveillait les enfants à l’instant où elle atteignait leurs fenêtres, au premier étage. Un des quatre ouvrait les yeux ; à partir de là, l’agitation commençait, la maison devenait vite animée. Dès qu’un enfant s’éveillait, il devenait impossible de maintenir les trois autres au lit.

Kathy fut réveillée par un bruit sourd, en haut, dans une des chambres des enfants. Elle tendit l’oreille et pria pour avoir un peu de répit. Chaque matin, il y avait en effet un moment critique, entre 6 heures et 6 h 30, où une chance, même infime, s’offrait à eux de gagner encore dix ou quinze minutes de sommeil. Mais il y eut un deuxième bruit sourd, et le chien aboya, et un autre bruit sourd suivit. Que se passait-il dans cette maison ? Kathy se tourna vers son mari. Il contemplait le plafond. La journée venait de commencer en fanfare.
Comme d’habitude, le téléphone se mit à sonner avant même qu’ils aient posé le pied par terre. Kathy et Zeitoun — la plupart des gens l’appelaient par son nom de famille car ils n’arrivaient pas à prononcer son prénom — dirigeaient une société, la Zeitoun A. Painting Contractor LLC, et chaque jour les ouvriers, les clients, ou toute personne disposant d’un téléphone et de leur numéro, trouvaient normal d’appeler dès 6 h 30. Et ils ne se gênaient pas. En général, il y avait tellement d’appels à cette heure-là que la moitié d’entre eux étaient directement renvoyés vers la messagerie vocale.

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46/50 :  Louisiane

Déjà lu du même auteur :

le_grand_quoi_p Le grand Quoi : Autobiographie de Valentino Achak Deng

Autres romans autour de l’ouragan Katrina :

zola_jackson Zola Jackson – Gilles Leroy  ouragan  Ouragan – Laurent Gaudé 

bois_sauvage Bois sauvage – Jesmyn Ward

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05 janvier 2014

Les chaussures italiennes - Henning Mankell

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Sixtrid - septembre 2011 - lu par Marc-Henri Boisse

Points - février 2011 - 384 pages

Point2 - mars 2013 - 576 pages

Point - novembre 2013 - 384 pages 

traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Italienska skor, 2006

Quatrième de couverture : 
A soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l'archipel. Depuis qu'une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s'est isolé des hommes. Pour se prouver qu'il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s'y immerge chaque matin. Au solstice d'hiver, cette routine est interrompue par l'intrusion d'Harriet, la femme qu'il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer.

Auteur : Henning Mankell, né en 1948, partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Lauréat de nombreux prix littéraires. Outre la célèbre « série Wallander », il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou sur des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.

Lecteur : Marc-Henri Boisse acteur et réalisateur.

Mon avis : (écouté en décembre 2013)
C'est un relecture de ce livre sous forme audio. Je gardais un très bon souvenir de cette lecture et je confirme mon coup de cœur avec cette relecture. 
Depuis douze ans, Fredrik Welin vit seul avec son chien et son chat dans une île de la Baltique. Il a comme seul contact le facteur qui passe le voir tous les jours même s'il ne reçoit pas de courrier. En plein hiver, Fredrik voit apparaître sur la glace, une vieille femme avec un déambulateur. C'est Harriet, la femme qu'il a abandonnée sans explication, il y a trente-sept ans. Elle est très malade et elle est venue lui demander de tenir une promesse faite autrefois : aller voir un lac aux eaux noirs. Ils partent donc tous les deux pour un voyage en voiture dans la forêt suédoise enneigée et silencieuse à la recherche de ce lac. A la fin du voyage, au fond des bois, Fredrik va faire la rencontre de Louise, puis de Giaconelli, un vieux cordonnier de génie qui lui confectionnera ses chaussures italiennes... Fredrik est alors rattrapé par son passé qu'il décide enfin d'affronter...
Ce livre reste pour moi un grand coup de cœur, les personnages sont attachants, les lieux sont dépaysants et apaisants... Beaucoup de douceur, de poésie et de sensibilité se dégage de ce roman magnifique et poignant. 

