03 mars 2014

C'est lundi, que lisez-vous ? [163]

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 (c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ? 

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La tête de l’emploi - David Foenkinos 
Le chien qui louche - Etienne Davodeau 
14 - Jean Echenoz 
Si tu meurs, elle reviendra - Maud Tabachnik 
La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola Lafon 
La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

En route pour Compostelle - Monika Peetz (partenariat Babelio Presse de la Cité)

Que lirai-je cette semaine ?

Et tu danses, Lou - Pom Bessot et Philippe Lefait
Wifi Génie - Luc Blanvillain 
Le Duel - Arnaldur Indridason

Bonne semaine, bonnes lectures !

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02 mars 2014

La lettre à Helga - Bergsveinn Birgisson

Ecouté dans le cadre de Masse Critique avec Audiolib

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Audiolib - janvier 2014 - 2h54  - Lu par Rufus

Zulma - août 2013 - 144 pages

traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

Titre original : Svar við bréfi Helgu, 2010

Quatrième de couverture :
Au seuil de sa fin de vie, Bjarni – fermier islandais – décide de rompre le silence et d’écrire une longue lettre à son grand amour perdu, Helga, sa belle voisine. Il y raconte l’existence qui s’est écoulée, de l’après-guerre à nos jours, les temps qui changent, la solitude glacée, mais surtout livre le secret d’une âme simple et le regret qui la torture : n’avoir pas su rompre avec son mode de vie immémorial en fuyant avec elle à Reykjavík. Bouleversante, brûlante et souvent drôle, cette 
Lettre à Helga est aussi prétexte à l’évocation d’un monde révolu : celui d’une vie paysanne traditionnelle islandaise qu’anime une âme pétrie de lectures bibliques et de légendes, entre mer et glace. Un roman épistolaire rafraîchissant et grave à la fois.
Rufus interprète La Lettre à Helga en usant de toutes les facettes de son immense talent, mélange de mélancolie et de passion brûlante.

Auteur : Bergsveinn Birgisson est né en 1971. Titulaire d’un doctorat en littérature médiévale scandinave, il porte la mémoire des histoires que lui racontait son grand-père, lui-même éleveur et pêcheur dans le nord-ouest de l’Islande. Immense succès dans les pays scandinaves ainsi qu’en Allemagne, La Lettre à Helga est enfin traduit en français.

Lecteur : Rufus est né le 19 décembre 1942 à Riom. Comédien et humoriste, Il mène de front sa carrière au théâtre, du Café de la gare aux pièces de Beckett, et au cinéma en jouant des rôles importants entre autres pour Lelouch, Godard, Mocky ou Jean-Pierre Jeunet, pour qui il sera le père d’Amélie dans Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain.

Mon avis : (écouté en février 2014)
J'avais beaucoup aimé le livre papier et j'ai adoré le relire en version audio. 
Bjarni Gislason est un vieux monsieur proche de la mort lorsqu'il écrit cette lettre à Helga, la femme qu'il a aimé le plus au monde mais qu'il n'a pas su garder. Ils étaient voisins et mariés l'un et l'autre lorsque leur liaison a commencé. Un jour, il a fallu choisir, partir vivre avec Helga loin de son village, de ses terres, de son bétail ou rester avec sa femme dans cette belle campagne islandaise.
Dans cette lettre, Bjarni revient sur sa longue vie, sur ses regrets... Il nous raconte son quotidien à la ferme, les souvenirs de sa passion avec Helga mais
aussi quelques épisodes dignes des racontars de Jørn Riel...
Bjarni est bouleversant de sincérité, il regrette encore le choix qu'il a fait et qui a gâché plusieurs vies. 
Une histoire dépaysante dans une nature rude mais authentique.
Le comédien Rufus exprime avec beaucoup de talent les différentes émotions contenues dans cette histoire.
Seule réserve, la couverture du livre audio...

Merci Babelio et Audiolib pour m'avoir permis de découvrir cette histoire touchante.

Autre avis : Valérie

Extrait lu : voir ici

Version papier :

la_lettre_a_helga La Lettre de Helga

Challenge Voisins Voisines 2014
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Islande

Challenge Petit Bac 2014
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Objet (4)

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01 mars 2014

La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola Lafon

la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais Actes Sud - janvier 2014 - 272 pages

Quatrième de couverture : 
Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux jo de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

Auteur : Ecrivain et musicienne, Lola Lafon est fauteur de trois romans : Une fièvre impossible à négocier (2003) ; De ça je me console (2007) et Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce (2011). Elle a également signé deux albums : Grandir à l'envers de rien (2006) et Une vie de voleuse (2011).

