14 novembre 2015

Fluctuat nec mergitur

Choquée par les évènements d'hier soir, je n'ai pas réussi à rédiger
un quelconque billet sur les livres que j'ai lu ses jours-ci...

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 devant l'ambassade de France à Séoul (Corée du Sud) - (c) Kim Hong-Ji Reuters

Unis par les pensées, les prières pour toutes les victimes et leurs proches... 

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13 novembre 2015

Vive la marée - David Prudhomme et Pascal Rabaté

vive_la_marée Futuropolis - septembre 2015 - 120 pages

Quatrième de couverture : 
Madame enfile son maillot à l’abri de sa serviette avant de se faire bronzer « seins nus ou pas seins nus ? Allez, seins nus. » Monsieur prépare son matériel de pêche tel un guerrier conquérant. Les enfants sont déjà dans l’eau, le chien à leur trousse, au matin on pense au repas du soir sans oublier de prévoir une case apéro. La plage est un formidable terrain de jeux où « les adultes rêvent et restent les enfants qu’ils ont toujours été », un observatoire de la trivialité humaine dans son plus simple appareil – ou presque. Prudhomme et Rabaté sont allés eux aussi à la mer. Avec un grand souci du détail, ils orchestrent un ballet d’estivants en déroulant autant de figures typiques. Un portrait chorale drôle, tendre, qui gratte à peine. Comme du sable dans les sandales.

Auteurs : David Prudhomme est né en 1969 et vit à Bordeaux. Alors qu’il est encore étudiant à la section bande dessinée de l’école d’Angoulême, David Prudhomme démarre Ninon secrète en 1992 sur un scénario de Patrick Cothias. Il poursuit cette série jusqu’en 2004, le temps de six albums parus aux Éditions Glénat. En 1998 et 1999 il collabore avec Pascal Rabaté le temps de deux ouvrages, Jacques a dit et Le jeu du foulard publiés aux éditions de La charrette. Il réalise notamment avec Etienne Davodeau en 2003, l’adaptation du roman de Georges Brassens, La tour des miracles. En 2006, il s’attaque aux grands textes du répertoire français en illustrant La farce de maître Pathelin et J’entr’oubliay de François Villon, Il publie également la première partie La Marie en Plastique avec Pascal Rabaté aux Éditions Futuropolis. En 2007, la seconde partie de La Marie en plastique et, dès la fin de la même année l’intégrale de cette belle chronique familiale paraissent aux Éditions Futuropolis.

Pascal Rabaté naît en 1961. Il étudie la gravure aux Beaux-Arts d’Angers, puis exerce différents métiers avant de se lancer en bande dessinée. Ses premiers livres paraissent en 1989 chez Futuropolis. Dix années et autant de livres plus tard, il signe le premier tome d’«Ibicus», l’adaptation expressionniste et magistrale d’un roman d’Alexeï Tolstoï. Les quatre volumes qui la composent connaissent un succès public et critique retentissant (Alph-Art du meilleur album à Angoulême en 2000, notamment). Des «Pieds dedans» aux «Petits Ruisseaux» en passant par «Un ver dans le fruit», Rabaté est aussi le conteur singulier de la France profonde. S’il vit toujours à Angers, il brille pourtant par sa capacité à n’être jamais là où on l’attend. Son adaptation de «Harry est fou» en est une nouvelle preuve.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Dans cette BD, les auteurs nous raconte une journée à la plage. On dirait que le temps s'est arrêté, le lecteur est spectateur et il est invité à s'arrêter sur les petits détails... Cela commence par le voyage en voiture avec ses bouchons ou par le train... Une galerie de personnages de tout âge, familles, retraités... 
Au matin, la plage est immense, la mer est basse, "On a volé l'eau ?" s'interroge un enfant. La famille s'installe sur la plage, la mère pour bronzer, le père et les plus grands partent pêcher dans les rochers, le bébé joue dans le sable... 

