23 mai 2015

La vérité et autres mensonges - Sascha Arango

LOGOTYPE-2015

9782356419347-Tla verite et autres mensonges

Audiolib - mars 2015 - 8h31 - Lu par Olivier Cuvellier

Albin Michel - janvier 2015 - 331 pages

traduit de l'allemand par Dominique Autrand

Titre original : Die Wahrheit und angere Lügen, 2014

Quatrième de couverture :
Henry Hayden sort de nulle part, il n’a pas de travail fixe, pas d’amis ni de famille, et un passé à cacher, qu’on devine lourd. Un matin, après une nuit alcoolisée, il se réveille à côté d’une femme inconnue et, contre toute attente, devient en quelques mois le mari idéal et un auteur de bestsellers adulé. Tout irait pour le mieux, si ce n’est qu’Henry n’écrit pas ses romans – c’est sa femme qui en est l’auteur– et quand sa maîtresse – son éditrice – vient lui annoncer qu’elle est enceinte, il essaie de se débarrasser d’elle. Mais c’est sa femme qu’il élimine par erreur, mettant en péril sa carrière et l’existence qu’il s’est construite. Pourtant, un dernier chapitre de son livre arrive quand même sur le bureau de son éditeur… Un suspense qui éblouit autant par son style sobre, drôle, sec, maitrisé, que par son intrigue retorse, imprévisible et jubilatoire. Le portrait d’un usurpateur, d’un manipulateur cynique que l’on devrait haïr mais que l’on ne peut parvenir à détester. C’est la grande force de ce formidable coup de maître.

Auteur : Sascha Arango est un scénariste allemand très réputé. Il écrit pour la télévision, la radio et le théâtre. Son travail a été récompensé à plusieurs reprises, dont deux fois par le Prix Grimme.

Lecteur : Olivier Cuvellier est un comédien belge très actif dans différents domaines audiovisuels. Sa voix ne vous est peut-être pas inconnue : il fait beaucoup de doublage pour le cinéma et la télévision. Il joue aussi au théâtre, fait des misesen scène et enseigne le théâtre depuis plus de vingtans. En 2014, il a participé à différents projets artistiques autour du bicentenaire de la bataille de Waterloo, avec notamment les réalisateurs Gérard Corbiau et Hugues Lanneau.

Mon avis : (écouté en mai 2015)
Ce livre qui se lit comme un roman policier. Henry a une vie idéale, marié, auteur de livres à succès et pourtant la vérité est autre... Martha, sa femme est la véritable auteur des livres, préférant rester discrète, elle a laissé Henry devenir son prête-nom. Henry aime énormément Martha, mais il a pris comme maîtresse Betty, son éditrice. Lorsque cette dernière lui annonce qu'elle est enceinte, les ennuis commencent pour Henry... Comment va-t-il pouvoir gérer son épouse et la future mère de son enfant ? Entre tromperies, mensonges et disparitions, Henry va se révéler machiavélique, manipulateur...

L'intrigue est bien construite avec ses surprises et rebondissements, sans oublier quelques situations comiques... Le personnage principal est absolument détestable et le lecteur suit son inexorable descente aux enfers...
J'ai un avis mitigé sur cette lecture, je l'ai écouté plutôt facilement mais je n'ai pas pu m'attacher au personnage d'Henry qui est vraiment malsain. J'ai trouvé certains passages de l'histoire traînant en longueur et d'autres peu crédible. Mais globalement l'intrigue est originale.

Extrait : (début du livre)
Fâcheux. Un bref regard sur l’image suffit pour donner de la consistance au sombre pressentiment de ces derniers mois. L’embryon était recroquevillé comme un amphibien, un oeil braqué sur lui. Ce truc, là, était-ce une patte ou bien un tentacule au-dessus de cette espèce de queue de dragon ?

Les moments de certitude absolue sont rares dans une vie. Mais à cet instant-là, Henry eut une vision de l’avenir. Ce têtard allait grandir, devenir une personne. Il aurait des droits, des revendications, il poserait des questions et à un moment ou un autre il apprendrait tout ce qui est nécessaire pour devenir un être humain.
Sur l’échographie, à peu près de la taille d’une carte postale, on voyait à droite de l’embryon une échelle graduée, à gauche des lettres, et en haut la date, le nom de la mère et celui du médecin. Henry n’eut pas le moindre doute : tout cela était bel et bien vrai.
Betty était assise à côté de lui au volant de la voiture, elle fumait, et elle vit des larmes dans ses yeux. Elle posa la main sur sa joue. Elle croyait qu’il pleurait de joie. Alors qu’il pensait à sa femme Martha. Pourquoi n’était-elle pas foutue de tomber enceinte de lui ? Pourquoi fallait-il qu’il se retrouve dans cette voiture avec cette autre femme ?
Il se méprisait, il avait honte, il était sincèrement désolé. La vie te donne tout, telle était la devise inébranlable d’Henry, mais jamais tout en même temps.
C’était l’après-midi. Du bas de la falaise montait le roulement monotone des vagues, le vent couchait les hautes herbes et frappait contre les vitres latérales de la Subaru verte. Henry n’aurait eu qu’à démarrer le moteur, appuyer sur l’accélérateur, la voiture aurait foncé dans le vide et serait allée s’écraser en bas dans les vagues. En cinq secondes tout aurait été terminé, le choc de l’impact les aurait tués tous les trois. Mais pour cela il aurait fallu qu’il quitte le siège du passager et change de place avec Betty. Beaucoup trop compliqué.
« Qu’est-ce que tu dis ? »
Qu’aurait-il pu dire ? La situation était déjà assez grave, ce machin dans son utérus commençait certainement à remuer, et si Henry avait appris une chose, c’était bien à ne rien révéler de ce qui doit demeurer non dit.
Au cours des années écoulées, Betty ne l’avait vu pleurer qu’une fois, c’était quand on lui avait remis son titre de docteur honoris causa au Smith College du Massachusetts. Jusque-là, elle croyait qu’Henry ne pleurait jamais. Il était assis au premier rang, immobile, et pensait à sa femme.
Betty se pencha vers lui par-dessus le levier de vitesse et le prit dans ses bras. Ils restèrent ainsi, en silence, chacun écoutant le souffle de l’autre, puis Henry ouvrit la portière de son côté et vomit dans l’herbe. Il revit les lasagnes qu’il avait préparées pour Martha au déjeuner.

Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  20/25 

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Allemagne

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20 mai 2015

Les petits vieux d'Helsinki - Minna Lindgren

Lu en partenariat avec Calmann-Levy

les petits vieux d'Helsinki Calmann-Levy - avril 2015 - 352 pages

traduit du finnois par Martin Carayol

Titre original : Kuolema Ehtoolehdossa, 2013

Quatrième de couverture : 
En plein coeur d’Helsinki, venez découvrir la résidence du Bois du Couchant…
D’apparence charmante, il ne fait en réalité pas si bon finir ses jours dans cette maison de retraite où le drame ne cesse de frapper.
Olavi, l’ancien combattant, est convaincu que son infirmier a abusé de lui sous la douche ; son ami Reino, prote et grand séducteur, se voit confiné au service de démence lorsqu’il dénonce le scandale en pleine partie de cartes ; et Tero, le jeune cuistot, est retrouvé pendu. Pour Siiri et Irma, il n’y a aucun doute : quelque chose de louche se profile au sein de l’administration
de la résidence. C’est alors que les deux amies se décident à enquêter, épaulées par un chauffeur de taxi Hells Angels qui connaissait bien Tero.
Entre tension artérielle, pertes de mémoire, surdité et déambulateur, l’enquête va s’avérer ardue, d’autant plus qu’Irma est soudainement internée de force dans la section fermée de la résidence…
Mais pour Siiri, pas question de jeter l’éponge !

Auteur : Née en Finlande en 1963, Minna Lindgren est journaliste freelance et chroniqueuse, écrivain. Elle a écrit des ouvrages de non-fiction sur la musique classique et a obtenu le prestigieux Bonnier Journalism Prize pour son article sur le décès de son père.
Minna Lindgren est reconnue dans son travail pour ses écrits fantasques sur des thèmes aussi variés que l’opéra ou la mort.
Avant d’écrire, elle a travaillé à la radio-télévision publique nationale de Finlande. Les deux premiers volets de sa trilogie des Petits vieux d’Helsinki ont connu un vif succès dans son pays et le dernier tome paraîtra en 2015 en Finlande.

Mon avis : (lu en mai 2015)
Lorsque j'ai reçu ce livre et la proposition de rencontre avec le traducteur à l'Institut Finlandais, j'ai toute suite vu une analogie avec le livre Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire... Un titre et une couverture assez proche... Ici ce n'est pas la Suède, mais la Finlande, "Les vieux" sont en majorité des "vieilles", et alors que le vieux fuyait sa maison de retraite, ici, la maison de retraite du Bois du Couchant est au centre du livre.
Siiri, Irma et Anna-Lisa sont trois nonagénaires de cette résidence située au coeur d'Helsinki, elles sont très différentes mais également très copines. Lorsque le jeune cuisinier des lieux va être trouvé pendu, nos trois amies sont bien décidées à découvrir ce qui se trame au Bois du Couchant...
Ce roman n'est pas vraiment un roman policier car nos enquêtrices sont assez farfelues et n'ont plus une très bonne mémoire... Cette histoire est surtout un prétexte pour découvrir Helsinki à l'occasion des balades en tram de Siiri, pour écouter les souvenirs de ces nonagénaires énergiques et loufoques, les voir face au monde moderne. L'auteur a voulu dénoncer les problèmes de la prise en charge des personnes âgées par la société finlandaise. Car il se passe de drôles de choses au Bois du Couchant...
Le rythme du livre est plutôt lent, parfois un peu brouillon cela reflète bien l'état d'esprit de nos héroïnes qui utilisent canne et déambulateur et dont les pertes de mémoires brouillent un peu l'évolution et la résolution de leur enquête.
J'ai passé un bon moment à suivre les péripéties de nos petits vieux d'Helsinki qui savent profiter de la vie malgré leur grand âge...
Ce livre est le premier d'une trilogie, le second tome doit paraître à l'automne prochain.

Extrait : (début du livre)
Chaque matin à son réveil, Siiri Kettunen constatait qu'elle n'était toujours pas morte. Puis elle se levait, se lavait, s'habillait et grignotait son petit déjeuner. Cela se faisait lentement, elle avait tout son temps. Elle lisait le journal avec soin et écoutait les matinales à la radio, de façon à sentir qu'elle faisait bien partie du monde. Vers 11 heures, elle partait souvent pour une balade en tamway, mais ce jour-là elle n'en eut pas la force.
Dans l'espace de convivialité de la résidence du Bois du Couchant, les lampes puissantes rappelaient l'atmosphère d'une salle d'attente chez le dentiste. Sur les canapés, quelques vieillards assoupis attendaient le déjeuner. Dans un coin, l'ambassadeur, Anna-Liisa et Irma jouaient à la canasta sur une table de jeu couverte de feutrine. L'ambassadeur était plongé dans ses cartes, Anna-Liisa commentait tous les coups et Irma semblait frustrée de voir la partie avancer si lentement. Puis elle aperçut Siiri, et ses yeux s'éclairèrent. 

 

 

Challenge Petit Bac 2015 
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Géographie (4)

Challenge Voisins Voisines 2015
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Challenge Trillers et Polars
2014-2015
 
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catégorie "Même pas peur" :  19/25 

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03 mai 2015

La meilleure d'entre nous - Sarah Vaughan

Lu en partenariat avec Préludes - Livre de Poche

la meilleure d'entre nous Préludes - avril 2015 - 480 pages

traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Alice Delarbre

Titre original : The art of baking blind, 2014

Quatrième de couverture :
Angleterre, de nos jours. Le concours pour élire la nouvelle Kathleen Eaden a commencé ! Cinq candidats sont en lice, réunis par une passion commune. Mais la confection d’un cheesecake ou d’un paris-brest ne suffit pas toujours à faire oublier les blessures et les peines. Jenny, la cinquantaine tout en rondeurs, délaissée par son mari ; Vicki, qui aspire à plus qu’à élever son petit Alfie ; Claire, la jeune caissière mère célibataire qui ne rêve même plus d’une autre vie ; Karen, dont l’apparente perfection dissimule bien des secrets ; sans oublier Mike, veuf en pleine thérapie culinaire… Au cours d’une compétition aussi gourmande qu’échevelée, tous apprendront que l’art de la vie est au moins aussi difficile que celui de la pâtisserie. Généreux et inspirant, bourré d’émotion et d’humour, un premier roman à dévorer d’une seule traite, peuplé de personnages irrésistibles. Une déclaration d’amour à toutes les saveurs de la vie !

Auteur : Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

Mon avis : (lu en avril de 2015)
Cinq passionnés de pâtisserie participent au concours organisé par la chaîne de magasins Eaden pour élire la nouvelle Kathleen Eaden. Cette dernière avait révolutionné la discipline et publié, en 1966, le livre L'art de la pâtisserie. Le lecteur va découvrir l'histoire et Kathleen Eaden et en parallèle suivre le concours de pâtisserie. Les cinq candidats Jenny, Vicki, Claire, Karen et Mike ont des profils très différents. 
Dans un très bon esprit, les candidats, au lieu de s'affronter, vont plutôt s'épauler, se soutenir et chacun évoluer non seulement dans l'art de la pâtisserie mais surtout dans leur vie personnelle.
J'ai beaucoup aimé cette histoire le concours est passionnant et appétissant, les personnages très attachants. L'histoire de Kathleen Eaden est émouvante et la construction du livre est pleine de suspens.
Un seul regret pour ce livre, c'est l'absence en fin du livre de toutes les recettes évoquées... 

