30 décembre 2008

Comme le fleuve qui coule - Coelho Paulo

Comme_le_fleuve_qui_coule Flammarion - mai 2006 – 288 pages

Résumé : Comme le fleuve gui coule est un recueil de 101 textes courts publiés par Paulo Coelho entre 1998 et 2005. Au fil des pages, il nous ouvre les portes de son univers d'écrivain, fait de petits morceaux de quotidien et de récits imaginaires qui acquièrent sous sa plume une dimension de contes philosophiques et pédagogiques à l'usage de tous ceux et de toutes celles qui désirent vivre en harmonie avec le monde qui les entoure.

«Ces pages contiennent les récits de certains moments que j'ai vécus, des histoires que l'on m'a racontées, des réflexions que je me suis faites pendant que je parcourais une certaine étape du fleuve de ma vie. Ces textes ont été publiés dans divers journaux du monde, et j'ai décidé de les réviser et de les compiler dans ce recueil. Ils font partie de mon existence et je vous les offre, à vous, mes lecteurs.»
Paulo Coelho

Auteur : Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice et étudiant contestataire plusieurs fois emprisonné, il devint parolier d'une des plus grandes stars du rock des années 70 au Brésil L'Alchimiste, paru en 1988, s'impose comme un best-seller mondial. Ses livres, traduits dans 59 langues, se sont vendus à 60 millions d'exemplaires dans 150 pays. Après du Zahir, Comme le fleuve qui coule est son dixième ouvrage publié en France. Paulo Coelho a été reçu à l'Académie brésilienne des lettres en 2002.

Mon avis :

J'ai bien aimé ce livre qui se lit assez vite, car toutes les histoires sont indépendantes les unes des autres. On peut s'arrêter sur une histoire, en relire une autre...

A travers toutes ces histoires, on en apprend davantage sur Paulo Coelho : ses voyages, ses passions, ses lieux de villégiature, son amour pour sa femme... sans pour autant oublier les thèmes habituels de l’auteur : la vie, la mort, l’importance des amis, l’amour de soi et de son prochain... Ce sont de véritables leçons de vie. Souvent, ces histoires ont un côté philosophique, elles sont pleines de sagesse, elles sont des sources de réflexions.

Extraits :
«
J'allais de New York à Chicago, pour me rendre à la Foire du livre, de l'American Booksellers Association. Soudain, un garçon s'est levé dans le couloir de l'avion :
'J' ai besoin de douze volontaires, a-t-il dit. Chacun portera une rose quand nous atterrirons.'
Plusieurs personnes ont levé la main. Je l'ai levée moi aussi, mais je n'ai pas été choisi.
Cependant,j'ai décidé d'accompagner le groupe. Nous sommes descendus, le garçon a indiqué une jeune fille dans la salle d'attente de l'aéroport d'O'Hare. Un à un, les passagers sont allés lui offrir leur rose. A la fin, le garçon l'a demandée en mariage devant tout le monde - et elle a accepté.
Un commissaire de bord m'a déclaré :
'Depuis que je travaille dans cet aéroport, c'est la chose la plus romantique qui soit arrivée. » (page : 71)

« Pendant le Forum économique de Davos, Shimon Peres, prix Nobel de la paix, a raconté l'histoire qui suit.
Un rabbin réunit ses élèves et demande :
'Comment savons-nous le moment précis où la nuit s'achève et où le jour commence ?
- Quand, de loin, nous pouvons distinguer une brebis d'un chien, dit un jeune garçon.
- En réalité, dit un autre élève, nous savons qu'il fait jour quand nous pouvons distinguer, de loin, un olivier d'un figuier.
- Ce n'est pas une bonne définition.
- Quelle est la réponse, alors ? demandèrent les gamins.
Et le rabbin dit :
'Quand un étranger s'approche, nous le confondons avec notre frère, et les conflits disparaissent - voilà le moment où la nuit prend fin et où le jour commence. » (page : 98)

« Les gens pensent très peu à la mort. Ils passent leur vie à s'inquiéter de vraies absurdités, ils reportent les choses, ils laissent de côté des moments importants. Ils ne prennent pas de risques, parce qu'ils trouvent cela dangereux. Ils se plaignent beaucoup, mais ils se montrent lâches au moment de prendre des mesures. Ils veulent que tout change, mais ils refusent de changer.
S' ils pensaient un peu plus à la mort, ils ne manqueraient jamais de donner le coup de téléphone qu'ils n'ont pas donné. Ils seraient un peu plus fous. Ils n'auraient pas peur de la fin de cette incarnation - car on ne peut pas redouter quelque chose qui arrivera de toute façon.
Les indiens disent : 'Aujourd' hui est un jour aussi bon qu'un autre pour quitter ce monde.' Et un sorcier a déclaré un jour : 'Que la mort soit toujours assise à côté de toi. Ainsi, quand tu devras faire des choses importantes, elle te donnera la force et le courage nécessaires.'
J' espère que vous lecteur, vous êtes arrivé jusqu'ici. Il serait stupide que le titre vous ait effrayé, car nous tous, tôt ou tard, nous allons mourir. Seul celui qui accepte cela est prêt pour la vie.»(page : 122)

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La Formule préférée du professeur – Yoko Ogawa

la_formule_pr_f_r_e_du_professeur Actes Sud - août 2005 - 246 pages

Rose-Marie Makino-Fayolle (Traduction)

