14 janvier 2009

L'homme qui voulait être heureux – Laurent Gounelle

l_homme_qui_voulait__tre_heureux Anne Carrière Editions – février 2008 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
Imaginez...
Vous êtes en vacances à Bali et, peu de temps avant votre retour, vous consultez un vieux guérisseur. Sans raison particulière, juste parce que sa grande réputation vous a donné envie de le rencontrer, au cas où...
Son diagnostic est formel : vous êtes en bonne santé, mais vous n'êtes pas heureux.
Porteur d'une sagesse infinie, ce vieil homme semble vous connaître mieux que vous-même. L'éclairage très particulier qu'il apporte à votre vécu va vous entraîner dans l'aventure la plus captivante qui soit : celle de la découverte de soi. Les expériences dans lesquelles il vous conduit vont bouleverser votre vie, en vous donnant les clés d'une existence à la hauteur de vos rêves.
Avec L'homme qui voulait être heureux, c'est tout un monde de possibilités nouvelles qui s'ouvre à nous à la lecture de cette histoire passionnante, où l'on découvre comment se libérer de ce qui nous empêche d'être vraiment heureux.

Biographie de l'auteur
Laurent Gounelle est spécialiste du développement personnel. Depuis quatorze ans, il parcourt le monde à la rencontre de praticiens exceptionnels, qu'ils soient experts américains en neurosciences, shamans péruviens ou sages balinais.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2009)

Une lecture qui fait beaucoup de bien. Ce livre est riche d'enseignements, il nous amène à nous poser les bonnes questions pour mieux diriger sa vie. On ressort de cette lecture avec de vraies pistes de réflexions et plein d'optimisme.

Une leçon de sagesse à consommer sans modération !

Extraits :

Le vieil homme ( Maître Samtyang)
«
- Une vie réussie est une vie que l'on a menée conformément à ses souhaits, en agissant toujours en accord avec ses valeurs, en donnant le meilleur de soi-même dans ce que l'on fait, en restant en harmonie avec qui l'on est, et, si possible, une vie qui nous a donné l'occasion de nous dépasser, de nous consacrer à autre chose qu'à nous-mêmes et d'apporter quelque chose à l'humanité, même très humblement, même si c'est infime. Une petite plume d'oiseau confiée au vent. Un sourire pour les autres » (p.179)

« - C'est juste pour vous dire que le choix vous appartient.  À certains moments, dans la vie, on n'a pas forcément beaucoup de choix, et ceux-ci sont peut-être douloureux, mais ils existent et, au final, c'est vous qui  déterminez ce que vous vivez: vous avez toujours le choix, et c'est bien de garder à l'esprit cette idée » (p.188)

« Pour moi une nouvelle vie commençait, et dorénavant, ce serait MA vie, fruit de mes décisions, de mes choix, de ma volonté. Adieu les doutes, les hésitations, les peurs d'être jugé, de ne pas être capable, de ne pas être aimé. Je vivrai chaque instant en conscience, en accord avec moi-même et mes valeurs. je resterai altruiste, mais en gardant à l'esprit que le premier cadeau à faire aux autres est mon équilibre. J'accepterai les difficultés comme des épreuves à passer, des cadeaux que m'offrent la vie pour apprendre ce que je dois apprendre afin d'évoluer. Je ne serai plus victime des évènements, mais acteur d'un jeu dont les règles se découvrent au fur et à mesure, et dont la finalité gardera toujours une part de mystère. » (p.216)

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Elle fait des galettes, c’est toute sa vie – Karine Fougeray

Elle_fait_les_galettes__c_est_toute_sa_vie Pocket – février 2005 - 118 pages

Présentation de l'éditeur
" Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. " C'est la Bretagne avec un bistrot sur la cale, une chapelle en haut de la falaise, une grève à marée basse. Avec ses hommes de mer aimés par des femmes à terre, ses jeunes, ses petites vieilles, ses pêcheurs qui n'en sont pas, ses fillettes qui n'aiment pas naviguer. C'est aussi un stage de voile et des chansons de marins. Et ce sont, surtout, des caractères bien trempés... Une promenade inattendue qui vous laissera sur les lèvres un goût d'embruns et de beurre salé.

Biographie de l'auteur
Karine Fougeray est graphiste. Elle est née à Saint-Malo en 1963 où elle passe son enfance et son adolescence. Après 17 années de vie parisienne, elle revient s'installer en Bretagne, de retour dans sa région, l'envie d'écrire la gagne. Son premier ouvrage, Elle fait des galettes, c'est toute sa vie, a paru en 2005 aux éditions Delphine Montalant. Son premier roman est paru en 2008, Ker Violette.
Mon avis : 5/5 (lu en février 2008)

C'est un recueil de 14 nouvelles qui sentent bon la Bretagne mais pas seulement... C'est un hymne à la Bretagne et à la mer, aux gens de mer. Les personnages sont attachants, ils nous semblent familiers. Ce livre est un concentré de simplicité, de tendresse et d'humour mais aussi de dérision et de cruauté.
Moi qui aime la Bretagne et le bord de mer j'ai été ému et j'ai trouvé ce livre savoureux comme des galettes !
Extrait : (p.11)

« Pour la pâte, elle sait parfaitement comment s'y prendre, elle possède le coup de main comme on dit. A huit heures, chaque vendredi matin, le rituel se met en marche. Elle extirpe du placard la bassine en émail et la pose au fond de l'évier. A côté, sur l'égouttoir, elle place le paquet de sarrasin, libère au robinet un mince filet d'eau et fait en sorte que celui-ci ruisselle doucement sur la paroi de céramique blanche. Ses gestes sont si huilés, si répétés, si râpés aux coudes que son chat Mistigri pourrait les mimer s'il était moins gros.

