25 septembre 2012

Là où j'irai - Gayle Forman

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Oh ! Editions - novembre 2010 - 281 pages

Pocket - novembre 2011 - 238 pages

Pocket jeunesse - novembre 2011 - 242 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-France Girod

Titre original : Where she went, 2010

Quatrième de couverture :
Il y a trois ans, il l’a suppliée de rester. À tout prix. Et Mia est sortie du coma. Pour quitter Portland, peu après, pour le quitter 
lui. C’était le prix à payer. Et la voilà de nouveau en chair et en os. Ce soir, Carnegie Hall est à guichets fermés. Tout New York est venu admirer sa virtuosité au violoncelle. Et Adam s’est glissé dans la salle. Lui, la rock star à la vie dissolue, pourchassé par les paparazzis, il tremble… Souvenirs et mélodies affluent – retrouvailles en si majeur…

Auteur : Gayle Forman vit à Brooklyn avec son mari et leurs filles. Ses livres, tous des best-sellers, sont traduits dans le monde entier.

Mon avis : (lu en septembre)
"Là ou j'irai" est la suite de "Si je reste", nous avions laissé Mia et Adam qui se séparaient pour cause d'études et nous les retrouvons dans des vies bien différentes même si l'un et l'autre ont réussi dans leur domaine. Mia, violoncelliste virtuose, joue maintenant à Carnegie Hall et Adam est devenu une rock star traquée par la presse et les fans.
Un peu par hasard, ils vont se retrouver à New-York et faire une longue balade dans la ville dans des lieux insolites. C'est romantique et poétique, cela se lit facilement. C'est sans prétention. Un moment de lecture détendant et sympathique.    

Merci Azilis pour ce livre offert lors du Swap Anniversaire organisé par Hérisson 

Extrait : (début du livre)
Chaque matin, en m'éveillant, je me dis : Ce n'est qu'une journée, vingt-quatre heures à passer. Je ne sais plus ni quand ni pourquoi j'ai pris l'habitude de cet encouragement quotidien. On dirait l'une des douze étapes de ces groupes d'Anonymes, dont je ne fais pourtant pas partie. Encore qu'à lire les âneries qu'on écrit sur moi, on pourrait penser que je devrais. Je mène le genre de vie devant lequel beaucoup bavent d'envie. Et malgré tout, j’éprouve le besoin de me rappeler la durée d’une journée, pour me persuader que si j’ai réussi à passer celle de la veille, j’irai au bout de la prochaine.
Après mon petit mantra, je jette un coup d'oeil à la pendulette minimaliste posée sur la table de nuit de l'hôtel. Elle indique 11h47, autrement dit l'aube, pour moi. La réception m'a déjà téléphoné deux fois pour me réveiller et notre manager, Aldous, a pris le relais, poliment, mais fermement. La journée qui m'attend n'a peut-être que vingt-quatre heures, mais elle s'annonce bien remplie. 

 

Déjà lu du même auteur : 

si_je_reste_ Si je reste 

50__tats
34/50 : Arizona
Bryn la petite amie d'Adam est originaire d'Arizona

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Le mois américain

Challenge New York en littérature
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12/38

drame 
Baby Challenge - Drame Livraddict : 12/20

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20 septembre 2012

Une seconde vie – Dermot Bolger

une_seconde_vie Éditions Joëlle Losfeld - janvier 2012 - 256 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas

Titre original : A Second Life, 2010

Quatrième de couverture :
Sean Blake réchappe de justesse à un accident de voiture à la  suite duquel il a été, pendant quelques secondes, déclaré cliniquement mort. A son réveil, bouleversé, Sean perçoit le 
monde tout à fait différemment, comme s'il débutait une nouvelle existence. Mais ce n'est pas la première fois que Sean voit sa vie modifiée. A six semaines, il a été retiré à sa mère, une jeune fille forcée par la société et l'Eglise de le laisser à l'adoption. Avec le sentiment d'être devenu étranger à sa femme et à ses deux enfants, et très certainement en premier lieu à lui-même, Sean décide de partir à la recherche de cette mère dont il ne sait rien. Avec beaucoup d'émotion et de sensibilité, Dermot Bolger nous entraîne dans une histoire particulière (déjà évoquée au cinéma dans le très émouvant Magdalene Sisters), celle de ces adolescentes irlandaises rompues et humiliées, dont le malheur se répercuta sur les générations futures.

Auteur : Dermot Bolger, né en 1959, est issu de la classe ouvrière du faubourg dublinois de Finglas. Il se consacre à l'écriture depuis 1980, et est considéré comme l'un des pairs de toute une génération d'écrivains irlandais. Un grand nombre de ses ouvrages a été traduit en français, dont Toute la famille sur la jetée du Paradis, paru aux Editions Joëlle Losfeld en 2008.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Dans la Note de l'auteur qui commence le livre, Dermot Bolger nous explique que ce livre est une deuxième version, son premier roman est paru en 1994 et celui-ci a été entièrement réécrit plus de quinze plus tard. Une seconde vie est l'histoire de la recherche d'un passé enfoui : le passé d'un homme, d’une femme et le  passé d'un pays.
Tout commence à Dublin avec un accident de la route et Sean Blake la victime, marié, père de deux jeunes enfants Benedict et Sinéad, survole la scène où il se voit mort. Finalement, Sean revient à la vie mais celle-ci a changé pour lui, cet accident l'a renvoyé à son passé. A l'âge de onze ans, Sean a appris qu'il était un enfant adopté. Devenu adulte, il a tout fait pour l'oublier, en particulier, il n'en a jamais parlé à Géraldine, sa femme.
Au même moment, à Coventry, Elisabeth est réveillé brutalement. Mariée à Jack, mère de trois filles, elle vit depuis plus de trente ans avec un secret. A l'âge de dix-neuf ans, elle a eu un petit garçon qui lui a été retiré à six semaines. Et depuis, il n'y a pas eu un jour où elle n'a pas pensé à son petit garçon. Elisabeth a toujours eu l'espoir de le revoir un jour.
Le thème de fond est donc l'adoption mais également le scandale en Irlande des couvents de la Madeleine. 
On peut diviser le livre en deux parties, dans la première Sean s’interroge sur le trouble qui l’envahi et qui l’empêche de vivre heureux avec sa femme et ses deux enfants. Il revient sur les souvenirs de son enfance et sur les images qu’il a vu durant son expérience de mort éminente. Cette première partie est un peu lente et parfois peu claire comme peut être l’état d’esprit de Sean qui se sent perdu… Doit-il oui ou non retrouver sa mère adoptive ? Comment va-t-elle l’accueillir ? Elle l’a abandonné bébé, peut-être l’a-t-elle complètement oublié ?
Dans la deuxième partie, Sean a pris la décision de partir à la recherche de sa mère et de prendre le risque de se faire rejeter. Il a besoin de comprendre l’histoire de sa mère pour comprendre sa propre histoire et pouvoir avancer dans sa vie. Cette partie est beaucoup plus rythmée et émouvante. Cette partie est bouleversante et Sean et Lizzy sont vraiment très attachants. Une très belle découverte ! 

