16 avril 2016

La Maison de vacances - Anna Fredriksson

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

B26652 Denoël - mars 2016 - 352 pages

traduit du suédois par Lucas Messmer

Titre original : Sommarhuset

Quatrième de couverture : 
Eva a complètement coupé les ponts avec son frère Anders et sa sœur Maja. Alors qu’ils n’ont eu aucun contact depuis plusieurs années, la mort brutale de leur mère les réunit. Très vite, une violente dispute éclate concernant l’héritage : Eva estime que la maison de vacances sur l’archipel suédois que sa mère aimait tant lui revient de droit, mais Anders et Maja ne sont pas du même avis. Eva se réfugie alors sur l’archipel. Mais, quelques jours plus tard, Anders et Maja arrivent à leur tour avec conjoints et enfants… Au fil des jours, tous vont apprendre à se connaître, mais est-il encore possible de renouer des liens brisés depuis si longtemps ? 
Anna Fredriksson nous parle de ce lieu où se nouent et se dénouent les drames familiaux, où les liens se resserrent, dans ce roman émouvant et intelligent sur les relations fraternelles compliquées, le chagrin et l’amour.

Auteur : Anna Fredriksson est scénariste. Elle travaille aussi bien sur des longs métrages que sur des adaptations TV telles que la série Les Enquêtes de l'inspecteur Wallander, tirée des romans de Henning Mankell (diffusée sur Arte). La Maison de vacances est son premier roman publié en Suède. Il a rencontré un véritable succès auprès de la critique et du public. Denoël a déjà publié Rue du Bonheur.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Eva est à un tournant de sa vie, 
sa mère vient de mourir brutalement et son fils qu'elle a élevé seule vient de quitter le foyer familiale pour s'installer avec sa petite amie. 
Après de nombreuses années sans nouvelles, elle va devoir renouer le contact avec Anders et Maja son frère et sa soeur. Suite à l'héritage, ils vont se disputer. En effet, la maison de vacances est au centre des disputes. Eva aime cette maison auquelle sa mère tenait. Toutes deux y passaient régulièrement leurs vacances. Pour Anders et Maja, cette maison ne représente qu'une valeur marchande et la possibilité de s'offrir une nouvelle voiture ou rembourser des dettes... 
Eva décide alors d'abandonner son travail et de partir s'installer dans la maison de l'archipel pour en éviter la vente... 
Quelques jours plus tard, Anders et sa famille et Maja et son compagne débarquent également dans la maison de vacances. Vont-ils arriver à cohabiter, apprendre à se connaître, à recréer des liens ?
J'ai lu très facilement ce livre et j'ai bien aimé cette histoire de famille et de maison d'été. Les différents personnages sont attachants, la description des relations entre frère et soeurs est réussie. J'ai également aimé la maison et cette petite île suédoise.

Merci Laila et les éditions Denoël pour ce livre qui donne une envie de vacances au bord de la mer...

Extrait : (début du livre)
Elle ouvre la porte tapissée de la penderie, sous les combles, libérant un petit nuage de poussière. Une odeur de vieux bois et de tissu défraîchi emplit ses narines. Quelques relents du puissant produit contre les capricornes persistent encore, alors que sa dernière utilisation remonte à plus de trente ans. C’est ici qu’est rangée une partie des habits de maman, ceux qu’elle portait quand il faisait chaud. Jusqu’à son dernier été.
Il faut quelques secondes à Eva pour se ressaisir. Puis elle commence à sortir les vêtements, plusieurs piles à la fois, à pleines brassées, comme s’il ne s’agissait que d’une banale tâche ménagère, un grand nettoyage de printemps avant la saison estivale. 
Elle dépose le tout sur un des lits dans la pièce attenante. Au terme de quelques allers-retours, il ne reste plus qu’une robe bleue et grise. Sans manches. En coton. Celle que maman avait pour habitude de porter le soir de la fête de la Saint-Jean. Elle se souvient de ces danses frivoles autour du mât fleuri, et de la main d’une vieille dame inconnue tendue vers elle. Elle se revoit prendre la fuite pour se réfugier chez sa mère, qui l’observait à distance. Sans doute n’assistait-elle aux festivités que pour faire acte de présence, l’esprit occupé par les problèmes sociaux de l’époque.
Elle effleure la robe du bout des doigts et la laisse pendre là, seule sur son cintre, avant de reporter son attention sur le reste des habits. Les uns après les autres, elle les tient à bout de bras, les plie puis les fourre dans un sac-poubelle noir. Des pantalons, des jupes, des cardigans, des chemisiers légèrement froissés au col court. Puis elle se retrouve soudain devant la robe rayée Marimekko. La fameuse. Elle la caresse, porte le tissu à son visage. Ses yeux se mettent à piquer. 
Elle ne prendra pas de décision maintenant. Eva met le vêtement de côté et ouvre les tiroirs de la commode. Elle en retire plusieurs culottes blanches en coton, qui atterrissent aussitôt dans le sac-poubelle, suivies de leurs consœurs et de quelques soutiens-gorge blancs rembourrés. Vient ensuite un pyjama en tricot d’une douceur incomparable. Un pull-over entre ses mains, elle se laisse submerger par l’émotion, sachant que ce bout d’étoffe avait reposé un jour sur les épaules de maman.
Le tiroir d’en dessous renferme un vieil écrin à bijoux. Elle l’ouvre pour découvrir tous ces trésors si familiers avec lesquels elle jouait étant petite, quand elle s’amusait à les trier par rangées et à les présenter soigneusement dans leurs compartiments respectifs. Elle saisit une paire de boucles d’oreilles vertes à clip. Quand maman les a-t-elle achetées ? Sans doute avant la naissance d’Eva, dans les années 1960. Elle les examine. Elle n’en a pas le moindre souvenir.

 

Déjà lu du même auteur :

rue du bonheur Rue du Bonheur 

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Suède

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31 mars 2016

Le ravissement des innocents - Taiye Selasi

Lu en partenariat avec les éditions Folio

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Folio - février 2016 - 432 pages

Gallimard - septembre 2014 - 384 pages

traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter

Titre original : Ghana must go, 2013

Quatrième de couverture :
C’est l’histoire d’une famille, des ruptures et déchirements qui se produisent en son sein, et des efforts déployés par chacun pour œuvrer à la réconciliation. En une soirée, la vie de la famille Sai s’écroule : Kweku, le père, un chirurgien ghanéen très respecté aux États-Unis, subit une injustice professionnelle criante. Ne pouvant assumer cette humiliation, il abandonne Folá et leurs quatre enfants. Jusqu’à l'irruption d’un nouveau drame qui les oblige tous à se remettre en question.

Auteur : Taiye Selasi, née à Londres, a passé son enfance dans le Massachusetts et vit à Rome. Elle est titulaire d'une licence de littérature américaine de Yale et d'un DEA de relations internationales d'Oxford. Elle fait son entrée en littérature en 2011 en publiant dans Granta The Sex Lives of African Girls. Cette nouvelle, qui a fait sensation, a été reprise dans le recueil Best American Short Stories 2012. Le ravissement des innocents, son premier roman, a été traduit en 17 langues.