Présentation de l'éditeur
Une aide-ménagère est embauchée chez un ancien mathématicien, un homme d'une soixantaine d'années dont la carrière a été brutalement interrompue par un accident de voiture, catastrophe qui a réduit l'autonomie de sa mémoire à quatre-vingts minutes. Chaque matin en arrivant chez lui, la jeune femme doit de nouveau se présenter - le professeur oublie son existence d'un jour à l'autre - mais c'est avec beaucoup de patience, de gentillesse et d'attention qu'elle gagne sa confiance et, à sa demande, lui présente son fils âgé de dix ans. Commence alors entre eux une magnifique relation. Le petit garçon et sa mère vont non seulement partager avec le vieil amnésique sa passion pour le base-ball, mais aussi et surtout appréhender la magie des chiffres, comprendre le véritable enjeu des mathématiques et découvrir la formule préférée du professeur... Un subtil roman sur l'héritage et la filiation, une histoire à travers laquelle trois générations se retrouvent sous le signe d'une mémoire égarée, fugitive, à jamais offerte...

Biographie de l'auteur
Yoko Ogawa a obtenu pour ce livre publié en 2004 au Japon le prix littéraire du Yomiuri, le premier grand prix des Libraires et, tout récemment, le prix de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

Mon avis :

C'est le premier roman de cet auteur que je lis et je me suis laissée prendre par la magie et la poésie de ce livre... L'histoire est simple et plein d'émotion entre une aide-ménagère et son fils et un vieux monsieur d'une mémoire de 80 mn, passionné de mathématiques et de base-ball.
Un roman optimiste qui donne foi en l'âme humaine où 3 générations se retrouvent pour vivre simplement des tranches de vie de 80 minutes. Un petit bonheur simple mais vrai...

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Pépites – Anne-Laure Bondoux

P_pites Bayard Jeunesse – septembre 2005 - 352 pages

Résumé : Bella Rossa est une jeune femme aux cheveux flamboyants et à la vitalité hors du commun. Pourtant, depuis sa naissance, son existence n'est qu'une suite de calamités. Lorsque la guerre arrive jusqu'à Maussad-Vallée, elle décide que le moment est enfin venu de partir à la recherche de la fortune : elle a son idée ! Et tant mieux si, en chemin, elle trouve le bonheur... Embarquant son père paralysé et sa collection de casseroles, Bella Rossa se met en route vers l'Ouest. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'elle manquera de mourir par la faute d'une pépite et que l'Ouest lui réserve des rencontres aussi dangereuses que formidables. Ce qu'elle ne sait pas non plus, c'est qu'il existe des pépites plus précieuses que celles des chercheurs d'or...

Auteur : C'est en région parisienne qu'est née Anne-Laure Bondoux en 1971. Elle a suivi des études de Lettres Modernes à Nanterre. Parallèlement à ses études, elle a monté des ateliers d'écriture pour enfants en difficulté lesquels ont reçu le prix Fondation de France. Après avoir fait du théâtre, elle a rejoint en 1996 la rédaction de 'J'aime lire' à Bayard Presse, puis a participé au lancement du nouveau magazine, Maximum. Elle a cessé ses activités de journaliste en 2000 pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Elle est l'auteur d'une trilogie 'Le Peuple des rats' publiée chez Bayard, et de plusieurs ouvrages pour enfants. Elle écrit également pour le théâtre et la chanson.

Mon avis :

Magnifique roman d'aventures qui vous plongera dans le monde des chercheurs d'or, plein de rebondissements et d'humour avec un beau personnage de femme. Au-delà de l'histoire se déroulant pendant la guerre de sécession, ce roman met l'accent sur la condition de la femme à cette époque et la lutte que celle-ci devait mener. Un vrai western. Un livre superbe à lire pour adolescent et adulte.

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Une épouse presque parfaite - Laurie Colwin

Une_epouse_presque_parfaite Editions Autrement – janv 2004 - 310 pages

Mot de l'éditeur

On ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Quant on aime sa famille, son mari, ses enfants et son amant, il y a parfois des conflits intérieurs qui empêchent de dormir. Si, en plus, comme Polly Solo-Miller, on descend d’une famille ultra-conservatrice de la côte Est des Etats-Unis dont les conceptions du sportswear s’arrêtent aux robes à smocks et celles de la vie de couple à un silence tendre et compréhensif, une famille où prénoms et professions se transmettent comme des virus de génération en génération, l’apparition d’un amant dans ce décor de carte postale devient un événement tout aussi dramatique que la conquête de l’Ouest ou la Révolution française.

Dora est femme torturée entre son amant et son mari. Le poids de la morale et de la famille pèse sur elle et sur sa vie entière. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Une belle histoire d'une femme mariée qui remet sa vie, son quotidien en cause pour enfin se sentir exister pour elle même. A lire

Auteur : Laurie Colwin - Romancière américaine née en 1944 - décédée à Manhattan Octobre 1992. Laurie Colwin est new-yorkaise, elle publie sa première nouvelle dans le New-Yorker alors qu'elle n'a que vingt-quatre ans. En une trentaine d'années, elle publiera aussi bien des recettes de cuisine que des romans ou des recueils de nouvelles. Femme aux dons et aux intérêts multiples, elle a traduit Isaac Bashevis Singer, a été chroniqueuse gastronomique et a travaillé dans l'édition. Laurie Colwin est très célèbre aux Etats-Unis, où les américains l'ont adulée tant pour son style littéraire que pour son humour haut en couleurs. Les Français ont dû attendre 1999 pour que 'Franck et Billy' soit traduit, mais l'engouement de la presse et le bouche à oreille favorable ne vont pas tarder à faire d'elle une auteur culte outre-Atlantique.