Certains se promènent avec leur chien, c'est un parfait alibi pour aller jeter un coup d'oeil sur la plage d'à côté, celle des naturistes... D'autres pêchent la palourde, ou font des jeux de plage, ou tentent leur chance auprès des filles, beaucoup sont étalés sur la plage pour une séance de bronzage, sans oublier le bain mer... Il y a également l'organisation d'un concours de sable avec ses oeuvres improbables... 
A la fin de la journée, la marée haute rétrécie la plage et les vacanciers sont obligés de tous se replier le long de la digue et cela annonce la fin de la journée...
Depuis ma plus tendre enfance, les vacances riment avec bord de mer et ce spectacle de la plage m'a paru à la fois familier et nostalgique... Un peu à la manière de Jacques Tati dans Les Vacances de Monsieur Hulot, j'ai beaucoup aimé ce regard plein de petits détails à découvrir... Je trouve très réussie et amusante la couverture de la BD avec cette vue "indiscrète" sous l'eau d'un bord de plage... 

Extrait : 

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12 novembre 2015

Masse Critique Babelio

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Rendez-vous le jeudi 12 novembre 2015

à partir de 7h00

c'est maintenant !

Découvrez la sélection Masse Critique

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11 novembre 2015

Berezina - Sylvain Tesson

Lu en partenariat avec Babelio et les éditions Audiolib

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Audiolib - juillet 2015 - 4h51 - Lu par Franck Desmedt

Guérin - janvier 2015 - 199 pages

Quatrième de couverture : 
« Un vrai voyage, c’est quoi ?
– Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
– Ah ? fit-il. 
– Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
– Pas possible ! dit Gras.
– Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? »
Sylvain Tesson embarque l’Empereur dans son side-car pour une épopée carnavalesque et réjouissante.
Entraîné dans une effraction du temps, le lecteur enjambe les siècles avec jubilation.

Auteur : Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie d’un tour du monde à vélo. Il traverse les steppes d’Asie centrale à cheval et publie alors L’immensité du monde. En 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag et publie L’Axe du LoupUne vie à coucher dehorsDans les forêts de Sibérie (Prix Médicis essai 2011) et S’abandonner à vivre lui valent une reconnaissance grandissante.

Lecteur : Élève du Cours Simon, Franck Desmedt s’est illustré authéâtre dans des pièces classiques et contemporaines. En 2000, il fonde sa propre compagnie à Bordeaux où, depuis 2011, il dirige un théâtre : l’INOX. Comédien à l’affiche de Dernier coup de ciseaux (Molière de la meilleure comédieen 2014). Il collabore régulièrement avec France culture et France Inter.

Mon avis : (lu en novembre 2015)
Berezina est un récit d'aventure original, c'est l'histoire de copains qui décident de refaire en plein hiver la route qu'avait suivi Napoléon et la Grande Armée lors de la retraite de Russie en 1812. Sylvain Tesson décide de revivre cette épopée en side-car, accompagné de quatre amis (deux français et deux russes). Ils vont partir de Moscou et rejoindre Paris en passant par
Minsk, Vilnius, Varsovie et Berlin. Sylvain Tesson a voyagé en compagnie de témoignages écrits de survivants, comme les mémoires de Caulaincourt, le secrétaire de Napoléon, ou du sergent Bourgogne. Au jour le jour, le lecteur suit le voyage de Sylvain et ses quatre amis, les témoignages historiques et les réflexions de l'auteur. Ces deux épopées sont difficilement comparables mais passionnantes à suivre confortablement et chaudement installé dans notre fauteuil... Le récit moderne est émaillé d'anecdotes et largement arrosé, alterne avec celui de Napoléon et sa Grande Armée. Voilà une belle aventure originale qui nous fait traverser l'Europe au rythme des 80 km/h maximum des motos Oural dans des conditions météorologiques hivernales...

Le lecteur est très agréable à écouter et l'on peut trouver dans l'étui du CD une carte générale pour suivre le périple de Sylvain et ses compagnons étapes par étapes.

Merci Babelio et les éditions Audiolib pour ce partenariat. 