Merci à Préludes - Livre de Poche pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Imaginez la maison de vos rêves : le pavillon d'un garde-chasse ou une immense ferme pleine de recoins, aux murs festonnés de glycine, aux briques chauffées par le soleil. Passez au jardin : des abeilles enivrées par le nectar des roses trémières, l'air moiré par l'été. Un pommier bruisse et laisse tomberquelques fruits précoces.
Maintenant représentez-vous la même bâtisse en pain d'épices, les flancs légèrement dorés, le glaçage à la royale qui ourle le toit ponctué de bonbons. Plantez des sucres d'orge dans les parterres de fleurs, arrosez de vermicelles, pavez de pastilles en chocolat. Reculez et admirez cette merveilleuse miniature. La maison de vos rêves est aussi un en-cas dont vous ne ferez qu'une bouchée !

Kathleen Eaden pose son stylo et se mordille la lèvre inférieure, mécontente. Ce n'est pas ce qu'elle voulait écrire.
Elle place sa création par terre et s'allonge devant à plat ventre, sa jupe en tweed remontée sur ses longues jambes écartées comme une petite fille. Le magnifique tapis d'Axminster lui procure du réconfort. Relevant sa taille fine, elle enfonce ses hanches un peu plus profondément dans l'épaisse laine douillette.
En appui sur les coudes, elle observe son oeuvre et hume les parfums de Noël: gingembre, cannelle, mélasse raffinée, sucre muscovado. Des zestes d'orange. Un soupçon de girofle. Les tuiles du toit sont saupoudrées de sucre et si elle tend le bras, elle pourra, très délicatement, redresser le heurtoir en forme de coeur qui a glissé sur le glaçage encore mou. Voilà qui est mieux. Grâce à son petit geste précis, le coeur se retrouve au bon endroit, maintenu en place par le mélange d'eau et de sucre.

Challenge Voisins Voisines 2015
voisins voisines 2015
Grande-Bretagne

Challenge Petit Bac 2015 
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02 avril 2015

La dernière fugitive - Tracy Chevalier

Lu en partenariat avec les éditions Folio

la derniere fugitive la derniere fugitive_folio

Quai Voltaire - octobre 2013 - 384 pages

Folio - février 2015 - 392 pages

traduit de l'américain par Anouk Neuhoff

Titre original : The last runaway, 2013

Quatrième de couverture :
1850. Après un revers sentimental, Honor fuit les regards compatissants des membres de sa communauté quaker. Elle s'embarque pour les Etats-Unis avec sa soeur, Grace, qui doit rejoindre son fiancé. A l'éprouvante traversée s'ajoute bientôt une autre épreuve : la mort de Grace, emportée par la fièvre jaune. Honor décide néanmoins de poursuivre son voyage jusqu'à Faithwell, une petite bourgade de l'Ohio. C'est dans cette Amérique encore sauvage et soumise aux lois esclavagistes, contre lesquelles les quakers s'insurgent, qu'elle va essayer de se reconstruire. Portrait intime de l'éclosion d'une jeune femme, témoignage précieux sur la vie des quakers et le «chemin de fer clandestin» - ce réseau de routes secrètes des esclaves en fuite -, La dernière fugitive confirme la maîtrise romanesque de l'auteur du best-seller La jeune fille à la perle.

Auteur : Tracy Chevalier est américaine et vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Spécialiste des romans historiques et des portraits de femmes, elle est l'auteur du Récital des anges (2002), de La Dame à la Licorne (2003), de La Vierge en bleu (2004), de L'Innocence (2007), de Prodigieuses créatures (2010) et de La Jeune Fille à la perle (2000) adapté au cinéma par Peter Webber en 2002, et interprété par Scarlett Johansson.

Mon avis : (lu en mars 2015)
J'ai beaucoup aimé ce livre qui nous raconte l'histoire de Honor Bright, une jeune quaker anglaise qui émigre aux États-Unis dans les années 1850. Son fiancé l'ayant quitté pour une jeune fille n'appartenant pas à la communauté, Honor décide d'accompagner sa soeur Grace promise à voisin qui est déjà parti en Amérique. Tout commence avec la difficile traversée de l'Atlantique en bateau, Honor va être malade tout au long du voyage et comprend dès son premier pas sur la terre d'Amérique qu'elle ne fera certainement jamais la route inverse. Ensuite, c'est le long voyage pour rejoindre l'Ohio qui sera endeuillée par la mort de Grace emportée par la fièvre, cette dernière ne rejoindra jamais son futur mari... Honor se retrouve donc seule dans un pays différent de l'Angleterre, elle va rencontrer Belle, une femme modiste, dont la vie est à l'opposée de la sienne si calme et pieuse... A travers l'histoire d'Honor, nous découvrons l'Amérique de 1850, la communauté quaker, le travail minutieux et artistiques des quilts (patchwork), et les « chemins de fer clandestins », réseaux de routes secrètes tracées par les esclaves pour rejoindre les terres libres du Canada. 
Tracy Chevalier réussit avec brio ce nouveau livre, les personnages sont nombreux, attachants et l'intrigue captivante.

Merci Anna et les éditions Folio pour cette lecture passionnante et instructive.