Mon avis : (lu en février 2014)
Nadia Comaneci, pour moi c'est mon premier souvenir des JO à la télévision, j'avais un oncle passionné de sport à la télévision et c'est en sa compagnie que j'ai découvert cette petite gymnaste roumaine de quatorze ans capable d'évoluer sur les agrès avec grâce et facilité apparente en exécutant des figures de gymnastique improbables...
Le livre commence sur l'attente de la note à la poutre de Nadia Comaneci lorsqu'elle obtiendra le premier 10.0 dans une épreuve de gymnastique, en juillet 1976 à Montreal. Elle entre alors dans l'histoire de la gymnastique, elle devient l'emblème de son pays : la Roumanie alors sous l'emprise du dictateur communiste Ceausescu.
Pour raconter la vie de l'athlète de 1969 à 1990, l'auteur imagine un échange entre Nadia et la narratrice. Elle s'appuie sur les événements et les dates connues, pour le reste c'est un travail de fiction très bien documenté. Cela permet d'avoir les points de vues de quelqu'un de l'Est et de quelqu'un de l'Ouest...
J'ai beaucoup aimé ce livre, le personnage de Nadia est attachant même si le titre du livre "La Petite Communiste qui ne souriait jamais" la décrit assez bien. Avec son parcours on découvre les méthodes d'entraînement des petites gymnastes, le régime communisme en Roumanie... Les victoires de Nadia ont permis à la Roumanie de sortir de l'ombre. Mais sa vie n'a pas été facile, lorsque son corps se transforme et qu'elle devient femme, j'ai été touchée par sa douleur, même si elle continue à s'entraîner sans relâche, son corps ne lui permet plus de renouveler ses exploits. Puis, elle va être accusée d'être complice du régime de Ceausescu. Quinze jours avant la chute de ce dernier, elle fuit la Roumanie pour les États-Unis où la conquête de sa liberté ne sera pas facile... En 1976, Nadia Comaneci a fait rêver le monde ce livre nous permet de découvrir le revers de ses belles médailles. En lisant ce livre, je n'ai pas pu m'empêcher de revoir des images de la petite gymnaste... 

Extrait : (début du livre)
Quel âge a-t-elle, demande la juge principale, incrédule, à l’entraîneur. Ce chiffre, quatorze, lui donne un frisson. Ce que la petite a effectué à l’instant dézingue le déroulement des chiffres, des mots et des images. Il ne s’agit plus de ce que l’on comprend. On ne saurait noter ce qui vient d’advenir. Elle jette la pesanteur par-dessus son épaule, son corps frêle se fait de la place dans l’atmosphère pour s’y lover.

Mais pourquoi personne ne les a prévenus qu’il fallait regarder par là, ragent ceux qui ratent le moment où, sur les dix centimètres de largeur de la poutre, Nadia C. se lance en arrière et, les bras en croix, donne un coup de pied à la lune, saut à l’aveugle, et ils se tournent les uns vers les autres, est-ce que quelqu’un a compris, est-ce que vous avez compris ?
Le panneau électronique affiche COMANECI NADIA, ROMANIA suivi de 73, son dossard, et là où il devrait y avoir sa note : rien.
On attend. Blêmes, les gymnastes soviétiques vont et viennent dans les travées réservées aux entraîneurs et aux compétitrices qui ont terminé. Elles savent. Les coéquipières de la Roumaine, elles, semblent au désespoir, Dorina tient ses mains jointes, Mariana murmure une phrase en boucle, une autre est affalée, les yeux fermés ; Nadia, elle, un peu à l’écart, sa queue de cheval de travers, ne jette pas un regard au tableau d’affichage. Et c’est lui qu’elle voit en premier, Béla, son entraîneur, debout, les bras au ciel, la tête renversée en arrière ; elle se tourne enfin et découvre sa sanction, ce terrible 1 sur 10 qui s’inscrit en nombres lumineux face aux caméras du monde entier. Un virgule zéro zéro. Elle repasse de possibles fautes dans sa tête, l’arrivée du périlleux arrière éventuellement, pas assez stable, qu’est-ce qu’elle a pu faire pour mériter ça ? Béla la serre dans ses bras, t’en fais pas chérie, on va déposer une réclamation. Mais un des juges attire son attention. Parce que le Suédois se lève. Parce qu’il a les larmes aux yeux et la fixe. Et tous raconteront cet instant tant et tant de fois qu’elle n’est plus sûre aujourd’hui de l’avoir vécu, peut-être l’a-t-elle vu à la télé, peut-être cet épisode a-t-il été écrit pour un film. Le public s’est levé et de leurs dix-huit mille corps provient l’orage, leurs pieds grondent rythmiquement au sol et le Suédois dans le vacarme ouvre et ferme la bouche, il prononce des mots inaudibles, des milliers de flashs forment une pluie d’éclats inégaux, elle entrevoit le Suédois, que fait-il, il ouvre ses deux mains et le monde entier filme les mains du juge vers elle. Alors, la petite tend ses deux mains vers lui, elle demande confirmation, c’est un… dix ? Et lui, doucement, hoche la tête en gardant ses doigts ouverts devant son visage, des centaines de caméras lui cachent l’enfant, les gamines de l’équipe roumaine dansent autour d’elle, oui, amour, oui, ce un virgule zéro zéro est un dix.

