02 mars 2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn - Ben Fountain

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fin_de_mi_temps_pour_le_soldat_Billy_Lynn Albin Michel - janvier 2013 - 402 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Michel Lederer

Titre original : Billy Lynn's long halftime walk, 2012

National Book Critics Circle Award 2013

Quatrième de couverture :
Un accrochage avec des insurgés irakiens, trois minutes quarante trois de pure violence filmées par Fox News, désormais en boucle sur YouTube, et les huit survivants de la compagnie Bravo deviennent du jour au lendemain les enfants chéris de l’Amérique. Les stars de la « Tournée de la Victoire », montée pour ranimer la flamme du soutien à la guerre, qui doit se clôturer par leur présence à la mi-temps du grand match de football de Thanksgiving à Dallas, aux côtés d’un célébrissime groupe pop.
Mais rien ne va se dérouler comme prévu. Perdu entre les richissimes propriétaires et les joueurs du club des Cowboys, les sponsors, un vieux producteur hollywoodien et une pulpeuse pom-pom girl évangéliste, Billy Lynn, dix-neuf ans, héros malgré lui, ne pense, comme ses frères d’armes, qu’à une seule chose : profiter au maximum de ses derniers jours de permission. Repartira-t-il pour l’Irak laissant derrière lui ses illusions et son innocence.
Un livre ravageur sur le monde d’aujourd’hui : le Catch 22 de la guerre d’Irak.

Auteur : Ben Fountain s'est fait connaître avec son premier livre, Brèves rencontres avec Che Guevara (2008), un recueil de nouvelles couronné par le Prix PEN/Hemingway et salué par la presse aux Etats-Unis comme en France.
Publié aux Etats-Unis en mai 2012, Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn a reçu un accueil enthousiaste de la critique et figure en bonne place dans les listes de prix. Les droits cinéma du roman ont été cédés.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Huit soldats d'une compagnie ayant survécu à une attaque près de Bagdad et l'embuscade été filmé par la télévision américaine sont de retour aux États-Unis. Ils sont devenus brutalement les héros de l'Amérique et participent malgré eux à la « Tournée de la Victoire » à travers le pays. Ils sont censés donner envie à la population de soutenir la guerre.
Le livre commence sur la dernière journée de cette « Tournée de la Victoire ». C'est jour de Thanksgiving et la compagnie Bravo sera présentés à tous au Texas Stadium de Dallas, pendant la mi-temps du match de football américain entre les Cowboys et les Bears. Ils participeront à un show en compagnie des pom pom girls et de Beyoncé... Rien que ce programme est surréaliste !
Au début, j'ai eu un peu de mal à apprécier ce livre, le style m'a dérouté. Ensuite je m'y suis habituée et j'ai trouvé ce livre beaucoup plus profond qu'il n'en a l'air... L'auteur dénonce l'égoïsme, le cynisme, l'hypocrisie du patriote américain... Durant cette journée il se passe beaucoup de choses dans ce stade... Entre les spectateurs, les footballeurs, les dirigeants, les organisateurs de la manifestation, les sponsors et bien sûr les huit soldats, c'est toute l'Amérique qui est représentée.
Ben Fountain s'attache plus particulièrement à Billy Lynn, 19 ans, devenu soldat pour éviter la prison après avoir démoli une voiture. Durant cette journée, tout en profitant au maximum du moment festif, Billy pense à la guerre et à Shroom, l'un de ses compagnons mort lors de l'attaque. Il doute sur le bienfondé de cette guerre, sur l'accueil sur-médiatisé qu'il leurs est fait...
Ce livre révèle le vrai décalage qu'il y a entre la population américaine, sa vision de la guerre, des soldats patriotes... et les soldats eux-même qui reviennent du front, qui ont été confrontés réellement à la guerre, qui ont vu la mort de près et qui s'apprêtent à retourner en Irak. Sont-ils vraiment des stars ? Ne les utilise-t-on pas simplement pour faire de la propagande politique ?

Merci à Babelio et aux éditions Albin Michel pour cette belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Les hommes de Bravo n'ont pas froid. C'est une journée de Thanksgiving fraîche et venteuse, et la météo annonce de la neige fondue et de la pluie glacée pour la fin de l'après-midi, mais les Bravo se sont bien réchauffés à coups de Jack Daniel's-Coca grâce à la lenteur légendaire de la circulation lors d'une journée de match et grâce au minibar de la limousine. Cinq verres en quarante minutes, c'est sans doute un peu beaucoup, mais Billy a besoin de se remettre les idées en place après le hall de l'hôtel où des bandes de citoyens reconnaissants shootés à la caféine ont fait du trampoline sur sa gueule de bois. Un homme surtout s'est attaché à lui, une espèce de minet pâle et spongieux engoncé dans un jean amidonné et des bottes de cow-boy tape-à-l'oeil. «J'ai pas fait mon service, lui a confié le type, se balançant sur les talons et agitant un gobelet géant Star-bucks, mais mon grand-père était à Pearl Harbor, et il m'a raconté toute l'histoire», après quoi, il s'est embarqué dans un discours décousu sur la guerre, Dieu et la nation, tandis que Billy laissait courir, laissait les mots tourbillonner et se télescoper dans son cerveau

                                                                terrRiste
                                                                                                   liberté
                           mal
                                                                                                         onzeseptembre 
                                                                           onzeseptembre
                                    onzeseptembre
           troupes
                                                                    courrraje 
                                                                                                 soutien
                               sacrifice
                                                                           Bush
                                                                                                                         valeurs
                     Dieu

Manque de pot, Billy va se payer le siège en bordure d'allée au Texas Stadium, et donc se taper ce genre de rencontres pendant la majeure partie de l'après-midi. Il a la nuque raide. Il a mal dormi cette nuit. Chacun des cinq Jack-Coca l'a enfoncé plus profondément dans le trou, mais la vue de la longue limousine garée devant l'hôtel, le paquebot Hummer d'un blanc de neige muni de six portières de chaque côté et de vitres teintées, a éveillé en lui des désirs fiévreux. «Qu'est-ce que j'avais dit !» a hurlé le sergent Dime en cognant sur le minibar, et tous de s'extasier devant le superbe aménagement intérieur, mais une fois l'espoir de guérison rapide envolé, Billy s'est abîmé dans une noire déprime.
«Billy, dit Dime. Tu décroches.
- Non, sergent, répond aussitôt Billy. Je pensais juste aux pom-pom girls des Dallas Cowboys.
- Brave garçon.» Puis, levant son verre, sans s'adresser à personne en particulier, le sergent reprend sur le ton de la conversation : «Le commandant Mac est gay.»
Holliday pousse un cri. «Merde, Dime, il est assis à côté de nous !»
Et en effet, le commandant McLaurin, installé sur la banquette arrière, regarde Dime en manifestant toute l'émotion d'un flétan sur un lit de glace.

Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

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40/50 :  Texas

 

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01 mars 2013

Le Roi n'a pas sommeil - Cécile Coulon

 Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
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Le mot : ROI

le_roi_n_a_pas_sommeil Viviane Hamy - janvier 2012 - 143 pages

Quatrième de couverture :
« Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras lui avait passé les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise. »

Tout est là : le mutisme, le poids des regards, l'irrémédiable du destin d'un enfant sage, devenu trop taciturne et ombrageux. Thomas Hogan aura pourtant tout fait pour exorciser ses démons - les mêmes qui torturaient déjà son père.
Quand a-t-il basculé ? Lorsque Paul l'a trahi pour rejoindre la bande de Calvin ? Lorsqu'il a découvert le Blue Budd, le poker et l'alcool de poire ? Lorsque Donna l'a entraîné naïvement derrière la scierie maudite ?
La sobriété du style de Cécile Coulon - où explosent soudain les métaphores - magnifie l'âpreté des jours, communique une sensation de paix, de beauté indomptable, d'indicible mélancolie.
Méfiez-vous des enfants sages, écrit par une jeune fille de vingt ans, avait plus qu'impressionné les lecteurs. Ils seront éblouis par Le Roi n'a pas sommeil.

Auteur : Cécile Coulon est née en 1990. Elle poursuit ses études de Lettres Modernes à Clermont-Ferrand. À dix-sept ans, elle publie un premier roman (inspiré de L’ Éducation sentimentale de Flaubert), Le Voleur de vie, puis un recueil de nouvelles Sauvages. Outre Steinbeck, Maupin, Bret Easton Ellis, Proust, elle est passionnée de cinéma (Pasolini, La Nuit du chasseur, The Big Lebowski, L’Année dernière à Marienbad, etc ...) et de musique (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Ramones).

Mon avis : (lu en février 2013)
J'avais entendu de ce livre à sa sortie, lorsque la jeune auteur avait été invitée à La Grande Librairie, j'avais noté le titre de son livre dans ma LAL et le rendez-vous Un mot des titres est l'occasion toute trouvé pour le découvrir.
Nous sommes dans les États-Unis des années 30, dans une région forestière et rurale. Le livre s'ouvre sur l'issue sombre de l'histoire avec l'arrestation de Thomas Hogan et la douleur de sa mère. L'auteur revient alors sur la genèse du récit.
Thomas Hogan est le fils de Mary et William. Contrairement à son père qui est une force de la nature, c'est un jeune enfant frêle et fragile. William est autoritaire et bourru, il meurt assez jeune à la suite d'un accident de travail. Thomas va alors grandir seul avec sa mère, enfant timide et sage, à l'adolescence il est mal dans sa peau, une révolte gronde en lui...
Un récit sombre, une très belle écriture et un livre plutôt sympathique.

Extrait : (début du livre)
Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on ne parlait pas le dimanche après le match, autour d'une bière fraîche, cette sensation que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies sous les draps, ce poids, cette horreur planquée derrière chaque phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda, tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les familles, les écoliers, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait ressenti quand le flic aux cheveux gras était venu lui passer les bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait giclé sur la manche de sa chemise.

Ce type, uniforme neuf et godasses de mirliton, ne souriait pas. Il portait les deux boucles de métal pendues à sa ceinture comme des boules de Noël à la branche d'un sapin. Thomas n'était qu'une fripouille de plus, une espèce de charognard qu'il aurait fallu tuer dans l'oeuf.
Bingo. Je vais l'envoyer dans un endroit où tu pourras tâter des barres de fer toute la sainte journée. Tu dois payer. Crois-moi, si j'en avais eu l'occasion, je t'aurais dérouillé depuis longtemps.

Personne n'a jamais su.

Quand la mère de Thomas s'est précipitée hors de chez elle, sa robe à moitié défaite, ils n'ont pas vraiment compris.
Elle a crié plus fort que les sirènes de toutes les casernes de la région. Le vieux Puppa, assis sur son fauteuil délabré, n'a pas bougé d'un pouce ; ses yeux sont restés clos, sa bouche émettait de drôles de grincements : les gonds d'une porte de saloon. Puppa connaissait Mary depuis sa plus tendre enfance. Ils avaient joué au billard, trouvé des planques pour fumer leurs premières cigarettes, mangé des hamburgers avec les autres poulettes de la ville.
Ils s'étaient frottés les uns contre les autres sur des couvertures qui sentaient le sapin et le whisky frelaté.
Elle criait à la manière d'un poulain qu'on égorge. Quand sa voix s'était muée en un hennissement de désespoir, les souvenirs du vieillard avaient surgi d'un coup d'un seul. Ils chuchotaient, bourdonnaient en lui telles des abeilles autour d'un pissenlit. Tandis que Mary perdait les pédales au milieu de la rue principale, Puppa s'était rendu compte qu'il ne savait pas pourquoi Thomas avait pris le mauvais tournant au moment où tout lui souriait. Il n'y avait aucune raison, se disait-il, pour que cette histoire se termine ainsi.

