04 janvier 2009

Philippe Claudel – les âmes grises

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Stock - août 2003 – 284 pages

Livre de Poche - mars 2006 - 279 pages

Prix des Lectrices de Elle 2004 et Prix Renaudot 2003

Présentation de l'éditeur : A l’hiver 1917, dans un village du nord de la France tout près duquel les combats font rage, une fillette d’une dizaine d’années est retrouvée morte, assassinée sur le bord d’un petit cours d’eau.
Des années plus tard, retraité, le policier qui a mené l’enquête raconte ce qui a suivi. Qui a tué Belle ? Un maraudeur de passage ? Le petit soldat breton déserteur ? La solidarité de classe n’aurait-elle pas épargné le coupable en la personne du procureur Destinat, personnage impitoyable et glacé ? Et comment expliquer le suicide de la jeune institutrice, Lysia, si pleine de vie ?
A partir d’une énigme à la Simenon, Philippe Claudel a construit un roman puissant, à la progression dramatique impressionnante, tableau saisissant d’une France provinciale plongée dans le cauchemar de la guerre. Il a aussi analysé, avec une lucidité et une finesse psychologique sans faille, les rapports troubles que le bien et le mal entretiennent en chacun de nous, faisant à jamais de nos âmes des « âmes grises ».

Auteur : Philippe Claudel est né en 1962. Son roman Les âmes grises (prix Renaudot 2003, Grand prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire) a été traduit dans vingt-deux pays.

Mon avis : (lu en février 2004)
L'histoire est terrible, celle de cette petite fille retrouvée étranglée au bord d'une rivière, l'histoire de la noirceur de l'âme des hommes, dans le Nord de la France, pendant la première guerre mondiale.
Un livre captivant, avec un très bon suspense. Une histoire belle et touchante. L'atmosphère, créé par l'auteur, est remplie d'une mélancolie infinie, est extrêmement touchante et prenante. Les personnages sont ni tout blanc, ni tout noir mais simplement gris !

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Un film tiré de ce livre est sortie en 2005, réalisé par Yves Angelo avec Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret, Marina Hands, Joséphine Japy, Cyrille Thouvenin, Denis Podalydès.

 

 

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03 janvier 2009

La jeune fille à la perle - Tracy Chevalier

la_jeune_fille___la_perle Table ronde - février 2004 – 280 pages

traduit par Marie-Odile Fortier-Masek

Girl with a Pearl Earring, New York: Dutton, 1999

Quatrième de couverture
La jeune et ravissante Griet est engagée comme servante dans la maison du peintre Vermeer. Nous sommes à Delft, au dix-septième siècle, l'âge d'or de la peinture hollandaise. Griet s'occupe du ménage et des six enfants de Vermeer en s'efforçant d'amadouer l'épouse, la belle-mère et la gouvernante, chacune très jalouse de ses prérogatives.

Au fil du temps, la douceur, la sensibilité et la vivacité de la jeune fille émeuvent le maître qui l'introduit dans son univers. À mesure que s'affirme leur intimité, le scandale se propage dans la ville...

Un roman envoûtant sur la corruption de l'innocence, l'histoire d'un cœur simple sacrifié au bûcher du génie.

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Biographie de l'auteur
Tracy Chevalier est américaine. Elle vit à Londres depuis 1984 avec son mari et son fils. Elle est l'auteur de quatre romans dont La Jeune Fille à la perle, qui a connu un succès mondial

Mon avis : (lu en mars 2004)

L'inspiration du livre vient du célèbre tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle. Ce tableau (huile sur toile, 45 × 40 cm), peint vers 1665-1666, exposé au Mauritshuis de La Haye reste une énigme pour les spécialistes de Vermeer : on ignore en effet, qui est la mystérieuse jeune fille. La romancière Tracy Chevalier s'est extrêmement documentée, et a élaboré sa trame à partir des quelques informations qu'elle a pu glaner. L'histoire racontée par Tracy Chevalier correspond en tout point à ce que nous savons du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis d'argent...

J'ai beaucoup aimé ce livre dont l'histoire tourne autour de la peinture. Ce récit à la première personne nous emmène à Delft au 17eme siècle, nous pénétrons dans l'intimité du peintre Vermeer et de sa famille. J'ai trouvé très intéressante la conception du tableau de « La jeune fille à la perle ». J'ai été touchée par le personnage de Griet. L'ambiance austère et authentique de l'époque est très bien décrite.

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J'ai également vu le film tiré de ce livre et réalisé par Peter Webber avec Colin Firth - Scarlett Johansson - Tom Wilkinson - Judy Parfitt - Cillian Murphy, sortie en 2004. Je l'ai beaucoup aimé car j'y ai très bien retrouvé l'atmosphère du livre.

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Un brillant avenir - Catherine Cusset

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Gallimard – août 2008 – 369 pages

Folio – février 2010 – 370 pages

Prix Goncourt des lycéens 2008

Le Mot de l'éditeur :
Elena, une jeune Roumaine née en Bessarabie et ballottée par l'Histoire, rencontre à un bal en 1958 un homme dont elle tombe passionnément amoureuse. Il est juif, et ses parents s'opposent au mariage. Elena finit par épouser Jacob et par réaliser son rêve : quitter la Roumanie communiste et antisémite de Ceauescu. Émigrer aux États-Unis. Elle devient américaine, et se fait appeler Helen. Elle a rompu avec le passé, mais l'avenir n'est plus un rêve. Helen est maintenant confrontée à une réalité qui lui échappe : la maladie et la dépression de son mari ; l'indépendance de ce fils à qui elle a tout sacrifié, et qui épouse une Française malgré l'opposition de ses parents. Cette jeune femme égoïste, arrogante, imbue d'un sentiment de supériorité presque national, Helen ne l'aime pas. Cette belle-mère dont le silence recèle une hostilité croissante, Marie en a peur. Pourtant, entre ces deux femmes que tout oppose – leur origine, leurs valeurs et leur attachement au même homme –, quelque chose grandit qui ressemble à de l'amour.

Auteur : Catherine Cusset vit à New York depuis vingt ans. Elle a déjà publié huit romans. 

