22 décembre 2008

La cité des jarres - Arnaldur Indridason

la_cit__des_jarrestraduction Eric Boury

Points Policier – juin 2006 – 352 pages

Résumé : Un nouveau cadavre est retrouvé à Reyk-javik. L'inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un «truc bête et méchant» qui fait perdre son temps à la police... Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la «cité des Jarres», une abominable collection de bocaux renfermant des organes...

Biographie de l'auteur
Né en Islande en 1961, Arnaldur Indridason a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vingt langues.

Mon avis : (lu en décembre 2008)

C'est le 3ème livre que je lis de cet auteur, et j'y ai trouvé beaucoup de plaisirs.

On ressent l'atmosphère islandaise, une terre isolée, où il pleut beaucoup tout au long du livre.

Les enquêteurs sont très humains en particulier Erlendur, policier de Reykjavik, cinquante ans, divorcé, solitaire, fatigué, toujours de mauvaise humeur, mais tenace, qui enquête sur le meurtre du vieil homme dont le cadavre a été découvert dans son appartement. Et ce qui semble être un "simple meurtre" s'avère bien vite plus complexe qu'il n'y paraissait de prime abord... On trouve en trame de fond, le thème de la famille et de la filiation, de la recherche génétique aussi et de ses possibles dérives.

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17 décembre 2008

Le boulevard périphérique - Henry Bauchau

le_boulevard_p_riph_rique Actes sud - 01/2008 – 255 pages


PRIX DU LIVRE INTER 2008

4ème de couverture : Paris, 1980. Alors qu'il " accompagne " sa belle-fille dans sa lutte contre un cancer, le narrateur se souvient de Stéphane, son ami de jeunesse. Au début de la guerre, cet homme l'a initié à l'escalade et au dépassement de la peur, avant d'entrer dans la Résistance puis, capturé par un officier nazi - le colonel Shadow -, de mourir dans des circonstances jamais vraiment élucidées. Mais Shadow, à la fin de la guerre, s'est fait connaître du narrateur. Son intangible présence demeure en lui, elle laisse affleurer les instants ultimes, la mort courageuse - héroïque, peut-être - de Stéphane. Et la réalité contemporaine (l'hôpital, les soignés et les soignants, les visites, l'anxiété des proches, les minuscules désastres de la vie ordinaire, tout ce que représentent les quotidiens trajets sur le boulevard périphérique) reçoit de ce passé un écho d'incertitude et pourtant d'espérance... L'ombre portée de la mort en soi, telle est sans doute l'énigme dont Henry Bauchau interroge les manifestations conscientes et inconscientes, dans ce captivant roman qui semble défier les lois de la pesanteur littéraire et affirmer, jusqu'à sa plus ultime mise à nu, l'amour de la vie mystérieusement éveillée à sa condition mortelle.

Auteur : Poète, romancier, dramaturge et psychanalyste, Henri Bauchau, né en 1913 à Malines, est membre de l’Académie royale de littérature française de Belgique. Il offre avec son dernier roman, Le Boulevard périphérique, une bouleversante réflexion sur la mort.

Mon avis : (lu novembre 2008)

Réflexions sur la vie et la mort. L’auteur à 95 ans.


Le cancer de sa belle-fille fait resurgir le souvenir du passé : son meilleur ami Stéphane qui est mort mystérieusement après avoir été capturé par un SS, Shadow. L’auteur met en parallèle son quotidien lorsqu’il se rend tous les jours à l’hôpital en empruntant le métro, le bus ou la voiture le long du boulevard périphérique et le récit des évènements 30 ans plus tôt.


L’auteur nous raconte ses rencontres avec celui qui a tué son ami : il veut comprendre comment cela c’est passé.


Beaucoup de sensibilité et de poésie dans l’écriture.


Par moment, j’ai eu du mal à comprendre en particulier les échanges avec Shadow.

Extrait : « Tandis que le métro m'emporte vers la station du fort d'Aubervilliers où je prendrai le bus pour Bobigny, je pense à ma famille telle qu'elle était dans mon enfance. La famille, les années lointaines que j'ai encore connues, c'est cela surtout qui intéresse Paule lorsque nous parlons ensemble à l'hôpital. Les racines, les liens entremêlés, les façons de vivre de ce clan auquel son mari et son petit garçon, souvent à leur insu, appartiennent si fort et avec qui elle a conclu alliance.
Le traitement contre le cancer a fait perdre ses cheveux à Paule. Je pense souvent, en la voyant si préoccupée de garder sa perruque bien en place, combien elle a dû souffrir en se découvrant chauve. Stéphane, s'il avait vécu, s'il n'avait pas été assassiné en 1944 par les nazis, serait-il devenu chauve ? Je le verrai toujours tel qu'il était à vingt-sept ans, et dans ma mémoire il n'aura jamais été touché par le temps. Il me semble qu'il entre avec moi dans la chambre de Paule, avec ses yeux très bleus, ses cheveux blonds, sa taille haute, son sourire bref. Non pas timide mais réservé. Un homme de l'acte.