Extrait : (début du livre)
Je me sens toujours plus seul quand il fait froid.
Le froid de l'autre côté de la vitre me rappelle celui qui émane de mon propre corps. Je suis assailli des deux côtés. Mais je lutte, contre le froid et contre la solitude. C'est pourquoi je creuse un trou dans la glace chaque matin. Si quelqu'un, posté sur les eaux gelées avec des jumelles, me voyait faire, il me prendrait pour un fou. Il croirait que je prépare ma mort. Un homme nu dans le froid glacial, une hache à la main, en train de creuser un trou ?!
Au fond je l'espère peut-être, ce quelqu'un, ombre noire dans l'immensité blanche qui me verra un jour et se demandera s'il ne faut pas intervenir avant qu'il soit trop tard. Pour ce qui est de me sauver, en tout cas, c'est inutile. Je n'ai pas de projets de suicide.
Dans un autre temps, juste après la catastrophe, il m'est arrivé, oui, de vouloir en finir. Pourtant, je ne suis jamais passé à l'acte. La lâcheté a toujours été une fidèle compagne de ma vie. Maintenant comme alors, je pense que le seul enjeu, pour un être vivant, est de ne pas lâcher prise. La vie est une branche fragile suspendue au-dessus d'un abîme. Je m'y cramponne tant que j'en ai la force. Puis je tombe, comme les autres, et je ne sais pas ce qui m'attend. Y a-t-il quelqu'un en bas pour me recevoir ? Ou n'est-ce qu'une froide et dure nuit qui se précipite à ma rencontre ?
La glace se maintient.
L'hiver est rude, en cette année des débuts du nouveau millénaire. Quand je me suis réveillé ce matin, dans l'obscurité de décembre, j'ai cru entendre la glace chanter. Je ne sais pas d'où me vient cette idée que la glace chante. Peut-être de mon grand-père, qui est né sur cette île ; peut-être est-ce quelque chose qu'il me racontait quand j'étais petit.
Le bruit qui m'a réveillé ne venait pas de la chatte, ni de la chienne. J'ai deux animaux qui dorment plus profondément que moi. Ma chatte est vieille et pleine de courbatures ; ma chienne est sourde de l'oreille droite et elle entend mal de l'oreille gauche. Je peux passer à côté d'elle sans qu'elle s'en aperçoive.
Mais ce bruit ?
J'ai écouté dans le noir. Vu la provenance du son, ce devait être la glace qui bougeait, malgré tout – bien qu'ici, au fond de la baie, elle ait une épaisseur d'au moins dix centimètres. Un jour de la semaine dernière où j'étais plus inquiet que d'habitude, je suis parti à pied vers l'endroit où la glace rencontre la mer. J'ai vu alors que la glace s'étendait sur plus d'un kilomètre au-delà des derniers îlots. Ici, au fond de la baie, elle ne devrait donc pas être en mesure de bouger. Pourtant, ce matin, elle bougeait. Elle se soulevait, s'abaissait, craquait et chantait.

Déjà lu du même auteur : 
tea_bag  Tea-Bag  les_chaussures_italiennes  Les chaussures italiennes

meurtriers_sans_visage_p Meurtriers sans visage Les_chiens_de_Riga_2 Les chiens de Riga

l_homme_inquiet L'homme inquiet le_retour_du_professeur_points Le Retour du professeur de danse

la_lionne_blanche_p La lionne blanche  profondeurs_p Profondeurs le_chinois Le Chinois

l_homme_qui_souriait_p L’homme qui souriait le_guerrier_solitaire_p Le guerrier solitaire 

la_faille_souterraine La faille souterraine et autres enquêtes la_cinqui_me_femme La cinquième femme

les_morts_de_la_st_jean_point Les morts de la Saint-Jean

 Challenge Voisins Voisines 2014
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Suède

Challenge Petit Bac 2014
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28 décembre 2013

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman - Kerry Hudson

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

A paraître le 2 janvier 2014

book_231 Philippe Rey - janvier 2014 - 300 pages

traduit de l'anglais (Écosse) par Florence Lévy-Paoloni

Titre original : Tony Hogan bought me an ice-cream float before he stole my ma, 2012