 

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28 février 2013

Heureux les heureux - Yasmina Reza

Lu dans le cadre du Prix Relay des Voyageurs 
Sélection mars

heureux_les_heureux Flammarion - janvier 2013 - 220 pages

Quatrième de couverture :
Dans le 95, qui va de la place Clichy à la porte de Vanves, je me suis souvenue de ce qui m'avait enchaînée à Igor Lorrain. Non pas l'amour, ou n'importe lequel des noms qu'on donne au sentiment, mais la sauvagerie. Il s'est penché et il a dit, tu me reconnais ? J'ai dit, oui et non. Il a souri. Je me suis souvenue aussi qu'autrefois je n'arrivais jamais à lui répondre avec netteté. – Tu t'appelles toujours Hélène Barnèche ? – Oui. – Tu es toujours mariée avec Raoul Barnèche ? – Oui. J'aurais voulu faire une phrase plus longue, mais je n'étais pas capable de le tutoyer. Il avait des cheveux longs poivre et sel, mis en arrière d'une curieuse façon, et un cou empâté. Dans ses yeux, je retrouvais la graine de folie sombre qui m'avait aspirée. Je me suis passée en revue mentalement. Ma coiffure, ma robe et mon gilet, mes mains. Il s'est penché encore pour dire, tu es heureuse ?J'ai dit, oui, et j'ai pensé, quel culot. Il a hoché la tête et pris un petit air attendri, tu es heureuse, bravo.

Auteur : Fille d'un ingénieur russe d'origine iranienne et d'une violoniste hongroise, Yasmina Reza, née en 1959 à Paris, a étudié le théâtre et la sociologie à Nanterre. En 1994, elle acquiert une notoriété internationale avec sa pièce Art. Les suivantes ont également été adaptées en quelque trente-cinq langues et produites dans les salles les plus prestigieuses du monde entier. Son récit de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, L'Aube le soir ou la nuit, est devenu un best-seller, et son oeuvre littéraire compte aussi HammerklavierUne désolation, ou encore Dans la luge d'Arthur Schopenhauer

Mon avis : (lu en février 2013)
C'est la première fois que je lis cette auteur même si je la connaissais de nom et que je l'ai déjà vu ou entendu dans des émissions littéraires.
Une vingtaine de chapitres, autant de monologues et de narrateurs... Et chacun des personnages croise à un moment les autres personnages.
Au début, j'ai trouvé assez déstabilisant ce livre car je ne voyais aucun lien entre les premiers chapitres, puis j'ai compris le principe des vies qui se croisent.
J'ai fini par prendre une feuille de papier et noter au fur et à mesure les noms des personnages rencontrés car je commençais à m'y perdre un peu... 
Un très beau titre, plein d'espoir, qui promet beaucoup et pourtant j'ai été déçue car les différentes histoires narrent des moments ordinaires de la vie, naissance, mort, tromperie, solitude, attente dans une salle d'attente, courses dans un supermarché... Et cela ne transpire pas vraiment le bonheur... Cela ce lit pourtant très bien, l'écriture est très belle. L'idée de ce récit choral est originale mais le fond ne m'a pas emportée.

Extrait : (page 20) 
A l'époque lointaine de mon mariage, dans l'hôtel où nous allions l'été en famille, il y avait une femme qu'on voyait chaque année. Enjouée, élégante, les cheveux gris taillés à la sportive. Omniprésente, elle allait de groupe en groupe et dînait chaque soir à des tables différentes. Souvent, en fin d'après-midi, on la voyait assise avec un livre. Elle se mettait dans un angle du salon afin de conserver un oeil sur les allées et venues. Au moindre visage familier, elle s'illuminait et agitait son livre comme un mouchoir. Un jour elle est arrivée avec une grande femme brune en jupe plissée vaporeuse. Elles ne se quittaient pas. Elles déjeunaient devant le lac, jouaient au tennis, jouaient aux cartes. J'ai demandé qui était cette femme et on m'a dit une dame de compagnie. J'ai accepté le mot comme on accepte un mot ordinaire, un mot sans signification particulière. Chaque année à la même époque, elles apparaissaient et je me disais, voilà madame Compain et sa dame de compagnie. Ensuite il y a eu un chien, tenu en laisse par l'une ou l'autre, mais il appartenait visiblement à madame Compain. On les voyait s'en aller le matin tous les trois, le chien les tirait en avant, elles essayaient de le contenir en modulant son nom sur tous les tons, sans aucun succès. En février, cet hiver, donc bien des années plus tard, je suis partie à la montagne avec mon fils déjà grand. Lui fait du ski bien sûr, avec ses amis, moi je marche. J'aime la marche, j'aime la forêt et le silence. A l'hôtel, on m'indiquait des promenades mais je n'osais pas les faire parce qu'elles étaient trop éloignées. On ne peut pas être seule trop loin dans la montagne et dans la neige. J'ai pensé, en riant, que je devrais mettre une annonce à la réception, femme seule cherche quelqu'un d'agréable avec qui marcher. Aussitôt je me suis souvenue de madame Compain et de sa dame de compagnie, et j'ai compris ce que voulait dire dame de compagnie. J'ai été effrayée de cette compréhension, parce que madame Compain m'avait toujours fait l'effet d'une femme un peu perdue. Même quand elle riait avec les gens. Et peut-être, quand j'y pense, surtout quand elle riait et s'habillait pour le soir. Je me suis tournée vers mon père, c'est-à-dire j'ai levé les yeux au ciel et j'ai murmuré, papa, je ne peux pas devenir une madame Compain ! Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas adressée à mon père. Depuis que mon père est mort, je lui demande d'intervenir dans ma vie. Je regarde le ciel et lui parle à voix secrète et véhémente. C'est le seul être à qui je peux m'adresser quand je me sens impuissante. En dehors de lui, je ne connais personne qui ferait attention à moi dans l'au-delà. Il ne me vient jamais à l'idée de parler à Dieu. J'ai toujours considéré qu'on ne pouvait pas déranger Dieu. On ne peut pas lui parler directement. Il n'a pas le temps de s'intéresser à des cas particuliers. Ou alors à des cas exceptionnellement graves. Dans l'échelle des implorations, les miennes sont pour ainsi dire ridicules. J'éprouve le même sentiment que mon amie Pauline quand elle a retrouvé un collier, hérité de sa propre mère, perdu dans des herbes hautes. En passant par un village, son mari a arrêté la voiture pour se précipiter dans l'église. La porte était fermée, il s'est mis à secouer le loquet de façon frénétique. Mais qu'est-ce que tu fais ? - Je veux remercier Dieu, il a répondu. - Dieu s'en fout ! - Je veux remercier la Sainte Vierge - Ecoute Hervé, si Dieu il y a, si Sainte Vierge il y a, tu crois qu'au vu de l'univers, des malheurs terriens et de tout ce qui s'y passe, mon collier leur importe ? !... Donc j'invoque mon père qui me semble plus atteignable. Je lui demande des services bien définis. Peut-être parce que les circonstances me font désirer des choses précises, mais aussi, souterrainement, pour mesurer ses capacités. C'est toujours le même appel à l'aide. Une supplique pour le mouvement. Mais mon père est nul. Il ne m'entend pas ou ne possède aucun pouvoir. Je trouve lamentable que les morts n'aient aucun pouvoir. Je désapprouve cette partition radicale des mondes. De temps en temps, je lui accorde un savoir prophétique. Je pense : il n'accède pas à tes demandes car il sait qu'elles ne vont pas dans le sens de ton bien. Ça m'énerve, j'ai envie de dire de quoi tu te mêles, mais au moins je peux considérer sa non-intervention comme un acte délibéré. C'est ce qu'il a fait avec Jean-Gabriel Vigarello, le dernier homme dont je me suis éprise. Jean-Gabriel Vigarello est un de mes collègues, professeur de mathématiques au lycée Camille-Saint-Saëns, où je suis moi-même professeur d'espagnol. Avec le recul, je me dis que mon père n'a pas eu tort. Mais le recul, c'est quoi ? C'est la vieillesse. Les valeurs célestes de mon père m'exaspèrent, elles sont très bourgeoises si on réfléchit. De son vivant, il croyait aux astres, aux maisons hantées et à toutes sortes de babioles ésotériques. Mon frère Ernest, qui a pourtant fait de sa mécréance un motif de vanité, lui ressemble chaque jour un peu plus. Récemment, je l'ai entendu reprendre à son compte "les astres inclinent et ne prédestinent pas". Mon père raffolait de la formule, je l'avais oublié, il y ajoutait de façon quasi menaçante le nom de Ptolémée. J'ai pensé, si les astres ne prédestinent pas, que pouvais-tu savoir papa de l'avenir immanent ? Je me suis intéressée à Jean-Gabriel Vigarello le jour où j'ai remarqué ses yeux. Ce n'était pas facile de les remarquer étant donné sa coiffure, des cheveux longs, anéantissant le front, une coiffure à la fois laide et impossible pour quelqu'un de son âge. J'ai tout de suite pensé, cet homme a une femme qui ne prend pas soin de lui (il est marié bien entendu). On ne laisse pas un homme de presque soixante ans avec cette coiffure. 

