10 septembre 2015

Et tu n'es pas revenu - Marceline Loridan-Ivens

Et tu es revenuGrasset - février 2015 - 112 pages

Quatrième de couverture :
« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Auteurs : Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée  à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment « La petite prairie aux bouleaux », avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008).
Judith Perrignon est journaliste et romancière. 

Mon avis : (lu en août 2015)
J'avais été ému par le passage de Madame Marceline Loridan-Ivens à la Grande Librairie. Son témoignage d'une fille à son père est bouleversant. Elle revient sur ses jours de souffrances en déportation à Auschwitz-Birkenau avec son père, à l'arrivée au camp, ils ont été séparés. Ils se croiseront une dernière fois, se prendront rapidement dans les bras... Ensuite, Marceline est revenue seule, et toutes ses années, il a fallu vivre avec cette absence.
Ce livre est cours mais intense, il m'a fait penser à Si c'est un homme de Primo Levy, c'est un devoir de mémoire indispensable. 

Extrait : (début du livre)
J'ai été quelqu'un de gai, tu sais, malgré ce qui nous est arrivé. Gaie à notre façon, pour se venger d'être triste et rire quand même. Les gens aimaient ça de moi. Mais je change. Ce n'est pas de l'amertume, je ne suis pas amère. C'est comme si je n'étais déjà plus là. J'écoute la radio, les informations, je sais ce qui se passe et j'en ai peur souvent. Je n'y ai plus ma place. C'est peut-être l'acceptation de la disparition ou un problème de désir. Je ralentis.

Alors je pense à toi. Je revois ce mot que tu m'as fait passer là-bas, un bout de papier pas net, déchiré sur un côté, plutôt rectangulaire. Je vois ton écriture penchée du côté droit, et quatre ou cinq phrases que je ne me rappelle pas. Je suis sûre d'une ligne, la première, «Ma chère petite fille», de la dernière aussi, ta signature, «Shloïme». Entre les deux, je ne sais plus. Je cherche et je ne me rappelle pas. Je cherche mais c'est comme un trou et je ne veux pas tomber. Alors je me replie sur d'autres questions : d'où te venaient ce papier et ce crayon ? Qu'avais-tu promis à l'homme qui avait porté ton message ? Ça peut paraître sans importance aujourd'hui, mais cette feuille pliée en quatre, ton écriture, les pas de l'homme de toi à moi, prouvaient alors que nous existions encore. Pourquoi est-ce que je ne m'en souviens pas ? Il m'en reste Shloïme et sa chère petite fille. Ils ont été déportés ensemble. Toi à Auschwitz, moi à Birkenau. 
L'Histoire, désormais, les relie d'un simple tiret. Auschwitz-Birkenau. Certains disent simplement Auschwitz, plus grand camp d'extermination du Troisième Reich. Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout. Auschwitz était adossé à une petite ville, Birkenau était dans la campagne. Il fallait sortir par la grande porte avec son commando de travail, pour apercevoir l'autre camp. Les hommes d'Auschwitz regardaient vers nous en se disant c'est là qu'ont disparu nos femmes, nos soeurs, nos filles, là que nous finirons dans les chambres à gaz. Et moi je regardais vers toi en me demandant, est-ce le camp ou est-ce la ville ? Est-il parti au gaz ? Est-il encore vivant ? Il y avait entre nous des champs, des blocs, des miradors, des barbelés, des crématoires, et par-dessus tout, l'insoutenable incertitude de ce que devenait l'autre. C'était comme des milliers de kilomètres. A peine trois, disent les livres.
Ils n'étaient pas nombreux les détenus qui pouvaient circuler de l'un à l'autre. Lui c'était l'électricien, il changeait les rares ampoules de nos blocs obscurs. Il est apparu un soir. Peut-être était-ce un dimanche après-midi. En tout cas, j'étais là quand il est passé, j'ai entendu mon nom, Rozenberg ! Il est entré, il a demandé Marceline. C'est moi, je lui ai répondu. Il m'a tendu le papier, en disant, «C'est un mot de ton père».