C'est en juillet 1940 que je l'ai connu, dans un chantier de déblaiement des ruines de la guerre. De son métier il était sondeur de mines, mais il connaissait bien les travaux de chantier. Très vite c'est lui qui a dirigé le nôtre. Quand nos chantiers se sont regroupés il a pris la tête d'un camp de formation de chefs de chantier en 1941 dans la région mosane.
Chaque fois qu'il était libre il partait grimper dans les rochers qui par endroits bordent le fleuve, puisque depuis la guerre les Alpes ou les autres montagnes ne lui étaient plus accessibles. J'ai appris qu'il était un excellent alpiniste et que montagnes, rochers, glaciers étaient la passion de sa vie.
Un jour il m'a proposé d'aller grimper avec lui. Un petit train nous mène à proximité d'un groupe de rochers où il y a plusieurs voies à faire. Il sort de son sac une corde tressée en anneaux et la met autour de son cou. Nous marchons jusqu'au pied des rochers et avec son collier de cordes il paraît à la fois modeste et glorieux. Pour grimper il faut une pratique, un apprentissage et tout de suite j'aime le faire avec lui. Je me rappelle cette voie, la première qu'il m'a fait faire. Je suis impressionné car j'ai toujours eu le vertige. Il ne m'explique pas grand-chose sinon le maniement de la corde et comment il faut la faire coulisser dans les mousquetons qu'il attache à quelques pitons. Pour le reste, il me dit : "Fais comme moi." Je le regarde m'étonnant du peu de surface qui lui est nécessaire pour une prise de pied ou une prise de main. Cela me semble irréalisable pour moi, je vais lâcher, glisser, pourtant j'arrive à peu près à tenir où il a tenu, à me soulever là où il a pris de la hauteur. A un passage un peu délicat il faut contourner le rocher en ne se tenant en équilibre que sur un pied tandis que l'autre, à tâtons, cherche une vire sur laquelle s'élever. On est forcé de poser le regard vers le bas. Nous ne sommes pas très haut, assez pourtant pour que la sensation du vide me trouble. Tout se met à tournoyer légèrement et mon pied tremble sur la prise qu'il faut quitter sans que j'arrive à trouver l'autre. »


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01 décembre 2008

Seul sur la mer immense – Michel Morpurgo

seul_sur_la_mer_immense Gallimard–Jeunesse - mai 2008 – 294 pages

prix 2008 des libraires indépendants britanniques

Présentation de l'éditeur :
En 1947, le tout jeune Arthur est embarqué, comme des milliers d'autres orphelins, sur un bateau à destination de l'Australie. II ne sait pas encore qu'il ne reverra pas sa sœur ni sa terre natale anglaise. Désormais sa vie entière se fera là-bas, jalonnée d'épreuves mais aussi illuminée par la rencontre de personnages extraordinaires et par sa passion de la mer. Bien des années plus tard, Allie, la fille d'Arthur, quitte la Tasmanie, au sud de l'Australie, à bord de son bateau. Elle s'apprête à accomplir une formidable traversée en solitaire. Son but : franchir les océans pour gagner l'Angleterre, dans l'espoir de retrouver sa tante Kitty, la sœur de son père

Auteur : Michael Morpurgo est né en 1943 en Angleterre. En 1982, il écrit Cheval de guerre, qui lance sa carrière d'écrivain. Il a, depuis, signé plus de cent livres, récompensés par de nombreux prix, qui font de lui l'un des auteurs les plus célèbres de Grande-Bretagne. En 2006, Michael Morpurgo est nommé officier de l'Ordre du British Empire pour services rendus à la littérature. Il défend la littérature pour la jeunesse avec énergie et générosité et a créé la fonction de Children's Lauréate, mission dédiée à la promotion du livre pour enfants.

Mon avis : 5/5 (Lu en novembre 2008)

J'ai beaucoup aimé ce livre qui peut aussi bien être lu par les adultes que par les enfants.

Dès les premières lignes du livre, on est emporté par l'histoire, on est ému. C'est l'histoire d'Arthur puis de sa fille qui se passe entre l'Australie et l'Angleterre. Les premières années sont difficiles pour Arthur, il est exploité comme esclave dans une ferme mais grâce à Marty et son amitié il tiendra le coup. Puis il rencontrera Meg qui sera une mère pour lui et Marty. Puis il devra prendre son autonomie.

La mer est au centre de ce livre, elle est attirante mais aussi elle fait peur... Arthur avec l'aide de sa fille fait le projet de retourner en Angleterre pour retrouver sa sœur Kitty... C'est la deuxième partie du livre.

Ce livre est un vrai roman d'aventure, il m'a fait voyager, rêver, naviguer sur la mer. J'ai eu aussi beaucoup d'émotions : il m'a fait rire et pleurer. J'ai eu un vrai coup de cœur ! Il faudra que je lise d'autres livres du même auteur.

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Entre les murs – François Bégaudeau

entre_les_murs Editions Verticales - janvier 2006 – 271 pages

Présentation de l'éditeur :
" Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse. "
Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

Biographie de l'auteur :
François Bégaudeau est l'auteur chez Verticales de deux romans remarqués, Jouer juste (2003) et Dans la diagonale (2005), et d'une fiction biographique consacrée aux Rolling Stones, Un démocrate, Mick Jagger 1960-1969 (Naïve, 2005).

