27 décembre 2012

Les curieuses rencontres du Facteur Skogli - Levi Henriksen

les_curieuses_rencontres Presse de la Cité - septembre 2012 - 333 pages

traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon

Titre original : Like østenfor regnet, 2008

Quatrième de couverture :
Le jour de son cinquième anniversaire de mariage, Simon Smidesang découvre sa femme au lit avec un autre. Il démissionne de son travail de journaliste et part se réfugier dans la maison de ses grands-parents. Là, il devient facteur et fait la connaissance de villageois tout sauf ordinaires : un couvreur passionné d’insectes et d’oiseaux. Un vieux monsieur élégant et sage qui l’invite à faire sa pause du midi chez lui. Une vieille dame qui, chaque année à la même date, suspend devant chez elle les costumes de son défunt mari. Ou encore une mystérieuse jeune femme, nouvelle dans le village, qui ne sort quasiment jamais de sa maison. Toutes ces personnes lui permettront-elles d’oublier l'encombrant souvenir de celui avec qui sa femme l'a trahi et lui redonneront-elles le goût de vivre ?

Auteur : Levi Henriksen est un parolier et musicien rock très populaire en Norvège. Du sang sur la neige, son premier roman (2010), a connu un immense succès dans son pays, où il a reçu le prix des Libraires. Les Curieuses Rencontres du facteur de Skogli est son second roman.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
C'est 
grâce au « Café Lecture » de la Bibliothèque que j'ai découvert ce livre. 
Après cinq ans de mariage, lorsque Simon Smidesang découvre sa femme au lit avec un autre, il quitte sa maison, son travail de journaliste et part se réfugier dans l'ancienne maison de ses grands-parents à Skogli un petit village de Norvège. Il devient le facteur du village et il nous raconte ses tournées et les rencontres incroyables qu'il va faire. Un couvreur qui passe sa vie sur les toits pour fuir sa femme ou observer les oiseaux et les insectes, une veuve qui rend hommage à son mari le jour anniversaire de sa mort en sortant tous ses costumes... Cette histoire se passe en Norvège mais pourrait se passer n'importe où dans le monde dans un petit village isolé où le facteur fait encore le lien avec la population, il n'est pas seulement là pour le courrier, il est tour à tour coursier, confident...
Un livre agréable à lire, les personnages sont attachants et les rencontres sont surprenantes, amusantes et touchantes.

Extrait : (début du livre)
Qu'auriez-vous fait si, en rentrant un peu trop tôt chez vous le jour de votre cinquième anniversaire de mariage, vous aviez découvert une voiture que vous ne connaissiez pas dans l'allée ? Cédant à une impulsion, auriez-vous appelé sur la ligne de la maison et, en l'absence de réponse, auriez-vous dressé une échelle sous la fenêtre de votre chambre ? Auriez-vous cherché quelque chose de lourd dans le garage ou auriez-vous pensé que, dans chaque défaite, il y a un nouveau départ ?
Simon Smidesang, lui, commença à sortir de sa vie à reculons. Alors qu'il s'éloignait en boitant sur le gravier, il comprit brusquement que tout ce qu'il avait été appartenait désormais au passé. Il avait fait le tour de tous les endroits qu'il tenait absolument à voir. Il avait cavalé devant les taureaux à Pampelune, visité l'appartement de Strindberg à Stockholm, parcouru Dublin sur les traces de James Joyce ; bref, il avait tout essayé pour éprouver ce que d'autres avant lui avaient ressenti. Quand la barrière du jardin claqua dans son dos, Simon Smidesang sut que jamais plus il ne courrait après le sujet qui lui vaudrait la une. Jamais plus il ne franchirait cette barrière autrement que pour la passer au plus vite en sens inverse.
Simon quitta le journal où il travaillait et tenta de vivre quelques mois comme pigiste. Alors qu'il se réveillait de plus en plus tôt et mettait de plus en plus de temps à se lever, il réalisa peu à peu que les histoires, il les avait déjà toutes écrites. Quoi qu'il fasse, ses mots n'étaient plus que de l'encre. Le comprendre le soulagea. C'était comme si, après avoir couru tous les matins après le bus pour se rendre au boulot, il avait un jour décidé de tourner les talons et de regagner ses pénates.
Quand son cousin qui partait aux États-Unis mit en vente la maison de ses grands-parents à Skogli, Simon se porta acquéreur.

 

Challenge 4% Littéraire 2012

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Challenge Voisins, voisines

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Norvège

  Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Suède 

Challenge Littératures Nordiques

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18 décembre 2012

Gains - Richard Powers

Lu en partenariat dans le cadre des 
Matchs de la Rentrée Littéraire de Priceminister

15

gains Le Cherche Midi – août 2012 – 630 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude et Jean Demanuelli

Titre original : Gain, 1998

Quatrième de couverture :
1830. La famille Clare crée à Boston une petite entreprise de savon. Celle-ci va évoluer au rythme des Etats-Unis et devenir, un siècle et demi plus tard, une véritable multinationale. Des plantes médicinales aux cosmétiques, détergents et autres insecticides, des pionniers inventifs au règne de la communication et du libéralisme, le chemin sera long et impitoyable. 1998. Laura Bodey, 42 ans, divorcée, mère de deux enfants, travaille dans l'immobilier à Lacewood, Illinois, siège des usines de Clare Inc. Sa vie va basculer et son destin converger d'une façon inattendue avec celui de la multinationale, faisant d'elle une victime révoltée par l'idée de fatalité. Après Trois fermiers s'en vont au bal et Le Temps où nous chantions, Richard Powers ausculte l'influence du libéralisme sur la vie quotidienne et les destinées individuelles. Animé à la fois par une vision globale et une rare puissance émotive, il plonge le lecteur dans les contradictions de la société de consommation, et met en scène avec brio et tension les gains et les pertes auxquels est confronté l'humain.

Auteur : Richard Powers est né à Evanston, dans l'Illinois, en 1957. Paru aux États-Unis en 1998, Gains est son sixième roman publié en France.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Ayant déjà lu et aimé "Le temps où nous chantions" du même auteur, je n'ai pas hésité à choisir "Gains" le dernier livre de Richard Powers pour l'opération Matchs de la Rentrée Littéraire de Priceminister
Ce livre raconte deux histoires : d'une part, celle de l'entreprise Clare qui naît en 1830 et qui petit à petit grandit jusqu'à devenir une multinationale et d'autre part celle de Laura, elle a 42 ans en 1998, mère divorcée de deux enfants, elle travaille dans l'immobilier à Lacewood. Le lecteur comprend assez vite que ces deux histoires sont liées. L'auteur met en parallèle la puissance économique et les crises financières avec le combat de Laura face à la maladie.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre, sans doute à cause de la forme du livre où il n'y a pas de chapitre, seules des lignes horizontales marquent les séparations entre les paragraphes évoquant Clare et ceux consacrés à Laura. Les parties sur l'entreprise Clare sont un peu rébarbatives et traînent en longueur, à un moment, j'ai même été tentée de les sauter, finalement, j'ai préféré les lire mais en les survolant... De beaucoup, j'ai préféré suivre l'histoire de Laura.

Ce livre, publié en 1998 aux Etats-Unis reste très actuel, il dénonce la société de consommation et les manipulations dont les plus petits sont les victimes.  
Une histoire superbement écrite, poignante et humaine qui nous donne à réfléchir.

Un grand Merci à Oliver, à Priceminister et à Le Cherche Midi éditions pour ce partenariat.

Note : 16/20

15

 Matchs de la rentrée littéraire 2012 - Bilan des blogueurs

Extrait : (début du livre)
Le jour avait une façon bien à lui d'éveiller Lacewood. La tapotant délicatement comme on le ferait d'un nouveau-né. Lui frictionnant les poignets pour la ramener à la vie. Lorsque la matinée était tiède, on se rappelait sans difficulté la raison pour laquelle on s'activait. Il fallait battre le fer pendant qu'il était chaud. Travailler ici et maintenant, précisément parce que là où on allait il n'y avait nulle part où travailler.
Mai donnait l'impression que cette ville n'avait jamais abrité de pêcheurs. Le printemps ouvrait grand les battants des fenêtres. La lumière débarrassait les chênes de leurs derniers doutes hivernaux, faisant naître de nouvelles pousses à partir de rien, vous laissant libre encore une fois de gagner votre pitance. Quand le soleil était de la partie à Lacewood, on pouvait enfin vivre. 