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09 septembre 2015

Les Crocodiles - Thomas Mathieu

crocodiles Le Lombard - octobre 2014 - 176 pages

Quatrième de couverture :
Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Son travail s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et d'une nouvelle génération de féministes qui utilisent internet pour réfléchir et informer sur des concepts tels le "slut-shaming" ou le "privilège masculin". Dans ses planches, les décors et les personnages féminins sont traités en noir et blanc de manière réaliste tandis que les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles verts. Le lecteur ou la lectrice est invité à épouser le point de vue de la femme qui témoigne et à questionner le comportement des crocodiles particulièrement quand ils endossent le rôle stéréotypé de dragueurs/ prédateurs/dominants.
Auteur : Thomas Mathieu tient un blog depuis 2006, ouvert lors de ses études de bande dessinée à Saint-Luc à Bruxelles. Depuis, il a publié quelques bandes dessinées, des récits intimes de couples et de la fiction de mauvais genre. En parallèle, il continue d'expérimenter sur son blog et participe à de nombreux projet, comme la "digiteam" de « EspritBD », le feuilleton en ligne « Les Autres Gens » de Thomas Cadène ou encore le journal numérique « Mauvais Esprit » dirigé par James et Boris Miroir. Actuellement, il se consacre principalement à son tumblr « Projet Crocodiles » qui traduit sous forme de bande dessinée des témoignages de femmes liés au harcèlement de rue et au sexisme ordinaire en général.

Mon avis : (lu en juillet 2015)
J'ai découvert l'existence de cette BD grâce à la blogosphère en décembre dernier... Il était temps que je découvre cette BD témoignage ! Thomas Mathieu a recueilli des témoignages de femmes autour du harcèlement, du sexisme. Il a illustré ces témoignages en représentant les hommes sous forme de crocodiles verts. Dans cette BD, l'auteur conseille le lecteur de s'identifier aux femmes et la violence des "crocodiles" est édifiante. Dans le cas d'une agression, l'absence de réaction des témoins est également violent pour la victime...
Un sondage, fait sur des femmes de région parisienne et sorti au printemps dernier, disait que 100% des femmes utilisant les transports en communs ont subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement sexiste ou une agression sexuelle. Cette BD est vraiment d'utilité publique et je conseille à chacun de la lire.
Après les témoignages, Thomas Mathieu donne des stratégies pour réagir en tant que victime ou en tant que témoins . C'est la meilleure façon de faire retourner les "Crocodiles" dans leur marigot... A eux d'avoir honte !

Autres avis : Enna, Mo 

Extrait : voir ici

 

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07 septembre 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [226]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ces dernières semaines ? 

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Tout foutre en l'air - Antoine Dole 
Checkpoint - Jean-Christophe Rufin 
Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows 
Macadam - Jean-Paul Didierlaurent


Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Tout ce qui est solide se dissout dans l'air - Darragh McKeon (partenariat Belfond)

Que lirai-je la semaine prochaine ?

Si c'était un homme - Primo Levi (partenariat Audiolib)
Mentine : Cette foisc'est l'internat ! - Jo Witek (partenariat Flammarion Jeunesse)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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06 septembre 2015

Macadam - Jean-Paul Didierlaurent

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

macadam Au Diable Vauvert - septembre 2015 - 160 pages

Quatrième de couverture :
Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, une dame pipi déverrouille la cabine numéro huit…

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent habite dans les Vosges. Nouvelliste exceptionnel lauréat de nombreux concours, trois fois finaliste et deux fois lauréat du Prix Hemingway, Le Liseur du 6h27 est son premier roman.

Mon avis : (lu en août 2015)
En acceptant de recevoir ce livre en partenariat, je n'avais pas fait attention qu'il s'agissait d'un livre de nouvelles. En effet, avant d'écrire son premier roman Le Liseur du 6h27, l'auteur a été nouvelliste et a gagné quelques prix prestigieux.
Voilà donc onze nouvelles variées et très réussites. C'est une galerie de personnages très différents, dans des situations multiples et avec souvent une conclusion étonnante. Certaines nouvelles sont amusantes, d'autres plus sombres et beaucoup émouvantes...
Tour à tour, vous ferez la rencontre d'un prêtre qui s'ennuie pendant les confessions, d'une jeune femme trouvant l'amour aux caisses d'un peage, d'un soldat sauvé pendant la guerre par un bouleau blanc, d'un musicien de corrida, d'une dame pipi, d'un vieillard attendant la mort dans sa maison de retraite... Avec une imagination sans borne, l'auteur nous transporte dans des univers différents, avec une écriture à la fois subtile et sans concession. A découvrir sans modération !

