13 octobre 2017

L'Espoir des Neshov Broché – Anne B. Ragde

512SVHrwWxL Fleuve éditions - juin 2017 - 360 pages

traduit du norvégien par Hélène Hervieu

Titre original : Alltid tilgivelse, 2016

Quatrième de couverture :
Pour avancer, il faut savoir revenir en arrière... Après des années de splendeur puis de misère, la ferme des Neshov est désormais à l'abandon et la famille éclatée.
Seul à Trondheim, Margido s'est tourné vers Dieu et se voue à son entreprise de pompes funèbres, mais peine à s'épanouir dans sa vie privée. À la tombée du jour, ni les tartines trop riches, ni les soirées dans son sauna personnel ne comblent le vide.
À Copenhague, en revanche, pour son frère Erlend et son compagnon Krumme, désormais heureux parents de trois bambins, les journées ne connaissent aucun répit. Pris dans le tourbillon des couches, des biberons et des bobos, ils en viendraient presque à s'oublier eux-mêmes.
Quant à leur nièce Torunn, installée à Oslo avec Christer, elle s'interroge sur l'avenir d'une relation dans laquelle tromperies et résignation ont succédé à un temps de folle passion.
À quarante ans, les choix qui se profilent seront cruciaux.
Une famille, quatre destins, quatre existences ancrées dans des réalités bien différentes que chacun questionne afin de trouver sa place dans le monde.
Mais après tout, la vie n'est-elle pas cette quête permanente portée par l'espoir de trouver sa plénitude ?

Auteur : Anne B. Ragde, née en Norvège en 1957, est l'une des plus grandes romancières scandinaves, traduite dans une vingtaine de langues. Elle a notamment été récompensée dans son pays de prix Riksmål (équivalent du Goncourt français), du prix des Libraires et prix des Lecteurs, pour sa saga des Neshov ( La Terre des mensonges, La Ferme des Neshov et L'Héritage impossible, parus en 2009 et 2010). Elle revient aujourd'hui avec un nouveau tome autour de la famille Neshov.

Mon avis : (lu en septembre 2017)
Il y a 7 ans, lorsque je terminais le tome 3 de la « Trilogie des Neshov », j'avais quitté avec regrets et avec un sentiment d'inachevé la famille Neshov. J'ai donc été surprise et ravie d'apprendre que l'auteur avait fini par écrire un tome 4.
Quelques pages au début du livre rappellent au lecteur les évènements des trois premiers tomes, c'est bien utile sept ans après...
Cela fait environ quatre ans que Torunn a fui la ferme des Neshov. Elle vit près d'Oslo avec Christer, musher et trader. Mais elle n'est pas heureuse, elle a tout quitté pour un compagnon qui n'est pas un modèle de fidélité.
A Trondheim, Margido est toujours occupé par son entreprise de pompes funèbres, sa vie routinière de vieux garçon lui pèse un peu.
Le grand-père Tormod est désormais installé dans une maison de retraite dont il apprécie le confort. L'exploitation familiale est à l'abandon. A Copenhague, Erlend et son compagnon Krumme sont les heureux parents de trois petits enfants.
Torunn décide de revenir pour quelques jours à Trondheim et s'installe chez son oncle Margido. C'est l'occasion de faire le point sur sa vie et pourquoi ne pas faire des projets d'avenir...
Quel bonheur, de retrouver cette famille atypique et attachante et en bonus tout n'est pas fini car il semblerait qu'un tome 5 est prévue...

Extrait : (début du livre)
Dans le couloir, on aurait entendu une mouche voler.
Il était assis dans son fauteuil, la tête penchée au-dessus d’un livre ouvert sur ses genoux. La lampe de lecture projetait un faisceau de lumière bien net sur les pages, et il était si plongé dans le texte qu’il sursauta en entendant frapper à sa porte. Malgré cela, il parvint à bien enfoncer dans le papier l’ongle de son pouce droit pour faire une marque à l’endroit où il en était, en plein milieu d’une phrase.
— Oui ?
Une jeune aide-soignante ouvrit la porte et entra. Ses semelles en caoutchouc ne faisaient aucun bruit.
— Je m’appelle Marthe, dit-elle en lui tendant la main.
Il baissa les yeux sur son livre, posa l’ongle du pouce gauche exactement au même endroit pour libérer son pouce droit, et lui tendit la main d’un geste maladroit ; il devait appuyer fort avec le doigt pour éviter que le livre ne lui glisse des genoux, et son pouce droit reprit le relais dès qu’elle lui lâcha la main.
— Excusez-moi, je crois que je vous dérange, dit-elle.
— Oui, non… je… ça va.
— Je suis nouvelle ici, je voulais juste vous saluer. C’est ma première garde de nuit, ce soir. Et vous êtes Tormod Neshov ?

— Oui.
— Vous ne prenez pas de médicaments, d’après ce que j’ai vu sur la liste.
— Non.
— C’est rare. Même pas de somnifères ?

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Norvège

Déjà lu du même auteur :

la_terre_des_mensonges La Terre des mensonges   la_ferme_des_Neshov La Ferme des Neshov
l_h_ritage_impossible L'héritage impossible  zona_frigida  Zona frigida
un_jour_glac_ Un jour glacé en enfer la_Tour_d_arsenic La Tour d'arsenic

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11 octobre 2017

L'amie prodigieuse - Helena Ferrante

L-amie-prodigieuse 51kZz08VixL

Gallimard - octobre 2014 - 

Folio - janvier 2016 - 448 pages

traduit de l'italien par Elsa damien

Titre original : L'Amica Geniale, 2011

Quatrième de couverture :
«Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l'obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition. Formidable voyage dans l’Italie du boom économique, L’amie prodigieuse est le portrait de deux héroïnes inoubliables qu’Elena Ferrante traque avec passion et tendresse.

Auteur : Elena Ferrante est l'auteur de plusieurs romans parmi lesquels L'amour harcelant , Les jours de mon abandon et Poupée volée . Tous sont publiés chez Gallimard. L'auteur a été finaliste du prix Strega pour le quatrième volet de la série L'amie prodigieuse.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C'est un livre que j'avais dans ma LAL depuis pas mal de temps... Les grandes vacances ont été l'occasion de me plonger dedans !
Elena est la narratrice et elle prend la plume pour nous raconter son amitié avec Lila. Dans ce tome, elle nous raconte de son enfance jusqu'au mariage de son amie. Le lecteur est plongé au coeur des années 50 dans un quartier pauvre de la banlieue napolitaine. 
Elena et Lila sont deux petites filles très différentes, Elena est sage et posée, Lila est intrépide, déterminée, petite mais fougueuse. 
Elles se sont connues toutes les deux sur les bancs de l'école, douées pour les études et ayant soif d'apprendre, elles entrent en compétitions et donnent le meilleur d'elles-même. Mais cela ne va pas durer car seuls les parents d'Elena accepteront que leur fille poursuive des études. Lila doit abandonner rapidement l'école pour travailler avec son père et son frére dans leur petite échoppe de cordonnier.
Mais les deux amies vont continuer à se voir, à s'entraider, à se disputer et à grandir ensemble car une force indéfectible unissent Elena et Lila.
C'est un roman d'apprentissage, sombre et réaliste dans Naples et l'Italie.
Ces personnages sont attachants et je pense lire un jour la suite de cette histoire (prévue en 4 tomes).