Mon avis : (lu en mars 2016)
Ce livre nous raconte l'histoire de la famille Sai, d'origine africaine, ils ont vécu également aux États-Unis. Cela commence avec la mort subite de Kweku, le père.  Sa mort va obliger toute la famille à se retrouver et à revenir au Ghana.
Le lecteur va découvrir peu à peu chacun de ces six personnages.
Des années plus tôt, Kweku, était chirurgien, il a quitté sa femme, ses quatre enfants et les États-Unis après avoir été injustement renvoyé de son travail. Il est retourné au Ghana. 
Flora, la mère, est restée aux États-Unis avec Sadie la petite dernière.
Olu, l'aîné, est envoyé en pension et deviendra un brillant médecin.
Taiwo et Kehinde, les jumeaux seront envoyés chez un oncle au Nigeria. 
Je referme ce livre avec un sentiment mitigé... En effet, j'ai eu beaucoup de mal à terminer ce livre touffu (j'avoue avoir survolé le dernier tiers) , avec ses longues descriptions, ses nombreux flashback... J'ai eu beaucoup de mal à m'y retrouver : le livre se situe soit en Afrique (Ghana, Nigeria), soit aux Etats-Unis, les personnages sont nombreux. 
L'écriture est poétique mais la construction trop brouillonne complique l'ensemble et je n'ai pas réussi à m'attacher vraiment aux différents personnages... J'ai fini par me lasser.

Merci les éditions Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre. Alors qu’il se tient sur le seuil entre la véranda fermée et le jardin, il envisage de retourner les chercher. Non. Ama, sa seconde épouse, dort dans cette chambre, les lèvres entrouvertes, le front un peu plissé, sa joue chaude en quête d’un coin frais sur l’oreiller, il ne veut pas la réveiller. Quand bien même il le tenterait, il n’y parviendrait pas.
Elle dort comme un taro. Un tubercule privé de sensations. Elle dort comme la mère de Kweku, coupée du monde. Des Nigérians en sandalettes déboulant devant leur porte dans des chars russes rouillés pourraient dévaliser leur maison, sans la moindre discrétion, ainsi qu’ils y ont pris goût à Victoria Island (d’après ses amis en tout cas : grossiers rois du pétrole et cow-boys démobilisés dans la mégapole de Lagos, cette bizarre race africaine : intrépide et riche), elle continuerait à ronfler mélodieusement, on dirait une composition musicale, à rêver de bonbons et de Tchaïkovski. Elle dort comme une enfant.
La pensée l’a malgré tout accompagné de la chambre à la véranda, risque fictif de perturbation, numéro qu’il se joue. Une habitude depuis son départ du village, petite représentation en plein air destinée à un public composé d’une seule personne. Une ou deux : lui et son cameraman invisible qui s’est enfui à son côté dans l’obscurité avant l’aube, en lisière de l’océan, et ne l’a plus quitté. Filmant silencieusement sa vie. Ou la vie de l’Homme Qu’il Souhaite Être et Qu’Il a Laissé Devenir.
Dans ce plan-séquence, une scène d’intérieur : le Mari Prévenant.
Qui ne fait aucun bruit tandis qu’il sort furtivement du lit, repousse les draps, pose ses pieds l’un après l’autre sur le sol, s’efforce de ne pas réveiller sa femme plongée dans un sommeil de plomb, de ne pas se lever trop vite afin d’éviter de déplacer le matelas, traverse la pièce à pas de loup, ferme la porte très doucement. Et marche dans le couloir de la même façon, franchit la porte menant à l’atrium où, bien qu’elle ne puisse sûrement pas l’entendre, il reste sur la pointe des pieds. Il emprunte le court passage équipé d’un radiateur électrique qui relie l’aile de la chambre principale à l’aile du séjour, s’arrête l’espace d’un instant pour admirer sa maison.

 Challenge Voisins, Voisines
voisins voisines 2016
Angleterre

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18 mars 2016

Ne tirez-pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee

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Audiolib - octobre 2015 - 11h35 - Lu par Cachou Kirsch

Editions de Fallois – janvier 2005 – 345 pages

LGF - août 2006 – 447 pages

Titre original : To Kill a Mockingbird, 1960

Quatrième de couverture :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus

Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, connut un tel succès.
Mais comment ce roman est-il devenu un livre culte dans le monde entier ? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique. Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 40 millions d’exemplaires dans le monde entier.

Auteur : Harper Lee est née en 1926 à Monroeville, dans l’Alabama. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, qui sera resté pendant plus d’un demi-siècle son unique roman, a été couronné par le prix Pulitzer et s’est vendu à ce jour à près de 40millions d’exemplaires à travers le monde. En 2015, après plus d’un demi-siècle de silence, Harper Lee publie son deuxième roman, Va et poste une sentinelle (Grasset), où l’on retrouve Scout Finch, vingt ans plus tard.

Lecteur : Comédienne et musicienne bruxelloise, sociologue deformation, Cachou Kirsch jongle depuis 2003, avec unplaisir non dissimulé, entre grosses productions théâtraleset « petits » projets passionnants, entre la vivacité dujeune public et les studios d’enregistrement (livres audio,annonces non-commerciales, habillages de chaînes...). En2007, elle a été nommée comme Espoir féminin aux Prixdu Théâtre belge.Comédienne bruxelloise et sociologue de formation, Cachou Kirsch joue depuis 2003, sur les planches comme à l'écran... Elle est également chargée de production du Festival Esperanzah!, ainsi que musicienne. En 2007, elle a été nominée en tant qu'Espoir féminin aux Prix du Théâtre belge.

Mon avis : (relu en mars 2016)
J'avais déjà lu ce célèbre roman américain Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur et j'ai adoré cette relecture audio.
Scout, fillette de 9 ans, nous raconte trois années de son enfance. Elle vit dans les années 30, dans une petite ville de l'Alabama avec son frère Jem, âgé de 13 ans, leur père Atticus avocat juste et intègre les élève seul avec l'aide de Calpurnia, la cuisinière noire. 
La première partie est assez légère, Scout raconte son quotidien, ses jeux avec Jem et Dill, les voisins, sa relation respectueuse avec Atticus. Un père qui sait donner des valeurs à ses enfants mais qui leur laisse également une certaine liberté. 
La deuxième partie, est plus sérieuse, Atticus a accepté de défendre un homme noire accusé du viol d'une jeune femme blanche. Dans cette petite ville du Sud des États-Unis, où règnent intolérance et racisme, Atticus et sa famille va être confronté aux insultes et aux menaces des membres de la communauté. 
J'ai vraiment adoré cette relecture audio, même si la première partie m'a paru plus longue que dans mes souvenirs. Cette partie a toute son importance pour planter le décor et pour la conclusion de cette histoire.