Merci et les éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture savoureuse.

Extrait :
Des échanges ne devaient pas excéder le temps de référence fixé en début d’année par son responsable lors de son entretien de progrès et qui était de quatorze secondes exactement en ce qui la concernait. Selon le dernier suivi mensuel, elle était encore à plus de trois secondes de son objectif. Mathilde emmerdait son objectif. Elle ne manquait jamais de glisser une petite phrase supplémentaire au milieu du plan de dialogue lorsqu'elle en avait l'occasion (...) Mais la nouvelle Mathilde se foutait des consignes. La nouvelle Mathilde avait soif de contacts, qu’ils soient visuels ou tactiles, fussent-ils brefs. Et puis trois secondes, ce n’était pas la lune. Si ça ne leur plaisait pas que le signal lumineux de la file numéro douze reste au rouge un peu plus longtemps que les autres, ils n’avaient qu’à le lui dire en face. Mais on ne lui disait plus rien en face, à Mathilde, pas même le responsable de zone, ce même responsable qui, avant l’accident, n’aurait jamais manqué une occasion de lui balancer une vanne graveleuse et pleine de sous-entendus en la regardant droit dans les seins et qui à présent l’évitait comme une pestiférée.

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3/6

Déjà lu du même auteur :

96496883 Le liseur du 6h27

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04 septembre 2015

Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables - Annie Barrows

le secret de la manufacture Nil - juin 2015 - 621 pages

traduit par Claire Allain et Dominique Haas

Titre original : The Truth According to Us, 2015

Quatrième de couverture :
Ce n'était pas le projet estival dont Layla avait rêvé. Rédiger l'histoire d'une petite ville de Virginie-Occidentale et de sa manufacture de chaussettes, Les Inusables Américaines. Et pourtant... Eté 1938. Layla Beck, jeune citadine fortunée, refuse le riche parti que son père lui a choisi et se voit contrainte, pour la première fois de sa vie, de travailler. Recrutée au sein d'une agence gouvernementale, elle se rend à Macedonia pour y écrire un livre de commande sur cette petite ville. L'été s'annonce mortellement ennuyeux. Mais elle va tomber sous le charme des excentriques désargentés chez lesquels elle prend pension. Dans la famille Romeyn, il y a... La fille, Willa, douze ans, qui a décidé de tourner le dos à l'enfance... La tante, Jottie, qui ne peut oublier la tragédie qui a coûté la vie à celui qu'elle aimait... Et le père, le troublant Félix, dont les activités semblent peu orthodoxes. Autrefois propriétaire de la manufacture, cette famille a une histoire intimement liée à celle de la ville. De soupçons en révélations, Layla va changer à jamais l'existence des membres de cette communauté, et mettre au jour vérités enfouies et blessures mal cicatrisées.

Auteur : Annie Barrows est née en 1962 en Californie. Mariée, mère de deux enfants, elle se consacre à l'écriture et a publié de nombreux livres jeunesse. Elle a écrit avec sa tante Mary Ann Shaffer Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates.

Mon avis : (lu en août 2015)
Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un de mes livres préféré et je voulais vraiment découvrir le nouveau roman d'Annie Barrows. Cette histoire est très différente du premier livre mais cela ne m'a pas empêcher de beaucoup aimer cette lecture.
Nous sommes en 1938, aux États-Unis, dans la petite ville de Macedonia en Virginie-Occidentale. La ville vit grâce à son usine de chaussettes, les Inusables Américaines. Layla Beck, fille d'un sénateur puissant et fortuné, refuse d'épouser le mari que son père lui a choisi. Elle se retrouve donc sans ressource et la voilà contrainte de travailler pour une agence gouvertementale. Elle est envoyée à Macedonia pour écrire l'histoire de la ville qui fête ses 150 ans. Layla prend pension chez la famille Romey qui était autrefois propriétaire de la manufacture. Cette famille est assez excentrique et très attachante en particulier Willa, fillette âgée de 12 ans, qui se pose pleins de questions sur les adultes et Jottie, sa tante, qui l'élève elle et sa jeune soeur...
A travers les voix de Layla, Willa et Jottie nous plongeons dans le présent et le passé de Macedonia et de ses habitants hauts en couleur...
J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir ce livre plein de fantaisie, de poésie et d'humour, j'ai particulièrement aimé le personnage de Willa et j'ai été touchée par Jottie.