Extrait : (début du livre)
Elle ne pouvait pas revenir en arrière. Quand Honor Bright avait brusquement annoncé à sa famille qu’elle allait accompagner sa sœur Grace en Amérique – quand elle avait trié ses objets personnels, ne gardant que le nécessaire, quand elle avait fait don de tous ses patchworks, quand elle avait dit au revoir à ses oncles et tantes, et embrassé ses cousins et cousines et ses neveux et nièces, quand elle était montée dans le coche qui allait les arracher à Bridport, quand Grace et elle s’étaient donné le bras pour gravir la passerelle du bateau à Bristol –, tous ces gestes, elle les avait effectués en se disant en son for intérieur : Je pourrai toujours revenir. Sous cette pensée, toutefois, était tapi le soupçon que dès que ses pieds auraient quitté le sol anglais, sa vie serait irré- vocablement transformée.
Au moins l’idée de rentrer un jour adoucit-elle les semaines qui précédèrent son départ, telle la pincée de sucre ajoutée en secret à une sauce pour en dompter l’acidité. Cette idée lui permit de rester calme, et de ne pas pleurer comme le fit son amie Biddy lorsqu’elle lui donna le quilt qu’elle venait de terminer : un patchwork de losanges marron, jaunes et blanc cassé assemblés en étoile de Bethléem à huit branches, surpiqué de motifs de harpes, sans oublier la bordure de plumes pour laquelle elle était connue. La communauté lui avait offert un quilt de l’amitié dont chaque bloc avait été confectionné et signé par une amie ou une parente différente, or elle n’avait pas la place pour les deux courtepointes dans sa malle. Le quilt de l’amitié n’était pas aussi bien exécuté que le sien, mais naturellement c’était celui-là qu’elle devait emporter. « Il est mieux en ta possession, pour te faire penser à moi, avait insisté Honor alors que son amie en pleurs tentait de lui rendre de force le quilt étoile de Bethléem. Des couvre-pieds, je pourrai en faire d’autres dans l’Ohio. »
Pour ne pas penser au voyage lui-même, Honor tendit plutôt son esprit vers sa destination, à savoir la maison en bardeaux dont son futur beau-frère avait envoyé des croquis à Grace dans ses lettres de l’Ohio. « C’est une maison solide, même si elle n’est pas bâtie dans la pierre à laquelle tu es accoutumée, avait écrit Adam Cox. La plupart des maisons ici sont en bois. C’est seulement quand une famille s’est bien établie et ne risque plus guère de repartir qu’elle construit une maison en briques.
« Elle est située au bout de Main Street, à l’entrée du village, poursuivait-il. Faithwell est encore un petit bourg, avec une quinzaine de familles d’Amis. Mais il va grandir, par la grâce de Dieu. Le magasin de mon frère se trouve à Oberlin, une ville plus importante à cinq kilomètres de distance. Lui et moi espérons le transporter à Faithwell une fois que l’agglomération sera assez grosse pour accueillir une boutique de drapier. Ici on appelle cela un “magasin de nouveautés”. Il y a beaucoup de mots nouveaux à apprendre en Amérique. »
Honor ne se voyait pas vivre dans une maison en bois, qui brûlait à toute vitesse, gauchissait pour un rien, émettait des grincements et des gémissements, mais ne procurait aucun sentiment de permanence, contrairement à la brique ou la pierre.
Elle avait beau s’efforcer de restreindre ses inquié- tudes à sa crainte de vivre dans une maison en bois, elle ne pouvait s’empêcher de penser à la traversée sur l’Adventurer, le navire sur lequel elles franchiraient l’Atlantique. Honor connaissait bien les bateaux, comme tout résident de Bridport. Elle accompagnait de temps en temps son père au port quand une cargaison de chanvre arrivait. Elle était même déjà montée à bord, et avait regardé les marins ferler les voiles, enrouler les cordages et laver les ponts. Mais elle n’avait jamais pris la mer. Un jour, quand elle avait dix ans, son père avait emmené la famille passer la journée dans le village d’Eype, et Honor, Grace et leurs frères étaient allés faire un tour en canot à rames. Grace avait adoré naviguer : elle avait poussé des cris perçants, ri à gorge déployée et fait semblant de tomber à l’eau. Honor, quant à elle, s’était agrippée au rebord de la barque pendant que ses frères ramaient, s’évertuant à ne pas paraître affolée par le tangage, et par l’étrange et désagréable sensation de ne plus avoir la terre ferme sous ses pieds. Elle avait regardé sa mère qui arpentait la plage avec sa robe foncée et son bonnet blanc, impatiente de voir ses enfants revenir sains et saufs. Après cette expérience, Honor avait fui les bateaux.

Déjà lu du même auteur : 

prodigieuses_cr_atures  Prodigieuses créatures la_jeune_fille___la_perle La jeune fille à la perle 

la_vierge_bleu La Vierge en bleu

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19 mars 2015

La Bibliothèque des cœurs cabossés - Katarina Bivald

 Lu en partenariat avec les éditions Denoël

la bibli des coeurs cabossés Denoël - janvier 2015 - 496 pages

traduit du suédois par Carine Bruy

Titre original : Läsarna i Broken Wheel rekommenderar, 2013

Quatrième de couverture :
Tout commence par les lettres que s'envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque mal dans sa peau, vivant à Haninge en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, vieille dame cultivée et solitaire, de Broken Wheel, dans l'Iowa. Après deux ans d'échanges et de conseils à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive là-bas, elle apprend avec stupeur qu'Amy est morte. Elle se retrouve seule et perdue dans cette étrange petite ville américaine. Pour la première fois de sa vie, Sara se fait de vrais amis - et pas uniquement les personnages de ses romans préférés -, qui l'aident à monter une librairie avec tous les livres qu'Amy affectionnait tant. Ce sera pour Sara, et pour les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, une véritable renaissance. Et lorsque son visa de trois mois expire, ses nouveaux amis ont une idée géniale et complètement folle pour la faire rester à Broken Wheel.

Auteur : Katarina Bivald a grandi en travaillant à mi-temps dans une librairie. Aujourd’hui, elle vit près de Stockholm, en Suède, avec sa sœur et autant d’étagères à livres que possible. La Bibliothèque des cœurs cabossés est son premier roman.

Mon avis : (lu en mars 2015)
J'ai eu envie de découvrir ce livre rien qu'en voyant la couverture et le titre... Et c'est un coup de cœur !
Après deux ans de relation épistolaire et d'échange de livres, Sarah Lindquist, jeune femme suédoise de vingt huit ans, est invitée par Amy Harris, américaine de soixante-cinq, à venir la rencontrer chez elle à Broken Wheel, dans l'Iowa. Mais lorsque Sarah arrive au bout de son voyage, elle apprend qu'Amy est morte et elle se retrouve seule dans cette petite ville américaine. Etant l'invitée d'Amy, elle devient naturellement l'invité de Broken Wheel. Les habitants de cette petite ville, souvent hauts en couleur, vont tout faire pour rendre son séjour agréable. 
Sarah est une fille timide, le nez toujours plongé dans un livre et vivant plus souvent avec les personnages des romans qu'elle dévore qu'avec de vrai gens.
A Broken Wheel, elle va découvrir de vrais amis et en décidant d'ouvrir une librairie avec tous les livres qu'Amy avait chez elle, Sarah va se révéler.
J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de ce livre. J'ai aimé la galerie de personnages que sont les habitants de Broken Wheel, les lettres d'Amy à Sarah que le lecteur découvre tout au long du livre et bien sûr Sarah qui va grandir grâce à ce séjour dans l'Iowa.

Un grand Merci à Célia et aux éditions Denoël pour ce livre coup de cœur. 

Extrait : (début du livre)

Sara Lindqvist
7 Kornvägen, 1 tr
136 38 Haninge
Suède


Broken Wheel, Iowa, le 15 avril 2009


Chère Sara,
J’espère qu’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott te plaira. C’est une histoire charmante, même si elle est peut-être un soupçon plus moralisatrice que Les Quatre Filles du docteur March.
Inutile d’envisager de me le rembourser. J’avais ce livre en double depuis des années ? je suis ravie qu’il ait trouvé un nouveau foyer et qu’en plus, il fasse tout le chemin jusqu’en Europe. Moi, je ne suis jamais allée en Suède, mais je suis sûre que ce doit être un très beau pays.
N’est-ce pas amusant qu’un livre voyage davantage que sa propriétaire ? Je ne sais pas si cela est réconfortant ou inquiétant.
Salutations amicales,