Extrait : (début du livre)
LES IDÉES DE VOYAGE jaillissent au cours d’un précédent périple. L’imagination transporte le voyageur loin du guêpier où il s’est empêtré. Dans le désert du Néguev, on rêvera aux glen écossais ; sous la mousson, au Hoggar ; dans la face ouest des Drus, d’un week-end en Toscane. L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes. « Qu’est-ce que je fais là ? » est un titre de livre et la seule question qui vaille.
Cet été-là, nous frôlions chaque jour des icebergs plaintifs. Ils passaient tristes et seuls, surgissant du brouillard, glaçons dans le whisky du soir. Notre voilier, La Poule, voguait de fjord en fjord. La lumière de l’été, brouillée par la vapeur, allaitait jour et nuit les côtes de Baffin. Parfois, nous accostions au pied d’une paroi de six cents mètres plantée dans l’eau. Alors, déroulant nos cordes, nous nous lancions dans des escalades. Le granit était compact, il fallait pitonner ferme. Pour cela, nous avions Daniel Du Lac, le plus vaillant d’entre nous. Il était à l’aise pendu au-dessus de l’eau – davantage que sur le pont du bateau. En ouvrant la voie, il délogeait des blocs. Les rochers nous fusaient dans le dos et claquaient l’eau avec un bruit d’uppercut dans une mâchoire coupable.
Cédric Gras suivait, soulevé par cette vertu : l’indifférence. Moi, je redoutais de redescendre. À bord du bateau, l’atmosphère n’était pas gaie. Dans le carré, chacun lapait sa soupe en silence. Le capitaine nous parlait comme à des chiens et nous prenait, le soir, pour son auditoire. Il fallait subir ses hauts faits, l’entendre dérouler ses vues sur cette science dont il s’était fait le spécialiste : le naufrage. Il y a comme cela des napoléons du minuscule ; en général, ils finissent sur les bateaux, le seul endroit où ils peuvent régner sur des empires. Le sien mesurait dix-huit mètres.
Un soir, avec Gras, nous nous retrouvâmes sur le pont avant. Des baleines soupiraient à la proue du bateau, nageaient mollement, roulaient sur le côté : la vie des gros.
« Il faut renouer avec un vrai voyage, mon vieux. J’en ai marre de cette croisière de Mormons, dis-je.
— Un vrai voyage, c’est quoi ? dit-il.
— Une folie qui nous obsède, dis-je, nous emporte dans le mythe ; une dérive, un délire quoi, traversé d’Histoire, de géographie, irrigué de vodka, une glissade à la Kerouac, un truc qui nous laissera pantelants, le soir, en larmes sur le bord d’un fossé. Dans la fièvre…
— Ah ? fit-il.
— Oui. Cette année, en décembre, toi et moi, nous devons aller au Salon du livre de Moscou. Pourquoi ne pas revenir à Paris en side-car ? À bord d’une belle Oural de fabrication russe. Toi, tu seras au chaud dans le panier, tu pourras lire toute la journée. Moi, je piloterai. On part de la place Rouge, on enquille plein ouest vers Smolensk, Minsk et Varsovie. Et tu sais quoi ?
— Non, dit-il.
— Cette année ce sont les deux cents ans de la Retraite de Russie, dis-je.
— Pas possible ?
— Pourquoi ne pas faire offrande de ces quatre mille kilomètres aux soldats de Napoléon ? À leurs fantômes. À leur sacrifice. En France, tout le monde se fout des Grognards. Ils sont tous occupés avec le calendrier maya. Ils parlent de la “fin du monde” sans voir que le monde est déjà mort.
— Pas faux, dit Gras.
— C’est à nous de saluer la Grande Armée, dis-je. Il y a deux siècles, des mecs rêvaient d’autre chose que du haut débit. Ils étaient prêts à mourir pour voir scintiller les bulbes de Moscou.
— Mais ça a été une effroyable boucherie ! dit-il.
— Et après ? Ce sera un voyage de mémoire. On frôlera aussi quelques catastrophes, je te le promets.
— Alors d’accord. »
Il s’écoula un moment. Priscilla nous rejoignit à la proue. Elle était de tous nos voyages. Avec ses boîtiers photos, ses huiles essentielles et ses gestes de yogi. On la mit au courant du projet. Un soleil cyanosé rôdait à l’horizon. La mer était d’acier. La queue d’un grand rorqual barattait ce mercure. Soudain, Priscilla :
« Pourquoi répéter la Retraite exactement ?
À bâbord, une baleine expira une fleur de vapeur. Le nuage resta en suspens dans la clarté.
— Pour le panache, chérie, pour le panache. »

