29 janvier 2009

Les gens du Balto – Faïza Guène

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Hachette Littératures - août 2008 - 180 pages

LGF – janvier 2010 – 153 pages

Présentation de l'éditeur
Jusqu'à ce fameux samedi, il ne s'était jamais rien passé d'extraordinaire à Joigny-les-Deux-Bouts, petite bourgade tranquille en fin de ligne du RER. Yéva, minijupe à ras et verbe haut, rêvait toujours d'une vie ailleurs. Jacquot, son mari chômeur, creusait une fosse dans le canapé à force de jeux télévisés. Leur fils Yeznig, déficient mental, recomptait ses dents après chaque repas. Son frère Tanièl, renvoyé du lycée pour avoir abîmé le conseiller d'orientation, peaufinait sa technique pour serrer les blondes. Le jeune Ali, Marseillais au gros nez, essayait de se fondre dans le décor. Et Magalie, LA blonde du lycée, suivait à la lettre les conseils de son magazine préféré pour rendre crazy tous les mecs. Bref, la routine pour ces habitués qui, un matin, découvrent le patron de " leur " bar, baignant dans son sang. Un drame ? Pas pour les gens du Balto.

Avec ce roman choral, Faïza Guène dévoile de nouvelles facettes de son talent, réussissant à se glisser avec autant d'aisance dans la peau de tous ses personnages. Humour, justesse du trait, Les Gens du Balto confirme que cette jeune romancière n'est pas devenue une figure des lettres par hasard.

Biographie de l'auteur
Faïza Guène a vingt-trois ans. Elle est l'auteur de deux best-sellers, Kiffe kiffe demain (2004) et Du rêve pour les oufs (2006), traduits dans plus de vingt pays.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Ce livre se lit facilement, à travers une enquête policière on découvre une galerie de personnages d’une banlieue pavillonnaire, le langage est actuel (sms, verlan…). Cette enquête autour du meurtre de Jojo le patron du bar n’est qu’un prétexte pour que chacun raconte ses problèmes : l’exclusion, la différence, le chômage, les conflits parents-enfants, le handicap…

Le récit est simple, touchant, plein d’humour.

Extrait :
« Joël, dit Jojo, dit Patinoire

Je m'appelle Joël Morvier et j'ai décidé de raconter mon histoire moi-même. Depuis trente ans, je vis au milieu des journaux alors on me la fait pas. Je vois très bien comment ils déforment la réalité. Je préfère me fier à ma bouche.

J'aurais eu soixante-deux ans en avril, le 12 du mois. Je dis ça pour information, je n'ai jamais fêté un anniversaire de ma vie.

Il paraît que je suis un homme antipathique. Je dirais plutôt que j'ai reçu moins d'amour et de compassion que ce que je méritais. On me fait de faux procès. Je ne suis pas raciste. J'ai des valeurs et visiblement, ça dérange.

Je suis tel que l'usine de la nature m'a fabriqué. On me traite d'insensible mais je n'ai pas eu le choix des options au commencement, ce qui n'a pas empêché la voiture de rouler. Fabrication française je précise.

À les écouter, faudrait s'émouvoir du moindre enfant violé.

Moi aussi je regarde des images à la télévision, les attentats, les accidents, les ouragans et les vieillards qui crèvent de chaleur. Rien à faire. Ça ne me touche pas.

J'ai perdu mon père assez jeune. Je ne suis pas le seul. Un père, ça meurt un jour ou l'autre. C'est pas pour faire chialer que je raconte ça, seulement pour expliquer.

J'ai vécu quelques années avec mon oncle Louis dans l'appartement au-dessus du bar. Puis à son tour, il a claqué. Un cancer. Mon vieux, lui, a eu une mort aussi bête que sa vie. Un accident de chasse. D'ailleurs tout a été accidentel chez lui, même moi.

On est à Joigny-les-Deux-Bouts depuis plus de cinquante ans. Une commune de 4 500 habitants à l'extrémité d'une ligne de RER. Un endroit dans lequel vous ne foutrez sans doute jamais les pieds.

Ici, tout le monde me connaît. Jojo ou « Patinoire » pour les habitués. On me surnomme comme ça disons à cause de ma calvitie avancée. Enfin elle est récente, parce qu'à l'adolescence, fallait voir la tignasse. De dos, je ressemblais à Dalida. Par nostalgie, je garde les cheveux longs malgré le terrain vague sur le dessus. J'étais le patron du café Le Balto. On ne s'est pas beaucoup remué les méninges pour le baptiser. C'est le bar-tabac-journaux du coin. Poumon du village. Et sac à vomi.

Pendant des années, j'ai joué au psychiatre de service. J'en ai passé des soirées à les écouter parler de leurs emmerdements et de leurs histoires de cul. À côté de mon bar, Sainte-Anne passerait pour un salon de thé. J'essayais d'élever le niveau de la conversation mais ça volait pas plus haut que les remboursements de la sécu. Chaque fois que je regardais sur ma gauche, accoudée au bar, Claudine était là, toujours au même endroit. On ne la voyait même plus tellement elle passait son temps à cette place. Ici, tout le monde l'appelait la Veuve noire. On raconte qu'elle a empoisonné son mari quelques semaines après leurs noces. Paraîtrait qu'elle a fichu de l'insecticide dans sa soupe au potiron.

Chaque fois qu'elle avait un coup dans le nez, elle avait cette manie de se déshabiller et elle commençait toujours par retirer ses bas. Je suis sympa, j'épargne les détails.

Un que ça dégoûtait vraiment, c'était Yves Legendre, le gendre du maire de Joigny. C'est pas une blague, il s'appelle vraiment Legendre. Il ne supportait plus d'être dans l'ombre de son beau-père. Sur le ton de la confidence, il finit un jour par m'avouer n'avoir jamais voté pour lui.