Quatrième de couverture : 
Accueillie dans ce monde par une flopée d'injures, la petite Janie Ryan est vite projetée au milieu de cris, de fumées de cigarettes, de vapeurs d'alcool,mais aussi de beaucoup d'amour.
Dans une langue saisissante et originale, elle remonte à ses premiers jours pour nous raconter sa jeunesse écossaise, de centres d'accueil en HLM minables et autres bed and breakfasts douteux… Alcool, drogue, fins de mois difficiles et beaux-pères de passage : rien ne lui est épargné. Mais, toujours prête à en découdre, Janie se débat, portée par un humour féroce et la rage de se construire une vie correspondant à ses attentes.
Kerry Hudson réussit ici l’exploit d’être à la fois drôle et triste, tendre mais jamais larmoyante. 
Un premier roman ébouriffant, comme son héroïne.

Auteur : Kerry Hudson est né à Aberdeen. Avoir grandi dans une succession de HLM, bed and breakfast et parcs de caravanes lui a fourni la matière de son premier roman. Elle vit, travaille et écrit à Londres. 

Mon avis : (lu en décembre 2013)
J'ai eu envie de découvrir ce livre en premier lieu car ce titre très long que l'on arrive pas à retenir est intrigant... La quatrième de couverture m'a également attirée.
« Sors de là, putain de foutue petite morveuse ! », c'est par ces mots que Janie Ryan fut accueillie à sa naissance par Iris, sa mère... Quel charmant accueil !
Janie est la narratrice de ce livre, elle nous raconte sa vie depuis sa venue au monde. Elle est arrivée dans une drôle de famille... alcool, cigarettes, drogue voilà l'ambiance... Iris aime vraiment sa fille, mais elle n'est pas vraiment à la hauteur. De B&B miteux en HLM dans des quartiers difficile, elle trimballe sa fille de petites villes en petites villes. Iris survie grâce aux aides sociales et les fins de semaines sont difficiles. Elle choisit de vivre avec des hommes violent comme Tony ou incapable de subvenir aux besoins de la famille comme Doug le père de Tiny, la petite soeur de Janie... 
Et Janie nous décrit tout cela avec ses mots et sa naïveté d'enfant. Très tôt, elle devient autonome pour survivre dans ce monde de misère. Lorsque sa mère sera plongée dans la dépression après la naissance de Tiny, c'est Janie qui s'occupera de sa petite soeur : elle lui donnera le biberon, et changera ses couches...
Puis Janie devient adolescente et profite alors de la liberté qu'elle a toujours eu pour boire, pour sortir...

Au début, j'ai eu un peu de mal avec le language assez crue d'Iris, celle-ci dit beaucoup trop de gros mots, et cela déteint sur vocabulaire de Janie... 
J'ai aimé la naïveté de Janie et son récit mêlé d'humour malgré la grande pauvreté dans laquelle elle a vécu son enfance. J'ai moins aimé la partie adolescente que j'ai trouvé un peu longue. Malgré tout, toute la rage de cette adolescente qui veut s'en sortir est touchante. Elle ne veut surtout pas que sa vie d'adulte ressemble à celle de sa mère !

Merci à Anaïs et les éditions Philippe Rey pour m'avoir permis de découvrir ce livre en avant-première.

Extrait : (début du livre)
« Sors de là, putain de foutue petite morveuse ! » furent les premiers mots que j'entendis de ma vie. La sage-femme au visage luisant, qui apprit ce soir-là un tas de nouvelles tournures, caressait les cheveux de ma mère.

« Vous allez bien toutes les deux. Faudra vous faire quelques points plus tard... la petiote vous a un peu déchirée en sortant. »
Maman me posa, toute collante et molle, sur sa poitrine, en se demandant comment une chose aussi rose, plissée et fragile pouvait être assez méchante pour déchirer l'être censé l'aimer le plus au monde. Mais les femmes Ryan étaient ainsi : poissardes jusqu'à la moelle, elles étaient toujours prêtes à en découdre et savaient frapper là où ça fait mal.