Mon avis : (lu en déc 2008)
C'est le premier livre que je lisais de Catherine Cusset, et il me donne envie d'en lire d'autres. L'auteur nous livre l'histoire d'Elena-Helen née en Roumanie puis émigrée à New-York et en parallèle la relation difficile qu'elle entretient avec sa belle-fille française. C'est également un beau portrait de femme. L'histoire est prenante et l'écriture très agréable à lire.

Extrait : 2003 – Juste le silence
« Alors qu'Helen déplie le matelas gonflable, elle entend Jacob tirer la chasse et ouvrir la porte de la salle de bains. Elle lève les yeux et voit son mari dans son pyjama gris à rayures blanches qui la dévisage, debout à l'entrée du salon. Elle en est agacée. Non parce qu'il ne propose pas son aide - ce n'est pas difficile de gonfler le matelas, et Jacob est devenu si maladroit qu'il vaut mieux se débrouiller sans lui - mais parce qu'il ne pose pas la question qui le tracasse de toute évidence : pourquoi sa femme couche-t-elle dans le salon? Elle décide de garder le silence. Il peut encore articuler trois mots.

Elle ne lui demande pas non plus s'il a pris les médicaments qu'elle a laissés sur le bar de la cuisine avec un verre d'eau. S'il saute une dose, tant pis. Il n'en mourra pas. Parfois elle n'en peut plus de penser, parler, agir pour deux. C'est elle qui sort de leur emballage les vingt-quatre cachets quotidiens, et elle doit lui rappeler de les avaler. Aujourd'hui il a encore oublié de ramasser le courrier. Elle a patiemment attendu trois jours, multipliant les allusions aux factures qu'il fallait payer. En vain. Comme la boîte aux lettres était pleine, elle a fini par le lui dire. Il s'est excusé, mais ça ne change rien. Ce n'est pas seulement la maladie, ni l'âge. Soixante-douze ans n'est pas si vieux. Mais il ne fait plus aucun effort. Et ce sera de pire en pire. Elle n'a pas envie d'y penser. C'est trop triste.

Elle appuie sur le bouton et le lit se gonfle lentement avec un grondement de moteur. Les épaules tombantes, les bras pendant le long du corps, Jacob la regarde toujours, figé comme une statue de sel. Il croit peut-être qu'elle est fâchée à cause du courrier ou parce qu'il l'a empêchée de dormir la nuit dernière en allant dix fois aux toilettes. Ou il se demande ce qu'il a bien pu oublier d'autre. Un peu d'inquiétude secouera ses neurones et ne lui fera pas de mal. D'ailleurs, s'il veut savoir, il n'a qu'à demander: « Lenoush, pourquoi dors-tu ici ce soir? » Elle lui répondra aussitôt, gentiment, et il verra que ce n'est pas à cause de lui. Elle n'est pas fâchée contre lui. Ce n'est pas sa faute s'il est malade, bien sûr. Elle voudrait juste qu'il fasse un petit effort. Un tout petit, tout petit effort.

Quand elle lève les yeux.jacob n'est plus là. Il s'est retiré en silence. À moins qu'elle ne l'ait pas entendu dire bonne nuit. La porte de la salle de bains se referme. La chasse d'eau résonne, pour la deuxième fois en moins de dix minutes. Elle finit de gonfler le matelas, met les draps et la couverture, puis sort sur la terrasse.

À travers le rideau, elle peut voir que la lumière dans la chambre est éteinte. Jacob doit dormir. Il n'a aucun problème pour s'endormir. Elle s'appuie contre la balustrade, allume une cigarette et regarde le miroir noir de l'Hudson entre les tours Tromp. C'est une belle nuit claire de la miseptembre, pleine d'étoiles. Elle aspire sur la cigarette, tire de profondes bouffées, rejette la fumée. La terrasse est son royaume, où elle ne dérange personne, où personne n'est là pour la juger. C'est pour la terrasse et sa vue éblouissante sur la rivière, les tours de Midtown et les falaises du New Jersey qu'elle a choisi cet appartement quand ils ont emménagé à Manhattan il y a sept ans. Elle recule, s'assoit sur la chaise en plastique blanc, éteint sa cigarette et en allume une autre. À la télévision ce soir, elle a entendu dire que le vent soufflerait fort mercredi. Il faudra transporter les plantes à l'intérieur demain matin. Demain soir, Camille sera là et elle n'aura pas le temps. Elle boit un peu de Pepsi et se lève, enfonçant le mégot dans le cendrier plein. Juste avant de quitter la terrasse, elle va chercher sur l'étagère dans le coin la sirène en plastique bleu et rose qui fait des bulles automatiquement. Elle la pose près du cendrier. Camille adore les bulles.

Son bébé chéri. Mais ce n'est plus un bébé. Une grande fille de quatre ans. Pendant l'été son petitventre a fondu, et depuis qu'elle est rentrée de France, elle n'utilise plus la poussette. Elle était si mignonne, dimanche, quand elle a pris la main de son grand-père et lui a dit en français: « Toi aussi, Dada : danse! » Elle aime tant son grand-père! Le silence de Jacob ne lui fait pas peur. Elle a sans cesse des choses à lui raconter. C'est vraiment une enfant spéciale -un gracieux et joyeux petit elfe.

Helen rentre dans l'appartement, marche droit jusqu'à la cuisine et appuie sur l'interrupteur. Rien sur le plan de travail. Pas de cachet ni de papier argenté. Elle ouvre le placard sous l'évier et vérifie la poubelle. Les emballages des médicaments s'y trouvent. Il n'a pas oublié. Elle soupire de soulagement, et un sourire éclaire son visage. Il y a donc encore de l'espoir. Elle aurait dû être plus gentille ce soir. Elle le félicitera demain matin. »

Challenge Prix Goncourt des Lycéens

2008

Challenge Goncourt des Lycéens
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02 janvier 2009