 

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28 février 2014

Si tu meurs, elle reviendra - Maud Tabachnik

Lu en partenariat avec les éditions Flammarion

Tabachnik Flammarion - janvier 2014 - 187 pages

Quatrième de couverture :
Francis O'Mara a tout perdu. 
Sa fille adorée, la chair de sa chair, sa fierté, sa raison d'être, lui a été brutalement enlevée. 
Francis se fait alors le serment de retrouver le meurtrier pour venger sa fille. 
Dans le fond de la nuit, au milieu d'un océan glacial, déchaîné, les vents de l'Enfer entendent sa promesse...

Auteur : Maud Tabachnik commence sa carrière en tant que kinésithérapeute. Elle est passionnée de cinéma et surtout de lecture et de poésie. Elle écrit son premier roman, La Vie à fleur de terre, en 1991. Ses thrillers politiques sont un coup de poing dans l'univers typiquement machiste des auteurs de polars. Plusieurs de ses romans policiers se déroulent aux Etats-Unis car, dit-elle, "c'est un pays où tout peut arriver". Elle a publié Dans l'ombre du monde, dans lequel Maud Tabachnik nous livre un état du monde d'aujourd'hui, dans ce qu'il a de plus noir et de plus insaisissable.

Mon avis : (lu en février 2014)
C'est ma deuxième troisième lecture de Maud Tabachnik, j'avais oublié la première... et la seconde m'avait laissée un souvenir désagréable car trop horrible et insoutenable. En acceptant de lire ce livre destiné aux ados, je me suis dit que je ne prenais pas trop de risques.
Ce livre nous raconte une histoire triste et sombre. La veille de ses 25 ans, à Froggie en Ecosse, Patricia O'Mara se fait tuer par un chauffard qui prend la fuite sans lui porter secours. Les parents de la jeune fille sont inconsolables. N'ayant qu'une trace de pneu comme indice, la police piétine dans l'enquête et Francis O'Mara décide de trouver lui-même le meurtrier de sa fille unique. Il prend la route vers le nord de l'Ecosse et les falaises d'Aberdeen avec au large les plateformes pétrolières de la mer du Nord.
La thématique de ce livre, c'est la vengeance mais également les relations père-fille.
J'ai beaucoup aimé les descriptions de l'Ecosse, ses paysages, son climat, son atmosphère, et même ses fantômes...
L'intrigue peut sembler simpliste mais le final m'a fait changer d'avis... Le personnage du père est vraiment touchant.
La conclusion de cette histoire est surprenante, je ne sais pas comment elle peut être ressentie par un ou une adolescente...
Je pense que ce livre est destiné à des adolescents ou adolescentes de 14 ans et plus car c'est un roman noir et sombre.

Merci Brigitte et les éditions Flammarion pour m'avoir permise de découvrir ce roman.

Autre avis : Argali

Extrait : (début du livre)
La famille O'Mara occupe une maison typique de la région, étroite et haute, construite en pierres de granit par la famille de Maureen O'Mara et transmise depuis des générations à la fille aînée.
On accède aux étages par un joli escalier extérieur, moins que confortable il est vrai en période hivernale, où, si on néglige de se cramponner à sa rampe en fer, on a toute chance de se retrouver en tas à son pied, mais charmante avec les roses trémières qui l'été l'entourent de leurs hampes fleuries.
Francis O'Mara est un menuisier ébéniste apprécié. Sa femme, Maureen, est gérante d'une des deux librairies que compte Froggie. Et ils ont une fille, Patricia, qui est la prunelle de leurs yeux.
Mme O'Mara avait trente-six ans quand enfin elle accoucha de la plus jolie petite fille du comté et peut-être même d'Écosse, d'après ses géniteurs qui ne pouvaient contenir leur joie et leur fierté. Ils en ont maintenant tous les deux soixante, et sont toujours aussi
inconditionnels.
Et demain, cette si gracieuse Patricia revient dans sa maison natale après une année entière passée à Londres où, malgré son jeune âge, elle a occupé un important poste financier à la City. Si accaparant, toutefois, que son père et sa mère ne purent la voir que trois fois dans l'année quand ils descendirent à la capitale anglaise, que, en ce qui les concerne et en tant
qu'authentiques Écossais, ils exècrent.
Patricia vient fêter avec eux son vingt-cinquième anniversaire et l'obtention de son master international juridique et financier. Ses parents lui ont préparé une fête qui a fait se demander à leurs amis ce qu'ils feront pour son mariage.
Francis et Maureen se sont saignés aux quatre veines pour envoyer leur fille dans lesmeilleures écoles du royaume. Francis n'a pas compté ses week-ends de travail et avec Maureen leurs courtes vacances ont le plus souvent consisté en visites dans leurs familles, pendant que Patricia était envoyée dans différents pays d'Europe pour y apprendre les langues, passant également une année aux États-Unis dans une école de gestion marketing bien au-dessus de leurs moyens.