Mon avis : 3/5 (lu en novembre 2008)

Ce livre m'a intéressé même si le sujet n'est pas nouveau... J'ai déjà vu de nombreux reportages sur les collèges en zone sensible. On suit la vie ordinaire d'un professeur dans sa classe mais aussi en salle des profs. On observe les différents personnages que sont les collégiens et les professeurs.

L'écriture est surprenante et parfois un peu lassante, car l'auteur retranscrit les dialogues qui se passent en cours. C'est parfois répétitif. Il raconte les faits et c'est au lecteur de se poser les questions ou d'analyser les réactions des élèves ou du professeur. Parfois les dialogues sont surréalistes...

Je serai curieuse de voir le film qui a été tiré du livre et qui a eu la Palme d'Or au festival de Cannes en 2008, mais j'attendrai le DVD ou le passage en télévision.

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Extrait (page 150) : «  Jihad a fait un crochet par le bureau avant de gagner sa place. Préoccupé. Inquiet presque.

- M'sieur, le Bénin ça existe comme pays ?

- Ben oui, c'est un pays d'Afrique. D'Afrique noire.

Il a lancé une oeillade à Bamoussa qui écoutait en retrait, un désaccord entre eux allait être arbitré.

- Mais, qu'est-ce que j'veux dire, c'est un grand pays le Bénin, m'sieur ?

Suspendu à mes lèvres, qui ont fait une moue évaluative.

- Disons que non, c'est pas un grand pays, mais pas un petit non plus.

J'étais assez sûr pour pas grand, mais pour pas petit j'avais un doute, que Jihad n'a pas perçu, heureux qu'il était d'entendre que le Bénin n'avait rien de monumental.

- C'est pas trop grand, quoi ?

- Non, pas trop.

Il s'est retourné vers Bamoussa avec l'air de tu vois j'te l'avais dit. Je l'ai réorienté vers moi.

- C'est pour un contrôle d'histoire, c'est çà ?

- Non, non, c'est demain le Maroc il joue contre le Bénin, c'est pour ça j'veux savoir si ils sont bons ou pas le Bénin.

- Je dirais moyen.

Il a volé vers sa place. »

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30 novembre 2008

Lignes de faille - Nancy Huston

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Actes Sud – août 2006 – 487 pages

Actes Sud – novembre 2007 – 488 pages

Prix Femina 2006

Mot de l 'éditeur : Entre un jeune Californien du XXIe siècle et une fillette allemande des années 1940, rien de commun si ce n’est le sang. Pourtant, de l’arrière-grand-mère au petit garçon, chaque génération subit les séismes politiques ou intimes déclenchés par la génération précédente. Porté par la parole d’enfants victimes d’événements qui les dépassent et de choix qui leur échappent – qui les marqueront pourtant toute leur vie –, ce roman se construit à rebours, de fils en père et de fille en mère, comme on suit en remontant le fil de sa mémoire. Quel que soit le dieu vers lequel on se tourne, quelle que soit l’époque où l’on vit, l’homme a toujours le dernier mot, et avec lui la barbarie. C’est contre elle pourtant que s’élève ce roman éblouissant où, avec amour, avec rage, Nancy Huston célèbre la mémoire, la fidélité, la résistance et la musique comme alternatives au mensonge.

Auteur : Née à Calgary (Canada), Nancy Huston vit à Paris. Elle a publié de nombreux romans et essais, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996, prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter) et L’Empreinte de l’ange (1998, grand prix des lectrices de Elle).

Mon avis : (lu en décembre 2006)

Un roman en quatre parties, quatre voix d'enfants : Sol en 2004 aux Etats-Unis, son père Randall en 1982 en Israël, sa grand-mère Sadie en 1962 au Canada, et son arrière-grand-mère Kristina en 1944 en Allemagne. Chacun ou chacune raconte sa vie, ses angoisses, son monde, sa famille du haut de ses 6 ans et petit à petit se dévoile un secret de famille.

L'originalité réside dans le fait de raconter cette histoire de famille avec le regard d'un enfant de 6 ans. Et... on s'attache à ces enfants et on est impatient de continuer l'histoire.

Extrait :  « Je tiens la main de m'man, sa main est avec moi à New York mais sa tête sillonne encore la planète : sans même nous demander comment on va, elle se met à parler à toute berzingue. Sa voix ne promet rien de bon alors je laisse les mots se produire là-haut, au niveau de la bouche des grandes personnes, pendant que moi je reste près du sol à étudier les milliers de pieds qui courent dans tous les sens. Je pense à ce qui se passerait si une bombe était lâchée sur JFK et que tous ces gens étaient soudain morts ou démembrés en train de patauger dans des flaques de sang. Ma chauve-souris me dit de monter le son des avions bombardiers le plus possible dans ma tête...»