Extrait : (début du livre)
Celui qui avait repeint l'ambulance avait oublié la bordure supérieure des portières. Vus d'en haut, les sillons écaillés de la carrosserie ressemblaient au lit d'une rivière asséchée. Le dessus du chapeau de l'ambulancier était  tacheté de poussières et de pellicules et, quand il releva la tête de ma poitrine, je vis mon visage tourné vers le ciel, strié de sang. Les deux arbres séculaires qui surplombaient le portail du Jardin botanique avaient perdu leurs feuilles. Pourtant, au milieu de leurs profondeurs, un merle appelait.
Depuis combien de temps ne m'étais-je pas senti aussi serein ? Les insignifiantes tracasseries du début de matinée, le service photo du magazine qui avait téléphoné pour me rappeler les échéances à respecter, mon fils de trois ans, Benedict, qui refusait de manger et se désintéressait petit à petit de ses cadeaux de Noël, me paraissaient lointaines. Seules quelques minutes s'étaient écoulées entre-temps, mais c'était comme si je n'avais plus eu le moindre rapport avec mon ancienne vie. Et, à mon grand étonnement, je n'éprouvais ni douleur physique, ni tristesse, ni impression de perte. Mais j'observais au-dessous de moi la scène de l'accident avec une insouciante désinvolture.
De la mousse obstruait les gouttières de l'immeuble au coin de la rue. Il y avait sur le toit des ardoises cassées qui provoqueraient des dégâts pendant l'hiver. Une jeune étudiante jeta un coup d'oeil à travers les rideaux en dentelle d'une lucarne. Tandis qu'elle se penchait pour observer les voitures bloquées dans les deux sens, je vis les ballons de fête dont elle avait scotché les ficelles sur la vitre et le haut de sa tête encore mouillée de la douche. Les automobilistes qui nous regardaient derrière leur pare-brise semblaient terriblement stressés. Où allaient-ils tous, en ces limbes de Noël et le jour de l'An, quand les bureaux et les usines étaient fermés ? J'étais désolé pour eux, car voici qu'ils se retrouvaient forcés de comtempler mon cadavre. Mais pas pour moi. Je ne ressentais vraiment aucune émotion particulière vis-à-vis de mon corps qui gisait à moitié hors de la voiture broyée, et à moitié dedans. 

 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Irlande

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

 

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14 septembre 2012

Home - Toni Morrison

home Éditions Christian Bourgeois – aôut 2012 - 154 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Laferrière

Titre original : Home, 2012

Quatrième de couverture :
Toni Morrison nous plonge dans l'Amérique des années 1950.

« Home est un roman tout en retenue. Magistral. [...] Écrit dans un style percutant, il est d'une simplicité trompeuse. Ce conte au calme terrifiant regroupe tous les thèmes les plus explosifs que Morrison a déjà explorés. Elle n'a jamais fait preuve d'autant de concision. C'est pourtant dans cette concision qu'elle démontre toute l'étendue et la force de son écriture. » 
The Washington Post

« Ce petit roman envoûtant est une sorte de pierre de Rosette de l'œuvre de Toni Morrison. Il contient en essence tous les thèmes qui ont toujours alimenté son écriture. [...] Home est empreint d'une petite musique feutrée semblable à celle d'un quatuor, l'accord parfait entre pur naturalisme et fable. [...] Mme Morrison adopte un style tranchant qui lui permet de mettre en mots la vie quotidienne de ses personnages avec une précision poétique. » 
The New York Times

Auteur : Toni Morrison est née en 1931 à Lorain (Ohio) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Après des études de lettres et une thèse sur le thème du suicide dans l’oeuvre de William Faulkner et de Virginia Woolf, elle fait une carrière de professeur aux universités de Texas Southern, Howard, Yale et Princeton. Après avoir travaillé comme éditrice chez Random House, elle obtient en 1988 le prix Pulitzer avec Beloved. Le prix Nobel de littérature lui est décerné en 1993. Aujourd’hui retraitée de l’université, Toni Morrison a toujours eu le souci de s’entourer d’artistes contemporains - musiciens, plasticiens, metteurs en scène - avec qui elle a régulièrement collaboré. En septembre 2011, elle a ainsi présenté l’adaptation de son Desdemona par Peter Sellars au théâtre des Amandiers de Nanterre. Toni Morrison est l’invitée d’honneur du festival America qui se tient à Vincennes du 20 au 23 septembre.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Je n’avais encore jamais lu de livre de Toni Morrison avant celui-ci, et ce fut une belle découverte.
L'histoire se situe dans l'Amérique des années 1950, dans un pays profondément raciste.
Frank Money est un vétéran noir de la guerre de Corée qui traverse une bonne partie des États-Unis pour retourner dans sa Géorgie natale. Il doit retrouver sa jeune sœur Cee qui a besoin de lui.
Le livre est construit avec en alternance des chapitres écrits en italiques où Frank est le narrateur, il revient sur ses souvenirs d’enfance, puis sur ses souvenirs de Corée. Les autres chapitres sont écrits la 3ème personne et sont consacrés d’abord aux différents personnages de l’histoire : Frank, Cee, Lenore la grand-mère, Lily la femme que Frank rencontre après son retour de Corée, puis au voyage à travers les États-Unis et au dénouement de l’histoire.
Le style est épuré mais profond, beaucoup de thèmes sont évoqués par Toni Morrison par cette courte histoire. 

Extrait : (début du livre)
Ils se sont dressés comme des hommes. On les a vus. Comme des hommes ils se sont mis debout. 
On n'aurait pas dû se trouver à proximité de cet endroit. Comme la plupart des terres cultivées à l'extérieur de Lotus, Géorgie, celle-ci comportait une multitude d'avertissements effroyables. Les menaces étaient accrochées à des clôtures en treillis retenues par un pieu tous les quinze mètres environ. Mais quand on a vu un passage creusé par un animal quelconque - un coyote ou un chien de chasse - on n'a pas pu résister. On était seulement des gosses. Elle, l'herbe lui arrivait à l'épaule et moi, à la taille, donc on a traversé le passage à plat ventre, en prenant garde aux serpents. La récompense valait bien le mal que le jus d'herbe et les nuées de moucherons nous avaient fait aux yeux, parce que juste en face de nous, à environ cinquante mètres, ils se sont dressés comme des hommes. Les sabots en l'air qui cognaient et frappaient, la crinière rejetée en arrière pour dégager des yeux blancs affolés. Ils se mordaient comme des chiens mais quand ils se sont mis debout, en appui sur leurs jambes de derrière, celles de devant autour du garrot de l'autre, on a retenu notre souffle, émerveillés. L'un était couleur de rouille, l'autre d'un noir profond ; tous les deux luisants de sueur. Les hennissements n'étaient pas aussi effrayants que le silence qui a suivi une ruade dans les lèvres retroussées de l'adversaire. Tout près, des poulains et des juments grignotaient de l'herbe ou regardaient ailleurs, indifférents. Puis ça s'est arrêté. Celui couleur de rouille a baissé la tête et piaffé pendant que le vainqueur s'éloignait en gambadant selon un arc de cercle, bousculant les juments devant lui. 
Alors qu'on retraversait l'herbe en jouant des coudes pour regagner le passage et éviter la file de camions garés de l'autre côté, on s'est perdus. Bien qu'il nous ait fallu une éternité pour de nouveau apercevoir la clôture, aucun de nous deux n'a paniqué, jusqu'à ce qu'on entende des voix, pressantes, mais basses. Je l'ai attrapée par le bras et j'ai mis un doigt sur mes lèvres. Sans jamais lever la tête, juste en regardant à travers l'herbe, on les a vus tirer un corps d'une brouette et le balancer dans une fosse qui attendait déjà. Un pied dépassait du bord et tremblait, comme s'il pouvait sortir, comme si, en faisant un petit effort, il pouvait surgir de la terre qui se déversait. On ne voyait pas le visage des hommes qui procédaient à l'enterrement, seulement leur pantalon ; mais on a vu le tranchant d'une pelle enfoncer le pied qui tressautait pour lui faire rejoindre ce qui allait avec. Quand elle a vu ce pied noir, avec sa plante rose crème striée de boue, enfoui à grands coups de pelle dans la tombe, elle s'est mise à trembler de tout son corps. Je l'ai prise par les épaules en la serrant très fort et j'ai essayé d'attirer son tremblement dans mes os parce que, en tant que grand frère âgé de quatre ans de plus qu'elle, je pensais pouvoir y arriver. Les hommes étaient partis depuis longtemps et la lune était un cantaloup au moment où on s'est sentis suffisamment en sécurité pour déranger ne serait-ce qu'un brin d'herbe et repartir à plat ventre, en cherchant le passage creusé sous la clôture. Quand on est rentrés chez nous, on s'attendait à prendre une raclée ou du moins à se faire gronder pour être restés si tard dehors, mais les adultes ne nous ont pas remarqués. Leur attention était accaparée par des troubles. 
Puisque vous tenez absolument à raconter mon histoire, quoi que vous pensiez et quoi que vous écriviez, sachez ceci : je l'ai vraiment oublié, l'enterrement. Je ne me souvenais que des chevaux. Ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes. 