Je n'étais pourtant pas méchante. Personne n'aurait su dire si j'étais intelligente ou maligne comme ma grand-mère l'avait prédit en soufflant des ronds de fumée de ses Benson & Hedges au-dessus du ventre distendu de ma mère. J'étais un « bébé difficile » qui ne cessait de grimacer et de recracher le sein. Les marbrures de ma peau délicate témoignaient de mon indignation d'avoir été arrachée aux forceps d'une niche douillette et chaude où j'étais parfaitement heureuse.
Malgré mes coups de pied dans tous les sens et mes griffures sur le visage, j'avais la chance d'être jolie. Tout le monde le disait ; un bébé de rêve aux yeux très bleus, un nez et un front aux formes parfaites.
« C'te gamine va faire des ravages, décréta mémé en lissant son pantalon de nylon vert pomme. Et des tas de jalouses aussi. J'suis bien placée pour savoir que c'est pas facile d'être jolie. » Les yeux violets de mémé se remplirent de larmes qui se faufilèrent dans la poudre claire jusqu'aux rides dessous.
Maman me serrait contre sa poitrine osseuse, mon derrière posé sous ses côtes saillantes, contre le bourrelet de chair, unique vestige de mon cocon.
« Oui, elle ressemble à son papa. Il était superbe avec ses yeux bleus d'Américain. C'est son portrait craché. »
Le visage de maman se décomposa, sa bouche s'affaissa, elle poussa un gémissement et devint toute rouge. Je me demandais dans quel monde j'avais atterri.

Challenge Petit BAC 2013
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"Aliment / Boisson"

Challenge Voisins, voisines
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Écosse

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Challenge Rentrée Hiver 2014

 

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19 décembre 2013

L'île des oubliés - Victoria Hislop

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Audiolib - juin 2013 - 14h35 - lu par Pulcherie Gadmer

Les Escales - mai 2012 - 431 pages

Livre de Poche - avril 2013 - 528 pages

Livre de Poche - novembre 2013 - 528 pages (Edition Noël 2013)

traduit de l'anglais par Alice Delarbre

Titre original : The island, 2005

Quatrième de couverture :
Une jeune Anglaise, Alexis, ignore tout de l’histoire de sa famille maternelle, tant sa mère, Sophia, fait peser sur le passé une chape de plomb qui empoisonne leurs relations. Pour dénouer ce noeud obscur, Alexis décide de se rendre dans le village natal de Sophia, en Crète. Et découvre que juste en face se trouve Spinalonga, l’île où l’on déportait les lépreux. Quand elle apprend que son arrière grand-mère y serait morte, elle décide d’élucider tous ces mystères. Pourquoi Sophia a-t-elle si violemment rompu avec son passé ? Quelles épreuves ont vécu ses aïeules ? Une quête d’identité qui révèlera l’histoire de trois générations de femmes héroïques, dont le destin fut lié à l’île des oubliés…
Pulcherie Gadmer restitue parfaitement l’alchimie subtile de ce roman, où le soleil éclatant de la Crète fait paraître encore plus sombre la tragédie des oubliés.

Auteur : Victoria Hislop est diplômée de littérature anglaise de l’université d’Oxford. Best-seller international, vendu à plus de deux millions d’exemplaires dans le monde, son premier roman L’Île des oubliés est resté plus de 15 semaines dans les classements des meilleures ventes en France, et a fait l’objet d’une série télévisée très populaire en Grèce. Le Fil des souvenirs, son deuxième ouvrage est publié aux Éditions Les Escales.

Lecteur : Férue de mise en scène, de comédie et de dramaturgie, la comédienne Pulcherie Gadmer restitue parfaitement l’alchimie subtile de ce roman, où le soleil éclatant de la Crète fait paraître encore plus sombre la tragédie des oubliés.