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L'église des pas perdus - Rosamund Hadden

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Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Judith Roze

Edition Sabine Wespieser – mai 2006 - 368 pages

LGF – novembre 2008 – 283 pages

4ème de couverture : Quand Catherine King s'aventure seule dans la nuit pour aller voir les ossements humains mystérieusement apparus devant l'église de sa propriété, son amie Maria Dlamini la suit. C'est la fin de l'apartheid, les leaders noirs ont été relâchés. Les deux femmes sont âgées : elles ont été élevées ensemble, près de soixante-dix ans auparavant, dans cette ferme au nord-est de Johannesburg dont le père de Catherine, d'origine britannique, était le propriétaire et où la mère de Maria était la cuisinière noire.
Très tôt, la vie les a séparées : Maria est restée à la ferme, tandis que Catherine en était brutalement arrachée dès 1931. Quand elle revient vingt ans plus tard, Tom et Isobel Fyncham en sont les nouveaux propriétaires. Entre Catherine et Tom, l'attirance est immédiate mais des ombres rôdent. C'est en partant sur les traces de son père défunt que la jeune femme parviendra à démêler les raisons du malaise et les origines du drame qui s'est joué, à son insu, entre Tom, Isobel et elle-même. Tout au long du roman, Maria veille sur son amie, secondée en cela par un voisin afrikaner, Hendrik, lui aussi fasciné par la belle et fougueuse Catherine.
Roman du retour au pays natal, roman de la perte et de la trahison, de l'amitié et de la réconciliation, L'Église des pas perdus est un livre au suspense impeccablement orchestré, aux descriptions somptueuses, qui dit la complexité des relations entre les êtres dans un pays traversé par l'apartheid.

Biographie de l'auteur
Rosamund Haden fait partie de cette jeune génération d'auteurs talentueux d'Afrique du Sud, diplômés de l'Université du Cap. Elle a publié plusieurs livres pour la jeunesse. L'Eglise des pas perdus est son premier roman.

Mon avis : 4/5 (lu en janvier 2007)

Ce livre est tout d'abord beau : le papier et la typographie sont agréables à lire. C'est l'histoire de l'amitié entre 2 femmes, une blanche et une noire, à l'époque de la fin de l'apartheid en Afrique du Sud. Un récit poignant très bien écrit.

Extrait :
C'EST UNE PETITE FILLE qui trouva les os. Elle faisait route depuis le kraal de son père pour acheter du sucre au magasin de Hebron. L'orage éclata alors qu'elle atteignait le sentier qui grimpait, en serpentant parmi les koppiei, jusqu'à l'église en tôle construite sur la crête dominant les fermes. Tandis qu'elle escaladait les rochers de granit entre les euphorbes dressées comme des sentinelles, les nuages se déchirèrent et de grosses gouttes de pluie se mirent à marteler le sol. Elle chercha refuge sous un cussonia, mais les feuilles la frôlaient et elle fut bientôt trempée. Elle dut pousser plus loin parmi les rochers. Deux d'entre eux délimitaient une sorte de tunnel. Le passage était étroit, mais elle parvint à s'y faufiler et se retrouva sur une surface plane. En contrebas, la vallée s'étendait jusqu'aux montagnes qui marquaient la fin du haut veld ; au-delà, on descendait vers le Swaziland et le bas veld.

Elle s'accroupit, dos à la roche, et c'est là, dans la terre rouge transformée en boue, qu'elle trouva les os. Elle avait déjà vu des crânes d'animaux: de babouins, de vaches, de moutons, et même de chiens dont les restes gisaient, blanchis par le soleil, dans le veld; mais ce qu'elle avait sous les yeux était différent.

Incliné en arrière, le crâne la regardait fixement. L'eau s'engouffrait dans les orbites et entre les mâchoires, tournées vers le ciel comme pour boire la pluie. Il était entouré d'autres os qui devaient appartenir aux bras et aux jambes. Quelqu'un les avait déterrés : de longues entailles sillonnaient la terre.

Elle fit volte-face et se mit à courir, s'égratignant les jambes contre les épineux. Une fois dans l'église, elle s'assit, frissonnante, et attendit que les battements de son coeur ralentissent. Puis elle repartit, descendit en glissant la pente boueuse, dépassa l'étang formé par la rivière et suivit le sentier jusqu'à l'école de la ferme.

Un petit garçon montait et descendait les marches devant le bâtiment, disposant à la hâte des cuvettes en émail pour recueillir l'eau qui passait par le toit. «Ufunana ?» demanda-t-il, mais elle ne répondit pas et il rentra chercher de l'aide dans la salle de classe. Quand le maître d'école sortit, il trouva la fillette tremblante près de la porte.

Il plut jusqu'au lendemain, et quand la pluie cessa, les os avaient disparu. Quelqu'un les avait emportés.