50__tats
33/50 : Washington D.C.
Étudiante puis professeur à l'Université d'Howard
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Le mois américain

Challenge 1% Littéraire 2012
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2/7

 

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08 septembre 2012

La veuve de papier – John Irving

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Seuil – avril 1999 – 581 pages

France loisirs - 1999 – 641 pages

Points – juin 2000 – 656 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Josée Kamoun

Titre original : A Widow For One Year, 1998

Quatrième de couverture :
Été 1958. Ted Cole, séducteur invétéré et auteur à succès de contes effrayants pour enfants, engage Edward O'Hare, seize ans, pour un travail saisonnier ; officiellement, il l'emploie comme assistant ; mais en fait, il cherche plutôt à le pousser dans les bras de sa femme, Marion, pour hâter un divorce devenu inévitable depuis la mort accidentelle de leurs deux fils. L'entreprise ne réussit que trop bien, puisque le jeune homme s'éprend violemment de la belle épouse ; mais, hantée par ses démons, Marion quitte brusquement la maison, laissant derrière elle un mari surpris, un amant passionné et une petite fille désorientée, Ruth Cole. Automne 1990. Ruth est devenue un écrivain de renom, qui appréhende le mariage et la maternité. Elle profite d'une tournée de promotion à Amsterdam pour aller enquêter sur le milieu de la prostitution, cadre de son prochain roman ; là, elle se retrouve plongée au cœur des peurs de son enfance... Ce conte merveilleux possède le souffle des meilleurs Irving. Mêlant burlesque et mélancolie, épisodes licencieux et chagrin,Une veuve de papier est un bel hymne à la vie et à l'amour.

Auteur : John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). La publication de son quatrième roman, Le Monde selon Garp, lui a assuré la renommée et la reconnaissance internationales. Depuis, l'auteur accumule les succès auprès du public et de la critique. Marié et père de trois garçons, John Irving partage son temps entre le Vermont et le Canada.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Cela fait plus d'un an que je voulais lire ce livre qui se trouve dans ma PAL depuis bien longtemps, le Challenge Irving de Valérie et la Lecture Commune prévu le 6 septembre pour Une prière pour Owen m'ont bien encouragés pour m'y plonger...
J'ai pas réussi à être au rendez-vous du 6/09, car ce livre est plus dense que je l'imaginais et j'ai mis plus de temps à le lire.

Ce livre nous raconte l'histoire de Ruth Cole dans la première partie, c'est l'été 1958, elle a 4 ans, ses parents ne s'occupent pas beaucoup d'elle, leur couple est proche du divorce. Son père Ted est un pseudo artiste, grand séducteur, sa mère Marion est en dépression depuis la mort accidentelle 8 ans plus tôt de ses deux fils Thomas et Timothy. Des photographies des deux disparus tapissent les murs de toute la maison et Marion n'arrive pas à aimer sa fille tellement inquiète qu'elle disparaisse également. Cet été, Eddie un jeune garçon de 16 ans est venu travailler comme assistant de Ted, pour le conduire et répondre à son courrier. Dès son arrivée, Eddie est subjugué par la beauté de Marion et devient amoureux d'elle. Cette dernière abandonnée par son mari et flattée cède à ses avances et devient son amant pour l'été. Puis du jour au lendemain, Marion disparaît laissant sa fille, son mari et Eddie en emportant toutes les photos de ses fils...

Dans la deuxième partie, Ruth a maintenant 36 ans, elle est devenue écrivain à succès, elle a l'occasion de revoir Eddie lui aussi devenu écrivain, il a 48 ans et n'a jamais oublié cet été de 1958 et son histoire d’amour pour Marion. Il est toujours amoureux. Lors d'une tournée de promotion en Europe, Ruth veut s’inspirer du quartier chaud d’Amsterdam pour son prochain roman, elle décide d'aborder Rooie, une prostituée, pour l'interroger sur son métier et éventuellement la regarder travailler... Elle va malgré elle assister à une scène terrible...

Cette histoire est multiple, très prenante mais également dense, de nombreuses histoires, de nombreux personnages, de l'amour, du suspense... J'ai aimé cette lecture même si je l'ai trouvé un peu longue à mon goût... L'auteur a vraiment une imagination débordante !

Extrait : (page 16)
Ses parents s'attendaient à avoir un troisième fils, mais là n'est pas la raison pour laquelle Ruth Cole devint écrivain. Ce qui alimenta sans doute son imagination, c'est que, dans cette maison où elle grandit, les photos des frères morts furent une présence plus forte que toute présence qu'elle sentait chez son père ou sa mère ; en outre, après que sa mère les abandonna, elle et son père, en emportant presque tous les clichés de de ses fils perdus, elle se demanda pourquoi son père laissait les crochets des-dites photos au mur. Ces crochets nus eurent leur part de sa vocation d'écrivain : des années après la disparition de sa mère, elle essayait encore de se rappeler quelle photo pendait à quel crochet. Et devant l'échec de sa mémoire à lui restituer les photos des disparus, elle se mit à inventer tous les instants capturés de leur courte vie qu'elle avait manquée. La mort de Thomas et Timothy avant sa naissance joua elle aussi son rôle dans sa vocation; dès l'aube de sa mémoire, il lui avait fallu les imaginer.  

A Challenge for John Irving
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Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Objet"

Challenge le nez dans les livres
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La reine des lectrices : 10/6

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32/50 : Vermont
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Le mois américain

 Challenge Pavé de l'été
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10 août 2012

Pleure, ô pays bien-aimé – Alan Paton

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Albin Michel – 1950 – 342 pages

Albin Michel – mai 1966 – 316 pages

Livre de Poche – janvier 1967 – 429 pages

Livre de Poche – 1978 – 429 pages

Livre de Poche – 1984 – 351 pages

Livre de Poche – juin 1997 -

Albin Michel – juin 1999 -

traduit de l'anglais par Denise Van Moppès

Titre original : Cry, the beloved country, 1948

Quatrième de couverture :
Appelé par sa sœur, Stephen Koumalo, le vieux pasteur noir d'un village d'Afrique du Sud doit se résigner à partir pour Johannesburg. Plusieurs de ses parents, dont son fils unique Absalon, sont déjà dans cette ville redoutable, le royaume des Blancs. Koumalo qui, tout au long de son existence, ne fut qu'amour et charité, découvre à Johannesburg la réalité brutale de l'apartheid, de la misère et de la déchéance qui règnent parmi les Noirs transplantés dans la grande ville. 

