04 août 2017

La ferme du bout du monde - Sarah Vaughan

81Qfhx+hrVL Préludes - avril 2017 - 448 pages

traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Alice Delarbre

Titre original : The farm at the edge of the world, 2016

Quatrième de couverture :
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille... et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l a préparée à ce qu elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ?

Après le succès de La Meilleure d entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant.

Auteur : Après des études d'anglais à Oxford, Sarah Vaughan s'est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d'entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants.

Mon avis : (lu en juillet 2017)
Le titre et la couverture de ce roman sont pleins de promesses... Cette ferme du bout du monde est située dans les Cornouailles, au sommet d'une falaise et les premières phrases du livre nous plante un superbe décor propice au dépaysement. Dans cette ferme, il y a Maggy, sa fille Judith et Tom, le fils de Judith, qui tantent tant bien que mal de vivre des revenus de la ferme. C'est difficile, ils ont de nombreuses dettes et ils commencent sérieusement à envisager de vendre. 
Lucy, la fille de Judith, vient les rejoindre à la ferme. Elle a besoin de se ressourcer après avoir été trompée par son mari et avoir failli tuer un bébé en lui administrant une mauvaise dose d'un médicament dans son travail d'infirmière. Elle est effondrée et en revenant à la ferme, elle espère se remettre. 
L'histoire ne se situe pas simplement de nos jours... il y a également des retour dans le passé, dans les années 40, avec Maguy jeune, et le lecteur va petit à petit découvrir un secret de famille enfouit dans le passé...
J'ai passé un très bon moment de lecture avec cette histoire touchante et palpitante avec des personnages attachants dans de merveilleux paysages.

Extrait : (début du livre)
La ferme tourne le dos à l’océan et aux vents violents qui en montent par bourrasques : une longue bâtisse de granit tapie sur sa falaise. Depuis plus de trois cents ans elle est là, surveillant les champs d’orge et les troupeaux de vaches Ayrshire, qui paissent lentement, déplacent avec langueur leur masse d’un brun-roux tranchant sur le vert luxuriant.
Elle monte la garde, cette ferme, aussi immuable que les rochers, bien plus que les dunes mouvantes, elle regarde la haie débordant sur la route et prenant au piège les rares automobilistes – car peu s’aventurent jusqu’à ce lieu, qui surplombe, de très haut, la mer. Les détails changent avec les saisons – l’aubépine qui fleurit puis se dépouille, le ciel meurtri par la pluie qui s’illumine ensuite, la récolte rassemblée en meules hirsutes qui seront entreposées dans la grange… La vue, elle, reste la même : un ruban de route, s’éloignant de cette portion isolée de la côte, montant vers la tapisserie de champs pour rejoindre le cœur de la Cornouailles et le reste de la Grande-Bretagne. Et, au-delà, toujours, la lande domine la région, tout en tourbe menaçante, ocre et grise.
Au soleil, ce décor paraît idyllique. C’est une ferme qu’un enfant pourrait dessiner : un toit d’ardoises, un porche blanchi à la chaux, des fenêtres disposées avec une rigueur presque mathématique : une de chaque côté de la porte, et une troisième ajoutée au XVIIIe siècle, lors de l’agrandissement de la maison. Les proportions sont bonnes. Une construction sûre d’elle, bâtie pour résister au vent qui incline les arbres à angle droit, qui fouette les carreaux à coups de grosses gerbes de pluie, pour supporter hiver sur hiver. Deux cheminées la coiffent et, d’octobre à mai, l’odeur âcre du feu de bois se mêle aux relents puissants de la cour et aux parfums plus délicats de la côte : la puanteur fruitée du fourrage, l’odeur miellée des ajoncs et celle, salée, de l’eau, herbe humide et bouses de vaches, camomille et vesce pour le bétail.
Les jours de beau temps, les murs de granit de la maison, des granges et des dépendances brillent d’une douce lueur chaleureuse, la pierre scintillante ressort sur le bleu de l’eau. Des marcheurs, à la recherche d’un salon de thé, se délectent du spectacle qu’offre le jardin à l’arrière – les champs de céréales touffues, les vaches au ventre bien rond, les surfeurs chevauchant des moutons dans la baie. Puis ils entendent le chant. Une mélodie sublime, si constante et si irrépressible qu’elle a donné au lieu son surnom. Ce n’est plus Polblazey, mais Skylark Farm, la « ferme de l’alouette ».

 

Déjà lu du même auteur :

la meilleure d'entre nous La meilleure d'entre nous

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Grande-Bretagne

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24 juin 2017

La Mélodie familière de la boutique de Sung - Karin Kalisa

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Editions Héloïse d'Ormesson - janvier 2017 - 280 pages

traduit de l'allemand par Rose Labourie

Titre original : Sungs Laden, 2015

Quatrième de couverture : 
Lorsque la grand-mère de Minh donne un spectacle de marionnette vietnamienne pour la fête de fin d'année de l'école, personne ne soupçonne que Prenzlauer Berg va en être bouleversé. Et pourtant, dans le quartier situé au cœur de Berlin, la part d'Asie – cette richesse culturelle enfouie –ressurgit, insufflant un nouveau sens de la communauté. L'effet papillon dans toute sa puissance. Bientôt, tous les habitants sont coiffés de chapeaux de paille pointus, des légumes méconnus apparaissent dans les assiettes, des ponts en bambou relient les maisons de toit en toit. De belles vibrations, une vraie révolution ! 
Ode à la diversité et à la différence, La Mélodie familière de la boutique de Sung est un roman à l'optimisme contagieux, où l'on découvrira que l'histoire de l'Allemagne de l'Est et l'Ouest, n'est pas si éloignée de celle du Vietnam du Nord et du Sud. Un conte qui cache derrière candeur et simplicité, une rare subtilité. 

Auteur : Née en 1965, Karin Kalisa a vécu à Hambourg, Tokyo et Vienne avant de s'installer à Berlin. Elle est linguiste, philosophe et spécialiste de la culture classique. La Mélodie familière de la boutique de Sung est son premier roman.

Mon avis : (lu en juin 2017)
La boutique de Sung est une petite épicerie vietnamienne située dans le quartier de Prenzlauer Berg dans l'ancien Berlin Est. Elle vient de ses parents qui sont arrivés à Berlin dans les années 70. Dans le cadre d'une semaine cosmopolite à l'école, Minh le fils de Sung, doit apporter un objet qui représente ses origines : le Vietnam. Le fils comme le père sont nés ici en Allemagne, ils sont donc bien embarrassés... Mais Hien, la grand-mère de Minh lui propose de l'accompagner à l'école avec une marionnette en bois qui vient du Vietnam et elle va raconter une histoire de son pays aux enfants. Un récit qui va émouvoir aussi bien les enfants que les adultes. Et bientôt le quartier va se mettre à la mode asiatique... La professeur d'Art Plastique a l'idée de fabriquer des marionnettes en bois avec ses classes, le port du chapeau pointu vietnamien devient à la mode, tout comme les fruits exotiques... Des cours de d'allemand seront donnés pour les Vietnamiens du quartier et des cours de vietnamiens pour des Allemands désireux d'aller passer un séjour au Vietnam... 
Je n'en raconte pas plus pour vous laisser la surprise de découvrir toutes les initiatives de solidarité, d'échange, de partage pour donner à ce quartier de la joie de vivre, de l'humanité, de l'optimiste et de la poésie ! 
Voilà une histoire simple, dépaysante, qui fait du bien sur le vivre ensemble !