 

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 Challenge Petit BAC 2013
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"Sentiment"

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27 février 2013

Shenzhen - Guy Delisle

shenzhen L'Association – avril 2000 – 150 pages

Présentation éditeur : 
Envoyé à Shenzhen, nouvelle mégapole chinoise, pour y diriger un projet de dessins animés Guy Desisle tente de faire passer son spleen en notant tous les détails de son séjour. Il y réussit si bien que nous sommes transportés dans sa solitude et ses interrogations sur cette vie chinoise si éloignée de la notre. Déjà un classique du récit de voyage en bande dessinée.

Auteur : Né en 1966, Guy Delisle est un auteur de bande dessinée québécois. Après des études d'animation au Sheridan College de Oakville (Ontario), il travaille dans différents studios à travers le monde, Canada, Allemagne, France, Chine, Corée du Nord,Réunion, Jérusalem. Ses expériences de superviseur d'animation en Asie fourniront ainsi matière à deux albums autobiographiques, Shenzhen en 2001 et Pyongyang en 2003. Paru en 2007, Chroniques birmanes relate un séjour d'une année qu'il effectue à Rangoon où il suit son épouse, expatriée de Médecins sans frontières. Quatre ans plus tard paraîtChroniques de Jérusalem qui relate l'année 2008-2009 passée par la famille en Israël, et qui lui vaut le Prix du Meilleur Album au festival d'Angoulême en 2012. Il a en particulier vécu en direct l'Opération plomb durci à Gaza en décembre 2008.

Mon avis : (lu en février 2013)
Ayant beaucoup aimé Chroniques à Jérusalem lorsque j'ai vu cet album à la Bibliothèque, je n'ai pas hésité à l'emprunter.
Les premières planches de cette bande dessinée ont été publié en 1998, Guy Delisle est parti quelques mois en Chine à Shenzen pour travailler sur la réalisation d'un dessin animé.
La ville de Shenzen est située en bordure de Hong Kong. A l'origine, c'est un simple village de pêcheurs à partir de 1979 elle acquiert le statut de zone économique spéciale et devient l'un des principaux lieux d'expérimentation de la politique d'ouverture aux investissements étrangers. Bénéficiant de sa position géographique privilégiée, elle connaît un essor économique et démographique spectaculaire. 
En immersion dans un pays inconnu, sans connaître la langue ou la culture, Guy Delisle observe, dessine et raconte son séjour en décrivant les ambiances, les habitudes, sa propre expérience, ses rencontrent avec les chinois... La vie à l'hôtel, commander un plat au restaurant lorsqu'on n'arrive pas à se faire comprendre, la vie au travail, les files d'attente où le moindre petit espace libre est immédiatement occupé, l'expérience de la visite chez le dentiste, un week-end à Hong-Kong...
On apprend beaucoup de choses et en même temps c'est souvent drôle.
C’est une façon originale de décrire un pays et une façon de voyager très sympa pour le lecteur.
Et maintenant, il faut que je me procure Pyongyang.

