(Re)play – Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior – mars 2011 – 125 pages
Quatrième de couverture :
La fièvre s'est emparée du lycée à l'annonce de la visite d'un célèbre critique rock. Des groupes de l'établissement pourront lui faire écouter un ou deux morceaux. Mais celui de Benjamin n'existe plus, il a explosé... comme son amitié avec Mathieu. Et si c'était l'occasion de "rejouer" le passé ?
Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais au lycée de Sainte-Savine (Aube) depuis vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011). Il est également auteur de livre pour la jeunesse avec Un endroit pour vivre (2007), Au rebond (2009), Blog (2010), (R)eplay (2011).
Mon avis : (lu en avril 2012)
Jean-Philippe Blondel connaît bien les lycéens et sait raconter les histoires. Dans ce roman destiné aux adolescents mais qui se lit très bien par un adulte, il nous raconte l’histoire de Benjamin élève de terminale. Il sait qu’il est à un tournant de sa vie, il est dans une période du passage de l’adolescence à l’âge adulte.
Au lycée, tout est en effervescence, le célèbre critique et spécialiste du rock en France, Franck Ménard doit venir donner une conférence. Il a même accepté d’écouter un ou deux morceaux de chaque groupe de musique du lycée. C’est dommage pour Benjamin et son groupe des Frontlights ils se sont séparés l’année passée. Il y avait Benjamin et Mathieu à la guitare, Max à la batterie et la belle Clara comme chanteuse. La prochaine venue de Franck Ménard sera l’occasion de renouer avec son ami Mathieu et de recréer un groupe Les Revenants… Benjamin va utiliser la musique et l’écriture pour exprimer ses sentiments de colère, ses doutes et il va mûrir et regarder vers l’avenir plutôt que ressasser le passé.
Une belle histoire très bien écrite qui m’a fait passer un bon moment… Je suis en train de devenir une inconditionnelle de Jean-Philippe Blondel…
Extrait :(début du livre)
CLÉMENT S'EST PENCHÉ VERS MOI en sortant du cours de maths. Il m'a lancé :
- Tiens, au fait, j'ai parlé avec le documentaliste ce matin. Tu sais quoi ? Il paraît que Franck Ménard va venir au lycée donner une conférence sur l'état de la presse rock en France.
Je n'ai rien répondu. J'ai fait semblant de ne pas être intéressé. C'est là qu'il a lancé l'estocade.
- Il paraît que ça se finira par un concert. Enfin, il écoutera quelques morceaux des deux ou trois groupes de l'établissement, quoi. Dommage que les Frontlights se soient séparés.
Il m'a adressé un clin d'oeil et il est parti avec un sourire en coin. Je crois que je n'ai jamais détesté quelqu'un autant que Clément, à ce moment-là. Mais bon, ce n'est pas un scoop non plus. Je hais Clément. Sa gueule de petit minet avec sa frange sur le devant, son regard clair, ses fringues qui puent le fric, sa façon d'inviter cent personnes aux soirées qu'il donne quand ses parents ne sont pas là, et le fait que tout le monde s'y précipite parce qu'il y a une piscine. Ses guitares dernier cri et tout le matos dans sa cave reconvertie en studio capitonné, pour que le fiston s'éclate. Son gang de bobos, les Jigsaws, qui se la jouent rebelle en reprenant des morceaux des Babyshambles.
Tout ce que je méprise.
J'ai haussé les épaules. Je n'en ai rien à cirer. Je suis bien au-dessus de tout ça. J'étais sûr de toute façon que ce n'était que du flan. Franck Ménard ne se déplacerait jamais dans un bahut de province - il a bien d'autres chats à fouetter. C'est le rédacteur en chef du magazine de musique le plus lu en France. C'est aussi le producteur de deux des groupes les plus en vue du moment. Et accessoirement, il a fait des ravages au sein du jury d'une émission de télé à la mode. Un mec comme ça, se déplacer ici, en Champagne, dans un lycée anonyme ? Une rumeur qui va disparaître comme elle était venue - comme celle qui racontait, l'année dernière, que le proviseur s'était fait casser la gueule par un interne. La rumeur, c'est un des fondamentaux de la vie de lycéen. Ça commence dès huit heures du mat, avec les ragots du style "il paraît que la prof de SVT est absente", et ça continue toute l'après-midi avec les pseudo-histoires d'amour et les fausses ruptures. Au début de la seconde, quand on arrive, on y croit. En terminale, on est blindé.
J'ai retrouvé le sourire en imaginant la tête de Clément quand il apprendrait que ça ne se basait sur rien, son histoire. Même de croiser Mathieu dans les couloirs, ça ne m'a rien fait - enfin presque. Disons que j'ai feint de ne pas le voir, comme toujours, mais vu qu'il rase les murs, ces temps-ci, ça n'a pas été difficile. J'avais récupéré la pêche quand je suis entré au CDI. Je voulais y retrouver Louison. Elle devait me redonner ma fiche de lecture de philo, qu'elle avait dû recopier in extenso, comme d'hab.
Mais là-dedans, c'était l'émeute. Une bonne vingtaine de lycéennes en folie, entourant le vieux Francis, qui n'avait pas été pareillement à la fête depuis des années. Et que ça te lançait des petits cris suraigus, et que ça te trépignait partout en serrant ses petits poings. Lamentable. J'ai pris un air goguenard et j'ai demandé ce qui se passait. Et Francis, fier comme un coq, de répondre :
- Franck Ménard vient au lycée.
- Il a que ça à faire ?
- Eh bien dis donc, quelle agressivité ! Je pensais que ça t'intéresserait, toi qui te prétends passionné par le rock.
- Justement. Ménard, c'est un has been.
Francis s'est mis à rire. Il n'est pas facile à mettre en colère, Francis. Il a passé des années dans son CDI et les réactions des élèves lui glissent dessus comme de l'eau sur les plumes d'un canard. Il a juste ajouté que valait quand même mieux être un has been qu'un has never been. Il a aussi précisé que Ménard faisait le déplacement pour pas grand-chose - remboursement des billets de train et cinquante euros de cachet - par pure amitié. Là, j'ai carrément tiqué.
- Amitié pour qui ? j'ai demandé.
- Pour moi.
- Hein ?
- Eh ouais, mon pote. Ménard et moi, on était voisins quand on était mômes. Et en fait, on ne s'est jamais vraiment perdus de vue.
- Tu ne nous l'as jamais raconté, ça !
- Il y a beaucoup de choses que je ne raconte pas. Par exemple, je ne t'ai jamais dit que j'étais plutôt client de la musique que tu faisais avec tes copains, l'année dernière.
- Mmh. Merci.
- De rien. D'ailleurs, Ménard, il a envie de savoir ce que les gamins ont dans le ventre. Il prendra du temps pour écouter les différents groupes du lycée.
- On est séparés.
- Il paraît, oui. Mais c'est l'occasion de se reformer,
non ?
- M'étonnerait.