Extrait : (début du livre)
Tout avait commencé en décembre. La première neige était déjà tombée lorsque l’école primaire du petit quartier de Prenzlauer Berg lança une «semaine cosmopolite». C’était un moment éminemment mal choisi, car les préparatifs cosmopolites coïncidaient avec les ateliers de Noël et de l’Avent. Le directeur était un adepte de l’arithmétique administrative et tenait à éviter tout bouleversement d’emploi du temps et toute initiative de dernière minute avant les vacances. La maxime de son action était : loi de Gauss contrôlée même en période de crise. Et voilà ce qui lui tombait dessus. Comme toujours, il s’était attaqué dans les temps aux travaux de fin d’année quand cette note avait ressurgi sur son bureau. Venue du recteur d’académie en personne. Le directeur devait faire progresser l’école en matière d’entente entre les peuples, était-il écrit. C’était sans doute cette vieille histoire: quelques élèves de 6e avaient malmené le Gambien de 2e (1) . Apparemment, il avait pris la seule et unique balle de tennis en otage. Leur colère était compréhensible, mais les garçons étaient allés trop loin. Les éducatrices périscolaires de la 6e B et de la 2e A leur avaient par conséquent fait la leçon jusqu’à ce que les élèves de 6e tendent la main au petit et lui tapent sur l’épaule, et la balle de tennis était aussitôt réapparue. Aux yeux des intéressés, l’affaire était réglée. Mais peu après, le petit avait quitté l’école, et le recteur avait dû en avoir vent. La note datait de février. Le directeur sentit son front se mouiller de sueur en imaginant le haussement de sourcils de son supérieur – un homme aux dents longues qui voyait de toute évidence plus loin que le rectorat – si jamais il n’était pas en mesure de lui présenter quoi que ce soit à la fin de l’année, pas même un projet, ou au moins l’ébauche d’un projet ou un entretien ou une date pour un entretien – rien de rien. « Vous devez être plus efficient, mon cher », avait déclaré le recteur lors de la dernière inspection, et depuis, le directeur se rassurait régulièrement: il était indéboulonnable même si les choses se gâtaient. Car bien que le mot «efficient» ne fît partie ni de son vocabulaire actif ni de son vocabulaire passif, il avait clairement perçu cette phrase comme une menace. Il avait consulté le dictionnaire et secoué la tête. Il n’était pas un concept aristotélicien, mais un directeur d’école; pas un philosophe, mais un mathématicien. Il croyait à ce qui était concret et déjà éprouvé, et il ne mettait pas la charrue avant les bœufs. La plupart des turbulences se réglaient d’elles-mêmes avec le temps – il en faisait l’expérience depuis de nombreuses années. Mais le nouveau recteur n’entendait rien aux histoires de charrue et de bœufs – il en faisait l’expérience depuis l’année dernière. Le directeur, que six ans et demi tout pile séparaient de la retraite, se vit donc forcé de recourir à la méthode qui avait déjà fait ses preuves lorsqu’il s’était retrouvé dans un mauvais pas. La trilogie magique: 1) affronter le problème, 2) refiler le bébé, 3) tirer un trait. Il passa en revue la liste des élèves, compta le nombre de nationalités – vingt et une! il n’aurait jamais cru – et, lors d’une réunion improvisée pendant la récréation du lendemain matin, prit au dépourvu les maîtresses, déjà au bout du rouleau à force de faire le grand écart entre le programme scolaire et tout le chambard de fin d’année, en les chargeant d’organiser une «semaine cosmopolite» entre les deuxième et troisième dimanches de l’Avent. Elles le regardèrent avec stupeur et s’interrogèrent sur sa santé mentale. Le directeur s’attendait à cette réaction et affichait un air serein: pas de panique. Si tous les enfants étrangers à vingt-cinq, à cinquante ou à cent pour cent – ou plutôt: les enfants issus de l’immigration, se corrigea rapidement le directeur qui voyait de nouveau se soulever les sourcils souples du recteur –, si tous ces enfants, donc, apportaient un objet de leur culture d’origine et le présentaient lors d’une petite cérémonie sous le préau, l’affaire serait pliée en un rien de temps. « Ensuite, on se remet à préparer Noël, déclara-t-il sur un ton énergique qui seyait, selon lui, au qualificatif “efficient”. Et après ça : oie farcie et vacances. Vous allez y arriver! » Il fit un petit geste d’encouragement à la ronde et, tandis que résonnait la sonnerie annonçant la fin de la récréation, faussa compagnie à une assemblée qui n’était plus capable de la moindre protestation. « C’est peut-être une bonne occasion pour intégrer les enfants chez qui on ne fête pas Noël, dit une jeune collègue récemment titularisée. En fin de compte, ça peut être une expérience positive pour tout le monde. » Le directeur l’entendit en quittant la pièce, se retourna vers elle, lui adressa un signe de tête reconnaissant et prit mentalement note de sa remarque pour son compte rendu. Les maîtresses se contentèrent de regarder leur nouvelle collègue d’un air résigné et légèrement compatissant. Mais par la suite, certaines ne manqueraient pas de se remémorer cette phrase.

(1). Quelques précisions concernant le système scolaire berlinois. Les classes ne portent pas le même nom qu’en France. La 1re allemande correspond au CP français, la 2e au CE1 et ainsi de suite. Par ailleurs, le primaire berlinois a pour particularité d’aller jusqu’à la 6e . (NdT)

Challenge Voisins Voisines 
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Allemagne

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17 juin 2017

L'Héritière - Hanne-Vibeke Holst

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Editions Héloïse d'Ormesson - octobre 2014 - 

Pocket - octobre 2015 - 607 pages

traduit du danois par Caroline Berg

Titre original : Kronprinsessen, 2002

Quatrième de couverture : 
Copenhague, à l’approche des fêtes. Charlotte Damgaard, trente-cinq ans, mère de deux enfants, s’apprête à suivre son mari en Afrique quand l’appel du Premier ministre lui proposant le ministère de l’Environnement vient tout chambouler. C’est une opportunité que cette militante écologiste ne peut refuser, mais un choix lourd de conséquences.
Au cœur du gouvernement, Charlotte connaît une ascension fulgurante qui l’expose aux intrigues et aux scandales médiatiques. Parviendra-t-elle à préserver son intégrité et sa vie privée ?
L’Héritière est la chronique haletante d’une femme au pouvoir décidée à se battre jusqu’au bout pour ses idées.