Mon avis : (écouté en décembre 2013)
A l'occasion d'un voyage en Crête, Alexis, une jeune anglaise d'origine grecque, va découvrir l'histoire de sa famille. Elle se rend à Plaka le village natal de sa mère en Crète. Elle découvre juste en face du village l'île de Spinalonga, l'île des oubliés où était envoyés les lépreux... Elle va rencontrer Fotini, une vieille amie de Sophia, sa mère qui va lui raconter, l'histoire de sa famille.
Le lecteur va découvrir trois générations de femmes et d'hommes dont les destins sont liés à l'île de Spinalonga. Cela commence en 1939, lorsque Eleni la grand-mère de Sophia doit quitter ses deux filles Anna et Maria, âgées de douze et dix ans, et son mari Giorgis pour s'exiler à Spinalonga avec Dimitri l'un de ses élèves car ils sont tous deux porteurs de la lèpre. 
J'ai beaucoup aimé cette histoire en particulier les descriptions de cette colonie de malades vivants en autarcie et en quasi autonomie. Les épisodes évoquant la Seconde Guerre Mondiale en Crète sont également très intéressants. 
Au début de mon écoute, j'ai eu un peu de mal avec les noms grecques que je confondais les uns avec les autres... Puis en me concentrant sur les prénoms, j'ai fini par réussir à distinguer plus facilement les différents personnages.
J'ai suivi sans déplaisir la saga familiale, mais ce n'est pas ce que j'ai préféré dans ce livre. 

Autres avis : Sandrine, Mrs BSylire, EnnaValérie

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Plaka, 2001
Libérée de son point d'amarrage, la corde se déroula d'un mouvement vif, et des gouttelettes d'eau de mer aspergèrent les bras nus de la jeune femme. Elles séchèrent rapidement, et celle-ci remarqua que, sous le soleil de plomb qui brillait dans un ciel limpide, les cristaux de sel dessinaient des motifs complexes et scintillants sur sa peau, comme un tatouage de diamants. Alexis était l'unique passagère de la petite barque délabrée. Tandis qu'au son du moteur haletant elle s'éloignait du quai pour rejoindre l'île déserte qui se dressait face à eux, elle réprima un frisson, songeant à tous ceux et toutes celles qui s'y étaient rendus avant elle.
Spinalonga. Elle joua avec le mot, le fit rouler sur sa langue comme un noyau d'olive. L'île n'était pas loin et, quand l'embarcation approcha de l'imposante fortification vénitienne adossée à la mer, Alexis fut submergée à la fois par le poids du passé et par la sensation écrasante que ces murailles conservaient, aujourd'hui encore, une force d'attraction. Elle se mit à songer qu'il s'agissait peut-être d'un endroit où l'histoire, toujours palpitante, ne s'était pas figée dans les pierres froides, un endroit où les habitants étaient réels et non mythiques. Quelle différence avec les palais antiques et les sites qu'elle avait visités au cours des dernières semaines, mois, voire années !
Alexis aurait pu consacrer une journée supplémentaire à escalader les ruines de Cnossos, à se représenter, devant les fragments grossiers de pierre, la vie que les Crétois avaient menée en ces lieux plus de quatre mille ans auparavant. Ces derniers temps, cependant, ce passé si lointain commençait à se dérober à son imagination et à sa curiosité. Malgré son diplôme en archéologie et son poste dans un musée, elle sentait son intérêt pour la question s'émousser de jour en jour. Son père était un universitaire passionné, et elle avait grandi avec la croyance naïve qu'elle suivrait ses traces dans la poussière de l'histoire. Pour quelqu'un comme Marcus Fielding, toutes les civilisations, même les plus anciennes, étaient dignes d'intérêt, mais, du haut de ses vingt-cinq ans, Alexis trouvait que le boeuf qu'elle avait dépassé sur la route plus tôt dans la journée avait bien plus de réalité, plus de résonance avec sa propre vie que n'en aurait jamais le Minotaure enfermé dans le labyrinthe légendaire de Crète.
Pour l'heure, elle avait toutefois d'autres sujets de préoccupation que son orientation professionnelle ; elle devait prendre une décision au sujet d'Ed. Tout le temps qu'ils s'étaient prélassés, en cette fin d'été, sur une île grecque, les limites de leur liaison autrefois prometteuse lui étaient peu à peu apparues. Si leur histoire avait réussi à fleurir au sein du microcosme étouffant de l'université, elle s'était flétrie au contact du monde extérieur et, au bout de trois ans, ne ressemblait plus qu'à une bouture chétive qui n'aurait pas pris une fois passée de la serre au jardin.

  Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Géographie"

Challenge Voisins, voisines
voisins_voisines_2013
Grande-Bretagne

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11 décembre 2013

Ainsi résonne l'écho infini des montagnes - Khaled Hosseini

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

couv39026407 Belfond - novembre 2013 - 484 pages

traduit de l'américain par Valérie Bourgeois

Titre original : And the mountains echoed, 2012

Quatrième couverture : 
En Afghanistan, des années 1950 à nos jours, mais aussi à Paris dans les années 1970, en Californie dans les années 2000 et sur une île grecque aujourd’hui. A Shadbagh, un minuscule village agricole, Abdullah, 10 ans, s’occupe de sa petite sœur Pari. Entre les deux enfants, le lien est indéfectible, ce qui leur permet d’oublier la mort de leur mère, les absences de leur père qui cherche désespérément du travail et ces jours où la faim les tenaille encore plus qu’à l’habitude. Un jour, leur père décide de partir pour Kaboul où l’oncle Nabi lui aurait trouvé un emploi et d’emmener Pari avec lui. Abdullah sent qu’il se trame quelque chose. Et de fait, leur père, préférant « couper un doigt pour sauver la main », vend Pari à la riche famille pour laquelle travaille Nabi. Une séparation déchirante qui pèsera sur toute la vie d’Abdullah, même après son exil aux Etats-Unis. La petite Pari oublie et grandit à Paris où sa mère, Nila, trop libre pour la société afghane, s’est enfuie au milieu des années 50. Nabi est resté auprès de Suleiman, le mari de Nila, devenu handicapé suite à un AVC. Des années plus tard, bien après la chute des Talibans, Abdullah n’a pas oublié Pari qui, elle, n’a jamais pu combler une sensation de vide, comme s’il lui manquait quelque chose d’indispensable, dont elle ignorait tout…

Auteur : Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. De mère professeur de perse et d'histoire et de père diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d'asile aux États-Unis en 1980. Il poursuit des études de biologie puis de médecine pour devenir médecin en 1993, tout en continuant à pratiquer sa passion de toujours, l'écriture. Il est l'auteur de deux romans : Les Cerfs-volants de Kaboul (2005) - prix RFI et prix des Lectrices de Elle 2006 -, adaptés au cinéma par Marc Foster en 2008, et Mille soleils splendides (2007). Il a créé la Fondation Khaled Hosseini, qui apporte une assistance humanitaire au peuple afghan et travaille en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Il vit aujourd'hui en Californie.

Mon avis : (lu en décembre 2013)
Je gardais un très bon souvenir du livre "Les cerfs-volants de Kaboul" que j'ai lu en 2005, j'ai donc accepté ce partenariat avec plaisir et beaucoup de curiosité. Je trouve très belle la couverture.
Avec ce livre, Khaled Hosseini nous fait un superbe portrait de son pays l'Afghanistan. A travers plusieurs voix, de nombreux personnages, le lecteur découvre une histoire bouleversante des années cinquante à nos jours. 
Ces personnages diverses et attachants décrivent un pays aux multiples facettes.
Cela commence avec un magnifique conte afghan qu’un père, Saboor, raconte à son fils, Abdullah, 10 ans, et à sa fille, Pari, 3 ans. Ce conte a une résonance sur les événements à venir. Après la mort de la mère de ses deux enfants, Saboor s'est remarié avec Parwana. Un événement est sur le point de survenir, un événement qui va bouleverser leurs vies pour toujours...
L'histoire n'est pas racontée linéairement, ce livre est construit en neuf chapitres, les deux premiers s'enchaînent facilement : même époque, même personnages, même narrateur. Les chapitres suivants vont raconter plusieurs histoires, à différentes époques en Afghanistan, en France, en Grèce, aux  États-Unis qui donnent des explications sur le fameux « événement ». Des histoires qui ont des liens parfois ténu entre elles, qui évoquent l'Afghanistan, pays magnifique mais ravagé par la guerre, où la place de la femme est difficile... Des histoires qui évoquent la famille, les liens dans la fratrie, les traditions, l'exil, l'arrachement, l'héritage...
Ce roman bouleverse et fascine, Abdullah, Pari, Parwana, Nabi, Nila, Idris, Roshi, Markos et Adel sont des personnages complexes et attachants et l'intrigue construite comme un puzzle est palpitante... 
En terminant ce très beau livre, j'ai très envie de relire "Les Cerfs-volants de Kaboul" et surtout de ressortir du fond de ma PAL "Mille soleils splendides".