Autre avis : Unautreendroit

Extrait : 
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Déjà lu du même auteur :

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02 septembre 2015

Checkpoint - Jean-Christophe Rufin

checkpoint Gallimard - avril 2015 - 400 pages

Quatrième de couverture : 
Maud, vingt et un ans, cache sa beauté et ses idéaux derrière de vilaines lunettes. Elle s'engage dans une ONG et se retrouve au volant d'un quinze tonnes sur les routes de la Bosnie en guerre. Les quatre hommes qui l'accompagnent dans ce convoi sont bien différents de l'image habituelle des volontaires humanitaires. Dans ce quotidien de machisme, Maud réussira malgré tout à se placer au centre du jeu. Un à un, ses compagnons vont lui révéler les blessures secrètes de leur existence. Et la véritable nature de leur chargement. A travers des personnages d'une force exceptionnelle, Jean-Christophe Rufin nous offre un puissant thriller psychologique. Et l'aventure de Maud éclaire un des dilemmes les plus fondamentaux de notre époque. A l'heure où la violence s'invite jusqu'au coeur de l'Europe, y a-t-il encore une place pour la neutralité bienveillante de l'action humanitaire ? Face à la souffrance, n'est il pas temps, désormais, de prendre les armes ?

Auteur : Pionnier du mouvement humanitaire des "French doctors», Jean-Christophe Rufin est l'auteur de romans désormais classiques : Rouge Brésil (prix Goncourt 2001), L'Abyssin, Le grand Cœur. Nombre de ses ouvrages (Katiba, Globalia, Immortelle randonnée) éclairent de façon prémonitoire le monde contemporain.

Mon avis : (lu en août 2015)
Avant de commencer ce roman, je vous conseille de lire la postface écrite par l'auteur. Ayant été lui-même un des "French doctors", il nous explique pourquoi il a écrit ce livre.

Cette histoire est un huis clos qui met en scène une femme et quatre hommes qui convoient dans deux camions, un chargement de premiers secours destiné à des habitants de Bosnie pendant la guerre de 1995. 
Les cinq membres de cette équipe ont des personnalités et des motivations très différentes et pas toujours avouées pour participer à ce convoi humanitaire. Le lecteur va découvrir au fil du récit l'histoire de chacun et leurs idéaux... L'entente n'est pas là dans l'équipe et très rapidement des tentions vont apparaître. Jean-Christophe Rufin a construit cette histoire comme un suspense, l'atmosphère est lourde, quelques surprises et rebondissements sont présentes. Le récit et l'aventure est palpitante... Il nous invite à réfléchir sur le rôle de l'humanitaire aujourd'hui, est-il seulement là pour porter secours à des populations ? Doit-il seulement nourrir et soigner ?
J'ai dévoré Check-point comme un roman policier, je me suis attachée aux différents protagonistes, les descriptions des lieux traversés par le convoi m'ont fait voyager. Une très belle découverte.