Mon avis : C'est l'analyse des sentiments et d'un milieu social à travers une histoire simple,celle d'un adultère, qui décrit finement les sentiments d'une femme enfermée dans une éducation bourgeoise américaine, et dont elle va se libérer au fil de sa liaison . J'ai lu avec plaisir cette histoire. On lit ce livre pour découvrir les états d'âme de l'héroïne et pour savoir comment elle va réussir à faire bouger sa vie.

Extraits : « Polly se demanda si les autres femmes connaissaient aussi bien le dos de leurs maris. Quand elle pensait à Henry, elle se le représentait assis derrière son bureau, tard le soir, penché sur un gros tas de papiers. Elle voyait qu’il prenait des notes, et il ne se retourna pas pour l’embrasser. Au lieu de cela, elle mit son bras autour de son épaule et lui embrassa le cou.
Il la carressa distraitement.
- Je me sens si seule, dit-elle.
- Moi aussi, dit Henry. Viens, on va faire la vinaigrette. »

« Au supermarché, Polly se sermonna. Les gens qui faisaient leurs courses le dimanche étaient des gens qui avaient laissé la situation leur échapper, qui ne faisaient pas attention aux détails, qui se laissaient dériver. Il y avaient réellement des gens qui achetaient leurs légumes au supermarché - Polly ne croyait pas que l'on put trouver quelque chose de vraiment frais dans un supermarché. Il y avait des gens qui ne prévoyaient pas le nombre de repas à préparer ou le nombre de personnes à table, qui n'étaient pas assez généreux, économes ou sûrs d'eux pour acheter le superflu. Faire les courses au supermachés indiquait que la maison était mal tenue. Comment ces gens pouvaient-ils reconnaître ainsi publiquement leurs fautes? Seule une chose vraiment terrible, comme un décès ou une liaison, devrait empêcher quelqu'un de bien faire. Polly regarda autour d'elle. Tous ces gens avec un caddie plein avaient-ils une liaison ? »

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29 décembre 2008

La réserve – Russell Banks

la_r_serve Actes Sud - février 2008 – 379 pages

Présentation de l'éditeur
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.

Biographie de l'auteur
Russell Banks est un écrivain américain né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts. Il a passé son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Son dernier roman. American Darling (2005) a connu un immense succès.

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. J'ai bien aimé les descriptions grandioses des paysages. J'ai trouvé le livre un peu long à lire cependant.

Extrait :

« Le lendemain, après une matinée de travail bien remplie dans son atelier, Jordan Groves décida, autour de midi, de se rendre en voiture au village pour aller chercher le courrier et les journaux ; peut-être déjeunerait-il au Moose Head, à Sam Dent. Il n'était pas d'humeur particulièrement sociable, il avait juste envie d'un peu de solitude en public, d'un pain de viande et d'une bouteille de bière froide. Il n'aurait pas le loisir de traîner : Alicia était occupée au jardinage et, si le ciel se dégageait, elle projetait d'emmener les garçons nager aux chutes. Elle aurait donc besoin de la voiture. Il envisagea un instant de prendre le camion, ce qui lui donnerait la liberté de choisir l'heure de son retour, puis il y renonça. » (p.101)

« Pendant la nuit, le vent noircit, et comme il venait du nord il chassa la fumée vers le sud, dans la Réserve. Il l'éloigna du village de Turnbridge et du club Tamarack, la poussa dans les profondeurs des vallées boisées, lui fit remonter les flancs abrupts du massif méridional du Great Range dont elle franchit les sommets avant d'atteindre les terres agricoles vallonnées et les villages où elle finit par se dissiper en brume qui s'éleva dans le ciel obscur sans avoir été repérée par aucun être humain à l'intérieur ou à l'extérieur de la Réserve, devenant ainsi une réalité connue des seuls animaux, mammifères ou oiseaux de la Réserve - les cerfs, les ours, les coyotes, les lynx et les pékans, les renards, les visons, les hirondelles, les faucons, les aigles ou les corbeaux sur les cimes rocheuses, et, sur les lacs et dans les torrents froids qui s'y déversaient, les castors et les plongeons, les oies du Canada encore là. »(p. 355)

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La pension Marguerite - Metin Arditi

la_pension_Marguerite Actes Sud – décembre 2005 – 154 pages

Présentation de l'éditeur
En une journée, la vie d'Aldo Neri, violoniste virtuose, va basculer : alors qu'il s'apprête à donner un grand concert à Paris, il reçoit une enveloppe à son hôtel, adressée par le psychanalyste de sa mère, Anna, contenant des liasses de feuillets manuscrits rédigés par celle-ci peu avant son suicide. Rongé par la curiosité, terrifié par ce qu'il pourrait découvrir, Aldo se lance dans la lecture compulsive de ces notes, qui reviennent sur la rencontre de la jeune Anna avec un ventriloque qui allait devenir le père de son fils. Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux blessures de l'âme qui ont marqué l'homme et forgé l'artiste. La musique, qui exprime si bien l'indicible, y tient une place considérable.

Biographie de l'auteur :
Né à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Chez Actes Sud, il a publié Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (prix Lipp Suisse 2006), L'Imprévisible (prix des lecteurs FNAC Riviera 2006, prix des auditeurs de la Radio Suisse romande 2007), Victoria-Hall (Babel n° 726) et La Fille des Louganis (2007).