La trace de Lacewood, on la retrouvait partout : à Londres, à Boston, aux îles Fidji, dans la baie de la Désillusion. Mais toutes les traces aboutissaient là, dans cette ville consacrée à la production. Certains matins, surtout les matins ensoleillés, l’histoire s’évanouissait. La longue route qui menait jusqu’à aujourd’hui disparaissait, se perdait dans le voyage encore à venir.
La ville avait d’abord subsisté grâce à la terre revue et corrigée. Les prairies aux herbes folles avaient cédé la place au grain, à une seule variété d’herbe comestible, qui, cultivée sur une grande échelle, faisait que même l’herbe pouvait rapporter. Plus tard, Lacewood s’était élevée grâce au génie humain : une série de transformations alchimiques lui avait apporté la prospérité. On l’avait nourrie d’argile schisteuse, engraissée à la cendre d’os et au guano. Les découvertes se succédaient aussi sûrement que mai suit avril.
Il avait dû exister une époque où, quand on parlait de Lacewood, on ne parlait pas forcément de Clare Incorporated. Mais personne ne s’en souvenait. Aucun de ceux qui étaient encore en vie n’était assez vieux pour cela. Impossible de prononcer un des deux noms sans aussitôt évoquer l’autre. C’est par le large canal de cette compagnie que s’écoulait toute la grâce jamais répandue sur Lacewood. Les grandes boîtes noires en bordure de la ville retiraient des pépites de la boue. Et Lacewood était devenue l’emblème des richesses qu’elle fabriquait.

Déjà lu du même auteur : 

le_temps_ou_nous_chantions_p Le Temps où nous chantions

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35/50 : Illinois

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27 novembre 2012

Printemps barbare - Héctor Tobar

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

printemps_barbare Belfond – août 2012 – 480 pages

traduit de l'américain par Pierre Furlan

Titre original : The barbarian nurseries, 2011

Quatrième de couverture :
Stupéfiant d'acuité et d'imagination, un roman coup de poing, porté par une plume corrosive et un humour mordant. Qualifiée par la critique de Bûcher des vanités pour le XXIe siècle, une œuvre engagée, une radiographie lucide et féroce de nos sociétés paranoïaques, gangrenées par l'indifférence, l'incompréhension et le repli sur soi. 
Quand elle était jeune fille au Mexique, Araceli Ramírez voulait être une artiste. Au lieu de ça, la voici cuisinière dans la luxueuse villa de bobos californiens. Cuisinière, mais aussi femme de ménage et baby-sitter ! C'est que la crise est passée par là, forçant les Torres-Thompson à dire adiós à leur bataillon de domestiques latinos. 
Aujourd'hui justement, Araceli est inquiète. Cela fait maintenant quatre jours qu'el señoret la señora ont quitté la maison après une dispute, la laissant seule avec les deux petits garçons. Que faire ? Prendre son courage à deux mains et tenter l'aventure dans la jungle de Los Angeles, à la recherche d'un hypothétique grand-père dont elle ignore jusqu'à l'adresse. 
Mais l'expédition tourne au cauchemar. Perdue dans une ville hostile, accusée de kidnapping par des parents fautifs et affolés, Araceli va découvrir le sort cruel réservé aux barbares, ceux qui ont eu le tort de croire à l'American dream...

Auteur : Fils d'immigrés guatémaltèques, Héctor Tobar est né à Los Angeles en 1963 où il vit toujours avec sa femme et leurs trois enfants. Journaliste au Los Angeles Times, couronné du prix Pulitzer en 1992 pour son travail sur les émeutes de L.A., Héctor Tobar est également l'auteur de deux romans, dont le très remarqué Tatooed Soldier. Encensé par la critique américaine, Printemps barbare est son premier ouvrage publié en France.

Mon avis : (lu en novembre 2012)
Avec ce livre, l'auteur nous donne à connaître la diversité des latino-américains présent à Los Angeles. Une image de l'Amérique différente de celle que l'on nous montre en générale.

Scott et Maureen Torres-Thompson sont des nouveaux riches, ils habitent une belle demeure dans une résidence sur une colline de L.A. Elle est américaine, lui est un «demi-Mexicain» il a gagné de l'argent avec l'informa­tique. Ils ont trois beaux enfants Brandon, Keenan et Samantha et les trois employés de maison latinos. Avec la crise, leur situation financière est devenue difficile et ils sont obligés de se séparer du jardinier Pepe et de la bonne Guadalupe. Seule reste Araceli Ramirez qui en plus de ses tâches habituelles de ménage et de cuisine, est obligé d'assumer la garde des enfants. Après une violente dispute conjugale, Maureen part avec le bébé Samantha pour quelques jours de vacances entre fille. De son côté, Scott décide de ne pas rentrer le soir après sa journée de travail. L'un et l'autre sont persuadés que leur conjoint est resté à la maison avec les enfants. Mais c'est la pauvre Araceli qui doit s'occuper des deux garçons de onze et sept ans. Elle n'a pas vraiment d'expérience mais elle ne veut pas abandonner les enfants, étant en situation irrégulière, elle ne peut pas appeler la police. Au bout de quatre jours d'absence des parents et d'impossibilité de les contacter, Araceli décide de conduire Brandon et Keenan à Los Angeles chez leur grand-père. Elle a trouvé son adresse au dos d'une photo datant de 1954... Entre malentendus et incompréhension, cette escapade ne va pas être sans conséquence.

J'ai beaucoup aimé cette histoire qui écorche un peu le rêve américain. L'auteur a mis beaucoup de soin dans la création de ses personnages. Mes préférés sont Araceli, si mystérieuse et pleine de surprise, et Brandon, petit garçon de seulement 11 ans mais plutôt précoce dans ses réflexions et sa pensée...

Merci à Jérémy et aux éditions Belfond pour cette lecture très tardive... mais qui fut une belle découverte !

Extrait : (début du livre)
SCOTT TORRES ÉTAIT ÉNERVÉ parce que la tondeuse à gazon ne voulait pas démarrer. Il avait beau tirer sur la corde de toutes ses forces, elle ne se mettait pas à rugir. Ses efforts ne provoquaient qu'un bref crachotement semblable à la toux d'un enfant malade et suivi d'un long silence uniquement troublé par le bourdonnement de deux libellules qui dessinaient des huit au-dessus de l'herbe encore intacte. C'était un gazon précoce, ambitieux, du faux kikuyu qui atteignait vingt centimètres de hauteur et qui, pour l'instant, pouvait bien rêver de devenir une jungle dont l'ombre, un jour, protégerait la maison du soleil. Les lames bougeaient seulement tant qu'il tirait sur la corde, et la tondeuse toussait. Agrippant le manche en plastique au bout de la corde, il marqua une pause, se pencha en avant pour reprendre à la fois son souffle et son élan, puis réessaya. La tondeuse gronda un instant, sa bouche noire protubérante cracha une touffe d'herbe, et elle s'arrêta. Scott recula d'un pas et lança à la machine le regard furieux bien connu du père frustré, du bricoleur qui n'a plus la main.

Araceli, sa bonne, qui était mexicaine et qui avait les mains couvertes des bulles blanches du liquide vaisselle, le regardait depuis la fenêtre de la cuisine. Elle se demanda si elle devait révéler au señior Scott le secret qui faisait rugir la tondeuse. Quand on tournait un certain bouton situé sur un côté du moteur, le démarrage de la machine devenait aussi facile que tirer d'un pull un fil défait. Elle avait vu Pepe jouer avec ce bouton à plusieurs reprises. Mais non, elle décida de laisser el señior Scott le trouver tout seul. Scott Torres s'était séparé de Pepe et de ses solides muscles de jardinier : que cette lutte contre la machine soit sa punition.