Louise, ma cousine qui commence à avoir des seins, utilise des grands mots en racontant qu'elle monte sa pâte en plusieurs étapes religieuses et éternelles. Elle dit que c'est une messe de quatre heures, une confession d'amoureuse éternellement recommencée du fond de cette bassine cabossée.

Amoureuse de sa bassine, Mémé ? Moi, je vois juste de l'eau, de la farine. De la farine et de l'eau. On n'ose pas lui demander les quantités. On n'ose pas lui demander les proportions. On n'ose pas lui demander d'expliquer.

A midi, elle remonte des profondeurs de la cave le lourd galetier qui lui vient de sa mère, et qui, du temps de sa mère, lui venait de sa mère à elle. Mistigri lui jette un regard envieux au moment où elle enfonce dans le pot de saindoux le tampon à graisser, lui faisant opérer une légère rotation de gauche à droite pour l'imbiber suffisamment, mais pas trop. Le galetier est déjà chaud et, comme on n'a plus le droit d'être dans ses pattes, on entend sans le voir le grésillement de la graisse animale qui se liquéfie en traînées circulaires et brillantes sur la fonte noire et brûlante.

Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. »

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Neige – Maxence Fermine

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Arlea - novembre 2000 – 128 pages

Points - décembre 2000 - 96 pages

illustrations par Georges Lemoine

Résumé :
À la fin du XIXe siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un maître avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes.

Auteur : Maxence Fermine, né en 1968 à Albertville, est un écrivain français. Il a vécu à Paris puis en Afrique où il a travaillé dans un bureau d'études. Il vit aujourd'hui en Haute-Savoie avec sa femme et ses deux filles

Mon avis : (lu juin 2004)

Ce livre est de la pure poésie. Le livre est court et se lit facilement. Il nous emmène au Japon, le pays des haïkus, petits poèmes de 3 vers et 17 pieds.
Ce petit livre est donc le poème de la neige et l'histoire de son poète Yuko. C'est également une très belle histoire d'amour écrite avec beaucoup de délicatesse.

J'ai vraiment été envouté par la beauté, la pureté de ce livre aussi bien pour le texte que les illustrations. Cette histoire ne peut que vous émouvoir. A lire absolument.

Extrait :
"Yuko vénérait l'art du haïku, la neige et le chiffre sept.
Le chiffre sept est un chiffre magique.
Il tient à la fois de l'équilibre du carré et du vertige du triangle.
Yuko avait dix-sept ans lorsqu'il avait embrassé la carrière de poète.
Il écrivait des poèmes de dix-sept syllabes.
Il possédait sept chats.
Il avait promis à son père d'écrire seulement soixante-dix-sept haïku par hiver.

Le reste de l'année, il resterait à la maison et oublierait la neige."

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13 janvier 2009

Aya de Yopougon – Marguerite Abouet

Aya_de_Yopougon_1 Gallimard – novembre 2005 - 112 pages

 

le prix du 1er album au festival d'Angoulême en 2006

 

 

Résumé : Dans les années 1970, la vie était douce en Côte d'Ivoire. Il y avait du travail, les hôpitaux étaient équipés et l'école était obligatoire. J'ai eu la chance de connaître cette époque insouciante, où les jeunes n'avaient pas à choisir leur camp trop vite, et ne se préoccupaient que de la vie courante : les études, les parents, les amours... Et c'est cela que je veux raconter dans Aya, une Afrique sans les clichés de la guerre et de la famine, cette Afrique qui subsiste malgré tout car, comme on dit chez nous, "la vie continue"...

 

 

 

 

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Les auteurs :
Marguerite Abouet
naît à Abidjan en 1971. Elle a douze ans quand ses parents l'envoient avec son grand frère "suivre de longues études" à Paris, où les héberge leur grand-oncle maternel. Après des études moins longues que prévu, elle écrit des romans qu'elle ne fait lire à aucun éditeur, tout en devenant tour à tour punk, super-nounou pour triplés, pour mamies et papis, serveuse, opératrice de saisie, puis assistante juridique dans un cabinet d'avocats. Elle vit aujourd'hui à Romainville et se consacre entièrement à l'écriture. Aya de Yopougon est la première histoire qu'elle destine à la bande dessinée. Avec une voix et un humour inédits, elle y raconte une Afrique bien vivante, loin des caricatures trop souvent répandues. En 2006, elle reçoit avec Clément Oubrerie le prix du Premier album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême.

Clément Oubrerie naît à Paris en 1966. Après le bac, il entame des études d'art à l'école Penninghen, qu'il interrompt pour partir aux États-Unis. Il y passe deux années, exerce toutes sortes de métiers, mais finit dans un pénitencier au Nouveau-Mexique parce que sans papiers. De retour en France, il illustre des ouvrages pour la jeunesse - une quarantaine à ce jour - et co-fonde La Station, un studio d'animation avec lequel il prépare actuellement un long-métrage signé Anna Gavalda. Il trouve aussi le temps de jouer de la batterie avec un groupe de funk et de voyager, notamment en Côte d'Ivoire. Son talent singulier donne vie avec esprit et authenticité au récit de Marguerite Abouet.

 

Mon avis : (lu en avril 2008)

C'est une BD pleine d'humour et de tendresse. Nous voilà transporté en Afrique, nous suivons la vie quotidienne de 3 jeunes filles de Yopougon (quartier populaire d'Abidjan, en Côte d'Ivoire). Il y a Aya, toujours sérieuse, et ses deux copines Adjoua et Bintou : ces deux-là ne pensent qu’à gazer dans les maquis avec des galériens (elles adorent aller danser dans les restaurants bon marché et en plein air avec de jeunes gens qui ont du temps à perdre). On y parle de drague, de contraception, des ruses pour échapper à la vigilance parfois pesante d'un père...

On y voit une Afrique pleine d'optimisme et de joie. C'est vraiment très dépaysant.