Déjà lu du même auteur : 

un__t__pourri Un été pourri le_cinqui_me_jour_p1 Le cinquième jour

  Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Verbe" (3)

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Challenge Rentrée Hiver 2014

Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  22/25

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27 février 2014

14 - Jean Echenoz

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Audiolib - mars 2013 - 2h30 - Lu par l'auteur

Editions de Minuit - octobre 2012 - 123 pages

Quatrième de couverture :
Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.
Comme il l’avait fait pour Courir et Des éclairs, c’est Jean Echenoz lui-même qui lit 14, donnant ainsi à son roman cette dimension d’intimité et d’humanité que ne peut écraser le terrifiant chaos qui va broyer des millions d’hommes.

Auteur : Né à Orange le 26 décembre 1947, grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopec dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.

Mon avis : (écouté en février 2014)
La quatrième de couverture résume parfaitement ce court roman sur la Première Guerre Mondiale : "Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état".
Anthime, Charles, Bossis, Arcenel et Padioleau sont originaires tous les cinq du même coin de Vendée. Début août, une belle journée d'été et tout à coup les cloches se sont mises à sonner le tocsin, c'était la guerre. Ils sont partis la fleur au fusil persuadés d'être de retour pour Noël... Laissant au village Blanche qui fait battre le cœur des deux frères, Charles et Anthime. En s'inspirant de carnets écris jours après jours par un appelé, l'auteur nous raconte le quotidien dans les tranchées. Beaucoup de sujets sont évoqués : les combats en première ligne, les début de l'aviation militaire, le gaz, le morale des troupes, les blessés, les déserteurs, le retour à la maison... L'essentiel est dit avec peu de mots. Un livre fort pour ne pas oublier le sacrifice de tous ses soldats.

La lecture de ce livre par l'auteur est formidable. 

Extrait : (début du livre)
Comme le temps s'y prêtait à merveille et qu'on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. Ses projets : profiter du plein soleil d'août, prendre un peu d'exercice et l'air de la campagne, sans doute lire allongé dans l'herbe puisqu'il a fixé sur son engin, sous un sandow, un volume trop massif pour son porte-bagages en fil de fer. Une fois sorti de la ville en roue libre, pédalé sans effort sur une dizaine de kilomètres plats, il a dû se dresser en danseuse quand une colline s'est présentée, se balançant debout de gauche à droite en commençant de suer sur son engin. Ce n'était certes pas une grosse colline, on sait jusqu'où montent ces hauteurs en Vendée, juste une légère butte mais assez saillante pour qu'on pût y bénéficier d'une vue.
Anthime arrivé sur cette éminence, un coup de vent tapageur s'est brutalement levé qui a manqué faire s'enfuir sa casquette puis déséquilibrer sa bicyclette - un solide modèle Euntes conçu par et pour des ecclésiastiques, racheté à un vicaire devenu goutteux. Des mouvements d'air d'une aussi vive, sonore et brusque ampleur sont plutôt rares en plein été dans la région, surtout sous un soleil pareil, et Anthime a dû mettre un pied à terre, l'autre posé sur sa pédale, le vélo légèrement penché sous lui pendant qu'il revissait la casquette sur son front dans le souffle assourdissant. Puis il a considéré le paysage autour de lui : villages éparpillés alentour, champs et pâturages à volonté. Invisible mais là, vingt kilomètres à l'ouest, respirait aussi l'océan sur lequel il lui était arrivé d'embarquer quatre ou cinq fois même si, ne sachant guère pêcher, Anthime n'avait pas été bien utile aux camarades ces jours-là - sa profession de comptable l'autorisant quand même à tenir le rôle toujours bienvenu de relever et dénombrer les maquereaux, merlans, carrelets, barbues et autres plies au retour à quai.
Nous étions au premier jour d'août et Anthime a laissé traîner un coup d'oeil sur le panorama : depuis cette colline où il se trouvait seul, il a vu s'égrener cinq ou six bourgs, conglomérats de maisons basses agglutinées sous un beffroi, raccordés par un fin réseau routier sur lequel circulaient moins de très rares automobiles que de chars à boeufs et de chevaux attelés, transportant les moissons céréalières. C'était sans doute un plaisant paysage, quoique momentanément troublé par cette irruption venteuse, bruyante, vraiment inhabituelle pour la saison et qui, contraignant Anthime à maintenir sa visière, occupait tout l'espace sonore. On n'entendait rien d'autre que cet air en mouvement, il était quatre heures de l'après-midi.