Auteur : Née à Hjørring en 1959, Hanne-Vibeke Holst a longtemps été journaliste politique avant de se consacrer à l’écriture. Membre de la commission danoise de l’Unesco, elle s’est également illustrée par son engagement pour la cause des femmes. Véritables best-sellers en Scandinavie, ses romans ont été couronnés par de nombreux prix, notamment le Søren Gyldendal et le prix des libraires danois. Passionnante exploration des arcanes du pouvoir, Femme de tête (2017) s’inscrit dans la continuité de L’Héritière(2014) et du Prétendant (2015).

Mon avis : (lu en juin 2017)
C'est la phrase publicitaire de la couverture de l'édition de poche « Si vous avez aimé Borgen, vous aimerez L'Héritière » qui m'a donnée envie de découvrir ce livre qui est le premier d'une trilogie. La publicité est vraie, j'ai beaucoup aimé la série Borgen et j'ai beaucoup aimé ce livre ! En réalité, le livre a été écrit en 2002, donc bien avant la série Borgen (2010).
Le lecteur est plongé dans les coulisses de la politique danoise et des questions environnementales, avec comme héroïne Charlotte Damgaard, trente-cinq ans, mariée, mère de jumeaux et qui devient ministre de l’Environnement. Elle va devoir composer entre sa vie familiale, son travail passionnant et très prenant. Le monde politique n'est pas tendre, la presse non plus, mais Charlotte sait ce qu'elle veut et refuse de renier ses convictions... C’est un roman passionnant que je n'ai pas lâché. 
Je lirai certainement prochainement les deux autres « Le Prétendant » et « Femme de tête ».

 

Extrait : (début du livre)
Elle n'a pas peur du noir. Seulement des images.

Il est plus de minuit, entre le 20 et le 21 décembre. Charlotte ne dort pas. Elle garde les yeux ouverts pour ne pas se laisser envahir par les images. Elle essaye de distinguer les objets et les meubles dans la pénombre. L'armoire, la chaise, les molakana sud-américains sur les murs, les lames des stores vénitiens. Elle écoute le son diffus de la circulation sur Jagtvejen, entend le bruit lointain d'un coup de klaxon, puis celui de la sirène d'un véhicule de secours. Un rire de femme éclate dans la rue. Elle se laisse bercer par le jazz langoureux qui vient de l'appartement d'en dessous. Les notes sensuelles d'un solo de saxophone flottent à travers le plancher comme les volutes bleues d'une cigarette. Cela lui rappelle New York, le Club où ils ont dansé un soir à Greenwich Village. Avant les jumeaux. Les jumeaux qui toussent de temps en temps de l'autre côté du mur. Surtout Jens à cause de son asthme. Elle démêle ses jambes des longues jambes de son homme, se dégage de son bras posé autour de ses épaules. Le bras retombe lourdement sur le drap. Rien ne peut réveiller Thomas, ni le son du canon, ni les ambulances, ni la toux des enfants. Il dort du sommeil du juste, selon sa propre expression, du sommeil d'un homme qui n'est jamais poursuivi par ses démons. Comment pourrait-il comprendre les siens ?
Sans allumer la lumière, elle traverse le couloir et entre dans la chambre des enfants. Pieds nus, elle évite les cubes, les poupées et les voitures qui traînent sur le plancher et s'assied au bord du lit de Jens. Elle prend le verre sur la table de chevet, glisse la main sous la nuque de son fils et lui soulève la tête pour le faire boire. Elle lui tapote doucement le dos, lui parle à voix basse, l'apaise et lui caresse la joue avant de le recoucher délicatement. Un sourire éclaire son visage poupin. Elle le borde avec soin et lui tient la main jusqu'à ce que son souffle soit régulier. Elle résiste à l'envie de s'allonger près de lui dans le lit trop petit ou de l'emporter avec elle dans sa chambre. Elle se tourne vers le deuxième lit où Johanne est comme d'habitude couchée en travers, la couette en boule à ses pieds. Elle est la plus jeune, née dix minutes après son frère, mais elle est la plus robuste. Dans leur famille, c'est comme ça. De son côté en tout cas. Sa mère disait toujours : «Les garçons sont des avortons.» Dans sa famille, ce sont les femmes qui portent la culotte. Génération après génération. Elle la couvre et l'embrasse. Avec un peu moins de tendresse peut-être. Elle ne s'est jamais inquiétée pour Johanne. Elle sait que sa fille s'en sortira. Comme elle s'en est toujours sortie.
Thomas lui ouvre les bras quand elle revient se coucher dans leur lit. Elle frotte ses pieds glacés contre les mollets de son mari.
«Tu ne dors pas ? murmure-t-il.
- Jens tousse, répond-elle en se blottissant contre lui.
- On fait l'amour ? lui demande-t-il, une main sur son ventre.

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Danemark

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31 mai 2017

The Girls - Emma Cline

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 9h20 - Lu par Rachel Arditi

Quai Voltaire - août 2016 - 336 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean Esch

Titre original : The Girls, 2016

Quatrième de couverture :
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d'une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas qu'elle s'approche inéluctablement d'une violence impensable.

Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais otujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent. 

Auteur : Emma Cline est née en Californie en 1989. Ses nouvelles ont paru aux Etats-Unis dans Tin House et The Paris Review. Elle est la lauréate du Prix Plimpton 2014. The Girls est son premier roman

Lecteur : Rachel Arditi est comédienne. Elle débute au théâtre avec Bernard Murat dans Le Libertin d'Eric-Emmanuel Schmitt. S'ensuivent de nombreuses collaborations avec des metteurs en scène variés (Julie Brochen, Stephan Meldegg, Adrien de Van...). Récemment, on l'a vue au théâtre dans Politiquement correct de Salomé Lelouch au théâtre de la Pépinière. 
Elle tourne régulièrement pour le cinéma et la télévision, notamment avec Mona Achache, Mia Hansen-Love, Marina de Van, Alexandre Astier, Patrice Leconte... Depuis deux ans, elle adapte des romans pour la scène avec la metteure en scène Justine Heynemann, notamment Les Petites Reines de Clémentine Beauvais qu'elle a également enregistré en livre audio pour Audiolib. 

Mon avis : (écouté en mai 2017)
La narratrice, Evie Boyd, se souvient de son adolescence en Californie, dans les années 60. Cet été là, Evie est âgée de 14 ans, elle est en conflit avec sa mère qui tente de refaire sa vie. Elle va faire la rencontre d'une bande de filles et fascinée par leur liberté, elle va céder à Suzanne qui l'attire et sait lui parler. Evie se retrouve embrigadée dans cette communauté de filles qui obéissent à un gourou toxique... L'auteur s'est inspirée de l'histoire de Charles Manson et de sa communauté hippie, elle s'est surtout attachée à développer les questions de la condition féminine ainsi que du mal-être et des errances de l'adolescence. 
J'ai eu de la difficulté à écouter ce livre, est-ce la lassitude de l'exercice puisque c'est le dernier livre des 10 de la sélection pour le Prix Audiolib ou surtout la lenteur de la narration, en particulier la première partie qui traîne vraiment en longueur ou un peu des deux... 
J'avais eu de bon retour sur ce livre et j'en attendais sans doute trop... J'aurai sans doute dû également lire plus attentivement la quatrième de couverture avant mon écoute pour être plus patiente et attentive à l'histoire... Pour ma part, c'est un rendez-vous manqué avec ce livre.