- Des problèmes d'ego surdimensionnés ?
- Non. Oui. C'est trop compliqué.
- Bon, alors je t'inscris pour la conférence ou pas ?
Parce que le nombre de places est limité et que les demoiselles, là, elles viennent déjà de remplir un tiers de la salle.
- Mmh.
- C'est pas une réponse, ça.
- Oui.
C'était un tout petit "oui". Un truc fragile et discret, entre le grommellement et l'acquiescement - mais j'ai vu Francis qui ajoutait mon nom sur la liste et qui souriait.
Déjà lu du même auteur :
Un amour de geek – Luc Blanvillain
Plon Jeunesse – octobre 2011 – 209 pages
Quatrième de couverture :
Thomas est un geek.
Un quoi ?
Un geek. C'est-à-dire un nolife qui fragge comme il respire, slappe les cheaters et bizute les noobs. Si vous n'y comprenez rien, c'est que vous êtes un pauvre parent, perdu dans la réalité. Mais si, comme Thomas, vous passez vos nuits devant l'écran à dégommer des crâs, à assiéger les donjons d'Azeroth, à diriger des guildes, vous savez ce que vivre veut dire. Dans son monde Haute Définition, Thomas échappe aux êtres désagréables qui grouillent " in real life " : les nazes du lycée, l'odieux Latreille, Mme Friol, la prof de français fan de gros bouquins bourrés de descriptions. II supporte même ses parents, leurs gratins bios et sa petite soeur Pauline.
Alors ? Où est le problème ?
Le problème, c'est Esther dont Thomas est bêtement tombé amoureux.
Esther qui voltige sur le dos des chevaux, aime la lumière dans les arbres et rêve de vrais voyages. Esther qui déteste les ordinateurs et ne sortira avec lui que s'il cesse d'être un nolife et jure de ne plus s'approcher d'un écran.
Thomas relèvera-t-il l'impossible défi ?
Auteur : Né à Poitiers en 1967, Professeur de lettres. En 2008 parait, chez Quespire éditeur, son premier livre, Olaf chez les Langre, que l'on pourrait qualifier d'étude d'un milieu, puisqu'il ne présente ni début ni fin. En 2010, il se tourne vers la jeunesse, qui constitue tout de même son gagne-pain, et lui offre, toujours chez Quespire, Crimes et jeans slim, une satire policière des mœurs adolescentes.
Mon avis : (lu en janvier 2012)
J'ai eu peur en lisant les toutes premières lignes de ce livre car je me suis trouvée face à un vocabulaire pour initié : il était question de nolife, de team killer, de cheater, de campeur où de cette phrase incompréhensible pour celui qui n'est pas geek « Je me suis fait kicker par l’admin ! ». Heureusement dès la page suivante, Pauline, la jeune sœur de Thomas est là pour nous décoder ce vocabulaire spécifique !
Thomas est un jeune geek amoureux d’Esther une jeune fille aimant la nature et les chevaux. Cette dernière lui demande pour lui prouver son amour de ne plus toucher à un ordinateur, aux jeux vidéo, à la télé ou au téléphone pendant un mois. Pauline, est là pour contrôler si le défi sera bien relevé.
Au lycée, la vie n'est pas simple entre les professeurs, les camarades et les amis... A la maison, le père ne remarque pas que sa femme ne va pas bien... Heureusement la complicité frère et sœur entre Thomas et Pauline est infaillible.
Les dialogues sont vraiment drôles, les expressions très actuelles et les situations parfois très cocasses, il a également quelques rebondissements et une histoire d'amour touchante.
C'est peut-être un livre destiné aux adolescents mais qui est très intéressant à lire à tout âge si l'on s'intéresse au phénomène des nouvelles technologies... Cela nous fait réfléchir sur l'emprise que peut avoir sur nous toutes ces machines, difficile de faire de vraie pause !
Merci à Valérie et Clara qui m'ont donné envie de découvrir ce livre.
Extrait : (début du livre)
Définitions
Geek : Selon les mauvaises langues (celles des filles et des parents), un geek est un garçon plutôt discret, qui passe son temps devant son ordinateur en se nourrissant de choses malsaines, conditionnées dans des paquets faciles à déchirer d'une seule main, et qui font des miettes.
Nolife : Geek obsédé par les jeux sur ordinateur, au point de renoncer à sa vie sociale. Le nolife sort peu de sa chambre.
Remarque : le vocabulaire des nolifes est incompréhensible aux humains.
Longtemps, Thomas Poupinel avait été un nolife heureux.
Après, il était tombé définitivement amoureux d’Esther Camusot.
Et depuis, ça n’arrêtait plus de se compliquer.
- C’est pas vrai ! hurla Thomas, furieux, en balançant violemment sa souris contre le mur. Je me suis fait kicker par l’admin !
Pauline, sa petite sœur, qui lisait un livre de filles et de chevaux, assise en tailleur dans le grand fauteuil crème, répondit calmement :
- Normal. Depuis mille heures, tu joues plus, tu campes. Déjà, hier, tu faisais exprès ton team killer, à moitié.
- Quoi ? Traite-moi de cheater tant que tu y es !
- Limite. Tu fragges à travers des murs. C’est pas cool.
- Je fragge où je veux.
- Alors te plains qu’on te kicke.
Depuis que Pauline avait appris par cœur le vocabulaire des nolifes, des geeks et des hardcore gamers, on ne s’en sortait plus. Elle avait fait des fiches, exactement comme pour l’anglais et le latin. Sa mémoire ne la trahissait jamais. Thomas se rappelait encore avec une exaspération admirative sa petite voix qui ânonnait, derrière son dos, comme une comptine : « Se faire kicker signifie se faire exclure du jeu par l’administrateur du réseau (admin). Un campeur est un joueur qui casse le jeu en tirant systématiquement sur tout ce qui bouge. Frag : tuer, désintégrer, pulvériser, éparpiller. Cheat : tricher. Team killer : joueur qui tire sur les membres de sa propre équipe. »
Etc.
Elle avait commencé en même temps que lui, dès qu’elle était entrée en sixième et lui en troisième. Deux ans plus tard, ils étaient presque au même niveau. Forcément, elle avait progressé vite, à force de suivre distraitement, depuis son fauteuil, les parties jouées par son frère, tout en dévorant ses histoires de princesses et de poneys ! (Grotesques, ces histoires. Thomas, lui, s’intéressait à ce qui en valait la peine. Traquer un Draeneï sur Azeroth, par exemple.)
Challenge 5%
Rentrée Littéraire 2011
29/35
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
"Gros mot"
Blog - Jean-Philippe Blondel
Actes Sud Junior – mars 2010 – 114 pages
Quatrième de couverture :
Révolté par cette trahison, par ce " viol virtuel ", le narrateur décide de ne plus adresser la parole à son père. Pour se racheter, ce dernier lui fait un don... une plongée dans le passé qui ne sera pas sans conséquence. Un roman de la filiation et de l'écriture intime.
Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais dans un lycée de province depuis bientôt vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007), Le baby-sitter (2010), G229 (2011). Il est également auteur de livre pour la jeunesse avec Un endroit pour vivre (2007), Au rebond (2009), Blog (2010), (R)eplay (2011).
Mon avis : (lu en septembre 2011)
Le narrateur est un adolescent de seize ans. Il est en conflit avec son père car celui-ci a eu l'audace de lire son blog. L'adolescent considère son blog comme un journal intime et il compare donc l'intrusion de son père comme un viol de son intimité. Pour répondre à ce « crime », il décide de ne plus adresser la parole à son père. Drôle d'ambiance dans la maison !
Alors pour tenter une réconciliation avec son fils, le père exhume du grenier un carton poussiéreux où il a conservé ses souvenirs de sa propre adolescence : photos, lettres, écrits... Il l'offre à son fils.
Celui-ci va se plonger dans la vie passée de son père et découvrir quelque secret...
Le lecteur découvre en parallèle l'adolescence présente du fils et celle du père dans les années 80.
Une belle histoire de partage et d'échange entre un père et un fils. A découvrir !
Extrait : (début du livre)
PUTAIN DE MERDE.
Je sais, ça choque et surtout, ça manque d'élégance. Je devrais plutôt commencer le récit par des jolies phrases, des paragraphes bien tournés, en utilisant des termes éloquents et variés. Simplement, je n'y parviens pas. Cela fait une heure que les faits tournent dans ma tête, on dirait des corbeaux dans un clocher, ils croassent, ils descendent en piqué et remontent en flèche – je suis épuisé. Et retourné. Tout est sens dessus dessous. Je n'arrive plus à penser droit, et les mots me fuient. Ce qui me reste, c'est la stupeur, la colère et cette expression qui les résume : putain de merde.
J'aurais dû m'en douter, en fait.
Parfois, je me demande s'il n'a pas fait exprès de semer des indices pour distiller le doute et me préparer à la révélation. Il paraît que, parfois, les grands criminels agissent comme ça pour aiguiller les policiers et leur permettre de les arrêter. Tout au fond, ils ont envie d'être découverts – et punis. C'est tordu, comme méthode, mais les grands criminels sont tous un peu tordus. Le grand criminel, ici, c'est mon père. Et la victime, évidemment, c'est moi. Bon, d'accord, certains trouveront que tout ça n'est pas si grave, qu'il n'y a pas mort d'homme et que donc, je réagis de façon un peu exagérée. Moi, je ne trouve pas. C'est mon intimité qui est en jeu. Et le respect auquel j'aspire.
Déjà lu du même auteur :
Comment (bien) rater ses vacances – Anne Percin
Édition du Rouergue – novembre 2010 – 186 pages
Quatrième de couverture :
Chers parents,
Mon stage de survie en milieu hostile se passe bien, merci. J'espère que vous êtes pas trop morts, rapport aux frais de rapatriement qui doivent coûter bonbon, depuis la Corse. Sinon, moi ça va, j'ai mangé Hector mais pas tout d'un coup, j'en ai congelé un bout pour le mois prochain. Heureusement que j'ai l'eau-de-vie de Mamie, ça m'aide pour tenir. Si jamais vous ne reveniez pas, ce serait sympa de m'envoyer un mandat parce que la prostitution masculine, ça marche pas trop dans le quartier. Bon, ben je vous laisse, c'est l'heure de ma piqûre d'héroïne. Gros bisous, votre fils bien-aimé, Maxime.
Cet été, Maxime a 17 ans. Il ne veut plus partir en vacances avec ses parents. Il préfère rester chez sa Mamie pour glander devant l'ordinateur. Tant pis pour lui. Il va vivre des journées délirantes !
Auteur : Anne Percin est née à Épinal en 1970 d'un père mécanicien et d'une mère mécanographe. Elle passe son enfance et poursuit des études de lettres à Strasbourg où elle consacrera son mémoire de Maîtrise au mouvement Dada avant d'aller enseigner en région parisienne. Elle vit et travaille aujourd'hui en Bourgogne.
Mon avis : (lu en août 2011)
Livre emprunté à la bibliothèque un peu par hasard pour partir en vacances. Je me suis beaucoup amusée à le lire car Maxime l’ado de 17 ans est un concentré des trois ados que j’ai à la maison…
Maxime a 17 ans, il est plutôt d'accord pour ne pas partir en vacances avec ses parents qui ont décidé de faire le GR 20. Sa petite sœur, elle-aussi, préfère partir en colo en Bretagne avec une copine qu'aller crapahuter avec ses parents en Corse. Maxime aura donc des vacances tranquilles chez Mamie, au Kremlin-Bicêtre. Il a prévu comme programme grasses matinées, ordinateur et profiter des bons petits plats de Mamie, des vacances idéales quoi ! Mais bien sûr rien ne va se passer comme Maxime l'imaginait... En effet sa Mamie va avoir un malaise cardiaque et être hospitalisé, ses parents étant injoignables, Maxime va être contraint de prendre des responsabilités tout seul pour s'occuper de sa Mamie et de la maison. Maxime est très attachant, débrouillard, il a beaucoup d'humour et de répartie et ses vacances (bien) ratées l'auront fait beaucoup grandir !
Après ma lecture, j’ai proposé ce livre à mon plus jeune fils (13 ans) qui n’avait plus rien à lire… Comme d’habitude, il a accepté le livre du bout des lèvres mais très vite il l’a dévoré en éclatant souvent de rire… Ses deux frères aînés n’ont pas été en reste et l’ont également dévoré. Mon fils de 16 ans se reconnaissait parfaitement dans les réflexions de Maxime. Il a également beaucoup aimé à la fin du livre la playlist des musiques rencontrées durant sa lecture.
Extrait : (début du livre)
- Cette année, on part en randonnée en Corse, les enfants !
Ma mère a lancé cette phrase tout en jetant un coup d'œil sur la banquette arrière où nous étions vautrés, ma sœur et moi, en état semi-comateux. J'ai croisé le regard maternel une fraction de seconde dans le rétroviseur, le temps d'une tentative d'œillade meurtrière, avant qu'un saut sur un ralentisseur ne fasse retomber sur mes yeux une grosse mèche de cheveux. Tant pis pour le regard ténébreux.
- Tu viens avec nous ?
Ma mère a tourné la tête vers le rétro extérieur, avant de franchir un céder-le-passage. Pendant un bref instant, on n'a plus rien entendu que le cliquetis du clignotant. La tête tournée vers la vitre embuée, j'admirais la vue splendide sur Ivry-sur-Seine (ses barres de HLM, ses magasins de téléphonie mobile, sa cité Maurice Thorez). Je prenais tout mon temps pour répondre.
J'ai un âge où, apparemment, mon avis compte. On me sonde, on me consulte avant de me traîner de force dans des lieux hostiles.