Déjà lu du même auteur : 

courir Courir ravel_ Ravel des__clairs Des éclairs

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Moment/Temps" (3)

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26 février 2014

Le chien qui louche - Etienne Davodeau

 le chien qui louche Futuropolis - octobre 2013 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Fabien est agent de surveillance au Louvre.
Il aime son métier.
Depuis quelques semaines, il aime aussi Mathilde.
Celle-ci décide d'aller présenter son ami à sa famille, le clan Benion, comme elle l'appelle.

Puisqu'ils ont désormais sous la main un «expert», les Benion tiennent absolument à soumettre à Fabien un tableau qui moisit dans le grenier depuis des décennies, et qui a été peint par l'aïeul Gustave.
Une pauvre toile représentant un chien qui louche.

La question des Benion est claire : 
Le Chien qui louche a-t-il droit au Louvre ?
Dans un premier temps, n'osant pas décevoir sa (presque) belle-famille, Fabien ne fournit pas de réponse catégorique...
Il aurait dû.

Auteur : Étienne Davodeau a 45 ans. Il vit en Anjou. En 1985, après des études d'arts plastiques à Rennes, il publie la trilogie Les Amis de Saltiel puis Le Constat. Viennent ensuite Quelques Jours avec un menteur, Le Réflexe de survie, et trois polars : La Gloire d'Albert, Anticyclone et Ceux qui t'aiment.
2001 : il réalise Rural !, véritable reportage, où il confirme son choix d'inscrire le monde réel au cœur de son travail. En 2003, avec David Prudhomme au dessin, il adapte en bande dessinée l'unique et méconnu roman de Georges Brassens, La Tour des miracles. Après avoir publié Chute de vélo, qui obtient le Prix des libraires spécialisés 2005, il revient au reportage-documentaire avec Les Mauvaises Gens, qui reçoit le Grand Prix 2006 de la Critique, le Prix France Info, puis à Angoulême le Prix du Scénario et le Prix du Public. En 2006, il publie, avec Kris, Un homme est mort. Le premier livre de Lulu femme nue a obtenu, en 2009, un Essentiel au Salon International d’Angoulême, le Prix Ouest-France/Quai des bulles, le Prix Bédélys au Québec et le Prix Saint-Michel en Belgique. Le second livre de Lulu a été publié en 2010.

Mon avis : (lu en février 2014)
Fabien est gardien au Musée du Louvre. Il aime Mathilde dont la famille Bénion est un peu envahissante. Les Bénion ont retrouvé dans leur grenier un tableau « Le Chien qui louche » peint par leur l'aïeul Gustave, ils sont persuadés que cette œuvre à sa place au Louvre. Fabien est donc missionné pour s'en occuper... Avec Fabien et l'étrange monsieur Balouchi le lecteur part à la découverte du Louvre avec une vision différente de celle d'un touriste. 

J'ai beaucoup aimé découvrir le Louvre à travers cette histoire. Mais j'ai trouvé la famille de Mathilde trop caricaturale et l'existence de cette mystérieuse confrérie secrète assez peu crédible.
Etienne Davodeau a fait un grand et beau travail de reconstitution des salles du Musée, bien sûr en s'attachant aux œuvres mais également aux différents visiteurs qui arpentent tous les jours les couloirs du Louvre.
Il y a également à la fin de l'ouvrage un dossier intéressant sur comment se fait l'acquisition des œuvres du Louvre.

Extrait : 

Davodeau-Chienquilouche-Extrait01-oct2013 bedetheque-ideale-episode-31-etienne-davodeau-pour,M133201 

bedetheque-ideale-episode-31-etienne-davodeau-pour,M133204 chien-qui-louche-planche-bd-davodeau

bedetheque-ideale-episode-31-etienne-davodeau-pour,M133205 

 

Déjà lu du même auteur :

lulu_femme_nue_tome1  Lulu Femme Nue : 1er livre lulu_femme_nue_tome2 Lulu Femme Nue : 2ème livre
rural Rural ! Chronique d'une collision politique
chute_de_velo Chute de vélo  un_homme_est_mort Un homme est mort
les_mauvaises_gens Les Mauvaises gens Quelques_Jours_Avec_Un_Menteur 
Quelques jours avec un menteur

les_ignorants Les ignorants

 

Challenge 6% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
31/36

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animal" (3)

 

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25 février 2014

La tête de l’emploi - David Foenkinos

Lu en partenariat avec J'ai Lu

la tete de l'emploi J'ai Lu - janvier 2014 - 288 pages

Quatrième de couverture :
A 50 ans, Bernard se voyait bien parti pour mener la même vie tranquille jusqu'à la fin de ses jours. Mais parfois l'existence réserve des surprises... De catastrophe en loi des séries, l'effet domino peut balayer en un clin d oeil le château de cartes de nos certitudes. Et le moins que l'on puisse dire est que cet homme ordinaire, sympathique au demeurant, n'était pas armé pour affronter ce qui l'attendait.