Déjà lu du même auteur :

92853010 Dans les forêts de Sibérie

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09 novembre 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [234]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu la semaine dernière ? 

le pays où profession du père

Le pays où l'on arrive jamais - André Dhôtel 
Profession du père - Sorj Chalandon

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Carthage - Oates (partenariat Philippe Rey)
Berezina - Sylvain Tesson (partenariat Babelio et Audiolib)
Les amis du Paradis - Caroline Vermalle (partenariat Belfond)

Que lirai-je la semaine prochaine ?

Des garçons bien élevés - Tony Parsons (partenariat éditions de La Martinière)
Dieu roule pour moi - Dominique Souton (partenariat Babelio)
Une forêt d'arbres creux - Antoine Choplin (partenariat PriceMinister)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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05 novembre 2015

Profession du père - Sorj Chalandon

profession du père Grasset - août 2015 - 320 pages

Quatrième de couverture :
« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider. 
Je n’avais pas le choix. 
C’était un ordre. 
J’étais fier. 
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. » 

Auteur : Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de six romans, Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens).

 

Mon avis : (lu en octobre 2015)
Le narrateur, Émile, est un jeune garçon de douze ans. Il raconte son enfance dans une famille peu ordinaire. Son père est un mythomane souvent coléreux qui règne par la terreur sur son fils et son épouse. La mère est passive et résignée. Le père a plein d’ambition pour Émile, mais ce dernier rapporte à la maison surtout des notes médiocres.

Le père, qui durant ses journées, traîne en pyjama dans l’appartement, raconte à son fils qu’il a eu mille vies. Il a été footballeur, chanteur avec les Compagnons de la Chanson, agent secret, conseiller du président, il a eu l’idée du nouveau franc, il a été pasteur aux États-Unis... Un fils ne peut que croire son père et cela lui donne une vraie pression pour plaire à son père. Ce dernier a décidé que Charles de Gaulle avait trahi la France en rendant l’Algérie aux algériens, il va donc se donner la mission secrète de supprimer le président et entraîner son fils (au propre comme au figuré) dans cette folle entreprise... Émile va subir un entraînement féroce, gymnastique, pompes, mais doit également poster des lettres de menace, dessiner sur les murs les lettres OAS... Mais il ne fait jamais assez bien pour son père.
Sorj Chalandon est un auteur que j'aime beaucoup mais ce livre m'a dérangé. L'auteur raconte que cette histoire est en partie autobiographique et le lecteur ne peut qu'avoir de l'empathie pour le petit Émile et du dégoût pour ses parents indignes. Ce père est fou, il n’arrête pas de mentir et cette mère laisse faire et ferme les yeux sur les lubies de son mari. C’est de la maltraitance psychologique vis à vis d’un enfant. Sans compter qu’Émile va associer à ce délire l’un de ses camarades de classe et se comporter vis à vis de lui avec l’intransigeance et la violence de son père. 

Extrait : (début du livre)
Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles. Ni dignes, ni graves, ils ne savaient que faire de leur regard et de leurs mains. J’ai chassé un sourire. Mon père allait être congédié par des videurs de boîte de nuit.