Dialogue avec mon jardinier – Henri Cueco

Dialogue_avec_mon_jardinier Seuil – juin 2004 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
L’un, dans le jardin, ramasse des noix, cultive des patates, fauche l’herbe. L’autre, dans l’atelier, dessine des noix, des patates, de l’herbe. Après le travail, ils parlent (ils disent « batailler »).
L’un est le patron, l’autre l’employé. Mais ils sont pays et tous deux s’interrogent sur le beau (« Ah ! une belle salade ! – Ah ! un beau tableau ! – Dis, c’est quoi, pour toi, une belle salade ? »).
Au début, ils s’apprennent : le contact est un peu laborieux, et puis ça vient tout seul. Un sujet en amène un autre : les carottes, la vie, les citrouille, la mort, les poireaux, la jalousie, les haricots, l’art, les petits pois, la maladie, les groseilliers, les voyages. Ils cultivent leur jardin, au propre et au figuré. Le lecteur grappille un légume ou un fruit défendu à chaque page.
C'est un dialogue allègre, inattendu, taquin, simple et vrai. Il évolue - comme l'amitié - d'une certaine raideur à une tendresse confiante, à un abandon mutuel assez déchirant. Sous prétexte de parler des salades (" ah ! une belle salade "), des poireaux (" si je les arrose pas, je vais les trouver avec un pompon au bout de la tige "), des citrouilles (" les citrouilles, pour moi, c'est le plaisir de les voir venir "), ils parlent de la vie, de la mort, de la jalousie, de l'art, de la maladie, du bonheur, des voyages, de l'argent des rêves et des peurs. Ça coule de source. C'est bienfaisant, réjouissant et plein de malice.

Mon avis : (lu en novembre 2004)

J'avais pris ce livre à la bibliothèque vraiment par hasard un peu à cause de la couverture...

Et j'ai pris beaucoup plaisir avec ce livre. C'est une histoire d’amitié attachante et simple.

Les sujets de discussion sont sans prétention, anodins : le thé, le pinard, la salade, la citrouille, un couteau et un bout de ficelle, un poisson...

Les personnages du peintre et du jardinier discutent de leurs observations sur la nature et la vie tout simplement. Beaucoup d'émotions se dégagent de ce livre : une belle leçon de vie.

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En juin 2007, un film a été réalisé par Jean Becker avec Daniel Auteuil et Jean-pierre Darroussin. J'ai beaucoup aimé le film car j'y ai retrouvé toute la poésie du livre.

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Extrait :

« Par contre, tiens, regarde, moi aussi j'en fais, du beau. Regarde un peu celle-là.
-C'est quoi, ça ?
-Une salade.
-Ça, une salade ?
Il rit
-Tu vois, y a pas que toi qui fais des belles choses. Ça, c'est mon travail.
-Ah, elle est belle !
-Elle est pour toi, je te la donne. J'en ai un plein carreau, je peux pas toute la manger, et la semaine prochaine elle va monter.
-Merci.
-Je te la pose là.
-Elle est vraiment belle.
-Ce qui est beau, c'est ce qui fait plaisir à voir, voilà, c'est simple... Mais bien sûr, toi, c'est plus compliqué qu'une salade, peut-être.
-C'est peut-être pas aussi beau.
-Moi, je trouve que c'est plus beau que la salade, même si on sait pas pourquoi. La salade, c'est parce qu'elle est blanche, parce qu'il y a du rendement. Tandis que ton truc, là...
Un long temps.
-Je vais à la soupe. A demain. Porte-toi bien.
-Merci encore pour la salade.
»

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31 décembre 2008

Heureuse Année 2009

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Mon jardin en cette fin 2008...et tous mes voeux pour 2009 !

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Un peu plus loin sur la droite - Fred Vargas

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Viviane Hamy - mars 1996 - 255 pages

J'ai lu - 2000 - 253 pages

Présentation de l'éditeur
Embusqué sur le banc 102, celui de la Contrescarpe, alors qu'il surveille la fenêtre d'un fils de député bien peu sympathique, Kehlweiler, " l'Allemand ", avise une drôle de " bricole " blanchâtre égarée sur une grille d'arbre... Ce petit bout d'os humain -car il s'agit de cela- l'obsède jusqu'à ce qu'il abandonne ses filatures parisiennes pour rallier Port-Nicolas, un village perdu au bout de la Bretagne. Et l'attente reprend au Café de la Halle. Depuis la salle enfumée du vieux bar, il écoute et surveille, de bière en bière, de visage en visage, et fait courir sans trêve, par les routes humides et les grèves désertes, son jeune assistant, Marc Vandoosler, le médiéviste de Debout les morts. Qui tue ?

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis :

Ici Vargas délaisse son héros Adamsberg et le remplace par Ludwig Kehlweiler, un ami d'Adamsberg au passé lourd, marqué par la seconde guerre mondiale, il possède un réseau national d'indicateurs et un crapaud nommé Bufo. Il est obstiné et déterminé. On retrouve également Marc (spécialiste du Moyen-Age) et Mathias (le préhistorien) de "Debout les morts".

On part d'un fait inattendu et semble-t-il anodin : la découverte d'un petit os dans une crotte de chien... et l'on va découvrir un assassin !

Fred Vargas est toujours un auteur de roman policier que j'aime beaucoup. Je n'ai pas lâché le livre de la première à la dernière page... J'aime beaucoup l'ambiance, l'action se passe toujours à Paris mais également en Bretagne.

Extrait :

"Kehlweiler posa Marthe devant chez elle, l'écouta grimper l'escalier, et entra dans le café de l'avenue. Il était près d'une heure du matin, il n'y avait plus grand monde. Des traînards, comme lui. Il les connaissait tous, il avait une mémoire assoiffée de visages et de noms, perpétuellement insatisfaite et quémandeuse. Ce qui d'ailleurs inquiétait beaucoup au ministère.

Une bière et ensuite il ne se casserait plus la tête avec Sonia. Il aurait pu lui raconter sa grande armée aussi, une centaine d'hommes et femmes sur qui compter, un regard dans chaque département, plus une vingtaine à Paris, on peut pas déminer tout seul. Sonia serait restée, peut-être. Et puis merde.

Donc, prenons une mouche. La mouche est entrée dans la maison et elle énerve tout le monde. Des tonnes de battements d'ailes à la seconde. C'est fortiche, une mouche, mais ça énerve. Ça vole dans tous les sens, ça marche au plafond sans trucage, ça se fout partout là où il ne faut pas, et surtout, ça trouve la moindre goutte de miel égarée. L'emmerdeuse publique. Exactement comme lui. Il trouvait du miel là où tout le monde pensait avoir bien nettoyé, n'avoir pas laissé de trace. Du miel ou de la merde, bien sûr, pour une mouche tout se vaut. Le réflexe imbécile est de foutre la mouche dehors. C'est la bourde. Car une fois dehors, que fait la mouche ? Louis Kehlweiler paya sa bière, salua tout le monde et sortit du bar. Il n'avait aucune envie de rentrer chez lui. Il irait se poser sur le banc 102. Quand il avait démarré, il avait quatre bancs, et maintenant cent trente sept, plus soixante-quatre arbres. Depuis ces bancs et ces marronniers, il avait capté des tas de choses. Il aurait pu raconter ça aussi, mais il avait tenu bon. Il pleuvait à verse à présent.