Amy Harris

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   L’inconnue qui se tenait dans la rue principale de Hope était si quelconque que c’en était presque choquant. Une silhouette morne et sans formes vêtue d’un manteau gris de mi-saison, bien trop chaud pour cet automne. Un sac à dos gisait à ses pieds et une énorme valise était appuyée sur une fine poignée télescopique. Aux yeux des habitants qui avaient assisté par hasard à son arrivée, négliger à ce point son apparence était un manque certain de savoir-vivre. Comme si cette femme se moquait éperdument de leur faire bonne impression.
Ses cheveux étaient d’un brun indéterminé, ni franchement clair ni vraiment foncé. Ils étaient attachés à la va-vite avec une pince et tombaient en boucles désordonnées sur ses épaules. Là où aurait dû se trouver son visage, on voyait la couverture d’Une jeune fille démodée de Louisa May Alcott.
Être à Hope semblait vraiment ne lui faire ni chaud ni froid. Comme si elle avait juste atterri là, parachutée avec son livre, son barda, ses cheveux mal coiffés et tout le reste, et aurait tout aussi bien pu se trouver n’importe où dans le monde. Elle se tenait dans l’une des plus belles rues de Cedar County, peut-être la plus belle de tout le sud de l’Iowa, mais n’avait d’yeux que pour ce livre.
Elle ne devait quand même pas être totalement dénuée de curiosité, car de temps à autre, une paire d’yeux gris émergeaient au-dessus de son roman, tel un chien de prairie qui pointe la tête pour vérifier si la voie est libre.
Elle baissait légèrement le livre, scrutait d’abord à gauche, puis, sans tourner la tête, balayait les lieux du regard aussi loin que possible vers la droite. Enfin, elle relevait l’ouvrage et s’y replongeait de plus belle.

En réalité, à ce stade, Sara avait mémorisé la rue quasiment dans ses moindres détails. Même avec le livre devant ses yeux, elle aurait pu dépeindre le soleil du soir qui se reflétait sur des 4×4 rutilants, les frondaisons policées des arbres tout aussi pimpantes, ainsi que l’enseigne aux couleurs patriotiques, des rayures rouges-blanches-bleues, du salon de coiffure situé une cinquantaine de mètres plus loin. Une odeur entêtante de tarte aux pommes tout juste sortie du four flottait sur l’ensemble de la scène. Elle émanait du café derrière elle, où un groupe de femmes d’âge moyen l’observaient lire avec une désapprobation non dissimulée. Du moins Sara en avait-elle l’impression. Chaque fois qu’elle relevait les yeux de son roman, ces femmes fronçaient les sourcils et secouaient légèrement la tête, estimant sans doute que lire sur le trottoir constituait une infraction aux rigueurs de l’étiquette.
Elle prit à nouveau son portable et rappela le dernier numéro composé. Neuf sonneries retentirent avant qu’elle ne raccroche.
Amy Harris était donc un peu en retard. Il y avait sans doute une explication sensée. Un pneu crevé, peut-être. Une panne d’essence. Il était facile d’avoir — elle consulta à nouveau l’écran de son téléphone — deux heures et trente-sept minutes de retard.
Sara ne s’inquiétait pas. Pas encore. Amy Harris écrivait des missives empreintes de sincérité sur du bon vieux papier à lettres à l’ancienne, épais et d’une douce nuance écrue. Il n’y avait absolument aucun risque qu’une personne de ce genre abandonne une amie dans une ville inconnue, ou se révèle être une tueuse en série psychopathe et perverse, quoi que la mère de Sara ait pu imaginer.

 

Challenge Petit Bac 2015 
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08 mars 2015

Le vieux qui lisait des romans d'amour - Luis Sepulveda

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Audiolib - décembre 2014 - 3h21 - Lu par Feodor Atkine

Editions Métailié - avril 1992 - 130 pages

Points - 1994 - 130 pages

Points - janvier 1997 - 120 pages

Points - janvier 2003 - 120 pages

Editions Métailié - mai 2004 -137 pages

traduit de l’espagnol (Chili) par François Maspero

Titre original : Un viejo que leía novelas de amor, 1992

Quatrième de couverture :
Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d’hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l’antidote au redoutable venin de la vieillesse : il sait lire, et il a une passion pour les romans qui parlent de l’amour, le vrai, celui qui fait souffrir. Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus.

Auteur : Luis Sepúlveda est né en 1949 au Chili. Emprisonné sous le régime de Pinochet puis exilé, il parcourt l’Amérique latine et fonde de nombreuses troupes théâtrales. Très soucieux d’écologie, il participe à une recherche de l’UNESCO au sujet de l’impact de la colonisation sur les populations amazoniennes et passe un an chez les Indiens Shuars. Depuis 1996, il vit en Espagne. Ses oeuvres sont aujourd’hui des bestsellers mondiaux. Il a publié en 2013 Histoire du chat et de la souris qui devinrent amis et Ingrédients pour une vie de passions formidables.

Lecteur : Difficile de présenter ce comédien talentueux, à la carrière exemplaire et au parcours surprenant. Féodor Atkine a tourné avec les plus grands cinéastes : Woody Allen,Oliver Stone, Raul Ruiz... Théâtre, films et doublages se succèdent (Dr House, Breaking Bad). Ce lecteur passionné a obtenu en 2014 le Coup de coeur de l’Académie Charles Cros pour sa lecture du Quatrième mur.

Mon avis : (écouté en mars 2015)
J'avais déjà fait un billet sur ce livre cet été, dans la rubrique "souvenirs, souvenirs...", c'est un livre que j'ai lu pour la première fois il y a plus de vingt ans et que j'avais beaucoup aimé. 
J'ai passé un moment incroyable (beaucoup trop court) en l'écoutant lu par Féodor Atkine que j'ai également adoré dans Le quatrième mur de Sorj Chalandon. 
L’histoire se passe au fin fond de l’Amazonie, dans le village d'El Idilio. C’est là que vit Antonio José Bolivar, il est arrivé en Amazonie avec l'espoir d'une vie meilleure et un terrain à faire fructifier... Pendant quelques temps, il va vivre avec les Shuars, les indiens locaux, qui vont lui apprendre à se débrouiller dans le milieu hostile de la forêt vierge. Un jour, les indiens l'invitera à quitter la tribu et il s'installera à El Idilio. Il se découvrira alors une passion pour les romans d'amour...
Lorsque l'histoire commence le corps sans vie d'un homme est retrouvé. Les villageois soupçonnent immédiatement les indiens Shuars. Seul le "vieux" est persuadé que le coupable est un félin...
Sepulveda est un vrai conteur et avec cette histoire, il nous parle de l'Amazonie et rend un très bel hommage à la nature.
Féodor Atkine a su rendre vivant ce conte plein d'humanité, de poésie et d'humour. Un vrai bonheur, un vrai coup de coeur !