Il pleuvait. Le crématorium, le parc, des arbres de circonstance, des fleurs tombales, un jardin de cimetière bordant une pièce d’eau. Tout empestait le souvenir.
— On va voir s’il y a un poisson ?
Ma mère m’a regardé. Elle a hoché la tête.
— Si tu veux. 
Nous avons marché jusqu’au bassin. Elle s’appuyait sur mon bras, se déplaçait avec peine, regardait le sol pour ne pas faire un mauvais pas.
Il y avait un poisson. Une carpe dorée entre les nénuphars.
— Je ne le vois pas.
Elle ne voyait rien, ma mère. Jamais, elle n’avait vu. Elle plissait les yeux. Elle cherchait de son mieux. La carpe jouait avec l’eau du rocher transformé en fontaine, elle glissait sur le sable, fendait la surface, plongeait, remontait gueule ouverte, maraudait un peu d’air. Ma mère a secoué la tête.
— Non. Il n’y a rien.
Alors j’ai entouré ses épaules de mon bras. Je l’ai serrée contre moi. Je me suis penché, elle s’est penchée aussi. De la main, je suivais l’ondoiement paisible de l’animal. J’accompagnais son mouvement. Je montrais le poisson, elle regardait mon doigt. Elle était perdue. Elle avait le visage sans rien. Pas un éclat, pas une lumière. Ses yeux très bleus ne disaient que le silence. Ses lèvres tremblaient. Elle ouvrait une bouche de carpe.

Il y avait un mort avant le nôtre, des dizaines de voitures, un deuil en grand. Nous étions le chagrin suivant. Notre procession à nous tenait à l’arrière d’un taxi. Ma mère s’est assise sur un banc, dans le couloir de la salle de cérémonie. Je suis resté debout. Je voulais sortir. Attendre dehors que tout soit fini.

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Déjà lu du même auteur :

 

Retour___Killybegs  Retour à Killybegs  mon_traitre_p Mon traître  le_petit_bonzi_p Le petit Bonzi  

 

la_l_gende_de_nos_p_res_p La légende de nos pères sorj_chalandon_le_quatrieme_mur Le quatrième mur 

95082944 Le quatrième mur (audio)

 

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04 novembre 2015

Le pays où l'on arrive jamais - André Dhôtel

Lu en partenariat avec avec les éditions Flammarion jeunesse

le pays où Flammarion jeunesse - octobre 2015 - 317 pages

Illustrations Julia Wauters

Quatrième de couverture : 
Dans quel monde je suis tombé ? Moi, que ma tante vouait à la routine, j'ai été emporté par un cheval pie, envoyé ici par un coiffeur baroque, et voilà que je joue aux dames avec le fils d'un collectionneur de moustaches de chat, qui est immensément riche.

Auteur : André Dhôtel, né le 1er septembre 1900 à Attigny (Ardennes) et mort le 22 juillet 1991 à Paris, est un écrivain français, à la fois romancier, conteur et poète, ainsi qu'un scénariste. Connu du grand public par le roman Le Pays où l'on n'arrive jamais, prix Femina 1955, il est l'auteur d'une œuvre abondante et singulière, où s'exprime un merveilleux proche du quotidien, dans lequel le rapport à la nature joue un grand rôle.

Illustratrice : Julia Wauters, née en 1982 en Haute-Normandie, est une illustratrice-auteur et sérigraphe française. Elle vit et travaille à Nantes.

Mon avis : (relu en octobre 2015)
Ce livre n'est pas une nouveauté pour le texte puisqu'il a été écrit en 1955 par l'auteur et a obtenu le Prix Fémina 1955. 
Gaspard grandit dans un petit village des Ardennes, Lominval, ses parents forains l'ont confié à sa tante. Un jour, il rencontre un enfant de son âge qui se cache : ce dernier a fugué pour retrouver son pays et sa mère. Gaspard l'aide à fuir, puis il part à sa recherche. En chemin, Gaspard rencontre un cheval pie sauvage qui accepte de le prendre sur sa croupe. Gaspard est persuadé que ce cheval va le conduire vers l'enfant fugitif et ensuite les emmener vers le Grand Pays...
Un voyage initiatique à travers les Ardennes françaises et belges emporte Gaspard vers des rencontres nombreuses et riches. Un récit d'aventure plein de poésie et d'imaginaire. Gaspard découvrira l'amitié, l'amour et retrouvera ses parents et vivra des aventures merveilleuses et pleine de surprises.
Le plus de cette édition sont les illustrations de Julia Wauters. Elles utilisent la technique de la sérigraphie sur textile, une technique très intéressante qui donne un rendu plus évolué que les pochoirs. Cela donne également au livre un petit côté rétro.