Extrait : (début du livre)
JE levai les yeux à cause du rire, et je continuai à regarder à cause des filles.
Je remarquai leurs cheveux tout d’abord, longs et pas coiffés. Puis leurs bijoux qui captaient l’éclat du soleil. Toutes les trois étaient trop loin, je ne voyais que les contours de leurs traits, mais ça n’avait pas d’importance : je savais qu’elles étaient différentes de toutes les autres personnes dans le parc. Les familles attendaient leur tour devant le grill pour acheter des saucisses ou des hamburgers. Des femmes en chemisiers à carreaux qui se collaient contre leurs amoureux, des enfants qui lançaient des boutons d’eucalyptus aux poules sauvages qui envahissaient l’allée. Ces filles aux cheveux longs semblaient glisser au-dessus de tout ce qui les entourait, tragiques et à part. Tels des membres de la famille royale en exil.
Je les observai bouche bée, sans honte, ni retenue : il me paraissait impossible qu’elles se tournent vers moi et me remarquent. J’avais oublié mon hamburger posé sur mes genoux, la brise transportait la puanteur du fretin venant de la rivière. C’était l’époque où j’examinais et classais immédiatement les autres filles, consciente chaque fois de tout ce qui me séparait d’elles, et je vis tout de suite que celle aux cheveux noirs était la plus jolie. Je m’y attendais, avant même d’avoir pu discerner leurs visages. Une impression surnaturelle flottait autour d’elle et une robe à smocks sale couvrait à peine son cul. Elle était flanquée d’une rouquine maigre et d’une fille plus âgée, aussi pauvrement vêtues. Comme si on les avait repêchées dans un lac. Leurs bagues bon marché ressemblaient à des jointures supplémentaires. Elles s’aventuraient le long d’une frontière tortueuse, entre la beauté et la laideur, créant dans leur sillage une onde d’agitation. Les mères cherchaient leurs enfants du regard, mues par un sentiment qu’elles ne pouvaient pas nommer. Les femmes prenaient la main de leur amoureux. Les rayons de soleil transperçaient, comme toujours, les arbres – les saules endormis, le vent chaud qui soufflait sur les couvertures de pique-nique –, mais l’ambiance ordinaire était perturbée par le chemin que traçaient les filles dans le monde normal. Aussi racées et inconscientes que des requins qui fendent les flots.

 

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19 mars 2017

Voici venir les rêveurs - Imbolo Mbue

Prix Audiolib 2017

Voici venir les rêveurs

Audiolib - Février 2017 - 11h57 - lu par Julien Chatelet

Belfond - août 2016 - 300 pages

traduit de l'anglais (Cameroun) par Sarah Tardy

Titre original : Behold the dreamers, 

Quatrième de couverture :
L'Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu'un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains. Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.

Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l'Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits. Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d'éclater. Jende l'ignore encore : en Amérique, il n'y a guère de place pour les rêveurs...
Américaine d'origine camerounaise, Imbolo Mbue puise dans son expérience pour raconter les destins croisés de deux familles que tout semble opposer.

Auteur : Née en 1982, Imbolo Mbue a quitté Limbé, au Cameroun, en 1998 pour faire ses études aux États-Unis. Elle a grandi en lisant les grands auteurs africains : Chinua Achebe, Ngugi wa Thiong’o, mais c’est chez Toni Morrison et Gabriel García Márquez que sa sensation d’être écartelée entre deux cultures a trouvé un écho. S’inscrivant dans la lignée d’Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie ou du Ravissement des innocents de Taiye Selasi, Voici venir les rêveurs, son premier roman, a fait l’objet d’enchères effrénées auprès des plus grands éditeurs américains. Imbolo Mbue vit à Manhattan. 

Lecteur : De formation théâtrale – il a fréquenté le cours de Jean-Laurent Cochet – Julien Chatelet a incarné le rôle de l’inspecteur Portal dans Les Cordier, juge et flic. Artiste complet, il tourne dans de nombreux courts-métrages, est réalisateur et chanteur de rhythm’n blues.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Ce roman raconte l'histoire d'une famille camerounaise émigrée à New York. Jende Jonga a toujours rêvé de l'Amérique, grâce à son cousin il émigre aux États-Unis avec un visa de tourisme. Jende est un jeune homme courageux et travailleur, il espère avoir une vie meilleure que celle qu'il a au Cameroun. Il commence par travailler dur pour faire venir son épouse Neni et leur fils Liomi. Il rêve d'obtenir la Green Card et devenir de vrais Américains. Il réussit à décrocher un travail inespéré comme chauffeur de Clark Edwards, un riche banquier très influent à la Lehman Brothers. Entre les deux hommes, une relation étonnante se crée, une amitié durable et sincère.Pour Neni, l'Amérique c'est pouvoir faire des études, elle espère devenir un jour pharmacienne, elle espère également le meilleur pour Liomi. Mais la vie n’est pas si facile pour les Noirs en Amérique, d'autant que nous sommes en 2007 et la crise est là...
Voilà un roman profondément humain, réaliste et touchant sur le choc des cultures, sur les difficultés de l'exil et de l'intégration...
Une belle histoire pleine de générosité et d'espoir. 
Une lecture audio vraiment passionnante, vivante et haute en couleurs.

Extrait : (début du livre)
ON NE LUI AVAIT JAMAIS DEMANDÉ de porter un costume pour un entretien d’embauche. Jamais dit d’apporter un curriculum vitae. Une semaine plus tôt, il ne possédait d’ailleurs pas de curriculum, quand il s’était rendu à la bibliothèque à l’angle de la 34e Rue et de Madison Avenue et qu’un bénévole lui en avait rédigé un, détaillant son parcours afin de montrer qu’il était un homme aux grandes qualités : fermier responsable du labourage des terres et de la bonne santé des récoltes ; cantonnier chargé de préserver la beauté et la rutilance de la ville de Limbé ; chargé de vaisselle dans un restaurant de Manhattan, veillant à ce que les clients mangent dans des assiettes sans traces ni microbes ; taximan officiel dans le Bronx, responsable du bon acheminement des passagers.