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Katarina Mazetti - Les larmes de Tarzan

 

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Traduit par Lena Grumbach et Catherine Marcus

 

Gaïa - octobre 2007 - 272 pages

Actes Sud - novembre 2009 - 276 pages

Présentation de l'éditeur :
Elle c'est Tarzan, lui Janne. Ils n'auraient jamais dû se rencontrer, mais voilà qu'elle lui est tombée dessus, dans tous les sens du terme, un jour où justement elle jouait à Tarzan, suspendue au bout d'une corde. Un sacré numéro, cette Mariana, et pas du tout son genre à lui, l'homme d'affaires plein aux as, habitué à collectionner les canons qu'on voit dans les magazines. Il voudrait bien comprendre pourquoi il est obsédé par cette nana fagotée comme un sac à patates, les cheveux en pétard, qui ne s'épile même pas le maillot et qui, malgré une attirance réciproque et une formidable entente sexuelle, n'est même pas amoureuse de lui. Pour couronner le tout, elle est flanquée de deux mômes impossibles, une vraie calamité pour les sièges cuir de sa Lamborghini dernier cri. Après le succès du Mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti revient avec une histoire de couple encore plus déjantée. Savoureux.

Auteur :
Née à Stockholm en 1944, Katarina Mazetti est journaliste à la Radio Suédoise. Auteur de livres pour la jeunesse et de romans pour adultes, elle rencontre un succès phénoménal en Suède avec
Le mec de la tombe d'à côté, succès qui ne s'est pas démenti en France. 

Mon avis : 5/5 (lu en mars 2008)
Comme pour son livre précédent « Le mec de la tombe d'à côté », Katarina Mazetti nous raconte l'histoire d'une rencontre improbable entre Mariana et Janne. Un conte de fée moderne.
Mariana (dit Tarzan) vit seule avec ses 2 jeunes enfants, son mari est absent. Elle est professeur d'arts plastiques et effectue des remplacements et les fins de mois sont souvent très difficiles.
Janne est un jeune homme riche qui lors d'une rencontre insolite à la plage tombe amoureux dès le premier regard.
C'est un récit alterné de Janne, de Mariana et de sa fille Belle qui a un regard naïf mais pertinent et touchant de la situation.

Ce livre dénonce les injustices sociales et l'ignorance de Janne sur les difficultés de tout les instants de Mariana pour joindre les deux bouts. C'est un choc de culture sur fond économique, mais il y a aussi beaucoup d'humour malgré une situation grave.

Un très bon moment de lecture, j'ai été très touchée par les différents personnages du livre. Un vrai coup de cœur.

Extrait : 
Tarzan a poussé un hurlement et s'est élancée de la branche. Elle a décrit une grande courbe à travers le feuillage avant de venir s'échouer contre mon épaule gauche dans un bruit flasque et sourd. Le choc m'a propulsé à plusieurs mètres de là, bras et jambes battant comme des ailes.
Disons-le franchement, je n'étais pas à mon avantage la première fois que nous nous sommes rencontrés. Ou, plus exactement, quand elle m'est littéralement tombée dessus.
Et quels ont été ses premiers mots ?
Lâchant la grosse corde avec laquelle elle s'était catapultée, elle s'est exclamée, pas contente du tout :
— Aïe, putain de merde !
Elle s'est frotté le genou qui était un peu rouge après la collision avec ma clavicule et elle m'a reluqué, les sourcils froncés. J'avais en face de moi le portrait tout craché des pires souvenirs de mon institutrice à l'école primaire.
— D'accord, c'était un peu loupé ! a-t-elle dit ensuite. Pardon, excuse-moi, je suis désolée. Mais t'avais qu'à pas
 venir te balader juste là.
Je suis resté sans voix. La dame m'avait presque tué et voilà qu'elle se permettait aussi de critiquer mes déplacements sur une plage publique !
— Mais ferme-la, espèce de Tarzan de mes deux ! ai-je soufflé.
Elle portait en tout et pour tout une culotte de maillot de bain en tissu léopard. Je la trouvais imbuvable et l'envie me démangeait de lui flanquer une gifle, mais je n'avais pas encore complètement récupéré ma respiration, si bien que je suis resté allongé par terre à faire de l'hyperventilation. Elle s'est accroupie devant moi.
— Rien de cassé ?
Pour toute réponse, mes halètements de chien. Un petit môme blond avec une coupe au bol et de sexe indéterminé est sorti d'un buisson et s'est jeté à son cou par-derrière. Il a décollé du sol et s'est accroché à elle comme un sac à dos de grande randonnée.
— Pourquoi il respire comme ça, le bonhomme ?
Le bonhomme ! Je suppose que pour un mini-modèle comme celui-là, un homme de vingt-neuf ans est un bonhomme. Mais ça m'a fait un drôle d'effet de l'entendre, ça doit être la crise de la trentaine qui couve. Je l'ai toisé avec toute la malveillance dont j'étais capable.
Elle lui a distraitement essuyé le nez avec le dos de la main.
On s'est tamponnés. Va enfiler un pull, Bella ! Tu es restée trop longtemps dans l'eau.
Comment ça, on ? Tu m'as tamponné... ai-je fulminé. Je suis sûr que tu l'as fait exprès ! Si j'ai quelque chose de cassé, je porterai plainte, je te préviens !
Je commençais à en avoir marre de cette nana. Elle était plus vieille que moi, au moins dans les trente-cinq ans, avec des cernes noirs sous les yeux et des rides de bronzage.
J'ai senti quelque chose me brûler la fesse. Putain ! J'avais atterri sur mes lunettes de soleil Armani, celles que je venais juste d'acheter à Hongkong trois semaines auparavant ! Et je m'étais coupé avec les éclats !
— Je ne rigole pas, ai-je réussi à articuler une fois que j'eus fini de haleter comme une femme en couches. Ça s'appelle mise en danger d'autrui par imprudence, ce que tu viens de faire. Je vais te dénoncer à la police !
Elle a rigolé, mais sans la moindre joie.
— Bonne chance ! a-t-elle dit. Tu n'obtiendras pas plus de ma part que ce que l'huissier a réussi à me soutirer cette année. C'est-à-dire rien. Mais jette donc un coup d'œil sur le panneau là-bas, ça va te calmer.