Résumé :

Alors qu’il est à Paris pour un concert, Aldo Neri, violoniste virtuose, reçoit à son hôtel une enveloppe. Un certain Docteur Rey, psychiatre et psychanalyste, lui transmet une liasse de feuillets manuscrits, rédigés par sa mère, Anna, pendant son analyse. Ces notes couchées sur le papier au hasard des souvenirs détiennent-elles la clé du suicide de sa mère dans une chambre d’hôtel sordide de Berlin, cinq ans auparavant ? Pourquoi Berlin ? Rongé par la curiosité, terrifié aussi par ce qu’il pourrait découvrir, Aldo se lance dans une lecture compulsive de ces notes, malgré les mises en garde de Rose, son épouse qui est aussi sa luthière.
Aidée par son analyse, Anna s’y remémore des bribes de vie. Son enfance auprès d’une mère distante, ses premières amours avec Paule qu’elle rencontre dans une institution pour jeunes filles, sa place de femme de chambre à la Pension Marguerite. C’est là qu’Anna rencontre un saltimbanque aux talents de ventriloque qui va devenir le père de son enfant : un fils qu’elle élève seule et à qui elle donne le même prénom que son amant, Aldo…
Au fil des pages, les plaies se rouvrent à l’image de la fente sur la table du violon d’Aldo, de laquelle s’échappe, à chaque coup d’archet, un gémissement.
Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux confusions d’identité dont il a subi la douloureuse influence mais qui l’ont forgé en tant qu’ homme et en tant qu' artiste. Rien d’étonnant alors à ce que la musique y tienne une place considérable, elle qui exprime si bien l’indicible.

Mon avis : (lu en février 2007)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. L'écriture est sobre et dépouillée. On partage avec intensité cette journée où Aldo va lire le manuscrit laissé par sa mère, et qui va révéler des secrets de famille. En même temps il se prépare à un concert qu'il doit donner le soir même.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Une histoire riche, émouvante, troublante.

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La fille des Louganis – Metin Arditi

la_fille_des_Louganis Actes Sud – août 2007 – 256 pages

Quatrième de couverture : Dans la beauté solaire de son île grecque, la jeune Pavlina aime celui qu'elle croit son cousin, Aris. Elle ignore le secret qui dévastera pour longtemps la famille : Aris est du même père qu'elle. L'enfant qu'elle aura de lui, fruit d'un inceste, sera confié à l'adoption.
La Fille des Louganis raconte l'histoire de ce double arrachement, à l'île et à l'enfant. A Genève, où elle émigré, Pavlina poursuivra son existence, comme absente à elle-même, sans renoncer au rêve - obsédant jusqu'à la folie - de retrouver un jour la fille qu'on lui a enlevée.
Sur ce thème à la fois intime et universel de l'abandon, sur le hasard des rencontres et la vertu des amitiés, sur les forces vitales et les péripéties du destin qui nous gouvernent par-delà le bien et le mal, Metin Arditi a composé un roman profond, saisissant d'émotion et de vérité.

Biographie :

Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est le président fondateur de la Fondation Arditi qui, depuis 1988, accorde prix et bourses aux diplômés de l’université de Genève et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est également président de l’Orchestre de la Suisse romande.
Chez Actes Sud, il est l’auteur de Dernière lettre à Théo (“Un endroit où aller”, 2005), de L’Imprévisible (2006), de La Pension Marguerite (2006 et Babel n° 823) et de Victoria-Hall (Babel n° 726).
(Source : Actes Sud)

Mon avis :

Superbe voyage dans les îles grecques, on est émerveillé par les parfums et le soleil.

Histoire belle et tragique. Le personnage de Pavlina est très attachant.

L'écriture est agréable, on se laisse porter par l'histoire de la famille Louganis et plus particulièrement par le destin de Pavlina.

Extraits :

«Le secret s'était échappé alors que le repas tirait à sa fin, vers onze heures et demie du soir, à l'un de ces moments où le bonheur semble si normal que les attentions se relâchent et que les faiblesses se dévoilent. Les enfants s'étaient assoupis. Assise entre son oncle Nikos et sa mère, Pavlina dormait. Epuisé par sa journée, Spiros était impatient de rentrer et voulait donner le signal du départ. Mais il ne réussit pas à capter le regard de son frère. Les yeux posés sur Pavlina, Nikos souriait, d'un sourire extraordinairement doux. On ne regarde pas la fille de son frère ainsi, se dit Spiros. Son propre enfant, oui. Pas sa nièce. Il suivit les yeux de son frère. Le regard de Nikos quitta Pavlina, rencontra celui de Magda, et s'y arrêta deux ou trois secondes, avant de descendre sur ses seins et finalement se poser sur son ventre.» (page 21)

«Pavlina emplit ses poumons d'air, fléchit les genoux et se recroquevilla jusqu'à être immergée toute entière. Puis, des deux jambes, elle exerça sur les galets une poussée aussi longue que possible et fendit l'eau sur six ou sept mètres, le tronc plat, bras et jambes étirés, mains jointes, les pieds tendus vers l'arrière comme une danseuse qui fait ses pointes. Lorsqu'elle se sentit près d'émerger, elle vida ses poumons en une longue traînée de petites bulles, puis, d'une légère rotation du torse, ramena son bras droit vers l'arrière. Elle le tendit tant qu'elle put, serrant ses doigts en arrondi comme pour en faire une grosse cuillère. Puis elle tourna la tête, ouvrit à peine la bouche, inspira à raz de l'eau, et fit tournoyer son bras droit en un cercle parfait autour de son épaule avant de l'abattre avec violence. Il fendit les flots comme si la résistance de l'eau n'avait aucun effet sur sa vitesse.» (page 39)

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Le dernier frère – Nathacha Appanah

le_dernier_fr_re Editions de l'Olivier - août 2007 - 210 pages

Prix du roman FNAC,

Prix des lecteurs l'Express,

Prix Culture et Bibliothèques pour tous

Présentation de l'éditeur
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés. Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent. Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Biographie de l'auteur
Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG.
En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) - Nathacha Appanah a imposé une œuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J.M. Coetzee.