Car une fois dehors, que fait la mouche ? Elle fait l'imbécile deux ou trois minutes, c'est entendu, et puis elle s'accouple. Et puis elle pond. Ensuite, on a des milliers de petites mouches qui grandissent, qui font les imbéciles, et puis qui s'accouplent. Donc, rien de plus inconséquent que de se débarrasser d'une mouche en la mettant dehors. Ca démultiplie la puissance de la mouche. Faut la laisser dedans, la laisser faire ses trucs de mouche, et prendre patience jusqu'à ce que l'âge la rattrape et qu'elle fatigue. Tandis qu'une mouche dehors, c'est la menace, le grand danger. Et ces crétins qui l'avaient mis dehors. Comme si, une fois dehors, il allait s'arrêter. Mais non, ce serait pire. Et évidemment, ils ne pouvaient pas se permettre de lui taper dessus avec un torchon comme il arrive qu'on procède avec une mouche.

Kehlweiler parvint en vue du banc 102 sous une pluie battante. C'était un bon territoire, en vis-à-vis du domicile d'un neveu de député très discret. Kehlweiler savait avoir l'air d'un type perdu, c'était assez naturel chez lui, et on ne se méfiait pas d'un grand corps abandonné sur un banc. Pas même quand ce grand corps entreprenait une petite filature d'un pas lent. Il s'arrêta et fit une grimace. Un chien lui avait salopé son territoire. Là, sur la grille de l'arbre, au pied du banc. Louis Kehlweiler n'aimait pas qu'on empuantisse ses emplacements. Il faillit retourner sur ses pas. Mais le monde était à feu et à sang, il n'allait pas s'effacer devant l'excrément dérisoire d'un chien inconséquent. A midi, il avait déjeuné sur ce banc, et le territoire était vierge. Et ce soir, une femme partie, une lettre minable sur le lit, un score moyen au flipper, un territoire salopé, une vague désespérance.

Trop de bière, ce soir, c'était bien possible, il ne prétendait pas le contraire. Et personne dans les rues sous cette avalanche de flotte, qui, au moins, lessiverait les trottoirs, les grilles d'arbre et le poste 102; sa tête aussi peut-être. Si Vincent l'avait bien informé, le neveu du député recevait depuis quelques semaines un personnage obscur qui l'intéressait. Il voulait voir. Mais ce soir, pas de lumière aux fenêtres, pas de mouvement.

Il se protégea de la pluie sous sa veste et nota quelques lignes sur un carnet. Marthe devrait se débarrasser du sien. Pour bien faire, il faudrait le lui arracher de force. Marthe, personne ne l'aurait cru, avait été l'entraîneuse la plus belle de tout le 5e arrondissement, d'après ce qu'on lui avait raconté. Kehlweiler jeta un regard à la grille d'arbre. Il voulait partir. Ce n'était pas qu'il reculait, mais ça allait bien pour ce soir, il voulait dormir. Évidemment, il pourrait être là dès demain à l'aube. On lui avait beaucoup vanté les beautés de l'aube, mais Kehlweiler aimait dormir. Et quand il voulait dormir, il n'y avait guère de motivations qui pouvaient tenir le coup. Parfois même, le monde était à feu et à sang et il voulait dormir. C'était ainsi, il n'en tirait pas de gloire ni de honte, encore que parfois si, et il n'y pouvait rien, et cela lui avait valu pas mal d'emmerdements et même de ratages. Il la payait, sa quote-part au sommeil. L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, dit-on. Et c'est idiot, car l'avenir est également surveillé par ceux qui se couchent tard. Demain, il pourrait être là vers onze heures."

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Dans les bois éternels - Fred Vargas

Dans_les_bois__ternels Viviane Hamy, avril 2006, 442 p.

Présentation de l'éditeur
Envisager de raconter un roman de Fred Vargas frise le ridicule, aussi se contentera-t-on de dire qu’ici, comme dans Sous les vents de Neptune, Adamsberg est confronté à des résurgences de son passé qui le déstabilisent fortement. L’enquête qu’il mène sur la mort de deux gars qui se sont fait trancher la gorge à la Porte de la Chapelle le remet en présence d’Ariane Lagarde, la médecin légiste à laquelle il s’était opposé quelque vingt-cinq ans auparavant. Un de ses nouveaux collaborateurs ne semble pas particulièrement l’apprécier, ce qui le perturbe d’autant plus que ce lieutenant Veyrenc de Bilhc est béarnais comme lui, originaire du village voisin du sien.

Enfin Camille, dont il a eu un fils, qu’il garde régulièrement, semble voguer vers de nouvelles amours et s’être affranchie de leur liaison passionnelle pour glisser vers des relations amicales, qui ne lui conviennent absolument pas…

Dans les bois éternels est le dixième « rompol » de Fred Vargas. Ses précédents livres, traduits ou en cours de traduction dans plus de trente pays, ont reçu nombre de récompenses françaises et étrangères, dont le prix des Libraires, le prix des Lectrices ELLE, le Deutscher Krimipreis.

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en juin 2006)

Il a fallut que je lise 2 fois ce livre pour l'apprécier vraiment. En effet, l'intrigue est tortueuse mais superbement construite. J'aime toujours les personnages si savoureux et attachants de Vargas, Adamsberg commissaire atypique devenu papa de Tom, ses équipiers Danglard, encyclopédie vivante portée sur le vin blanc, la solide Retancourt, ou encore le fidèle Estalère, il y a aussi nouveau lieutenant dans son service, l'étrange Veyrenc. On retrouve le préhistorien Mathias (l'un des « évangélistes » de « Debout les Morts » mais aussi une légiste, un curé, le voisin espagnol, le chat, les clients d'un bar... Et toujours beaucoup d'humour distillé tout au long du livre.