Extrait : (début du livre)
Le ciel était une panse d’âne gonflée qui pendait très bas, menaçante, au-dessus des têtes. Le vent tiède et poisseux balayait les feuilles éparses et secouait violemment les bananiers rachitiques qui ornaient la façade de la mairie.
Les quelques habitants d’El Idilio, auxquels s’étaient joints une poignée d’aventuriers venus des environs, attendaient sur le quai leur tour de s’asseoir dans le fauteuil mobile du dentiste, le docteur Rubincondo Loachamín, qui pratiquait une étrange anesthésie verbale pour atténuer les douleurs de ses clients.
— Ça te fait mal ? questionnait-il.
Agrippés aux bras du fauteuil, les patients, en guise de réponse, ouvraient des yeux immenses et transpiraient à grosses gouttes.
Certains tentaient de retirer de leur bouche les mains insolentes du dentiste afin de pouvoir lui répondre par une grossièreté bien sentie, mais ils se heurtaient à ses muscles puissants et à sa voix autoritaire.
— Tiens-toi tranquille, bordel ! Bas les pattes ! Je sais bien que ça te fait mal. Mais à qui la faute, hein ? À moi ? Non : au gouvernement ! Enfonce-toi bien ça dans le crâne. C’est la faute au gouvernement si tu as les dents pourries et si tu as mal. La faute au gouvernement.
Les malheureux n’avaient plus qu’à se résigner en fermant les yeux ou en dodelinant de la tête.
Le docteur Loachamín haïssait le gouvernement. N’importe quel gouvernement. Tous les gouvernements. Fils illégitime d’un émigrant ibérique, il tenait de lui une répulsion profonde pour tout ce qui s’apparentait à l’autorité, mais les raisons exactes de sa haine s’étaient perdues au hasard de ses frasques de jeunesse, et ses diatribes anarchisantes n’étaient plus qu’une sorte de verrue morale qui le rendait sympathique.
Il vociférait contre les gouvernements successifs de la même manière que contre les gringos qui venaient parfois des installations pétrolières du Coca, étrangers impudiques qui photographiaient sans autorisation les bouches ouvertes de ses patients.
À quelques pas de là, l’équipage du Sucre chargeait des régimes de bananes vertes et des sacs de café.
Sur un bout du quai s’amoncelaient les caisses de bière, d’aguardiente « Frontera », de sel, et les bonbonnes de gaz débarquées au lever du jour.
Le Sucre devait appareiller dès que le dentiste aurait terminé de réparer les mâchoires, pour remonter les eaux du Nangaritza, déboucher dans le Zamora et, après quatre jours de lente navigation, rejoindre le port fluvial d’El Dorado.
Le bateau, une vieille caisse flottante mue par la volonté de son chef mécanicien, les efforts des deux costauds qui composaient l’équipage et l’obstination phtisique d’un antique diesel, ne devait pas revenir avant la fin de la saison des pluies dont le ciel en deuil annonçait l’imminence.

Déjà lu du même auteur : 

le_monde_du_bout_du_monde_p Le Monde du bout du monde 97555469 Le vieux qui lisait des romans d'amour

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05 février 2015

Acquanera - Valentina D'Urbano

Sortie en librairie le 5 février 2015

 Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey 

book_261 Philippe Rey - février 2015 - 352 pages

traduit de l’italien par Nathalie Bauer

Titre original : Acquanera, 2013

Quatrième de couverture : 
Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée.
Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté. Au terme de cette plongée aux origines, Fortuna pourra-t-elle s’engager sur le chemin de la reconstruction et de la réconciliation ?
Acquanera aborde avec force et sensibilité les thèmes des relations maternelles et filiales, de la transmission, de la mort, de la différence et de l’amitié. Avec ce deuxième roman symbolique et poétique, Valentina D’Urbano confirme son singulier talent.

Auteur : Illustratrice pour la jeunesse, Valentina d’Urbano, est née en 1985 dans une banlieue de Rome dont elle a fait le décor de son premier roman, Le bruit de tes pas (2013), vainqueur du concours « Io scrittore » en Italie. Acquanera est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2015)
J'avais beaucoup aimé le premier roman de Valentina d'Urbano et lorsque l'on m'a proposé de découvrir son deuxième roman, j'étais très curieuse de le découvrir. Et je n'ai pas été déçue !
Une histoire très différente de son premier roman mais une lecture qui comme pour la première m'a enchantée.
Fortuna revient après dix ans d'absence à Roccachiara, le village de son enfance situé dans les montagnes du Nord de l'Italie. Elle a appris qu'un squelette avait été découvert au village. Peut-être celui de son amie Luce qui a disparu depuis quelques années ? 
Fortuna est la narratrice, elle revient sur l'histoire de sa famille. Une dynastie de femmes, avec Clara, Elsa, la grand-mère de Fortuna, et Onda, la fille d'Elsa et la mère de Fortuna. Certaines ont des dons particulier, elles ont toujours été mise à l'écart du village...
Je ne veux pas trop en dire mais j'ai beaucoup aimé cette lecture. Chaque fois que je me plongeais dans ce livre, plus rien autour comptait... J'ai failli plusieurs fois rater ma station de métro ou ne pas entendre mon train arriver... J'ai été captivé par l'atmosphère de ce livre, par la poésie de l'écriture, chacun des personnages à sa personnalité. Certains sont très attachants, d'autres plus difficile à cerner.
Au cours de ma lecture, cette histoire m'a fait penser au livre de Carole Martinez "Cœur cousu"...

Merci Anaïs, Anne et les éditions Philippe Rey pour cette très belle découverte.

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
Aujourd'hui, 12 mars 1992
Dix ans d'absence.
A mon arrivée, le jour se lève et il pleut, une pluie oblique, glaciale, qui entame le visage.
C'est toujours comme ça à Roccachiara. Il fait froid et il pleut. Ou alors l'humidité est si dense que c'est comme s'il pleuvait.
Je m'engagedans la rue principale. Tout est identique à mes souvenirs, on dirait une photo, rien n'a changé.
Les maisons adossées les unes aux autres, les grilles des magasins, les même enseignes qu'il y a trente ans. Les rues étroites et désertes, les portes flanquées de jardinières.
Il n'y a personne. Juste la pluie.
Tout le reste n'est que silence.
Ce silence, raconte-t-on, vient du lac. Il monte comme du brouillard, se répand dans le village, étouffe tous les bruits.
Je traverse Roccachiara sans rencontrer âme qui vive. Une place minuscule domine la vallée et le lac. C'est le belvédère des Héros.
Je me rappelais un lieu dépouillé, en mauvais état, une poignée de mètres carrés à l'abîme, et je découvre un terre-plein pavé, des bancs métalliques revêtus d'une peinture blanche écaillée. Une affreuse fontaine ornementale, un monument aux morts. Une balustrade en fer forgé a remplacé le vieux mur en briques par-dessus lequel on se penchait pour admirer le lac.
Ce lac noir, sans vie.