J'étais le seul à savoir que Legendre votait coco. Un jour, au début de l'été dernier, il m'a fait commander un abonnement à un magazine de musculation. Ces bouquins pour les maniaques de la gonflette, avec des pages entières de publicités pour les protéines, du genre de celles qu'on donne aux bœufs de concours. Et bien sûr des tas de photos de types musclés et bronzés qui se foutent de l'huile partout sur le corps. Legendre était devenu rapidement accroc. Il en raffolait. Je n'avais pas cherché à en savoir plus. Encore un pédé, je m'étais dit.

Mon seul petit moment agréable de la journée, c'était aux alentours de 19 heures quand Mme Yéva passait acheter ses Gauloises blondes. Sacrément bien chargée. Une belle femme, ça oui. Elle laissait toujours derrière elle une traînée de parfum, comme un grand nuage rose, un nuage d'amour.

Une odeur sucrée qui arrêtait le temps dans le bar. C'est pas que je sois un sentimental mais Mme Yéva, c'est spécial. C'est le genre de femme qui donne de l'inspiration. Il est arrivé qu'une fois ou deux, je lui mette discrètement la main au derrière. Elle l'a vraiment mal pris. Je me suis défendu en disant que je l'avais pas fait exprès mais elle m'a fait une grosse scène. Pendant qu'elle me hurlait à la figure des noms d'oiseaux, je pensais qu'elle avait un sacré caractère et ça m'attirait encore plus fort. Elle vit avec trois hommes et y en a pas un pour rattraper l'autre. Deux fils : un bandit à casquette et un mongol. Et un mari en jogging drogué par la Française des Jeux. Elle doit rester avec lui pour ses prouesses au pieu, je vois que ça. Et encore, faut avoir de l'imagination. Ma Yéva, c'est bien la seule chose qui va me manquer maintenant.

Je baigne dans mon sang, à poil, dans une position incroyable. Je pensais voir défiler ma vie comme un film, mais c'est une connerie. J'entends seulement des voix. »

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28 janvier 2009

Sous le soleil de Toscane – Frances Mayes

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Quai Voltaire - 16 juin 1998 - 324 pages

Résumé : « Lors de notre premier été ici, j'ai acheté un grand cahier à la couverture de papier florentin relié de cuir bleu. Sur la première page, j'ai écrit : ITALIE. Il semblait prêt à recevoir des vers intemporels, mais j'ai commencé par y coucher des noms de fleurs sauvages, toutes sortes de projets, et du vocabulaire. J'y ai dépeint nos chambres, nos arbres et les cris des oiseaux. J'y ai copié des recommandations : "Planter les tournesols quand la lune entre dans la Balance", sans avoir aucune idée de la période concernée. J'ai décrit les gens que nous avons rencontrés, les plats que nous avons préparés. Ce cahier bleu s'appelle maintenant Sous le soleil de Toscane, il est l'expression naturelle de mes premiers plaisirs ici. Restaurer, puis arranger la maison ; explorer les innombrables secrets de la Toscane et de l'Ombrie ; mitonner dans une autre cuisine et découvrir les liens, nombreux, entre les plats et la culture - autant de joies intenses qu'irrigue le sentiment profond d'apprendre une autre vie. »

Auteur : Frances Mayes - Ecrivain américain, née à Fitzgerald, Georgie en 1940. Gourmande de la vie qu'elle dévore entre l'Italie et San Francisco, Frances Mayes est l'un des meilleurs auteurs de best-seller de ces dix dernières années. C'est au fin fond de l'Old South des Etats-Unis qu'elle grandit, rêvant déjà de voyages, d'histoire et de littérature. Après ses années universitaires brillamment menées, elle devient professeur de lettres spécialisée en poésie, dont elle dirige le département à l'université de San Francisco. Après quelques recueils de poèmes publiés dans les années 70, comme 'Climbing Aconcagua', 'After such Pleasures' et 'Ex Voto', Frances Mayes doit son salut à une matinée de juin 1985 où, sur un coup de tête, elle achète une demeure délabrée au coeur de la Toscane. Bramassole devient la maison du bonheur et de tous les projets. Avec son mari, ils rénovent l'habitation, et découvrent les coutumes, habitants, traditions culinaires de la région. De cette expérience naît 'Sous le soleil de Toscane'. Publié en 1996, l'ouvrage tient deux ans en tête des ventes. On s'arrache ce bout de bonheur d'outre-Atlantique, le farniente transalpin dépasse les frontières, jusqu'à la France, puis l'Europe. Loin de se laisser griser par le succès, Frances Mayes signe à nouveau 'Bella Italia' en 2000, suivi d'un carnet de bord truffé de magnifiques clichés de Bramassole et de ses environs, 'Une année en Toscane', où l'on entre un peu plus dans l'intimité de l'auteur. Après quelques années de repos, Frances Mayes signe avec son époux un journal de bord, 'Saveurs Vagabondes : une année dans le monde' en 2007, dans lequel elle partage ses impressions de voyages dans ce périple culturel.

Mon avis : (lu en 2001)

J'ai bien aimé  dans ce livre les descriptions de la Toscane, de ses habitants et de ses coutumes, et l'on ressent très bien l'amour de l'auteur pour ce coin de paradis. Je me suis également régalée en lisant les recettes de cuisines accompagnant le livre. Il y a aussi beaucoup d'humour dans les récits de la rénovation de la maison. Un bon moment de lecture.

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Un adaptation de ce livre a été faite au cinéma en 2004, réalisé par Audrey Wells, avec Diane Lane, Sandra Oh, Lindsay Duncan, Raoul Bova, Vincent Riotta, Kate Walsh et Massimo Sarchielli. Je n'ai pas eu l'occasion de voir ce film.