 

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26 novembre 2008

Oscar et la dame rose – Eric-Emmanuel Schmitt

oscar_et_la_dame_rose Albin Michel – novembre 2002 – 99 pages

Résumé : Voici les lettres adressées à Dieu par un enfant de dix ans. Elles ont été retrouvées par Mamie Rose, la " dame rose " qui vient lui rendre visite à l'hôpital pour enfants. Elles décrivent douze jours de la vie d'Oscar, douze jours cocasses et poétiques, douze jours pleins de personnages drôles et un très fort lien d'amour, ces douze jours deviendront légende.

Auteur : Éric-Emmanuel Schmitt (né le 28 mars 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyon) est un écrivain et dramaturge d'origine française, installé à Bruxelles depuis 2002. Ayant obtenu la naturalisation belge en 2008, il dispose de la double nationalité. Site de l’auteur : http://www.eric-emmanuel-schmitt.com/

Mon avis : 5/5 (lu en 2004 et relu en octobre 2008)

Ce livre est vraiment très émouvant car il aborde le thème de la maladie et la mort d'un enfant. Mais il dégage aussi une leçon de vie, car Oscar va garder sa joie de vivre pleinement jusqu'à la fin. La lucidité de cet enfant de 10 ans et ses propos si justes sont bouleversants.

Ce livre fait pleurer, fait rire, fait réfléchir et apaise.

A lire absolument !

Ce livre peut également être lu par un adolescent, il faut peut-être l'informer du sujet du livre. Mon fils de 13 ans l'a beaucoup aimé.

Extrait :

« Je m'appelle Oscar, j'ai dix ans, j'ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j'ai grillé les poissons rouges) et c'est la première lettre que je t'envoie parce que jusqu'ici, avec mes études, j'avais pas le temps. "
J'aurais pu aussi mettre : "J'aurais pu aussi bien mettre : On m'appelle Crâne d'Oeuf, j'ai l'air d'avoir sept ans, je vis à l'hôpital à cause de mon cancer et je ne t'ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. Seulement si j'écris ça, ça la fout mal, tu vas moins t'intéresser à moi. Or j'ai besoin que tu t'intéresses. Çà m'arrangerait même que tu aies le temps de me rendre deux ou trois services »

oscar_et_la_dame_rose_anny_duperey

Au théâtre, Oscar et la dame rose est en tournée avec Anny Duperey dans le rôle de Mamie Rose.

Eric-Emmanuel Schmitt réalise son deuxième film, Oscar et la dame rose, adapté du récit éponyme.
Début de tournage : octobre 2008 en Belgique et fin de tournage prévu au Canada en janvier 2009.
Michèle Laroque interprètera La dame rose, Max Von Sydow le docteur Dusseldorf...

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Johnny Chien méchant - Emmanuel Dongala

Johnny_Chien_M_chant Le Serpent à plume – mars 2005 – 360 pages

Présentation de l'éditeur
Dans le chaos d'une guerre civile avec déplacements massifs de populations, colonnes de réfugiés sur les routes et le lot habituel d'accompagnateurs plus ou moins bienveillants (organisations humanitaires, journalistes, coopérants qu'il faut évacuer, etc.), deux adolescents racontent ce qu'ils vivent. L'un, un jeune garçon (Johnny, qui prendra plusieurs noms de guerre dont celui de Chien méchant) est membre d'une milice. Il tue, viole, pille et assume crânement (et avec naïveté) comme d'autres enfants-soldats le rôle de bourreau, ne comprenant pas que lui aussi est une victime, même dans des situations cocasses. L'autre est une jeune fille (Laokole), qui se sait victime mais regarde les choses avec lucidité, avec distance et même une certaine philosophie malgré tout ce qu'elle vit.
Le récit est conduit à deux voix, comme une fugue où les deux "héros" racontent les mêmes événements, chacun avec son regard, vivent parfois les mêmes événements dans un même espace physique, sans se croiser, s'éloignent, se rapprochent, se suivent et se poursuivent, jusqu'à la scène finale de la confrontation où ils se retrouvent enfin face à face.