Auteur : Alan Stewart Paton est un écrivain et un homme politique sud-africain, fondateur du parti libéral d'Afrique du Sud.
Il est né en 1903 dans la province du Natal, aujourd'hui appelée KwaZulu-Natal. Sa famille descendait des colons anglais en Afrique du Sud. Ses parents appartenaient à la communauté religieuse protestante des christadelphians. Alan Paton obtint à l'université du Natal une licence de sciences ainsi qu'un diplôme d'enseignement.
Il devint enseignant en lycée, puis, de 1935 à 1948, proviseur d'un centre de rééducation pour mineurs délinquants. Il y introduisit des réformes progressistes en assouplissant les conditions de vie et en proposant toutes sortes de permissions en cas de bonne conduite : dortoirs plus ouverts, autorisation de travail hors du centre. Il autorisa aussi l'hébergement dans des familles d'accueil avec contrôle par l'institution.
Alan Paton voulut s'engager lors de la seconde guerre mondiale mais fut réformé. Il décida alors de voyager, à ses propres frais, pour découvrir les systèmes éducatifs étrangers et tout particulièrement leurs centres de rééducation. Il visita ainsi une partie de l'Europe et les États-Unis. Lors de son passage en Norvège, il commença à écrire son premier roman, Pleure, ô pays bien-aimé. Il en finit l'écriture fin 1946 à San Francisco, où il rencontra également son éditeur.
Rentré au pays en 1947, il fonda en 1953 le parti libéral sud-africain qui militait pacifiquement contre l'apartheid fraîchement instauré. Il en resta président jusqu'à sa dissolution en 1968, la loi interdisant alors les partis multiraciaux. Il prit sa retraite à Botha's Hill, dans sa province natale, où il meurt le 12 avril 1988. 

Mon avis :
Je me rappelle très bien avoir reçu ce livre comme cadeau d'anniversaire par mes parents, mais impossible de me souvenir pour quel âge exact, sans doute pour mes 15 ans.
Avec ce livre, j'ai découvert ce qu'était l'Afrique du Sud et la réalité brutale et injuste de l'apartheid.
C'est l'histoire d'un vieux pasteur zoulou Stephen Kumalo d'un petit village d'Afrique du Sud qui subit l'exode des hommes désignés pour le travail des mines d'or. Le vieux pasteur a reçu une lettre qui l'invite à se rendre à Johannesburg où son fils Absalon a disparu. Là-bas, il découvre la misère des populations noires, et après de longues et pénibles recherches il retrouve son fils en prison, lors d'un cambriolage Absalon a commis un meurtre sur un blanc. Il est condamné à mort.

Ce livre m'a marqué, beaucoup touché et adolescente, je l'ai relu plusieurs fois. Pour faire ce billet, j'en ai relu quelques passages et même si le style peu paraître un peu vieillot, j'ai retrouvé la force du livre.

 CryTheBelovedCountry1951 lost_in_the_star film_pleure_o_mon_

Ce livre a été adapté à plusieurs reprises au cinéma :
Pleure, ô pays bien-aimé (Cry, the Beloved Country) est un film britannique réalisé par Zoltan Korda, en 1951.
Lost in the Stars, en 1974 est un film américain réalisé par Daniel Mann.
Pleure, ô pays bien-aimé (Cry, the Beloved Country) est un film sud-africano-américain réalisé par Darrell Roodt en 1995.  

Extrait : (début du livre)
Il y a une jolie route qui mène d'Ixopo dans les collines. Ces collines sont couvertes de prairies, vallonnées et plus charmantes qu'on ne pourrait dire ou chanter. La route y monte pendant douze kilomètres jusqu'à Carisbrooke et, de là, lorsqu'il n'y a point de brouillard, l'on découvre à ses pieds l'une des plus belles vallées d'Afrique. Alentour s'étendent herbages et fougères et l'on entend au loin le cri mélancolique du titihoya (1), l'un des oiseaux du veld (2). Plus bas coule l'Umzikulu qui vient du Drakensberg et s'en va vers la mer et, de l'autre côté du fleuve, les hautes chaînes de collines se dressent les unes derrière les autres jusqu'aux montagnes d'Ingeli et d'East Griqualand.
La prairie est riche et touffue, l'on ne voit pas le sol. Elle retient la pluie et le brouillard qui pénètrent dans la terre, alimentant des ruisseaux dans tous les ravins. Elle est bien entretenue et il n'y a pas trop de troupeaux pour la paître, pas trop d'incendies pour la dévaster. Déchaussez-vous pour y marcher, car cette terre est sacrée et telle qu'elle sortit des mains du Créateur. Protégez-la, gardez-la, nourrissez-la, car elle protège les hommes, garde les hommes, nourrit les hommes. Détruisez-la et l'homme est détruit.
L'herbe alentour est riche et touffue et l'on n'aperçois pas le sol. Mais les riches collines vertes s'interroment. Elles descendent vers la vallée et, en descendant, changent de nature. Elles deviennent rousses, elles se dénudent ; elles ne retiennent plus la pluie ni le brouillard, et les ruisselets sèchent dans les ravins. Trop de troupeaux en paissent l'herbe et trop d'incendies les dévastent. Chaussez-vous bien pour marcher sur cette terre, car elle est rude et dure et les pierres sont coupantes sous les pieds. Elle n'est point entretenue, ni gardée ni nourrie, elle ne protège plus les hommes, ne garde plus les hommes, ne nourrit plus les hommes. Et il y a bien longtemps qu'on n'entend plus ici le cri du titihoya.
Les grandes collines rousses se dressent, désolées, et la terre s'en arrache comme de la chair. Les éclairs flamboient au-dessus d'elle, les nuages se déversent sur elle, les ruisseaux morts se remettent à couler gonflés du sang rouge de la terre. En bas, dans les vallées, les femmes grattent ce qui reste de terre arable et le maïs atteint à peine à la hauteur d'un homme. Ce sont des vallées de vieillards, de femmes et d'enfants. Les hommes sont partis, les jeunes sont partis. Le sol ne peut plus les nourrir.

(1) Onomatopée, désigne un oiseau de la famille du pluvier.
(2) Nom african, signifie prairie. Peut également servir à désigner l'herbe.

Souvenirs_souvenirs

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04 août 2012

Promenons-nous dans les bois – Bill Bryson

promenons_nous_dans_les_bois Payot – avril 2012 – 346 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Karine Chaunac

Titre original : A walk in the woods, 1997

Quatrième de couverture :
Rentré aux États-Unis au milieu des années 1990 après avoir longtemps vécu en Angleterre, le désopilant Bill Bryson nous avait raconté les péripéties de son quotidien dans American Rigolos (Payot, 2001). Outre observer la faune de ses concitoyens, il a voulu redécouvrir aussi son pays par un retour à la nature. Alors il s’est courageusement attaqué à l’Appalachian Trail, un sentier qui serpente à travers les montagnes sur 3 500 kilomètres, du Maine à la Géorgie.
Pour compagnon dans des paysages autrement plus tourmentés que son Iowa natal, Bill s’est choisi son vieux copain d’école, Stephen Katz, qu’il nous avait présenté dans Ma fabuleuse enfance dans l’Amérique des années 1950 (Payot, 2009). Le problème, c’est que Katz n’aime rien tant que regarder la série X-Files dans les motels. L’autre problème, c’est qu’en se promenant dans les bois on risque, comme dans la série, de croiser de drôles de créatures qui n’ont pas l’humour de l’auteur – des ours ou, pis, des randonneurs, sans oublier les petites plantes toxiques qui vous rendent plus vert qu’un Martien.
La littérature de voyage à la Bryson a pour immense avantage de ne pas endormir le lecteur en chemin. « Jamais un bouquin ne m’a fait autant rire ! » s’est exclamé Robert Redford après en avoir acquis les droits cinématographiques pour devenir Bill à l’écran aux côtés de Katz, alias Paul Newman. Le décès de ce dernier a repoussé le projet, mais Redford a récemment déclaré ne pas y avoir renoncé… 

Auteur : Né en 1951, Bill Bryson est un auteur américain de récits de voyages humoristiques, ainsi que de livres traitant de la langue anglaise et de sujets scientifiques. Il a vécu la majorité de sa vie d'adulte au Royaume-Uni.  