Quand vos enfants cessent de vous demander d'où ils viennent et ne vous disent plus où ils vont, disait un proverbe affiché à l'entrée du Super-U l'été dernier, c'est qu'ils sont devenus des ados. Je me souviens que mon père l'avait lu à haute voix, avec un air d'un disciple de Confucius qui médite les paroles du Maître. Alors qu'en réalité, c'était juste une grosse connerie écrite au marqueur bleu effaçable sur un panneau d'hypermarché, entre la météo du jour et « Conseil de votre poissonnier »... C'était l'été dernier à Biscarosse, et je me suis juré que ce seraient mes dernières vacances en famille. Du moins, jusqu'à ce que j'en fonde une moi-même à la force du poignet, et que je l'entretienne et la chérisse et la nourrisse à la sueur de mon front – autant dire le plus tard possible.
Pour ma sœur Alice, neuf ans ¾, Biscarosse c'était l'éclate totale : un toboggan géant, une piscine où l'on a pied tout le temps et surtout des tas de copines qui se trémoussent le soir aux animations du camping et qui font trois mille tours de vélo rose dès huit heures du matin.
Allons réveiller le soleil - José Mauro de Vasconcelos
Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
Le mot : SOLEIL

Stock – 1975 – 326 pages
Hachette jeunesse – mai 1992 – 349 pages
Livre de Poche jeunesse -1989 -
Livre de Poche jeunesse – mars 2002 – 380 pages
Livre de Poche jeunesse – septembre 2009 – 380 pages
traduit du brésilien par Alice Raillard
Titre original : Vamos aquecer o sol, 1974
Quatrième de couverture :
Zézé avait six ans quand il confiait ses rêves à son oranger. Il en a onze désormais et a été adopté par une riche famille. Son histoire raconte la fin d'une enfance, les années de changements entre onze et quinze ans, jusqu'au premier et merveilleux grand amour...
Auteur : José Mauro de Vasconcelos (26 février 1920 à Rio de Janeiro - 25 juillet 1984 à São Paulo) est un écrivain brésilien. Écrivain aux origines indiennes et portugaises, il est l'auteur de Mon bel oranger, Allons réveiller le soleil et Le Palais Japonais, inspiré de son enfance difficile et devenu un classique de la littérature enfantine, ainsi que d'une quinzaine de romans et de récits. Sportif et voyageur, il a pratiqué de nombreux métiers, notamment dans le monde du cinéma et de la télévision.
Mon avis : (relu en août 2011)
Lorsque le mot SOLEIL de la deuxième session du Challenge Un mot, des Livres a été dévoilé, je n'ai pas hésité un instant, c'était l'occasion de relire "Allons réveiller le soleil", la suite d'un de mes livres préférés "Mon bel oranger".
Ce livre nous raconte le passage de l'enfance vers l'adolescence et l'âge adulte de Zézé.
Le petit Zézé de "Mon bel oranger" a grandi, il est maintenant âgé de 11 ans, il a été adopté par une riche famille brésilienne pour pouvoir faire des études. C'est un enfant intelligent mais aussi turbulent et dont l'imagination lui fait faire de nombreuses bêtises... Mais il ne se sent pas heureux. Il a en secret un crapaud – cururu nommé Adam dans son cœur et un père imaginaire Maurice qui vont l'aider à supporter la solitude dans laquelle il se sent. Zézé est au collège chez les frères Maristes, le frère Paul Louis Fayolle est un soutien précieux, il a compris la tristesse de Zézé, il discute souvent avec lui et va l'aider à grandir durant toute son adolescence.
J'ai retrouvé avec beaucoup de plaisir Zézé. Et je me suis plongée avec beaucoup d'émotions dans l'univers extraordinaire de cet enfant, il mélange rêve et réalité ; il se réfugie dans un monde imaginaire où vivent ses seuls véritables amis : Adam et Maurice. Il va apprendre à grandir et réussir à réveiller le soleil qui est en lui. Un très beau livre que j'ai relu avec beaucoup de plaisir et d'émotions.
Il est préférable de lire "Mon bel oranger" qui raconte l'enfance de Zézé, avant de lire "Allons réveiller le soleil".
Extrait : (début du livre)
Tout à coup, mes yeux n'étaient plus dans l'obscurité. Mon cœur de onze ans sursauta de peur dans ma poitrine.
- Mon-Petit-Jésus-avec-l'agneau-sur-vos-épaules, protégez-moi !
La lumière grandissait. Encore. Encore. Et plus elle grandissait, plus augmentait ma peur ; si j'avais voulu crier, je n'y serais pas parvenu.
Tout le monde dormait paisiblement. Toutes les chambres fermées respiraient le silence.
Je m'assis dans mon lit, le dos contre le mur. Mes yeux regardaient si fort qu'ils sortaient presque de leur orbite.
J'aurais voulu prier, invoquer tous mes saints protecteurs, mais pas même le nom de Notre-Dame de Lourdes ne sortait de ma bouche. Ce devait être le diable. Le diable dont on me menaçait tant. Mais si c'était lui, la lumière n'aurait pas la couleur de feu et de sang, et il y aurait certainement une odeur de souffre. Je ne pouvait même pas appeler au secours le frère Feliciano, mon Fayolle chéri. A cette heure, Fayolle devait être dans son troisième sommeil, en train de ronfler comme un bienheureux, là-bas, au collège des Maristes.
Une douce petite voix se fit entendre :
- N'aie pas peur, mon enfant. Je suis venu pour t'aider.
Mon cœur battait maintenant contre le mur et ma voix réussit à sortir, faible et tremblante comme le premier chant d'un jeune coq :
- Qui es-tu ? Une âme de l'autre monde ?
- Non, nigaud.
Et un rire bienveillant résonna dans la chambre.
- Je vais faire plus de lumière, mais ne t'inquiète pas, rien de mauvais ne peut arriver.
Je dis un oui hésitant, mais je fermai les yeux.
Comme ça, ce n'est pas de jeu, mon ami. Tu peux les rouvrir.
Je risquai un oeil puis l'autre. La chambre avait une lumière si belle que je pensai que j'étais mort et que je me trouvais au paradis. Mais ça, c'était impossible. A la maison, tout le monde disait que le ciel n'était pas pour moi. Les gens comme moi allaient droit dans les chaudières de l'enfer, se faire griller.
- Regarde-moi. Je suis laid, mais tu liras dans mes yeux qu'on peut me faire confiance.
- Où es-tu ?
- Ici, au pied du lit.
Je m'approchai du bord et m'armai de courage pour regarder. Ce que je vis m'emplit de panique.
Déjà lu du même auteur :
Mon bel oranger
Le Palais Japonais
Les Années cerises – Claudie Gallay

Éditions du Rouergue – octobre 2004 – 128 pages
Actes Sud – avril 2011 – 172 pages
Quatrième de couverture :
Au village, ils l'appellent tous l'Anéanti. C'est parce que sa maison va bientôt disparaître dans un grand trou, à cause de la falaise qui s'effrite au bout du jardin. Malgré le risque, sa mère ne veut pas déménager. Elle n'est pas drôle et elle distribue souvent des claques. Alors quand il en a marre de sa famille pas rigolote, des zéros à l'école et des histoires de falaise qui menace, il va retrouver Paulo et sa grande sœur, qui le fait rêver à l'amour. Ou il part à la pêche avec son grand-père. Pour être heureux, il suffit parfois d'un rien.
Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle a publié aux éditions du Rouergue L'Office des vivants (2000), Mon amour, ma vie (2002), Les Années cerises (2004), Seule Venise (2004, prix Folies d'encre et prix du. Salon d'Ambronay), Dans l'or du temps (2006) et Les Déferlantes (2008), qui a reçu le Prix des lectrices de Elle et fera prochainement l'objet d'une adaptation cinématographique.
Mon avis : (lu en mai 2011)
C’est le seul livre de Claudie Gallay que je n’avais pas encore lu…
A l’école on appelle Pierre-Jean l’Anéanti car la maison, qu’il habite avec ses parents, est menacée d’être engloutie par une falaise qui grignote peu à peu le jardin.
Pour le moment, ses parents refusent de déménager. Son père est souvent absent, sa mère ne va pas bien, elle ne sait que le gronder ou lui donner des claques.
A l’école ce n’est pas mieux, il collectionne surtout les zéros et son maître ne le comprend pas et s’en désintéresse. Heureusement, il y a son copain Paulo et sa jolie sœur dont il est secrètement amoureux. Il aime aussi les week-end à la ferme chez son pépé et sa mémé, il aime s’occuper des animaux, aller à la pêche avec son grand-père et profiter des bons petits plats confectionnés par sa grand-mère. Sans oublier son oncle François qui sait lui parler et le réconforter.
L’histoire de ce jeune garçon de onze ans est très touchante, pleine de nostalgie et de mélancolie. Le lecteur est plein d’empathie avec lui qui se sent si seul et mal aimé par sa mère…
Claudie Gallay ménage un certain suspens entre le mal-être de Pierre-Jean et la maison prête à disparaître au bord de la falaise… A découvrir !
Extrait : (début du livre)
Heureusement, il y a les chevaux. Je dis ça même si je sais, les chevaux ne sont pas à moi. Ils sont à pépé, mais quand même. Quand je passe, je leur donne des sucres et du pain.
Maman n’aime pas les animaux. Elle dit toujours : « Tous ces poils ! … » Que ça lui donne des migraines et les animaux, il faut s’en occuper. Qu’il y a déjà tant à faire. Et puis quand on part en vacances, hein, qui c’est qui s’en occupe ? Je te le demande ?
- On ne part jamais en vacances, alors qu’est-ce que ça change !
Une taloche bien méritée, et puis va dans ta chambre, ça t’apprendra à être insolent.
Des fois, elle dit : « Il faudrait lui acheter une bête, un chien quoi », parce qu’elle me voit assis sur la pelouse. Triste.
- Pas besoin d’acheter, je lui réponds, je connais quelqu’un qui en donne.
Maman, il ne faut pas la regarder comme ça. Elle ne supporte pas.
Le chien, c’est quand elle voudra et puis les mâles, ça pisse partout, et les femelles, c’est toujours en chaleur.
Il faut pas qu’elle attende trop. J’ai déjà onze ans. En attendant, je caresse la chienne de pépé. C’est la seule chose qu’elle comprend, les caresses. Elle se couche sur le dos et elle ferme les yeux. Je lui raconte les choses de ma vie et ça me fait du bien. Elle est bourrée de puces, surtout maintenant que c’est l’été. Les puces, c’est pas grave. Je la prends contre moi. J’ai ses poils dans la bouche. Pour ça, ils ne disent plus rien. Ils ont renoncé.
Un jour, j’ai entendu pépé dire : « Si ça lui fait du bien ! … »
Pépé, il est toujours avec moi. Même quand il ne devrait pas.
Avant, il travaillait dans une usine.
Maintenant, son métier, je ne sais pas ce que c’est mais c’est ce que je veux faire plus tard, quand je serai grand.
Il a trois vaches et puis des poules. Un tracteur. L’été, il moissonne.
Rien que de le voir, j’ai envie de grandir.
Déjà lu du même auteur :
Les déferlantes
Dans l'or du temps
Mon amour ma vie
L'office des vivants
Seule Venise
L’amour est une île
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
"Végétal"
Simple - Marie-Aude Murail (relecture)
École des Loisirs - août 2004 - 210 pages
Prix des lycéens allemands 2006 décerné à Leipzig
Prix Farniente décerné à Charleroi 2006.
Prix littéraire des collégiens de Compiègne 2006.
Prix littérature jeunesse 2006 à Cholet
Prix Ados de la ville de Rennes 2006
Prix Escapages "ados" 2006 (Indre)
Prix Plaisirs de lire 2006 (Yonne).
Quatrième de couverture :
Simple dit «oh, oh, vilain mot» quand Kléber, son frère, jure et peste. Il dit «j'aime personne, ici» quand il n'aime personne, ici. Il sait compter à toute vitesse : 7, 9, 12, B, mille, cent. Il joue avec des Playmobil, et les beaud'hommes cachés dans les téphélones, les réveils et les feux rouges. Il a trois ans et vingt-deux ans. Vingt-deux d'âge civil. Trois d'âge mental. Kléber, lui, est en terminale, il est très très courageux et très très fatigué de s'occuper de Simple.
Simple a un autre ami que son frère. C'est Monsieur Pinpin, un lapin en peluche. Monsieur Pinpin est son allié, à la vie, à la mort. Il va tuer Malicroix, l'institution pour débiles où le père de Simple a voulu l'enfermer, où Simple a failli mourir de chagrin. Monsieur Pinpin, dans ces cas-là, il pète la gueule.
Rien n'est simple, non, dans la vie de Simple et Kléber. Mais le jour où Kléber a l'idée d'habiter en colocation avec des étudiants, trois garçons et une fille, pour sauver Simple de Malicroix, alors là, tout devient compliqué.
Auteur : Marie-Aude Murail est née au Havre en 1954. Elle vit avec son mari et a trois enfants, deux garçons et une fille. Elle a commencé à écrire pour la jeunesse en 1986. Au début, ses romans étaient surtout destinés à des femmes, puis elle s'est mise à écrire pour les jeunes de 7 à 16 ans. Dans ses romans, on peut retrouver énormément de dialogues entre les personnages. Son but est de séduire ses lecteurs grâce à de l'émotion et de l'amour. Le plus souvent, dans ses livres, les histoires se passent dans des milieux urbains et les héros sont des hommes, souvent des ados, motivés par des femmes. Elle a écrit Oh boy (2000), Simple (2004), Maïté coiffure (2004), Miss Charity (2008), Papa et Maman sont dans un bateau (2009).