Il n’avait jamais eu à s’inquiéter de savoir si son profil correspondrait, si son anglais conviendrait, s’il passerait pour un homme suffisamment intelligent. Mais ce jour-là, vêtu de son costume croisé vert à fines rayures, celui-là même qu’il portait quand il avait débarqué aux États-Unis, une pensée l’obsédait : serait-il capable de faire impression sur un homme qu’il n’avait jamais rencontré ? Malgré tous ses efforts, il ne pouvait penser à autre chose qu’aux questions qu’on lui poserait, aux réponses qu’il faudrait donner, à la manière dont il devrait marcher, s’exprimer, s’asseoir, aux moments où il faudrait parler, à ceux où il faudrait écouter et acquiescer, aux choses qu’il faudrait dire ou ne pas dire, à la réponse à donner si on l’interrogeait sur son statut dans le pays. Sa gorge devint sèche. Ses mains, moites. Incapable d’attraper son mouchoir dans le métro bondé qui le conduisait dans le centre de Manhattan, il les essuya sur son pantalon.
« Bonjour, s’il vous plaît, dit-il à l’agent de sécurité en entrant dans le hall du building Lehman Brothers. Mon nom est Jende Jonga. Je suis venu voir M. Edwards. M. Clark Edwards. »
L’agent, bouc et taches de rousseur, lui demanda une pièce d’identité que Jende s’empressa de sortir de son portefeuille marron deux volets. L’homme s’en empara, examina le recto puis le verso, leva les yeux vers lui, les baissa vers son costume, sourit et voulut savoir s’il se présentait en tant qu’agent de change ou quelque chose comme ça.
Jende secoua la tête.
« Non, répondit-il sans sourire en retour. Chauffeur.
— Ah, fit le vigile en lui tendant un passe de visiteur. Eh bien, bonne chance. »
Cette fois, Jende sourit.
« Merci, mon frère. Toute cette chance, je vais vraiment en avoir besoin aujourd’hui. »

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26 février 2017

Manuel à l'usage des femmes de ménage - Lucia Berlin

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Masse Critique Babelio

81pvvrW+JqL Grasset - janvier 2017 - 560 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Valérie Malfroy

Titre original : Manual for cleaning women, 2015

Quatrième de couverture :
La publication de 
Manuel à l’usage des femmes de ménage révèle un grand auteur et un destin exceptionnel : Lucia Berlin, mariée trois fois, mère de quatre garçons, nous raconte ses multiples vies en quarante-trois épisodes. Élevée dans les camps miniers d’Alaska et du Midwest, elle a été successivement une enfant solitaire au Texas durant la Seconde Guerre mondiale, une jeune fille riche et privilégiée à Santiago du Chili, une artiste bohème vivant dans un loft new-yorkais au milieu des années 50 et une infirmière aux urgences d’Oakland. Avec un délicat mélange d’humour, d’esprit et de mélancolie, Berlin saisit les miracles du quotidien jusque dans les centres de désintoxication du sud-ouest des États-Unis, elle égrène ses conseils avisés et loufoques tirés de ses propres expériences d’enseignante, standardiste, réceptionniste, ou encore femme de ménage.
Dix ans après la mort de l’auteur, la découverte de Manuel à l’usage des femmes de ménage a constitué un événement littéraire majeur aux États-Unis, puis dans le monde entier. Comparée par la critique américaine à Raymond Carver et Alice Munro, Lucia Berlin est un grand écrivain injustement méconnu, un maître de la narration qui se nourrit du réel pour émerveiller son lecteur. 

Auteur : Lucia Berlin (1936-2004) écrivit sporadiquement dans les années 60, 70 et 80. Son œuvre s’inspire de son enfance dans diverses villes minières de l’Ouest américain, de sa jeunesse extravagante à Santiago du Chili, de ses trois mariages ratés, de son addiction à l’alcool, de ses différents petits-boulots effectués pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants. Dans les années 90, désormais sobre et libre de consacrer son temps à l’écriture, elle accepte un poste à l’Université Boulder (Colorado) avant d’être rapidement promue professeur. En 2001, sa santé déclinant, elle s’installe au sud de la Californie pour être près de ses fils.
Elle s’éteint en 2004, à Marina del Rey.

Mon avis : (lu en février 2017)
Ce livre est un recueil de 43 nouvelles, témoignage de la vie bien remplie de l'auteure. C'est une vision très originale des États-Unis. L'univers de Lucia Berlin, ce sont les décennies 1950-1970, dans une laverie automatique, à un arrêt de bus, dans un hôpital, dans un parking... L'auteure raconte ses multiples vies de femme de ménage, de secrétaire médicale, de professeure...
Les nouvelles sont réalistes, variées, originales, vivantes...
Je ne m'attendais pas à recevoir un livre de plus de 500 pages, il m'a fallut donc un peu de temps pour le lire, nouvelles après nouvelles et je n'ai pas eu le temps de terminer ce livre.
C'est très bien écrit (bravo à la traductrice qui a su mettre en valeur l'écriture de l'auteure), je regrette un peu le manque de continuité dans toutes ses nouvelles.

Merci Babelio et les éditions Grasset pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Un grand et vieil Indien en Levi’s délavé et belle ceinture zuni. Longs cheveux blancs, retenus par un bout de ficelle framboise sur la nuque. Ce qui est étrange, c’est que pendant à peu près une année on se trouvait au lavomatic toujours au même moment. Mais pas aux mêmes moments. Par exemple, j’y allais certaines fois le lundi à sept heures du matin ou le vendredi à six heures et demie du soir et il était déjà là.
Mme Armitage, c’était différent, même si elle était vieille aussi. C’était à New York, au San Juan, dans la 15e Rue. Portoricains. Mousse qui déborde par terre. J’étais alors une jeune mère et je lavais les couches le jeudi matin. Elle habitait au-dessus de chez moi, au 4-C. Un jour à la laverie elle m’avait donné une clé en disant que si je ne la voyais plus le jeudi c’est qu’elle serait morte alors aurais-je l’obligeance de venir découvrir son cadavre ? C’est terrible de demander ça à quelqu’un ; en plus, j’étais obligée de faire ma lessive le jeudi, à l’époque.
Elle est morte un lundi et je ne suis jamais retournée au San Juan. C’est le concierge qui l’a trouvée. J’ignore dans quelles circonstances.
Pendant des mois, au Angel’s, l’Indien et moi, on ne s’est pas parlé mais on se tenait côte à côte sur des chaises jumelées en plastique jaune, comme dans les aéroports. Elles glissaient sur le lino déchiré, on en avait mal aux dents.
En général, il sirotait du Jim Beam tout en regardant mes mains. Pas directement, mais dans le miroir en face, au-dessus des lave-linge Speed Queen. Au début, ça m’était égal. Un vieil Indien qui regarde mes mains dans ce miroir sale, entre un jaunissant REPASSAGE 1,50 DOLLAR LA DOUZAINE et des « prières de la sérénité » orange fluo. 
MON DIEU DONNEZ-MOI LA SÉRÉNITÉ DACCEPTER LES CHOSES QUE JE NE PEUX PAS CHANGER. Et puis j’ai commencé à me demander s’il avait un truc spécial avec les mains. C’était énervant, d’être observée en train de fumer ou de se moucher, de feuilleter des magazines vieux de plusieurs années. Lady Bird Johnson descendant les rapides.
Finalement, il m’a surprise à observer mes propres mains. Il en souriait presque de m’avoir pincée. Pour la première fois, nos regards se croisaient dans la glace, sous NE PAS SURCHARGER LES MACHINES.
Il y avait de la panique dans mes yeux. Je les ai sondés avant d’en revenir à mes mains. Affreuses taches de vieillesse, deux cicatrices. Mains pas indiennes, nerveuses, esseulées. J’y voyais des enfants, des hommes et des jardins.