Merci Brigitte, Chloé et les éditions Flammarion jeunesse pour cette belle redécouverte.

Extrait : (début du livre)
Il y a dans le même pays plusieurs mondes véritablement. Si l'on explore les Ardennes, ce n'est pas une forêt que l'on découvre, mais mille forêts. Dans les contrées situées au nord, jusqu'au Rhin ou jusqu'au port d'Anvers, ce sont des centaines de collines et de plaines chargées de richesses, et l'on peut voir aussi les eaux immenses des canaux, des fleuves, des bras de mer, tandis qu'au cœur des villes, sur des places, souvent désertes, s'élèvent des beffrois qui inspirent autant de terreur que d'admiration.

Très loin de ces splendeurs, Lominval est un village qui prétend au titre de bourg. on y trouve un bureau de poste, un notaire, un médecin et un hôtel pour les touristes, l'hôtel du Grand Cerf, qui a finalement donner le ton à toute l'agglomération. Il n'y avait là, naguère qu'un groupe de maisons rurales, isolé dans une enclave de la forêt des Ardennes. Puis des gens de la ville y sont venus passer leurs vacances, des villas se sont construites, et ainsi, a pris naissance une station provinciale qui garda toujours un caractère sérieux. Lominval est situé en bordure d'un ruisseau, la Flouve, dont les détours baignent des prairies bornées par l'enceinte des bois. Il y règne en toutes saisons un profond silence, et l'on ignore plus qu'ailleurs le monde varié qui se déploie jusqu'à la mer du Nord.

Gaspard Fontarelle naquit à l'hôtel du Grand Cerf. Cette vaste auberge portait une enseigne dorée et ses fenêtres s'ornaient de géraniums ou de balsamines selon la saison. Elle était tenue par la tante de Gaspard, Mlle Gabrielle Berlicaut, femme habile et intraitable.

 

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voir site Julia Wauters

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02 novembre 2015

C'est lundi, que lisez-vous ? [233]

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C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu ces dernières semaines ? 

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Millenium - tome 5 - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Homs 
Venus d'ailleurs - Paola Pigani 
Millenium - tome 6 - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Man 
A la poursuite de ma vie - John Corey Wharey

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Carthage - Oates (partenariat Philippe Rey)
Berezina - Sylvain Tesson (partenariat Babelio et Audiolib)

Que lirai-je la semaine prochaine ?

Les amis du Paradis - Caroline Vermalle (partenariat Belfond)
Des garçons bien élevés - Tony Parsons (éditions de La Martinière)
Dieu roule pour moi - Dominique Souton (Babelio)

Bonnes lectures et bonne semaine !