Mon avis : (relu en mai 2011)
Après avoir vu mardi dernier le téléfilm Simple diffusé sur France 2, j'ai voulu relire le roman de Marie-Aude Murail. J'ai trouvé le téléfilm très réussi, j'y ai bien retrouvé l'esprit du livre, la grande sensibilité de Simple, le courage de Kléber devenu responsable de son grand frère, sans oublier les autres personnages, les colocataires... Il y a bien sûr quelques différences, dans le téléfilm l'histoire se situe à Toulouse, dans le livre à Paris, Kléber entre en 1ère année de médecine pour le téléfilm, il est seulement en terminale dans le livre...
J'ai été ému en voyant le film, de même qu'en relisant le livre. La "différence" y est traité avec simplicité et … humour ! A la suite de la mort de leur mère et du remariage de leur père, Kléber, 17 ans, a la responsabilité de son grand-frère Barnabé, dit Simple, âgée de 22 ans. Simple est handicapé mental, il se défini lui-même comme « i-di-ot ». Il a un âge mental de 3 ans, et le surveiller est un travail à plein temps... Il est inventif pour faire de nombreuses bêtises avec la complicité de son inséparable lapin en peluche, Monsieur Pinpin. Kléber va trouver une colocation, et réussir à convaincre les étudiants de les accepter parmi eux. Simple est terriblement attachant et il a souvent beaucoup de bon sens. Avec sa naïveté, sa bonne humeur,ses réflexions au premier degré mais aussi ses bêtises, il va animer la vie de son frère et des colocataires. Les situations sont tour à tour cocasses et émouvantes. Kléber a toujours aimé son frère tel qu'il est, il assume avec beaucoup de cœur la responsabilité qui lui incombe depuis la mort de sa mère. Au contact de Simple les colocataires vont révéler leurs vraies personnalités et grandir un peu plus.
J'ai pris le même plaisir à relire ce livre qui nous fait réfléchir sur la différence et le handicap.

Un téléfilm Simple réalisé par Ivan Calbérac et inspiré de l'oeuvre de Marie-Aude Murail a été diffusé le 3/05/2011 sur France 2.
Les acteurs : Bastien Bouillon pour interpréter Simple, Julien Drion dans le rôle de Kléber mais aussi Michel Aumont , Valentine Catzeflis , Esteban Carvajal-Algeria , Jeremie Elkaim , Francois Civil , Morgane Cabot , Shemss Audat , Martine Costes-Souyris et Patricia Karim .
Extrait : (début du livre)
Kléber jeta un regard oblique à son frère. Simple imitait le bruit des portes du métro à mi-vois : "Piiiii ...clap."
Un homme monta à la station et s'assit à côté de Kléber. Il tenait en laisse un berger allemand. Simple se trémoussa sur la banquette.
- Il a un chien, dit-il.
Le propriétaire du berger dévisagea celui qui venait de parler. C'était un jeune homme aux yeux clairs écarquillés.
- Il a un chien, le monsieur, répéta-t-il, de plus en plus agité.
- Tu crois je peux le caresser ? dit Simple en avançant la main vers le chien ?
- Non, aboya Kléber.
L'homme regarda l'un après l'autre les deux frères comme pour évaluer la situation.
- Moi j'ai un lapin, lui dit le jeune homme aux yeux clairs.
- Mais ne parle pas aux gens que tu ne connais pas, gronda Kléber.
Puis il se décida et se tourna vers l'homme au chien :
- Excusez-le, monsieur, c'est un débile mental.
- Un i-di-ot, rectifia l'autre en détachant les syllabes.
L'homme se leva et, sans un mot, tira sur la laisse de son chien. Il descendit à la station suivante.
- Connard, maugréa Kléber.
- Oh, oh, vilain mot, dit son frère.
Kléber eut un soupir mélancolique et jeta un coup d'oeil sur la vitre. Il y vit se refléter sa bonne gueule d'intello aux fines lunettes cerclées. Rasséréné, il se cala au fond de la banquette et consulta sa montre. Simple, qui épiait chacun de ses gestes, tira sur les manches de son sweat et examina ses poignets d'un air critique.
- Moi, j'en ai pas de montre.
- Tu sais très bien pourquoi. Merde, c'est là !
- Oh, oh, vilain mot.
Kléber se dirigea vers la sortie mais se retourna au moment de descendre. Simple, qui l'avait d'abord suivi, s'était arrêté.
- Mais vite ! cria Kléber.
- Elle veut me couper !
Kléber l'attrapa par la manche de son sweat et le tira vers le quai. La porte automatique se referma derrière eux. Clap.
- Elle m'a pas eu !
Kléber le reprit par la manche et le traîna vers un escalier.
- Pourquoi j'ai pas de montre ?
- Tu l'as cassée pour voir s'il y avait un bonhomme dedans, tu te rappelles ?
- Il y avait un bonhomme dedans ?
- Non ! Rugit Simple avec le même contentement.
Il pila si brusquement devant l'escalator que deux personnes derrière lui se télescopèrent. Elles protestèrent :
- Mais enfin, faites attention !
Kléber tira une nouvelle fois son frère par la manche pour l'obliger à monter sur l'escalier mécanique. Simple commença par regarder ses pieds avec effroi en les soulevant. Puis, rassuré sur leur sort, il releva la tête.
- T'as vu ? dit-il une fois tout en haut. J'ai même pas peur. Pourquoi y a pas de beaud'homme dedans ?
Déjà lu du même auteur :
Simple
Papa et Maman sont dans un bateau
Miss Charity
Le fille du docteur Baudoin
Assassin ! - Béatrice Nicodème

Mango Jeunesse – 2009 – 276 pages
Mango Jeunesse – janvier 2011 – 285 pages
Concours au Prix des Incorruptibles 5ème/4ème
Quatrième de couverture :
Pour Damien, l’année scolaire commence mal. L’arrivée d’Alexandre ravive en lui un souvenir dramatique : sept ans auparavant, sa propre négligence a provoqué la mort d'un de ses amis. Au même moment, une série de messages anonymes l'accuse d'être un assassin, puis on lui réclame une forte somme d'argent. Ses soupçons se portent sur Alexandre. Mais ce garçon timide peut-il être coupable ? Et si ce n'est lui, qui s'acharne sur Damien ?
Auteur : Béatrice Nicodème est tombée dans le roman policier à douze ans lorsqu’elle a découvert Le Chien des Baskerville. Elle a attendu ensuite presque trente ans pour oser se lancer, mais ne s’est pas arrêtée depuis. Elle aime les romans parce qu’ils sont souvent plus palpitants que la réalité, les romans policiers à cause du mystère, les romans historiques pour voyager dans le temps. Elle aime lire et écrire parce que cela repousse l’horizon. Elle écrit pour tous ceux qui partagent sa passion, qu’ils aient sept, dix-sept, cinquante-sept ou cent sept ans.