Extrait : (début du livre)
Ce matin Rino m’a téléphoné, j’ai cru qu’il voulait encore de l’argent et me suis préparée à le lui refuser. Mais le motif de son appel était tout autre : sa mère avait disparu.
« Depuis combien de temps ?
— Quinze jours.
— Et c’est maintenant que tu m’appelles ? »
Mon ton a dû lui paraître hostile ; pourtant je n’étais ni en colère ni indignée, juste un tantinet sarcastique. Il a tenté de répliquer mais n’a pu émettre qu’une réponse confuse, gênée, moitié en dialecte et moitié en italien. Il s’était mis dans la tête, m’a-t-il expliqué, que sa mère était en vadrouille quelque part dans Naples, comme d’habitude.
« Même la nuit ?
— Tu sais comment elle est.
— D’accord, mais quinze jours d’absence, tu trouves ça normal ?
— Ben oui. Ça fait longtemps que tu ne l’as pas vue, c’est encore pire : elle n’a jamais sommeil, elle va et vient, elle fait tout ce qui lui passe par la tête. »
Il avait quand même fini par s’inquiéter. Il avait interrogé tout le monde, fait le tour des hôpitaux et s’était même adressé à la police. Rien, sa mère n’était nulle part. Quel bon fils ! Un gros bonhomme sur la quarantaine, qui n’avait jamais travaillé de sa vie et n’avait fait que trafiquer et gaspiller. J’ai imaginé avec quelle diligence il avait dû faire ses recherches : aucune. Il n’avait pas de cervelle, et rien ne lui tenait à cœur hormis sa propre personne.
« Elle ne serait pas chez toi ? » m’a-t-il soudain demandé.
Sa mère ? Ici à Turin ? Il connaissait bien la situation, et ne parlait que pour parler. Lui oui, c’était un voyageur, et il était venu chez moi une dizaine de fois, sans y être invité d’ailleurs. Sa mère, qu’au contraire j’aurais accueillie avec plaisir, n’était jamais sortie de Naples de toute sa vie. Je lui ai répondu :
« Elle n’est pas chez moi, non.
— Tu es sûre ?
— Rino, s’il te plaît : je te dis qu’elle n’est pas là.
— Mais alors elle est où ? »
Il s’est mis à pleurer : je l’ai laissé mettre en scène son désespoir, avec des sanglots qui commençaient par être feints avant de devenir réels. Quand il a terminé je lui ai conseillé :
« S’il te plaît, comporte-toi comme elle le voudrait, pour une fois : ne la cherche pas.
— Mais qu’est-ce que tu racontes ?
— Tu m’as entendue. C’est inutile. Apprends à vivre tout seul, et ce n’est pas la peine de me chercher non plus. »
J’ai raccroché.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Italie

 

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30 septembre 2017

La pâtissière de Long Island - Sylvia Lott

71KKOD+Y0hL Piranha - mai 2016 - 368 pages

traduit de l'allemand par Lorraine Cocquelin

Titre original : Die Glücksbäckerin von Long Island, 2014

Quatrième de couverture :
Pour l'empêcher de fréquenter l'homme qu'elle aime, le père de Marie décide de l'envoyer aussi loin que possible de leur petit village de Frise orientale : à New York, chez ses deux frères. Avec pour seuls bagages son coeur brisé et la recette secrète de son gâteau au fromage blanc, elle débarque à Brooklyn en ce froid mois de novembre 1932, à la fois fascinée et terrifiée par ce qui l'entoure. Elle est bien loin de se douter de l'incroyable destin que lui réserve le Nouveau Monde.
Des décennies plus tard, Rona, sa petite-nièce en plein revers professionnel et sentimental, vient lui rendre visite. Marie lui raconte son histoire et lui confie la recette du cheesecake qui doit changer sa vie.
Auteur : Originaire de Frise orientale, Sylvia Lott est journaliste free-lance pour des magazines féminins, de voyages et d'art de vivre. Elle est l'auteur de quatre romans.
Mon avis : (lu en août 2017)
Ce livre raconte l'histoire de Marie, elle vivait dans un petit village de Frise orientale en Allemagne dans les années 30. Elle était amoureuse d'Arthur, son collègue instituteur. Mais le jeune homme déplaisait aux parents de Marie car il n'avait pas la même religion. Pour les séparer, Marie est envoyée à New-York où deux de ses frères tiennent un restaurant. Marie va mettre quelques temps à s'habituer à cette nouvelle vie, elle va apprendre l'anglais, travailler quelque temps à l'usine puis elle aidera ses frères grâce à un fameux cheese-cake. Marie détient seule la recette familiale et secrète d'un gâteau au fromage blanc qu'elle va mettre à la carte du restaurant de ses frères et ce sera un grand succès. 
Marie n'a pas oublié Arthur et ensemble, ils économisent pour leur prochaine vie future.
En 2002, Rona, la petite-nièce de Marie, vient lui rendre visite avec son grand-père, le frère de Marie resté en Allemagne durant toutes ses années.
Le récit alterne entre 2002 et le passé que Marie raconte à Rona. C'est bien documenté et les personnages sont vraiment attachants. J'ai beaucoup aimé cette lecture.

Extrait : (début du livre)
Marie était déjà bien avancée dans ses quatre-vingts ans quand elle sentit que cela commençait chez elle. Elle l’avait souvent observée chez d’autres personnes âgées ; cette manière qu’elles avaient de retourner vivre peu à peu dans leur passé, de se souvenir d’expériences vécues pendant l’enfance et qu’elles croyaient oubliées depuis longtemps – et de se sentir soudain tourmentées par les conflits d’autrefois comme s’ils ne souffraient plus un seul jour de délai.
Ce furent tout d’abord des images et des scènes de son enfance qui jaillirent à l’improviste dans son esprit, puis des scènes de sa jeunesse, déclenchées le plus souvent par les événements du présent. C’était particulièrement fort en ce jour de juin. Quelques garçons se battaient sur le trottoir devant sa fenêtre – et dans sa tête apparurent des chamailleries, dans la cour de l’école de son village natal, qui remontaient à plus de soixante-dix ans.
« Allez chercher Fräulein Wiemkes ! » criait l’instituteur au lieu d’intervenir lui-même. Marie n’était âgée que de quelques années de plus que les garçons et, en tant que maîtresse d’école suppléante, elle donnait une fois par semaine des cours de couture à l’école du village. Elle était loin d’avoir une carrure impressionnante, mais elle n’eut qu’à se mettre devant la mêlée d’enfants qui se chamaillaient et s’écrier « Hé, les garçons, soyez raisonnables ! », pour qu’ils s’interrompent, honteux, et que la paix régna de nouveau. Marie regarda chacun d’eux, avec un air sérieux mais dénué de reproche, raisonnable. Exactement comme on regarde quand on veut dire : Tu n’es pas obligé de faire ça, arrête donc ces bêtises. Marie avait toujours fait cet effet aux gens.
À partir de là, les premiers exemples lui vinrent à l’esprit. Telles les publicités qui coupaient ses séries préférées, des parenthèses venues du passé se glissaient de plus en plus souvent dans son présent. Cela l’irritait.
Elle n’avait certes rien contre les souvenirs, mais pitié, pas sans invitation !
Son aide à domicile arriva et la salua. Mais Marie était encore si profondément plongée dans ses pensées qu’elle prit sa voix pour celle d’une voisine décédée en Allemagne.
« Marie, j’ai des ennuis avec ma belle-mère. Tu ne pourrais pas me préparer ton gâteau au fromage blanc ? Je t’apporterais les oeufs et tous les ingrédients. »
Tous les ingrédients ? Marie sourit pensivement. Combien d’émoi y avait-il eu alors autour de l’ingrédient décisif, l’ingrédient secret…