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Mon voisin – Milena Agus

Mon_voisin Liana Levi – janvier 2009 – 51 pages

Traduit de l'italien par Françoise Brun

Présentation de l'éditeur
Glisser dans la baignoire en changeant le rideau de douche, faire croire à un accident, confier le petit à une famille normale... Pour se délester de la pesanteur de la vie, elle s'amuse à imaginer le suicide parfait. Mais le jour où le voisin entre dans sa vie, son regard sur le monde change. Dans un Cagliari écrasé de soleil, Milena Agus met en scène des personnages hors normes, enfants en mal d'amour, adultes en quête d'un peu de douceur.

Biographie de l'auteur
Milena Agus, une inconnue sarde, enthousiasme en 2007 la presse, les libraires et le public avec Mal de pierres. Ce succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans la vingtaine de pays où elle est aujourd'hui traduite. Lauréate du prix Relay en France, Milena Agus poursuit sa route d'écrivain avec Battement d'ailes paru début 2008. Les droits de Mal de pierres ont été achetés pour le cinéma par Nicole Garcia.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Ce livre d'une cinquantaine de pages est l'histoire simple d'une femme seule, à l'abandon . Elle s'occupe de son enfant de 2 ans qui ne marche pas, qui ne parle pas. Alors elle imagine une multitude de suicides parfaits qui lui permettraient de quitter cette vie vide de sens... Mais elle va rencontrer son voisin et son regard sur la vie, sur le monde va changer.

Ce livre est très facile à lire, il est plein de poésie, de douceur, on s'évade en Sardaigne et les sentiments sont beaux, sont simples. J'ai beaucoup aimé, dommage que ce ne soit qu'une nouvelle de cinquante pages... C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et j'ai bien envie de lire Mal de pierres. Merci à Bellesahi pour cette découverte.

Début du livre :

« Le voisin, elle l'avait rencontré un jour alors qu'avec son petit elle rentrait de promenade. Il était très beau. Et ensuite, toujours à la même heure. Elle arrêtait la poussette et le fixait sans retenue. Mais lui ne les voyait pas, même quand la rue était vide.

Il habitait la maison de l'autre côté du mur, et maintenant, quand elle emmenait son fils faire un tour, elle passait toujours par là. Ensuite ils montaient par les ruelles en pente, encaissées entre les murs, et débouchaient dans la lumière aveuglante de l'Esplanade, une avenue d'où on aperçoit tout Cagliari. Ils s'installaient sous un palmier, en surplomb de leur petit immeuble décrépit, qui était le plus moche, mais le plus beau aussi, parce qu'il y avait le jardin de la maison d'en face, caché à la rue par le mur, avec sa végétation enchevêtrée qui formait un tapis sous son balcon à elle, au premier étage, la tenant comme suspendue en l'air quand elle s'y penchait.

La maison du voisin restait cachée même de là-haut, de l'Esplanade, les frondaisons des arbres recouvraient tout, et là où elles s'éclaircissaient par instants émergeaient le blanc, le rose, le jaune des arbres fruitiers. Du mur descendaient, s'ouvrant un chemin entre les tessons de bouteille, les branches de lierre et les grappes violettes des glycines. Elle ne se lassait pas de rester là, émerveillée, espérant toujours entendre la voix de ce voisin si beau. Mais seuls les oiseaux chantaient.

      Son petit restait bien sage dans la poussette et lui souriait, de ce sourire où brillaient encore les petites pâtes étoilées de la bouillie. Il avait presque deux ans, n'émettait aucun son et ne tenait pas debout tout seul, mais les médecins disaient qu'il était en bonne santé et qu'il n'y avait donc rien à soigner.

Alors il lui venait l'envie de mourir. L'enfant, une de ses sœurs le prendrait, au moins il grandirait dans une famille normale.

Elle avait raison de boire l'eau jamais vidangée de la citerne en espérant le typhus, et de manger les conserves périmées en se souhaitant le botulisme, et de toujours marcher du côté de la route où les autos passaient et pouvaient l'écraser.

Mais c'était le printemps maintenant, et au printemps on regarde dehors, une fois les vitres nettoyées »

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26 janvier 2009

Persepolis - Marjane Satrapi

Persépolis est une série de bande dessinée à caractère autobiographique et historique réalisée en noir et blanc par Marjane Satrapi (dessin et scénario). La série relate la vie de l’auteur, de son enfance en Iran à son entrée dans la vie adulte. Récit de l’évolution de l’Iran vue par les yeux d’une petite fille, Persépolis constitue un témoignage du quotidien de la période que connaît le pays lors de la Révolution iranienne en 1979-1980. Elle apporte un éclairage différent des récits historiques, éclairage dans lequel les événements sont vus de l’intérieur et vécus plutôt que rapportés.

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Tome 1 - L'Association – novembre 2000 -76 pages

Marjane est née dans une famille iranienne riche mais ouverte aux idées de gauche. Mais toute petite, elle était certaine d'être la dernière des prophètes et entretenait avec Dieu de longues discussions. Et son panthéon personnel mélange ainsi allègrement Dieu, Marx et Descartes. Autour d'elle gronde la révolution à laquelle ses parents prennent une part active en participant aux manifestations réclamant la fin du régime du Shah... Mais une fois cet objectif atteint, la petite fille voit les proches de ses parents - et leurs enfants, ses copains à elle - fuir ce nouveau régime qu'ils avaient pourtant contribué à instaurer...