Extrait : (début du livre)
Bosnie centrale, 1995

Marc arrêta le camion, sans explication.
— Passe-moi les jumelles.
Maud les tira de la boîte à gants et les lui tendit. Il sortit et se planta sur le bord de la route. Elle le vit scruter longuement l’horizon.
Forçant la douleur, elle parvint à s’asseoir et à essuyer la buée sur la fenêtre. D’où ils se trouvaient, on embrassait un vaste panorama et, s’il avait fait moins mauvais, on aurait peut-être pu voir jusqu’à l’Adriatique. Avec la neige qui tombait, on distinguait tout de même l’ensemble du haut plateau qu’ils avaient traversé. À l’œil nu, Maud ne voyait qu’une étendue blanche, à perte de vue. Tantôt la route plongeait dans des creux, tantôt elle reprenait de l’altitude. Ils s’étaient arrêtés sur un point haut. Vers le sud, les tours en ruine d’un château médiéval se découpaient sur le fond plombé d’un nuage de neige. Marc revint et lança les jumelles sur le tableau de bord. Il redémarra, plus tendu que jamais.
— Qu’est-ce que tu as vu ? 
— Ils sont passés.
Maud ne dit rien. Elle percevait de la rancune dans sa voix. Elle s’en voulait d’être blessée, de ne pas pouvoir conduire. Si, derrière, leurs poursuivants pouvaient se relayer au volant, Marc seul ne pourrait pas tenir le rythme. Il y pensait certainement et devait calculer les conséquences de leur échec : l’affrontement inévitable, le chargement découvert, la mort peut-être.
Maud essaya de bouger mais il n’y avait rien à espérer. Dès qu’elle tendait les bras, une douleur aiguë lui transperçait le dos, au point de lui donner envie de crier.
— On a combien de temps d’avance, tu crois ?
— Six heures à peine.
— Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Il ne répondit pas et elle lui en voulut. Elle avait l’impression de ne compter pour rien. Il avait un air si hostile qu’elle ne put s’empêcher de penser à ses idées de la nuit. Dans l’action, il était seul. C’était le revers de sa force, la règle du jeu dans son monde.
Maud avait envie de pleurer et elle s’en fit le reproche.
Ils roulèrent silencieusement pendant près d’une heure. Soudain, Marc arrêta de nouveau le camion. Il ne donna aucune explication et, sans un mot, redescendit sur la route. Elle le vit d’abord s’accroupir devant la cabine et toucher le sol glacé. Puis il disparut à l’arrière. Quand il remonta, des flocons couvraient ses cheveux. Il neigeait dru maintenant et, en quelques instants, le pare-brise s’était couvert d’une pellicule blanche.

Déjà lu du même auteur :

l_abyssin_p L'Abyssin immortelle_randonnee Immortelle randonnée Compostelle malgré moi 

9782356416353_T Immortelle randonnée Compostelle malgré moi (audio livre) 

le grand coeur_folio Le grand Cœur le collier rouge Le collier rouge

 

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01 septembre 2015

Tout foutre en l'air - Antoine Dole

tout foutre en l'air Actes Sud Junior - avril 2015 - 58 pages

Quarième de couverture :
Lorsqu'elle rencontre Olivier sur internet, elle a enfin le sentiment de pouvoir tout partager avec quelqu'un. Y compris ses pensées les plus secrètes, ses peines parfois aussi. Malgré les mises en gardes de ses parents, leurs craintes de la voir sortir avec un garçon plus âgé qu'elle, l'influence qu'il a sur elle grandit. Au point de s'enfuir avec lui, d'être prête à le suivre n'importe où, jusqu'au bout. Pourtant, au fil de leur échappée nocturne, son instinct reprend le dessus : elle veut vivre sa vie à elle. Un texte troublant qui évoque avec justesse la solitude d'une adolescente et les dérives des relations virtuelles.
Auteur : Né en 1981, Antoine Dole vit entre Chambéry et Paris. Après un premier roman remarqué en 2008, Je reviens de mourir, il publie Laisse brûler (2010), K-Cendres (2011), A copier cent fois (2013) et Ce qui ne nous tue pas (2014). Il crée en parallèle le personnage de bande dessinée Mortelle Adèle ainsi que différentes sagas pour la presse jeunesse (Zoé Super, Karen 2.0). 
Mon avis : (lu en août 2015)
Un livre court, mais un texte fort. Le lecteur suit la fuite d'une adolescente. Il y a quelques mois, elle a rencontré Olivier sur internet et il l'a compris. Un soir, désobéissant à ses parents, elle quitte le domicile familiale pour le rejoindre et réaliser la promesse qu'ils se sont faite, elle et Olivier... Je n'en dirai pas beaucoup plus pour ne pas dévoiler l'essentiel du livre.
Le style de l'auteur est juste, percutant, il plonge le lecteur au coeur de l'intrigue, qui se retrouve à courir au côté de la jeune fille, le rythme rappelle celui d'un film policier, même du suspense existe... Ce livre invite à la réflexion autour de l'adolescence, des rencontres sur internet qui peuvent être toxiques. A lire par les parents et les adolescents. 