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Allemagne

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08 septembre 2017

Les bottes suédoises - Hennig Mankell

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Le Seuil - août 2016 - 368 pages

Point - juin 2017 - 384 pages

traduit du suédois par Anna Gibson

Titre original : Svenska gummistövlar, 2015

Quatrième de couverture :
Fredrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n'est plus qu'une ruine fumante.

Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s'interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ?
Mais c'est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, l'apparition d'une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale.
Tandis que l'hiver prend possession de l'archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu'à l'inimaginable dénouement.

Après l'immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d'un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l'ombre grandissante de la mort ; mais aussi la soif d'amour et le désir, d'un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie.
Tel est l'ultime roman de Henning Mankell : une œuvre d'une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages.

Auteur : Né en Suède en 1948, Henning Mankell est considéré comme l'un des maîtres incontestés du roman policier suédois grâce à la série des Wallander, traduite en 35 langues et pour laquelle l’Académie suédoise lui a décerné le Grand Prix de littérature policière. Lauréat de nombreux prix littéraires dont le prix Mystère de la Critique, le prix Calibre 38, et le Trophée 813, il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou des questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse. Il partage aujourd'hui sa vie entre la Suède et le Mozambique.

 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
En avant propos de ce livre l'auteur précise : "Le présent récit est la suite indépendante du roman Les Chaussures italiennes". Cela veut dire que l'on peut lire cette histoire même si on n'a pas lu Les Chaussures italiennes, mais à mon avis c'est un plus de l'avoir lu.

Dans cette histoire, nous retrouvons Fredrik Welin, le chirurgien orthopédiste, qui vit toujours seul sur son île quatre ans après l’épisode des Chaussures italiennes. Il vient de se réveiller brutalement dans l’incendie de sa maison et il a réussi à sortir indemne chaussé de deux bottes gauches, en pyjama avec une veste imperméable. Même si ses voisins arrivent rapidement pour tenter d’éteindre l’incendie, c’est peine perdue… Il n’a plus de toit, il se réfugie donc dans la vieille caravane que sa fille Louise avait laissé sur l’île et c’est l’occasion de recontacter Louise dont il n’avait plus de nouvelles. Sa fille va venir lui rendre visite et se sera l’occasion pour le père et la fille de mieux se connaître. Dès le lendemain de l’incendie, une enquête criminelle est lancée et Fredrik comprend rapidement qu’il est le premier sur la liste des suspects… Il va faire la connaissance de Lisa, une jeune journaliste venue faire un reportage sur l’incendie et avec qui il souhaiterait continuer à échanger. Il y a également son voisin, l’ex-facteur hypocondriaque, toujours prêt à rendre service. J’ai retrouvé avec beaucoup de plaisirs tous les personnages de Les Chaussures italiennes, Fredrik est vieil homme attachant, à l’automne de sa vie. Il est tourmenté par la mort mais il est également toujours animé par le désir de l'amour.
Les paysages
sont toujours magnifiques, la mer, la tempête, le froid, la pluie, la neige et l'île font partis du charme de cette dernière histoire d’Hennig Mankell.

Extrait : (début du livre)
Ma maison a brûlé par une nuit d’automne. C’était un dimanche. Le vent s’était levé dans l’après-midi et, le soir, l’anémomètre indiquait des rafales à plus de 70 km/h.
Un vent du nord, très froid pour la saison. En allant me coucher vers vingt-deux heures trente, j’ai pensé : Voici la première tempête de l’année.
Bientôt l’hiver. Une nuit, la glace commencerait son lent travail jusqu’à recouvrir entièrement la mer autour de mon île.
J’avais mis des chaussettes aux pieds en me couchant le soir. Le froid prenait ses quartiers.
Un mois auparavant, j’avais réparé tant bien que mal le toit de la maison. Un gros travail pour un seul homme, beaucoup de tuiles abîmées qu’il fallait desceller, enlever, remplacer. Mes mains, autrefois habituées aux interventions chirurgicales complexes, n’étaient pas faites pour cela.
Ture Jansson, l’ancien facteur de l’archipel, désormais à la retraite, a bien voulu aller chercher les nouvelles tuiles au port et me les apporter. Il a refusé que je le paie. Vu que je le soigne gratuitement depuis toujours sur le banc de mon ponton, il s’est peut-être dit qu’il me devait un service.
Pendant des années, je l’ai examiné pour une quantité innombrable de maux imaginaires. J’ai palpé son dos et ses bras, je suis allé chercher le stéthoscope que je garde suspendu à un crochet dans la remise, j’ai ausculté son cœur et ses poumons. Jamais, au cours de ma carrière de médecin, je n’ai rencontré quelqu’un qui soit tenaillé par une telle peur de la maladie alors qu’il se porte comme un charme. Jansson est un hypocondriaque professionnel. Pratiquement son deuxième métier.
Une fois, il s’est plaint d’avoir mal aux dents. Ce jour-là je l’ai envoyé paître. Je ne sais pas s’il est allé voir un dentiste. D’ailleurs, a-t-il jamais eu la moindre carie ? J’en doute. Peut-être s’était-il fait mal à force de grincer des dents dans son sommeil ?
La nuit de l’incendie, j’avais pris un somnifère comme d’habitude et je m’étais endormi rapidement.
J’ai été réveillé par la sensation que de puissants projecteurs s’allumaient tous à la fois, qui m’ont aveuglé lorsque j’ai ouvert les yeux. Puis j’ai vu une épaisse couche de fumée grise. Je me suis jeté hors du lit, hors de la chambre, j’ai dévalé l’escalier. J’ai noté que l’horloge au mur indiquait minuit passé de dix-neuf minutes, et que j’étais pieds nus – j’avais dû me débarrasser des chaussettes dans mon sommeil, à cause de la chaleur. J’ai attrapé l’imperméable noir suspendu à côté de la porte, j’ai enfilé mes bottes en caoutchouc. La deuxième m’a donné du mal, mais j’ai quand même réussi à la mettre. Je me suis précipité dehors.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Suède

 

Déjà lu du même auteur : 
tea_bag  Tea-Bag  les_chaussures_italiennes  Les chaussures italiennes