El señior Scott ouvrit le petit bouchon de l'endroit où l'on mettait l'essence, juste pour vérifier. Oui, il y a de l'essence. Araceli avait vu Pepe remplir le réservoir deux semaines auparavant, la dernière fois qu'il était là, le jeudi où elle avait presque eu envie de pleurer parce qu'elle savait qu'elle ne le reverrait jamais plus.

Pepe n'avait jamais de mal à faire démarrer la tondeuse. Quand il se baissait pour tirer sur la corde, son biceps émergeait de la manche, découvrant une masse de peau cuivrée tendue qui laissait imaginer d'autres zones de peau et de muscles sous les vieux teeshirts en coton qu'il portait. Araceli voyait de l'art dans les taches des tee-shirts de Pepe : elles formaient, comme dans l'expressionnisme abstrait, un tourbillon de verts, d'ocres argileuses et de noirs produit par l'herbe, la terre et la transpiration. Quelques rares fois, elle avait, non sans audace, promené ses doigts esseulés sur ces toiles-là. Quand Pepe arrivait le jeudi, Araceli ouvrait les rideaux de la salle de séjour et vaporisait du détergent sur les fenêtres qu'elle nettoyait ensuite à fond rien que pour regarder Pepe transpirer sur le gazon et pour s'imaginer blottie dans le berceau protecteur de sa peau couleur cannelle. Et puis elle se moquait d'elle-même à cause de ça. Je suis encore une fille qui fait des rêves éveillés ridicules. La masculinité désordonnée de Pepe conjurait l'envoûtement qui la faisait habiter et travailler dans cette maison, et lorsqu'elle l'apercevait par l'encadrement de la fenêtre de la cuisine, elle pouvait s'imaginer en train de vivre dans le monde extérieur, dans une maison où elle aurait eu sa propre vaisselle à laver, son bureau à cirer et à ranger dans une pièce que personne ne lui aurait prêtée.

Araceli appréciait sa solitude, son sentiment d'être à l'écart du monde, et elle aimait penser à son travail auprès de la famille Torres-Thompson comme à une sorte d'exil qu'elle s'était imposé pour s'éloigner de la vie devenue sans but qu'elle avait menée à Mexico. Mais, de temps à autre, elle aurait voulu partager les plaisirs de cette solitude avec quelqu'un, sortir de l'existence silencieuse qui était la sienne en Californie, entrer dans l'une de ses autres vies, celles qu'elle explorait dans ses rêves : elle serait alors une fonctionnaire d'État mexicaine de niveau moyen, une de ces femmes dures et grosses, dotées d'un méchant sens de l'humour et d'une coiffure léonine couleur rouille qui régentent leur petit fief dans un quartier de Mexico ; ou alors une artiste qui aurait réussi - voire un critique d'art. Dans nombre de ses fantasmes, Pepe jouait le rôle de l'homme tranquille et patient, père de leurs enfants aux noms aztèques très chic tels que Cuitláhuac et Xóchitl. Dans ces longs rêves éveillés, Pepe devenait un architecte-paysagiste ou un sculpteur, tandis qu'Araceli elle-même pesait dix kilos de moins et retrouvait à peu près le poids qui était le sien avant de venir aux États-Unis, car ses années en Californie n'avaient pas été tendres pour sa ligne.

À présent, toutes ses rêveries sur Pepe étaient terminées. Même si elles étaient absurdes, elles lui avaient appartenu, et leur absence soudaine lui donnait l'impression d'un vol. Au lieu de Pepe, elle avait devant les yeux el señior Scott qui se bagarrait avec la tondeuse à gazon et la corde censée la faire démarrer. Scott venait enfin de découvrir le petit bouton. Il procéda à quelques ajustements et tira de nouveau sur la corde. Il avait des bras minces, couleur de bouillie d'avoine ; il était ce qu'on appelle ici un « demi-Mexicain », et au bout de vingt minutes sous le soleil de juin, ses avant-bras, son front et ses joues prenaient la teinte cramoisie des pommes McIntosh. Une fois, deux fois, trois fois, el señior Scott tira sur la corde, jusqu'à ce que le moteur entre en action, crachote et rugisse enfin. En un rien de temps, l'air devint tout vert tellement l'herbe volait ; Araceli vit les lèvres de son patron se soulever de satisfaction silencieuse. Puis le moteur s'arrêta et le bruit s'assourdit aussitôt parce que la lame calait devant une trop grande quantité d'herbe.

Challenge 3% Littéraire 2012

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Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
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Session 1 : Rose

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Session 3 : Saisons, mois

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03 novembre 2012

Discordance - Anna Jörgensdotter

 Lu en partenariat avec Livraddict et les éditions JCLattès

discordance JC Lattès – août 2012 – 535 pages

traduit du suédois par Martine Desbureaux

Titre original : Bergets döttrar, 2009

Quatrième de couverture : 
Cinq frères et sœurs grandissent dans une petite communauté suédoise au pied du mont Kungsberg : deux frères, Edwin et Otto, et trois sœurs, Karin et Sofia, qui restent inséparables jusqu’à ce que l’amour puis la mort les sépare, tandis qu’Emilia sillonne les rues à bicyclette en rêvant d’évasion. 
Tout commence en 1938, lorsqu’une maison prend feu, celle de Mlle Filipsson, femme singulière venue d’on ne sait où. Edwin est le seul à la pleurer. Un an plus tard, c’est l’Europe entière qui s’embrase. Le jour même de l’invasion de la Pologne, une petite fille naît, et Karin, sa mère, agonise… Chacun des membres de la fratrie poursuit sa vie, entre rêves et désillusions. Au long de deux décennies, Anna Jorgensdötter nous livre un roman choral semé d’amour et de drames, marqué par les disparités entre hommes et femmes dans une société en mutation. 

Auteur : Née en 1973, Anna Jörgensdotter vit dans la région de Sandviken, où se déroule Discordance, pour lequel elle a remporté le prix Ivar-Lo 2010. Tous ses romans sont encensés par la critique. Elle publie également des recueils de poésie, compose de la musique et écrit en free-lance dans plusieurs journaux.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
L'histoire se situe en Suède à Norrby un village au pied du mont Kungsberg proche de Sandviken.
Les personnages principaux sont cinq frères et sœurs Edwin, Emilia, Karin, Sofia et Otto. Edwin est un solitaire, qui ne rechigne pas à l'effort, il aura l'idée de construire un tremplin de ski, puis une piste de ski alpin. Emilia est avide de liberté, elle n'est pas prête à prendre un mari... Karin et Sofia sont très proches l'une et l'autre, Karin va épouser Max un ami d'enfance, Sofia préfèrera épouser Arvid le beau citadin plutôt que Milton le frère de Max.
Tout commence en septembre 1938 avec l'incendie de la maison de Mademoiselle Filipsson. La première partie s'achève le 31 août 1939 avec la naissance de Lillemor la fille de Karin et Max.
Nous sommes en 1944 lorsque la deuxième partie commence avec le départ d'Emilia pour aller travailler dans une filature de laine. Vingt ans après, en 1958, c'est sur fond de Coupe du Monde de football en Suède que ce termine cette histoire avec Lillemor jeune adulte.
« Nos récits s’entrelacent telles les bandes de lirette dans la trame d’un tapis. Et chacun y reste pris. Jusqu’à l’usure.
En devient partie intégrante.
L’idée de départ était peut-être autre que le résultat, ou alors nous sommes parfaits – un récit parfait, sur tout, sur rien. Sur la vie telle qu’elle a été. Mais jamais sur ce qu’elle aurait pu être. », ce paragraphe présent dans les toutes dernières pages du livre résume parfaitement la construction de ce livre.

J'ai mis du temps à lire ce livre car après une première partie prometteuse, j'ai trouvé l'histoire assez brouillonne car l'auteur passe d'un personnage à l'autre abandonnant souvent le personnage précédent dans une situation critique... Il y a également de nombreux retours en arrière et le lecteur est un peu perdu.
La bonne idée de l'auteur est d'avoir mis au tout début du livre une description des principaux personnages et leurs éventuels liens de parenté.
Mon avis sur ce livre est finalement mitigé.  