Autres avis : Enna, Sylire

Extrait : (début du livre)
Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer un ballon.
Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des événements qui avaient conduit à cet accident. Je maintenais que les Ewell en étaient entièrement responsables, mais Jem, de quatre ans mon aîné, prétendait que tout avait commencé avant, l’été où Dill se joignit à nous et nous mit en tête l’idée de faire sortir Boo Radley.
À quoi je répondais que s’il tenait à remonter aux origines de l’événement, tout avait vraiment commencé avec le général Andrew Jackson. Si celui-ci n’avait pas croqué les Creeks dans leurs criques, Simon Finch n’aurait jamais remonté l’Alabama et, dans ce cas, où serions-nous donc ? Beaucoup trop grands pour régler ce différend à coups de poing, nous consultions Atticus, et notre père disait que nous avions tous les deux raison.
En bons sudistes, certains membres de notre famille déploraient de ne compter d’ancêtre officiel dans aucun des deux camps de la bataille d’Hastings. Nous devions nous rabattre sur Simon Finch, apothicaire de Cornouailles, trappeur à ses heures, dont la piété n’avait d’égale que l’avarice. Irrité par les persécutions qu’en Angleterre leurs frères plus libéraux faisaient subir à ceux qui se nommaient « méthodistes », dont lui-même se réclamait, Simon traversa l’Atlantique en direction de Philadelphie, pour continuer ensuite sur la Jamaïque puis remonter vers Mobile et, de là, jusqu’à St Stephens. Respectueux des critiques de John Wesley contre le flot de paroles suscitées par le commerce, il fit fortune en tant que médecin, finissant, néanmoins, par céder à la tentation de ne plus travailler pour la gloire de Dieu mais pour l’accumulation d’or et de coûteux équipages. Ayant aussi oublié les préceptes de son maître sur la possession de biens humains, il acheta trois esclaves et, avec leur aide, créa une propriété sur les rives de l’Alabama, à quelque soixante kilomètres en amont de St Stephens. Il ne remit les pieds qu’une fois dans cette ville, pour y trouver une femme, avec laquelle il fonda une lignée où le nombre des filles prédominait nettement. Il atteignit un âge canonique et mourut riche.
De père en fils, les hommes de la famille habitèrent la propriété, Finch’s Landing, et vécurent de la culture du coton. De dimensions modestes comparée aux petits empires qui l’entouraient, la plantation se suffisait pourtant à elle-même en produisant tous les ingrédients nécessaires à une vie autonome, à l’exception de la glace, de la farine de blé et des coupons de tissus, apportés par des péniches remontant de Mobile.

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15 mars 2016

Après Sara - Amanda Coe

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

Après Sara Denoël – février 2016 – 320 pages

traduit de l'anglais par Claire-Marie Clévy

Titre original : Getting Colder, 2014

Quatrième de couverture :
Années 1980. Patrick, jeune dramaturge charismatique et ambitieux, enfant terrible du théâtre, tombe follement amoureux de Sara. Mais Sara est déjà mariée. Elle abandonne mari et enfants pour vivre pleinement son destin de muse. Image parfaite du couple rêvé, alliant beauté et talent, Sara et Patrick deviennent les chouchous du public. 

Trente-cinq ans plus tard, Patrick vit seul après la mort brutale de Sara. Il ne lui reste que son whisky, son carnet de notes et une rage toujours intacte contre le monde entier. Louise et Nigel, les enfants de Sara, désormais adultes, cherchent à comprendre qui était leur mère et pourquoi elle a choisi de les abandonner. Sara, malgré son absence, va réunir ces trois personnes. Chacun à leur manière, ils devront apprendre à faire leur deuil et à se reconstruire malgré les blessures qui ne guériront jamais, les questions restées sans réponse et la perte d’un être que personne ne pourra jamais remplacer. 
Après Sara est un roman dérangeant, à l’humour féroce, terriblement juste sur le chagrin, l’égoïsme et la persistance des blessures anciennes.

Auteur : Amanda Coe est scénariste. Elle a remporté un BAFTA en 2013 pour son adaptation de Room at the Top de John Braine pour BBC 4. Après Sara est son second roman chez Denoël après Qui a peur du noir ? (2013). Il fait partie de la sélection pour le Encore Award.

Mon avis : (lu en mars 2016)
J'ai été attiré par la beauté de la couverture du livre et la quatrième de couverture a suscité ma curiosité... Mais la lecture n'a pas été à la hauteur des promesses.
C'est une histoire de famille, Sara vient de mourir, ses enfants Nigel et Louise découvrent la maison où vivait leur mère avec Patrick. Trente-cinq ans plus tôt, Sara avait quitté son mari et ses deux enfants par amour pour Patrick, un écrivain talentueux et prometteur. Nigel et Louise sont devenus adultes et parents, ils ont beaucoup d'interrogation sur cette mère qui les a abandonné, ils voudraient comprendre ce que Patrick pouvait avoir de plus.
Patrick est devenu un vieux monsieur désagréable et alcoolique, la maison est dans un désordre et une saleté innommable...
Le récit passe du passé au présent, j'ai eu du mal à m'attacher à l'un des trois personnages principaux, heureusement il y a un quatrième personnage, Mia, une jeune étudiante, venue faire un mémoire sur l'oeuvre de Patrick, suite à un échange de correspondances avec Sara. Malgré la mort de Sara, Mia va rester auprès de Patrick pour s'occuper de lui et mettre de l'ordre dans la maison.
J'ai lu ce livre sans difficulté, mais j'ai été déçue par l'ensemble, sans compter que l'histoire s'achève dans le flou...

Merci et les éditions Denoël pour ce partenariat.

Autre avis : Sylire 

Extrait : (début du livre)
Il n’y avait plus personne pour l’appeler Nidge. Ça avait été sa première pensée cohérente quand la voisine de Patrick avait téléphoné pour lui annoncer que leur mère était morte. En voyant Louise descendre du train le matin des obsèques, Nigel s’aperçut qu’elle aussi pouvait l’appeler Nidge, même si elle avait tendance à ne pas l’appeler du tout. Employer le surnom de son enfance était un petit pouvoir que Louise ne se savait pas capable d’exercer, et le fait qu’elle ne le sache pas ne fit qu’augmenter l’irritation de Nigel à la vue du manteau pelucheux et du décolleté mal avisé de sa sœur. Il y eut tout de suite bien pire, cependant, avec l’apparition inattendue de l’enfant qui sortit du wagon à sa suite pour l’aider à décharger un sac de voyage à roulettes sur le quai. Emmaillotée dans une doudoune qui accentuait son imposante corpulence — copie miniature de celle de sa mère —, elle avait beaucoup changé depuis la dernière fois que Nigel l’avait vue, quand elle devait avoir sept ans.
« J’étais obligée de l’emmener, dit Louise. Elle est malade, et je n’ai trouvé personne pour s’en occuper. On ne peut pas compter sur notre Jamie, hein, Hol ? »
Nigel laissa libre cours à la toux qu’il avait réprimée toute la matinée; le taux de pollen dans l’air devait battre des records. Holly. Sophie s’en serait souvenue tout de suite; c’était elle qui s’occupait des anniversaires et de Noël. Comme à plusieurs reprises depuis son arrivée en Cornouailles, Nigel se prit à regretter d’avoir décidé si rapidement que sa femme resterait à la maison avec les enfants pendant qu’il gérerait les obsèques de sa mère en solitaire. Holly. Il la salua d’un hochement de tête et s’intima l’ordre d’arrêter de tousser; l’envie le démangeait en permanence, et une fois que les muqueuses étaient enflammées, se retenir devenait une torture. Sa nièce lui rendit un morne salut en reniflant, heureusement trop apathique pour partager ses microbes. Elle avait un teint blafard et des yeux rouges assez rebutants: résultat de sa maladie, sûrement. Sa pré- sence à la cérémonie ne devrait pas poser problème, pensa Nigel. Il ne s’attendait pas spécialement à ce qu’il y ait foule au crématorium. Mais c’était tout de même exaspérant, cette habitude qu’avait Louise de le prendre par surprise.
« C’est bien de ta part de nous avoir tenus au courant », dit-elle pendant qu’il les emmenait du hall d’entrée de la gare à la voiture des pompes funèbres garée dehors. « Tu l’as vu ?
— On s’est parlé au téléphone. À propos de l’organisation de la journée. »
C’était l’idée de Nigel, de commencer par aller chercher Louise à la gare pour qu’ils affrontent leur beau-père ensemble. Évidemment, Patrick avait été trop bouleversé par la mort de leur mère pour se charger des coups de fil, ne serait-ce que du premier. La tâche était revenue à une voisine, Jenny, le genre de femme d’âge mûr efficace et pleine de bonne volonté qu’on exploitait sans vergogne. Patrick ne comptait pas s’en priver, mais la formation en droit de Nigel en faisait la personne la mieux placée pour gérer la suite des opérations, si son statut de fils n’avait pas suffi. Il était mieux placé que Louise, en tout cas, c’était certain. Après l’annonce initiale de Jenny, il s’était occupé des appels nécessaires et de tous les arrangements ultérieurs. Ça lui tombait dessus à une période chargée au travail, mais il avait fait des listes et s’y était attaqué petit à petit, comme toujours, malgré une sciatique qui lui envoyait une violente décharge électrique dans la jambe chaque fois qu’il s’asseyait. Dans les jours qui avaient suivi le décès de sa mère, Nigel avait passé plus d’un coup de fil avec des aiguilles d’acupuncture plantées dans le corps, telle une miniature de saint médiéval supplicié. Elles avaient fonctionné quand même, malgré les mises en garde de l’ostéopathe — si c’étaient bien les aiguilles qui avaient fait passer la douleur, plutôt que les fortes doses d’anti-inflammatoires que Nigel avait ingérées en secret au mépris des remèdes alternatifs disposés par Sophie sur sa table de nuit. En tout cas, il n’y avait que le rhume des foins qui l’accablait aujourd’hui. 