Extrait : 

shenzhen_1  shenzhen_2

shenzhen_3 shenzhen_7

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Déjà lu du même auteur : 

chroniques_de_J_rusalem Chroniques de Jérusalem

 

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26 février 2013

Dernière nuit à Twisted River – John Irving

Lu en partenariat avec les Editions Thélème

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Editions Thélème – avril 2011 - lu par Pierre-François GAREL

Seuil – janvier 2011 – 561 pages

Points – mai 2012 – 679 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Josée Kamoun

Titre original : Last Night in Twisted River, 2009

Quatrième de couverture : 
1954, au nord du New Hampshire, à Twisted River, pays sauvage des bûcherons et des flotteurs de bois, les draveurs, Dominic Baciagalupo, 30 ans, veuf et père de Danny, 11 ans, travaille comme cuisinier avec, pour garde du corps Ketchum, l’ogre anarchiste au grand cœur, l’ami de toute une vie. Suite à la mort malencontreuse de Jane, sa maîtresse, causée par Danny qui l’a prise pour un ours, père et fils fuient le courroux revanchard du shérif Carl, l’« officiel » de la dame. Première étape, Boston, où Dominic cuisine dans un restaurant italien, où Danny rêve de devenir écrivain. De nouveau inquiétés par le shérif, les Baciagalupo se bâtissent une nouvelle vie dans le Vermont : après avoir tâté de la gastronomie chinoise, Dominic se lance à son compte avec succès, et Danny devient un écrivain célèbre. Ultime étape : Toronto. Mais on n’échappe pas à la rage vengeresse du shérif !

Auteur : Né en 1942 à Exeter, dans le New Hampshire, John Irving est issu, par sa mère, d'une grande famille de la Nouvelle-Angleterre, mais il n'a jamais connu son père biologique. D'où l'importance du thème de la filiation dans l'oeuvre de ce très célèbre écrivain et scénariste américain, dont les livres sont autant de best-sellers depuis Le monde selon Garp, paru en 1978, de L'hôtel New Hampshire à Une veuve de papier, en passant par L'oeuvre de Dieu, la part du DiableDernière nuit à Twisted River est le douzième roman de ce passionné de boxe. 

Mon avis : (écouté en février 2013)
Grâce au premier Rendez-vous « Écoutons un livre » organisé par Valérie, j'ai été contacté par les éditions Thélème qui m'ont proposé de choisir un livre audio de leur catalogue, j'ai donc choisi le dernier livre de John Irving traduit en français.
Dominic Baciagalupo, est le cuistot des bûcherons et des draveurs à Twisted River au nord du New Hampshire. Veuf, il élève seul son fils Danny âgé de douze ans. Dans des circonstances plutôt rocambolesques, Danny tue Jane l'indienne, la confondant avec un ours… Dominic et Danny sont obligés de fuir Twisted River et la colère du shérif Carl. Le lecteur va suivre la vie de Dominic et Danny devenu écrivain durant cinquante ans, de Boston à l’Ontario en passant par le Vermont et Toronto.
Les personnages sont hauts en couleur, les personnages féminins comme Jane l'indienne, Pack de six, Carmella, Tombée du ciel... ou masculin comme Dominic Baciagalupo, le cuistot et son fils Danny, sans oublier mon préféré, Ketchum le bûcheron...
Un très bon roman, même si vers la moitié du livre quelques passages qui traînent un peu en longueur... puis le rythme revient et on oublie ses passages moins réussis...
Un grand merci à Julie et aux éditions Thélème pour ce livre audio, j'ai pris beaucoup de plaisir à le découvrir.

Autres avis : Valérie, Jostein

Extrait : (début du livre)
Le jeune Canadien - quinze ans, tout au plus - avait eu un instant d'hésitation fatal. Il avait cessé de danser sur le bois flotté du bassin, au-dessus du méandre, et en un clin d’œil il avait glissé sous l'eau corps et biens sans qu'on ait pu saisir sa main tendue. L'un des bûcherons, adulte celui-là, avait tenté de l'attraper par les cheveux, qu'il portait longs. A peine le sauveteur en puissance avait-il plongé la main à l'aveuglette dans l'eau trouble et dense, un vrai bouillon de culture avec ses plaques d'écorce à la dérive, que deux troncs s'étaient heurtés violemment sur son bras, lui brisant le poignet. Le tapis mouvant des grumes s'était déjà refermé sur le jeune Canadien ; on n'avait même pas vu resurgir de l'eau brune une de ses mains, une de ses bottes cloutées. 
Quand les grumes se télescopaient, sitôt qu'on avait débâclé la bûche centrale, il fallait se déplacer prestement sans relâche ; si les conducteurs du train s'immobilisaient, ne serait-ce qu'une seconde ou deux, ils basculaient dans le torrent. L'écrasement guette parfois les draveurs avant même la noyade, quoique celle-ci soit chez eux plus fréquente. 
Depuis la berge, où le cuisinier et son fils de douze ans entendaient les imprécations du blessé, on avait compris tout de suite que ce n'était pas lui qui avait besoin d'assistance, car il avait libéré son bras et repris l'équilibre sur les troncs flottants. Sans s'occuper de lui, ses camarades avançaient à petits pas rapides sur le train, criant le nom du disparu, poussant inlassablement les troncs devant eux du bout de leur perche, surtout préoccupés de rallier la berge au plus vite, mais le fils du cuisinier ne perdait pas espoir qu'ils dégagent un espace assez grand pour permettre au jeune Canadien de refaire surface. Pourtant, les intervalles entre les troncs se raréfiaient. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le garçon qui s'était présenté sous le nom d'Angel Pope, de Toronto, avait disparu. 
- C'est Angel, tu crois ? demanda le fils à son père. 
Avec ses yeux sombres et son expression sérieuse, on aurait pu le prendre pour le frère du disparu ; mais on ne risquait pas d'ignorer l'air de famille entre lui et son père, toujours sur le qui-vive. Il émanait en effet du cuisinier une aura d'appréhension maîtrisée, comme s'il avait coutume de prévoir les désastres les plus improbables, et ce trait se retrouvait dans le sérieux de son fils. En somme, l'enfant ressemblait tellement à son père que plusieurs des bûcherons s'étaient ouvertement étonnés de ne pas le voir claudiquer très bas comme lui. 
C'était bien le jeune Canadien qui était tombé sous les troncs, et le cuisinier ne le savait que trop, lui qui avait mis en garde les bûcherons : Angel était trop novice pour conduire un train de bois ; on n'aurait jamais dû le laisser débâcler les troncs coincés. Mais sans doute avait-il voulu faire du zèle, et il se pouvait que les bûcherons ne l'aient même pas vu, au départ. 
Selon le cuisinier, Angel Pope était de même trop novice - et trop maladroit - pour travailler à proximité de la grande scie, à la scierie. C'était le fief exclusif du scieur, poste hautement qualifié. L'ouvrier chargé du rabot occupait un poste assez qualifié lui aussi, mais sans les risques. 
Parmi les fonctions les plus dangereuses et les moins qualifiées, il y avait celle d'ouvrier des quais, où les troncs étaient roulés jusque dans l'usine et mis sur le chariot de la scie, ou encore celui qui consistait à décharger les bûches des camions. Avant qu'on ait inventé les monte-bois, quand on détachait les montants de la benne, un tronc entier pouvait tomber. Il arrivait aussi que les montants refusent de livrer leurs troncs, et que des hommes se retrouvent coincés sous une cascade de grumes, en voulant les débloquer. 
Le cuisinier estimait qu'on n'aurait jamais dû placer Angel sur le chemin des bûches mouvantes. Mais les bûcherons, tout comme le cuisinier et son fils, avaient un faible pour le jeune Canadien, et celui-ci avait déclaré en avoir marre de trimer à la cuisine : il avait besoin de se dépenser physiquement, et il aimait travailler au grand air. 
Le crépitement des gaffes qui poussaient les troncs fut brièvement interrompu par les cris des draveurs : ils venaient de repérer celle d'Angel, à cinquante mètres au moins de l'endroit où il avait disparu. La perche de cinq mètres s'était détachée du train, et dérivait au gré des courants. 
Le cuisinier voyait bien que le convoyeur de troncs avait regagné la berge, en tenant sa perche dans sa main valide. A sa bordée de jurons d'abord, et aussi un peu à sa chevelure d'étoupe et sa barbe en broussaille, il avait compris que le blessé n'était autre que Ketchum, pour qui les trains de bois et leurs pièges n'avaient pas de secret. 
On était en avril, peu après la fonte des neiges, au début de la saison boueuse, mais la glace n'avait cédé que depuis peu dans les bassins, les premiers troncs étaient passés au travers en amont, du côté des étangs de Dummer. La rivière était grosse, glaciale ; les bûcherons gardaient souvent barbe et tignasse, qui les protégeraient tant bien que mal des taons, à la mi-mai. 
Ketchum s'était couché sur le dos le long de la berge, tel un ours échoué. La masse mouvante des troncs déferlait devant lui. Le train de bois prenait des allures de radeau de sauvetage, et les bûcherons encore sur l'eau faisaient figure de naufragés en mer, sauf que cette mer passait en un clin d'oeil du vert-de-gris au bleu-noir : à Twisted River, les eaux étaient généreusement teintées de tannins. 
- Eh merde, Angel, gueulait Ketchum, dos tourné, je te l'avais pourtant dit de bouger les pieds, faut pas avoir les deux pieds dans le même sabot, quoi ! Eh merde ! 