 

meurtriers_sans_visage_p Meurtriers sans visage Les_chiens_de_Riga_2 Les chiens de Riga

 

l_homme_inquiet L'homme inquiet le_retour_du_professeur_points Le Retour du professeur de danse

 

la_lionne_blanche_p La lionne blanche  profondeurs_p Profondeurs le_chinois Le Chinois

 

l_homme_qui_souriait_p L’homme qui souriait le_guerrier_solitaire_p Le guerrier solitaire 

 

la_faille_souterraine La faille souterraine et autres enquêtes la_cinqui_me_femme La cinquième femme

 

les_morts_de_la_st_jean_point Les morts de la Saint-Jean 2013-12-30_081744 Les chaussures italiennes 

la muraille invisible_cd La muraille invisible

 

 

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31 août 2017

Le prétendant - Hanne-Vibeke Holst

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Héloïse d'Ormesson - octobre 2015 - 717 pages

Pocket - avril 2017 - 752 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kongemordet, 2005

Quatrième de couverture :
Danemark, novembre 2001. À la suite de l'écrasante défaite du gouvernement aux élections, Gert Jacobsen, ancien ministre, brigue la tête du parti et se lance dans une ambitieuse course à la popularité pour s'attirer les suffrages. Toutefois, derrière l'excellence de son parcours, cet assoiffé du pouvoir dissimule un secret et une part d'ombre. Sa femme, Linda, ne cesse d'en faire les frais. Quand les accès de violence du " prétendant " dépassent la sphère intime, sa campagne est mise en péril. 
Sait-on vraiment qui nous gouverne ? 
Jusqu'où la vie privée des politiques doit-elle être protégée ? 

Auteur : Hanne-Vibeke Holst, née en 1959 à Hjørring, est une auteur danoise. Avant de se consacrer à l'écriture, elle a longtemps été journaliste politique et s'est également illustrée par son engagement pour la cause des femmes. Elle siège aujourd'hui comme membre de la Commission danoise de l'Unesco. Véritables best-sellers au Danemark, ses romans ont été traduits en plusieurs langues, dont l'allemand, le néerlandais et le suédois. L'Héritière (2014) et Le Prétendant (2015) ont été publiés en France aux Éditions Héloïse d'Ormesson. Hanne-Vibeke Holst a reçu plusieurs prix littéraires, notamment le Søren Gyldendal en 2003 et le Laurel d'Or, prix annuel des libraires danois, en 2008. 

Mon avis : (lu en juillet 2017)
C'est la suite du roman politique "L'Héritière". Après la défaite écrasante du parti social démocrate, Per Vittrup perd son poste de Premier ministre et rendu responsable de l'échec des élections par quelques uns du parti. Son rival, Gert Jacobsen, ex-ministre des finances, a très envie de prendre sa place à la tête du parti... Charlotte Damgaard, restée fidèle à Per Vittrup, est toujours aussi populaire. Elle est moins présente dans cet épisode dont le personnage principal est Gert Jacobsen. Ce dernier a quelques secrets à cacher, en particulier le harcèlement et la violence qu'il pratique contre son épouse... Il a également la mauvaise habitude de draguer les jolies jeunes femmes qu'il côtoit... Cela pourrait lui causer du tort...
Dans ce livre, Hanne-Vibeke Holst aborde des sujets très variés comme la violence conjugale, l'intégration des immigrés, les relations avec la presse, les rivalités en politique...
C'est un roman est captivant, le lecteur se passionne pour ce suspens politique qui dévoile les dessous de la politique... Dès que possible, je me procurerai le troisième épisode de cette série !

Extrait : (début du livre)
Seuls quelques intimes, ceux qu’un futur ex-conseiller appelle la junte, sont présents dans le bureau du Premier ministre ce 20 novembre 2001, le soir des élections. Ils ne sont pas plus d’une poignée à partager le vin et la petite collation servie pour l’occasion. Le même futur ex-conseiller, le seul à faire honneur à l’excellent plat de poisson, comparera ce dernier repas à la cène, avec l’humour noir qui le caractérise. Il qualifiera l’ambiance dans le bureau du Premier ministre, où deux écrans de télévision sont allumés simultanément, l’un sur DR1, l’autre sur TV2, de surréaliste, dès le moment où les premières estimations anéantissent tout espoir pour le gouvernement de Per Vittrup de rester en place, comme l’avaient prédit les oracles. Avec son sens du détail, il décrira les narines frémissantes d’Elisabeth Meyer et la chevelure incendiaire de Gert Jacobsen, mais en premier lieu, il déplorera le refus presque autistique de la tête de file des sociaux-démocrates de s’exprimer sur cette débâcle. Moins de 30% des suffrages exprimés ! La gifle est si cuisante que le pessimiste le plus invétéré, en l’occurrence le conseiller lui-même, n’aurait jamais pu imaginer pire. Qu’attend-on d’un véritable leader dans une situation aussi dramatique ? Qu’il demande à ce qu’on le laisse seul, peut-être ? Qu’il sorte un revolver du tiroir de son bureau ou un sabre de son fourreau pour en finir avec l’existence ? Ou qu’il prenne dans sa poche un beau discours et se présente devant ses pairs pour assumer l’entière responsabilité de la défaite qui, contrairement à la victoire, est le plus souvent orpheline ? Toutes sortes de réactions sont admissibles, sauf la sienne, que le bientôt ex-conseiller comparera à celle d’une « poule qui continue à tourner en rond dans la basse-cour, refusant d’admettre qu’on vient de lui couper la tête». Quand le résultat final est annoncé, se souviendra le conseiller, c’est Elisabeth Meyer qui se révèle une fois de plus être le membre le plus viril du gouvernement. Elle est la seule à lui poser tout haut la question que tout le monde se pose tout bas : « Quel enseignement comptes-tu tirer de cette déculottée, Per ? – Pardon ? » dit le Premier ministre sortant, en même temps qu’il téléphone au président de l’antenne régionale de l’Ouest-Jutland pour savoir où ils en sont du comptage des suffrages personnels. Pour s’assurer qu’il est toujours dans le top cinq. Le futur ex-conseiller remarquera, tout en écrasant sa cigarette dans la carcasse dépouillée du poisson, que c’est à ce moment précis que Meyer et Jacobsen se détachent de lui, physiquement. Brusquement. Comme un couple qui se prend par la main pour sauter d’un train qui déraille.

 Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Danemark

Déjà lu du même auteur :

51frwe-dTzL L'Héritière

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24 août 2017

Ça aussi, ça passera - Milena Busquets

Lu en partenariat avec Folio

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Folio - avril 2017 - 187 pages

Gallimard - mai 2015 - 192 pages

traduit de l'espagnol par Robert Amutio

Titre original : También esto pasarà, 2015 

Quatrième de couverture :
Après la mort de sa mère, Blanca quitte Barcelone pour s’installer dans la maison de vacances familiale de Cadaqués. Sous le soleil de la Méditerranée, elle cherche l’apaisement. Une troupe disparate et invraisemblable l’accompagne : ses deux ex-maris, ses fils, ses amies Sofía et Elisa, son amant Santi et, bien entendu, sa mère, intellectuelle libre et exigeante. Blanca l’a tant aimée et tant détestée. Elle lui écrit mentalement une lettre et lui dit avec ses mots tendres, drôles et poignants, que face à la mort elle choisit la légèreté, l’été, la vie.