Mon avis : (lu en février 2008)

J'ai ressenti beaucoup d'émotions en lisant ce livre.

L'auteur a un ton juste et simple pour dire toute la misère et la violence du monde.

Je ne connaissais le fait historique autour duquel a été écrit ce livre : durant la Seconde Guerre Mondiale, l'Ile Maurice a abrité un camp d'internement pour Juifs qui avaient été refoulés de la Palestine.

On s'attache beaucoup aux personnages, Raj et David se rencontrent dans le camp et une amitié intense se noue entre eux. Le premier est mauricien, il vit dans un bidonville avec une mère aimante mais un père alcoolique qui bat la famille, il a perdu ses deux frères lors d'une tempête. Le second est juif venant d'Europe. Raj voit en David un nouveau frère...

Les descriptions des paysages, des odeurs et de la végétation de l’Île Maurice sont très évocatrices.

Extrait : « A l'école,j'apprenais également la culpabilité. Cette chose insidieuse qui m'empêchait d'être simplement un gosse, de rire à gorge déployée, de jouer avec les autres, de m'asseoir tranquillement pour regarder devant moi. Quand j'étais en classe, ce sentiment me quittait. Mais une fois le cours fini, je redevenais Raj, l'unique frère qui est à l'école. Pourquoi moi ? ne cessais-je de me demander. Je cachais toujours dans mon sac de feuilles de palme séchées la poire séchée distribuée à la pause de la matinée, maisj'étais obligé de boire le lait de vache qu'on nous servait à ce moment-là. Je le buvais lentement, en fermant les yeux, pensant très fort à Anil, à Vinod, les imaginant nettoyant la maison, coupant du bois, attachant les feuilles de canne, courbés, fatigués. Eux n'avaient, pour grandir, que de l'eau sucrée.
Je souhaitais que mon père choisisse un autre de ses fils pour l'éduquer. Mais Anil, bientôt, irait tous les matins avec lui couper les cannes à sucre, il était fort, il avait déjà des muscles qui saillaient sous sa peau, il ne se plaignait jamais et avec sa volonté et sa force de travail, il ramènerait de l'argent, des sous qu'il ne noierait pas dans l'arack et qu'il donnerait cérémonieusement à ma mère.»

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28 décembre 2008

Un lieu incertain – Fred Vargas

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Viviane Hamy - juin 2008 - 390 pages.

J'ai lu - octobre 2010 - 381 pages

Résumé :
Adamsberg part pour trois jours de colloque à Londres. Estalère, le jeune brigadier, et Danglard - terrorisé à l’idée de passer sous la Manche - sont du voyage. Tout devait se passer de manière aérienne et décontractée, mais un événement macabre alerte leur collègue de New Scotland Yard, Radstock.
Clyde-Fox, un original local, lui parle du vieux cimetière de Highgate. Des chaussures - avec des pieds dedans - font face au cimetière, « un des cimetières romantiques les plus baroques de l’Occident », un lieu macabre, gothique, unique.
Tandis que l’enquête anglaise commence, les français rentrent au pays, et se retrouvent confronté à un horrible massacre dans un pavillon de banlieue.
De fil en aiguille, Adamsberg, avec l’aide de Danglard, remonte une piste de vampires, et de tueurs de vampires, jusqu’en Serbie.
Le commissaire est au centre du roman, dans tous les sens du terme. La Boule se trouve presque un rival, Danglard est à deux doigts de tomber amoureux, Retancourt est toujours aussi efficace, mais la brigade n’est plus aussi sure qu’avant.

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

 

Mon avis : (lu en août 2008)
J'ai retrouvé avec joie Adamsberg, Danglard, Retancourt, Estalère, Mordent, la Boule, Clémentine, tous les personnages déjà cultes de l'univers de Fred Vargas. Cette histoire nous emmène de Paris en Serbie en passant par Londres, mais cette histoire est aussi un peu tortueuse et parfois confuse, on ne retrouve pas le rythme des livres précédents. J'ai donc été un peu déçue. Je n'ai pas aimé le côté « fantastique » du roman.

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Une adaptation à la télévision de ce roman a été faite par José Dayan et diffusée le 12 novembre  2010. C'est le cinquième téléfilm de la série Collection Fred Vargas.
La distribution : Jean-Hugues Anglade (Jean-Baptiste Adamsberg), Hélène Fillières (Camille Forestier), Charlotte Rampling (Mathilde Forestier), Pascal Greggory (Josselin), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Corinne Masiero (Violette Retancourt), David Atrakchi (Vlad), Karim Belkhadra (Noël), Carlo Brandt (Émile Feuillant), Olivier Claverie (Dr Lavoisier), Roland Copé (le médecin légiste), Hélène Coulon (la villageoise serbe), Christophe Craig (Radstock), Aymeric Demarigny (Estalère), Sylvie Granotier (Emma Carnot), Ivry Gitlis (Aranjdel), Anthony Henry (Tom), Julien Honoré (Armel Louvois),  Nino Kirtadze (Danica), Christopher King (Clyde Fox), Johan Leysen (Lucio), Christophe Lorcat (le steward), Wolfgang Pissors (Thalberg), Alan Rossett (le jardinier anglais), Vincent Tarot, Grégoire Souverain, Tristan de Saint Vincent, Thomas Souverain et Geoffroy de Saint Vincent (les enfants de Danglard)

Extrait : « Le commissaire Adamsberg savait repasser les chemises, sa mère lui avait appris à aplatir l’empiècement d’épaule et à lisser le tissu autour des boutons. Il débrancha le fer, rangea les vêtements dans la valise. Rasé, coiffé, il partait pour Londres, il n’y avait pas moyen de s’y soustraire.