 livre_audio

Déjà lu du même auteur : 

un_pri_re_pour_owen Une prière pour Owen une_veuve_de_papier_points2000 La veuve de papier

 A Challenge for John Irving

john_irving

50__tats

40/50 :  New Hampshire

Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Géographie"

 

 

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25 février 2013

C'est lundi que lisez-vous ? [115]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ? 

la_v_rit__sur_l_affaire_harry_quebert les_yeux_jaunes_CD le_beau_voyage le_monde___l_endroit
La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert - Joël Dicker 
Les yeux jaunes des crocodiles – Katherine Pancol (livre audio)
Le beau voyage - Springer et Zidrou (BD)
Le monde à l'endroit - Ron Rash (Grand Prix Elle 2013)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Heureux les heureux - Yasmina Reza (Prix Relay des Voyageurs)

Que lirai-je cette semaine ?

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn - Ben Fountain (Babelio)
Blanche-Neige doit mourir - Nele Neuhaus (Grand Prix Elle 2013)


Bonne semaine et bonnes lectures.

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23 février 2013

Le monde à l'endroit - Ron Rash

le_monde___l_endroit Seuil - août 2012 - 280 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez

Titre original : The World Made Straight, 2006

Quatrième de couverture :
Travis Shelton, 17 ans, découvre un champ de cannabis en allant pêcher la truite au pied de Divide Mountain, dans les Appalaches. C'est un jeu d'enfant d'embarquer quelques plants sur son pick-up. Trois récoltes scélérates plus tard, Travis est surpris par le propriétaire, Toomey, qui lui sectionne le tendon d'Achille, histoire de lui donner une leçon.

Mais ce ne sera pas la seule de cet été-là: en couflit ouvert avec son père, cultivateur de tabac intransigeant, Travis trouve refuge dans le mobile home de Leonard, un prof déchu devenu dealer. L'occasion pour lui de découvrir les lourds secrets qui pèsent sur la communauté de Shelton Laurel depuis un massacre perpétré pendant la guerre de Sécession. Confronté aux ombres troubles du passé, Travis devra également affronter les épreuves du présent.

Le père, Toomey, Leonard, trois figures qui incarnent chacune une forme d'autorité masculine, vont tragiquement façonner son passage à l'âge d'homme.

Ce roman, le troisième de Ron Rash - après Un pied au paradis et Serena - à être traduit en français, confirme par son lyrisme âpre que cet écrivain est avant tout un poète, ardent défenseur de sa terre et de la mémoire de celle-ci.

Auteur : Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est l'auteur de quatre recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires - Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award, Novello Literary Award, Frank O'Connor Award.