Mon avis : (lu en août 2012)
Je n'aurais jamais emprunté ce livre s'il ne m'avait pas été conseillé par ma Bibliothécaire préférée...
Avec beaucoup d'humour, l'auteur nous raconte sa longue randonnée avec son ami Stephen Katz sur le mythique sentier des Appalaches qui fait environ 3500 km de la Georgie au Maine en passant par tous les sommets. Ils sont deux quadragénaires pas spécialement préparés et leurs péripéties sont souvent hilarantes. C'est également un livre documentaire car il y a beaucoup de passages racontant l'histoire de sentier de randonnée qu'est l'Appalachian Trail. C'est très intéressant mais parfois cela devient lassant car les mésaventures et les rencontres de Bill et Stephen sont bien plus amusantes.
Je le conseille également pour le Challenge 50 états 50 billets car il y a le choix pour les états évoqués dans ce livre : Georgie, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Virginie, Pennsylvanie, Maine, New-Hampshire...  

Extrait : (début du livre)
Peu après avoir déménagé ma petite famille dans une bourgade modeste du New Hampshire, je suis tombé sur un chemin qui démarrait à la lisière de la ville pour disparaître dans les bois. Une pancarte indiquait qu'il ne s'agissait pas de n'importe quelle piste mais du célèbre sentier des Appalaches, ou AT pour «Appalachian Trail», qui longe la côte Est des États-Unis sur plus de 3 500 kilomètres à travers la paisible - et ô combien prometteuse - chaîne de montagnes du même nom.
C'est l'ancêtre des chemins de grande randonnée. La section qui traverse la Virginie fait à elle seule deux fois la longueur du Pennine Way, un itinéraire anglais qui mène du Derbyshire à la frontière écossaise. L'AT serpente de la Géorgie au Maine, à travers quatorze États, par-delà de plaisants mamelons rebondis dont les appellations mêmes - Blue Ridge, Smokies, Cumberlands, Catskills, Green Mountains, White Mountains - semblent une invitation à l'errance. Qui peut prononcer les mots de «Great Smoky Mountains» ou «Shenandoah Valley» sans sentir le besoin irrépressible, comme l'a évoqué au XIXe siècle le naturaliste John Muir, «de jeter une miche de pain et une livre de thé dans une vieille besace puis de sauter par-dessus la barrière du jardin» ?
Et voici que ce sentier se présentait à moi, à l'improviste, étirant ses courbes dangereusement séduisantes dans ce coin agréable de Nouvelle-Angleterre où je venais juste de m'installer. Cela paraissait absolument extraordinaire : je pouvais claquer la porte de chez moi et m'enfoncer dans les forêts de Géorgie sur 2 900 kilomètres ou partir en sens inverse et grimper les flancs escarpés et rocailleux des White Mountains jusqu'à la proue légendaire du mont Katahdin, à 700 kilomètres au nord. Et tout cela dans un environnement sauvage dont peu ont fait l'expérience. Au fond de moi, une petite voix murmurait : «Ça a l'air génial. Vas-y !»
J'ai échafaudé quelques bonnes raisons de me lancer dans l'aventure. Cela me remettrait en forme après des années à me traîner comme une larve. Cela me serait bénéfique - je ne savais pas en quoi, mais j'en étais sûr - d'apprendre à me débrouiller seul dans la nature.
Quand des types en pantalons de camouflage et chapeaux de chasse se mettraient à raconter leurs terrifiants exploits au comptoir du Four Aces, je ne me sentirais plus aussi benêt. Je voulais moi aussi un peu de la suffisance du gars buriné qui promène un regard d'acier sur l'horizon lointain et dit lentement, avec un reniflement viril : «Ouaip ! J'ai chié dans les bois. Et pas qu'une fois.»

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50__tats
32/50 : Virginie

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28 juillet 2012

Le Turquetto – Metin Arditi

le_turquetto Actes Sud – août 2011 – 288 pages

Quatrième de couverture :
Se pourrait-il qu’un tableau célèbre – dont la signature présente une anomalie chromatique – soit l’unique oeuvre qui nous reste d’un des plus grands peintres de la Renaissance vénitienne : un élève prodige de Titien, que lui-même appelait “le Turquetto” (le petit Turc) ?
Metin Arditi s’est intéressé à ce personnage. Né de parents juifs en terre musulmane (à Constantinople, aux environs de 1519), ce fils d’un employé du marché aux esclaves s’exile très jeune à Venise pour y parfaire et pratiquer son art. Sous une identité d’emprunt, il fréquente les ateliers de Titien avant de faire carrière et de donner aux congrégations de Venise une oeuvre admirable nourrie de tradition biblique, de calligraphie ottomane et d’art sacré byzantin. Il est au sommet de sa gloire lorsqu’une liaison le dévoile et l’amène à comparaître devant les tribunaux de Venise…
Metin Arditi dépeint à plaisir le foisonnement du Grand Bazar de Constantinople, les révoltes du jeune garçon avide de dessin et d’images, son soudain départ... Puis le lecteur retrouve le Turquetto à l’âge mûr, marié et reconnu, artiste pris dans les subtilités des rivalités vénitiennes, en cette faste période de la Renaissance où s’accomplissent son ascension puis sa chute.
Rythmé, coloré, tout en tableaux miniature, le livre de Metin Arditi convoque les thèmes de la filiation, des rapports de l’art avec le pouvoir, et de la synthèse des influences religieuses qui est la marque particulière du Turquetto.
Né en Turquie, familier de l’Italie comme de la Grèce, Metin Arditi est à la confluence de plusieurs langues, traditions et sources d’inspiration. Sa rencontre avec le Turquetto ne doit rien au hasard, ni à l’histoire de l’art. Car pour incarner ce peintre d’exception, il fallait d’abord toute l’empathie – et le regard – d’un romancier à sa mesure.

Auteur : Né à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Chez Actes Sud, il est l'auteur de Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (2005), L'Imprévisible (2006), Victoria-Hall et La Fille des Louganis (2007), Loin des bras (2009)

Mon avis : (lu en juillet 2012)
C'est Anne (du blog Des mots et des notes) et son interview radio qui m'a vraiment donnée envie de découvrir ce livre. D'autant plus que j'avais déjà lu trois livres de Metin Arditi. Le sujet, la peinture, m'intéressait également.
Dès le début du livre, dans une note au lecteur, Metin Arditi évoque un tableau présent au Louvre, L'Homme au gant attribué à Le Titien et dont la signature « TICIANUS » pose des interrogations, en effet le T initiale et les autres lettres n'ont pas tout à fait la même couleur, il semblerait que la signature a été faite en deux temps et par deux mains différentes...
Et l'histoire commence en 1531 à Constantinople, Elie est un jeune juif de douze ans, sa mère est morte en le mettant au monde. Elie a un vrai don pour le dessin mais sa religion lui interdit de « représenter Dieu et ses œuvres ». Il apprend auprès d'un musulman Djebal la calligraphie et à fabriquer des encres. Dans cette ville cosmopolite, Elie rencontre Efhymios grec et pope dans l'église Saint-Sauveur qui lui parle de Venise la patrie des peintres. A la mort de son père, Elie décide de quitter Constantinople et d'embarquer pour Venise. Quarante-trois ans plus tard, nous retrouvons Elie, en cachant ses origines, il a été l'élève de Le Titien, il est devenu Le Turquetto « le petit Turc », l'un des peintres à la mode de Venise...
Ce livre est passionnant, le destin du Turquetto imaginé par Metin Arditi est incroyable. Il est également question de religions, d'art, de Venise et d'histoire. Les descriptions détaillées des tableaux du Turquetto sont si magnifiques que j'avais  l'impression de les voir vraiment.
Ce livre est une très belle découverte que je regrette de n'avoir pas lu plus tôt !

le_titien_jeune_homme 
L'homme au gant

 Pour voir les détails de la signature, il faut aller voir le vrai tableau au Louvre...