Extrait : (début du livre)
Toutes ces choses qu'on dit qu'on fera et qu'on ne fait jamais. Idées qu'on lance en l'air, promesses à soi-même qu'on sait déjà qu'on ne tiendra pas. Et dans le ventre, comme un vide qui grandit à force d'ingurgiter des pensées creuses : des prétextes, des excuses, tous ces mensonges à soi-même et ceux qu'on fait aux autres. Leurs "Ça va ?" qui ne déclenchent plus rien que des "Oui bien, et toi ?" quand le dedans veut se vomir.
Sauf que cette fois, oui, "cette fois" on se dit que ce sera différent. Pour prouver que la douleur est palpable, qu'elle n'est pas dans notre tête. Pour leur montrer à tous, leur prouver qu'ils ont eu tort de douter, de ne pas y croire, de ne pas vouloir voir.
Mais même là, c'est chaque fois pareil. Pas vouloir se l'avouer. Un pas en avant puis deux pas en arrière.
Même à reculons, continuer à le dire, et chercher à s'en convaincre à chaque syllabe qu'on prononce : Oui, ce soir je vais le faire.

Car ce soir, oui, je vais le faire.

Déjà lu du même auteur :

a_copier_100_fois A copier 100 fois 95103899 Ce qui ne nous tue pas

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31 août 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [225]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ces dernières semaines ? 

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Camille, mon envolée - Sophie Daull 
Dans les eaux du lac interdit - Hamid Ismaïlov 
Millenium - tome 2 - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et José Homs


Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Millenium 4 - David Lagercrantz 
Tout ce qui est solide se dissout dans l'air - Darragh McKeon (partenariat Belfond)

Que lirai-je la semaine prochaine ?

Si c'était un homme - Primo Levi (partenariat Audiolib)
Mentine : Cette foisc'est l'internat ! - Jo Witek (partenariat Flammarion Jeunesse)


Bonnes lectures et bonne semaine !

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30 août 2015

Millenium - tome 2 - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et José Homs

millenium2 Dupuis - novembre 2013 - 64 pages

Quatrième de couverture : 
Tout à son enquête sur le sort d'Harriet Vanger, disparue vingt ans auparavant, Mikael Blomkvist s'enfonce inexorablement dans les méandres de l'histoire de la famille Vanger, dont il exhume les vilains secrets, les hontes et les non-dits. Lisbeth Salander, qui l'a rejoint sur l'île, le seconde. Ensemble, ils réalisent que la disparition d'Harriet n'est peut-être que la partie visible d'un événement bien plus profond, et bien plus sombre. Partis à la recherche d'un fantôme, ils se retrouvent sur la piste sanglante, et bien réelle, d'un tueur psychopathe. Un puzzle terrible se reconstitue peu à peu sous leurs yeux, tandis que pèse sur eux une menace de plus en plus précise, d'autant plus redoutable que leur manque encore la pièce maîtresse d'un drame auquel la disparition d'Harriet est intimement liée...