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Tome 2 - L'Association – octobre 2001 -88 pages

La vie devient de plus en plus difficile pour les Iraniens en général et pour la famille Satrapi en particulier : les universités sont fermées, les manifestations d’opposition sont durement réprimées et les femmes ne peuvent plus sortir voilées sans risquer les pires ennuis. Et l’ambassade des Etats-Unis est occupée par les étudiants islamistes condamnant tout espoir d’obtenir un visa pour le nouveau monde. Et le pire est atteint quand l’Irak entre en guerre, provoquant le départ à la guerre de tous les jeunes hommes, la pénurie et l’obligation de se réfugier dans les sous-sols des immeubles lors des attaques aériennes. Il faut se méfier de tout le monde, se cacher des voisins pour boire, jouer aux cartes ou simplement faire la fête. Marjane, du haut de ses douze ans, vit intensément les événements, à la fois très patriotique et révoltée par ses nouvelles conditions de vie. Et elle a du mal à tenir sa langue.

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Tome 3 - L'Association – août 2002 -96 pages

Les parents de Marjane ont jugé préférable d’envoyer leur fille chérie en Autriche afin qu’elle étudie dans un lycée français sous la tutelle d’amis iraniens exilés. Mais bien vite, l’adolescente se retrouve placée en pension chez des bonnes sœurs… Un choc culturel dur à encaisser à un âge où il est déjà difficile d’assumer sa propre transformation physique et morale. Marjane peine donc à trouver sa place dans ce nouvel environnement et en vient à nier son identité d’Iranienne… Pas évident de traverser l’adolescence, les premiers amours quand on est en exil, loin de ses parents.

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Tome 4 - L'Association – août 2003 -104 pages

La petite « Marji » a bien grandi depuis le premier tome de Persépolis qui racontait son enfance. La voici de retour en Iran, après avoir découvert la liberté occidentale en Autriche. Ce tome 4 apparaît encore plus sombre que les premiers : on y ressent les difficultés d’une jeune fille à forger sa propre identité, difficultés d’autant plus fortes qu’elle se sent « européenne en Iran et iranienne en Europe ». Marjane cherche sa voie : tour à tour professeur d’aérobic, enseignante de Français puis étudiante aux Beaux-arts, un parcours qui ne manque pas d’originalité. Dans ce quatrième et dernier volume, on comprend plus précisément ce que représentent la répression et la censure, en particulier pour une étudiante en Art, ce que signifie entrave à la « liberté d’expression », et comment un régime peut, contre toute volonté de résistance, influencer les comportements les plus quotidiens.

Marjane Satrapi : (en persan : مرجان ساتراپی, Marjān Sātrāpi) Née en 1970 dans une famille aristocratique (apparentée à la dynastie Kadjar) mais d'obédience communiste de Téhéran, elle vit, en tant qu'enfant, la restriction grandissante des libertés individuelles et les conséquences dans la vie quotidienne des événements politiques de l'époque, particulièrement la révolution islamique et les débuts de la guerre Iran-Irak. On assassine son oncle, Anouche, un dirigeant du Parti communiste iranien, à qui elle est très attachée. En 1984, à l'âge de 14 ans, elle est envoyée par ses parents à Vienne, en Autriche, pour fuir la guerre et le régime iranien. Elle avait déjà étudié au lycée français de Téhéran. Elle continue son cursus scolaire au Lycée français de Vienne, puis retourne en Iran afin de suivre des études supérieures. Elle part ensuite en France et fait des études à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. Elle réside actuellement à Paris.

Mon avis : 5/5 (lu en septembre 2007)

Les dessins sont en noir et blanc. Ils sont simples et schématiques car ils laissent plus d'importance aux textes.

Le récit est drôle et triste à la fois, parfois cocasse, souvent touchant. On apprend beaucoup la révolution islamique puis la guerre Iran-Irak à travers le regard d'une petite fille. Puis dans le tome 3, c'est la tentative d'intégration d'une jeune Iranienne en exil en Autriche. Pour le tome 4, c'est le retour en Iran après une rupture amoureuse, sa vie à l’université, son mariage, son divorce et enfin son départ en France où elle vit depuis 1994.

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La bande dessinée a donné lieu à la production d’un long métrage d’animation, Persépolis, réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud et sorti en France en 2007. Ce film obtient le prix du jury du Festival de Cannes 2007. Aux Césars 2008, il obtient celui du Meilleur Premier Film ainsi que la Meilleure Adaptation. Ce film est vraiment conforme à la BD.

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Toxic Planet Tome 2 : Espèce menacée - Ratte David

Toxic_planet_2 Paquet - Mars 2007 - 46 pages

L'histoire : Il fallait s’y attendre : comme rien n’a changé dans nos mentalités occidentales, la planète est devenue un dépotoir géant et terriblement toxique. Inutile d’espérer sortir sans masque à gaz ; la quasi-totalité des espèces animales a disparue ; le monde n’est plus qu’urbain, synthétique et archi-consommateur. Le pire, c’est que les dirigeants et la population continuent d’encrasser comme si de rien n’était. Sam et Daphné, un jeune couple, vit dans ce contexte, en compagnie de la grand-mère. Avec la canicule, ils déplacent d’ailleurs Mamie de son fauteuil roulant jusque dans le congélo, pour partir en vacances tranquilles. Une fois à la plage, ils hésitent à s’installer à côté de raffinerie de pétrole ou à côté des cadavres purulents de cétacés. De retour, ils suivent à la télé les exploits du tagueur « Flower Power », qui peint des fleurs sur les murs de la ville pour revendiquer une conscience écolo naissante. Jusqu’au jour où Sam s’aperçoit avec effroi que le tagueur n’est autre que son pote Tran… et que Daphné appartient elle aussi à la mouvance ! C’est alors que débarquent chez lui ses parents, exilés depuis 15 ans dans une communauté à la campagne. Ils lui présentent sa petite sœur baptisée Orchidéa, en hommage à la fleur légendaire et aujourd’hui disparue…

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Auteur :  David Ratte est né le 13/08/1970 à Besançon (Doubs), d'une mère franc-comtoise et d'un père guadeloupéen. Passionné de BD depius toujours, il empoigne son premier crayon vers l'âge de 2 ans et ne le lâche plus. Marié et père de deux enfants, il est installé dans le Sud de la France, à Pezenas depuis 10 ans.