Je remercie Livraddict et les éditions JCLattès pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
Ça pourrait débuter par un conte. Il était une fois. Débuter au moment où Karin monte la mèche de la lampe à pétrole, dont la flamme vacille.
Écoute ça, dit-elle – et il y a tant d'hilarité dans sa voix que Sofia se sent toute pétillante de rire malgré sa fatigue.
Il était une fois..., commence Karin. Un petit, un tout petit garçon... un prince, peut-être bien... qui s'appelait... Milton !

Ça y est. Sofia implose.
Je te jure ! poursuit Karin avec une feinte innocence. Il s'appelait vraiment Milton. Sauf que ce n'était pas du tout un prince comme se l'imaginaient les autres habitants du royaume, c'était juste un petit gamin froussard. Et jamais il ne deviendrait un vrai prince, pour sûr, à moins de prouver son courage en... Karin fait semblant de réfléchir et prend un air finaud. A moins de déclarer sa flamme à la princesse des Neiges... à la princesse... Sofia !
Sofia se bâillonne d'une main, forçant le rire à se frayer un passage entre ses doigts. Elle a tellement peur que sa maman se réveille. Sa maman a le sommeil léger comme la soie, fragile comme le verre. Chut ! Fait-elle à Karin, mais sans sévérité. Karin dénoue les doigts de Sofia.
Oh ! ma chère, ma douce mademoiselle Steen, voulez-vous bien m'épouser ?
Tais-toi ! pouffe Sofia.

Me taire ? s'exclame Karin-Milton d'une voix incrédule.
Comment pourrais-je me taire alors que je vous aime tant ?
Karin lance en l'air des simulacres de baisers.
Sofia détourne la tête ; c'est plus facile si elle ne regarde pas sa sœur.

 

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Challenge Voisins, voisines

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Suède

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23 octobre 2012

La mer, le matin – Margaret Mazzantini

la_mer_le_matin Robert Laffont – août 2012 – 132 pages

traduit de l'italien par Delphine Gachet

Titre original : Mare al mattino, 2011

Quatrième de couverture :
« Elle ne pensait qu'à ça. Ramener sa vie à ce point précis.
Le point où elle s'était interrompue.
Il s'agissait de réunir deux morceaux de terre, deux morceaux de temps.
Au milieu il y avait la mer.
Elle posait des figues ouvertes en deux sur ses yeux pour retrouver cette saveur douce et granuleuse. Elle voyait rouge à travers les fruits. Elle cherchait le cœur de ce monde qu'elle avait dû abandonner. »

Deux mères et deux fils que la Méditerranée sépare.
Deux rives, deux pays, deux histoires que l'Histoire avec un grand H relie pourtant.

Auteur : Née à Dublin, fille d’un peintre irlandais et d’un écrivain italien, Margaret Mazzantini a quarante-cinq ans. Actrice, romancière et scénariste, elle consacre aujourd’hui sa vie à l’écriture et à sa famille.  Après Antenora, Écoute-moi (2004) et Venir au monde, La Mer, le matin est son quatrième roman.  

Mon avis : (lu en octobre 2012)
C'est l'histoire des destins croisés de Jamila et Farid, une mère et son petit garçon, ils sont Libyens et fuient leur pays à cause de la guerre civile et Angelina et Vito, une mère et un fils italiens, Angelina est née à Tripoli et y a vécu jusqu'à l'âge de onze ans, à cette époque, Kadhafi après son coup d’État a expulsé tous les colons italiens. Angelina a toujours rêvé de retourner en Libye. Le seul trait d'union entre l'Italie et la Libye c'est la Méditerranée.

Farid qui rêvait de voir la mer va s 'embarquer avec sa mère sur un bateau de réfugiés. Angelina, avec Vito et sa mère Santa, va faire le voyage inverse et revenir sur les terres de son enfance. C'est l'histoire de réfugiés, déracinés, meurtris qui trouvent en la mer une confidente, un espoir...

Je trouve superbe la couverture de ce livre qui raconte une histoire pleine de poésie, mais qui nous donne également à réfléchir...

 

Extrait : (début du livre)
Farid n'a jamais vu la mer, il n'a jamais mis les pieds dans l'eau.
Il se l'est imaginée des illiers de fois. Piquée d'étoiles comme le manteau d'un pacha. Bleue comme le mur bleu de la ville morte.
Il a cherché les coquillages fossiles enfouis depuis des millions d'années, au temps où la mer recouvrait le désert. Il a poursuivi les poissons lézards qui nagent sous le sable. Il a vu le lac salé, le lac amer et les dromadaires couleur d'argent qui avancent tels des navires de pirates usés. Il habite dans l'une des toutes dernières oasis du Sahara.

Ses ancêtres appartenaient à une tribu de Bédouins nomades. Ils s'arrêtaient dans les oueds, ces lits de fleuve recouverts de végétation, et ils montaient leurs tentes. Les chèvres allaient paître, les femmes cuisinaient sur les pierres brûlantes. Ils n'avaient jamais quitté le désert. Ils se méfiaient un peu des gens de la côte, marchands, corsaires. Le désert était leur maison, ouverte, sans limites. Le désert était leur mer de sable. Tacheté de dunes comme le pelage d'un jaguar. Ils ne possédaient rien. Rien que des traces de pas que le sable bientôt effaçait. Le soleil faisait glisser les ombres. Ils étaient habitués à résister à la soif, à se dessécher comme des dattes, sans mourir. Un dromadaire leur ouvrait la voie, une ombre longue et tordue. Ils disparaissaient au milieu des dunes.

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Italie

 

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06 octobre 2012

L'Embellie - Auður Ava Ólafsdóttir

l_embellie Zulma - août 2012 - 395 pages

traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson

Titre original : Ringing í nóvember, 2004

Quatrième de couverture : 
C’est la belle histoire d’une femme libre et d’un enfant prêté, le temps d’une équipée hivernale autour de l’Islande.
En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.
Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

Auteur : Auður Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavík. Après l’immense succès de Rosa candida, elle nous offre l’Embellie, traduit pour la première fois en français.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
J'ai beaucoup aimé Rosa Candida et lorsque j'ai appris qu'un nouveau livre d'Auður Ava Ólafsdóttir était traduit en français, j'étais impatiente de le découvrir.
En Islandais le livre se nomme « Pluie de novembre », en effet dans ce roman écrit avant Rosa Candida, il fait chaud pour la saison et l’Islande est sous la pluie, elle subit même des inondations.
La narratrice a trente-trois ans, elle parle onze langues différentes et travaille comme traductrice et correctrice, elle est indépendante, immature et originale. Son mari la quitte car elle repousse l'idée de devenir mère... Elle décide alors de partir en vacances d'été en novembre et de quitter Reykjavík pour l'est de Islande. Juste avant son départ, elle se voit confier par sa meilleure amie Audur Tumi, son fils âgé de quatre ans. Ce petit bonhomme est sourd et très myope. N'ayant pas l'habitude des enfants, elle va s'occuper de Tumi à l’instinct « il existe un monde au-delà des mots ». Et au fil des kilomètres une belle complicité va se créer entre eux deux. Tumi apporte des joies simples, le voyage est joyeux plein de péripéties et de rencontres surprenantes. Au cours de cette histoire, s'entremêlent quelques passages en italique qui reviennent sur une douleur ancienne de la narratrice et cela donne à ce voyage autour de l'Islande un sens plus profond.
J'ai beaucoup aimé cette lecture que je n'avais pas envie de terminer, j'ai aimé découvrir cette Islande profonde et déserte sous cette pluie de novembre. L'humour est très présent  dans ce livre et de nombreuses situations cocasses ou improbables m'ont fait penser à Arto Paasilinna.
En bonus, à la fin du roman, sont rassemblées « Quarante-sept recettes de cuisine et une de tricot », plus ou moins fantaisistes, souvenirs de la délicieuse complicité en l'enfant et la jeune femme et de leur voyage autour de l'Islande. Une très belle découverte.