Buster Keaton post-moderne, il va devoir traverser ce roman drôle et mélancolique pour tenter de retrouver sa place dans un monde en crise.

Auteur : David Foenkinos est l'auteur de plusieurs romans à succès, notamment Le potentiel érotique de ma femme, prix Roger Nimier 2004, En cas de bonheur et Les souvenirs. Il a réalisé avec son frère Stéphane Foenkinos une adaptation cinématographique de son roman La délicatesse, avec Audrey Tautou et François Damiens. Ses romans sont traduits dans près de quarante langues.

Mon avis : (lu en février 2014)
Bernard a 50 ans, marié avec Nathalie, une fille âgée de 20 ans Alice. Il travaille comme conseiller financier à la BNP. Il est heureux dans cette vie tranquille. Et voilà que tout se grippe... Au travail, Bernard est obligé de travailler au guichet, perturbé par cette humiliation ce même soir, il oublie l'anniversaire de sa femme... Et les catastrophes s'abattent peu à peu sur ce pauvre Bernard, à tel point qu'il se voit obliger de retourner vivre chez ses parents âgés de quatre-vingt ans... Comment Bernard va-t-il pouvoir remonter la pente ?
J'ai lu sans déplaisir ce nouveau livre de David Foenkinos, mais sans plus. J'ai trouvé l'intrigue sans surprise, la cohabitation parents enfant âgé de 50 ans est assez bien décrite, quelques situations m'ont fait sourire.

Merci Mathilde et les éditions J'ai Lu pour m'avoir permis de découvrir ce roman et passer un bon moment de lecture.

 

Extrait : (début du livre)
Un jour, mes parents ont eu l’étrange idée de faire un enfant : moi.

Je ne suis pas certain de saisir leurs motivations. Il est d’ailleurs possible qu’ils ne les connaissent pas eux- mêmes. Peut-être ont- ils fait un enfant un peu pour faire comme tout le monde. Je ressens encore en moi les vibrations de mes premières années, où j’étais assis au milieu du salon comme une improbable boule humaine. Mes parents me touchaient du bout des doigts, et m’embrassaient du bout des lèvres. Il y avait comme une distance de sécurité entre nous, on aurait dit qu’ils avaient peur de m’aimer. Peur d’attraper une sorte de maladie dont on ne pourrait pas se défaire. Qui sait ? Ils pourraient être contaminés par la douceur, et propulsés dans l’envie de faire un autre enfant.

J’en rajoute sûrement un peu. C’est toujours le cas, non ? Je n’ai jamais rencontré quiconque qui soit capable de parler de ses parents de manière posée, honnête et juste. Ce que j’analyse comme de la distance est sûrement leur façon de m’aimer.
Car ils m’aiment. Je ne possède pas le dictionnaire qui me permettrait de comprendre leur affection, mais je sens bien que cette affection existe. Ce n’est pas forcément concret. On se téléphone de temps à autre, on ne se dit pratiquement rien. On
survole les sujets de manière indolore, et c’est justement dans ces conversations vides que je puise une forme de tendresse. On n’a pas toujours besoin de mots. Nous nous aimons comme des mollusques doivent s’aimer. Et je crois que cela me convient plutôt bien. J’ai probablement renoncé à l’ambition d’être aimé par mes parents comme je le souhaiterais. De toute façon, et quoi que nous fassions, nous ne serons jamais rassasiés en amour.
D’emblée, notre histoire a mal commencé : ils ont décidé de m’appeler Bernard. Enfin, c’est un prénom sympathique. Au cours de ma vie, j’ai croisé quelques spécimens bernardiens, et j’en conserve plutôt un bon souvenir. Avec un Bernard, on peut passer une bonne soirée. Le Bernard impose une sorte de familiarité tacite, pour ne pas dire immédiate. On n’a pas peur de taper dans le dos d’un Bernard. Je pourrais me réjouir de porter un prénom qui est une véritable propagande pour se faire des amis. Mais non. Avec le temps, j’ai saisi la dimension sournoise de mon prénom ; il contient la possibilité du précipice. Comment dire ? En somme, je ne trouve pas que ce soit un prénom gagnant. Dans cette identité qui est la mienne, j’ai toujours ressenti le compte à rebours de l’échec. Certains prénoms sont comme la bande- annonce du destin de ceux qui les portent. À la limite, Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, avec un tel prénom, je n’allais pas révolutionner l’humanité.

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Challenge Rentrée Hiver 2014

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24 février 2014

C'est lundi, que lisez-vous ? [162]

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 (c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ? 