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23 janvier 2016

Boomerang - Tatiana de Rosnay

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Audiolib - septembre 2015 - 9h49 - Lu par Julien Chatelet

Éditions Héloïse d'Ormesson – avril 2009 – 376 pages

Livre de Poche - avril 2010 - 375 pages

traduit de l'anglais par Agnès Michaux

Quatrième de couverture :
Sa soeur était sur le point de lui révéler un secret… et c’est l’accident. Elle est grièvement blessée. Seul, l’angoisse au ventre, alors qu’il attend qu’elle sorte du bloc opératoire, Antoine fait le bilan de son existence : sa femme l’a quitté, ses ados lui échappent, son métier l’ennuie et son vieux père le tyrannise.
Comment en est-il arrivé là ? Et surtout, quelle terrible confidence sa cadette s’apprêtait-elle à lui faire ?
Rattrapé par le passé, Antoine Rey vacille. Angèle, une affriolante embaumeuse, lui apportera une aide inattendue dans sa recherche de la vérité.
Entre suspense, comédie et émotions, Boomerang brosse le portrait d’un homme bouleversant, qui nous fait rire et nous serre le coeur.

Auteur : Franco-anglaise, Tatiana de Rosnay est l’auteure de douze romans, dont Elle s’appelait Sarah (2007), phénomène vendu à plus de 9 millions d’exemplaires dans le monde, Rose (2011), À l’encre russe (2013) et d’une biographie de Daphné du Maurier, Manderley for ever (2015).

Lecteur : De formation théâtrale - il a fréquenté le cours de Jean-Laurent Cochet - Julien Chatelet a incarné le rôle de l’inspecteur Portaldans Les Cordier, juge et flic. Artiste complet, il tourne dans denombreux courts-métrages, est réalisateur et chanteur de rhythm’nblues.  

Mon avis : (écouté en janvier 2016)
Antoine est architecte, divorcé, père de trois enfants dont l’adolescence le dépasse un peu. Sa soeur Mélanie est éditrice et célibataire.

Pour les 40 ans de cette dernière, Antoine lui offre un week-end surprise à Noirmoutier. C’est l’île de leur enfance, ils n’y sont pas retournés depuis plus de trente ans, Mélanie avait six ans et Antoine avait dix ans. C’était le dernier été qu’ils ont passé avec leur maman, celle-ci est décédée l’année suivante à l’âge de trente-cinq ans.
Ce week-end à Noirmoutier va faire resurgir les souvenirs du passé. Lors du voyage du retour, Mélanie, alors au volant, commence cette phrase « Antoine, il faut que je te dise quelque chose. J'y ai pensé toute la journée. La nuit dernière, à l'hôtel, tout m'est revenu. C'est à propos… » 
Et c’est l’accident.
Antoine est indemne, Mélanie est blessée, elle n'est pas à même de finir la phrase commencée lors de l'accident. Antoine s'interroge sur cette révélation avortée et sur le bilan sa propre vie. A l'hôpital, il va faire connaissance avec la belle et mystérieuse Angèle qui va l’aider à avancer dans sa vie. Il va mener son enquête sur le passé de sa famille, en particulier sur sa mère qu'il a l'impression de ne pas connaître.
Un livre très facile à écouter, les personnages sont attachants et originaux, un livre plein d’émotion qui m’a beaucoup touchée.

Une adaptation cinématographique de ce livre a été réalisé en 2015 par François Favrat avec comme acteurs Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audrey Dana. Je n'ai pas encore eu l'occasion de le voir.

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Extrait : (début du livre)
La petite salle d'attente est morne. Dans un coin, un ficus aux feuilles poussiéreuses. Six fauteuils en plastique se font face sur un lino fatigué. On m'invite à m'asseoir. Je m'exécute. Mes cuisses tremblent. J'ai les mains moites et la gorge sèche. La tête me lance. Je devrais joindre notre père avant qu'il ne soit trop tard, mais je suis tétanisé. Mon téléphone reste dans la poche de mon jean. Appeler notre père ? Pour lui dire quoi ? Je n'en ai pas le courage.
La lumière est crue. Des tubes de néon barrent le plafond. Les murs sont jaunâtres, craquelés par le temps. Hébété sur mon siège, désarmé, perdu, je rêve d'une cigarette. Je dois lutter contre un haut-le-cœur. Le mauvais café et la brioche pâteuse que j'ai avalés il y a deux heures ne passent pas.
J'entends encore le crissement des pneus. Je revois l'embardée de la voiture. Ce drôle de balancement quand elle s'est brutalement déportée vers la droite pour venir heurter le rail de sécurité. Puis le cri. Son cri. Qui résonne toujours en moi.
Combien de gens ont patienté ici ? Combien ont attendu sur ce même siège d'avoir des nouvelle d'un être cher ? Je ne peux m'empêcher d'imaginer ce dont ces tristes murs ont été témoins. Les secrets qu'ils renferment. Leur mémoire. Les larmes, les cris. Le soulagement et l'espoir, aussi.
Les minutes s'égrènent. Je fixe d'un œil vide la pendule crasseuse au-dessus de la porte. Rien d'autre à faire qu'attendre.