Auteur : Née en 1972 à Barcelone, ancienne élève du lycée français de Barcelone, Milena Busquets a travaillé pendant de nombreuses années chez Editorial Lumen, fondé par sa famille au début des années 1960. Après avoir créé sa propre maison d'édition, écrit un premier roman, travaillé pour un magazine people et comme attachée de presse pour une marque de mode, elle est aujourd'hui journaliste et traductrice de l'anglais et du français.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
La mère de Blanca est morte depuis peu, et pour affronter son deuil elle décide de partir en vacances à Cadaquès dans la maison de son enfance. Pour ne pas être seule avec sa douleur, elle invite également à l'accompagner ses enfants, ses deux ex-maris, ses deux amies Sofia et Elisa et Sadi, son amant, n'est pas loin, en vacances avec sa famille. Dans ce livre, Blanca s'adresse souvent à sa mère, elle revient sur leurs souvenirs communs... Pour parvenir à surmonter le chagrin de la perte de sa mère, Blanca se réfugie dans la légèreté et la frivolité... Le lecteur découvre tour à tour le quotidien d'une bande d'amis et famille en vacances au bord de la mer en été et les pensées graves et profondes de Blanca durant son deuil. 
Un livre qui se lit facilement, mais qui ne m'a pas vraiment intéressé... Je ne me suis pas attachée au personnage de Blanca dont la frivolité m'a dérangée... L'invitation à la plage que suggérait la couverture du livre n'a pas été à la hauteur de mes espérances. 

Merci Folio pour ce partenariat.

Extrait : (début du livre)
Je ne sais pour quelle étrange raison, je n’ai jamais pensé que j’aurais un jour quarante ans. À vingt ans, je m’imaginais dix ans plus tard, vivant avec l’amour de ma vie et quelques enfants. Et je me voyais à soixante ans, faisant des tartes aux pommes pour mes petits enfants, moi qui ne sais même pas faire un œuf au plat, mais j’aurais appris entre-temps. Et à quatre-vingts ans, en vieille croulante, sifflant du whisky avec mes copines. Mais jamais je ne me suis imaginée âgée de quarante ans, ou même de cinquante. Et pourtant, me voilà. J’enterre ma mère et, en plus, j’ai quarante ans. Je ne sais pas très bien comment je suis arrivée jusqu’ici, ni jusqu’à ce village, qui, d’un coup, me fiche une envie horrible de vomir. Je crois que jamais de ma vie je n’ai été si mal habillée. De retour chez moi, je jetterai au feu tous les vêtements que je porte aujourd’hui, ils sont imbibés de fatigue et de tristesse, il n’y a plus rien à en faire. Presque tous mes amis sont venus, et quelques uns des siens aussi, et des personnes qui n’ont jamais été amies de qui que ce soit. Il y a beaucoup de gens, et il y a des gens qui ne sont pas là. Vers la fin, la maladie qui l’a sauvagement jetée à bas de son trône et a détruit sans pitié son royaume l’a rendue très chiante avec nous tous et, bien sûr, le jour de l’enterrement, ça se paie. D’une part, toi, la morte, tu les as pas mal emmerdés, et, d’autre part, moi, la fille, je ne leur plais pas trop. C’est ta faute, maman, bien sûr. Peu à peu, sans t’en apercevoir, tu as fait reposer sur mes épaules toute la responsabilité de ton bonheur qui chaque jour diminuait. Et cela me pesait, me pesait tellement. Même quand je me trouvais loin, même lorsque j’ai commencé à comprendre et à accepter ce qui se passait, même quand je me suis écartée un peu de toi en voyant que, si je ne le faisais pas, tu ne serais pas la seule à mourir sous tes décombres. Mais je crois que tu m’aimais, ni beaucoup ni peu, tu m’aimais un point c’est tout. J’ai toujours pensé que ceux qui disent « je t’aime beaucoup » ne vous aiment en fait qu’un peu, ou alors qu’ils ajoutent « beaucoup », qui dans ce cas signifie « un peu », par timidité ou par peur de la force du « je t’aime » qui est la seule manière de dire « je t’aime ». Ce « beaucoup » transforme « je t’aime » en un spectacle tous publics, alors qu’en réalité il ne l’est presque jamais. « Je t’aime », les mots magiques qui peuvent vous transformer en chien, dieu, cinglé, ombre. En plus, beaucoup de tes amis étaient des progressistes, des « gauchos », je crois que maintenant on ne les appelle plus comme ça ou alors c’est qu’il n’y en a plus. Ils ne croyaient pas en Dieu, ni en une vie après la mort. Je me souviens du temps où c’était la mode de ne pas croire en Dieu. Aujourd’hui, si vous dites que vous ne croyez pas en Dieu, ni en Vishnou, ni en la terre-mère, ni en la réincarnation, ni en l’esprit de je ne sais quoi, ni en rien, on vous regarde d’un air apitoyé et on vous dit  : « On voit bien que tu n’as pas atteint l’illumination. » Alors ils ont dû penser : « Je vais plutôt rester chez moi, assis sur le canapé, avec une bouteille de vin, à lui rendre mon hommage personnel, beaucoup plus transcendant que celui de la montagne avec ses connards d’enfants. Après tout, les enterrements sont juste une convention sociale de plus. » Ou quelque chose de ce genre. Parce que j’imagine qu’ils t’ont pardonné, s’il y avait quoi que ce soit à pardonner, et qu’ils t’avaient aimée.

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voisins_voisines2017
Espagne

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04 août 2017

La ferme du bout du monde - Sarah Vaughan

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traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Alice Delarbre

Titre original : The farm at the edge of the world, 2016

Quatrième de couverture :
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille... et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l a préparée à ce qu elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

Après le succès de La Meilleure d entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant.

Auteur : Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
Le titre et la couverture de ce roman sont pleins de promesses... Cette ferme du bout du monde est située dans les Cornouailles, au sommet d'une falaise et les premières phrases du livre nous plante un superbe décor propice au dépaysement. Dans cette ferme, il y a Maggy, sa fille Judith et Tom, le fils de Judith, qui tantent tant bien que mal de vivre des revenus de la ferme. C'est difficile, ils ont de nombreuses dettes et ils commencent sérieusement à envisager de vendre. 
Lucy, la fille de Judith, vient les rejoindre à la ferme. Elle a besoin de se ressourcer après avoir été trompée par son mari et avoir failli tuer un bébé en lui administrant une mauvaise dose d'un médicament dans son travail d'infirmière. Elle est effondrée et en revenant à la ferme, elle espère se remettre. 
L'histoire ne se situe pas simplement de nos jours... il y a également des retour dans le passé, dans les années 40, avec Maguy jeune, et le lecteur va petit à petit découvrir un secret de famille enfouit dans le passé...
J'ai passé un très bon moment de lecture avec cette histoire touchante et palpitante avec des personnages attachants dans de merveilleux paysages.