Extrait :

« En coinçant le rideau de sa fenêtre avec une pince à linge, Lucio pouvait observer le nouveau voisin mieux à son aise. C’était un petit gars brun qui montait un mur de parpaings sans fil à plomb, et torse nu sous un vent frais de mars. Après une heure de guet, Lucio secoua rapidement la tête, comme un lézard met fin à sa sieste immobile, détachant de ses lèvres sa cigarette éteinte.

— Celui-là, dit-il en posant finalement son diagnostic, pas de plomb dans la tête, pas de plomb dans les mains. Il va sur son âne en suivant sa boussole. Comme ça l’arrange.

— Eh bien laisse-le, dit sa fille, sans conviction.

— Je sais ce que j’ai à faire, Maria.

— C’est surtout que tu aimes tracasser le monde avec tes histoires.

Le père fit claquer sa langue contre son palais.

— Tu parlerais autrement si t’avais des insomnies. L’autre nuit, je l’ai vue comme je te vois.

— Oui, tu me l’as dit.

— Elle a passé devant les fenêtres de l’étage, lente comme le spectre.

— Oui, répéta Maria, indifférente.

Le vieillard s’était redressé, appuyé sur sa canne.

— On aurait dit qu’elle attendait l’arrivée du nouveau, qu’elle se préparait pour sa proie.

Pour lui, ajouta-t-il avec un coup de menton vers la fenêtre.

— Lui, dit Maria, il va t’écouter d’une oreille et tout vider de l’autre.

— Ce qu’il en fera, ça le regarde. Donne-moi une cigarette, je vais me mettre en route.

Maria posa directement la cigarette sur les lèvres de son père et l’alluma.

— Maria, sacré Dieu, ôte le filtre.

Maria obéit et aida son père à enfiler son manteau. Puis elle glissa dans sa poche une petite radio, d’où sortaient en grésillant des paroles inaudibles. Le vieux ne s’en séparait jamais.

— Ne sois pas brutal avec le voisin, dit-elle en ajustant l’écharpe.

— Le voisin, il en a vu d’autres, crois-moi.

Adamsberg avait travaillé sans souci sous la surveillance du vieux d’en face, se demandant quand il se déciderait à venir le tester en chair et en os. Il le regarda traverser le petit jardin d’un pas balancé, haut et digne, beau visage crevé de rides, cheveux blancs intacts. Adamsberg allait lui tendre la main quand il s’aperçut que l’homme n’avait plus d’avant-bras droit. Il leva sa truelle en signe de bienvenue, et posa sur lui un regard calme et vide.

— Je peux vous prêter mon fil à plomb, dit le vieux civilement.

— Je me débrouille, répondit Adamsberg en calant un nouveau parpaing. Chez nous, on a toujours monté les murs à vue, et ils sont encore debout. Penchés, mais debout.

— Vous êtes maçon ?

— Non, je suis flic. Commissaire de police.

Le vieil homme cala sa canne contre le nouveau mur et boutonna son gilet jusqu’au menton, le temps d’absorber l’information.

— Vous cherchez de la drogue ? Des choses comme cela ?

— Des cadavres. Je suis dans la Criminelle.

— Bien, dit le vieux après un léger choc. Moi, j’étais dans le parquet.

Il adressa un clin d’oeil à Adamsberg.

— Pas le Parquet des juges, hein, le parquet en bois. Je vendais des parquets.

Un amuseur, dans son temps, songea Adamsberg en adressant un sourire de compréhension à son nouveau voisin, qui semblait apte à se distraire d’un rien sans le secours des autres. Un joueur, un rieur, mais des yeux noirs qui vous détaillaient à cru.

— Chêne, hêtre, sapin. En cas de besoin, vous savez où vous adresser. Il n’y a que des tomettes dans votre maison.

— Oui.

— C’est moins chaud que le parquet. Je m’appelle Velasco, Lucio Velasco Paz. Entreprise Velasco Paz & fille.

Lucio Velasco souriait largement, sans quitter le visage d’Adamsberg qu’il inspectait bout par bout. Ce vieux-là tournait autour du pot, ce vieux-là avait quelque chose à lui dire.

— Maria a repris l’entreprise. Tête sur les épaules, n’allez pas lui raconter des sornettes, elle n’aime pas cela.

— Quelles sortes de sornettes ?

— Des sornettes sur les revenants, par exemple, dit l’homme en plissant ses yeux noirs.

— Il n’y a pas de risque, je ne connais pas de sornette sur les revenants.

— On dit ça, et puis un jour, on en connaît une.

— Peut-être. Elle n’est pas bien réglée, votre radio. Vous voulez que je vous l’arrange ?

— Pour quoi faire ?

— Pour écouter les émissions.

— Non, hombre. Je ne veux pas entendre leurs âneries. À mon âge, on a gagné le droit de ne pas se laisser faire.

— Bien sûr, dit Adamsberg.

Si le voisin voulait trimballer dans sa poche une radio sans le son, et s’il voulait l’appeler « hombre », libre à lui. Le vieux ménagea une nouvelle pause, scrutant la manière dont Adamsberg calait ses parpaings.

— Cette maison, vous en êtes content ?

— Très.

Lucio fit une plaisanterie inaudible et éclata de rire. Adamsberg sourit avec gentillesse. Il y avait quelque chose de juvénile dans son rire, quand tout le reste de sa posture semblait indiquer qu’il était plus ou moins responsable du destin des hommes sur cette terre.

— Cent cinquante mètres carrés, reprit-il. Un jardin, une cheminée, une cave, une resserre à bois. Dans Paris, cela n’existe plus. Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi vous l’aviez eue pour une bouchée de pain ?

— Parce qu’elle était trop vieille, trop délabrée, je suppose.

— Et vous ne vous êtes pas demandé pourquoi on ne l’avait jamais démolie ?

— Elle est au fond d’une ruelle, elle ne gêne personne.

— Tout de même, hombre. Pas un acheteur depuis six ans. Ça ne vous a pas chiffonné, cela ?

— C’est-à-dire, M. Velasco, que je suis difficile à chiffonner.

Adamsberg racla l’excédent de ciment d’un coup de truelle.

— Mais supposez que cela vous chiffonne, insista le vieux. Supposez que vous vous demandiez pourquoi la maison ne trouvait pas preneur.