Après une demi-heure, une infirmière entre dans la pièce. Son visage est long et chevalin. De sa blouse dépassent de maigres bras blancs.
— Monsieur Rey ?
— Oui, dis-je, le souffle court.
— Vous voudrez bien remplir ces papiers. Nous avons besoin de renseignements complémentaires. Elle me tend plusieurs feuilles et un stylo.
— Elle va bien ? tenté-je d'articuler.
Ma voix n'est qu'un faible fil prêt à se rompre. De ses yeux humides, aux cils rares, l'infirmière me lance un regard inexpressif.
— Le docteur va venir.
Elle sort. Elle a le cul plat et mou.
J'étale les feuilles sur mes genoux. Mes doigts ne m'obéissent plus.
Nom, date et lieu de naissance, statut marital, adresse, numéro de sécurité sociale, mutuelle. J'ai les mains qui tremblent tandis que j'écris : 
Mélanie Rey, née le 15 août 1967 à Boulogne-Billancourt, célibataire, 49 rue de la Roquette, 75011 Paris
.
Je ne connais pas le numéro de sécurité sociale de ma sœur, ni sa mutuelle, mais je dois pouvoir les trouver dans son sac à main. Où est-il ? Je ne me souviens pas de ce qu'est devenu ce fichu sac. Mais je me rappelle parfaitement la façon dont le corps de Mélanie s'est affalé quand on l'a extraite de la carcasse. Son bras inerte qui pendait dans le vide quand on l'a déposée sur la civière. Et moi ? Pas une mèche de travers, pas un bleu. Pourtant j'étais assis à côté d'elle. Un violent frisson me secoue. Je veux croire que tout cela n'est qu'un cauchemar et que je vais me réveiller.
L'infirmière revient et m'offre un verre d'eau. Je l'avale avec difficulté. L'eau a un goût métallique. Je la remercie. Je n'ai pas le numéro de sécurité sociale de Mélanie. Elle hoche la tête, récupère les papiers et sort.
Les minutes me semblent aussi longues que des heures. La pièce est plongée dans le silence. C'est un petit hôpital dans une petite ville. Aux environs de Nantes. Je ne sais pas vraiment où. Je pue. Pas d'air conditionné. La sueur s'instille de mes aisselles jusqu'au pli de mes cuisses. L'odeur âcre et épaisse de la peur et du désespoir me submerge. Ma tête me lance toujours. Je tente de maîtriser ma respiration. Je ne tiens que quelques minutes. Puis l'atroce sensation d'oppression me gagne à nouveau.

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Objet (2)

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21 novembre 2015

Carthage - Joyce Carol Oates

Lu en partenariat avec les éditions Philippe Rey

livre_moyen_282 Philippe Rey - octobre 2015 - 608 pages

traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban

Titre original : Carthage, 2013

Quatrième de couverture :
Tout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille de l’ancien maire a, pour des raisons peu claires, rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros de retour de la guerre d’Irak. Un héros très entamé dans sa chair et dans sa tête, dont pourtant Cressida, la jeune sœur rebelle de Juliet, est secrètement amoureuse. Or, ce soir-là, Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett. Qui devient alors le suspect numéro 1 et, contre toute attente, avoue le meurtre…
Sept ans après, un étrange personnage surgit qui va peut-être résoudre l’impossible mystère. C’est ce que vise Joyce Carol Oates qui est sur tous les fronts : violence, guerre, dérangement des esprits et des corps, amour, haine. Et même exploration inédite des couloirs de la mort… Un roman puissant et captivant.

Auteur : Joyce Carol Oates est née en 1938 à l'ouest du lac Erié. Son père travaillait pour la General Motors. Elle passe une enfance solitaire face à sa soeur autiste et découvre, lorsqu'elle s'installe à Detroit au début des années 60, la violence des conflits sociaux et raciaux. Membre de l'Académie américaine des arts et des lettres depuis 2008, professeur de littérature anglaise à Princeton. Titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires (elle figure depuis des années sur la courte liste des Nobélisables), Joyce Carol Oates figure depuis longtemps au premier rang des écrivains contemporains. Elle a reçu le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Juillet 2005, Carthage est une petite ville de l'état de New-York, à proximité du Canada. L'ancien maire Zeno Mayfield et sa femme Arlette ont deux filles Juliet et Cressida. L'aînée, Juliet est « la jolie », populaire et aimée de tous et la cadette, Cressida est « l’intelligente », au physique plus quelconque, solitaire et rebelle. 
Lorsque le livre commence, Cressida vient de disparaître, elle a passé la soirée chez une amie voisine et elle n'ai jamais rentré à la maison. Au lieu de rentrer directement, Cressida a été vu en compagnie de Brett Kincaid, l'ex-fiancé de Juliet. 

Brett est un gentil garçon qui s'est engagé dans l'armée américaine par conviction, il est revenu d'Irak grièvement blessé aussi bien physiquement que psychologiquement. Le couple qu'il espérait former avec Juliet n'a pas résisté.
Après plusieurs jours de recherche, on ne retrouve aucune trace de Cressida et tout accuse Brett. Le caporal est perpétuellement hanté par des scènes en Irak et par moment semble oublier le présent. Il finit par s'accuser du meurtre de Cressida sans pourtant expliquer ce qui s'est passé... Ainsi s'achève la première partie du livre mais le lecteur n'est pas au bout de ses surprises et des rebondissements que nous a réservé Joyce Carol Oates...
Nous pensons découvrir un simple fait divers, mais c'est un drame familiale qui va se dérouler sous les yeux du lecteur. 
L'histoire est dense, captivante et prenante, j'ai mis du temps à la lire. La psychologie des personnages est riche, l'ambiance pesante est parfaitement rendue. Une réussite.