Extrait : (début du livre)
La ferme tourne le dos à l’océan et aux vents violents qui en montent par bourrasques : une longue bâtisse de granit tapie sur sa falaise. Depuis plus de trois cents ans elle est là, surveillant les champs d’orge et les troupeaux de vaches Ayrshire, qui paissent lentement, déplacent avec langueur leur masse d’un brun-roux tranchant sur le vert luxuriant.
Elle monte la garde, cette ferme, aussi immuable que les rochers, bien plus que les dunes mouvantes, elle regarde la haie débordant sur la route et prenant au piège les rares automobilistes – car peu s’aventurent jusqu’à ce lieu, qui surplombe, de très haut, la mer. Les détails changent avec les saisons – l’aubépine qui fleurit puis se dépouille, le ciel meurtri par la pluie qui s’illumine ensuite, la récolte rassemblée en meules hirsutes qui seront entreposées dans la grange… La vue, elle, reste la même : un ruban de route, s’éloignant de cette portion isolée de la côte, montant vers la tapisserie de champs pour rejoindre le cœur de la Cornouailles et le reste de la Grande-Bretagne. Et, au-delà, toujours, la lande domine la région, tout en tourbe menaçante, ocre et grise.
Au soleil, ce décor paraît idyllique. C’est une ferme qu’un enfant pourrait dessiner : un toit d’ardoises, un porche blanchi à la chaux, des fenêtres disposées avec une rigueur presque mathématique : une de chaque côté de la porte, et une troisième ajoutée au XVIIIe siècle, lors de l’agrandissement de la maison. Les proportions sont bonnes. Une construction sûre d’elle, bâtie pour résister au vent qui incline les arbres à angle droit, qui fouette les carreaux à coups de grosses gerbes de pluie, pour supporter hiver sur hiver. Deux cheminées la coiffent et, d’octobre à mai, l’odeur âcre du feu de bois se mêle aux relents puissants de la cour et aux parfums plus délicats de la côte : la puanteur fruitée du fourrage, l’odeur miellée des ajoncs et celle, salée, de l’eau, herbe humide et bouses de vaches, camomille et vesce pour le bétail.
Les jours de beau temps, les murs de granit de la maison, des granges et des dépendances brillent d’une douce lueur chaleureuse, la pierre scintillante ressort sur le bleu de l’eau. Des marcheurs, à la recherche d’un salon de thé, se délectent du spectacle qu’offre le jardin à l’arrière – les champs de céréales touffues, les vaches au ventre bien rond, les surfeurs chevauchant des moutons dans la baie. Puis ils entendent le chant. Une mélodie sublime, si constante et si irrépressible qu’elle a donné au lieu son surnom. Ce n’est plus Polblazey, mais Skylark Farm, la « ferme de l’alouette ».

 

Déjà lu du même auteur :

la meilleure d'entre nous La meilleure d'entre nous

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voisins_voisines2017
Grande-Bretagne

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24 juin 2017

La Mélodie familière de la boutique de Sung - Karin Kalisa

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Editions Héloïse d'Ormesson - janvier 2017 - 280 pages

traduit de l'allemand par Rose Labourie

Titre original : Sungs Laden, 2015

Quatrième de couverture : 
Lorsque la grand-mère de Minh donne un spectacle de marionnette vietnamienne pour la fête de fin d'année de l'école, personne ne soupçonne que Prenzlauer Berg va en être bouleversé. Et pourtant, dans le quartier situé au cœur de Berlin, la part d'Asie – cette richesse culturelle enfouie –ressurgit, insufflant un nouveau sens de la communauté. L'effet papillon dans toute sa puissance. Bientôt, tous les habitants sont coiffés de chapeaux de paille pointus, des légumes méconnus apparaissent dans les assiettes, des ponts en bambou relient les maisons de toit en toit. De belles vibrations, une vraie révolution ! 
Ode à la diversité et à la différence, La Mélodie familière de la boutique de Sung est un roman à l'optimisme contagieux, où l'on découvrira que l'histoire de l'Allemagne de l'Est et l'Ouest, n'est pas si éloignée de celle du Vietnam du Nord et du Sud. Un conte qui cache derrière candeur et simplicité, une rare subtilité. 

Auteur : Née en 1965, Karin Kalisa a vécu à Hambourg, Tokyo et Vienne avant de s'installer à Berlin. Elle est linguiste, philosophe et spécialiste de la culture classique. La Mélodie familière de la boutique de Sung est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2017)
La boutique de Sung est une petite épicerie vietnamienne située dans le quartier de Prenzlauer Berg dans l'ancien Berlin Est. Elle vient de ses parents qui sont arrivés à Berlin dans les années 70. Dans le cadre d'une semaine cosmopolite à l'école, Minh le fils de Sung, doit apporter un objet qui représente ses origines : le Vietnam. Le fils comme le père sont nés ici en Allemagne, ils sont donc bien embarrassés... Mais Hien, la grand-mère de Minh lui propose de l'accompagner à l'école avec une marionnette en bois qui vient du Vietnam et elle va raconter une histoire de son pays aux enfants. Un récit qui va émouvoir aussi bien les enfants que les adultes. Et bientôt le quartier va se mettre à la mode asiatique... La professeur d'Art Plastique a l'idée de fabriquer des marionnettes en bois avec ses classes, le port du chapeau pointu vietnamien devient à la mode, tout comme les fruits exotiques... Des cours de d'allemand seront donnés pour les Vietnamiens du quartier et des cours de vietnamiens pour des Allemands désireux d'aller passer un séjour au Vietnam... 
Je n'en raconte pas plus pour vous laisser la surprise de découvrir toutes les initiatives de solidarité, d'échange, de partage pour donner à ce quartier de la joie de vivre, de l'humanité, de l'optimiste et de la poésie ! 
Voilà une histoire simple, dépaysante, qui fait du bien sur le vivre ensemble !