— Parce que les toilettes sont à l’extérieur. Les gens ne le supportent plus.

— Ils auraient pu construire un mur pour les relier, tout comme vous faites.

— Ce n’est pas pour moi que je le fais. C’est pour ma femme et mon fils.

— Sacré Dieu, vous n’allez pas faire vivre une femme ici ?

— Je ne crois pas. Ils ne feront que passer.

— Mais elle ? Elle ne va pas dormir ici ? Elle ?

Adamsberg fronça les sourcils, tandis que la main du vieux se posait sur son bras, cherchant son attention.

— Ne vous croyez pas plus fort qu’un autre, dit le vieil homme en baissant le ton. Vendez. Ce sont des choses qui nous échappent. C’est au-dessus de nous.

— Quoi ?

Lucio remua les lèvres, mâchant sa cigarette éteinte.

— Vous voyez cela ? dit-il en levant son avant-bras droit.

— Oui, répondit Adamsberg avec respect. 

— Perdu quand j’avais neuf ans, pendant la guerre civile.

— Oui.

— Et des fois, ça me gratte. Ça me gratte sur mon bras manquant, soixante-neuf ans plus tard. À un endroit bien précis, toujours le même, dit le vieux en désignant un point dans le vide. Ma mère savait pourquoi : c’est la piqûre de l’araignée. Quand mon bras est parti, je n’avais pas fini de la gratter. Alors elle me démange toujours.

— Oui, bien sûr, dit Adamsberg en tournant son ciment sans bruit.

— Parce que la piqûre n’avait pas fini sa vie, vous comprenez ? Elle exige son dû, elle se venge. Ça ne vous rappelle rien ?

— Les étoiles, suggéra Adamsberg. Elles brillent encore alors qu’elles sont mortes.

— Si on veut, admit le vieux, surpris. Ou le sentiment : prenez un gars qui aime encore une fille, ou le contraire, alors que tout est foutu, vous saisissez la situation ?

— Oui.

— Et pourquoi le gars aime encore la fille ou le contraire ? Comment cela s’explique ?

— Je ne sais pas, dit Adamsberg, patient.

Entre deux coups de vent, le petit soleil de mars lui chauffait doucement le dos et il était bien, là, à fabriquer un mur dans ce jardin à l’abandon. Lucio Velasco Paz pouvait lui parler autant qu’il le voulait, cela ne le gênait pas.

— C’est tout simple, c’est que le sentiment n’a pas fini sa vie. Ça existe en dehors de nous, ces choses-là. Il faut attendre que ça se termine, il faut gratter le truc jusqu’au bout. Et si on meurt avant d’avoir fini de vivre, c’est pareil. Les assassinés continuent à traîner dans le vide, des engeances qui viennent nous démanger sans cesse.

— Des piqûres d’araignée, dit Adamsberg, bouclant la boucle.

— Des revenants, dit gravement le vieux. Vous comprenez maintenant pourquoi personne n’a voulu de votre maison ? Parce qu’elle est hantée, hombre.

Adamsberg acheva de nettoyer l’auge à ciment et se frotta les mains.

— Pourquoi pas ? dit-il. Cela ne me gêne pas. Je suis habitué aux choses qui m’échappent.

Lucio leva le menton et considéra Adamsberg avec un peu de tristesse.

— C’est toi, hombre, qui ne lui échappera pas, si tu fais ton malin. Qu’est-ce que tu te figures ? Que t’es plus fort qu’elle ?

— Elle ? C’est une femme ?

— C’est une revenante du siècle d’avant avant, de l’époque d’avant la Révolution. Une vieille malfaisance, une ombre.

Le commissaire passa lentement la main sur la surface rugueuse des parpaings.

— Ah oui ? dit-il d’un ton soudain pensif. Une ombre ? »

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30 décembre 2008

Hôtel Iris – Yoko Ogawa

hotel_Iris Actes Sud – août 2000 – 238 pages

Traduit par : Rose-Marie Makino-Fayolle

Quatrième de couverture
Mari est réceptionniste dans un hôtel appartenant à sa mère. Un soir, le calme des lieux est troublé par des éclats de voix : une femme sort de sa chambre en insultant le vieillard élégant et distingué qui l'accompagne, l'accusant des pires déviances. Fascinée par le personnage, Mari le retrouve quelques jours plus tard, le suit et lui offre bientôt son innocente et dangereuse beauté.
Cette étonnante histoire d'amour, de désir et de mort entraîne le lecteur dans les tréfonds du malaise dont Yôko Ogawa est sans conteste l'une des adeptes les plus douées.

Résumé : Il existe sur cette terre de longues journées assommantes que le soleil asservit. Mari connaît bien cette impression de langueur ou de paresse moite, elle qui s'occupe, en compagnie de sa mère dominatrice et sévère, d'un petit hôtel en bord de mer, l'hôtel Iris. Mari est belle et ne le sait pas encore. Pour elle, l'amour et ses jeux sont des concepts sans consistance, comme les vagues de chaleur sur une route brûlée. Un soir, à l'hôtel, un vieil homme provoque un esclandre avec une prostituée. Mari est fascinée par le vieillard, par le timbre de sa voix, par son allure digne et majestueuse. Un homme pourtant sur qui courent les plus folles rumeurs : un assassin, un obsédé aux pratiques sexuelles immondes... Quelques jours plus tard, Mari croise le vieil homme en ville. Instinctivement elle le suit et ne pourra répondre à la question qu'il finira par lui poser : "Pourquoi me suivez-vous mademoiselle ?" Elle ne le sait pas. Mais d'ores et déjà elle sent battre en elle les pulsations du désir.

Dans un style d'une grande pureté, Yôko Ogawa déploie les voluptueux tourments d'une histoire d'amour sans limites entre un vieillard tourmenté et une jeune fille avide de découverte. Le livre refermé, il flotte encore cette atmosphère particulière que Yôko Ogawa décrit avec talent : chaude et sucrée, comme le plaisir et la douleur entremêlés.

Biographie de l'auteur
Yoko Ogawa née en 1962 à Okayama est une écrivaine japonaise, auteur de nombreux romans. Elle a obtenu pour ce livre publié en 2004 au Japon le prix littéraire du Yomiuri, le premier grand prix des Libraires et, tout récemment, le prix de la Société des mathématiques pour avoir révélé au lecteur la beauté de cette discipline.