Mon avis : (lu en novembre 2007)

On retrouve comme lors du Tome 1,  une dénonciation du triste état de notre planète avec des gags encore plus percutants : la mer d’« huile », la voiture écolo qui roule aux OGM... Ainsi on découvre Daphné, Tran et la famille de Sam au grand complet, mais aussi le chef d’état tout-puissant et dénué de toute conscience écologiste. Tous portent toujours en permanence des masques à gaz, les fumées toxiques sont toujours la et la nature qui a définitivement abdiqué…

Cette BD ne se contente pas de nous distraire, mais en traitant des sujets de fonds que sont l'écologie et le développement durable, elle nous amène à une vraie réflexion. Etant donné qu’en soi, publier une BD est foncièrement polluant, l’éditeur Paquet est même allé jusqu’au bout de la démarche : tout comme le tome 1, ce second volume est imprimé sur du papier certifié 100% PEFC (issu d’un bois provenant de forêt gérées durablement), et avec de l’encre végétale garanti sans alcool.

Nous voilà sans doute face à la première BD profitable au développement durable !

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25 janvier 2009

Les saisons de la nuit - Colum McCann

les_saisons_de_la_nuit Belfond - 7 janvier 1999 - 321 pages

Traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Claude Peugeot

Résumé : New York, début du xxe siècle : les bâtisseurs de gratte-ciel et les ouvriers du métro œuvrent inlassablement pour donner forme à Big Apple. Parmi ces travailleurs qui risquent leur peau au quotidien, Nathan Walker, un terrassier de 19 ans qui construit le tunnel de la ligne Brooklyn-Manhattan. New York, fin du xxe siècle : des milliers de sans-abri vivent dans les entrailles du métro. Parmi eux, le mystérieux Treefrog, dont la vie n'est pas sans lien avec celle de Nathan Walker... À la fois chant d'amour adressé à New York et mise en perspective historique de l'ingratitude d'une ville à l'égard de ceux qui la façonnèrent, Les saisons de la nuit est un roman bouleversant sur ces déchets du capitalisme que sont les sans-abri. Un grand roman urbain, un grand roman humain.

Auteur : Colum McCann est né à Dublin en 1965. Après des études de journalisme, il travaille d'abord comme journaliste dans la presse irlandaise, dans les années quatre-vingt, avant de s'embarquer pour un tour des États-Unis à bicyclette qui va durer deux ans. C'est de cette expérience, sur les pas de Kerouac, qu'il va tirer Sisters (Sours, dans la Rivière de l'exil, 10/18), son premier récit (et premier livre) avec lequel il remporte plusieurs prix littéraires prestigieux. Il est ensuite salué unanimement par la critique et le public comme une des nouvelles voix les plus prometteuses de sa génération pour ses deux romans, Le Chant du coyote et Les saisons de la nuit. Ironie du sort, Colum McCann a quitté l'Irlande, en partie à cause de sa violence, pour New York, où il habite à quelques blocks des ex-Twin Towers de Manhattan.

Mon avis : 5/5 (lu en janvier 2008)

Ce livre est fabuleux, très bien construit, énigmatique et émouvant. Les personnages sont attachants. On nous raconte au début du XXème siècle la vie de Nathan Walker, il est noir et travaille à la construction du tunnel de la ligne de métro qui relie Manhattan et Brooklyn à New York. C'est l'histoire de Nathan et sa famille, la vie à Harlem, les lois raciales... En parallèle, à la fin du XXème siècle, c'est l'histoire de Treefrog, un clochard qui vit dans les tunnels de New York. Ces deux histoires vont finir par se rejoindre...

L'histoire est "juste", dramatique et inoubliable. Les émotions sont très fortes, on a souvent les larmes aux yeux mais ce livre est à lire absolument !

Extrait :