Merci à Elsa et aux éditions Belfond pour m'avoir permis de découvrir ce beau livre.

Note : ♥♥♥♥♥ 

Extrait : (début du livre)
Automne 1952

BIEN. VOUS VOULEZ UNE HISTOIRES, je vais vous en raconter une. Mais seulement une. Inutile de m'en réclamer une autre ensuite. Il est tard et un long voyage nous attend demain, Pari et moi. Vous aurez besoin de dormir cette nuit. Oui, toi aussi, Abdullah. Je compte sur toi, mon garçon, pendant que ta soeur et moi nous serons partis. Tout comme ta mère. Bon, une histoire, donc. Écoutez-moi, tous les deux. Écoutez-moi bien et ne m'interrompez pas.
Il était une fois, à l'époque où les divs, les djinns et les géants erraient sur la terre, un fermier du nom de Baba Ayub, qui habitait avec les siens dans un petit village appelé Maidan Sabz. Parce qu'il avait une famille nombreuse à nourrir, il menait une vie de dur labeur. Chaque jour, il travaillait de l'aube jusqu'au coucher du soleil, labourant son champ, retournant et bêchant la terre, prenant soin de ses maigres pistachiers. Quelle que soit l'heure, on le voyait dehors, plié en deux, le dos aussi courbé que la faucille qu'il faisait aller et venir à longueur de temps. Ses mains sans cesse calleuses saignaient souvent, et chaque nuit, le sommeil l'emportait dès l'instant où sa joue touchait l'oreiller.
À cet égard, je dois dire qu'il n'était pas le seul, loin de là. La vie à Maidan Sabz était difficile pour tout le monde. Il y avait d'autres villages plus fortunés au nord, dans des vallées avec des arbres fruitiers, des fleurs et des ruisseaux où s'écoulait une eau fraîche et limpide. Mais Maidan Sabz était un lieu désolé qui ne ressemblait pas le moins du monde à l'image suggérée par son nom, le «champ vert». Situé dans une morne plaine poussiéreuse bordée de montagnes abruptes, il était balayé par un vent brûlant qui vous soufflait de fines particules dans les yeux. Trouver de l'eau y relevait d'un combat de tous les jours, parce que les puits, même les plus profonds, s'asséchaient souvent. Certes, il y avait une rivière, mais les villageois devaient effectuer une demi-journée de marche pour l'atteindre, et quand bien même ils le faisaient, elle ne charriait toute l'année que des eaux boueuses. Et après dix années de sécheresse, elle aussi s'asséchait. Disons simplement que les gens de Maidan Sabz s'échinaient deux fois plus que les autres pour gagner à grand-peine deux fois moins.
Malgré ça, Baba Ayub s'estimait bien loti car il avait une famille à laquelle il tenait plus qu'à tout. Il chérissait sa femme, ne haussait jamais le ton face à elle et la frappait encore moins. Au contraire, il appréciait ses conseils et puisait un plaisir sincère dans sa compagnie. Il avait aussi le bonheur de compter autant d'enfants que les doigts de la main - deux filles et trois fils, qu'il aimait tous profondément. Les premières, en plus d'être dévouées et gentilles, avaient bon caractère et bonne réputation. Quant aux seconds, auxquels il avait appris la valeur de l'honnêteté, du courage, de l'amitié et du travail effectué sans se plaindre, ils lui obéissaient comme doivent le faire des fils respectueux et l'aidaient à cultiver son champ.

Déjà lu du même auteur : 

cerfs_volants_de_kaboul Les cerfs-volants de Kaboul 

 

 