Mon avis : (lu en juillet 2008)

On est plongé dans l'histoire de Mari qu'elle nous raconte après coup, sans aucun remord, jusqu'au moment où l'on se sent vraiment mal à l'aise. Cette relation est sans issue. Un livre dur qui traite de l'amour et de la douleur, un hymne au sado-masochisme en quelque sorte.

Ce livre est dérangeant, on ressent un certain malaise en le lisant mais on continu à lire le livre jusqu'au bout. Autre chose : dans ce roman, toute référence à la nipponité a été effacé, on se retrouve un peu dans un décor de carton-pâte d'une station balnéaire qui pourrait bien être n'importe où dans le monde...

Extraits : «La pluie qui tombait depuis l'aube n'avait pas cessé de la journée, pour redoubler de violence à la tombée de la nuit. La mer était houleuse et d'une morne couleur grise. A chaque allée et venue des clients, la pluie s'engouffrait en rafales qui venaient mouiller désagréablement le tapis du hall. Toutes les enseignes au néon des magasins du quartier étaient éteintes et il n'y avait personne dans les rues. Lorsque de temps à autre une voiture passait, on distinguait les gouttes de pluie à la lumière des phares. Je n'allais pas tarder à fermer la caisse, puis éteindre la lumière du hall avant de me retirer. C'est alors qu'un bruit effrayant éclata soudain, comme si quelque chose de lourd venait d'atterrir sur le sol, aussitôt suivi d'un cri de femme. Ce fut un cri long, interminable. Tellement long qu'on aurait pu penser qu'en réalité elle riait. – Sale pervers ! La femme sortait en trombe de la 202. – Espèce de vieux salaud ! Elle se prit les pieds dans le tapis, vint rouler sur le palier d'où, toujours dans la même position, elle continuait à lancer ses insultes en direction de la chambre. – Ça suffit de prendre les autres pour des imbéciles. Tu n'as aucun droit sur moi. Escroc ! Salaud ! Impuissant ! C'était manifestement une prostituée. Même moi je m'en rendais compte.»

"Je me demande toujours avec curiosité qui a baptisé cet hôtel de ce nom bizarre, "Hôtel Iris", et s’il avait une bonne raison pour le faire. Tous les hôtels du coin ont un nom en rapport avec la mer, sauf le nôtre, avec cet iris.
– C’est la fleur. Elle est jolie, non ? Et puis, c’est aussi la déesse de l’arc-en-ciel dans la mythologie grecque. Tu ne trouves pas que c’est élégant ? m’avait expliqué, non sans fierté, mon grand-père quand j’étais enfant.
Mais dans la cour de l’hôtel Iris ne poussent pas de fleurs telles que l’iris. Ni roses, ni pensées, ni jonquilles. En dehors d’un cornouiller envahissant et d’un orme du Caucase, il n’y a que des herbes folles.
La seule excentricité est constituée par la présence d’une petite fontaine en briques, dont l’eau est tarie depuis bien longtemps déjà. En son milieu se dresse une statue en plâtre souillée de fientes. Un garçon aux cheveux bouclés, en queue-de-pie, joue de la harpe, sa petite tête penchée. Il semble mélancolique, à cause de ses lèvres et sourcils écaillés."

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Trudi la naine – Ursula Hegi

Trudi_la_naine Galaade – août 2007 - 672 pages

Traduit de l’anglais par Clément Baude

Résumé du livre

De 1915 à 1952, dans une petite ville catholique allemande du nom de Burgdorf, vit Trudi la naine. Sujette à mille et une brimades, Trudi en profite, depuis la bibliothèque où elle travaille avec son père Léo, pour observer jour après jour ses contemporains, avec leurs bassesses, leurs compromissions mais aussi leurs heures de gloire, de l'humiliation de la défaite de 1918 jusqu'au terrible silence collectif sous le nazisme. Gardienne des secrets les plus sombres comme de la mémoire collective de Burgdorf, Trudi, méprisée autant que crainte, deviendra ainsi le témoin privilégié - et révolté - de la catastrophe annoncée.

Mot de l'éditeur : " Enfant, Trudi Montag croyait que chaque être humain savait ce qui se passait dans la tête des autres. C'était avant qu'elle comprenne en quoi sa différence faisait sa force. Et son angoisse. " De 1915 à 1946, dans une petite ville catholique allemande du nom de Burgdorf, vit Trudi la naine. Sujette à mille et une brimades, Trudi en profite, depuis la bibliothèque où elle travaille avec son père Leo, pour observer jour après jour ses contemporains, avec leurs bassesses, leurs compromissions mais aussi leurs heures de gloire, de l'humiliation de la défaite de 1918 jusqu'au terrible silence collectif sous le nazisme. Gardienne des secrets les plus sombres comme de la mémoire collective de Burgdorf, Trudi, méprisée autant que crainte, deviendra ainsi le témoin privilégié - et révolté - de la catastrophe annoncée. Dans cette vaste fresque romanesque en partie inspirée de faits réels, Ursula Hegi, elle-même d'origine allemande, aborde tout un pan de l'histoire de l'Allemagne, jusque dans ses détails les plus douloureux et les plus inavouables, en une tentative littéraire pour appréhender le glissement de la civilisation vers la barbarie.

Biographie de l'auteur
Née en 1946 en RFA, Ursula Hegi passe sa jeunesse en Allemagne avant de partir, à dix-huit ans, aux Etats-Unis. Critique littéraire pour le New York Times, le Los Angeles Times et le Washington Post, Ursula Hegi a reçu, depuis la parution de son premier roman Intuitions en 1981, de nombreux prix littéraires américains. Trudi la naine, sélectionné en 1994 pour le prix Pen Faulkner, est son premier livre traduit en français.

Mon avis : (lu en octobre 2007)

Trudi n'est peut-être pas grande par la taille mais elle a un coeur immense. Elle est terriblement attachante du haut de ses 1m18. Son regard est juste et sans concession. Ce livre nous amène à avoir une vaste réflexion sur la discrimination et ses conséquences.