Quatrième de couverture
Congo, en ce moment même. Johnny, seize ans, vêtu de son treillis et de son tee-shirt incrusté de bris de verre, armé jusqu'aux dents, habité par le chien méchant qu'il veut devenir, vole, viole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Laokolé, seize' ans, poussant sa mère aux jambes fracturées dans une brouetté branlante, tâchant de s'inventer l'avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s'efforce de fuir sa ville livrée aux milices d'enfants soldats. Sous les fenêtres des ambassades, des ONG, du Haut Commissariat pour les réfugiés, et sous les yeux des télévisions occidentales, des adolescents abreuvés d'imageries hollywoodiennes et d'information travestie jouent à la guerre : les milices combattent des ennemis baptisés « Tchétchènes », les chefs de guerre, très à cheval sur leurs codes d'honneur, se font appeler « Rambo » ou « Giap » et s'entretuent pour un poste de radio, une corbeille de fruits ou une parole de travers.
Dans ce roman, qui met en scène des adolescents à l'enfance abrégée, Dongala montre avec force comment, dans une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d'humanité.


Auteur : Emmanuel DONGALA est né en 1941, de père congolais et de mère centrafricaine. Il passe son enfance et son adolescence en république populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France,Il est aujourd’hui professeur de chimie à Simon’s Rock College, dans le Massachusetts, et professeur de littérature africaine francophone à Bard College, dans l’Etat de New York.

Mon avis : 4/5 (lu en mai 2008)

J'ai vu hier qu'un film sortait aujourd'hui « Johnny Mad Dog », à propos d'enfants soldats et je me suis rappelé de ce livre que j'ai lu en mai 2008.

Dans ce livre les récits de Johnny et Laokolé s'alternent. Ils ont tous les deux 16 ans. C'est leur regard à chacun sur la même guerre. Le premier Johnny est un enfant soldat, il se décrit comme « l'intello » du groupe (il a été jusqu'au CM1 avec un niveau de CM2 !), il confond la vraie guerre et les films d'action américains, il viole, il pille, il tue sans peur et sans sentiment, il obéit, il cherche à se faire craindre et avoir l'air d'un chef cruel. Laokolé est une enfant sage et victime de la guerre, elle tente de fuir son village en poussant sa mère handicapée dans une brouette. Elle est sensible, intelligente, elle lutte pour sa survie. On voit également le regard occidental sur une tragédie lointaine. Les réactions des humanitaires, des journalistes sur une zone de conflits.

Ce livre est celui des enfants vieillis trop rapidement par des guerres absurdes. Ce livre est dérangeant : la violence, le réalisme des descriptions, l'absurdité des situations... Mais on est aussi profondément touché par la regard qu'a Laokolé sur les évènements, sur la société et sur l' Afrique. On découvre, à travers elle, une jeunesse africaine responsable, ambitieuse et dynamique.

A lire pour mieux connaître l'histoire contemporaine des conflits Africains.

Extraits :

Johnny : « “Ta gueule!”, ai-je crié à la maman. Et pan! j’ai tiré dans la nuque du gamin agenouillé. La mère affolée s’est précipitée sur le corps de son enfant, mais Petit Piment a “rafalé” avant qu’elle n’atteigne son but. Elle s’est effondrée la tête la première. Bon, on avait déjà perdu assez de temps et il fallait avancer. Nous avons décidé de tuer tous les hommes. De toutes façons ils étaient mayi-dogos. Magnanime, j’ai laissé la vie sauve aux femmes et je leur ai demandé de quitter immédiatement le quartier pour se diriger vers les zones que nous avions déjà conquises. Je sais, ma bonté me perdra un jour. »

...

Laokolé : « Notre pays de merde venait encore une fois de plus de tuer un de ses enfants. J’ai sangloté sans retenue, avec de violents soubresauts et des hoquets sonores, maintenant que les miliciens avaient disparu là-bas, dans la poussière du chemin. Maman a essayé de me calmer et de me consoler, mais j'ai continué à pleurer. Je ne sais pas si je pleurais mon amie ou cet enfant que je ne connaissais pas. Je pense que je pleurais les deux. Quel est ce pays qui tuait de sang-froid ses enfants ? Comment peut-on tuer la meilleure amie de quelqu'un ? Vraiment les gens sont méchant, ils n’ont pas de coeur. »

...

Johnny : « Mais comme j'étais intellectuel je savais ce qu’était l’ONU, ouais j'avais entendu parler de cette organisation et de ses soldats. Ces derniers étaient neutres, ils ne faisaient pas la guerre, ils maintenaient la paix. Mais quand ça chauffait et que leur vie était menacée ou si tout simplement ils croyaient qu’elle était en danger, ils fuyaient et vous laissaient tout seuls dans votre merde. »

...

Laokolé : « L’humanité est tombée bien bas. De toute façon, il fallait être bien naïve pour croire que le monde était bon, que le monde était beau. Je m'en voulais de n'avoir pas encore appris, malgré tout ce que j'avais traversé, que la confiance c’est bien mais que c’était mieux d’attacher sa brouette comme un caravanier attache son chameau dans le désert bien que sachant qu’il n'y a personne d’autre que lui à mille lieues à la ronde .»

Johny_Mad_Dog

Johnny Mad Dog film de Jean-Stéphane Sauvaire sortie le 26 novembre 2008, il a reçu le Prix de l'Espoir du jury Un Certain Regard au Festival de Cannes 2008.