1991
 
   Le soir qui précéda la première chute de neige, il vit un grand oiseau gelé dans les eaux de l'Hudson. Il savait bien que ce devait être une oie sauvage ou un héron, mais il décida que c'était une grue. Le cou était replié sous l'aile et la tête plongeait dans le fleuve. Il scruta la surface de l'eau, et se représenta la forme antique et décorative du bec. L'oiseau avait les pattes écartées et une aile déployée comme s'il avait essayé de prendre son vol à travers la glace.
   Treefrog trouva des briques au bord du chemin qui longeait le fleuve ; il les brandit bien haut et les lança autour de l'oiseau. La première rebondit, puis glissa sur la glace, mais la deuxième en rompit la surface et la grue s'anima un instant. Les ailes tressaillirent à peine. Le cou décrivit avec raideur un arc de cercle majestueux, et la tête, grise et boursouflée, émergea de l'eau. Treefrog fit pleuvoir les briques sur la glace avec une détermination féroce jusqu'à ce que l'oiseau soit entraîné plus loin, à un endroit où le fleuve coulait.
   Relevant ses lunettes de soleil sur son front, il le regarda s'éloigner au fil de l'eau. Il savait bien que l'oiseau allait sombrer dans les profondeurs de l'Hudson ou rester de nouveau bloqué dans les glaces, mais il tourna le dos et s'en fut à travers le parc désert. Il donna des coups de pied dans des détritus, toucha l'écorce glacée d’un pommier sauvage, arriva à l'entrée du tunnel et ôta ses deux pardessus. Puis il se glissa par une brèche dans la grille de fer et se faufila à l'intérieur.
   Le tunnel était haut et large, sombre et familier. Il n'y avait pas un bruit. Treefrog longea la voie de chemin de fer jusqu'à un gros pilier de béton. Il le tâta des deux mains et attendit un instant que ses yeux s’habituent à l'obscurité ; puis il s'accrocha à une prise et se hissa avec une force spectaculaire. Il avança sur la poutrelle dans un équilibre parfait, atteignit une autre passerelle et se propulsa plus haut encore une fois.
   Dans l'obscurité de son nid, tout en haut du tunnel, il alluma une petite flambée avec des brindilles et du papier journal. La soirée était avancée. Un train gronda au loin.
   Quelques crottes de rat s'étaient amassées sur la table de chevet, et il les fit tomber avant d'ouvrir le tiroir. Des profondeurs du tiroir, il sortit un petit sac à bijoux violet et en dénoua le cordon jaune. Il réchauffa un instant l'harmonica au-dessus de la flamme dans son poing ganté. Il le porta à sa bouche, vérifia qu'il avait tiédi, et aspira une bouffée d'air du tunnel. Le Hohner glissa le long de ses lèvres. Sa langue pointa furtivement contre les tuyaux, et les tendons de son cou resplendirent. Il sentait la musique l’habiter, s'imposer à travers lui. Une vision de sa fille surgit soudain - elle était là, elle écoutait, elle faisait partie de sa musique, assise les genoux repliés sur la poitrine, se balançant d'avant en arrière en une extase enfantine - et il repensa à la grue gelée dans le fleuve.
Assis là, dans son nid, dans l'obscurité pleine de miasmes, Treefrog se mit à jouer, recomposant l'atmosphère, rendant aux tunnels leur musique originelle.

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L’Exil est mon pays - Isabelle Alonso

l_Exil_est_mon_pays Héloïse d’Ormesson - août 2006 - 297 pages

Quatrième de couverture : Une fillette raconte le parcours du combattant de ses parents, Angel et Libertad, réfugiés venus en France pour échapper à la dictature franquiste. Avec ses mots d'écolière, elle explique comment, à peine arrivés, ils durent démarrer une nouvelle guerre, non plus pour leurs idées mais pour leur identité.
Elle tente de déchiffrer ce monde où les sentiments, les ressentiments sont à la taille des grands. Dans sa petite tête un champ de points d'interrogation. Étrangère, qu'est-ce que cela signifie au juste ? Perception enfantine touchante et drôle de la différence, du courage des parents, mais aussi des lâchetés et des peurs de tous.
Et puis, il y a la langue. Celle d'un pays que l'on ne quitte jamais vraiment, et qui vous ramène sans cesse d'où vous voulez ou devez partir. Et cette autre langue, apprise par devoir et utilisée avec bonheur pour décrire ceux dont l'ailleurs est le pays.


Auteur : Isabelle Alonso est née en Bourgogne de parents espagnols réfugiés politiques, est devenue française à l'âge de huit ans par naturalisation. Elle est aujourd'hui chroniqueuse à la radio et à la télévision. L'Exil est mon pays est son troisième roman.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Extrait : (page 190)

"Quand on rentrait de l'école, le goûter nous attendait. Maman s'asseyait avec nous, pour notre dernier cours de la journée. Elle avait des thèmes de prédilection, répétés encore et encore jusqu'à ce qu'ils fassent partie intégrante de la matière même de nos fibres cérébrales. En prévision de l'avenir, qui réserve parfois de lugubres surprises, elle nous tissait jour après jour du cordon ombilical transversal, entre enfants. Si jamais elle venait à disparaître, ou papa, ou les deux, elle voulait nous savoir liés les uns aux autres comme une cordée de haute montagne, les uns repêchant les autres au gré des chutes ou des naufrages toujours possibles... Les frères et soeurs doivent être unis. S'entraider toujours et ne jamais se mentir. Les plus grands protègent les plus petits, les plus petits soutiennent les plus grands. Chacun ses responsabilités. Chacun son devoir. Jamais on ne doit chercher à s'y soustraire. Une famille, c'est comme ça et pas autrement. Elle peaufinait l'oeuvre de sa vie entre une tartine et un bol de chocolat."

A travers son regard d'enfant, Isabelle Alonso nous raconte dans un récit touchant une enfance d'enfants d'émigrés. Il est question de l’identité et de l’intégration

Ce livre se lit très facilement et nous fait souvent sourire.

C'est un roman qui est certainement proche d'un récit autobiographique.

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Magasin général - Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

Au départ Magasin Général devait être une série de 3 albums finalement ce sera une série de 6 albums. A ce jour, 4 albums ont été publiés. Loisel et Tripp ont concocté ensemble, avec une gourmandise très communicative, une chronique énergétique et très humaine, peuplée de personnages intenses et savoureux. Leur attachement partagé pour le Québec - Loisel y réside, Tripp y a enseigné - a servi de moteur à cette histoire truculente, qui ne ressemble à rien de ce que l'un ou l'autre a publié auparavant. Fondée sur la complémentarité de leurs savoir-faire, leur collaboration porte autant sur le texte que sur le dessin, et se nourrit du meilleur de leurs talents respectifs. Sur l'intérieur des couvertures (je ne sais pas si le terme est juste) sont reproduits en vis-à-vis les story- boards crayonnés de Loisel (page de gauche) et les encrages de Tripp (en bichromie sur la page de droite) qui témoignent de l'originalité de cette collaboration.