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29 novembre 2013

La mécanique du bonheur - David Bergen

Lu en partenariat avec les éditions Albin Michel

la_m_canique_du_bonheur Albin Michel - octobre 2013 - 304 pages

traduit de l’anglais (Canada) par Hélène Fournier

Titre original : The Matter with Morris, 2010

Quatrième de couverture : 
Quand Morris Schutt, un journaliste important, passe en revue l’année qui vient de s’écouler, il ne peut que constater que tout autour de lui n’est que désastre, à commencer par sa famille.
Son fils a été tué en Afghanistan, sa femme psychiatre de renom s’éloigne de plus en plus, sa fille a l’air d’avoir une liaison avec un de ses professeurs et son journal l’a mis en congé pour une durée indéterminée.
Suite à l’une de ses chroniques, il entretient une correspondance avec la femme d’un fermier du Minnesota qui a, elle aussi, perdu un fils en Afghanistan.
Morris Schutt veut retrouver le goût de la vie et du bonheur. Quoi de plus naturel que d’interroger les grands philosophes en quête de vérité : Cicéron, Platon, Socrate ? Ou peut-être vaut-il mieux chercher le bonheur sur un site de rencontre ? Mais le bonheur est-il si facile à atteindre ?
Avec le charme et l’intelligence qui lui sont propres, La mécanique du bonheur est une dissection brillante de la vie d’un homme, à un moment critique, et de celle de sa famille, qui refuse de le laisser tomber.
David Bergen nous éblouit par son écriture, sa sensibilité et son humour ironique. Avec ce nouveau roman, il prouve une fois encore qu’il est un formidable connaisseur de la complexité humaine.

Auteur : Salué comme l'un des meilleurs écrivains canadiens contemporains, David Bergen a déjà publié quatre romans : Une année dans la vie de Johnny Fehr (2000), Juste avant l'aube (2002), Un passé envahi d'ombres (2007) et Loin du monde (2010). Son oeuvre a été récompensée par le Giller Prize, le Margaret Laurence Award et le Carol Shields Book Award.
Il vit à Winnipeg, dans la province du Manitoba.

Mon avis : (lu en novembre 2013)
Morris Schutt est chroniqueur pour la presse, chaque semaine il écrit un billet d'humeur apprécié des lecteurs. Mais le jour où il apprend que son fils a été tué en Afghanistan, tout s'écroule autour de lui... Sa femme le quitte, le journal le met en congé car il met trop de lui dans ses billets d'humeur, sa fille aînée lui refuse de voir son petit fils... 
J'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire, sans doute le côté « tout va mal » qui n'est pas très attirant. Mais peu à peu, lorsque l'on voit  Morris se débattre pour continuer à vivre, pour se sortir du chagrin qui engloutit tout, le voir culpabiliser vis à vis du départ de son fils pour l'Afghanistan, il devient touchant et attachant. 

Merci Claire et les éditions Albin Michel pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Autres avis : Mr Canel, Clara

Extrait : (début du livre)
Morris Schutt, cinquante et un an, était un journaliste estimé et lu par beaucoup, responsable d'une chronique hebdomadaire dans laquelle il décrivait la vie d'un homme de cinquante et un ans qui roulait en Jaguar, était marié à une psychiatre, jouait au basket pour s'amuser, avait une passion pour les romanciers juifs, souffrait légèrement d'acouphènes, faisait l'amour une ou deux fois par semaine suivant la quantité de vin que sa femme et lui buvaient, et s'occupait de sa mère, une hypocondriaque à la limite de la narcolepsie. Il y avait un fils aussi, qui venait d'avoir vingt ans et qui teignait les cheveux de sa mère toutes les six semaines. C'était un garçon doux et fainéant. Il avait essayé l'université, n'avait pas aimé, avait laissé tomber. Il jouait au poker en ligne. Il fumait trop d'herbe. On craignait qu'il deale, même s'il y avait pire que vendre de la dope - aborder des femmes âgées et leur voler leur sac à main, par exemple, ou avoir des rapports sexuels avec des animaux. Morris rêvait de vérité, de beau et de bien dans sa chronique, et même s'il ne pouvait pas en être sûr, il pensait que l'espoir nous sauve. Les lecteurs répondaient par des commentaires optimistes. Ils appréciaient le regard désabusé de Morris sur le monde, son scepticisme sardonique, son « honnêteté carrée », son déni affiché de l'espace privé et l'apparente ouverture d'esprit de sa famille. Comme c'est la cas avec la plupart des chroniqueurs, les lecteurs croyaient que, Morris écrivant à la première personne, la vie qu'il dépeignait était la sienne.

 Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Sentiment"

 Challenge 4% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
23/24

 

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