Mon avis : (lu en février 2011)
Livre lu par mon fils dans le cadre du Prix des Incorruptibles 5ème/4ème et qu'il m'a proposé de lire... C'est un roman policier actuel, le héros de l'histoire est Damien, c'est un lycéen d'aujourd'hui. Il s'est brouillé avec Florian son meilleur copain pour une histoire de fille et un ancien camarade Alexandre qui lui rappelle de mauvais souvenirs est revenu au lycée. Et Damien commence à recevoir des messages anonymes, il a un secret et se sent coupable malheureusement pour lui, pour résoudre seul ses problèmes il va se mettre à mentir... Je m'arrête là pour ne pas en dévoiler plus...
Une intrigue bien construite, des rebondissements, du rythme, de chapitre en chapitre, le lecteur a envie de continuer à lire pour connaître le dénouement. Mais au cours de ma lecture, j'ai trouvé que l'accumulation des difficultés dans lequel Damien se retrouve suite à ses mensonges, rend l'histoire de moins en moins crédible...
J'ai cependant lu ce livre avec plaisir, et mon fils l'a bien aimé même si ce n'est pas son préféré dans la sélection du Prix des Incorruptibles.
Extrait : (début du livre)
- Cent cinquante euros, c'est quand même pas la lune ! Répéta Damien pour la troisième fois.
Planté devant l'étagère à épices, son père restait imperturbable.
- Curry, murmura-t-il finalement en s'emparant d'un flacon.
Il saupoudra les oignons qui doraient doucement dans la poêle, les fit revenir quelques instants et incorpora le tout à la purée de pommes de terre maintenue au chaud dans le four.
- Sers-toi, dit-il en posant le plat sur la table. Pour certaines personnes, ça représente deux jours de travail.
- Deux jours pour préparer une purée de patates, c'est dingue ! s'esclaffa Damien.
L'insolence était le dernier recours pour ne pas perdre la face.
Sans sourciller, son père se servit à son tour et commença à manger en silence.
- Ton lecteur CD ne te suffit plus ? Demanda-t-il enfin.
- Il est à moitié naze. Et Florian peut me prêter des cours d'anglais en MP3.
Son père faillit s'étouffer.
- Tu veux me faire avaler ça ? Et à quel moment comptes-tu les écouter, ces cours d'anglais ? Au café avec tes copains ou pendant tes séances de musculation ? J'ai une meilleure idée : utilise notre bonne vieille chaîne, ce sera tout aussi efficace.
- J'aurai jamais le temps. Par contre, c'est tout à fait le genre de choses qu'on peut faire pendant le jogging. A condition d'avoir un baladeur MP3.
- Eh bien retire de l'argent de ton compte bancaire ! Tu as raison, cent cinquante euros ce n'est pas la lune. Et puis, c'est à ce genre d'achats que servent les jobs d'été, non ?
- Pas question que je touche à l'argent que j'ai gagné cet été ! protesta Damien. Je le garde pour mes leçons de conduite.
- Tu n'auras dix-huit ans que dans deux ans. D'ici là...
- D'ici là, rien ne m'empêche de prendre des leçons.
- Rien, en effet. Mais je t'ai averti, Damien, je ne veux pas entendre parler de conduite accompagnée. On n'a pas de quoi remplacer notre voiture si tu la bousilles.
- La confiance règne !
Omakayas – Louise Erdrich
École des Loisirs – mars 2002 – 203 pages
traduit de l'anglais (États-Unis) par Frédérique Pressmann
Quatrième de couverture :
En langue Anishinabeg, Omakayas signifie Petite Grenouille. C'est le nom qu'on lui a donné parce que son premier pas a été un saut. Tout a un sens pour ce peuple Amérindien des grandes forêts du Nord. Au début de cette histoire, Omakayas n'a que huit ans, elle est joyeuse et insouciante, il lui manque deux dents de devant. Elle vit avec son père, sa mère, sa grand-mère fumeuse de pipe, et ses trois frères et soeurs sur l'île de Moningwanaykaning, l'île du Pic à poitrine d'or, sur le lac Supérieur. Son seul gros problème, c'est son frère Petit Pinçon. Elle le trouve insupportable. Il l'énerve, à brailler tout le temps, à mentir, à casser ses jouets, à l'empêcher de réfléchir. Elle ne sait pas encore que trois saisons plus tard, sa vie aura changé. Les esprits lui auront parlé et donné leurs pouvoirs, une corneille mystérieuse se sera laissée apprivoisée, une maladie terrible aura été apportée par les Chimookomanug, les Blancs, et c'est à elle, Omakayas, qu'il incombera de sauver sa famille. Y compris Petit Pinçon.
Auteur : Karen Louis Erdrich est née le 7 juillet 1954 à Little Falls, dans le Minnesota, d'une mère ojibura (famille des Chippewa), donc amérindienne, et d'un père germano-américain. Elle grandit dans le Dakota du Nord, aux États-Unis, où ses parents travaillaient au Bureau des Affaires Indiennes.
Louise Erdrich est, avec Sherman Alexie, l'une des grandes voix de la nouvelle littérature indienne d'outre-Atlantique. Si elle écrit, c'est pour réinventer la mémoire déchirée de ces communautés qui, aux confins des Etats-Unis, vivent sur les décombres d'un passé mythique.
Mon avis : (lu en février 2011)
Ayant déjà lu deux livres de Louise Erdrich que j'avais bien aimé, lorsque j'ai vu celui-ci sur le présentoir de la bibliothèque côté adulte, je n'ai pas hésité à l'emprunter. Je me suis aperçu plus tard que c'était un livre pour jeunes lecteurs, mais il se lit vraiment très bien pour un adulte.
Il nous raconte l'histoire d'Omakayas petite fille de huit ans qui vit avec sa famille sur l'île de Moningwanaykaning (" Pic à Poitrine d'or "), sur le Lac Supérieur. Elle participe aux travaux quotidiens de la famille, elle écoute les sages conseils de sa grand-mère, elle est très admirative de sa grande soeur Angeline, elle adore son petit frère encore bébé Neewo mais elle trouve son frère Petit Pinçon vraiment insupportable ! Au début de l'histoire, c'est l'été, Omakayas va apprivoiser une corneille Andeg et au fil de l'histoire elle découvre sa proximité particulière avec les animaux.
C'est un livre passionnant, il nous fait découvrir les Indiens Anishinabeg, originaire des régions des grandes forêts du Nord de l'Amérique, avec leur façon de vivre et leur mode de pensées très différents des nôtres. La nature et les saisons sont au centre de la vie de ces Amérindiens. Cette histoire est pleine de poésie.
A la fin du livre un glossaire complète bien notre découverte de ce peuple Indiens.