Autre avis : Canel 

Extrait : (début du livre)
Quand je regarde en arrière, sans vraiment respecter à cent pour cent la chronologie, nous sommes là, serrés l’un contre l’autre, au milieu de la photo. Je le tiens par les épaules et il m’attrape quelque part, plus bas par la force des choses ; une mèche châtain foncé barre mon front très pâle ; il affiche un grand sourire et tient quelque chose dans son poing tendu.
Ses oreilles décollent un peu de sa grosse tête, ses prothèses auditives, curieusement démodées, ressemblent à des récepteurs pour ondes radio intersidérales. Et ses yeux démesurément agrandis par ses verres de lunettes lui donnent un look très spécial. D’ailleurs les gens dans la rue se retournent sur notre passage; ils considèrent le petit, puis après m’avoir brièvement dévisagée, ne le lâchent plus du regard, tandis que nous traversons le terrain de jeux, la main dans la main, jusqu’à ce que je referme la grille de fer derrière lui. Quand je l’aide à grimper dans le siège pour enfant et que je boucle sa ceinture de sécurité, je constate qu’on nous observe encore depuis les autres voitures.
Dans le fond de la photo, on voit mon ancienne voiture, à boîte de vitesses manuelle. Les trois poissons rouges flottent dans le coffre – il n’en sait rien encore – sur le sac de couchage bleu pour deux personnes qui s’est mué en éponge. Je ne tarderai pas à acheter deux édredons neufs à la Coopérative car il ne convient pas qu’une femme de trente-trois ans partage son sac de couchage avec un garçonnet qui ne lui est rien – ça ne se fait pas. Un tel achat ne devrait pas poser problème car la boîte à gants déborde de billets tout frais sortis de la banque. Aucun méfait n’a pourtant été commis, à moins que ça n’en soit un que de coucher avec trois hommes sur une distance de trois cents kilomètres de route circulaire, non asphaltée pour l’essentiel, là où la bande côtière est la plus étroite entre le glacier et la grève et où abondent les ponts à voie unique.
Rien ne se présente comme à l’accoutumée, en cet ultime jour de novembre – un jour ténébreux sur l’île ; nous portons tous les deux un pull-over, le mien est blanc à col roulé, le sien est neuf, vert menthe, tricoté main, avec un motif à torsades et une capuche. La température est comparable à celle de Lisbonne le jour précédent, à ce que dit la radio, et l’on prévoit encore de la pluie et un réchauffement. C’est pourquoi une femme seule avec enfant ne devrait pas se trouver sans raison valable sur les routes, dans des zones sombres et inhabitées, et encore moins au voisinage de ponts à voie unique, les routes étant souvent inondées.
Je ne suis pas présomptueuse au point de m’attendre à voir surgir un nouvel amant à chaque pont à voie unique, sans vouloir toutefois exclure totalement une telle éventualité. À mieux considérer la photo, on distingue au second plan, à quelques pas du petit et de moi, un jeune homme d’environ dix-sept ans au visage un peu flou. Il a les traits plutôt délicats sous son bonnet et on dirait que son acné commence tout juste à s’arranger. L’air ensommeillé, yeux mi-clos, il s’appuie contre la pompe à essence.
Si l’on examine la photo de vraiment près, je ne serais pas étonnée que l’on distingue des plumes sur les pneus et même des taches de sang sur les enjoliveurs, bien que trois semaines se soient écoulées depuis que mon mari est parti avec le matelas ergonomique du lit conjugal, le matériel de camping et dix cartons de livres – tel fut l’enchaînement. Mais gardons à l’esprit que les apparences sont parfois trompeuses et que contrairement à une photo, la réalité, elle, grouille de sens.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Février

Déjà lu du même auteur : 

Rosa_candida Rosa Candida

Challenge 1% Littéraire 2012

 logochallenge2 
7/7

Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Islande

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche

dc3a9fi_scandinavie_blanche
Islande

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

litterature_nordique

 

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02 octobre 2012

Certaines n’avaient jamais vu la mer - Julie Otsuka

certaines_n_avaient_jamais_vu_la_mer Phébus - août 2012 - 144 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Carine Chichereau

Titre original : The Buddha in the Attic, 2011

Prix Femina roman étranger 2012

Quatrième de couverture : 
L’écriture de Julie Otsuka est puissante, poétique, incantatoire. Les voix sont nombreuses et passionnées. La musique sublime, entêtante et douloureuse. Les visages, les voix, les images, les vies que l’auteur décrit sont ceux de ces Japonaises qui ont quitté leur pays au début du XXe siècle pour épouser aux États-Unis un homme qu’elles n’ont pas choisi. 
C’est après une éprouvante traversée de l’océan Pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leur futur mari. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui dont elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. 
À la façon d’un chœur antique, leurs voix s’élèvent et racontent leurs misérables vies d’exilées… leur nuit de noces, souvent brutale, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l’humiliation des Blancs, le rejet par leur progéniture de leur patrimoine et de leur histoire… Une véritable clameur jusqu’au silence de la guerre. Et l’oubli.

Auteur : Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre (elle a étudié cette discipline à l'université de Yale) pour l'écriture. Elle publie son premier roman en 2002, Quand l'empereur était un dieu  largement inspiré de la vie de ses grands-parents. Son deuxième roman, Certaines n'avaient jamais vu la mer (2012) a été considéré aux États-Unis, dès sa sortie, comme un chef-d'oeuvre.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
C'est un livre que j'avais très envie de découvrir avant de recevoir la sélection Elle du Jury de Janvier, j'ai donc très rapidement commencé à lire ce livre court mais d'une grande force.
La citation de L'Écclésiaste qui ouvre le livre résume parfaitement l'histoire vraie que raconte ce livre :

Certains d'entre eux laissèrent un nom
qu'on cite encore avec éloge.
D'autres n'ont laissé aucun souvenir
et ont disparu comme s'ils n'avaient pas existé.
Ils sont comme n'ayant jamais été,
Et de même leurs enfants après eux.

Un fait historique que je ne connaissais pas : en 1919, des femmes venant de toutes les régions du Japon, des campagnes comme des villes ont été mariées à distance à des américains qu'elles ne connaissaient que par des lettres et des photos. Ces femmes vont faire la traversée en bateau du Japon vers les États-Unis, elles partent pour trouver le bonheur et une vie meilleure, mais la réalité sera autre...

Chaque chapitre aborde les différents moments de cette histoire, le voyage sur l'océan Pacifique dans des conditions difficiles, puis la rencontre avec les maris très différents de la photo reçue, la difficulté de s'adapter à un pays différent par sa culture, par sa langue, le racisme dont elles sont victimes, ensuite il y a la naissance des enfants, l'éducation à l'américaine et leurs enfants qui rejettent leurs racines japonaises et pour finir, dès le début de la Seconde Guerre Mondiale le Japonais devient suspect...

La grande force du livre, c'est son style : l'auteur utilise le « nous » et c'est un chœur de femmes et dans une longue litanie qu'est décrit l'histoire de ces femmes japonaises venues émigrer aux États-Unis. Elles sont nombreuses, anonymes, elles auront des destins différents, une vie de souffrance, de labeur, de joie parfois et cette narration collective renforce les émotions, le lecteur est multiplement touché.

L'écriture n'est jamais larmoyante, avec poésie et délicatesse Julie Otsuka nous donne un roman terrible et poignant. Une très belle découverte.

Autre avis : Canel

Extrait : (début du livre)
Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n'étions pas très grandes. Certaines d'entre nous n'avaient mangé toute leur vie durant que du gruau de riz et leurs jambes étaient arquées, certaines n'avaient que quatorze ans et c'étaient encore des petites filles. Certaines venaient de la ville et portaient d'élégants vêtements, mais la plupart d'entre nous venaient de la campagne, et nous portions pour le voyage le même vieux kimono que nous avions toujours porté - hérité de nos soeurs, passé, rapiécé, et bien des fois reteint. Certaines descendaient des montagnes et n'avaient jamais vu la mer, sauf en image, certaines étaient filles de pêcheur et elles avaient toujours vécu sur le rivage. Parfois l'océan nous avait pris un frère, un père, ou un fiancé, parfois une personne que nous aimions s'était jetée à l'eau par un triste matin pour nager vers le large, et il était temps pour nous, à présent, de partir à notre tour. 