Auteurs : Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.
Né en 1971 à Tournai d'une mère Belge et d'un père Français, ayant grandi dans le sud de la France, c'est en compagnie des Astérix, Batman et autres Spirou que Sylvain Runberg étanche sa soif de bulles, le tout entrecoupé de récits historiques et de romans divers, manière de titiller son imaginaire en devenir. Il passe son bac d'Arts Plastiques dans le Vaucluse avant d'obtenir une Maîtrise d'Histoire contemporaine à la faculté d'Aix en Provence, années étudiantes ponctuées de nombreux voyages en Europe et d'organisation de soirées musicales, du rock indépendant à la musique électronique. Sylvain Runberg évolue ensuite plusieurs années en librairie avant de rejoindre le monde de l'édition. Il déménage alors à Paris pour rejoindre les Humanoïdes Associés. Mais un fâcheux accident l'immobilise plusieurs mois durant l'année 2001. Il s'essaye alors à l'écriture durant sa convalescence et s'aperçoit que ça lui plait plus que de raison et décide de continuer. En 2004, Sylvain sort son premier album, « Astrid » avec Karim Friha. Suivent ensuite des projets aux univers variés : les « Colocataires » avec Christopher, série inspirée par ses années étudiantes aixoises, « Hammerfall », avec Boris Talijancic, saga médiévale fantastique ayant pour cadre la Scandinavie du VIIIe siècle et la série de science fiction « Orbital », réalisée avec Serge Pellé. 
Né en 1975 en Espagne, José Homs se revoit tout petit entouré de crayons et de papiers. Une vocation précoce : raconter des histoires en dessinant. Il passe par l'école Joso de Barcelone, ou il fait de grandes rencontres mais suit peu de cours. Il gagne très vite sa vie grâce au dessin : publicité, presse, design, graffiti... Sa carrière l'amène ensuite à devenir pendant deux ans le dessinateur de "Red Sonja". Mais les cadences et les contraintes du marché américain le laisse frustré. À la naissance de sa fille, il décide de chercher une collaboration qui corresponde mieux à ses inclinations premières... Il travaille aujourd'hui, ravi, sur "L'Angelus", une histoire de Frank Giroud.

Mon avis : (lu en août 2015)
J'avais lu le premier tome il y a déjà deux ans et j'ai été ravie retrouver Lisbeth Salander et Mickaël Blomkvist d'autant plus que je viens de commencer le nouveau Millenium... Même très bonne impression que pour le tome 1, l'adaptation est très fidèle au roman Le dessin très réussi, restitue parfaitement l'atmosphère de l'histoire avec ses côtés sombres et ses tensions... J'ai vraiment pris du plaisir à redécouvrir cette histoire prenante dans cette nouvelle interprétation. J'ai également emprunté les tomes 3 et 4 que je lirai très prochainement.

 

Extrait : 

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Déjà lu de la même série :

88596558_p Millenium - tome 1

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27 août 2015

Dans les eaux du lac interdit - Hamid Ismaïlov

Lu en partenariat avec les éditions Denoël

dans les eaux du lac interdit Denoël - août 2015 - 128 pages

traduit de l'anglais (Ouzbékistan) par Héloïse Esquié

Titre original : The Dead Lake, 2011

Quatrième de couverture
Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer… À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.

Auteur : Né en 1954 au Kirghizistan, Hamid Ismaïlov est un journaliste et écrivain ouzbek. Contraint de fuir l'Ouzbékistan en 1992, il a vécu en Russie, en France et en Allemagne avant de s'installer à Londres avec sa famille, où il dirige le service Asie centrale de la BBC. En France, il est l'auteur des Contes du chemin de fer (2009).

Mon avis : (lu en août 2015)
J'ai accepté de lire ce livre par curiosité pour un auteur venant d'Ouzbékistan. 
Pendant un voyage à travers les steppes kazakhes, le train s'arrête et un jeune garçon monte pour vendre du lait aux voyageurs. Il se met également à jouer du Brahms au violon et le narrateur et les autres voyageurs sont subjugués. Yerzhan a le corps d'un garçon de 12 ans, en réalité, il a 27 ans. Au bout du monde, dans ce train, Yerzhan raconte alors son incroyable histoire.
La note présente en exergue du livre, "Entre 1949 et 1989, au Polygone nucléaire de Semi-palantisk, il fut réalisé un total de 468 explosions nucléaires, dont 125 explosions atmosphériques et 343 explosions souterraines. La puissance totale des appareils nucléaires testés dans l'atmosphère et sous la terre au Polygone (dans une région peuplée) dépassait par un facteur de 2 500 la puissance de la bombe lâchée sur Hiroshima par les Américains en 1945.", donne au lecteur quelques pistes sur la raison de la petite taille de Yerzhan. 
Difficile de classer ce livre, est-ce un conte ou un roman militant ? Le livre est court mais sa lecture n'est pas fluide. Il y a trois parties avec des retours entre passé et présent. Dans la première partie, Yerzhan nous raconte sa naissance et son enfance dans un hameau de deux maison en bordure de chemin de fer, il n'a pas de père et sa mère ne parle pas, il vit avec ses grands-parents. Dans l'autre maison vit Aisulu, une petite fille âgée d'un an de moins, qui sera sa compagne de jeu, sa confidente, son amoureuse. Ils espèrent un jour se marier. Yerzhan est très intelligent et doué pour la musique dès son plus jeune âge.
La spécificité de l'endroit où ils vivent est pleinement évoquée dans la seconde partie, avec la Guerre Froide et le besoin pour l'URSS de surpasser les Etats-Unis, les beaux paysages et l'immensité de ces lieux sont sacrifiés. Yerzhan et ses proches ne sont pas conscients de l'ampleur des dangers qui les menacent.
Mon avis est mitigé, j'ai aimé les personnages de Yerzhan et Aisulu mais j'ai eu parfois du mal à suivre la pensée de l'auteur.