Extrait : (début du livre)
Tout avait commencé en décembre. La première neige était déjà tombée lorsque l’école primaire du petit quartier de Prenzlauer Berg lança une «semaine cosmopolite». C’était un moment éminemment mal choisi, car les préparatifs cosmopolites coïncidaient avec les ateliers de Noël et de l’Avent. Le directeur était un adepte de l’arithmétique administrative et tenait à éviter tout bouleversement d’emploi du temps et toute initiative de dernière minute avant les vacances. La maxime de son action était : loi de Gauss contrôlée même en période de crise. Et voilà ce qui lui tombait dessus. Comme toujours, il s’était attaqué dans les temps aux travaux de fin d’année quand cette note avait ressurgi sur son bureau. Venue du recteur d’académie en personne. Le directeur devait faire progresser l’école en matière d’entente entre les peuples, était-il écrit. C’était sans doute cette vieille histoire: quelques élèves de 6e avaient malmené le Gambien de 2e (1) . Apparemment, il avait pris la seule et unique balle de tennis en otage. Leur colère était compréhensible, mais les garçons étaient allés trop loin. Les éducatrices périscolaires de la 6e B et de la 2e A leur avaient par conséquent fait la leçon jusqu’à ce que les élèves de 6e tendent la main au petit et lui tapent sur l’épaule, et la balle de tennis était aussitôt réapparue. Aux yeux des intéressés, l’affaire était réglée. Mais peu après, le petit avait quitté l’école, et le recteur avait dû en avoir vent. La note datait de février. Le directeur sentit son front se mouiller de sueur en imaginant le haussement de sourcils de son supérieur – un homme aux dents longues qui voyait de toute évidence plus loin que le rectorat – si jamais il n’était pas en mesure de lui présenter quoi que ce soit à la fin de l’année, pas même un projet, ou au moins l’ébauche d’un projet ou un entretien ou une date pour un entretien – rien de rien. « Vous devez être plus efficient, mon cher », avait déclaré le recteur lors de la dernière inspection, et depuis, le directeur se rassurait régulièrement: il était indéboulonnable même si les choses se gâtaient. Car bien que le mot «efficient» ne fît partie ni de son vocabulaire actif ni de son vocabulaire passif, il avait clairement perçu cette phrase comme une menace. Il avait consulté le dictionnaire et secoué la tête. Il n’était pas un concept aristotélicien, mais un directeur d’école; pas un philosophe, mais un mathématicien. Il croyait à ce qui était concret et déjà éprouvé, et il ne mettait pas la charrue avant les bœufs. La plupart des turbulences se réglaient d’elles-mêmes avec le temps – il en faisait l’expérience depuis de nombreuses années. Mais le nouveau recteur n’entendait rien aux histoires de charrue et de bœufs – il en faisait l’expérience depuis l’année dernière. Le directeur, que six ans et demi tout pile séparaient de la retraite, se vit donc forcé de recourir à la méthode qui avait déjà fait ses preuves lorsqu’il s’était retrouvé dans un mauvais pas. La trilogie magique: 1) affronter le problème, 2) refiler le bébé, 3) tirer un trait. Il passa en revue la liste des élèves, compta le nombre de nationalités – vingt et une! il n’aurait jamais cru – et, lors d’une réunion improvisée pendant la récréation du lendemain matin, prit au dépourvu les maîtresses, déjà au bout du rouleau à force de faire le grand écart entre le programme scolaire et tout le chambard de fin d’année, en les chargeant d’organiser une «semaine cosmopolite» entre les deuxième et troisième dimanches de l’Avent. Elles le regardèrent avec stupeur et s’interrogèrent sur sa santé mentale. Le directeur s’attendait à cette réaction et affichait un air serein: pas de panique. Si tous les enfants étrangers à vingt-cinq, à cinquante ou à cent pour cent – ou plutôt: les enfants issus de l’immigration, se corrigea rapidement le directeur qui voyait de nouveau se soulever les sourcils souples du recteur –, si tous ces enfants, donc, apportaient un objet de leur culture d’origine et le présentaient lors d’une petite cérémonie sous le préau, l’affaire serait pliée en un rien de temps. « Ensuite, on se remet à préparer Noël, déclara-t-il sur un ton énergique qui seyait, selon lui, au qualificatif “efficient”. Et après ça : oie farcie et vacances. Vous allez y arriver! » Il fit un petit geste d’encouragement à la ronde et, tandis que résonnait la sonnerie annonçant la fin de la récréation, faussa compagnie à une assemblée qui n’était plus capable de la moindre protestation. « C’est peut-être une bonne occasion pour intégrer les enfants chez qui on ne fête pas Noël, dit une jeune collègue récemment titularisée. En fin de compte, ça peut être une expérience positive pour tout le monde. » Le directeur l’entendit en quittant la pièce, se retourna vers elle, lui adressa un signe de tête reconnaissant et prit mentalement note de sa remarque pour son compte rendu. Les maîtresses se contentèrent de regarder leur nouvelle collègue d’un air résigné et légèrement compatissant. Mais par la suite, certaines ne manqueraient pas de se remémorer cette phrase.

(1). Quelques précisions concernant le système scolaire berlinois. Les classes ne portent pas le même nom qu’en France. La 1re allemande correspond au CP français, la 2e au CE1 et ainsi de suite. Par ailleurs, le primaire berlinois a pour particularité d’aller jusqu’à la 6e . (NdT)

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17 juin 2017

L'Héritière - Hanne-Vibeke Holst

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Editions Héloïse d'Ormesson - octobre 2014 - 

Pocket - octobre 2015 - 607 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kronprinsessen, 2002

Quatrième de couverture : 
Copenhague, à l’approche des fêtes. Charlotte Damgaard, trente-cinq ans, mère de deux enfants, s’apprête à suivre son mari en Afrique quand l’appel du Premier ministre lui proposant le ministère de l’Environnement vient tout chambouler. C’est une opportunité que cette militante écologiste ne peut refuser, mais un choix lourd de conséquences.
Au cœur du gouvernement, Charlotte connaît une ascension fulgurante qui l’expose aux intrigues et aux scandales médiatiques. Parviendra-t-elle à préserver son intégrité et sa vie privée ?
L’Héritière est la chronique haletante d’une femme au pouvoir décidée à se battre jusqu’au bout pour ses idées.

Auteur : Née à Hjørring en 1959, Hanne-Vibeke Holst a longtemps été journaliste politique avant de se consacrer à l’écriture. Membre de la commission danoise de l’Unesco, elle s’est également illustrée par son engagement pour la cause des femmes. Véritables best-sellers en Scandinavie, ses romans ont été couronnés par de nombreux prix, notamment le Søren Gyldendal et le prix des libraires danois. Passionnante exploration des arcanes du pouvoir, Femme de tête (2017) s’inscrit dans la continuité de L’Héritière(2014) et du Prétendant (2015).

Mon avis : (lu en juin 2017)
C'est la phrase publicitaire de la couverture de l'édition de poche « Si vous avez aimé Borgen, vous aimerez L'Héritière » qui m'a donnée envie de découvrir ce livre qui est le premier d'une trilogie. La publicité est vraie, j'ai beaucoup aimé la série Borgen et j'ai beaucoup aimé ce livre ! En réalité, le livre a été écrit en 2002, donc bien avant la série Borgen (2010).
Le lecteur est plongé dans les coulisses de la politique danoise et des questions environnementales, avec comme héroïne Charlotte Damgaard, trente-cinq ans, mariée, mère de jumeaux et qui devient ministre de l’Environnement. Elle va devoir composer entre sa vie familiale, son travail passionnant et très prenant. Le monde politique n'est pas tendre, la presse non plus, mais Charlotte sait ce qu'elle veut et refuse de renier ses convictions... C’est un roman passionnant que je n'ai pas lâché. 
Je lirai certainement prochainement les deux autres « Le Prétendant » et « Femme de tête ».

 

Extrait : (début du livre)
Elle n'a pas peur du noir. Seulement des images.