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tome 1 : Marie (lu en septembre 2007)

Casterman – mars 2006 – 76 pages

Dans la campagne québécoise des années 20, à Notre-Dame-des-Lacs, au printemps, Félix Ducharme vient de mourir. Il tenait le magasin général du village, avec sa femme, Marie. Sous la pression des habitants, celle-ci reste malgré tout au village pour garder le magasin ouvert. Dès le lendemain, tous les habitants viennent au magasin pour leurs emplettes quotidiennes, et Marie se sent brutalement submergée. Elle décide de prendre comme commis Gaëtan, le fils du maire, un garçon simple d'esprit et très serviable. Et la vie au village continue, presque comme avant, au rythme des saisons. L'été passe, puis l'automne, puis vient l'hiver qui annonce le départ des hommes...

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tome 2 : Serge (lu en septembre 2007)

Casterman – octobre 2006 – 68 pages

Marie recueille un homme qu’elle a croisé, immobilisé sur une route en rase campagne en pleine nuit suite à une panne de moto. C’est Serge. Ce deuxième tome s’ouvre sur son réveil qui ne passe pas inaperçu, le trio de bigotes locales ne tardant pas à s’offusquer auprès de l’autorité religieuse de la présence de cet homme sous le toit d'une jeune veuve. La curiosité mêlée à une méfiance de bon aloi, c’est selon, sera la première réaction que suscitera cet « extérieur » qui s’avère avoir un vécu assez dense. En l’absence de la majorité des hommes valides partis au bois pour l’hiver, ses savoirs, son implication dans la vie locale et sa faculté d’adaptation faciliteront grandement son intégration. Dans le même temps, sa délicatesse toute en retenue parait apprivoiser Marie. Dès lors, l’avarie mécanique qui le maintenait au village n’est plus le seul motif le poussant à rester, il va s’employer à donner un second souffle au magasin général et par là même à sa gérante. Ponctuellement, la « voix off » du défunt Félix prend à témoin le lecteur pour lui faire part de son ressenti.

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tome 3 : Les hommes (lu en décembre 2007)

Casterman – octobre 2007 – 76 pages

C'est le mois de mars à Notre-Dame-des-lacs. Partout la nature s'ébroue, l'énergie stimule les êtres vivants - les êtres humains comme les animaux. C'est aussi l'époque où les hommes du village reviennent de leur "campagne d'hiver". Comment vont-ils comprendre et accepter l'irruption dans leur univers de Serge Brouillet, ce "Français de France", qui s'est mis en tête d'ouvrir un restaurant dans leur village après avoir été recueilli au début de l'hiver par Marie, la veuve du magasin général ?

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tome 4 : Confessions (lu en novembre 2008)

Casterman – octobre 2008 – 66 pages

Le printemps est revenu à Notre-Dame-des-Lacs et tout le village se retrouve réuni à l'occasion d'un baptême. Après avoir failli être chassé de la petite communauté, Serge Brouillet, ce "Français de France", est maintenant parfaitement accepté de tous. Au point de se voir désormais, avec Marie, la jeune veuve du Magasin Général, soumis avec insistance à la question : quand vont-ils donc se marier et régulariser leur situation ?

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Auteurs :

Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet {Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : 5/5

Les dessins sont vraiment superbes, pleins de rondeurs et très détaillés. L'adaptation des dialogues en québécois de Jimmy Beaulieu ajoute de la véracité à l'ambiance agréable et plaisante, on se projette très facilement au Québec dans ce village isolé. Cette BD est aussi un récit historique qui vous renseigne sur la vie dans la campagne québécoise dans les années 20. Un vrai dépaysement, on nous raconte le quotidien des habitants de ce village. Les personnages sont très attachants au travers une histoire toute simple mais prenante et pleine de poésie. Je suis vraiment sous le charme... et j'attends avec impatience la suite de l'histoire. A découvrir absolument !

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23 janvier 2009

La voix - Arnaldur Indridason

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Editions Métailié -février 2007 - 336 pages

Points - janvier 2008 - 400 pages

traduit de l'islandais par Eric Boury

Résumé : Le père Noël a été assassiné juste avant le goûter d'enfants organisé par le directeur de l'hôtel de luxe pris d'assaut par les touristes, alors s'il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C'est mal connaître Erlendur. Le père Noël était portier et on tolérait qu'il occupe une petite chambre dans les sous-sols depuis 20 ans, mais la veille on lui avait signifié son renvoi. Et puis, sur son bel habit rouge pendait un préservatif usagé. Il n'avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les interminables fêtes de fin d'année du pays du père Noël (11 jours) dépriment le commissaire qui s'installe dans une chambre de l'hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Sa fille essaye de ne pas replonger dans la drogue, elle vient le voir souvent, elle a eu de mauvaises fréquentations qu'elle présente à son père, ce qui permet à ce dernier d'avancer dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et puis il y a cette jolie technicienne des prélèvements d'ADN, tellement séduisante qu'Erlendur lui raconte ses secrets. Le 45 tours enregistré par le jeune garçon, cette voix venue d'un autre monde ouvre la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs et à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.

L'auteur :
Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. II est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand Prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007), La Femme en vert (prix Clé de Verre 2003, Gold Dagger 2005 (GB) et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007) et L'homme du Lac 2007.
 

Mon avis : (lu en août 2008)

C'est le deuxième livre que j'ai lu d'Arnaldur Indridason et tout comme le premier, j'ai été impressionné par l'originalité de l'enquête décrite. L'histoire est lourde de mystère, de tristesse. C'est un huis-clos dans l'hôtel. Les personnages sont tout aussi important que l'enquête. Quelques jours avant Noël, dans un palace de Reykjaviik, le portier Gaudlaugur (endossant occasionnellement le costume du Père Noël pour la fête des enfants) est retrouvé assassiné dans un cagibi qui lui servait de domicile depuis plus de vingt ans dans la cave de l'hôtel. Le commissaire Erlendur est chargé de l'enquête. Il a des soucis familiaux : sa fille junkie, qui vient de perdre son enfant et qui est prête à rechuter. En cette période de Noël, des souvenirs d'enfance lui reviennent aussi. Comme d'habitude avec Arnaldur Indridason, un retour vers le passé va être nécessaire pour résoudre l'enquête avec de multiples rebondissements. Nous allons nous trouver face au sort difficile des enfants vedettes (ici les jeunes chanteurs aux voix si pures) et à l'univers des collectionneurs.