 

Extrait : (début du livre)
- Elie ! Ton père s'est arrêté !
Cette manie qu'avait Arsinée de crier, alors qu'il était sous ses yeux !
Il se tourna vers son père. Le front baigné de transpiration, celui-ci pressait sur sa vessie et urinait en pleine rue, comme les portefaix et les mendiants... Depuis qu'ils avaient pris le chemin du Bazar, c'était la troisième fois.
Elie baissa les yeux, vit de petits jets rosâtres s'échapper de la verge de son père, par intermittence, et observa les gouttelettes se perdre dans la terre battue. Soudain, il leva son regard. Ses yeux se firent durs comme deux billes noires, ses traits se tendirent et durant une dizaine de secondes il scruta son père avec férocité. Il vit un homme maigre, voûté, mal soigné...
Il le dessinerait de face. Et il tricherait. Comme chaque fois qu'il faisait un portrait de lui. Il ajouterait de la force dans le regard, ou rehausserait le port de tête, ou donnerait un peu de dignité à la posture.
Comme presque tous les dessins d'Elie, celui-ci serait "pour la pile". Elie s'asseyait en tailleur, fermait les yeux, cachait son visage de ses mains et, tout à l'intérieur de lui-même, s'imaginait en train de dessiner. Une mine de plomb à la main, il traçait un premier trait, par exemple un ovale de visage ou une ligne d'épaule, puis un deuxième, comme s'il dessinait vraiment, et ainsi de suite jusqu'à ce que le dessin soit en place. Il le regardait alors avec intensité, ajoutait ici une ombre, là un dégradé, fronçait un regard, marquait une tension sur un muscle, exactement comme si tout ce qu'il faisait était réel. Après quoi il regardait le dessin en y mettant toutes ses forces, s'en imprégnait jusqu'au plus infime détail, et le déposait sur le haut d'une pile, imaginaire elle aussi, dans un coin précis de la pièce minuscule qu'il partageait avec son père.
Le plus étrange, lorsqu'il dessinait pour la pile, touchait à la violence des émotions qui le traversaient. Dans de tels instants, un sentiment de suprématie le portait tout entier. Rien ne lui semblait impossible. Il travaillait à la plume, au pinceau, ou à la mine d'argent, utilisait mille couleurs, donnait des effets d'ombre ou de clair-obscur, en un mot, il dessinait selon son bon vouloir. Il était, enfin, maître de sa vie.
- Toi, reprit Arsinée, il faut toujours tout te répéter ! Et regarde-moi quand je te parle !
D'un coup l'envie le prit de l'énerver, et il se remit à marcher.
- Elie !
Une voix de moineau en train de piailler... Il haussa les épaules et s'arrêta. De toute façon, il n'allait pas tarder à la faire enrager.
- Pardonnez-moi, dit à cet instant son père en se tournant vers Arsinée et Roza, la Géorgienne qu'ils allaient vendre.
- Sami... fit Arsinée en secouant la tête comme pour un reproche, tu aurais dû rester à la maison.

 

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 Déjà lu du même auteur : 

la_fille_des_Louganis La fille des Louganis la_pension_Marguerite  La pension Marguerite loin_des_bras Loin des bras

 

Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
49/49 
 

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Suisse

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26 juillet 2012

Room - Emma Donoghue

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                     jaquette                                                                                   couverture originale

Stock - août 2011 - 408 pages

traduit de l'anglais (Canada) par Virginie Buhl

Titre original : Room, 2011

Quatrième de couverture :
« Room appartient à cette espère si rare, celle des vraies œuvres d’art. Vous dire qu’il ne ressemble à aucun autre livre est pour moi le plus beau des compliments. Il suffit de décrire sa puissance, sa beauté sombre et pleine de révélations. » Michael Cunningham

Sur le point de fêter ses cinq ans, Jack a les préoccupations des petits garçons de son âge. Ou presque. 
Il ne pense qu’à jouer et à essayer de comprendre le monde qui l’entoure, comptant sur sa mère pour répondre à toutes ses questions. Cette mère occupe dans sa vie une place immense, d’autant plus qu’il habite seul avec elle dans une pièce unique, depuis sa naissance.
 Il y a bien les visites du Grand Méchant Nick, mais Ma fait tout pour éviter à Jack le moindre contact avec ce personnage. Jusqu’au jour où elle réalise que l’enfant grandit, et qu’elle ne va pouvoir continuer longtemps à entretenir l’illusion d’une vie ordinaire. Elle va alors tout risquer pour permettre à Jack de s’enfuir. 
Mais l’enfant va-t-il réussir à trouver des repères loin de leur univers ? Quel accueil lui réservera le monde extérieur, lui l’enfant né de la captivité d’une femme ?
Room interroge la capacité de survie qui existe en chacun de nous, tout en célébrant les pouvoir du récit et du langage. Mais l’auteur résume magnifiquement son principal objet de réflexion : « Le drame essentiel de la parentalité : comment l’on passe d’un instant à l’autre du rôle de celui qui console à celui qui persécute, tout comme les enfants passent leur temps à illuminer notre vie et à nous rendre fous. J’ai essayé de saisir cette étrangeté et ce paradoxe. Devenir parent suscite les émotions les plus folles qu’on puisse ressentir. »

Auteur : Emma Donoghue est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Room, qui a été dans la shortlist du Booker Prize. Née en 1969 à Dublin, elle vit aujourd’hui au Canada. Elle est la mère de deux enfants.  

 

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Cela fait quelques temps que j’ai ce livre dans ma Liste à Lire, en particulier depuis le Salon du Livre de Paris où j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence sur le thème Ce qui n'est pas un fait divers est un roman où Emma Donoghue était présente. Elle m’avait donnée envie de découvrir son livre.
Jack est le narrateur de cette histoire, c’est un petit garçon de 5 ans plein d’énergie, intelligent et imaginatif. Depuis sa naissance, il vit seul avec sa Maman dans une petite pièce. Il ne connait rien de Dehors à part ce qu’il voit à la télévision. Ainsi Dora l'exploratrice est devenue sa grande copine. Il donne des noms à tous les objets qui l'entourent, ainsi il s'adresse à Monsieur Lit, Madame Table, Monsieur Tapis. Jack a pris ses habitudes, ses rituels, sa Maman a fait le maximum pour le protéger, l’élever, l’éduquer et bien sûr l’aimer. Puis le jour de la libération arrive et la vie après n’est pas si simple… Pour la maman c’est la joie et le soulagement mais pour Jack c’est à la fois excitant et angoissant.
J’ai mis quelques pages à m’habituer à la façon de parler de Jack et très vite je me suis plongée dans cette histoire sans plus pouvoir lâcher le livre. Emma Donoghue a choisi un sujet difficile mais elle a su parfaitement écrire un livre passionnant et très touchant. Le point de vue de Jack est tour  à tour amusant, bouleversant et émouvant. Un livre fort que je n’oublierai pas et qui ne laisse pas indifférent. 

Site du livre : http://www.roomthebook.com

Autres avis : Leiloona, Clara, Valérie, Enna

Extrait : (page 25)
- Tu sais quoi ? » Elle se relève. « Il faut qu'on inscrive le repère de ta taille maintenant que tu as cinq ans. »
Je saute en l'air, superhaut.
D'habitude, j'ai pas le droit de dessiner nulle part dans la Chambre ni sur ses mobiliers. Quand j'avais 2 ans, j'ai gribouillé sur le pied de Monsieur Lit, celui qui est contre Petit Dressing, alors quand on fait le ménage, Maman tapote le gribouillis et dit : « Regarde, on doit vivre avec ça pour toujours. » Mais la taille, c'est pas pareil. Il y a des tout-tout petits chiffres à côté de Madame Porte, un 4 noir, un 3 noir et en dessous un 2 rouge qui était la couleur de Petit Stylo, avant, sauf qu'après il marchait plus. Et tout en bas, on voit un 1 rouge.
« Tiens-toi bien droit », dit maman. Le stylo me chatouille en haut de la tête.
Quand je m'écarte, il y a un 5 noir juste un peu au-dessus du 4. Le 5 c'est mon chiffre plus préféré parce que j'ai cinq doigts à chaque main et aussi aux pieds, comme Maman : on est pareils tout crachés. 