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Les larmes de l'assassin - Anne-Laure Bondoux

les_larmes_de_l_assassin Bayard Jeunesse – mai 2003 – 226 pages

4ème de couverture :

L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est-à-dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo. C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Cette fois-là, ce n'était ni un géologue, ni un marchand de voyages, et encore moins un poète. C'était Angel Allegria. Un truand, un escroc, un assassin.

Auteur : C'est en région parisienne qu'est née Anne-Laure Bondoux en 1971. Elle a suivi des études de Lettres Modernes à Nanterre. Parallèlement à ses études, elle a monté des ateliers d'écriture pour enfants en difficulté lesquels ont reçu le prix Fondation de France. Après avoir fait du théâtre, elle a rejoint en 1996 la rédaction de 'J' aime lire' à Bayard Presse, puis a participé au lancement du nouveau magazine, Maximum. Elle a cessé ses activités de journaliste en 2000 pour se consacrer exclusivement à l'écriture. Elle est l'auteur d'une trilogie 'Le Peuple des rats' publiée chez Bayard, et de plusieurs ouvrages pour enfants. Elle écrit également pour le théâtre et la chanson.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2007)

Ce livre est aussi bien pour des adolescents que des adultes. Une histoire belle et triste. L'écriture est sobre, tout en nuance.

Paolo Poloverdo habite avec ses parents dans une ferme isolée à l'extrême sud du Chili. Angel Allegria, un assassin en fuite, arrive par hasard sur cette terre aride, tue les parents du petit garçon et s'installe avec lui. Alors qu'ils apprennent à vivre ensemble et qu'une étrange relation se développe entre eux, un troisième homme, Luis Secunda, riche, exilé et érudit, vient partager leur solitude. Poussés par la nécessité d'acquérir du bétail, tous les trois entreprennent vers Valparaiso un voyage au cours duquel les deux adultes vont se disputer l'affection de l'enfant.

L'atmosphère est spéciale dans ce bout du monde, aride et sauvage. La complicité qui se tisse entre l'assassin et le petit garçon est troublante et à la fois très belle. Cet enfant n'était pas aimé par ses parents, il découvre l'amour paternel d'Angel. L'arrivée de Luis va créer une rivalité entre les deux hommes pour avoir une exclusivité sur Paulo.

Ce récit initiatique est passionnant. Il y a la confrontation de l’innocence et du mal. L'amour pour l'autre qui prend le dessus sur la violence. Paolo est à la recherche du bonheur et de l'amour. Le dénouement est plein d'espoir. C'est un roman surprenant jusqu'à la fin, je me suis beaucoup attachée aux différents personnages, et j'ai été très souvent émue en lisant ce livre.

Extrait : « Ici, personne n'arrivait jamais par hasard. Car ici, c 'était le bout du monde, ce sud extrême du Chili qui fait de la dentelle dans les eaux froides du Pacifique. Sur cette terre, tout était si dur, si désolé, si malmené par le vent que même les pierres semblaient souffrir. Pourtant, juste avant le désert et la mer, une étroite bâtisse aux murs gris avait surgi du sol : la ferme des Poloverdo.

Les voyageurs qui parvenaient jusque-là s'étonnaient de trouver une habitation. Ils descendaient le chemin et frappaient à la porte pour demander l'hospitalité d'une nuit. Le plus souvent, il s'agissait d'un scientifique, d'un géologue avec sa boîte à cailloux, ou d'un astronome en quête de nuit noire. Parfois, c'était un poète. De temps en temps, un marchand d'aventure en repérage.

Chaque visite, par sa rareté, prenait une allure d'évènement. La femme Poloverdo, mains tremblantes, servait à boire avec une cruche ébréchée. L'homme, lui, se forçait à dire deux mots à l'étranger, pour ne pas paraître trop rustre. Mais il était rustre tout de même, et la femme versait le vin à côté du verre, et le vent sifflait tant sous les fenêtres disjointes qu'on croyait entendre hurler les loups.

Ensuite, quand le voyageur était parti, l'homme et la femme refermaient leur porte avec un soupir de soulagement. Leur solitude reprenait son cours, sur la lande désolée, dans la caillasse et la violence.

L'homme et la femme Poloverdo avaient un enfant. Un garçon né de la routine de leur lit, sans amour particulier, et qui poussait comme le reste sur cette terre, c'est à dire pas très bien. Il passait ses journées à courir après les serpents. Il avait de la terre sous les ongles, les oreilles décollées à force d'être rabattues par les rafales de vent, la peau jaune et sèche, les dents blanches comme des morceaux de sel et s'appelait Paolo. Paolo Poloverdo.

C'est lui qui vit venir l'homme, là-bas, sur le chemin, par un jour chaud de janvier. Et c'est lui qui courut avertir ses parents qu'un étranger arrivait. Sauf que, cette fois-là, ce n'était ni un géologue, ni un marchand de voyages, et encore moins un poète. C'était Angel Allegria. Un truand, un escroc, un assassin. Et lui pas plus que les autres n'arrivait par hasard dans cette maison du bout de la terre. »

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