La-Femme-à-la-clé 93198948 zoé 93300772 9782070140510FS 

La Femme à la clé - Vonne van der Meer 
Last exit to Brooklyn - Hubert Selby Jr 
Zoé - Chabouté 
Du sang sur Abbey Road - William Shaw 
Le confident - Hélène Grémillon 

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

La tête de l'emploi - David Foenkinos (partenariat J'ai Lu)
La petite communiste qui ne souriait jamais - Lola Lafon

Que lirai-je cette semaine ?

Et tu danses, Lou - Pom Bessot et Philippe Lefait
Wifi Génie - Luc Blanvillain 
Si tu meurs, elle reviendra - Maud Tabachnik (partenariat Flammarion)
Le Duel - Arnaldur Indridason

Bonne semaine, bonnes lectures !

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23 février 2014

Le confident - Hélène Grémillon

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Ecoutez lire - février 2013 - 8h - Lu par Carole Bouquet, Sara Forestier, Jacques Weber et l'auteur

Plon – août 2010 – 301 pages

Folio - mars 2012 - 320 pages

Prix Lire dans le noir 2013

Quatrième de couverture :
Camille vient de perdre sa mère. Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. 

Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspens psychologique. 

Auteur : Après une maîtrise de lettres et un DEA d'histoire, Hélène Grémillon s'est lancée dans le journalisme et la réalisation. Auteur de plusieurs courts-métrages et du clip de la chanson « la Jupe en laine » pour Julien Clerc. Elle a 32 ans. Le Confident est son premier roman.

Mon avis : (écouté en février 2014)
J'ai redécouvert ce roman en version audio avec beaucoup de plaisir. Après le décès de sa mère, Camille découvre parmi les lettres de condoléance reçues une lettre mystérieuse non signée. Au début, elle croit à une erreur mais plusieurs lettres du même genre arrivent jours après jours. Sur fond de Seconde Guerre Mondiale, elles racontent
une histoire d'amour, puis de haine entre deux femmes à propos d'un enfant et d'un homme. Ce roman à plusieurs voix dévoile petit un petit l'histoire d'un secret de famille très intelligement construite.
L'histoire est poignante et j'ai beaucoup aimé la redécouvrir grâce aux voix de quatre lecteurs formidables : Hélène Gremillon, Jacques Weber, Sara Forestier et Carole Bouquet.

Extrait : (début du livre)
Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un évènement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.

Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.

Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.

- Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.
- Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.
- Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il se savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.
- Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.

Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.

Déjà lu du même auteur :

leconfident Le confident

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22 février 2014

Du sang sur Abbey Road - William Shaw

Lu en partenariat avec Les Escales

9782365690683 Les Escales Noires - janvier 2014 - 432 pages

traduit de l’anglais par Paul Benita

Titre original : A Song From Dead Lips, 2013

Quatrième de couverture :
Londres, 1968, quartier d'Abbey Road. Le corps nu d'une jeune femme est retrouvé sous un matelas. En charge de l'enquête, le détective Cathal Breen pense à une des fans des Beatles qui campent près du célèbre studio. Après avoir terni sa réputation par un inexplicable acte de lâcheté, Breen sait que cette affaire est son unique chance de sauver sa carrière. Mais ce vieux garçon, encore sous le choc de la mort de son père, va devoir faire face à une société en pleine mutation qui le dépasse. Et personne n'incarne mieux cette nouvelle réalité que la jeune inspectrice chargée de l'assister. Le duo improbable est loin d'imaginer que, dans le swinging London où sexe, drogue et pop music échauffent les esprits, il va se retrouver plongé dans un cocktail explosif de corruption, de tensions raciales et de trafic d'armes...

Auteur : William Shaw a écrit sur la culture populaire et underground pour The Observer et le New York Times. En tant que contributeur pour le magazine Details, il a suivi les New Age Travellers, infiltré la scène musicale néo-nazie américaine et vécu un mois à la façon des hommes de Cro-Magnon dans le désert de l'Utah.

Mon avis : (lu en février 2014)
1968, Londres quartier de Abbey Road évidement le lieu tout comme l'époque font penser aux Beatles... C'est dans cette atmosphère "so british" que se déroule ce roman policier très réussi. Dès le début, le cadavre d'une jeune fille nue est découvert près d'un tas d'ordures au fond d'une ruelle. L'enquête est mené par l'inspecteur Breen et Helen une jeune inspectrice stagiaire.
Ce duo improbable est très attachant. Breen vient de perdre son père qui vivait avec lui, d'origine irlandaise, il n'a jamais été vraiment intégré au poste de police. En plus dernièrement, par lâcheté il a fuit alors qu'un de ses collègues était menacé d'un couteau par un cambrioleur. Il a donc à coeur de résoudre cette difficile enquête. Découvrir l'identité de la victime et comprendre comment, pourquoi et par qui a-t-elle été tuée ?
Helen Tozer, sa nouvelle coéquipière, a du caractère, elle n'hésite pas à se révolter contre le maschisme de ses collègues policiers. Elle cache un drame familiale. Elle est fan de la première heure des Beatles. L'intrigue est vraiment très bien construite, palpitante, il est question de racisme, de guerre au Biafra, de drogue, de fans, de trafics... 
Tout au long du livre, des petits détails : disques vinyles, tourne disques, machines à écrire, mini-jupes, nous rappellent que l'intrigue se situe à la fin des années 60. Sans oublier l'absence de téléphone portable qui pourtant aurait été bien utile durant l'enquête...
En fin de livre, une note de l'auteur très intéressante donne des précisions sur quelques faits réels de l'époque évoqués dans le livre.