A la fin de la BD : un « bonus ivoirien » avec l’indispensable lexique, les conseils pour le porté du pagne, le roulement du « tassaba », la recette du Gnamankoudji (jus de gingembre aux vertus aphrodisiaques) et le secret de la délicieuse sauce arachide (pour faire rentrer et garder le mari à la maison)…

 

 

 

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11 janvier 2009

Grâce et dénuement – Alice Ferney

Grace_et_d_nuement Actes Sud – janvier 1997 – 296 pages

 

prix Culture et Bibliothèques pour tous

 

Quatrième de couverture :
Dans un décor de banlieue, une libraire est saisie d'un désir presque fou : celui d'initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d'abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu'inspirent les gadjé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu'elle entrevoit le destin d'une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils. Dans ce troisième roman, récompensé par le prix " Culture et bibliothèques pour tous ", Alice Ferney excelle à faire entendre les voix intérieures de ses personnages, leurs sentiments inavoués, leurs désirs brimés, leurs solitaires affrontements avec la fatalité.

L'auteur vu par l'éditeur :
Alice Ferney vit à Paris et enseigne à Orléans. Elle est l'auteur de Le ventre de la fée (Actes Sud, 1993), L'élégance des veuves (Actes Sud, 1995 ; Babel, 1997 ; J'ai lu, 2001) et La conversation amoureuse (Actes Sud, 2000). Elle a obtenu le prix Culture et Bibliothèques 1997 pour tous pour Grâce et dénuement (Actes Sud, 1997 ; Babel, 2000).

Mon avis : (lu en février 2004)

Ce livre a été pour moi un vrai coup de cœur ! C'est un très beau livre sur la rencontre d'Esther avec une famille de Gitans. Esther vient tous les mercredis lire un conte à de petits enfants gitans. Ces moments de lecture sont un bonheur rare pour les enfants.

On y découvre un monde différent avec ses joies et ses peines, ses rires et ses pleurs...Une belle leçon de vie qui nous fait porter un autre regard sur les "gitans". L'auteur nous amène à découvrir la véritable vie des gens du voyage. Elle nous fait entrer dans l’intimité de leur misère absolue, de leur vie hors du temps, de leur rejet par tous et, par réaction, de leur rejet des autres. Une belle leçon d'humanité...

Il existe réellement des Esther qui font un travail identique dans des milieux défavorisés à travers les Bibliothèques de rue du mouvement ATD Quart Monde et d'autres associations.

Extrait :

                                  1

Rares sont les gitans qui acceptent d’être tenus pour pauvres, et nombreux pourtant ceux qui le sont. Ainsi en allait-il des fils de la vieille Angéline. Ils ne possédaient que leur caravane et leur sang. Mais c’était un sang jeune qui flambait sous la peau, un flux pourpre de vitalité qui avait séduit des femmes et engendré sans compter. Aussi, comme leur mère qui avait connu le temps des chevaux et des roulottes, ils auraient craché par terre à l’idée d’être plaints. […]

                                  2

Ils étaient des gitans français qui n’avaient pas quitté le sol de ce pays depuis quatre cents ans. Mais ils ne possédaient pas les papiers qui d’ordinaire disent que l’on existe : un carnet de voyage signalait leur vie nomade. Elle n’était cependant qu’un souvenir de la vieille. Les lois et les règles modernes avaient compliqué le passage d’une ville à une autre et ils s’étaient sédentarisés, comme la plupart des Gitans. […]

La vieille n’avait pas encore soixante ans. Mais, si la vérité est bonne à dire, elle portait bien son surnom. Son visage était fendu de rides si profondes et nombreuses qu’on aurait dit une maladie de peau. A la regarder de près ; on avait mal à sa place. Elle ne souffrait pourtant de rien et les ans difficiles, qui l’avaient précocément vieillie, ne l’avaient pas tuée. Elle en conservait un orgueil sympathique. Elle était en vie, envers et contre le monde et le froid, elle avait un furieux désir de continuer à voir ce spectacle de la terre, du vent, du feu sous les nuages, des nuages même, et des nouveaux venus qu’elle avait engendrés dans cette bourrasque. […]

                                  5

Esther Duvaux avait été infirmière pendant dix ans avant de devenir bibliothécaire. L’accompagnement des mourants, par lequel elle avait fini sa première carrière, avait donné la mesure de son courage et de sa douceur. Cette expérience ne l’avait pas endurcie, un rien lui tirait des yeux une rivière : elle avait le don des larmes. Pourtant cette tonalité primordiale s’accompagnait chez elle d’une vitalité fervente. Elle mettait en œuvre ce que d’autres eussent jugé utopique. Si jamais gadjé pouvait gagner la confiance de la vieille (ce dont il est possible de douter), elle était celle- là. Elle n’était pas venue vers les gitans par pitié. Elle était venue avec un projet. On aurait dit que c’était elle qui avait besoin d’eux. Angéline l’avait deviné. Sacrée fille ! avait-elle pensé, tu n’as pas peur de venir me parler. Mais elle n’avait rien dit. Elle avait écouté la jeune femme. Esther expliquait en quoi consistait son idée : elle lirait des histoires aux enfants qui ne disposaient pas de livres chez eux. La vieille faisait la moue. Sa dignité n’aimait pas se laisser dire qu’elle manquait de quelque chose, même si elle savait que c’était vrai (des livres, elle n’en avait jamais eu). Tu donnes des livres ? demanda la vieille. Non, dit Esther, je les lis et je les rapporte où je les ai empruntés. Esther répondait à toutes les questions. Son visage commençait juste à cesser d’être lisse. La perspicacité de la vieille traversait cette enveloppe qui prenait de l’âge. Pourquoi tu fais ça ? dit Angéline. Je crois que la vie a besoin des livres, dit Esther, je crois que la vie ne suffit pas. La vieille secoua la tête. J’allons réfléchir, dit-elle. […]

 

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L'élégance des veuves – Alice Ferney

l__l_gance_des_veuves Actes sud – 1995 – 126 pages

Quatrième de couverture
" Le spectacle se donne sans fin. Car l'instinct fait germer la chair, le désir la pousse, la harcèle quand elle s'y refuse, jusqu'à tant qu'elle cède, s'affale, se colle à une autre, et que s'assure la pérennité des lignées amoureuses. " Cela se produit de multiples fois, sans relâche, cela s'enchaîne avec beaucoup de naturel et de grâce. Un cycle sans fin pousse les femmes à se marier, à enfanter, puis à mourir. Ainsi va le temps, secoué par le rythme des naissances et des morts, quand le besoin de transmettre l'emporte sur le désespoir de la perte d'un être cher. Un long fil de désir passe au travers des générations. Ce court roman d'une douce gravité est un hymne à la vie et au pouvoir fécondant de la femme.