Il déplaça sa chaise pour l’installer dans le carré de soleil de la cuisine. La pièce ouvrait sur trois côtés, il passait donc son temps à décaler son siège autour de la table ronde, suivant la lumière comme le lézard fait le tour du rocher. Adamsberg posa son bol de café côté est et s’assit dos à la chaleur.

Il était d’accord pour aller voir Londres, sentir si la Tamise avait la même odeur de linge moisi que la Seine, écouter comment piaillaient les mouettes. Il était possible que les mouettes piaillent différemment en anglais qu’en français. Mais ils ne lui en laisseraient pas le temps. Trois jours de colloque, dix conférences par session, six débats, une réception au ministère de l’Intérieur. Il y aurait plus d’une centaine de flics haut de gamme tassés dans ce grand hall, des flics et rien d’autre venus de vingt-trois pays pour optimiser la grande Europe policière et plus précisément pour “ harmoniser la gestion des flux migratoires ”. C’était le thème du colloque.

Directeur de la Brigade criminelle parisienne, Adamsberg devrait faire acte de présence mais il ne se faisait pas de souci. Sa participation serait légère, quasi aérienne, d’une part en raison de son hostilité à la “ gestion des flux ”, d’autre part parce qu’il n’avait jamais pu mémoriser un seul mot d’anglais. Il termina son café paisiblement, lisant le message que lui envoyait le commandant Danglard. Rdv dans 1 h 20 à l’enregistrement. Foutu tunnel. Ai pris veste convenable pour vous, avec crav. Adamsberg passa le pouce sur l’écran de son téléphone, effaçant ainsi l’anxiété de son adjoint comme on ôte la poussière d’un meuble. Danglard était mal adapté à la marche, à la course, pire encore aux voyages. Franchir la Manche par le tunnel le tourmentait autant que passer par-dessus en avion. Il n’aurait cependant laissé sa place à personne. Depuis trente ans, le commandant était rivé à l’élégance du vêtement britannique, sur laquelle il misait pour compenser son manque naturel d’allure.

À partir de cette option vitale, il avait étendu sa gratitude au reste du Royaume-Uni, faisant de lui le type même du Français anglophile, adepte de la grâce des manières, de la délicatesse, de l’humour discret. Sauf quand il laissait choir toute retenue, ce qui fait la différence entre le Français anglophile et l’Anglais véritable. De sorte, la perspective de séjourner à Londres le réjouissait, flux migratoire ou pas. Restait à franchir l’obstacle de ce foutu tunnel qu’il empruntait pour la première fois. Adamsberg rinça son bol, attrapa sa valise, se demandant quelle sorte de veste et de crav avait choisies pour lui le commandant Danglard. Son voisin, le vieux Lucio, frappait lourdement à la porte vitrée, l’ébranlant de son poing considérable. La guerre d’Espagne avait emporté son bras gauche quand il avait neuf ans, et il semblait que le membre droit avait grossi en conséquence pour concentrer en lui seul la dimension et la force de deux mains. Le visage collé aux carreaux, il appelait Adamsberg du regard, impérieux.

– Amène-toi, marmonna-t-il sur un ton de commandement. Pas moyen qu’elle les sorte, j’ai besoin de ton aide.

Adamsberg posa sa valise au-dehors, dans le petit jardin désordonné qu’il partageait avec le vieil Espagnol.

– Je pars trois jours pour Londres, Lucio. Je t’aiderai à mon retour.

– Trop tard, gronda le vieux.

Et quand Lucio grondait ainsi, sa voix roulant sur les “ r ”, il produisait un bruit si sourd qu’Adamsberg avait l’impression que le son sortait directement de la terre. Adamsberg souleva sa valise, l’esprit déjà projeté vers la gare du Nord.

– Qu’est-ce que tu ne peux pas sortir ? dit-il d’une voix lointaine en verrouillant sa porte.

– La chatte qui vit sous l’appentis. Tu savais qu’elle allait faire ses petits, non ?

– Je ne savais pas qu’il y avait une chatte sous l’appentis, et je m’en fous.

– Alors tu le sais maintenant. Et tu ne vas pas t’en foutre, hombre. Elle n’en a sorti que trois. Un est mort, et deux autres sont encore coincés, j’ai senti les têtes. Moi je pousse en massant et toi, tu extirpes. Gaffe, ne va pas serrer comme une brute quand tu les sors. Un chaton, ça te craque entre les doigts comme un biscuit sec.»

 

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Sous les vents de Neptune - Fred Vargas

sous_les_vents_de_neptune Viviane Hamy, avril 2004, 441 p.