Extrait : (page 13)
NEEBIN (L'ÉTÉ)
LA PETITE MAISON DE BOULEAU
On l'appelait Omakayas, ou Petite Grenouille, parce que son premier pas avait été un saut. C'était une petite fille alerte de sept hivers, une fille réfléchie aux yeux bruns et brillants, et au grand sourire, auquel il ne manquait que les deux dents de devant. Elle toucha sa lèvre supérieure. Elle ne s'était pas encore habituée à ce trou dans sa bouche et avait hâte que de nouvelles dents d'adulte viennent compléter son sourire. Fidèle à son nom, Omakayas observa un long moment l'étendue marécageuse qui scintillait à ses pieds, prit son élan et sauta. Un monticule. Sauvée. Omakayas bondit de nouveau. Cette fois, elle atterrit en haut, tout en haut d'une vieille souche pointue. Elle demeura en équilibre et regarda autour d'elle. L'eau du lagon dessinait des croissants chatoyants. D'épaisses touffes d'herbes ondoyaient. Les tortues de vase faisaient la sieste au soleil. Le monde était si calme qu'Omakayas s'entendait cligner des yeux. A peine le chant doux et solitaire d'un bruant à gorge blanche qui perçait la fraîcheur des bois qui les entouraient.
Tout d'un coup, Grand-mère s'exclama :
- Je l'ai trouvé !
Cela fit sursauter Omakayas, qui glissa, fit de grands moulinets avec les bras, tituba mais parvint à retrouver l'équilibre. Deux grands bonds, un petit saut et la voilà sur la terre ferme. Posant les pieds sur les feuilles et la mousse gorgées d'eau, elle pénétra dans les bois où les chants des moineaux en train d'installer leurs nids se relayaient en canons délicats.
- Où es-tu ? appela Nokomis de nouveau. J'ai trouvé l'arbre !
- J'arrive, répondit Omakayas à sa grand-mère.
On était au printemps et il était temps de couper l'écorce du bouleau.
Challenge 100 ans de littérature américaine 2011
Déjà lu du même auteur :
La Chorale des maîtres bouchers
La malédiction des colombes
Entre chiens et loups : tome 1 – Malorie Blackman
Milan – septembre 2005 - 397 pages
traduit de l'anglais par Amélie Sarn
Quatrième de couverture :
Callum m'a regardée. Je ne savais pas, avant cela, à quel point un regard pouvait être physique. Callum m'a caressé les joues, puis sa main a touché mes lèvres et mon nez et mon front. J'ai fermé les yeux et je l'ai senti effleurer mes paupières. Puis ses lèvres ont pris le relais et ont à leur tour exploré mon visage. Nous allions faire durer ce moment. Le faire durer une éternité. Callum avait raison : nous étions ici et maintenant. C'était tout ce qui comptait. Je me suis laissée aller, prête à suivre Callum partout où il voudrait m'emmener. Au paradis. Ou en enfer.
Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s'affrontent à coup de lois racistes et de bombes. C'est un monde où Callum et Sephy n'ont pas le droit de s'aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d'un rebelle clandestin... Et s'ils changeaient ce monde ?
Auteur : Malorie Blackman est née à Londres en 1962. Après avoir travaillé comme programmatrice informatique, Malorie Blackman se met à écrire pour les enfants et les adolescents. Son premier livre, Not So Stupid, un recueil de nouvelles est publié en 1990. Malorie Blackman devient une auteur à plein temps suite au succès recueilli par son premier roman Hacher qui sort en 1994 et qui est couronné par de nombreux prix. Depuis, cet auteur majeur de littérature jeunesse en Angleterre a signé 50 ouvrages. Auteur à succès, certains de ses livres sont des best-sellers en Angleterre.
Mon avis : (lu en janvier 2011)
C'est à l'occasion du Baby-Challenge Contemporain 2011 organisé par Livraddict, que j'ai décidé de lire ce livre. Je l'ai réservé à la bibliothèque et vu son succès, j'ai attendu quelques mois avant de l'obtenir...
Ce livre est à la fois une fiction politique et une belle histoire d'amour nous rappelant Roméo et Juliette. Son originalité est le monde inventé par Malorie Blackman, une société divisée entre les Primas : les hommes et les femmes de peau noire, les dominants, et Nihils : les blancs, les plus pauvres.
Sephy est Prima, son père est ministre, et Callum est Nihil, ils ont grandi côte à côte la maman de Callum étant la nourrice de Sephy. Il y a trois ans, la maman de Callum a été renvoyée, malgré cela Sephy et Callum ont continué à se voir. Le livre commence à la veille de la rentrée, Callum fait parti des quatre Nihil qui ont réussi l'examen pour entrer au lycée Prima. Ils se réjouissent l'un et l'autre de se retrouver pour faire ensemble leurs études.
Tour à tour, Sephy et de Callum sont les narrateurs, ils découvrent que leur amitié est difficile à faire accepter par les autres. Callum et Sephy sont des personnages vraiment attachants, ils ont des vies de familles très différentes et pourtant leur amitié puis leur amour est plus forte que tout.
C'est un roman très réussi qui parle de racisme, de tolérance, de justice et d'injustice, d'amour et de haine.
Ce très bon livre est le premier d'une série, les tomes suivant sont « La couleur de la haine », « Le choix d'aimer » et « Le retour de l'aube ».
Extrait : (début du livre)
Meggie McGrégor s'essuyait les yeux.
- Ah vraiment, madame Hadley, votre sens de l'humour me tuera !
Jasmine Hadley s'autorisa un gloussement. Elle riait rarement.
- Meggie, je suis si contente que nous nous entendions, vous et moi.
Le sourire de Meggie McGrégor perdit de sa vivacité. Imperceptiblement. Elle regarda Callum et Sephy qui jouaient sur la grande pelouse. Son fils et la fille de sa patronne. Eux s'entendaient réellement bien. Aucune barrière ne se dressait entre les deux enfants. Du moins, pas encore. C'était le début de l'été. Le ciel était clair et lumineux, sans un nuage. Chez les Hadley, en tout cas.
- Excusez-moi, madame Hadley.
Sarah Pike, la secrétaire, s'était approchée. Elle avait des cheveux mi-longs, blond paille, et de timide yeux verts qui affichaient un étonnement permanent.
- Excusez-moi de vous déranger, mais votre mari vient juste d'arriver. Il est dans son bureau.
- Kamal est là ? s'étonna Mme Hadley. Merci Sarah.
Elle se tourna vers Meggie.
- Sa quatrième visite à la maison en trois mois ! C'est un honneur !
Meggie lui adressa un sourire de sympathie et ne fit aucun commentaire. Elle voulait à tout prix éviter de se mêler des innombrables querelles entre Kamal Hadley et sa femme.
Mme Hadley se leva et se dirigea vers la maison.
- Sarah...
Meggie parlait à voix basse.
- Comment était M. Hadley ? Plutôt de bonne humeur ?
Sarah secoua la tête.
- Non. Il avait l'air sur le point d'exploser.
- Pourquoi ?
- Je n'en sais rien.
Meggie digéra la nouvelle en silence.
Lu dans le cadre du Challenge Voisins, voisines
Grande-Bretagne
Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
"Animal"
Lu dans le cadre du Baby Challenge Contemporain 2011
Baby Challenge - Contemporain Livraddict :
11/20 déjà lus Médaille en chocolat


