Auteur : Alice Ferney est née le 21 novembre 1967 à Paris. Elle a fait des études de commerce à l'ESSEC et est titulaire d'un doctorat en sciences économiques. Elle enseigne aujourd'hui à l'université d'Orléans. Elle est mariée et a trois enfants. Adepte du roman classique, dont elle exploite avec brio la veine introspective.
Ses thèmes de prédilection sont la féminité, la différence des sexes, la maternité, le sentiment amoureux. Grâce et Dénuement lui a valu le prix Culture et Bibliothèques pour tous.

Mon avis : (lu en janvier 2004 et relu en janvier 2009)

Voici un portrait sensible de femmes, de mères ou d'épouses.

Ce livre nous fait prendre conscience des souffrances qu'on pu endurer les femmes au début du vingtième siècle. Ce roman est court et facile à lire, l'écriture est limpide, nous nous retrouvons comme observateur à distance mais cependant perspicace et tout en poésie.

C'est le premier livre que je lisais de cette auteur et je l'ai trouvé vraiment émouvant. Et j'ai vite lu du même auteur Grâce et dénuement.

Extrait : (p.21)

La mort de Jules transforma Valentine. En perdant l’enfant à peine donné elle avait cru connaître la souffrance. Ce n’était pas grand chose à côté de la peine d’être veuve. Pourtant elle ne renonça pas. Elle était séparée de Jules qui était sa vie, elle devint la vie de Jules. Pas un jour elle ne l’oublia, les traits de son visage, la couleur de ses cheveux, la manière qu’il avait de lui sourire, tout resta gravé en elle, et parfois elle pâlissait de le voir avec tant de netteté. Elle ne perdit ni la douleur de soudain le savoir mort (et cet instant de l’apprendre, elle le vécut bien d’autres fois sa vie durant), ni le bonheur de l’aimer. Elle s’enroula autour de ce passé comme un lierre, elle en fit la source de sa chaleur. Et diffusa cette chaleur à ses enfants, qu’elle avait pris grand soin à ne pas endeuiller. Les petits étaient restés gais et avaient vite cessés de réclamer leur père. Dans leurs élans et leurs rires elle puisait une raison de poursuivre sans Jules ce qu’avec lui elle avait commencé. Elle n’était plus que mère.
Mais à Valentine était promise une vie où la trajectoire parfaite des premières années est altérée peu à peu, où tout ce qui a été gagné est repris et détruit.
L’armée lui avait valu un mari, elle lui coûta deux fils, les jumeaux de l’amour naissant, ses premiers-nés. Un bordereau aux couleurs nationales fit office de message, de condoléances, de mise en bière, de funérailles et de deuil. Le monde était bousculé Valentine ne sut jamais quel était le visage de ses garçons dans la mort. C’était une juste cause, Dieu nous envoyait des épreuves, personne dans cette famille n’acceptait les complaintes, Valentine cette fois encore garda en elle tous ses mots. Elle se laissait aller la nuit, seule dans le grand lit, à la place de Jules où elle s’était mise à dormir, comme si elle avait été la défunte, comme si cette peine du veuvage lui avait été épargnée et qu’il était seul à pleurer une épouse et deux fils. Mais les larmes ravinaient ses joues, glissaient derrière l’oreille et filaient dans les boucles de ses cheveux. On eût dit alors une morte. Morte elle ne l’était pourtant pas, et il lui arrivait le soir venu de s’en étonner. Car elle l’était du moins à une forme de joie, une tranquillité de l’esprit : chaque fois qu’elle regardait ses enfants, elle se demandait quelles souffrances étaient tapies dans l’avenir.
Elle aurait jugé indigne cependant de répandre dans sa maison le trouble qu ‘elle ressentait. Elle avait encore cinq enfants, une cuisinière, une femme de chambre, et se sentait une obligation de sourire et de vivre. Valentine était une femme de devoir, elle continua de coiffer des cheveux, d’embrasser des fronts, de calmer des pleurs, d’inventer des jeux. Adrien et Henri partirent en pension dans un collège. Elle écrivit les lettres qu’il fallait, envoya les colis qu’ils attendaient, prépara les fêtes des retours. Ses filles avaient grandi, elle cousit les robes dont elles rêvaient, s’amusa de leur coquetterie, se souvint d’elle-même à cet âge. Elle tricota des chandails, d’horribles caleçons de bain, des chaussettes chaudes, des socquettes de coton. Elle fit des listes de courses, les menus de la semaine, les comptes du mois, paya les gages, organisa les vacances, jamais elle ne manqua la fête d’un anniversaire, ni la splendeur de Noël et du réveillon où venaient les grands-mères. Elle accepta même de parler de Jules, de le partager avec d’autres qui ne comprenaient rien.
Elle poursuivit comme si personne ne manquait. Comme si le calme était revenu dans son âme et, qu’au moment de se coucher, elle n’avait pas ce pincement au cœur, cette envie soudaine d’éclater en sanglots, de parler à un homme. Elle vécut dans ses relations particulières que l’on a avec ceux que l’on protège. Refusant de songer que le sort est injuste, qu’il ne rend rien, qu’aux hommes il prend tout et ricane et continue de détruire leurs belles cathédrales, les œuvres de leurs vies, les dentelles précieuses qu’ils tissent avec leurs larmes. Et ce sort-là continua de soustraire à Valentine ceux qui restaient.