Présentation de l'éditeur
Adamsberg et son équipe du ciat du 13e sont invités au Québec, à Hull-Gatineau pour: « Une formation de deux semaines ciblée sur le traitement des empreintes génétiques. »
La semaine qui précède leur départ, le commissaire tombe sur un entrefilet dans la presse: « Une jeune fille assassinée de trois coups de couteau à Schiltigheim », lorsqu’un malaise l’étreint brutalement. Par quatre fois, en une même journée et dans des circonstances différentes il va sentir « cette sensation de gêne l’enserrer, ce chat griffu lui sauter sur l’épaule. »
Au cours de la nuit, il décrypte les signes qui ont provoqué ses malaises. Ils le renvoient à la disparition de son frère, Raphael, après qu’il fut soupçonné du meurtre de son amie quelque trente ans auparavant. L’enquête qu’Adamsberg avait alors menée avait permis à son frère d’éviter la prison, mais non de l’innocenter puisqu’il n’avait pu fournir d’alibi et que le coupable n’avait pas été découvert.
« Cette fois, ses mains se mirent à trembler, cette fois son cœur s’accéléra. Rien de commun avec les quatre tornades qu’il avait subies, mais une émotion violente, de la stupéfaction et de la terreur. Le Trident.
A présent que l’alcool avait engourdi ses muscles et apaisé les battements de son cœur, il pouvait réfléchir, commencer, essayer. Tenter de regarder le monstre que l’évocation de Neptune avait, enfin, fait émerger de ses propres cavernes. Le clandestin, le terrible intrus. L’assassin invincible et altier qu’il nommait le Trident. L’imprenable tueur qui avait fait chanceler sa vie, trente ans plus tôt. Pendant quatorze années, il l’avait pourchassé, traqué, espérant chaque fois le saisir et sans cesse perdant sa proie mouvante. Courant, tombant, courant encore.
Et tombant. Il y avait laissé des illusions et, surtout, il y avait perdu son frère. Le Trident s’était montré beaucoup plus fort que lui, toujours. Un titan, un diable, un Poséïdon de l’enfer. Levant son arme à trois pointes et tuant d’un seul coup au ventre. Laissant derrière lui ses victimes empalées, marquées de trois trous rouges en ligne. »

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : Un très bon Vargas. Adamsberg part avec toute son équipe au Québec. Adamsberg se retrouve malgré lui au coeur de l'enquête. L'intrigue nous tient en haleine. Et l'écriture est toujours agréable.

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Un téléfilm réalisé par Josée Dayan avec Jean-Hugues Anglade (Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg), Jeanne Moreau (Josette), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Hélène Fillières (Camille), Myriam Boyer (Clémentine), Rémy Girard (Surintendant Laliberté), Bernard Freyd (Brézillon), Ray Bouchard (Commandant Trabelmann), Vanessa Brown (La bibliothécaire), Germain Houde (Sanscartier) et diffusé sur France 2 en 2 épisodes les vendredi 15 et 22 février 2008 à 20h55.

Extrait : « Adossé au mur noir de la cave, Jean-Baptiste Adamsberg considérait l’énorme chaudière qui, l’avant-veille, avait stoppé toute forme d’activité. Un samedi 4 octobre alors que la température extérieure avait chuté aux alentours de 1°, sous un vent droit venu de l’Arctique. Incompétent, le commissaire examinait la calandre et les tuyauteries silencieuses, dans l’espoir que son regard bienveillant ranime l’énergie du dispositif, ou bien fasse apparaître le spécialiste qui devait venir et qui ne venait pas. Ce n’était pas qu’il fût sensible au froid ni que la situation lui fût désagréable. Au contraire, l’idée que, parfois, le vent du nord se propulsât directement sans escale ni déviation depuis la banquise jusqu’aux rues de Paris, 13e arrondissement, lui donnait la sensation de pouvoir accéder d’un seul pas à ces glaces lointaines, de pouvoir y marcher, y creuser quelque trou pour la chasse aux phoques. Il avait ajouté un gilet sous sa veste noire et, s’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait attendu sans hâte la venue du réparateur tout en guettant l’apparition du museau du phoque. Mais à sa manière, le puissant engin terré dans les sous-sols participait pleinement à l’élucidation des affaires qui convergeaient à toute heure vers la Brigade criminelle, réchauffant les corps des trente-quatre radiateurs et des vingt-huit flics du bâtiment. Corps à présent engourdis par le froid, engoncés dans des anoraks, s’enroulant autour du distributeur à café, appliquant leurs mains gantées sur les gobelets blancs. Ou qui désertaient carrément les lieux pour les bars alentours. Les dossiers se pétrifiaient à la suite. Dossiers primordiaux, crimes de sang. Dont l’énorme chaudière n’avait que faire. Elle attendait, princière et tyrannique, qu’un homme de l’art voulût bien se déplacer pour se mettre à ses pieds. En signe de bonne volonté, Adamsberg était donc descendu lui rendre un court et vain hommage et trouver là, surtout, un peu d’ombre et de silence, échapper aux plaintes de ses hommes. Ces lamentations, alors qu’on parvenait à maintenir une température de 10° dans les locaux, auguraient mal du stage ADN au Québec, où l’automne s’annonçait rude – moins 4° hier à Ottawa et de la neige, déjà, par-ci par-là. Deux semaines ciblées sur les empreintes génétiques, salive, sang, sueur, larmes, urine et excrétions diverses à présent capturés dans les circuits électroniques, triés et triturés, toutes liqueurs humaines devenues véritables engins de guerre de la criminologie. À huit jours du départ, les pensées d’Adamsberg avaient déjà décollé vers les forêts du Canada, immenses, lui disait-on, trouées de millions de lacs. Son adjoint Danglard lui avait rappelé en maugréant qu’il s’agissait de fixer des écrans et en aucun cas les surfaces des lacs. Cela faisait un an que le capitaine Danglard maugréait. Adamsberg savait pourquoi et il attendait patiemment que ce grondement s’estompe. Danglard ne rêvait pas aux lacs, priant chaque jour pour qu’une affaire brûlante cloue sur place la brigade entière. Depuis un mois, il ruminait son décès prochain au cours de l’explosion de l’appareil au-dessus de l’Atlantique. Cependant, depuis que le spécialiste qui devait venir ne venait pas, son humeur s’améliorait. Il misait sur cette panne impromptue de chaudière, espérant que ce coup de froid désamorcerait les fantasmes absurdes que faisaient naître les solitudes glacées du Canada.