 

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19 janvier 2017

Borgen : Une femme au pouvoir - Jesper Malmose

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Gaïa - octobre 2013 - 480 pages 

Actes Sud - avril 2015 - 524 pages

traduit du danois par Andreas Saint Bonnet

Titre original : Borgen, 2013

Quatrième de couverture : 
Quand Birgitte Nyborg accède au pouvoir, sa vie bascule. Devenue Premier ministre elle fait son entrée à Borgen, « le château », où siège le Parlement danois. Le caractère bien trempé de cette femme épanouie, soutenue par son mari et ses enfants, a fait sa réputation tant auprès de ses adversaires que de son audacieux spin doctor. Saura-t-elle tout mener de front ? Contracter les bonnes alliances ? L'adaptation littéraire de la série culte d'Adam Price.

Auteur : Jesper Malmose est scénariste. Il est l’auteur de séries TV danoises à succès. En outre, il a écrit et traduit des pièces de théâtre et des comédies musicales. Pour l’adaptation littéraire de Borgen, il a travaillé en étroite collaboration avec l’auteur de la série, Adam Price. Borgen, Une femme prend le pouvoir est l’adaptation de la saison 1. 

Mon avis : (lu en janvier 2017)
Quelques semaines après avoir enfin regardé et adoré la série danoise Borgen, j'ai découvert ce livre qui est l'adaptation littéraire de la série télé (en général, c'est l'inverse), dont l'auteur, Jesper Malmose, est scénariste de métier (mais pas celui de Borgen).
C'est original et j'ai beaucoup aimé me replonger dans la saison 1 de la série. En effet, ce livre reprend la saison 1 de Borgen (à priori les saisons 2 et 3 n'existent pas en livre...). 
Borgen est une série danoise qui raconte la démocratie au Danemark en mettant en scène Birgitte Nyborg, une centriste intègre, qui va devenir Première ministre. Mariée et mère de famille de deux enfants de 7 et 12 ans, elle va devoir concilier son rôle de Premier ministre, de maman et d'épouse. On suit avec intérêt les intrigues politiciennes, sans oublier les interventions de la presse et l'on découvre également le rôle de spin-doctor (conseiller en communication et marketing politique). 
J'ai trouvé très intéressant de voir de l'intérieur comment fonctionne la politique, mais aussi de découvrir la vie quotidienne au Danemark. Beaucoup de sujets important sont abordés comme les droits de l'Homme, l'égalité homme femme, la corruption... En particulier, le chapitre concernant la place du Groenland dans le Royaume de Danemark m'a beaucoup intéressé.
Pour ceux qui connaissent la série, c'est l'occasion de se replonger dans la saison 1.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette série, c'est l'occasion de la découvrir et d'avoir envie de la regarder. 

Extrait : (début du livre)
Samedi 25.09.2010

« Maman, ça fait quoi un Premier ministre ?»
Magnus tournait sa cuillère dans la bouillie d'avoine, très concentré. Il était un peu plus de 8 heures, et la famille était installée autour du petit déjeuner. A la télévision en arrière-plan, un panel composé d'un humoriste, d'un coach et d'un participant à l'émission de télé-réalité Paradise Hôtel débattaient des élections qui approchaient.
« Oui, bonne question, ça fait quoi, un Premier ministre... » Birgitte tendit la main vers une deuxième viennoiserie tout en hurlant : « Laura, on a commencé ! » Un instant plus tard, Laura fit son apparition dans la cuisine familiale, encore ensommeillée. Elle se laissa lourdement tomber sur sa chaise, devant la table du petit déjeuner.
« Bonjour, beauté, bien dormi ? » Phillip sourit tendrement à sa fille, qui s'empara du paquet de Corn Flakes. Du haut de ses douze ans, Laura n'avait pas encore atteint l'adolescence, mais ça n'allait pas tarder. Son besoin de sommeil croissant n'en était pas le seul témoin. Elle lança un regard accusateur à sa mère : « Pourquoi on doit se lever aussi tôt ? On est samedi. »
Birgitte s'efforça de ne pas s'irriter contre Laura qui s'était levée du mauvais pied. « Parce qu'il est important que nous prenions le petit déjeuner ensemble. C'est ce que font les familles normales, répondit-elle d'un ton pédagogique.
- Mais... on n'a jamais été une famille normale. »
Ça, Birgitte n'avait plus qu'à l'encaisser. Phillip lui lança un regard en étouffant un rire. Avant qu'elle n'ait eu le temps de dire quoi que ce soit, Magnus répéta sa question.
« Mais, maman, ça fait quoi, un Premier ministre ? »
Birgitte chercha un instant une réponse compréhensible pour un enfant de six ans. Laura la devança. « Le Premier ministre est le chef du gouvernement et représente l'État à l'étranger, en tant que leader politique du pays. »
Birgitte sourit, surprise. « Tiens, j'en connais une qui a écouté en cours ! » Laura soupira. « On a eu une semaine thématique. »
Avec sa cuillère, Magnus faisait toujours des huit dans son assiette. « Alors c'est lui qui décide tout ?
- Qui a dit que le Premier ministre était nécessairement un homme ?» répondit Birgitte, récoltant au passage un petit sourire de Phillip.
« Alors, tu vas être Premier ministre ? » demanda le garçon en regardant sa mère droit dans les yeux. Birgitte se leva et ébouriffa les cheveux de son fils. « Non, Magnus. Je ne vais pas être Premier ministre. Eh, c'est pas aujourd'hui que tu vas à l'anniversaire de Villads ? » Magnus acquiesça.
« Je l'emmène et j'irai le chercher », annonça Phillip. Birgitte hésita un instant. « Si tu l'emmènes, j'irai le chercher. »
Phillip haussa les sourcils. « Tu es en campagne, non ?
- Écoute, j'ai une interview sur TV1 ce matin, et après j'ai un face-à-face au lycée de Lundtofte, avec un de ces péquenots du parti de la Liberté, comme dirait avec son tact habituel mon cher spin doctor. Mais ce sera terminé au plus tard à 15 heures, j'irai donc le chercher. Ça marche ? »
Phillip hocha la tête avec reconnaissance. « Ça marche. »

 Challenge Voisins Voisines 
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Danemark

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08 novembre 2016

Mon petit bled au Canada - Zarqa Nawaz

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

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traduit de l'anglais (Canada) par Isabelle D. Taudière

Titre original : Laughing All The Way To The Mosque, 2014

Quatrième de couverture : 
Zarqa Nawaz n’a que six ans quand ses parents, musulmans pakistanais aisés, s’installent au Canada. Le choc culturel est rude pour la fillette, qui doit affronter les préjugés de ses camarades autant que le conservatisme religieux de ses pairs… Jeune femme, elle a tôt fait de s’autoproclamer sultane de la dérision, et elle nous plonge dès les premières pages de ce roman tendre et hilarant dans la peau de cette enfant impertinente et lucide. Des mésaventures scolaires de la petite Zarqa à l’amour vache qui la lie à son flegmatique mari en passant par l’éducation de ses enfants, tout est délicieusement absurde, réaliste et d’une infinie tendresse dans ce récit d’une famille éternellement confrontée à sa différence culturelle et religieuse… et le résultat est savoureux, politiquement incorrect et salutaire.