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10 janvier 2009

Courir – Jean Echenoz

courir Les Editions de Minuit - octobre 2008 - 141 pages

Présentation de l'éditeur
On a dû insister pour qu'Emile se mette à courir. Mais quand il commence, il ne s'arrête plus. Il ne cesse plus d'accélérer. Voici l'homme qui va courir le plus vite sur la Terre.

Auteur : Né à Orange le 26 décembre 1947, grand nom de la littérature française contemporaine, Jean Echenoz s'impose avec un sens de l'observation unique et un style singulier. L'ancien étudiant en sociologie et en génie civil déclare être l'auteur de romans 'géographiques'. Il tâche en effet dans son oeuvre de tracer les conditions, les décors et les milieux qui fondent une existence, celle de personnages fictifs ou réels à l'instar de Ravel dans un roman éponyme ou d'Emile Zatopec dans 'Courir'. Amené à l'écriture suite à la découverte d''Ubu Roi' d'Alfred Jarry, Echenoz imprime sa propre empreinte avec un sens de la dérision hérité du dramaturge. Lauréat du prix Goncourt en 1999 pour 'Je m'en vais', l'auteur joue à détourner les codes du langage et les genres littéraires. Ainsi, il s'approprie le roman policier avec 'Cherokee' ou le roman d'espionnage avec 'Le Lac'. Ecrivain de la quête et de l'enquête, Jean Echenoz succède avec brio et innovation à la génération du Nouveau Roman, qui a fait la renommée de sa maison d'édition, Minuit.

Mon avis : (lu en janvier 2009)
Ce livre est un vrai moment de plaisir, il se lit très facilement.
Jean Echenoz nous raconte l'histoire d'Emil Zátopek. Ce nom a été entendu par tous, on sait que c'est un sportif célèbre. Mais dans ce livre, l'auteur nous fait le portrait d'un homme simple et touchant. Emile est devenu coureur un peu par hasard, son style est peu élégant mais efficace. En effet, il va pulvériser un à un tous les records du monde, il gagnera 3 médailles d'or aux JO de Helsinki. Il deviendra une légende nationale et internationale.
L'auteur ne parle pas de l'exploit en lui-même mais d'Emile le coureur. Celui qui court pour se dépasser, qui court pour souffrir.
Nous l'accompagnons dans ses longs entraînements et nous découvrons un homme calme et volontaire qui veut progresser pour le plaisir, mais aussi pour gagner. Il faudra attendre la page 93 avant que son nom de famille soit donné : Zatopek. Il n'y a aucune date, mais les événements politiques et sportifs nous permettent de nous repérer dans le temps.
Ce portrait est vraiment passionnant.
C'est le premier livre que je lisais de cet auteur et après ce bon moment passé ensemble, j'ai vraiment envi d'en lire un autre, sans doute Ravel.

Biographie : Emil Zátopek (19 septembre 1922 – 22 novembre 2000) est un coureur de fond tchécoslovaque. Il a battu 18 records du monde.

Zátopek est également connu pour être un précurseur en matière d’entrainement. Il n'hésitait pas à braver les conditions hivernales dures propres à son pays pour aller courir dans la neige. Pendant ses courses, il présentait un visage crispé de douleur, la tête penchée sur le coté.

Extrait :

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« Les Allemands sont entrés en Moravie. Ils y sont arrivés à cheval, à moto, en voiture, en camion mais aussi en calèche, suivis d’unités d’infanterie et de colonnes de ravitaillement, puis de quelques véhicules semi-chenillés de petit format, guère plus. Le temps n’est pas venu de voir de gros panzers Tiger et Panther menés par des tankistes en uniforme noir, qui sera une couleur bien pratique pour cacher les taches d’huile. Quelques Messerschmitt monomoteurs de reconnaissance de type Taifun survolent cette opération mais, seulement chargés de s’assurer de haut que tout se passe tranquillement, ils ne sont même pas armés. Ce n’est qu’une petite invasion éclair en douceur, une petite annexion sans faire d’histoires, ce n’est pas encore la guerre à proprement parler. C’est juste que les Allemands arrivent et qu’ils s’installent, c’est tout.

Le haut commandement de l’opération se déplace en automobiles Horch 901 ou Mercedes 170 dont les vitres arrière, obturées par des rideaux gris finement plissés, ne laissent pas bien distinguer les généraux. Plus exposées, les calèches sont occupées par des officiers moins gradés à long manteau, haute casquette et croix de fer serrée sous le menton. Les chevaux sont montés par d’autres officiers ou remorquent des cuisines de campagne. Les camions transporteurs de troupes appartiennent au modèle Opel Blitz et les motos, des side-cars lourds Zündapp, sont pilotées par des gendarmes casqués à collier métallique. Tous ces moyens de transport s’ornent d’oriflammes rouges à disque blanc contenant cette croix noire un peu spéciale qu’on ne présente plus, et que les officiers arborent aussi sur leurs brassards.

Quand tout ce petit monde, il y a six mois, s’est présenté dans les Sudètes, il a été plutôt bien reçu par les ressortissants allemands de la région. Mais à présent, passée la frontière de Bohême-Moravie, l’accueil est nettement plus froid sous le ciel bas et plombé. À Prague, le petit monde est entré dans un silence de pierre et, dans la province morave, les gens ne sont pas non plus massés au bord des routes. Ceux qui s’y sont risqués considèrent ce cortège avec moins de curiosité que de circonspection sinon de franche antipathie, mais quelque chose leur dit qu’on ne plaisante pas, que ce n’est pas le moment de le faire voir.