Adamsberg posa sa main sur la calandre de la machine et sourit. Danglard aurait-il été capable de bousiller la chaudière, prévoyant par avance ses effets démobilisateurs ? De retarder l’arrivée du réparateur ? Oui, Danglard en était capable. Son intelligence fluide se glissait dans les mécanismes les plus étroits de l’esprit humain. À condition toutefois qu’ils se calent sur la raison et la logique, et c’est bien sur cette ligne de crête, entre raison et instinct, que, depuis des années, Adamsberg et son adjoint divergeaient diamétralement.

Le commissaire remonta l’escalier à vis et traversa la grande salle du rez-de-chaussée où les hommes évoluaient au ralenti, lourdes silhouettes épaissies par les écharpes et les pulls en surcharge. Sans qu’on en connaisse du tout la raison, on appelait cette pièce la Salle du Concile, en raison sans doute, pensait Adamsberg, des réunions collectives qui s’y déroulaient, des conciliations, ou bien des conciliabules. De même nommait-on la pièce attenante Salle du Chapitre, espace plus modeste où se tenaient les assemblées restreintes.

D’où cela venait-il, Adamsberg ne le savait pas. De Danglard probablement, dont la culture lui semblait parfois sans limite et presque toxique. Le capitaine était sujet à de brusques expulsions de savoir, aussi fréquentes qu’incontrôlables, un peu à la manière d’un cheval qui s’ébroue dans un frisson bruyant. Il suffisait d’un faible stimulus — un mot peu usité, une notion mal cernée —, pour que s’enclenche chez lui un développé érudit et pas nécessairement opportun, qu’un geste de la main permettait d’interrompre.

D’un signe négatif, Adamsberg fit comprendre aux visages qui se levaient sur son passage que la chaudière se refusait à donner signe de vie. Il gagna le bureau de Danglard qui achevaitles rapports urgents d’un air sombre, pour le cas désastreux où il devrait rejoindre le Labrador, sans même pouvoir l’atteindre, en raison de cette explosion au-dessus de l’Atlantique, suite à l’embrasement du réacteur gauche, encrassé par un vol d’étourneaux venu s’encastrer dans les turbines. Perspective qui, à son idée, l’autorisait pleinement à déboucher une bouteille de blanc avant six heures de l’après-midi. Adamsberg s’assit sur l’angle de la table. — Où en sommes-nous, Danglard, de l’affaire d’Hernoncourt ?

— En bouclage. Le vieux baron est passé aux aveux. Complets, limpides.

— Trop limpides, dit Adamsberg en repoussant le rapport et en attrapant le journal qui reposait proprement plié sur la table. Voilà un dîner de famille qui tourne à la boucherie, un vieil homme hésitant, empêtré dans ses mots. Et brusquement, il passe au limpide, sans transition ni clair-obscur. Non, Danglard, on ne signe pas cela.

Adamsberg tourna bruyamment une des pages du journal.

— Ce qui veut dire ? demanda Danglard.

— Qu’on reprend à la base. La baron nous promène. Il couvre quelqu’un et très probablement sa fille.

— Et la fille laisserait son père aller au casse-pipe ?

Adamsberg tourna une nouvelle feuille du journal. Danglard n’aimait pas que le commissaire lise son journal. Il le lui rendait froissé et démembré et il n’y avait rien à faire ensuite pour remettre le papier dans ses plis.

— Cela s’est vu, répondit Adamsberg. Traditions aristocratiques et, surtout, sentence bénigne pour un vieil homme affaibli. Je vous le répète, nous n’avons pas de clair-obscur et, cela, c’est impensable. La volte-face est trop nette et la vie n’est jamais si tranchée. Il y a donc tricherie, à un endroit ou à un autre.

Fatigué, Danglard ressentit la brusque envie d’attraper son rapport et de tout foutre en l’air. D’arracher aussi ce journal qu’Adamsberg déstructurait négligemment entre ses mains. Vrai ou faux, il serait contraint d’aller vérifier les foutus aveux du baron, au seul prétexte des molles intuitions du commissaire. Des intuitions qui, aux yeux de Danglard, s’apparentaient à une race primitive de mollusques apodes, sans pieds ni pattes ni haut ni bas, corps translucides flottant sous la surface des eaux, et qui exaspéraient voire dégoûtaient l’esprit précis et rigoureux du capitaine. Contraint d’aller vérifier car ces intuitions apodes se révélaient trop souvent exactes, par la grâce d’on ne sait quelle prescience qui défiait les logiques les plus raffinées. Prescience qui, de succès en succès, avait amené Adamsberg ici, sur cette table, à ce poste, chef incongru et rêveur de la Brigade criminelle du 13e. Prescience qu’Adamsberg déniait lui-même et qu’il appelait tout simplement les gens, la vie.

— Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? demanda Danglard. Avant que je ne tape tout ce rapport ?

— Je n’y ai songé que cette nuit, dit Adamsberg en fermant brusquement le journal. En pensant à Rembrandt. »

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