Mon avis : (lu en février 2013)
Ron Rash est un auteur que je ne connaissais pas et ce livre est une très belle découverte.
Travis Shelton est né en Caroline du Nord, aux pieds des Appalaches et est le fils d'un producteur de tabac, il a 17 ans, il s'ennuie dans ses études qu'il a laissé tombé. Il a une seule passion, la pêche à la truite. Un jour, qu'il était parti pêcher dans un lieu éloigné et sauvage, il découvre une plantation de cannabis. Il n'hésite pas à emporter quelques plants qu'il ira revendre à Leonard, un dealer local. De l'argent facilement gagné et Travis recommence jusqu'au jour où les propriétaires de la plantation illicite l’attrapent et lui sectionne le tendon d’Achille. Le père de Travis le renvoi de chez lui et Travis va se réfugier chez Leonard.
Leonard, est un ancien prof, il a été injustement accusé de détenir de la drogue et il a perdu son travail puis sa femme et sa fille sont parties pour l'Australie. Il est devenu un marginal, vit dans un mobile home et vend maintenant de l'alcool aux mineurs, des cachets et de la marijuana. Une belle relation va se nouer entre les deux hommes avec en toile de fond un événement historique ayant eu lieu pendant la guerre de Sécession, le massacre de Shelton Laurel. 
C'est un beau roman initiatique ou la nature est très importante, il est question de truites brunes, arc-en-ciel ou mouchetées, de bruants jaunes... Les paysages ne sont pas un simple décor ils ont une place centrale dans ce livre. Les personnages sont hauts en couleur. Un vrai dépaysement.  

Extrait : (début du livre)
Travis tomba sur les pieds de marijuana en pêchant dans Caney Creek. C’était un samedi, la première semaine d’août, et après avoir aidé son père à pincer le tabac toute la matinée il avait eu le restant de la journée pour lui. Il avait enfilé sa tenue de pêche et suivi cinq kilomètres de chemin de terre pour aller au bord de la French Broad. Il roulait vite, la canne et le moulinet bringuebalant bruyamment sur le plateau du pick-up qui soulevait dans son sillage un nuage de poussière rouge. La Marlin .22 long rifle glissait sur son râtelier bricolé, à chaque virage un peu sec. Les vitres étaient baissées, et si la radio avait fonctionné il l’aurait mise à fond. Le pick-up était un vieux Ford de 1966, esquinté par une douzaine d’années de travaux agricoles. Travis l’avait payé trois mois plus tôt cinq cents dollars à un voisin.
Il se gara à côté du pont et remonta la rivière vers le point où Caney Creek venait s’y jeter. La lumière de l’après-midi tombait à l’oblique sur Divide Mountain et donnait à l’eau la teinte d’or foncé du tabac qui sèche. Un poisson jaillit des bas-fonds, mais la canne à pêche à la cuiller de Travis était démontée, et même si elle ne l’avait pas été il ne se serait pas donné la peine de lancer. Rien ne nageait dans la French Broad qu’il puisse vendre, rien que des truites brunes et des arc-en-ciel élevées en couvoir, quelques achigans à petite bouche et des poissons-chats. Les vieux qui pêchaient dans la rivière restaient au même endroit pendant des heures, aussi immobiles que les souches et les pierres sur lesquelles ils étaient assis. Travis aimait se déplacer sans arrêt, et il pêchait là où même les jeunes pêcheurs ne voulaient pas aller.
En quarante minutes il avait remonté Caney Creek sur presque un kilomètre, la canne encore en deux parties. Il y avait des truites dans ce tronçon inférieur, des brunes et des arc-en-ciel qui venaient d’en bas, de la rivière, mais le Vieux Jenkins refusait de les acheter. La gorge se resserrait et se transformait en un mur d’eau et de rocher d’une dizaine de mètres de haut, avec en dessous le bassin le plus profond du ruisseau. C’était là que tout le monde faisait demi-tour, mais Travis avança dans l’eau jusqu’à la taille pour atteindre le côté droit de la chute. Puis il commença à grimper, la canne serrée dans sa main gauche, ses doigts utilisant saillies et fissures comme prises et comme appuis.
Arrivé en haut, il emboîta les deux éléments de la canne et fit passer du monofilament dans les anneaux. Il s’apprêtait à attacher la cuiller Panther Martin argent quand un tapotement se fit entendre au-dessus de sa tête. Travis repéra le bruant jaune à une dizaine de mètres dans le noyer blanc, et regretta aussitôt de n’avoir pas pris sa carabine. Il scruta les bois à la recherche d’un arbre mort ou d’un vieux piquet de clôture où pourrait se trouver le nid de l’oiseau. Un type de Marshall qui montait des mouches donnait deux dollars pour un bruant jaune ou un canard carolin, cinq cents pour une seule belle plume, et Travis avait besoin du moindre dollar et de la plus petite pièce de cinq cents s’il voulait payer l’assurance de son pick-up, ce mois-ci.
Les seuls poissons qu’on trouvait aussi loin étaient ce que les manuels de pêche et les magazines spécialisés nommaient les saumons de fontaine, même si Travis n’avait jamais entendu le Vieux Jenkins ni personne les appeler autrement que truites mouchetées. Jenkins jurait ses grands dieux qu’elles étaient meilleures que n’importe quelle brune ou arc-en-ciel, et les payait cinquante cents pièce à Travis, aussi petites soient-elles. Le Vieux Jenkins les avalait avec la tête et le reste, comme des sardines.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection roman 
Jury Mars

Challenge 6% Littéraire 2012
 logochallenge2 
37/42

50__tats
40/50 :  Caroline du Sud
Ron Rash est né en Caroline du Sud

 Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
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PAL Bleu

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Prix Relay des Voyageurs

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Début février, il m'a été proposé de recevoir les livres concourant au « Prix Relay des Voyageurs avec Europe 1 », c'était très tentant et j'ai accepté... 12 livres sont en lice, 3 par mois. 

J'ai donc donc reçu dix jours plus tard les 3 livres de la deuxième sélection :

P1000817_20

Heureux les heureux - Yasmina Reza (Flammarion) 
Indigo - Catherine Cusset (Gallimard)

Eléments incontrôlés - Stephane (Grasset)

et trois jours plus tard les 3 livres de la première sélection :

P1000819_20

Le silence - Jean Guy Soumy (Robert Laffont)
6h41 - Jean-Philippe Blondel (Buchet Chastel)
Park Avenue - Cristina Alser (Albin Michel)

 

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22 février 2013

Le beau voyage - Springer et Zidrou

le_beau_voyage Dargaud - janvier 2013 - 56 pages

Quatrième de couverture :
Comme Léa, chacun de nous voyage avec, dans ses bagages, son souvenir préféré, son numéro 1. On le gonfle de temps en temps, à la manière d'une bouée, pour s'aider à rester à la surface de la vie. Chacun a également, dans ses poches, un souvenir lourd comme une poignée de cailloux, un souvenir qui l'entraîne au fond de la piscine. Qui a dit que la vie était un "Beau Voyage" ?