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Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
48/49 
 

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
Irlande

Challenge God Save The Livre
 Challenge_anglais

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24 juillet 2012

Sunset Park – Paul Auster

sunset_park Actes Sud – septembre 2011 – 316 pages

Edition Theleme - mars 2012 – CD mp3

traduit de l'américain par Pierre Furlan

Titre original : Sunset Park, 2010

Quatrième de couverture :
Parce qu’il s’est toujours senti coupable de la mort accidentelle de son demi-frère, Miles s’est banni de sa propre histoire. Il a quitté sa famille, abandonné ses études, et travaille, en Floride, à débarrasser les maisons désertées par les victimes des subprimes. Amoureux d’une fille trop jeune, passible de détournement de mineure, Miles fait bientôt l’objet d’un chantage et est obligé – encore une fois – de partir. Il trouve alors refuge à Brooklyn où son fidèle ami Bing Nathan squatte une maison délabrée, en compagnie de deux jeunes femmes, elles aussi condamnées à la marge par l’impossibilité d’exprimer ou de faire valoir leurs talents respectifs. Désormais Miles se trouve géographiquement plus proche de son père, éditeur indépendant qui tente de traverser la crise financière, de sauver sa maison d’édition et de préserver son couple. Confronté à l’écroulement des certitudes de toute une génération, il n’attend qu’une occasion pour renouer avec son fils afin de panser des blessures dont il ignore qu’elles sont inguérissables…
Avec ce roman sur l’extinction des possibles dans une société aussi pathétiquement désorientée qu’elle est démissionnaire, Paul Auster rend hommage à une humanité blessée en quête de sa place dans un monde interdit de mémoire et qui a substitué la violence à l’espoir.

Auteur : Né à Newark, New Jersey le 03 février 1947, figure centrale de la scène culturelle new-yorkaise, Paul Auster commence à écrire des l'âge de 13 ans pour s'imposer vingt plus tard comme une référence de la littérature post-moderne. Diplômé en arts, il se rend à Paris dans les années 1970 où il se plonge dans la littérature européenne et gagne sa vie en traduisant Sartre, Simenon ou Mallarmé. Cette expérience aura une influence considérable sur l'œuvre du jeune écrivain parfois qualifié de 'plus français des écrivains américains'. Son premier ouvrage majeure est une autobiographie, 'L' invention de la solitude', écrite aussitôt après la mort de son père. Devenu célèbre grâce à la fameuse 'Trilogie américaine' et au roman 'Moon Palace', l'écrivain y déploie ses thèmes de prédilections : le rapport en fiction et réalité, la solitude, ou en encore la quête d'identité. Auster écrit également pour le cinéma : on lui doit par exemple l'écriture du scénario de 'Smoke' en 1995 et la réalisation d'un film en 2006, adaptation de son roman 'La Vie intérieure de Martin Frost'. Écrivain aux influences multiples, juives, européennes et bien sûr américaines, Paul Auster a su conquérir le monde entier par on œuvre dense et profonde.

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Ce livre est dans ma PAL depuis quelques temps et je me décide enfin à l'y sortir pour honorer le Challenge Paul Auster organisé par Mrs Pepys auquel je me suis inscrite il y a bientôt 1 an et qui se termine dans quelques jours.
Miles est le personnage principal de ce roman. Après la mort de son demi-frère dont il se sent coupable, il a quitté New-York et sa famille, abandonné ses brillantes études. Il a parti sur les routes des États-Unis et sept ans plus tard, il vit en Floride. Il travaille à vider les maisons abandonnées par les victimes des subprimes.
Il y a quelques mois, il a rencontré Pilar une jeune lycéenne mineur d'origine cubaine victime d'un chantage, il est obligé de fuir la Floride et il revient à New-York, à Brooklyn dans le quartier de Sunset Park dans une petite maison transformée en squat. Il y retrouve un ancien camarade, Bing Nathan, qui vit en communauté avec deux jeunes filles Ellen Brice et Alice Bergstrom.
A travers le destin de ces différents personnages Paul Auster nous fait le portrait d'une Amérique en pleine crise sociale ,politique et économique.
Tous ses personnages sont vraiment attachants. Il est question d'amour, de relations parents / enfants, de solidarité face aux difficultés.
Un très beau roman, fort mais sombre.  

Autres avis : Jostein, Keisha

Extrait : (début du livre)
Depuis presque un an, maintenant, il prend des photos d’objets abandonnés. Il y a au moins deux chantiers par jour, parfois jusqu’à six ou sept, et chaque fois que ses acolytes et lui pénètrent dans une nouvelle maison, ils se retrouvent face aux objets, aux innombrables objets jetés au rebut que les familles ont laissés en partant. Les absents ont tous fui précipitamment dans la honte et la confusion, et il est certain que, quel que soit le lieu où ils vivent à présent (s’ils ont trouvé un endroit où vivre et ne sont pas en train de camper dans les rues), leur nouveau logement est plus petit que la maison qu’ils ont perdue. Chacune de ces maisons est une histoire d’échec – de faillite, de cessation de paiement, de dette et de saisie – et il s’est chargé personnellement de relever les dernières traces encore perceptibles de ces vies éparpillées afin de prouver que les familles disparues ont jadis vécu là, que les fantômes de gens qu’il ne verra ni ne connaîtra jamais restent présents dans les débris qui jonchent leur maison vide.
On appelle son travail de l’enlèvement de rebuts ; il fait partie d’une équipe de quatre hommes employés par la Dunbar Realty Corporation, laquelle sous-traite ses services de “préservation de domicile” pour les banques locales qui, désormais, possèdent les propriétés en question. Les vastes terres plates du Sud de la Floride regorgent de ces constructions orphelines, et comme les banques ont intérêt à les revendre au plus vite, les logements vidés doivent être nettoyés, réparés et mis en état d’être montrés à des acheteurs éventuels. Dans un monde en train de s’écrouler, un monde de ruine économique et de misère implacable toujours plus étendue, l’enlèvement des rebuts est l’une des rares activités en plein essor dans cette région. Il a de la chance d’avoir trouvé ce travail, ça ne fait pas de doute. Il ignore combien de temps encore il va pouvoir le supporter, mais la rémunération est correcte et, dans un pays où les emplois se font de plus en plus rares, c’est sans conteste une bonne place.
Au début, il était stupéfait par le désordre et la crasse, l’état d’abandon. Rares sont les fois où il pénètre dans une maison que ses anciens propriétaires ont laissée impeccable. Le plus souvent, une éruption de violence ou de rage, un déchaînement de vandalisme irraisonné se sera produit au moment du départ : depuis les robinets ouverts au-dessus de lavabos et les baignoires qui débordent jusqu’aux murs défoncés à coups de masse, couverts de graffitis obscènes ou criblés d’impacts de balles, sans parler des tuyaux en cuivre arrachés, des moquettes tachées d’eau de Javel et des tas de merde déposés sur le plancher du séjour. Il est possible qu’il s’agisse là de cas extrêmes, d’actes impulsifs déclenchés par la rage d’être dépossédé, de messages de désespoir répugnants mais compréhensibles ; et s’il n’est pas toujours saisi par le dégoût quand il entre dans une maison, jamais cependant il n’ouvre une porte sans un sentiment de crainte. Inévitablement, la première chose contre laquelle il doit lutter, c’est l’odeur, la violence de l’air fétide qui assaille ses narines, les relents omniprésents où se mêlent moisi, lait aigre, litière de chat, cuvettes de w.-c. maculées d’ordure et nourriture en train de pourrir sur le plan de travail de la cuisine. Même laisser l’air frais s’engouffrer par les fenêtres ouvertes ne parvient pas à chasser ces odeurs ; même tout enlever avec la plus grande minutie et la plus grande attention n’arrive pas à effacer la puanteur de la défaite.