Extrait :
"Le père de Trudi, qui était revenu bien avant les autres hommes, fut investi d'une sorte d'autorité officieuse, les anciens combattants exigeant de lui qu'il les réhabitue à cette vie qu'ils avaient quittée. Son consentement muet incita tous ces hommes à se rendre à la bibliothèque, où ils lui achetaient des rations de tabac tellement minuscules qu'ils tenaient là une bonne excuse pour revenir le lendemain. Beaucoup d'entre eux ne comprenaient pas comment l'Allemagne avait pu perdre cette guerre contre le monde entier, et ils spéculaient en permanence sur les complots et les puissances de l'ombre qui avaient mené le pays à une défaite aussi honteuse. Les traits figés par l'épuisement, ils marchaient de ce pas un peu fatigué et oscillant qui est celui des somnambules, parce qu'ils ne savaient plus comment dormir sans guetter l'ennemi. Ils n'avaient pas besoin de raconter à Léo leurs cauchemars faits d'os broyés et d'orbites vidées : il connaissait bien ces rêves qui vous sortaient de vos petites bulles de sommeil pour vous replonger dans les pires souvenirs, et cela même si vous n'aviez été au front que quelques mois."

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Comme le fleuve qui coule - Coelho Paulo

Comme_le_fleuve_qui_coule Flammarion - mai 2006 – 288 pages

Résumé : Comme le fleuve gui coule est un recueil de 101 textes courts publiés par Paulo Coelho entre 1998 et 2005. Au fil des pages, il nous ouvre les portes de son univers d'écrivain, fait de petits morceaux de quotidien et de récits imaginaires qui acquièrent sous sa plume une dimension de contes philosophiques et pédagogiques à l'usage de tous ceux et de toutes celles qui désirent vivre en harmonie avec le monde qui les entoure.

«Ces pages contiennent les récits de certains moments que j'ai vécus, des histoires que l'on m'a racontées, des réflexions que je me suis faites pendant que je parcourais une certaine étape du fleuve de ma vie. Ces textes ont été publiés dans divers journaux du monde, et j'ai décidé de les réviser et de les compiler dans ce recueil. Ils font partie de mon existence et je vous les offre, à vous, mes lecteurs.»
Paulo Coelho

Auteur : Paulo Coelho est né en 1947 à Rio de Janeiro. Adolescent rebelle dans une famille conservatrice et étudiant contestataire plusieurs fois emprisonné, il devint parolier d'une des plus grandes stars du rock des années 70 au Brésil L'Alchimiste, paru en 1988, s'impose comme un best-seller mondial. Ses livres, traduits dans 59 langues, se sont vendus à 60 millions d'exemplaires dans 150 pays. Après du Zahir, Comme le fleuve qui coule est son dixième ouvrage publié en France. Paulo Coelho a été reçu à l'Académie brésilienne des lettres en 2002.

Mon avis :

J'ai bien aimé ce livre qui se lit assez vite, car toutes les histoires sont indépendantes les unes des autres. On peut s'arrêter sur une histoire, en relire une autre...

A travers toutes ces histoires, on en apprend davantage sur Paulo Coelho : ses voyages, ses passions, ses lieux de villégiature, son amour pour sa femme... sans pour autant oublier les thèmes habituels de l’auteur : la vie, la mort, l’importance des amis, l’amour de soi et de son prochain... Ce sont de véritables leçons de vie. Souvent, ces histoires ont un côté philosophique, elles sont pleines de sagesse, elles sont des sources de réflexions.

Extraits :
«
J'allais de New York à Chicago, pour me rendre à la Foire du livre, de l'American Booksellers Association. Soudain, un garçon s'est levé dans le couloir de l'avion :
'J' ai besoin de douze volontaires, a-t-il dit. Chacun portera une rose quand nous atterrirons.'
Plusieurs personnes ont levé la main. Je l'ai levée moi aussi, mais je n'ai pas été choisi.
Cependant,j'ai décidé d'accompagner le groupe. Nous sommes descendus, le garçon a indiqué une jeune fille dans la salle d'attente de l'aéroport d'O'Hare. Un à un, les passagers sont allés lui offrir leur rose. A la fin, le garçon l'a demandée en mariage devant tout le monde - et elle a accepté.
Un commissaire de bord m'a déclaré :
'Depuis que je travaille dans cet aéroport, c'est la chose la plus romantique qui soit arrivée. » (page : 71)

« Pendant le Forum économique de Davos, Shimon Peres, prix Nobel de la paix, a raconté l'histoire qui suit.
Un rabbin réunit ses élèves et demande :
'Comment savons-nous le moment précis où la nuit s'achève et où le jour commence ?
- Quand, de loin, nous pouvons distinguer une brebis d'un chien, dit un jeune garçon.
- En réalité, dit un autre élève, nous savons qu'il fait jour quand nous pouvons distinguer, de loin, un olivier d'un figuier.
- Ce n'est pas une bonne définition.
- Quelle est la réponse, alors ? demandèrent les gamins.
Et le rabbin dit :
'Quand un étranger s'approche, nous le confondons avec notre frère, et les conflits disparaissent - voilà le moment où la nuit prend fin et où le jour commence. » (page : 98)

« Les gens pensent très peu à la mort. Ils passent leur vie à s'inquiéter de vraies absurdités, ils reportent les choses, ils laissent de côté des moments importants. Ils ne prennent pas de risques, parce qu'ils trouvent cela dangereux. Ils se plaignent beaucoup, mais ils se montrent lâches au moment de prendre des mesures. Ils veulent que tout change, mais ils refusent de changer.
S' ils pensaient un peu plus à la mort, ils ne manqueraient jamais de donner le coup de téléphone qu'ils n'ont pas donné. Ils seraient un peu plus fous. Ils n'auraient pas peur de la fin de cette incarnation - car on ne peut pas redouter quelque chose qui arrivera de toute façon.
Les indiens disent : 'Aujourd' hui est un jour aussi bon qu'un autre pour quitter ce monde.' Et un sorcier a déclaré un jour : 'Que la mort soit toujours assise à côté de toi. Ainsi, quand tu devras faire des choses importantes, elle te donnera la force et le courage nécessaires.'
J' espère que vous lecteur, vous êtes arrivé jusqu'ici. Il serait stupide que le titre vous ait effrayé, car nous tous, tôt ou tard, nous allons mourir. Seul celui qui accepte cela est prêt pour la vie.»(page : 122)

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