Il est plus de minuit, entre le 20 et le 21 décembre. Charlotte ne dort pas. Elle garde les yeux ouverts pour ne pas se laisser envahir par les images. Elle essaye de distinguer les objets et les meubles dans la pénombre. L'armoire, la chaise, les molakana sud-américains sur les murs, les lames des stores vénitiens. Elle écoute le son diffus de la circulation sur Jagtvejen, entend le bruit lointain d'un coup de klaxon, puis celui de la sirène d'un véhicule de secours. Un rire de femme éclate dans la rue. Elle se laisse bercer par le jazz langoureux qui vient de l'appartement d'en dessous. Les notes sensuelles d'un solo de saxophone flottent à travers le plancher comme les volutes bleues d'une cigarette. Cela lui rappelle New York, le Club où ils ont dansé un soir à Greenwich Village. Avant les jumeaux. Les jumeaux qui toussent de temps en temps de l'autre côté du mur. Surtout Jens à cause de son asthme. Elle démêle ses jambes des longues jambes de son homme, se dégage de son bras posé autour de ses épaules. Le bras retombe lourdement sur le drap. Rien ne peut réveiller Thomas, ni le son du canon, ni les ambulances, ni la toux des enfants. Il dort du sommeil du juste, selon sa propre expression, du sommeil d'un homme qui n'est jamais poursuivi par ses démons. Comment pourrait-il comprendre les siens ?
Sans allumer la lumière, elle traverse le couloir et entre dans la chambre des enfants. Pieds nus, elle évite les cubes, les poupées et les voitures qui traînent sur le plancher et s'assied au bord du lit de Jens. Elle prend le verre sur la table de chevet, glisse la main sous la nuque de son fils et lui soulève la tête pour le faire boire. Elle lui tapote doucement le dos, lui parle à voix basse, l'apaise et lui caresse la joue avant de le recoucher délicatement. Un sourire éclaire son visage poupin. Elle le borde avec soin et lui tient la main jusqu'à ce que son souffle soit régulier. Elle résiste à l'envie de s'allonger près de lui dans le lit trop petit ou de l'emporter avec elle dans sa chambre. Elle se tourne vers le deuxième lit où Johanne est comme d'habitude couchée en travers, la couette en boule à ses pieds. Elle est la plus jeune, née dix minutes après son frère, mais elle est la plus robuste. Dans leur famille, c'est comme ça. De son côté en tout cas. Sa mère disait toujours : «Les garçons sont des avortons.» Dans sa famille, ce sont les femmes qui portent la culotte. Génération après génération. Elle la couvre et l'embrasse. Avec un peu moins de tendresse peut-être. Elle ne s'est jamais inquiétée pour Johanne. Elle sait que sa fille s'en sortira. Comme elle s'en est toujours sortie.
Thomas lui ouvre les bras quand elle revient se coucher dans leur lit. Elle frotte ses pieds glacés contre les mollets de son mari.
«Tu ne dors pas ? murmure-t-il.
- Jens tousse, répond-elle en se blottissant contre lui.
- On fait l'amour ? lui demande-t-il, une main sur son ventre.

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Danemark

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31 mai 2017

The Girls - Emma Cline

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 9h20 - Lu par Rachel Arditi

Quai Voltaire - août 2016 - 336 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Titre original : The Girls, 2016

Quatrième de couverture :
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable.

Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais otujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent. 

Auteur : Emma Cline est née en Californie en 1989. Ses nouvelles ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du Prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman

Lecteur : Rachel Arditi est comédienne. Elle débute au théâtre avec Bernard Murat dans Le Libertin d'Eric-Emmanuel Schmitt. S'ensuivent de nombreuses collaborations avec des metteurs en scène variés (Julie Brochen, Stephan Meldegg, Adrien de Van...). Récemment, on l'a vue au théâtre dans Politiquement correct de Salomé Lelouch au théâtre de la Pépinière. 
Elle tourne régulièrement pour le cinéma et la télévision, notamment avec Mona Achache, Mia Hansen-Love, Marina de Van, Alexandre Astier, Patrice Leconte... Depuis deux ans, elle adapte des romans pour la scène avec la metteure en scène Justine Heynemann, notamment Les Petites Reines de Clémentine Beauvais qu'elle a également enregistré en livre audio pour Audiolib. 

Mon avis : (écouté en mai 2017)
La narratrice, Evie Boyd, se souvient de son adolescence en Californie, dans les années 60. Cet été là, Evie est âgée de 14 ans, elle est en conflit avec sa mère qui tente de refaire sa vie. Elle va faire la rencontre d'une bande de filles et fascinée par leur liberté, elle va céder à Suzanne qui l'attire et sait lui parler. Evie se retrouve embrigadée dans cette communauté de filles qui obéissent à un gourou toxique... L'auteur s'est inspirée de l'histoire de Charles Manson et de sa communauté hippie, elle s'est surtout attachée à développer les questions de la condition féminine ainsi que du mal-être et des errances de l'adolescence. 
J'ai eu de la difficulté à écouter ce livre, est-ce la lassitude de l'exercice puisque c'est le dernier livre des 10 de la sélection pour le Prix Audiolib ou surtout la lenteur de la narration, en particulier la première partie qui traîne vraiment en longueur ou un peu des deux... 
J'avais eu de bon retour sur ce livre et j'en attendais sans doute trop... J'aurai sans doute dû également lire plus attentivement la quatrième de couverture avant mon écoute pour être plus patiente et attentive à l'histoire... Pour ma part, c'est un rendez-vous manqué avec ce livre.

Extrait : (début du livre)
JE levai les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.
Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais ça n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc. Les familles attendaient leur tour devant le grill pour acheter des saucisses ou des hamburgers. Des femmes en chemisiers à carreaux qui se collaient contre leurs amoureux, des enfants qui lançaient des boutons d’eucalyptus aux poules sauvages qui envahissaient l’allée. Ces filles aux cheveux longs semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et à part. Tels des membres de la famille royale en exil.
Je les observai bouche bée, sans honte, ni retenue : il me paraissait impossible qu’elles se tournent vers moi et me remarquent. J’avais oublié mon hamburger posé sur mes genoux, la brise transportait la puanteur du fretin venant de la rivière. C’était l’époque où j’examinais et classais immédiatement les autres filles, consciente chaque fois de tout ce qui me séparait d’elles, et je vis tout de suite que celle aux cheveux noirs était la plus jolie. Je m’y attendais, avant même d’avoir pu discerner leurs visages. Une impression surnaturelle flottait autour d’elle et une robe à smocks sale couvrait à peine son cul. Elle était flanquée d’une rouquine maigre et d’une fille plus âgée, aussi pauvrement vêtues. Comme si on les avait repêchées dans un lac. Leurs bagues bon marché ressemblaient à des jointures supplémentaires. Elles s’aventuraient le long d’une frontière tortueuse, entre la beauté et la laideur, créant dans leur sillage une onde d’agitation. Les mères cherchaient leurs enfants du regard, mues par un sentiment qu’elles ne pouvaient pas nommer. Les femmes prenaient la main de leur amoureux. Les rayons de soleil transperçaient, comme toujours, les arbres – les saules endormis, le vent chaud qui soufflait sur les couvertures de pique-nique –, mais l’ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots.

 

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