Auteur : Née en 1968 à Liverpool, Zarqa Nawaz est une journaliste et réalisatrice britannico-canadienne d'origine pakistanaise.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
J'ai beaucoup aimé cette lecture qui utilise un ton léger pour aborder des thèmes plus profond. Zarqa Nawaz vient d'une famille d'origine pakistanaise, sa famille est arrivée au Canada alors qu'elle avait six ans. Elle a donc été élevée avec cette double culture, à l'école elle découvre les habitudes canadiennes et la liberté et chez elle, les coutumes sont musulmanes et plus conservatrices... Zarqa est tour à tour naïve, révoltée, critique, elle pose pleins de questions, elle refuse à se plier aux exigences de sa communauté sans comprendre le pourquoi du comment, elle exige souvent de connaître la référence exacte de telle ou telle obligation ou interdiction. Gaffeuse mais au caractère bien trempé, elle bouscule les convictions des uns et des autres mais reste toujours fidèle à ses convictions religieuses.

Dans ce livre, elle raconte chronologiquement des instants de sa vie de son enfance à maintenant où elle mène de front sa vie de mère de famille de 4 enfants et sa carrière de journaliste et réalisatrice. Ils illustrent ce choc des cultures avec humour, ironie et autodérision.
C'est au cours de ma lecture et vers la fin du livre que j'ai découvert que Zarqa est la créatrice de la série "La Petite Mosquée dans la prairie" (Little Mosque on the Prairie).
Voilà un roman autobiographique intelligent et drôle pour aller au delà des préjugés.

Merci Chloé et les éditions Denoël pour cette lecture instructive mais également pleine d'humour.

Extrait : (début du livre)
À sept ans, j’ai approché un petit garçon dans la cour d’école. C’était un petit rondouillard aux cheveux noirs ondulés, assis tout seul sur les balançoires, une grosse sucette dans le bec.
« Dis-moi, Davy, tu crois en Dieu ? »
Il m’a regardée d’un drôle d’air et a haussé les épaules.
« Parce que tu sais, c’est très important de croire en Dieu. »
Il comprit tout de suite qu’il avait affaire à une fondamentaliste enragée.
« Si tu me pousses tout le temps que je veux sur la balançoire, je veux bien croire en Dieu. » 
Mes récrés virèrent au cauchemar. J’avais les bras tout engourdis. Mais que n’aurais-je fait pour sauver l’âme de Davy ?
Je fus d’ailleurs bien récompensée de ma B.A. car, quelque temps plus tard, j’étais invitée à son goûter d’anniversaire. J’étais aux anges. En prenant place autour de la table bien garnie, j’avais l’eau à la bouche. Mais j’avais à peine commencé à vider les plats, que la maman de Davy m’arrêta :
« Non, ne mange pas ça !
— Mais c’est drôlement bon, protestai-je en continuant de m’empiffrer.
— C’est du jambon, expliqua-t-elle en fronçant les sourcils. Tu es musulmane, n’est-ce pas ? »
J’engloutis une dernière tranche aussi vite que ma conscience coupable me le permit. C’était si savoureux que j’aurais cru manger un bout de paradis. Je regardai tristement s’éloigner le plateau de charcuteries. Ma petite mine implorante n’y fit rien.
Quand ma mère vint me chercher, notre hôtesse se crut obligée de lui raconter l’incident. 

« Je pensais qu’elle était assez grande pour reconnaître du porc… »
Ma mère regarda sa gloutonne de fille et soupira.
« Nous l’envoyons aux cours d’instruction religieuse à la mosquée, mais je ne sais pas trop ce qu’elle en retient. »
J’étais un peu vexée. J’avais tout de même compris qu’il fallait croire en Dieu. Et comment aurais-je pu faire le rapport entre les grandes images de jolis cochons roses barrés d’un immense X noir et ces délicieuses tranches de charcuterie sur une assiette ?
Davy me considéra d’un œil nouveau :
« Alors tu vas aller en enfer ?
— Bien sûr que non, voyons ! s’indigna sa mère. Elle a fait une erreur, mais, comme nous l’apprenons à l’église, Dieu sait pardonner.
— Parce que Davy va à l’église ?
— Naturellement. Nous sommes catholiques, tu sais. Et il est même enfant de chœur. »
Dès lors, je continuais à pousser Davy sur la balançoire parce que je m’y étais engagée, même si c’était pour de mauvaises raisons. Mais je décidai d’être plus attentive pendant les heures d’éducation religieuse. Dieu avait sans doute voulu me donner une leçon : m’occuper d’abord de mon âme, et apprendre à repérer les innombrables périls qui la guettaient en permanence. La religion était décidément une affaire bien compliquée.

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28 octobre 2016

Je m'appelle Leon - Kit de Waal

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traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Isabelle Chapman

Titre original : My name is Leon, 2016

Quatrième de couverture : 
Leon, 9 ans, est un garçon courageux. Quand un jour sa mère n'arrive plus à se lever le matin, il s'occupe de son demi-frère Jake. Quand l'assistante sociale emmène les deux garçons chez Maureen au gros ventre et aux bras de boxeur, c'est lui qui sait de quoi le bébé a besoin. Mais quand on lui enlève son frère et qu'on lui dit que chez ses nouveaux parents il n'y a pas de place pour un grand garçon à la peau sombre, c'en est trop.
Heureusement Leon rencontre Tufty, qui est grand et fort, qui fait du vélo comme lui et qui, dans son jardin, lui apprend comment prendre soin d'une petite plante fragile. Mais Leon n'oublie pas sa promesse de retrouver Jake et de réunir les siens comme avant. Le jour où il entend une conversation qui ne lui était pas destinée, il décide de passer à l'action...
Émouvant, dramatique mais aussi jubilatoire, Je m'appelle Leon évoque de façon éloquente la force de l'amour, le lien indéchirable entre frères, et ce qui, en fin de compte, fait une famille.

Auteur : Kit de Waal est née à Birmingham, d'une mère irlandaise et d'un père antillais. Elle a travaillé pendant quinze ans dans le domaine du droit, dont plusieurs années comme magistrat, et s'est beaucoup impliquée dans le domaine de l'adoption et du placement d'enfant. Elle a par ailleurs crée une bourse d'études pour promouvoir de jeunes auteurs de milieu modeste. Ses nouvelles ont été récompensées par plusieurs prix. Je m'appelle Leon est son premier roman.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
Leon est un enfant métis de neuf ans, il vient d'avoir un demi frère, Jack. Ce dernier est blanc avec de grands yeux bleus. Tous deux vivent avec leur maman Carol, mais celle-ci est dépressive et très vite Leon est obligé de s'occuper lui-même, tant bien que mal, de son petit frère... Un lien très fort se crée donc entre les deux frères. Mais cette situation ne peut pas durer et les services sociaux prennent en main la situation et Leon et Jake sont placés en famille d’accueil chez Maureen. Cette dernière est formidable, dès le début elle comprend l'immense lien qui unit les deux frères, et lorsque les services sociaux voudront séparer les frères pour offrir Jake à l'adoption, Maureen fera tout son possible pour rassurer Leon et l'aider à supporter ce déchirement... 
Leon n'aura que cesse de retrouver Jake et sa maman pour se retrouver en famille. 
Leon est un petit garçon bouleversant et extrêmement attachant. Leon est un petit garçon courageux, il est victime des décisions des adultes, de sa mère démissionnaire, des services sociaux qui sacrifient la fratrie au profit de Jake... Mais Leon saura s'adapter et rebondir grâce aux rencontres de personnes bienveillantes et aimantes qui vont l'aider à supporter cette vie si injuste pour un petit garçon, Tina, Maureen, Sylvia, Tufty...
C'est une histoire triste mais malgré tout, ce très beau roman est plein de tendresse, d’amour et d’espoir.