Auteurs : Né à Bruxelles en 1962, Zidrou (Benoît Drousie) commence sa carrière comme instituteur. S'apercevant que les histoires qu'il invente ont plus d'impact que les leçons qu'il donne, il finit par quitter l'enseignement pour se lancer dans la chanson et le livre pour enfants. En 1991, il entame une prolifique carrière de scénariste de BD. En 1998, Le Journal de Mickey adopte son élève Ducobu (créé avec Codi) qui devient une star du journal. Pour les adultes, il publie en 2010 le superbe Lydie, dessiné par Jordi Lafebre, en 2012 suivent La Peau de l'ours par Oriol et Les Folies Bergère par Francis Porcel.

Benoit Springer est né en 1973. Il obtient un baccalauréat littéraire, puis étudie à l'École européenne supérieure de l'image d'Angoulême. Aux éditions Delcourt, il dessine Terres d'ombre avec Christophe Gibelin, puis Volunteer avec Muriel Sevestre. En 2007, il décide de laisser la BD à grand spectacle et de mettre son impeccable dessin réaliste au service d'histoires plus intimistes publiées chez Vents d'ouest : les magnifiques Funérailles de Luce ou le dramatique On me l'a enlevée scénarisé par Séverine Lambour. Avec cette dernière il développe des applications de cours de dessin pour iPhone et iPad. Benoît Springer réalise également des illustrations pour la presse et l'édition.

Mon avis : (lu en février 2013)
Léa est une jeune femme travaillant à la télévision, des amis, des aventures d'un jour... Lorsque un jour Léa apprend la mort de son père, elle va partir sur les traces de son passé. Un passé que le lecteur va découvrir par petites brides, comme si la mémoire de Léa était sélective et qu'elle met du temps à assembler ses souvenirs d'enfance comme pour un puzzle...

Elle a un frère, des parents séparés et une grande amie. Son frère est mort avant sa naissance, son père est médecin il est très occupé par ses patients, il délaisse sa fille, et sa femme. Cette dernière ne semble pas très aimante vis à vis de Léa et lassée par l'absence de son mari, elle le quitte. Neuf mois plus tard elle meurt dans un accident de voiture. 
Ses parents maintenant disparus, Léa songe à vendre la maison familiale et dans un tiroir elle découvre des dessins d'enfant... Elle va alors découvrir un secret de famille... 

C'est une bande dessinée très colorée... Cette bande dessinée aborde des thèmes douloureux avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Une très belle découverte !

Autres avis : Valérie

Extrait : 

le_beau_voyage_1   le_beau_voyage_2

le_beau_voyage_4    le_beau_voyage_5

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21 février 2013

Les yeux jaunes des crocodiles – Katherine Pancol

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Audiolib – décembre 2010 – lu Marie-Eve Dufresne 19 heures

Albin Michel – mars 2006 – 651 pages

Livre de Poche – mai 2007 – 672 pages

Quatrième de couverture :
Ce roman se passe à Paris. Et pourtant on y croise des crocodiles.
Ce roman parle des hommes. 
Et des femmes. Celles que nous sommes, celles que nous voudrions être, celles que nous ne serons jamais, celles que nous deviendrons peut-être.
Ce roman est l'histoire d'un mensonge. Mais aussi une histoire d'amours, d'amitiés, de trahisons, d'argent, de rêves.
Ce roman est plein de rires et de larmes.
Ce roman, c'est la vie.

Auteur : Née à Casablanca, Katherine Pancol, après des études de lettres et un bref passage dans l’enseignement, devient journaliste à Elle, Paris-Match, Cosmopolitan, où elle publie des portraits très remarqués. Un premier roman en 1979, Moi d'abord confirme la naissance d'un écrivain aigu et brillant. Suivront de nombreux romans dont Les hommes cruels ne courent pas les rues, J’étais là avant, Un homme à distance,Embrassez-moi, etc. Elle rentre en France en 1991 et continue à écrire. En 2006 et 2008, Les Yeux jaunes des crocodiles et La valse lente des tortues  et en 2010 Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi séduisent un immense public.

Mon avis : (écouté en février 2013)
Un livre très distrayant, une saga familiale avec beaucoup de personnages haut en couleur, au début j’ai eu un peu de mal à m’y retrouver. Iris et Joséphine sont deux sœurs très différentes. L’aînée, Iris est belle et riche mariée à Philippe, avocat, ils ont un fils Alexandre. La cadette, Joséphine discrète qui s’est toujours effacée derrière sa sœur, historienne de formation, elle vient de quitter son mari Antoine et elle élève seule ses deux filles Hortense et Zoé. Iris a beaucoup d'argent, Joséphine a du mal à joindre les deux bouts... 

C'est une histoire de mensonge, avec des personnages attachants ou terriblement agaçants, il y a de nombreux rebondissements, de l'humour, des péripéties parfois peu crédibles mais le rythme et la construction du livre donne envie au lecteur de connaître la suite et la fin de cette histoire…
Une lecture vraiment sympathique et à l’occasion, je lirai (ou écouterai) la suite, j’ai déjà le tome 3 dans ma PAL…

Le livre est actuellement adapté au cinéma (tournage en cours) avec Cécile Telerman à la réalisation et Emmanuelle Béart (Iris), Julie Depardieu (Joséphine), Jacques Weber (Marcel), Patrick Bruel (Philippe) et Karole Rocher (Josyane) comme acteurs.

Extrait : (début du livre)
Joséphine poussa un cri et lâcha l’éplucheur. Le couteau avait dérapé sur la pomme de terre et entaillé largement la peau à la naissance du poignet. 
Elle avait besoin de pleurer. Elle ne savait pas pourquoi. Elle avait de trop bonnes raisons. Celle-là ferait l’affaire. Elle chercha des yeux un torchon s’en empara et l’appliqua en garrot sur la blessure. Je vais devenir fontaine, fontaine de larmes, fontaine de sang, fontaine de soupirs, je vais me laisser mourir…

 livre_audio

Challenge Petit BAC 2013
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"Partie du corps"

 Lire sous la contrainte

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5ème session : couleur

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