Émile n’a pas rejoint ces spectateurs car il a beaucoup d’autres choses à faire. D’abord, ayant quitté depuis trois ans l’école où sa famille n’avait pas les moyens de le maintenir, il occupe en usine un emploi d’apprenti avec lequel on ne plaisante pas non plus. Puis, quand il sort de l’atelier, il suit des cours de chimie dans l’idée d’être un jour autre chose qu’apprenti. Enfin, quand il a le temps de rentrer chez lui, il donne un coup de main à son père dans le jardin qui n’est pas un jardin d’agrément, qui est l’endroit où l’on doit faire pousser ce qu’on mange, point sur lequel on plaisante

encore moins. Émile a dix-sept ans, c’est un grand garçon blond au visage en triangle, assez beau, assez calme et qui sourit tout le temps, et l’on voit alors ses grandes dents. Ses yeux sont clairs et sa voix haut perchée, sa peau très blanche est de celles qui redoutent le soleil. Mais de soleil, aujourd’hui, point.

2

Entrés en Moravie, les Allemands s’y établissent donc et occupent Ostrava, ville de charbon et d’acier près de laquelle Émile est né et où prospèrent des industries dont les plus importantes, Tatra et Bata, proposent toutes deux un moyen d’avancer : la voiture ou la chaussure. Tatra conçoit de très belles automobiles très coûteuses, Bata produit des souliers pas trop mal pas trop chers. On entre chez l’une ou l’autre quand on cherche du travail. Émile s’est retrouvé à l’usine Bata de Zlin, à cent kilomètres au sud d’Ostrava. Il est interne à l’école professionnelle et petite main dans le département du caoutchouc, que tout le monde aime mieux éviter tant il pue. L’atelier où on l’a d’abord placé produit chaque jour deux mille deux cents paires de chaussures de tennis à semelles de crêpe, et le premier travail d’Émile a consisté à égaliser ces semelles avec une roue dentée. Mais les cadences étaient redoutables, l’air irrespirable, le rythme trop rapide, la moindre imperfection punie par une amende, le plus petit retard décompté sur son déjà maigre salaire, rapidement il n’y est plus arrivé. On l’a donc changé de poste pour l’affecter à la préparation des formes où ce n’est pas moins pénible mais ça sent moins mauvais, il tient le coup. Tout cela dure un moment puis ça s’arrange un peu. À force d’étudier tant qu’il peut, Émile est affecté à l’Institut chimique et là c’est plutôt mieux. Même s’il ne s’agit que de préparer de la cellulose dans un hangar glacial bourré de bonbonnes d’acide, Émile trouve ça beaucoup mieux. Certes il préférerait, en laboratoire, participer à l’amélioration de la viscose ou au développement de la soie artificielle, mais il manifeste en attendant que ça lui plaît bien. Ça lui plaît tant que l’ingénieur en chef, content de lui, l’encourage à suivre les cours du soir de l’École supérieure. Une bonne petite carrière de chimiste tchèque se dessine lentement. »

legends_zatopek    zatopek


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07 janvier 2009

Mort d'un super héros – Anthony McCarten

mort_d_un_superheros_ Editions Jacqueline Chambon – septembre 2008 – 332 pages

traduit de l'anglais par Oristelle Bonis

Quatrième de couverture : Bienvenue dans le monde de Donald Delpe, quatorze ans, la peau sur les os, des épaules en portemanteau.
L'air bizarre. Pas de sourcils, pas de poils nulle part. Une tronche de patate pelée. Il enfile les rues du nord de Londres dans ses baskets taille 45, le bonnet tiré bas sur le front, le casque sur les oreilles, son Ipod à fond. Aucun succès avec les fil-les. Et pour couronner le tout, des parents qui l'énervent. Mais pire que tout ça : il a un cancer, et ça ne s'arrange pas. Le monde serait vraiment atroce s'il n'y avait. Miracle Man, l'indomptable, l'invincible superhéros inventé par Donald et dont les aventures remplissent ses carnets - des aventures qui le mettent aux prises avec son ennemi de toujours, Le gant, un docteur fou. Le temps est compté. Donald ne sait pas combien il lui reste à vivre, mais ce qu'il sait, c'est qu'il ne veut pas mourir vierge. C'est son rêve. Miracle Man a Rachel, même le Gant a une infirmière hyper sexy. Mais Donald ? C'est un temps pour les superhéros, qui ont l'habitude de faire leur apparition au moment où on les attend le moins. Mais, à l'inverse des superhéros de BD avec leurs costumes incroyables recouverts d'étranges symboles, les héros, dans la vraie vie, ont l'air tout à fait normaux. La chance de Donald, c'est d'être aidé par plein de superhéros humains. Mais est-ce que ça suffira à le sauver ?

Auteur : né en 1961 à New Plymouth en Nouvelle-Zélande, Anthony McCarten a écrit douze pièces de théâtre, dont Ladies Night, qui a obtenu le Molière de la meilleure pièce comique en 2001, et trois romans. Mort d’un superhéros est le premier à être traduit en français. 

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Mort d’un super héros, une tragédie-comédie anglaise drôle et explosive avec au cœur du récit un adolescent malade condamné, amateur et dessinateur de comics. Il est plutôt solitaire. Ses parents le font suivre par un psychiatre pour qu’il retrouve goût à la vie et se batte contre le cancer. Mais l'histoire n'est pas si simple...

On reconnaît l'auteur de pièces de théâtre dans l'écriture de ce livre : il y a 3 actes, les chapitres sont remplacés par des plans séquences, eux-mêmes entrecoupés par des scènes entières d’une bande dessinée écrite quotidiennement par Donald.

Le récit est rythmé, à la lecture on imagine facilement les images qui défilent : les phrases sont courtes et imagées, il y a aussi beaucoup d'humour et l'ensemble est à l'image des 14 ans du héros.