Sur le bateau, la première chose que nous avons faite - avant de décider qui nous aimerions et qui nous n'aimerions pas, avant de nous dire les unes aux autres de quelle île nous venions et pourquoi nous la quittions, avant même de prendre la peine de faire les présentations -, c'est comparer les portraits de nos fiancés. C'étaient de beaux jeunes gens aux yeux sombres, à la chevelure touffue, à la peau lisse et sans défaut. Au menton affirmé. Au nez haut et droit. A la posture impeccable. Ils ressemblaient à nos frères, à nos pères restés là-bas, mais en mieux habillés, avec leurs redingotes grises et leurs élégants costumes trois-pièces à l'occidentale. Certains d'entre eux étaient photographiés sur le trottoir, devant une maison en bois au toit pointu, à la pelouse impeccable, enclose derrière une barrière de piquets blancs, d'autres dans l'allée du garage, appuyés contre une Ford T. Certains avaient posé dans un studio sur une chaise au dossier haut, les mains croisées avec soin, regard braqué sur l'objectif, comme s'ils étaient prêts à conquérir le monde. Tous avaient promis de nous attendre à San Francisco, à notre arrivée au port. 

Sur le bateau, nous nous interrogions souvent : nous plairaient-ils ? Les aimerions-nous ? Les reconnaîtrions- nous d'après leur portrait quand nous les verrions sur le quai ? 

Sur le bateau nous dormions en bas, à l'entrepont, espace noir et crasseux. Nos lits consistaient en d'étroites couchettes de métal empilées les unes sur les autres, aux rudes matelas trop fins, jaunis par les taches d'autres voyages, d'autres vies. Nos oreillers étaient garnis de paille séchée. Entre les couchettes, des miettes de nourriture jonchaient le sol, humide et glissant. Il y avait un hublot et, le soir, lorsqu'il était fermé, l'obscurité s'emplissait de murmures. Est-ce que ça va faire mal ? Les corps se tournaient et se retournaient sous les couvertures. La mer s'élevait, s'abaissait. L'atmosphère humide était suffocante. La nuit nous rêvions de nos maris. De nouvelles sandales de bois, d'infinis rouleaux de soie indigo, de vivre dans une maison avec une cheminée. Nous rêvions que nous étions grandes et belles. Que nous étions de retour dans les rizières que nous voulions si désespérément fuir. Ces rêves de rizières étaient toujours des cauchemars. Nous rêvions aussi de nos sœurs, plus âgées, plus jolies, que nos pères avaient vendues comme geishas pour nourrir le reste de la famille, et nous nous réveillions en suffoquant. Pendant un instant, j'ai cru que j'étais à sa place. 

Les premiers jours sur le bateau nous étions malades, notre estomac ne gardait rien, et nous étions sans cesse obligées de courir jusqu'au bastingage. Certaines d'entre nous étaient prises de vertiges, au point de ne plus pouvoir se lever, et demeuraient sur leur couchette dans une morne torpeur, incapables de se souvenir de leur nom sans parler de celui de leur futur mari. Rappelle-moi encore une fois, je suis Mrs Qui, déjà ? Certaines se tenaient le ventre et priaient à haute voix Kannon, la déesse de la miséricorde - Où es-tu ? - tandis que d'autres préféraient verdir en silence. Souvent au beau milieu de la nuit nous étions réveillées par le mouvement violent de la houle, et l'espace d'un instant nous ne savions plus où nous étions, pourquoi nos lits ne cessaient de bouger, ni pourquoi nos cœurs cognaient si fort d'effroi. 

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Roman

 50__tats

34/50 : Californie

Challenge 1% Littéraire 2012

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29 septembre 2012

Bois sauvage – Jesmyn Ward

Lu en partenariat avec les éditions Belfond

bois_sauvage Belfond – août 2012 – 336 pages

traduit de l'américain par Jean-Luc Piningre

Titre original : Salvage the Bones, 2011

Quatrième de couverture :
Couronnée par le National Book Award, une œuvre violente et bouleversante, aux accents faulknériens. Dans la chaleur étouffante d'un Mississippi pauvre et oublié de tous, l'histoire d'une famille fracassée par une des plus grandes catastrophes de l'histoire des États-Unis. 

Esch Baptiste, quatorze ans, observe. Elle voit son père tenter de s'extirper des vapeurs de l'alcool pour consolider leur masure ; elle voit Randall, son frère aîné, s'entraîner sans relâche au basket, dans l'espoir de décrocher une bourse sportive, d'échapper enfin à Bois Sauvage , à cette misère; elle voit Skeet, le cadet, voler de la nourriture pour China, son pitbull adoré, sa championne de combats ; elle voit Junior, le petit dernier, chercher un peu de tendresse et d'attention ; elle voit leur mère, morte en couches, qui veille sur eux malgré tout ; et puis elle voit son corps qui change, ce secret dont elle ne peut parler à personne, ce bébé qu'elle n'attendait pas. 

Dans dix jours, un ouragan va frapper le golfe du Mexique. Mais cet ouragan n'est pas un ouragan comme les autres, c'est Katrina, la mère de tous les ouragans. Telle Médée dont Esch lit et relit l'histoire, Katrina est venue pour tuer...

Auteur : Jesmyn Ward, trente-cinq ans, est née à DeLisIe, dans l'État du Mississippi, et vit aujourd'hui en Alabama. Elle est issue d'une famille nombreuse, dont elle fut la première à bénéficier d'une bourse pour l'université. Son premier roman, Where the Line Bleeds (à paraître en 2013) lui a valu d'être remarquée par la critique américaine. Mais c'est avec Bois Sauvage qu'elle va rencontrer la reconnaissance internationale en remportant le National Book Award 2011, récompense littéraire suprême aux États-Unis. 

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Nous sommes à Bois Sauvage dans le Mississippi, douze jours avant l'arrivée de l'ouragan Katrina. La narratrice Esch, 14 ans, nous raconte au jour le jour le quotidien de sa famille.
La maman est morte en mettant au monde Junior le petit dernier qui a maintenant 8 ans.
Le père alcoolique ne songe qu'à clouer des planches de bois sur les ouvertures de la maison avant l'arrivée de la tempête. Âgé de 16 ans, le fils aîné Randall s'entraîne sans relâche au basket, il espère être sélectionné par l'équipe universitaire. Le second Skeet, 15 ans, ne vit que pour sa chienne pitbull China, celle-ci vient de mettre au monde sa première portée qui devrait rapporter de l'argent. Esch doit s'occuper des tâches ménagères, elle rêve du grand amour et vient de découvrir qu'elle est enceinte. C'est un huis-clos familiale dans un climat de plus en plus pesant au sens propre comme au sens figuré... Les personnages sont attachants et haut en couleur. Le style est simple et souvent parlé puisque la narratrice n'a que quatorze ans, malgré tout il y a quelques passages plein de poésie « Le soleil s'est couché pendant que Skeeter et moi on cherchait du bois, les couleurs explosaient, le soleil a coulé entre les arbres, et le ciel s'est vidé comme l'eau dans un tuyau. Il est devenu tout délavé, tout blanc, puis bleu marine et noir. »