Extrait : (page 129)
"- Il n'
existe rien de plus terrible que d'opprimer un enfant par une discipline inflexible afin de le forcer à satisfaire des exigences hors d'atteinte. Je ne parle pas ici de la discipline de fer qu'il convient d'appliquer aux enfants insupportables qui ont besoin d'être guidés et tenus, c'est tout autre chose. Il est évidemment nécessaire de discipliner les enfants. Ce dont je vous parle, c'est d'une situation où l'enfant n'a pas le droit d'être un enfant. Où on lui interdit la joie d'être celui qu'il est vraiment ou qu'il voudrait être, mais où on le fait ployer, voire on le brise afin d'en faire autre chose. Gudlaugur était doté de cette magnifique voix de petit garçon, une voix de soprano enfant, et son père avait décidé qu'il accomplirait de grandes choses dans sa vie. Je ne suis pas en train de dire du mal de façon consciente et calculée, mais il l'a spolié de sa propre vie. Il lui a volé son enfance
."

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Chocolat – Joanne Harris

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Quai Voltaire - mars 2000 – 333 pages

J'ai lu - mai 2001 - 381 pages

traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff

Quatrième de couverture
Lansquenet est un petit village au cœur de la France où la vie s'écoule, paisible et immuable. L'arrivée d'une mystérieuse jeune femme, Vianne Rocher, et de sa fille, Anouk, va tout bouleverser. D'autant qu'elle s'avise d'ouvrir une confiserie juste en face de l'église, la veille du carême !

Dans sa boutique, Vianne propose d'irrésistibles sucreries. Et beaucoup succombent à son charme et à ses friandises... Car le chocolat de Vianne soigne les espoirs perdus et réveille des sentiments inattendus. Tout cela n'est pas du goût du comte de Reynaud et du curé, convaincus tous deux que les douceurs de Vianne menacent l'ordre et la moralité... En tout cas, la guerre est déclarée. Deux camps vont s'affronter : les partisans des promesses célestes et ceux des délices terrestres.

Auteur : Michèle Sylvie Joanne Harris est née à Barnsley, Yorkshire est un auteur britannique.
Né d'une mère française et d'un père anglais sa vie de famille a été rempli avec de la nourriture et du folklore.
Elle a étudié à Cambridge, où elle a lu moderne et médiévale langues.
Joanne Harris publie son premier roman en 1989. C'est son deuxième livre : "Chocolat" qui la fait connaitre du grand public. Le livre sera présenté à l'écran avec dans le rôle principal Juliette Binoche.
Joanne Harris a publié une dizaine d'ouvrages traduits dans plus de quarante pays.
Elle vit actuellement avec sa famille dans le Yorkshire.

Mon avis : (lu en juillet 2000) 

Superbe roman, bien écrit, qui nous invite à aimer et à regarder le chocolat d’une autre façon. Je me suis régalée en lisant les descriptions des recettes des bonbons au chocolat…

J’ai suivi l’histoire de personnages attachants. Il y a Vianne femme non mariée, mystérieuse, un peu sorcière qui veut le bonheur des autres, sa fille Anouk, gaie et intelligente, la femme du patron café du village, femme battue ; Guillaume très attaché à son chien, Roux et ses amis gitans et nomades, qui s'arrêtent dans le village avec leurs péniches ; Luc, adolescent timide, bégayant, avec une mère critique et petit-fils d’Armande, une vieille femme indépendante, qui mène sa vie comme elle l'entend malgré les critiques de ses proches et des « biens pensants » du village…

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Une adaptation de ce livre au cinéma a été réalisée par Lasse Hallström avec Juliette Binoche, Johnny Depp, Lena Olin est sortie en 2001. J'avais lu le livre avant de voir le film et je n'ai pas été déçu... On ressent bien l'esprit « conte » du livre et l'ambiance pesante de ce petit village. Juliette Binoche est rayonnante en Vianne. Très beau film.

Extrait : « Armande remarqua mon hésitation et braqua un doigt accusateur sur sa tasse. "Pas de rationnement ! ordonna-t-elle. Donnez-moi le grand tralala. Copeaux de chocolat, une de ces petites cuillères en sucre candi, enin tout, quoi ! Ne vous mettez pas à devenir comme les autres, à me traiter comme si je n'avais plus assez de tête pour me débrouiller toute seule. Est-ce que je vous parais sénile ? "
Je lui affirmai que non.
"Bien, dans ce cas." Elle sirota la puissante mixture généreusement sucrée avec une satisfaction évidente. "C'est bon. Humm. Très bon. Censé vous donner de l'énergie, pas vrai ? Un authentique ... Comment appelez-vous ça ... ah oui, un stimulant ? "
J'acquiesçai.
"Un aphrodisiaque aussi, d'après ce qu'on raconte, poursuivit Armande avec malice, en m'observant à la dérobée par dessus le rebord de sa tasse. On n'est jamais trop vieille pour se payer du bon temps ! " Son éclat de rire retentit tel un croassement. Sa voix était stridente et surexcitée, ses mains de vieille femme tremblaient. Plusieurs fois, elle porta la main au bord de son chapeau comme pour le rajuster. »

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