On se retrouve plongé dans une histoire riche en émotions et bouleversante.

Extrait : « Elle confie son Coca à une des filles et file aux toilettes. Est-ce une invitation ? Donald nage en pleine confusion. L'attitude de Shelly appelle mille et une interprétations. Dont une seule l'engage à rester planté là. Les copines de Shelly le regarde, à son tour il leur confie son Coca et se lance à la poursuite de sa nana - sa nana (il peut le dire, enfin), la première sur Dieu-sait-combien à lui avoir offert ses lèvres, la fille dont il chérira le souvenir aussi longtemps qu'il vivra, le songe éveillé de sa vieillesse, s'il lui est donné de vivre vieux, l'étoile à jamais associée au succès inattendu de son scénar à petit budget, sa comédie romantique qui, au lieu du flop prévu, fait un tabac, crève le plafond de son box-office personnel, se démultiplie à l'infini : Shelly ; Shelly 2 : Suite ; Shelly 3: Le Jugement dernier ; Shelly 4 : Résurrection ; Shelly 5, 6, 7... jusqu'à la fin des temps dans le rôle taillé sur mesure pour elle. Oh, Dieu de bonté, laissez-la le jouer, ce rôle, encore et encore. » (p.151)

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Léon – Leon Walter Tillage

L_on Ecole des Loisirs – mars 1999 - 93 pages

traduit de l'américain par Alice Ormière et Nadia Butaud - Illustrations de Susan L. Roth

Mot de l’éditeur :
Leon Walter Tillage est né en 1936, en Caroline du Nord. Son arrière-grand-mère était esclave, son père, métayer. Métayer, alors, cela voulait dire travailler toute l'année pour payer les dettes de l'année précédente, et ne jamais rien posséder soi-même. Être noir, dans les années quarante et cinquante, cela signifiait qu'on pouvait entrer dans certains magasins, mais par la porte de derrière, et qu'on entendait l'employé demander aux clients blancs : " Est-ce qu'il vous dérange ? Cela vous ennuie-t-il qu'il reste là ? Voulez-vous que je le mette dehors ? " Cela signifiait surtout qu'on pouvait perdre la vie, sans raison et sans espoir de justice. Le père de Leon est mort sous les yeux de sa femme et de ses enfants, écrasé par une voiture conduite par de jeunes Blancs. Ils lui ont foncé dessus à deux reprises, pour s'amuser. Leon avait tout juste quinze ans. Il se souvient d'avoir longtemps fait sept kilomètres à pied pour aller à l'école. Il se souvient que le conducteur du bus scolaire des Blancs arrêtait son véhicule pour que ses petits passagers puissent aller jeter des pierres aux écoliers noirs. De l'angoisse des siens les soirs où ils savaient que les membres du Ku Klux Klan allaient sortir. Il se souvient aussi que ses parents disaient : " Ça été voulu comme ça. C'est comme ça que ça doit être. Vous n'obtiendrez jamais d'être les égaux des Blancs ", et qu'il a refusé de les croire. Il a préféré écouter les paroles de Martin Luther King et risquer sa vie en participant à des marches pacifiques. Et un jour, enfin, les premières victoires sont venues. 

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2004)
Ce livre est autobiographique. Il est très touchant et bouleversant car l'auteur nous raconte son histoire simplement, sans haine et sans rancune. On a un peu oublié ce qu’était la ségrégation aux Etats-Unis dans les années 50, à une époque où il existe des lois racistes et restrictives pour les droits des Noirs. C’est un vrai témoignage de vie. On est très touché par l'histoire de Leon, la ségrégation devient plus parlante et l'injustice aussi. A lire absolument !

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05 janvier 2009

La maladie de Sachs – Martin Winkler

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POL – janvier 1998 – 474 pages

J'ai lu - novembre 1999 - 632 pages

prix du Livre Inter 1999

Quatrième de couverture
" Pourquoi venez-vous me voir, ce soir ? Parce que je ne sais plus quoi faire. Parce que ça fait trop longtemps que ça dure. Parce que ça ne peut plus durer. Parce que je n'ai pas trop le choix, si ça ne dépendait que de moi, vous savez, les médecins, moi, moins j'en vois, mieux je me porte... " Dans la salle d'attente du docteur Bruno Sachs, les patients souffrent en silence. Dans le cabinet du docteur Sachs, les plaintes se dévident les douleurs se répandent. Sur des feuilles et des cahiers, Bruno Sachs déverse le trop-plaint de ceux qu'il soigne. Mais qui soigne la maladie de Sachs ?

Résumé :

Etant entendu que la maladie de Sachs c’est, très certainement, additionnées à longueur d’année, celles de ses patients, parents, amis. Personne, bien sûr, ne peut soigner ça. Alors Martin Winckler, qui connaît la question de très près, va tenter cette gageure d’une description qui serait aussi une proposition de thérapie. Décrire tout à la fois le quotidien des patients et celui du médecin, dans le même mouvement, au même rythme, comprendre celui qui soigne comme lui-même comprend ses malades au point de vivre leurs souffrances réelles ou imaginaires - mais il n’est pas de souffrances imaginaires.

Ce roman est un étrange objet littéraire : indéniablement roman, avec toutes les ressources du genre, tous les registres, jusqu’au quasi policier, c’est aussi un document sur l’état de la médecine en France aujourd’hui, du côté du médecin comme de celui de ses malades et aussi une réflexion, un pamphlet, un portrait, une comédie humaine riche et contrastée.

Le procédé narratif, très simple, est d’une grande efficacité : le héros du livre, le docteur Sachs, nous est décrit par ses clients, ses amis, ses proches - de sa femme de ménage à ses collègues -, ses parents. De lui, directement, nous n’aurons que de rares documents rédigés dans sa jeunesse, par exemple, ou arrachés à ses carnets, par lesquels il essaie d’exister indépendamment du regard que l’on porte sur lui.