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31 octobre 2015

A la poursuite de ma vie - John Corey Wharey

Lu en partenariat avec les éditions  Casterman

a la poursuite de ma vie Casterman - octobre 2015 - 384 pages

traduit de l'anglais par Antoine Pinchot

Titre original : Noggin, 2014

Quatrième de couverture : 
Travis, 16 ans, est atteint d’une leucémie incurable. Face à l’échéance fatale, un médecin lui propose de suivre un protocole expérimental et révolutionnaire : laisser mourir son corps malade et cryogéniser sa tête, seule partie de son corps épargnée par l’affection, en attendant que la science ait découvert un moyen de la greffer sur le corps d’un donneur. Les chances de succès sont infimes, mais Travis se porte volontaire. Lorsqu’il se réveille dans un corps inconnu au terme d’un long « sommeil » de cinq ans, mais avec la sensation de ne s’être absenté que trois semaines, il peine à reconnaître le monde qui l’entoure. Sa copine Cate et son meilleur ami Kyle ont désormais 22 ans, mais lui, avec un mental intact d’adolescent, a l’impression de les avoir quittées la veille. Ses parents, soucieux de préserver leur fils unique, lui cachent les bouleversements intervenus au sein de leur couple. Enfin, sa résurrection a fait de lui une célébrité médiatique sans qu’il y soit préparé. Très vite, Travis se sent tiraillé entre deux mondes : il appartient au passé, mais se sent prêt à tout pour trouver une place dans le futur qui est le sien désormais. Avec courage et détermination, il n’a d’autre choix que de partir à la poursuite de sa nouvelle vie…

Auteur : John Corey Whaley, né en 1984, est un auteur américain de romans pour jeunes adultes. 

Mon avis :  (lu en octobre 2015)
Travis a 16 ans lorsqu'il meurt d'une leucémie foudroyante. Il a accepté de participer à une expérience un peu particulière de cryogénie. Après sa mort, sa tête est conservée pour être plus tard greffée sur un autre corps. En acceptant cette expérience, Travis espère revivre un jour et peut-être retrouver Cate, sa petite amie, de nombreuses années plus tard. Or les progrès de la médecine ont été plus vite que prévu et finalement c'est seulement 5 ans plus tard que Travis revient à la vie. Pour lui, il a l'impression de se réveiller après quelques jours. Mais le monde autour de lui a continué de vivre. Ses amis ont maintenant 5 ans de plus que lui. Sa petite amie est fiancée... Travis a toujours le caractère d'un adolescent, qu'il n'a pas cessé d'être, contrairement à ses amis qui sont devenus des adultes. Travis a du mal à s'adapter à sa nouvelle vie, il a tendance à regretter sa vie d'avant... Il va lui falloir du temps pour arrêter de se plaindre et arrêter de ressasser le passé plutôt que de regarder vers l'avenir...
Cette histoire est très originale qui nous interroge sur comment vivre dans le corps d'un autre, ou pour les proches comment vivre un deuil avec un infime espoir de voir un proche revivre... 

Merci aux éditions Casterman pour cette lecture à la limite du fantastique.

Autre avis : Gambadou

Extrait : (début du livre)
Voilà : j'étais vivant, et puis je suis mort. C'est aussi simple que ça. Sauf que je suis de retour. Ce qui s'est passé dans l'intervalle reste pour moi un peu flou. Tout ce que je peux vous dire, c'est que ma tête a été séparée de mon corps puis placée dans un congélateur de l'hôpital de Denver, dans le Colorado.
Personne n'échappe à la mort. De tous les animaux de la planète, il paraît que l'homme est le seul à se savoir promis à une fin tragique. Seulement, certains sont confrontés à cette échéance beaucoup plus tôt que les autres. Par expérience, je peux témoigner qu'une existence humaine peut passer du paradis à l'enfer en moins de temps qu'il n'en faut pour prononcer les mots "leucémie aiguë lymphoblastique".
L'ancien moi est tombé malade en quelques jours, si rapidement que les médecins, incapables d'endiguer le mal, se sont trouvés réduits à commenter sa gravité et sa vitesse de progression. La chimio, la radiothérapie et les greffes de moelle osseuse n'ont fait qu'accélérer et renforcer le processus.
On dit qu'on ne vit qu'une fois. Je suis la preuve du contraire.

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30 octobre 2015

Millenium - tome 6 - Sylvain Runberg, Stieg Larsson et Man

9782800163574_1_75 Dupuis - septembre 2015 - 64 pages

Quatrième de couverture : 
Niedermann toujours en cavale, Lisbeth qui s'apprête à faire des révélations lors de son procès... les membres de la "section" s'affolent et cherchent à liquider les gêneurs, au premier rang desquels Mikael Blomkvist. Le troisième roman de Stieg Larsson, La reine dans le palais des courants d'air, trouve ici sa conclusion et met en lumière comme jamais Lisbeth, l'héroïne lanceuse d'alerte et libertaire.