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Challenge Paul Auster
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Challenge New York en littérature
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30/50 : New York

Challenge 7% 
Rentrée Littéraire 2011
RL2011b
47/49 
 

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20 juillet 2012

L'Insoutenable légèreté de l'être - Milan Kundera

l_insoutenable_legerete_de_l_etre Milan_Kundera_L_insoutenable_legerete_de_l_etre l_insoutenable_legerete_de_l_etre_folio1990

Gallimard – avril 1984 – 393 pages

Folio – octobre 1989 – 476 pages

Folio – janvier 1990

traduit du tchèque par François Kérel

Titre original : Nesnesitelná lehkost bytí, 1982

Quatrième de couverture :
Qu'est-il resté des agonisants du Cambodge ?
Une grande photo de la star américaine tenant dans ses bras un enfant jaune.
Qu'est-il resté de Tomas ?
Une inscription : il voulait le Royaume de Dieu sur la terre.
Qu'est-il resté de Beethoven ?
Un homme morose à l'invraisemblable crinière, qui prononce d'une voix sombre : Es muss sein ! " Qu'est-il resté de Franz ?
Une inscription : Après un long égarement, le retour.
Et ainsi de suite, et ainsi de suite. Avant d'être oubliés, nous serons changés en kitsch. Le kitsch, c'est la station de correspondance entre l'être et l'oubli.

Auteur : Né à Brno en Tchécoslovaquie en 1929, Milan Kundera a enseigné l'histoire du cinéma à l'Académie de musique et d'art dramatique, puis à l'Institut des hautes études cinématographiques de Prague. Après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques, il perd son emploi, et ses ouvrages (La plaisanterie, 1965; Risibles amours, 1968...) sont interdits. Il émigre en France en 1975 où il enseigne la littérature comparée à l'université de Rennes puis à l’École des hautes études en sciences sociales. En 1981, il obtient la nationalité française. En 1984, L'insoutenable légèreté de l'être lui apporte une reconnaissance internationale. Suivent une poignée de chefs-d’œuvre parmi lesquels L'art du roman (1986), L'immortalité (1990), Les testaments trahis (1993), La lenteur (1995), L'identité (1997) ou encore L'ignorance (2003).   

Mon avis : (lu en juillet 2012)
Ce qui m'a incité à lire ce livre c'est d'une part le Baby Challenge - Contemporain Livraddict et ensuite ma sœur qui m'a gentiment prêté le livre. 
L'Insoutenable Légèreté de l'être est le cinquième roman de Milan Kundera, il a été écrit en 1982 et publié en France pour la première fois en 1984.
Le côté philosophique de cette lecture me faisait un peu peur, j'ai donc profité d'un voyage de 3 heures de train pour l'entamer. Finalement, il se lit plutôt facilement grâce à des chapitres assez courts.
Il faut situer l'histoire à Prague en 1968, c'est en Tchécoslovaquie le Printemps de Prague, puis le pays sera envahi par l'URSS. Les personnages principaux sont Tomas et Tereza. Tomas aime beaucoup Tereza mais ne peut pas s'empêcher d'avoir des aventures avec d'autres femmes. Tereza est jalouse mais ne l'exprime pas ouvertement. Il y a également deux autres personnages Sabina, artiste et l'une des maîtresses de Tomas, et Franz homme marié, amant de Sabina...
Le cours de la narration est interrompu par des interrogations, des réflexions de l'auteur sur l'homme, l'amour, l'infidélité.
J'ai été gêné par la construction du livre, où beaucoup de choses se mélangent : le présent, le passé, le récit, les rêves, les interrogations, les réflexions. Par moment, j'avais du mal à suivre...
Impossible de dire si j'ai aimé ou pas aimé ce livre...
J'ai aimé découvrir les conditions de vie sous l'occupation soviétique, ainsi Tomas chirurgien est obligé d'abandonner son métier pour ne pas renier ses convictions, il deviendra laveur de carreaux.
Je n'ai pas aimé dans cette histoire les perpétuels aller-retour entre présent et passé.
Malgré tout, je suis contente d'avoir pu découvrir ce classique de la littérature.

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Une adaptation cinématographique de L'Insoutenable Légèreté de l'être a été réalisée en 1988, par Philip Kaufman avec Daniel Day-Lewis, Juliette Binoche, Lena Olin.

Extrait : (début du livre)
L’éternel retour est une idée mystérieuse, et Nietzsche, avec cette idée, a mis bien des philosophes dans l’embarras : penser qu’un jour tout va se répéter comme on l’a déjà vécu et que cette répétition va encore indéfiniment se répéter ! Que veut dire ce mythe insensé ? 
Le mythe de l’éternel retour nous dit, par la négation, que la vie qui va disparaître une fois pour toutes et ne reviendra pas est semblable à une ombre, qu’elle est sans poids, qu’elle est morte dès aujourd’hui, et qu’aussi atroce, aussi belle, aussi splendide fût-elle, cette beauté, cette horreur, cette splendeur n’ont aucun sens. Il ne faut pas en tenir compte, pas plus que d’une guerre entre deux royaumes africains du XIVe siècle, qui n’a rien changé à la face du monde, bien que trois cent mille Noirs y aient trouvé la mort dans d’indescriptibles supplices. 
Mais est-ce que ça va changer quelque chose à cette guerre entre deux royaumes africains du XIVe siècle de se répéter un nombre incalculable de fois dans l’éternel retour ?
Oui, certainement : cela va devenir un bloc qui se dresse et perdure, et sa sottise sera sans rémission.
Si la Révolution française devait éternellement se répéter, l’historiographie française serait moins fière de Robespierre. Mais comme elle parle d’une chose qui ne reviendra pas, les années sanglantes ne sont plus que des mots, des théories, des discussions, elles sont plus légères qu’un duvet, elles ne font pas peur. Il y a une énorme différence entre un Robespierre qui n’est apparu qu’une seule fois dans l’histoire et un Robespierre qui reviendrait éternellement couper la tête aux Français.
Disons donc que l’idée de l’éternel retour désigne une perspective où les choses ne nous semblent pas telles que nous les connaissons : elles nous apparaissent sans la circonstance atténuante de leur fugacité. Cette circonstance atténuante nous empêche en effet de prononcer un verdict quelconque. Peut-on condamner ce qui est éphémère ? 
Les nuages orangés du couchant éclairent toute chose du charme de la nostalgie ; même la guillotine.
Il n’y a pas si longtemps, je me suis pris moi-même sur le fait : ça me semblait incroyable mais, en feuilletant un livre sur Hitler, j’étais ému devant certaines des ses photos ; elles me rappelaient le temps de mon enfance ; je l’ai vécu pendant la guerre ; plusieurs membres de ma famille ont trouvé la mort dans des camps de concentration nazis ; mais qu’était leur mort auprès de cette photographie d’Hitler qui me rappelait un temps révolu de ma vie, un temps qui ne reviendrait pas ?
Cette réconciliation avec Hitler trahit la profonde perversion morale inhérente à un monde fondé essentiellement sur l’inexistence du retour, car dans ce monde-là tout est d’avance pardonné et tout y est donc cyniquement permis.  

Challenge Voisins, voisines
voisin_voisines2012
République Tchèque
(Tchécoslovaquie)

littraturecontemporaines
Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 16/20

 

 

Posté par aproposdelivres à 07:43 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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