Merci PriceMinister et les éditions Kero pour ce livre reçu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire.

Extrait : (début du livre)
Personne n'a besoin de dire à Leon qu'il vit un moment important. La maternité est devenue silencieuse, comme si rien d'autre n'existait plus. L'infirmière lui demande de se laver les mains puis de s'asseoir le dos droit.
- Attention, dit-elle. Il est fragile.
Mais Leon le sait déjà. L'infirmière lui pose le nouveau-né dans les bras, son petit visage face au sien de manière qu'ils puissent se regarder.
- Tu as un petit frère maintenant. Tu vas pouvoir t'occuper de lui. Tu as quel âge ? Dix ans ?
- Presque neuf, répond la maman de Leon en se tournant vers eux. Huit ans et neuf mois. Presque.
La maman de Leon raconte à Tina l'accouchement, le temps que ça a pris et à quel point elle a eu mal.
- Eh bien, dit l'infirmière en arrangeant la couverture du bébé, tu es grand et fort pour ton âge. Un vrai petit homme.
Elle tapote la tête de Leon et lui caresse la joue d'un doigt.
- Il est beau, tu trouves pas ? Vous êtes beaux tous les deux.
Elle sourit. Leon la trouve gentille : il peut compter sur elle pour bien s'occuper du bébé quand il n'est pas là. Le bébé a les doigts les plus petits qu'il ait jamais vus. Quand il a les yeux fermés, il ressemble à une poupée. Il a une touffe de cheveux blancs très doux sur le sommet du crâne et sa bouche n'arrête pas de s'ouvrir et de se fermer. A travers les petits trous de sa couverture, le bébé chauffe le ventre et les cuisses de Leon. Tout d'un coup, il se met à se tortiller.
- J'espère que tu fais un beau rêve, bébé, chuchote Leon.
Au bout d'un moment, Leon a mal au bras. Pile quand cela devient trop pénible, l'infirmière revient, prend le bébé et veut le donner à la maman de Leon.
- C'est bientôt l'heure de la tétée.
Mais la maman de Leon a son sac à main sur les genoux.
- Ça peut attendre une minute ? Désolée, j'allais au fumoir.

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voisins voisines 2016
Angleterre

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14 octobre 2016

Sens dessus dessous - Milena Agus

51lcGK7lWhL Liana Levi - avril 2016 - 160 pages

traduit de l'italien par Marianne Faurobert

Titre original : Sottosopra, 2012

Quatrième de couverture :
Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c'est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l'immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n'est-ce pas là la clef de voûte de toute vie ? Observatrice indiscrète, pourfendeuse de la normalité, Milena Agus fait la chronique de ce microcosme dans lequel souffle un vent délicieusement frondeur.

Auteur : Milena Agus enthousiasme le public français en 2007 avec Mal de pierres. Le succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans les 26 pays où elle est aujourd'hui traduite. Au fil des textes, elle poursuit sa route d'écrivain, singulière et libre. De ses romans elle dit : "C'est ainsi que je vois la vie, misérable et merveilleuse..." Elle vit à Cagliari, en Sardaigne, où elle est née.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
Alice est étudiante, elle vit dans un appartement 
donnant sur la mer et le port de Calgari. Elle observe et échange avec ses voisins qui vont et viennent. A l'étage du dessus vit Monsieur Johnson, un grand violoniste, il vit seul depuis peu car sa femme est partie. 
A l'étage du dessous habite Anna, une dame au cœur malade, et sa fille Natasha. Elle use sa santé en enchaînant les ménages chez les bourgeois dans toute la ville. Lorsqu'elle apprend que Monsieur Johnson cherche une gouvernante pour s'occuper de lui, Anna n'hésite pas un instant pour accepter le travail. Elle est déjà fascinée par le grand appartement de son voisin et de sa vue éblouissante sur la mer et le port...
Alice est la narratrice de cette histoire qui met en scènes tous ces personnages un peu farfelus, d'âges et d'origines sociales différentes...
Elle évoque le présent mais également le passé de chacun, ensemble ils forment comme une petite famille et l'ambiance de cet immeuble évolue comme dans une pièce de théâtre tragi-comique... C'est léger et touchant, j'ai passé un bon moment de lecture.
Extrait : (début du livre)
Avant de connaître la dame du dessous et le monsieur du dessus, la vieillesse ne m’intéressait pas. Vieux, mes parents n’ont pas eu le temps de le devenir, mon père s’est tué bien trop tôt et ma mère est retombée en enfance. Je ne vois jamais mes grands-parents, et c’est une jeune femme qui prend soin de ma mère.
Quoi qu’il en soit, il est clair qu’aucun vieux n’aurait pu exciter mon imagination. Aucun, excepté la dame du dessous et le monsieur du dessus. Désormais, la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier, peut-être.
Il y a quelque temps, Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a frappé à ma porte, vêtu avec sobriété et élégance comme un gentleman, sauf que l’ourlet de son pantalon était décousu, ses lacets défaits et ses chaussettes dépareillées.
« J’habite à l’étage du dessus, m’a-t-il dit. Je suis votre voisin.
– Je le sais. Difficile de ne pas se croiser, dans cet immeuble. »
Il avait un service à me demander : est-ce que je voulais bien arroser ses fleurs, parce qu’il partait jouer du violon sur un bateau de croisière, et que sa femme, qui y tenait beaucoup, surtout aux roses et aux pois rouges, serait désolée de les retrouver desséchées, si elle rentrait.
« Ça n’existe pas, les pois rouges, Mr. Johnson, ce sont sans doute des baies. »
Il y a quelques jours, de retour de croisière, il est passé me remercier, car roses et pois étaient en grande forme, mais là n’était pas le but de sa visite. Avec embarras, il m’a demandé si, parmi mes amies étudiantes, il y en avait une qui saurait faire la gouvernante. Elle serait en échange logée et nourrie, car sa femme était partie, peut-être pour toujours, et qu’il lui fallait quelqu’un pour tenir sa maison, pas simplement une bonne. Il me voyait toujours avec un tas de livres, alors il était sûr de pouvoir me faire confiance.

 

Déjà lu du même auteur : 

 

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