Auteurs : Stieg Larsson, né en 1954, journaliste auquel on doit des essais sur l'économie et des reportages en Afrique, était le rédacteur en chef d'Expo, revue suédoise observatoire des manifestations ordinaires du fascisme. Il est décédé brutalement, en 2004, d'une crise cardiaque, juste après avoir remis à son éditeur les trois tomes de la trilogie Millénium.
Né en 1971 à Tournai d'une mère Belge et d'un père Français, ayant grandi dans le sud de la France, c'est en compagnie des Astérix, Batman et autres Spirou que Sylvain Runberg étanche sa soif de bulles, le tout entrecoupé de récits historiques et de romans divers, manière de titiller son imaginaire en devenir. Il passe son bac d'Arts Plastiques dans le Vaucluse avant d'obtenir une Maîtrise d'Histoire contemporaine à la faculté d'Aix en Provence, années étudiantes ponctuées de nombreux voyages en Europe et d'organisation de soirées musicales, du rock indépendant à la musique électronique. Sylvain Runberg évolue ensuite plusieurs années en librairie avant de rejoindre le monde de l'édition. Il déménage alors à Paris pour rejoindre les Humanoïdes Associés. Mais un fâcheux accident l'immobilise plusieurs mois durant l'année 2001. Il s'essaye alors à l'écriture durant sa convalescence et s'aperçoit que ça lui plait plus que de raison et décide de continuer. En 2004, Sylvain sort son premier album, « Astrid » avec Karim Friha. Suivent ensuite des projets aux univers variés : les « Colocataires » avec Christopher, série inspirée par ses années étudiantes aixoises, « Hammerfall », avec Boris Talijancic, saga médiévale fantastique ayant pour cadre la Scandinavie du VIIIe siècle et la série de science fiction « Orbital », réalisée avec Serge Pellé. 

Man (Manolo Carot) a vu le jour à Mollet del Vallès, dans la province de Barcelone, en 1976. Il commenca par réaliser des illustrations pour des jeux de rôles tels qu'Aquelarre et pour les couvertures de la revue spécialisée Lider, dont il fut également le directeur artistique. Man publia ses premières pages de B.D. chez La Cúpula, dans la revue érotique Kiss Comic. Durant plus de 6 ans, il publia des histoires comme "Universitarias", "Huesos y tornillos", recompilées par la suite en tomes et éditées aux États-Unis, en Allemagne et aux Pays-Bas. Chez le même éditeur, et avec son ami scénariste Hernan Migoya, il publia deux séries, "El hombre con miedo" et "Kung fu Kiyo". Épinglons les deux tomes d'Ari, "la salvadora del Universo", également réalisés avec Hernan mais publiés cette fois par Glénat Espagne. Man a collaboré à l'édition espagnole de la revue Playboy et a illustré des textes et des des ouvrages pédagogiques, des story-boards, des bandes dessinées pour la presse et des couvertures pour différentes revues d'actualité. Il est également professeur de bande dessinée durant ses loisirs. 

Mon avis : (lu en octobre 2015)
C'est le dernier tome de cette série de BD, adaptation très réussie et fidèle des 3 tomes de Millenium écrits par Stieg Larsson. 
Le dessin du personnage de Lisbeth est très réussie et dans cet épisode, où elle tient la vedette, lors de son procès, sa première apparition dans le tribunal est très réussie et inoubliable... Après des épisodes sombres et haletants, la conclusion épargne Mickaël et Lisbeth que l'on regrette de quitter. 
Pour ma part, cette série m'a été très pratique pour me rappeler de l'intégralité de l'intrigue de Millenium avant de découvrir le numéro 4 écrit par David Lagercrantz.

Extrait : 

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Déjà lu dans la même série :

88596558_p Millenium - tome 1 106030485 Millenium - tome 2

millenium3 Millenium - tome 3  millenium4 Millenium - tome 4 

millenium_5_1_75 Millenium - tome 5

Challenge 2%
rl2015
12/12

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