Merci Arnaud et les éditions Philippe Rey pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
On ne m’aimait pas assez.
C’est pour ça que j’ai disparu. À dix-neuf ans. Ma vie jouée à pile ou face !
Dans cet espace immense – sauvage – des pins répétés à l’infini, les pentes abruptes des Adirondacks pareilles à un cerveau plein à éclater.
La réserve forestière du Nautauga : cent vingt mille hectares de solitudes montagneuses, boisées, semées de rochers, bornées au nord par le Saint-Laurent et la frontière canadienne, et au sud par la Nautauga, le comté de Beechum. On pensait que je m’y étais « perdue » – que j’y errais à pied – désorientée ou blessée – ou, plus vraisemblablement, que mon cadavre y avait été « balancé ». Une grande partie de la Réserve est sauvage, inhabitable et inaccessible, excepté pour les marcheurs et les alpinistes les plus intrépides. Presque sans interruption, pendant trois jours, dans la chaleur du plein été, des sauveteurs et des bénévoles menèrent des recherches, se déployant en cercles concentriques de plus en plus larges à partir d’un chemin de terre en cul-de-sac qui longeait la rive droite de la Nautauga, à cinq kilomètres au nord du lac Wolf’s Head, dans la partie sud de la Réserve. Une zone située à une quinzaine de kilomètres de Carthage, État de New York, où mes parents avaient leur maison.
Une zone touchant le lac Wolf’s Head, où, vers minuit le soir précédent, des « témoins » m’avaient vue pour la dernière fois en compagnie de l’agent présumé de ma disparition.
Il faisait très chaud. Une chaleur grouillante d’insectes après les pluies torrentielles de la fin du mois de juin. Les sauveteurs étaient harcelés par les moustiques, les mouches piqueuses, les moucherons. Les plus tenaces étaient les moucherons. Cette peur panique particulière inspirée par les moucherons – dans les cils, dans les yeux, dans la bouche. Cette peur panique d’avoir à respirer au milieu d’une nuée de moucherons.
Et pourtant vous êtes forcé de respirer. Si vous essayez de ne pas le faire, vos poumons respireront pour vous. Malgré vous.
À la fin de la première journée de recherches, les chiens n’ayant pas réussi à repérer la piste de la jeune disparue, les sauveteurs expérimentés n’avaient que peu d’espoir de la retrouver en vie. Les policiers en avaient encore moins. Mais les jeunes gardes forestiers et ceux des bénévoles qui connaissaient les Mayfield étaient déterminés à y réussir. Car les Mayfield étaient une famille bien connue à Carthage. Car Zeno Mayfield était une personnalité en vue à Carthage, et beaucoup de ses amis, de ses relations et de ses associés s’étaient joints aux sauveteurs pour chercher sa fille disparue, que la plupart ne connaissaient que de nom.
Aucun de ceux qui se frayaient un chemin à travers les broussailles de la Réserve, exploraient ravins et ravines, grimpaient les pentes rocailleuses et escaladaient, parfois avec difficulté, les parois zébrées d’énormes rochers en chassant les moucherons de leurs visages, n’acceptait de penser que dans une chaleur qui dépassait les 32 degrés à la tombée du jour le corps sans vie d’une jeune fille, un corps peut-être dénudé ou enfoui dans le sol, poissé de sang, serait prompt à se décomposer.
Aucun d’entre eux n’aurait voulu exprimer l’idée brutale (familière à tous les sauveteurs expérimentés) qu’ils pourraient bien sentir l’odeur de la fille avant de la découvrir.

Déjà lu du même auteur : 

nous__tions_les_Mulvaney Nous étions les Mulvaney  fille_noire__fille_blanche Fille noire, fille blanche 

petite soeur, mon amour Petite sœur, mon amour mudwoman  Mudwoman 

le_myst_rieux_Mr_Kidder Le mystérieux Mr Kidder 

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17 septembre 2015

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air - Darragh McKeon

Lu en partenariat avec Babelio et Belfond

tout ce qui est solide

Belfond - août 2015 - 425 pages

traduit de l'anglais par Carine Chichereau

Titre original : All that is solid melts into air, 2014

Quatrième de couverture : 
Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s'étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières lueurs de l'aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. Le monde ne sera plus jamais le même.

Auteur : Né en 1979, Darragh McKeon a grandi dans un village des environs de Dublin. Passionné de théâtre, il dirige une troupe et voyage en Europe au gré des différents engagements de la compagnie. Parallèlement, il entame la rédaction de ce qui deviendra son premier roman. Immédiatement salué par ses pairs, Colum McCann et Colm Tóibín en tête, et par la critique, Tout ce qui est solide se dissout dans l'air révèle un immense talent littéraire.
Darragh McKeon vit aujourd'hui à New York.

Mon avis : (lu en septembre 2015)
Ce livre est une reconstitution de la catastrophe de Tchernobyl à travers les destins croisés de quatre personnages.
Il y a d'abord Evgueni, un enfant prodige de 9 ans, doué pour la musique. Mais à l'école, il est victime de brimades de la part de quelques camarades. Chez lui, pour ne pas fâcher les voisins, il obligé de jouer en silence sur un piano en plastique... Grâce au soutien de sa mère et de sa tante, il prépare son entrée au Conservatoire. 

La tante d'Evgueni, Maria, est une ancienne journaliste dissidente, sa carrière a été brisée, elle est devenue une simple ouvrière dans une usine. 
Grigori, l'ex-mari de Maria, est un chirurgien très compétent, il va faire partie l'équipe médicale envoyée à Pripiat. Les moyens sont ridicules, il reste impuissant face au pouvoir politique du Kremlin qui met tous ses efforts à verrouiller l'information.
Artiom, 13 ans, vit avec sa famille dans une ferme de la campagne biélorusse. Ce matin du 26 avril 1986, c'est la première fois qu'il accompagne son père pour aller chasser, il remarque que l'aspect du ciel à l'aube est inhabituel...  
L'auteur s'est documenté avec beaucoup de précision sur la catastrophe de Tchernobyl, sur la société et le régime de l'URSS à cette époque. En cotoyant ces quatre personnages et leurs proches, le lecteur découvre le déroulement des évènements autour de Tchernobyl : des populations déplacés, des hommes envoyés sans protection pour tenter d'éteindre le réacteur... A Moscou, le discours se veut rassurant, la vie continue...
Cette histoire est captivante et pleine d'enseignement. J'avais 20 ans lorsque le drame est arrivé, à l'Ouest aussi, les informations étaient partielles et erronées... Un livre bouleversant d'où se dégage beaucoup d'humanité.

Merci Babelio et les éditions Belfond pour ce partenariat.

Extrait : 

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rl2015
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voisins voisines 2015
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04 septembre 2015

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows

le secret de la manufacture Nil - juin 2015 - 621 pages

traduit par Claire Allain et Dominique Haas

Titre original : The Truth According to Us, 2015

Quatrième de couverture :
Ce n'était pas le projet estival dont Layla avait rêvé. Rédiger l'histoire d'une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines. Et pourtant... Eté 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d'une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville. L'été s'annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a... La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l'enfance... La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu'elle aimait... Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville. De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l'existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

Auteur : Annie Barrows est née en 1962 en Californie. Mariée, mère de deux enfants, elle se consacre à l'écriture et a publié de nombreux livres jeunesse. Elle a écrit avec sa tante Mary Ann Shaffer Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates.

Mon avis : (lu en août 2015)
Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un de mes livres préféré et je voulais vraiment découvrir le nouveau roman d'Annie Barrows. Cette histoire est très différente du premier livre mais cela ne m'a pas empêcher de beaucoup aimer cette lecture.
Nous sommes en 1938, aux États-Unis, dans la petite ville de Macedonia en Virginie-Occidentale. La ville vit grâce à son usine de chaussettes, les Inusables Américaines. Layla Beck, fille d'un sénateur puissant et fortuné, refuse d'épouser le mari que son père lui a choisi. Elle se retrouve donc sans ressource et la voilà contrainte de travailler pour une agence gouvertementale. Elle est envoyée à Macedonia pour écrire l'histoire de la ville qui fête ses 150 ans. Layla prend pension chez la famille Romey qui était autrefois propriétaire de la manufacture. Cette famille est assez excentrique et très attachante en particulier Willa, fillette âgée de 12 ans, qui se pose pleins de questions sur les adultes et Jottie, sa tante, qui l'élève elle et sa jeune soeur...
A travers les voix de Layla, Willa et Jottie nous plongeons dans le présent et le passé de Macedonia et de ses habitants hauts en couleur...
J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce livre plein de fantaisie, de poésie et d'humour, j'ai particulièrement aimé le personnage de Willa et j'ai été touchée par Jottie.