Merci Anaïs et les éditions Les Escales pour m'avoir permis de découvrir ce roman policier très réussi.

Autre avis : Valérie, Keisha

Extrait : (début du livre)
— Pourquoi n’y es-tu pas allé quand je te l’ai dit, avant de quitter la maison ?
La question est adressée à un petit garçon en culotte courte et en colère. Nounou, les cheveux fous dans le vent d’octobre, conduit
l’immense poussette Silver Cross de la main droite et traîne le garçon de la gauche. Bébé a abandonné Ninou, son éléphant en
peluche, et pleurniche sous la couverture jaune. Ils reviennent du parc. Aucune autre nounou n’y était. Il faisait trop froid, mais la
mère des enfants tient à ce qu’ils sortent tous les matins avant la collation de 11  heures. Maman croit aux bienfaits du grand
air et de l’exercice, bien qu’elle- même préfère rester chez elle à fumer ses Park Drive et à parler pendant des heures au téléphone
comme si ça ne coûtait rien, ou à jouer au solitaire.
— Je te l’avais bien dit, non ?
Nounou se débat pour avancer, façon crabe, les deux bras tendus, l’un poussant, l’autre tirant.
— Non ?
Elle porte la cape bleu marine qu’elle déteste. Des mocassins de grand- mère, noirs à pompons. Maquillage interdit. Jupes sous
le genou. Et Papa a les mains baladeuses.
Le garçon possède déjà l’assurance de celui qui sait que Nounou n’est qu’une employée rémunérée – trois livres dix par semaine,
pension comprise – et peut donc être traitée comme telle.
— C’est maintenant que je dois y aller.
Ses consonnes sont nettes et articulées. Il provient d’une lignée qui croit que donner des ordres requiert un langage impeccable.
— Tu ne peux pas te retenir un peu ? demande Nounou.
Les premières feuilles d’automne volent autour d’eux.
— Cinq petites minutes ?
Le garçon réfléchit une seconde puis répond simplement :
— Non.
— Montre- moi comme tu es fort.
— Je suis fort, mais il faut que je fasse pipi, dit- il d’une voix trop grave pour son âge.
Nounou aurait voulu être plus douée à ce jeu. Elle est jeune, sans expérience. Elle a accepté ce boulot pour échapper à la province.
Elle imaginait Carnaby Street, elle a eu St John’s Wood, un enfant gâté en blazer, culotte courte et fixe- chaussettes, dont le père
veut lui tripoter le derrière dès que la mère a les yeux tournés.
À dix-sept ans, seule et sans personne ici, son unique plaisir est d’écouter Radio Luxembourg le soir. La radio lui dit qu’il en existe
d’autres comme elle quelque part en Angleterre et ça l’empêche de devenir folle. Hier, le disc- jockey a joué Fire de The Crazy World of Arthur Brown et elle aurait voulu que son monde soit aussi dément que ça, que le monde entier brûle dans les flammes.
Ils lui donnent ses dimanches, et alors ? Il ne se passe jamais rien le dimanche. La dernière fois, elle est allée à Kensington juste pour voir les vêtements dans les vitrines éteintes des boutiques. 
De toute façon, elle n’aurait pas pu s’en offrir un seul. Elle rêve que David Bailey la repère, qu’il l’habille comme un mannequin pour la prendre en photo et qu’il la rende célèbre, mais si elle ressemble à une vieille sorcière, personne ne la remarquera jamais.
Rien de ce qu’il se passe n’est pour elle. C’est ça, Londres.
— Qu’est- ce que tu chantes ? C’est horrible. Arrête de chanter.
Elle chantait ? Peut- être le tube d’Arthur Brown qui tourne en boucle dans sa tête. Elle décide d’essayer d’ignorer le garçon et de continuer à avancer. Elle remarque que, sous sa couverture jaune, Bébé pleure plus fort. C’est presque l’heure du biberon.
— Tu chantais de la pop music. La pop music n’est qu’un bruit ignoble.
Le perroquet de sa mère.

  Challenge Trillers et Polars
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catégorie "Même pas peur" :  21/25

Challenge Petit Bac 2014
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"Bâtiment" (2)

 Challenge Voisins Voisines 2014
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Angleterre

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Challenge Rentrée Hiver 2014

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