Déjà lu du même auteur : 

book_220 Le bruit de tes pas

 

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27 janvier 2015

La Guerre d'hiver - Philip Teir

Lu en partenariat avec Babelio et Albin Michel

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la guerre d'hiver Albin Michel - janvier 2015 - 384 pages

traduit du suédois (Finlande) par Rémi Cassaigne 

Titre original : Vinterkriget, 2013

Quatrième de couverture :
À presque soixante ans, c'est l'heure du bilan pour Max Paul. Après avoir connu la célébrité dans les années 1990 lors de la parution de son étude sur la vie sexuelle des Finlandais, le professeur de sociologie a l'impression d'être un has-been qui n'arrive plus à écrire. Sa vie familiale lui donne tout autant de soucis, entre sa femme, Katriina, éternelle insatisfaite qui cherche à tout régenter, et ses filles, l'aînée Helen, enseignante passablement lassée, maman un peu dépassée, et la cadette Eva, étudiante en art rêveuse et désinvolte, plongée en pleine crise existentielle. Reste la jeune et jolie Laura, son ancienne élève venue l'interviewer à l'occasion de son anniversaire, dont la présence n'est pas pour lui déplaire, mais qui pourrait bien semer la zizanie.
Auteur : Né en 1980, Philip Teir est finno-suédois. Journaliste de profession, il a publié plusieurs nouvelles et de la poésie. La Guerre d'hiver, son premier roman, l'a déjà érigé au rang des jeunes auteurs les plus prometteurs en Finlande.

Mon avis : (lu en janvier 2015)
Ce livre se lit sans déplaisir, mais il m'a un peu déçu... Plus qu'un roman conjugal, c'est un roman familial qui met en scène : Max Paul, soixante ans, professeur de sociologie, qui n'arrive pas à terminer un livre qui lui tient à coeur, Katriina, sa femme, DRH dans un hôpital, et leurs filles Helen, enseignante, mariée à Christian et maman de deux jeunes enfants Amanda et Lukas et Eva, étudiante dans une école d'art à Londres. Le lecteur découvre chapitre après chapitre le quotidien de chacun des quatre personnages avec leurs interrogations sur le présent, sur leurs amours, leurs aspirations professionnelles...
A part Eva, la fille cadette, que j'ai bien aimé, les autres personnages de ce roman m'ont laissé de glace. Ni sympathiques, ni antipathiques, ils ne m'ont donné aucune émotion, aucun sentiment. J'ai trouvé ce roman ni original, ni surprenant. L'histoire se passe en Finlande, c'est à peine suggéré... Il y a cependant des petites touches humoristiques qui empêchent la lecture d'être pesante.
Le titre fait référence à un évènement historique peu connu en France, La Guerre d’Hiver a opposé la Finlande à l’Union Soviétique en 1939, et je trouve un peu gros de vouloir comparer la crise que traverse cette famille à cet épisode historique...

Merci Babelio et les éditions Albin Michel pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
La première erreur de Max et Katriina cet hiver-là - et ils devaient en faire beaucoup d'autres avant leur divorce - fut de congeler le hamster de leur petite-fille.
C'était un pur accident. Max marcha sur l'animal. Il sentit quelque chose de mou bouger sous son pied, entendit un cri curieux et déchirant _ trop tard. Éclair, âgé d'un an et demi, finit dans un sac plastique tout au fond du congélateur.
Cela suffit pour que leur fille aînée Helen refuse de leur parler pendant deux semaines. Mais en y repensant, Max se demandait si les problèmes n'avaient pas déjà commencé en novembre.

L'automne était doux. La baie de Tölöviken soupirait dans l'humide brouillard tandis que les joggeurs passaient en haletant. Un vendredi à la fin du mois, Max et Katriina furent invités à dîner chez les Keskinen. Katriina fut rapidement absorbée par la fête et Max, comme il le craignait, se trouva placé à côté de la chef de sa femme.
Wivan Winckelmann était petite, la soixantaine, dotée d'une voix affreuse qui semblait faite uniquement pour vriller les nerfs de Max. Elle était haut placée au sein de l'HNS, le système de santé de la région d'Helsinki-Nyland, une femme d'une très grande influence dans toute l'administration publique, mariée à un homme chauve aux allures de lapin, Pertti. Il semblait toujours posté un mètre derrière elle, comme s'il avait trouvé en Wivan un rempart efficace contre un monde malfaisant et exigeant.

 

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08 janvier 2015

La Couleur du lait - Nell Leyshon

la couleur du lait Phébus - août 2014 - 176 pages

traduit de l'anglais par Karine Lalechère

Titre original : The Colour of Milk, 2012

Quatrième de couverture :
En cette année 1831, Mary, une fille de 15 ans entame le tragique récit de sa courte existence : un père brutal, une mère insensible et sévère, en bref, une vie de misère dans la campagne anglaise du Dorset.
Simple et franche, lucide et impitoyable, elle raconte comment, un été, sa vie a basculé lorsqu'on l'a envoyée travailler chez le pasteur Graham, afin de servir et tenir compagnie à son épouse, femme fragile et pleine de douceur.
Elle apprend avec elle la bienveillance, et découvre avec le pasteur les richesses de la lecture et de l'écriture.. mais aussi l'obéissance, l'avilissement et l'humiliation. Finalement, l'apprentissage prodigué ne lui servira qu'à écrire noir sur blanc sa fatale destinée. Et son implacable confession.

Auteur : Nell Leyshon est née à Glastonbury, dans le comté du Dorset au Royaume-Uni. Après des études de littérature anglaise à l'université de Southampton, elle s'est fait connaître par ses pièces de théâtre enregistrées pour la BBC. Son premier roman, paru en 2004, Black Dirt figurait sur la liste de l'Orange Prize. Devotion et The Voice ont remporté un franc succès. Publié en 2012, La Couleur du lait l'a consacrée comme un des auteurs importants de notre temps. C'est la première oeuvre de Nell Leyshon à être traduite en français.

Mon avis : (lu en janvier 2014)
C'est lors du Café Lecture de la Bibliothèque que j'ai eu envie de découvrir ce livre. Ce livre est un coup de coeur.
En 1831, dans la campagne anglaise, Mary, quinze ans, livre son histoire sous forme d'une confession. Elle est la cadette d'une famille de quatre filles et elle a toujours travaillé à la ferme. Un beau jour, son père l'envoie travailler chez le pasteur Graham afin de s'occuper de sa femme malade. Pour Mary, ce nouveau travail est très différent du travail à la campagne. Mary est une jeune fille pleine de bon sens et surtout qui n'a pas sa langue dans sa poche. La famille du pasteur accepte cette franchise et apprécie son travail. Le pasteur va même lui apprendre à lire et à écrire.
Le style reflète bien le caractère de Mary. Les phrases sont courtes, simples, sans aucune majuscule, pleine de sincérité.
Mary est attachante et son histoire bouleversante. 