Autre avis : Unautreendroit

Extrait : 
pavc3a9-2015-moyen-mle-300
Déjà lu du même auteur :

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27 août 2015

Dans les eaux du lac interdit - Hamid Ismaïlov

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

dans les eaux du lac interdit Denoël - août 2015 - 128 pages

traduit de l'anglais (Ouzbékistan) par Héloïse Esquié

Titre original : The Dead Lake, 2011

Quatrième de couverture
Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer… À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.

Auteur : Né en 1954 au Kirghizistan, Hamid Ismaïlov est un journaliste et écrivain ouzbek. Contraint de fuir l'Ouzbékistan en 1992, il a vécu en Russie, en France et en Allemagne avant de s'installer à Londres avec sa famille, où il dirige le service Asie centrale de la BBC. En France, il est l'auteur des Contes du chemin de fer (2009).

Mon avis : (lu en août 2015)
J'ai accepté de lire ce livre par curiosité pour un auteur venant d'Ouzbékistan. 
Pendant un voyage à travers les steppes kazakhes, le train s'arrête et un jeune garçon monte pour vendre du lait aux voyageurs. Il se met également à jouer du Brahms au violon et le narrateur et les autres voyageurs sont subjugués. Yerzhan a le corps d'un garçon de 12 ans, en réalité, il a 27 ans. Au bout du monde, dans ce train, Yerzhan raconte alors son incroyable histoire.
La note présente en exergue du livre, "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semi-palantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945.", donne au lecteur quelques pistes sur la raison de la petite taille de Yerzhan. 
Difficile de classer ce livre, est-ce un conte ou un roman militant ? Le livre est court mais sa lecture n'est pas fluide. Il y a trois parties avec des retours entre passé et présent. Dans la première partie, Yerzhan nous raconte sa naissance et son enfance dans un hameau de deux maison en bordure de chemin de fer, il n'a pas de père et sa mère ne parle pas, il vit avec ses grands-parents. Dans l'autre maison vit Aisulu, une petite fille âgée d'un an de moins, qui sera sa compagne de jeu, sa confidente, son amoureuse. Ils espèrent un jour se marier. Yerzhan est très intelligent et doué pour la musique dès son plus jeune âge.
La spécificité de l'endroit où ils vivent est pleinement évoquée dans la seconde partie, avec la Guerre Froide et le besoin pour l'URSS de surpasser les Etats-Unis, les beaux paysages et l'immensité de ces lieux sont sacrifiés. Yerzhan et ses proches ne sont pas conscients de l'ampleur des dangers qui les menacent.
Mon avis est mitigé, j'ai aimé les personnages de Yerzhan et Aisulu mais j'ai eu parfois du mal à suivre la pensée de l'auteur.

Merci Célia et les éditions Denoël pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Cette histoire commença d’une manière on ne peut plus prosaïque. Je traversais les steppes immenses du Kazakhstan en train. Le voyage durait depuis déjà quatre nuits. Dans les gares de trous perdus, des cheminots cognaient au marteau sur les roues en poussant des jurons en kazakh. Le fait de les comprendre me gonflait d’une secrète fierté. Pendant la journée, les plates-formes et les couloirs des wagons résonnaient des piaillements de femmes et enfants dans cette même langue. À chaque étape, le train était assailli par une foule de plus en plus dense de marchandes ambulantes qui proposaient de la laine de chameau, du poisson séché ou simplement des boulettes de lait caillé.
Bien sûr, c’était il y a longtemps. Peut-être de nos jours les choses ont-elles changé. Mais, je ne sais pas pourquoi, ça m’étonnerait.
Quoi qu’il en soit, je me tenais debout à une extrémité du wagon, contemplant — depuis quatre jours déjà — le morne paysage de la steppe, lorsqu’un petit garçon de dix ou douze ans apparut à l’autre bout. Il tenait à la main un violon, et soudain il se mit à jouer avec une dextérité si incroyable et un tel panache que les portes de tous les compartiments s’ouvrirent d’un coup pour laisser passer les visages endormis des passagers. Il ne s’agissait pas de quelque refrain gitan flamboyant, ni même d’une mélopée du folklore local ; non, le garçon jouait du Brahms, l’une des célèbres Danses hongroises. Sans cesser de manipuler son instrument, il s’avançait vers moi. Là, sous les yeux ébahis de tous les voyageurs, il s’arrêta au beau milieu d’une note et jeta le violon sur son épaule comme un fusil.
« Boisson naturelle de la région — cent pour cent bio », lança-t‑il d’une voix forte d’adulte. Il fit glisser un sac de jute de son autre épaule et en sortit une énorme bouteille en plastique de boisson au yaourt, de l’ayran ou du kumis. Je m’approchai de lui sans savoir vraiment pourquoi.
« Petit, combien coûte ton kumis ?
— Pour commencer, ce n’est pas mon kumis, mais celui d’une jument. D’autre part, ce n’est pas du kumis mais de l’ayran, et pour finir je ne suis pas un petit, répliqua sèchement le gamin dans un russe impeccable. 
— Mais tu n’es quand même pas une petite, hasardai je maladroitement pour calmer le jeu.
— Je ne suis pas une femme, je suis un homme ! Tu veux tester ? T’as qu’à baisser ton froc », lança-t‑il, plein de morgue, d’une voix assez sonore pour se faire entendre de tout le wagon.
Je ne savais pas si je devais me mettre en colère ou tenter d’apaiser sa hargne. Mais après tout c’était son pays et, n’étant qu’un visiteur, je radoucis ma voix pour demander : « T’ai-je insulté d’une façon ou d’une autre ? Si c’est le cas, je te présente mes excuses… Mais tu joues Brahms comme un dieu… 
— Il n’y a aucune raison de m’insulter. Les insultes, je m’en charge très bien moi-même… Je ne suis pas un petit garçon. Ne vous fiez pas à ma taille. J’ai vingt-sept ans. Pigé ? » demanda-t‑il dans un presque chuchotement.
Cette fois, il me coupait la chique.

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25 juillet 2015

Cette nuit, je l'ai vue - Drago Jancar

Cette nuit Phébus - janvier 2014 - 240 pages

traduit du slovène par Andrée Lück-Gaye

Titre original : To noč sem jo videl, 

Quatrième de couverture :
Veronika Zarnik est de ces femmes troublantes, insaisissables, de celles que l'on n'oublie pas. Sensuelle, excentrique, éprise de liberté, impudente et imprudente, elle forme avec Léo, son mari, un couple bourgeois peu conventionnel aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, tant leur indépendance d esprit, leur refus des contraintes imposées par l'Histoire et leur douce folie contrastent avec le tragique de l'époque.
Une nuit de janvier 1944, le couple disparaît dans de mystérieuses circonstances, laissant leur entourage en proie aux doutes. Qui était vraiment Veronika ? Quelle fut vraiment sa vie ? Que cachait-elle ?
Cinq proches du couple tentent alors de cerner l'énigmatique jeune femme et délivrent, par fragments, les nombreuses facettes de sa personnalité, et ainsi reconstruisent son histoire, celle de son mari et celle de la Slovénie. Une Veronika Zarnik est de ces femmes troublantes, insaisissables, de celles que l'on n'oublie pas. Sensuelle, excentrique, éprise de liberté, impudente et imprudente, elle forme avec Leo, son mari, un couple bourgeois peu conventionnel aux heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, tant leur indépendance d'esprit, leur refus des contraintes imposées par l'Histoire et leur douce folie contrastent avec le tragique de l'époque.
Une nuit de janvier 1944, le couple disparaît dans de mystérieuses circonstances, laissant leur entourage en proie aux doutes. Qui était vraiment Veronika ? Quelle fut vraiment sa vie ? Que cachait-elle ?
Cinq proches du couple tentent alors de cerner l'énigmatique jeune femme et délivrent, par fragments, les nombreuses facettes de sa personnalité, et ainsi reconstruisent son histoire, celle de son mari et celle de la Slovénie. Une oeuvre polyphonique magistrale !