Merci à Jérémy et aux éditions Belfond pour cette très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
China se bat contre elle-même. Si je savais pas, je croirais qu'elle veut manger ses pattes. Et qu'elle est folle. Ça, c'est un peu vrai. À part Skeet, elle laisse personne la toucher. Quand elle était bébé, avec sa grosse tête de pitbull, elle volait toutes les chaussures de la maison. Les tennis que maman nous achetait, noires pour pas qu'elles salissent trop vite, celles qui gardent leurs formes si on les brosse pas. Maman a pas eu de bol avec ses vieilles sandales plates, oubliées dans un coin, tellement pleines de terre rouge qu'elles étaient roses. On les reconnaissait plus. China cachait toutes nos pompes sous les meubles, derrière les toilettes, elle en faisait des tas et elle dormait dessus. Dès qu'elle a pu trotter, elle descendait le perron pour les planquer dans les rigoles. Impossible de lui reprendre : autant déraciner un arbre. Aujourd'hui, elle vole plus, elle donne, elle va nous faire des petits.
C'est rien comparé à ce qu'a souffert maman en accouchant de Junior. Comme nous, il a vu le jour dans la chambre des parents, au milieu de la clairière que son père a créée de ses mains avant de nous construire notre maison. On l'appelle maintenant la Fosse. J'avais huit ans, je suis la seule fille de la famille, et j'avais rien pu faire. Papa dit que maman voulait pas qu'on l'aide, que Randall et moi étions sortis vite, sous l'ampoule nue au-dessus du lit, alors elle pensait que ça serait pareil avec Junior, mais elle se trompait. Elle est restée accroupie à hurler jusqu'au bout. Junior est né violet comme un hortensia : la dernière fleur de sa vie. Quand papa lui a montré, maman l'a effleuré du bout des doigts, comme si elle avait peur de la flétrir, sa fleur, d'éparpiller le pollen. Elle refusait d'aller à l'hôpital. Papa l'a portée jusqu'à la voiture, le sang coulait à ses pieds, on l'a jamais revue.
China fait ce pour quoi elle est faite : elle se bat. Contre nos chaussures, contre les autres chiens, contre ses chiots aveugles, trempés, qui poussent vers la sortie. Elle sue beaucoup et les garçons l'observent, tout contents. Je vois papa derrière la fenêtre de la remise. Sa tête brille comme les truites qui filent au soleil sous la surface de l'eau. Tout est calme. Il fait lourd. Ça sent la pluie, mais il pleut pas. Pas d'étoiles dans le ciel, rien que la Fosse et ses ampoules nues.
- Reste pas devant l'entrée, ça l'énervé. Skeeter est le portrait de son père, très noir, petit et mince. À seize ans, il a un corps musclé, plein de nœuds. C'est le cadet de la famille, mais le plus grand pour China. Elle connaît que lui.
- Mais non, elle s'en fout, répond Randall.  

 

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Le mois américain

50__tats
34/50 : Mississipi

Challenge 1% Littéraire 2012

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5/7

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Végétal"

 

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28 septembre 2012

Le Journal d'Anne Frank

le_journal_d_Anne_Frank_1958 le_journal_d_Anne_Frank_CalmanL_vy_1959 journal_anne_frank_LdP_1969 Anne_Frank_FL_71 le_journal_d_Anne_Frank_LdP_79 le_journal_d_Anne_Frank_Gallimard_jeunesse le_journal_d_Anne_Frank_Presse_Pocket_1986 le_journal_d_Anne_Frank_Presse_Pocket Anne_Frank_LdP_xx Anne_Frank_LdP_1991 le_journal_d_Anne_Frank_LdP_91 Anne_Frank_Calman_2002 Anne_Frank_LdP_2008

Calmann-Lévy - janvier 1958 – 308 pages

Calmann-Lévy - janvier 1959 – 345 pages

Livre de Poche – 1969 – 275 pages

France-Loisirs – octobre 1977 – 320 pages

Livre de Poche - janvier 1979 - 317 pages

Gallimard jeunesse – décembre 1984 -

Presse Pocket – 1986 – 284 pages

Livre de Poche – 1991 – 274 pages

Calmann Lévy – mars 2002 – 280 pages

Livre de Poche – novembre 2008 – 352 pages

traduit du néerlandais

Titre original : Het Achterhuis. Dagboekbrieven 14 Juni 1942-1 Augustus 1944, 1947

Quatrième de couverture : 
C'est d'abord pour elle seule qu'Anne Franck entreprend l'écriture de son journal le 12 juin 1942. Mais au printemps 1944, le gouvernement néerlandais décide de rassembler, dès la fin de la guerre, tout écrit relatant les souffrances du peuple occupé. Du haut de ses treize ans, Anne Franck s'adresse alors à la postérité. Au fil d'un récit alerte et chaleureux, elle décrit à sa "chère Kitty" imaginaire sa pénible vie clandestine. Car Anne et les siens vivent cachés dans "l'annexe" des bureaux paternels. L'occasion pour la jeune fille d'observer et de consigner dans son précieux cahier les comportements de chacun, d'analyser avec une maturité étonnante les tensions psychologiques dont vibre le quotidien. Elle y confie aussi sa peur, ses rêves et ses ambitions, ainsi que ses premières amours et ses réflexions sur la religion.

Ce Journal demeure l'un des témoignages les plus émouvants sur la Seconde Guerre mondiale. La mort d'Anne Franck en déportation nous laisse au coeur une plaie vive : le souvenir, rendu plus présent et plus insupportable encore, par cette lecture, du génocide des Juifs.

Auteur : Anne Frank est née le 12 juin 1929 à Francfort. Sa famille a émigré aux Pays-Bas en 1933. À Amsterdam, elle connaît une enfance heureuse jusqu’en 1942, malgré la guerre. Le 6 juillet 1942, les Frank s’installent clandestinement dans «l’Annexe» de l’immeuble du 263, Prinsengracht. Le 4 août 1944, ils sont arrêtés sur dénonciation. Déportée à Auschwitz, puis à Bergen-Belsen, Anne meurt du typhus en février ou mars 1945, peu après sa sœur Margot. La jeune fille a tenu son journal du 12 juin 1942 au 1er août 1944, et son témoignage, connu dans le monde entier, reste l’un des plus émouvants sur la vie quotidienne d’une famille juive sous le joug nazi. 

Mon avis : (relu en septembre 2012)
Après mon week-end à Amsterdam cet été et la visite de la Maison d’Anne Frank, je voulais absolument relire son Journal que j’avais déjà lu adolescente.

C'est un formidable témoignage d'une époque, d'une histoire. Anne commence ce journal à treize ans, seulement quelques jours avant que sa famille parte se cacher dans l'Annexe. Le journal d'Anne s'achève lorsqu'elle a quinze ans et presque deux mois, la cachette a été découverte et les clandestins arrêtés.
Anne raconte son quotidien et celui des clandestins à travers des lettres qu'elle adresse à Kitty une amie imaginaire. Elle confie à son journal ses colères, ses conflits avec sa mère, ses espoirs, ses sentiments. Elle décrit avec beaucoup de détails l’organisation de la vie à l’Annexe, les contraintes, les occupations de chacun, les nouvelles qu’ils ont de l’extérieur grâce à la radio et surtout aux quelques employés des entreprises d’Otto Frank qui aident les clandestins. Miep, Bep, Jan, Kleiman et Kluger s’occupent de leur approvisionnement et leur remontent le moral. Ils ont été indispensables à la réussite de cette clandestinité. Malgré ces conditions particulières, Anne confit également à son journal les questions qu’une jeune fille de son âge se pose sur les transformations de son corps, sur ses sentiments, sur ses projets d’avenir…

Je gardais de ce livre un souvenir émouvant et fort, avec cette relecture j’ai redécouvert la richesse de ce journal. Anne a une maturité étonnante et un vrai talent d’écrivain, elle sait observer et raconter. Au fil des pages, j’ai vu l’évolution de cette enfant pleine de vie qui devient  une adolescente qui aspire à évoluer. Les lettres sont parfois drôles, féroces, très intimes ou très tristes, Anne est  bouleversante de vérité et d’humanité.
A lire ou à relire ! Et à faire partager pour ne pas oublier !

La visite de la Maison d’Anne Frank : C’est « un musée avec une histoire », vous imaginez bien que c’est terriblement émouvant et tout au long du musée, les lieux sont décrits à l’aide de citations du Journal d'Anne Frank. La visite commence dans la maison principale où se trouvaient les bureaux d'Otto Frank et de ses employés. Les visiteurs découvrent peu à peu l'ambiance et le contexte historique de l’époque.
Au milieu de la visite, le visiteur découvre les pièces de la cachette dans l'Annexe, elles  ont été conservées dans leur état originel, mais vides étant donné que tout fut enlevé après l'arrestation des 8 clandestins. Il reste cependant sur le mur de la chambre d’Anne les photos de magazine qu’elle y a collé au début du séjour dans l’Annexe, une petite carte piquée d’aiguilles montrant l’avancée américaine après le débarquement de juin 1944…
Puis la visite se poursuit avec une exposition sur les déportations et les camps et une exposition entièrement consacrée au Journal d’Anne Frank.

Je vous invite également à parcourir le site de la Maison d’Anne Frank, il est très complet et très intéressant.