Extrait : (début du livre)
ceci est mon livre et je l’écris de ma propre main.
nous sommes en l’an de grâce mille huit cent trente et un, j’ai quinze ans et je suis assise à ma fenêtre. je vois beaucoup de choses. je vois les oiseaux qui piaillent dans le ciel. je vois les arbres je vois les feuilles.
et chaque feuille a ses veines.
chaque tronc a ses fissures.
je suis pas très grande et mes cheveux ont la couleur du lait.
je m’appelle mary et j’ai appris à écrire mon nom. m. a. r. y. ce sont les lettres de mon nom.
je vais vous raconter les choses telles qu’elles sont arrivées mais je ne veux pas me précipiter comme les génisses au portail sinon je vais m’empiéger et de toute manière vous préférez sûrement que je commence par là que les gens commencent en général. 

et c’est au commencement.

en l’an de grâce mille huit cent trente mon père habitait dans une ferme avec ses quatre filles et de ces quatre filles j’étais la dernière.
dans la ferme il y avait aussi une mère et un grand-père.
les animaux ne vivaient pas avec nous mais les agneaux rentraient le soir quand ils avaient perdu leur maman et qu’il fallait les nourrir.
l’histoire commence en mille huit cent trente. l’an de grâce mille huit cent trente.
il ne faisait pas chaud au commencement. non, il faisait froid et chaque brin d’herbe était brodé de givre. mais dès que le soleil est sorti les gelées s’en sont allées et les oiseaux ont chanté. je le sentais jusque dans mes jambes. c’est une chose qui m’arrive des fois. le soleil coule dans mes jambes et après il monte à ma tête.
la sève gonflait les tiges et les feuilles se dépliaient. les oiseaux tapissaient le fond de leur nid.
le monde se souvenait du printemps.
je sais très bien où j’étais ce jour-là. j’étais aux poules. elles avaient été enfermées toute la matinée à pondre et maintenant il fallait qu’elles courent et mangent les vers et les insectes qui rendent les œufs goûtus. il y avait même un peu d’herbe qui avait repoussé après les froids de l’hiver.
j’ai tiré la porte du poulailler et le coq a sorti le premier. il paradait comme au défilé mais sans la musique.
derrière les poules hésitaient et se demandaient quel temps qu’il faisait alors j’ai dû les aider à décider. puis j’ai entendu ma sœur beatrice. elle était au portail et elle criait mon nom.
mary qu’est-ce tu fais donc là ?
tu crois que je fais quoi ?
on dirait que tu sors les poules.
allons bon. c’est drôle parce que c’est point du tout ce que je faisais. je dansais avec le coq et puis il y a eu un grand festin et le cochon est arrivé et il s’est assis au bout de la table pour nous chanter une belle chanson.
tu changeras donc jamais ?
pourquoi faudrait-y que je change ? je suis pas mauvaise fille.
c’est pas de causer que ton ouvrage se fera.

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04 janvier 2015

Lettres mortes - Robert Allison

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

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traduit de l'anglais par Isabelle D. Philippe

Titre original : The letter bearer, 2014

Quatrième de couverture :
1942, au beau milieu du désert libyen. Un jeune soldat anglais reprend connaissance, sa moto totalement détruite à quelques mètres de lui. Il a sauté sur une mine et est grièvement blessé. Une musette pleine de lettres gît à ses côtés. Il ne se souvient de rien, ni de qui il est, ni pourquoi il se retrouve dans cet endroit. À la surprise de tous, il se remet peu à peu de ses blessures et occupe sa convalescence à lire les missives. L'une d'entre elles le touche particulièrement : celle qu'un lieutenant, Tuck, a écrite à la femme aimée. Le jour où une tribu de Bédouins attaque le campement, le jeune amnésique saisit l'occasion de changer d'identité et d'endosser celle de Tuck. Il va s'inventer une vie rêvée. Lettres mortes est un voyage hypnotique qui nous parle de la solitude des soldats, de leur courage et, parfois, de leur lâcheté. Robert Allison nous emmène dans les dunes fascinantes et dangereuses du Sahara, qui offrent un décor magistral, à la hauteur de la noirceur du coeur de la guerre.

Auteur : Né dans le Yorkshire en 1963, Robert Allison a travaillé comme metteur en scène et critique musical avant de devenir relecteur-correcteur dans l’édition. Lettres mortes est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2015)
J'ai accepté de lire ce livre fin novembre et avec les fêtes de fin d'année, j'ai pris un peu de retard...
Au milieu du désert lybien, un jeune soldat anglais en moto est grièvement blessé en sautant sur une mine. Lorsqu'il se réveille, il est amnésique et ne se souvient de rien. Blessé, il est recueilli par quelques soldats d'un campement situé en plein désert. Ils sont quatre déserteurs, Brinkhurst, le chef, Mawdsley, un médecin opiomane, Coates, un canadien, Swan, conducteur de char, et son prisonnier italien Lucchi. Petit à petit, grâce aux soins de ses compagnons le motocycliste va se remettre de ses blessures. Mais après une attaque aérienne italienne qui blesse Coates, le groupe de soldats décide de quitter leur campement en direction du Caire. Une traversée du désert pleine d'embûches, leur survie est en jeu...
Pour échapper à l'enfer de ce huis clos, le motocycliste lit les quelques lettres de la sacoche de courrier qu'il avait avec lui lors de son accident. Il rêve, il s'amuse à imaginer la vie du lieutenant Tuck et de son épouse et pourquoi retrouver des images de son passé...
J'ai été déçue par cette lecture, je me suis souvent ennuyée, la vie dans le désert est assez monotone et peu attractive. J'ai bien aimé les passages autour des lettres mais je les ai trouvés trop plutôt anecdotiques sur l'ensemble du livre...
Je suis restée sur ma faim (la quatrième de couverture était peut-être trop prometteuse...), je suis passée à côté de ce livre.

Merci Célia et les éditions Denoël pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Il se réveille dans le désert, surpris d’entendre l’hymne de ses funérailles. Bye Bye Blackbird – Gene Austin, Victore Orthophonic Recording -, son refrain qui s’élève au-dessus du contrepoint des mouches.
A plat dos, il se voit écrasé par la perspective, il voit ses membres dessinés par une nuée d’ailes. Sa capote étalée à ses côtés, le drap transpercé, les dentelles laissées par un violent assaut. Un éperon métallique pointe des plis de sa chemise militaire kaki, étincelant au soleil. Totalement indolore à condition de ne pas bouger.
Oh, quelle sale histoire !
Sol mineur-do 7e-fa-ré mineur.
D'autres mélodies lui reviennent en mémoire. In the Mood - le Glenn Miller Orchestra, There's a New Day Coming - Harry Roy and His Orchestra. L'adagio de la Huitième Symphonie de Bruckner, serein, extatique. Dans ma prochaine vie, songe-t-il, je serai musicien et je composerai un ragtime à la louange de la malchance. Le sable bourbonne, ses doigts battent la mesure, la chanson des yardangs et des pédiments. Il fronce les lèvres pour siffler.
Erreur. La salive de son toussotement attire les mouches. Elles vont s'engouffrer par la brèche, lui pondre des oeufs dans la gorge. Son cadavre noirci par le soleil qui se dilate et se contracte tour à tour, assis au petit déjeuner, allongé à l'heure du dîner. La farce des asticots, il la connaît. Mourir sera un chant funèbre.

 Challenge 5% Rentrée Littéraire 2014 
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28/30

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Mort (1)

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