Merci Célia et les éditions Denoël pour cette découverte.

Extrait : (début du livre)
Cette histoire commença d’une manière on ne peut plus prosaïque. Je traversais les steppes immenses du Kazakhstan en train. Le voyage durait depuis déjà quatre nuits. Dans les gares de trous perdus, des cheminots cognaient au marteau sur les roues en poussant des jurons en kazakh. Le fait de les comprendre me gonflait d’une secrète fierté. Pendant la journée, les plates-formes et les couloirs des wagons résonnaient des piaillements de femmes et enfants dans cette même langue. À chaque étape, le train était assailli par une foule de plus en plus dense de marchandes ambulantes qui proposaient de la laine de chameau, du poisson séché ou simplement des boulettes de lait caillé.
Bien sûr, c’était il y a longtemps. Peut-être de nos jours les choses ont-elles changé. Mais, je ne sais pas pourquoi, ça m’étonnerait.
Quoi qu’il en soit, je me tenais debout à une extrémité du wagon, contemplant — depuis quatre jours déjà — le morne paysage de la steppe, lorsqu’un petit garçon de dix ou douze ans apparut à l’autre bout. Il tenait à la main un violon, et soudain il se mit à jouer avec une dextérité si incroyable et un tel panache que les portes de tous les compartiments s’ouvrirent d’un coup pour laisser passer les visages endormis des passagers. Il ne s’agissait pas de quelque refrain gitan flamboyant, ni même d’une mélopée du folklore local ; non, le garçon jouait du Brahms, l’une des célèbres Danses hongroises. Sans cesser de manipuler son instrument, il s’avançait vers moi. Là, sous les yeux ébahis de tous les voyageurs, il s’arrêta au beau milieu d’une note et jeta le violon sur son épaule comme un fusil.
« Boisson naturelle de la région — cent pour cent bio », lança-t‑il d’une voix forte d’adulte. Il fit glisser un sac de jute de son autre épaule et en sortit une énorme bouteille en plastique de boisson au yaourt, de l’ayran ou du kumis. Je m’approchai de lui sans savoir vraiment pourquoi.
« Petit, combien coûte ton kumis ?
— Pour commencer, ce n’est pas mon kumis, mais celui d’une jument. D’autre part, ce n’est pas du kumis mais de l’ayran, et pour finir je ne suis pas un petit, répliqua sèchement le gamin dans un russe impeccable. 
— Mais tu n’es quand même pas une petite, hasardai je maladroitement pour calmer le jeu.
— Je ne suis pas une femme, je suis un homme ! Tu veux tester ? T’as qu’à baisser ton froc », lança-t‑il, plein de morgue, d’une voix assez sonore pour se faire entendre de tout le wagon.
Je ne savais pas si je devais me mettre en colère ou tenter d’apaiser sa hargne. Mais après tout c’était son pays et, n’étant qu’un visiteur, je radoucis ma voix pour demander : « T’ai-je insulté d’une façon ou d’une autre ? Si c’est le cas, je te présente mes excuses… Mais tu joues Brahms comme un dieu… 
— Il n’y a aucune raison de m’insulter. Les insultes, je m’en charge très bien moi-même… Je ne suis pas un petit garçon. Ne vous fiez pas à ma taille. J’ai vingt-sept ans. Pigé ? » demanda-t‑il dans un presque chuchotement.
Cette fois, il me coupait la chique.

Challenge 1%
rl2015
2/6

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