Article chez Valérie sur l'adaptation du Journal d'Anne Frank au Théâtre Rive Gauche

Extrait : (début du livre)

12 JUIN 1942:

Je vais pouvoir, j'espère, te confier toutes sortes de choses, comme je n'ai encore pu le faire à personne, et j'espère que tu me seras d'un grand soutien.

(ajout du 28 SEPTEMBRE 1942)

Jusqu'à maintenant, j'ai trouvé en toi un grand soutien, comme auprès de Kitty à qui j'écris régulièrement, j'aime beaucoup mieux cette façon d'écrire dans mon journal et maintenant j'ai vraiment du mal à attendre le moment de te retrouver pour écrire. Oh, comme je suis contente de t'avoir emporté.

DIMANCHE 14 JUIN 1942

Je vais commencer au moment où je t'ai reçu, c'est-à- dire quand je t'ai vu sur la table de mes cadeaux d'anniversaire (car j'étais là quand on t'a acheté, mais ça ne compte pas). 
Vendredi 12 juin, j'étais déjà réveillée à six heures, et c'est bien compréhensible puisque c'était mon anniversaire. 
Mais à six heures, je n'avais pas le droit de me lever, alors j'ai dû contenir ma curiosité jusqu'à sept heures moins le quart. Là je n'y tenais plus, je suis allée dans la salle à manger, où Moortje (le chat) m'a souhaité la bien venue en me donnant des petits coups de tête. Un peu après sept heures, je suis allée voir Papa et Maman et ensuite je suis venue au salon pour déballer mes cadeaux, c'est toi que j'ai vu en premier, peut-être un de mes plus beaux cadeaux. Et puis un bouquet de roses, deux branches de pivoines, et une petite plante. Papa et Maman m'ont donné un chemisier bleu, un jeu de société, une bouteille de jus de raisin, qui, à mon idée, a un petit goût de vin (on fait le vin avec du raisin), puis un puzzle, un petit pot de pommade ; un billet de deux florins et demi et un bon pour deux livres, un livre, la Camera obscura, mais Margot l'a déjà, alors je l'ai échangé ; un plat de petits gâteaux faits maison (par moi bien sûr, car faire des petits gâteaux, c'est mon fort en ce moment), beaucoup de bonbons, et une tarte aux fraises faite par Maman, une lettre de mamie, juste à temps, mais évidemment c'est un hasard. 
Ensuite Hanneli est venue me chercher et nous sommes parties à l'école. Pendant la récréation, j'ai offert des galettes au beurre aux professeurs et aux élèves ; et puis il a fallu retourner au travail. 
Puis je suis rentrée à cinq heures car j'étais allée au cours de gymnastique (même si je n'en ai pas le droit parce que mes bras et mes jambes se déboîtent) et pour mon anniversaire j'ai choisi qu'on joue tous au volley. Quand je suis arrivée à la maison, Sanne Ledermann était déjà là et j'avais ramené IIse Wagner, Hanneli Goslar et Jacqueline Van Maarsen, parce qu'elles sont dans ma classe. Avant, Hanneli et Sanne étaient mes deux meilleures amies, et quand on nous voyait ensemble on disait toujours voilà Anne, Hanne et Sanne. Je n'ai connu Jacqueline Van Maarsen qu'au lycée juif et maintenant elle est ma meilleure amie. Ilse est la meilleure amie de Hanneli, et Sanne est à une autre école, où elle a ses amies. 

 

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Personne Célèbre"

Challenge le nez dans les livres

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La reine des lectrices : 11/6

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26 septembre 2012

Le ciel tout autour – Amanda Eyre Ward

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Buchet Chastel - mars 2005 - 322 pages

J'ai Lu - août 2006 - 253 pages

Quatrième de couverture :
" La nuit allongée dans sa cellule, la télé éteinte, les bruits enfin calmés, elle repense à ce soir-là, sur la véranda. Elle tente de se convaincre qu'elle l'a vraiment vécu. Elle compte les minutes qu'il lui reste à vivre. Le 25 août est dans soixante-deux jours 89 280 minutes. "
Karen a vingt-neuf ans et elle attend son exécution dans le couloir de la mort d'une prison du Texas où les touristes affluent pour l'événement.
Célia, la veuve d'un des hommes que Karen a assassinés, ne parvient pas à se remettre de la mort de son mari. Cinq ans après, elle ne pardonne pas mais décide d'écrire à la coupable...
Franny, jeune médecin originaire du Texas, quitte New York pour rejoindre sa région natale et trouver peut-être un sens à sa vie.
Trois destins entremêlés dans un roman qui évoque l'univers carcéral féminin avec émotion et humanité. Inoubliable.

 

Auteur : Amanda Eyre Ward est née à New York eu 1972. Elle est également l'auteur de "A perte de vue" en 2006.

Mon avis : (lu en septembre 2012)
C’est la blogosphère qui m’a donné envie de découvrir ce livre. La thématique n’est pas très gaie, car l’histoire se passe en partie dans le Couloir de la mort de la prison de femmes de Gatestown au Texas. Il y a trois femmes, trois voix, trois destins.
Karen est une tueuse en série, depuis cinq ans, elle attend son exécution, celle-ci est programmée pour le 25 août, dans 62 jours. Karen est atteinte du sida et elle partage son quotidien avec d'autres condamnées à mort.
Celia est la veuve d'une des victimes de Karen, bibliothécaire depuis la disparition de son mari, elle vit mécaniquement, dans la colère, dans la dépression, se refusant un avenir possible.
Franny est la nièce du médecin de la prison. Après le décès des ses parents alors qu'elle avait six ans, c'est son oncle qui l'a élevée. Elle est devenue médecin à New-York et après la mort d'Anna, une jeune patiente dont elle s'occupait, elle est en plein doute sur sa vie, son métier, son couple.
Tout au long du livre, lecteur voit évoluer ces trois femmes, découvre la réalité carcérale et est appelé à réfléchir sur le pardon, sur la peine de mort et les exécutions aux États-Unis.
Dans ce livre, il se dégage beaucoup d'humanité, les personnages sont très attachants et émouvants. Une très belle découverte.

Autre avis : Sandrine

Extrait : (début du livre)
Le mercredi, elles se préparent pour la fiancée de Satan, qui doit arriver après le déjeuner. Elles commandent une lampe et une radio à l'intendance, sur le compte de Tiffany. Karen fait le lit dans la cellule vide et met des draps propres. Toutes les femmes du Couloir de la Mort, qui utilisaient la cellule comme espace de rangement, en ont retiré leurs affaires personnelles pour permettre à la Fiancée de Satan de repartir du bon pied.
Tout en secouant le drap avant de bien le lisser sur le matelas, Karen se souvient du soulagement qui l'avait envahie lorsqu'elle avait découvert sa cellule : vide, propre, sentant l'ammoniaque. C'était il y a près de cinq ans.
Tiffany prend deux livres sur l'étagère, Femmes meurtrières et La Gymnastique de Jane Fonda. Elle les pose à côté du lit de la nouvelle. « Voilà », dit-elle. 

Quatre heures et demie du matin. Le petit déjeuner est terminé ; la longue matinée va s'étirer jusqu'au repas de midi. Tiffany se tient devant la cellule vide, un bras maigre passé autour de son ventre, l'autre contre son menton. « Je devrais peut-être lui dessiner quelque chose ? C'est tellement triste, cette cellule.
- Laisse tomber, dit Karen.
- Mais c'est sinistre », insiste Tiffany. Elle secoue la tête, et ses cheveux, coiffés à la Farrah Fawcett, se remettent parfaitement en place. Sous son survêtement, ses membres sont solides. Dans sa cellule, elle sautille, fait des abdos et des pompes. Tous les jours, à la promenade, elle arpente la petite cour grillagée, creusant un sillon en forme de huit dans la poussière. Elle croit à sa libération, et ne tient pas en place. Karen reconnaît cet espoir aigu, qui irrite comme un gravier dans la chaussure, quand on se rend compte du temps qui passe et de tout ce qui vous manque au-dehors. Lorsqu'on abandonne l'espoir, une paix sourde, engourdissante, prend le relais.
« Laisse tomber », répète Karen.

 

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34/50 : Texas

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Le mois américain

 

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