Auteur : Drago Jancar est né le 13 avril 1948 à Maribor en Slovénie. Après des études de droit, il devient rédacteur en chef du journal des étudiants, Katedra. Opposé au régime communiste et à ses gouvernants, il connaît la prison. Scénariste, puis éditeur, il se consacrera ensuite avec génie au roman et à la nouvelle avec des oeuvres telles que : L'élève de Joyce (2003), Aurore boréale (2005), Katarina, le paon et le jésuite (2009) et Des bruits dans la tête (2009).

Mon avis : (lu en juillet 2015)
J'ai décidé de découvrir ce roman grâce à la blogosphère et pour le Challenge Voisins Voisines... C'est la première fois que je lis un livre slovène !
C'est un roman construit comme un roman policier. Veronika et son mari Leo ont disparu lors d'une nuit de janvier 1944 dans des circonstances mystérieuses. Qui était Veronika, cette femme troublante, inoubliable ? Que c'est-il vraiment passé la nuit de sa disparition ? Ce sont cinq narrateurs qui se succèdent pour raconter cette histoire. 
En premier, il y a Stevo, un modeste officier de l'armée royale yougoslave, en 1937 il rencontre Veronika, grande bourgeoise slovène, libre, il est son professeur d'équitation, et devient son amant. Pour Stevo, Veronika quitte son mari et son statut social, ensemble ils se retrouveront au fin fond de la Serbie, loin de Ljubljana dans dans une petite ville de garnison. Et malgré leur amour, Veronika retournera bientôt auprès de son époux. Le deuxième narrateur est Mme Josipina, la mère de Veronika, depuis la fin de la guerre, elle vit seule : son époux est décédé, Veronika et son mari ont disparus cette fameuse nuit et elle voudrait comprendre. Puis c'est au tour du docteur Horst Hubermayer, médecin militaire allemand, invité et ami du couple disparu de faire son récit. Le quatrième narrateur, Jozi, est la gouvernante du manoir, elle était présente le soir de la disparition de ses patrons et pour finir c'est Ivan Jeranek, un paysan slovène employé au manoir, qui depuis l'invasion de la Slovénie par l'armée du Reich, appartient au maquis. Tour à tour, ils compléteront peu à peu l'histoire. Le lecteur découvre non seulement l'histoire de Veronika, mais également celle de son pays, de l'Europe centrale, durant la Seconde Guerre Mondiale. 
Un beau roman, à la fois dramatique et nostalgique qui dénonce l'absurdité de la guerre.

Extrait : (début du livre)
Cette nuit, je l’ai vue comme si elle était vivante. Après avoir traversé la baraque, elle s’est avancée entre les châlits où mes camarades respiraient calmement dans leur sommeil. Elle s’est arrêtée à ma hauteur, m’a regardé un moment l’air pensif, un peu absent, comme toujours lorsqu’elle ne pouvait pas dormir et qu’elle errait dans notre appartement à Maribor, elle s’est arrêtée devant la fenêtre, s’est assise sur le lit, puis elle est retournée vers la fenêtre. Qu’y a-t-il, Stevo? a-t-elle dit, toi non plus, tu ne peux pas dormir? Sa voix était sourde, grave, presque masculine, légèrement voilée, absente comme son regard. J’ai été surpris quand j’ai reconnu sa voix, si distinctement sienne, qui s’était perdue avec les années quelque part dans le lointain. Sa silhouette, je pouvais la faire réapparaître à tout moment, ses yeux, ses cheveux, ses lèvres, oui, son corps aussi qui s’était tant de fois écroulé, essoufflé, à mes côtés, mais je ne parvenais plus à entendre sa voix; quand on ne voit pas quelqu’un pendant longtemps, c’est sa voix qui disparaît la première, son timbre, sa couleur et son intensité. Il y a très longtemps que je ne l’avais pas vue, combien de temps? au moins sept ans, me suis-je dit. J’ai frissonné. Pourtant, dehors, c’était la dernière nuit de mai et le printemps touchait presque à sa fin, le printemps de cette terrible année 1945, et alors que tout annonçait déjà l’été, qu’il faisait chaud dehors, et que la chaleur des corps des hommes respirant et suant rendait l’air du baraquement presque étouffant, j’ai frissonné à cette pensée. Sept ans. Dans sept longues années, chantait autrefois ma Veronika, dans sept longues années, nous nous reverrons, quand elle était triste, elle chantait cet air populaire slovène qu’elle aimait particulièrement et elle me regardait du même air absent que ce soir, seul le Dieu du ciel sait quand sept années auront passé. J’aurais voulu lui dire, c’est bien que tu sois venue, même si c’est au bout de sept ans, Vranac est toujours avec moi, si tu veux le voir, j’aurais voulu lui dire, il est là-bas, derrière l’enclos, avec les chevaux des autres officiers, il a la vie belle, il peut courir dans la prairie, il n’a pas besoin de rester à l’écurie, il est en bonne compagnie, même si ta main lui manque à lui aussi… comme elle me manque à moi, c’est ce que j’aurais voulu lui dire, mais ma voix est restée dans ma gorge, un son gargouillant et sourd est sorti de ma bouche à la place des mots que je voulais prononcer. J’aurais voulu lui dire, je pensais que tu vivais dans un manoir au milieu des montagnes slovènes, est-ce que tu montes un peu dans les environs? J’ai tendu la main pour toucher ses cheveux, mais elle a reculé, je vais m’en aller maintenant, a-t-elle dit, tu sais bien, Stevo, que je ne peux pas rester. Je savais bien qu’elle ne pouvait pas rester, tout comme elle n’avait pas pu rester il y a sept ans, quand elle avait quitté pour toujours notre appartement de Maribor; si elle n’avait pas pu rester là-bas, comment aurait-elle pu rester ici, dans la baraque d’un camp de prisonniers, parmi les officiers de l’armée royale endormis sur qui veillait, accrochée au mur, près de la porte, la photographie d’un jeune roi en uniforme de lieutenant de la garde, la main posée sur son sabre, la photographie d’un roi dépossédé de son royaume au milieu de ses fidèles sujets dépossédés de leur patrie. À ce moment-là, un cheval a henni bruyamment, je suis presque sûr que c’était Vranac, peut-être était-elle passée le voir lui aussi, avant de partir pour toujours, peut-être était-ce de joie quand il l’avait sentie à proximité, quand elle avait probablement, comme elle le faisait toujours, posé sa main sur ses nasaux en disant, Vranac, maintenant je vais te seller. 

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Slovénie

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