Mon avis : (lu en 1998)

Le docteur Sachs a de la patience, il écoute ses patients, il les rassure de leurs angoisses, il écoute leurs mots pour mieux soigner leurs maux. Ce livre est une succession de récits qui semblent anodins mais qui se rejoignent et se complètent et qui vont trouver un sens. En tant que lecteur, on se reconnaît soi-même en partie ou on reconnaît un proche dans un des patients. On est proche des situations décrites dans le livre. Ce livre nous met face à la maladie, les traitements, la mort. Nous sommes face à un médecin humain qui sait écouter ses patients pour les soigner. J’ai beaucoup aimé ce livre et j’ai trouvé le docteur Sachs très attachant et très touchant.

la_maladie_de_Sachs_film

Une adaptation cinématographique de ce livre a été faite en 1999, par Michel Deville avec Albert Dupontel. Mais c'est difficile de vouloir faire un film d'un livre de presque 500 pages. Pour ma part j'ai été un peu déçue et je suis restée sur ma faim...

Extrait :

3. UNE CONSULTATION

- Eh bien, je ne sais pas par où commencer...

Tu hoches la tête, Mmmhh. Tu pivotes vers les étagères, tu fouilles dans une des boîtes grises. Tu en sors une enveloppe brune. Tandis que je t'explique le motif de ma venue, tu sors de l'enveloppe un bristol quadrillé au format carte postale et tu le poses sur le plateau de bois peint ; tu tires un stylo plume noir de la poche de poitrine de ta blouse, tu dévisses le capuchon, tu l'ajustes sur le corps du stylo, tu tires un trait sur le bristol, tu marques la date près du bord gauche.

- Eh bien, voilà...

Penché sur le bristol quadrillé, tu écris.

*

Quand tu écris, tu te tiens voûté au-dessus du plateau de bois peint. Derrière toi, à travers les rideaux de voile jaunissants et les feuilles de plastique opaque mais translucide qui recouvrent les vitres, la grande fenêtre déverse une vive clarté. Sans lâcher ton stylo, tu tournes la tête vers moi. Les verres de tes lunettes sont légèrement teintés, je ne sais si tu regardes ma bouche ou mes yeux. De temps à autre, tu baisses les yeux vers le bristol quadrillé et tu traces quelques mots. Tu interromps parfois mon récit pour poser des questions :

- Quand est-ce que ça a commencé ? C'était la première fois ? Tous les jours ? Pendant ou entre les repas ? Y a-t-il des jours où vous ne sentez plus rien ? Et la nuit ? Et aujourd'hui, par exemple ? Est-ce que vous avez pris quelque chose contre la douleur ?

Tu commentes mes réponses d'un Mmmhh, ou d'un Je vois. Tu écris sur le bristol quadrillé, tu hoches la tête, Oui, ce doit être très pénible... Finalement, tu reposes le stylo.

Tu tournes le dos au plateau de bois peint et tu désignes le lit bas placé à deux mètres de nous, contre la cloison qui sépare le cabinet médical de la salle d'attente.

- Eh bien nous allons voir ça. Je vais vous demander de vous déshabiller et de vous allonger, si vous le voulez bien.

*

Pendant que j'enlève mes chaussures, tu traverses la pièce. De l'autre côté de la pièce, au-delà du grand rayonnage bardé de livres qui sert de paravent, j'aperçois un petit évier surmonté d'un chauffe-eau électrique, une table roulante portant des instruments divers et l'extrémité d'une table d'examen à tubulures chromées. Contre le mur, face à la porte, un pèse-bébé trône au sommet d'un meuble en pin verni.

Tu fais couler l'eau, tu verses du savon liquide dans le creux de tes mains, tu les savonnes.

- Avez-vous bon appétit ?

- Euh. c'est moyen.

Je pose mes vêtements (ma chemisette ou mon chemisier, mon short ou ma jupe) sur la chaise placée sous la fenêtre, entre le lit bas et les étagères. Tu te rinces les mains et tu les essuies avec des serviettes en papier que tu jettes dans une petite poubelle métallique à pédale. Je reste debout, en sous-vêtements. Tu reviens vers moi. Tu me désignes le lit bas.

- Installez-vous, je vous en prie.

Je fais deux pas, je m'allonge sur le drap blanc, un peu froid, un peu rêche. Ma tête s'enfonce dans un traversin un peu trop mou. Allongé le long de la cloison, j'entends des voix bruire dans la salle d'attente. Tu retires mes vêtements du dossier de la chaise, tu les reposes sur le siège que j'occupais il y a quelques instants et tu rapproches la chaise du lit bas.

Tu t'assieds près de moi.

*

Sur un petit meuble à tiroirs placé à la tête du lit bas, tu prends l'appareil à tension, je te tends le bras droit, tu l'entoures du brassard gris. Tu prends le stéthoscope, tu ajustes les écouteurs à tes oreilles, tu poses le pavillon à la saignée de mon coude, tu saisis la poire en caoutchouc de l'appareil à tension, tu visses la molette et tu te mets à gonfler. Ça serre. Du bout des doigts, tu dévisses doucement la molette. Ça siffle.

- Treize-huit, c'est bien.

Tu défais le brassard et tu le reposes sur le petit meuble à tiroirs. Brandissant le pavillon du stéthoscope, tu te penches vers moi et tu l'appliques sous mon mamelon gauche. C'est froid. De l'autre main, délicatement, tu me prends le pouls.

Tu écoutes.

- Vous avez un cœur bien régulier. Respirez profondément.

Entre deux inspirations, tu déplaces l'instrument de part et d'autre de ma poitrine, de haut en bas, puis plus à gauche.

- Bien. Asseyez-vous.

Je me redresse.

- Penchez-vous en avant.

Je m'incline. Tu fais passer le pavillon du stéthoscope dans ta main gauche, tu poses délicatement ta main droite sur mon épaule.


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