29 décembre 2008

La réserve – Russell Banks

la_r_serve Actes Sud - février 2008 – 379 pages

Présentation de l'éditeur
Quand en juillet 1936 le peintre Jordan Groves rencontre pour la première fois Vanessa Cole, lors d'une soirée donnée par le célèbre neurochirurgien new-yorkais dont elle est la fille adoptive, dans son luxueux chalet construit dans "la Réserve", en bordure d'un lac des Adirondacks, il ignore qu'il vient de franchir, sans espoir de retour, la ligne qui sépare les séductions de la comédie sociale et les ténèbres d'une histoire familiale pleine de bruit et de fureur. Très loin de là, en Europe, l'Histoire est en train de prendre un tour qui va bientôt mettre en péril l'équilibre du monde. Déjà, certains intellectuels et des écrivains, tels Ernest Hemingway ou John Dos Passos, un ami de Jordan Groves, ont rejoint l'Espagne de la guerre civile afin de combattre aux côtés des républicains. Si attaché qu'il soit à sa femme et à ses deux jeunes garçons, ou aux impératifs d'une carrière artistique déjà brillamment entamée, Jordan ne peut longtemps se soustraire à l'irrésistible attraction qu'exerce sur lui la sulfureuse Vanessa Cole, personnalité troublante et troublée, prétendument victime, dans son enfance, d'agissements pervers de la part de ses insoupçonnables parents. Au sein du cadre majestueux et sauvage d'une nature préservée pour le seul bénéfice de quelques notables de la société new-yorkaise, les feux d'artifice célébrant la fête de l'Indépendance ont éclaté dans le même ciel que traverse, de l'Allemagne à l'Amérique, le zeppelin Hindenburg bardé de croix gammées et d'où s'abattront aussi les bombes qui vont détruire Guernica... Sur les rives du lac, Jordan Groves et Vanessa Cole s'approchent l'un de l'autre, l'avenir du premier déjà confisqué par le passé de la seconde, pour explorer leurs nuits personnelles dont l'ombre s'étend sur chacun de ceux qui les côtoient.

Biographie de l'auteur
Russell Banks est un écrivain américain né le 28 mars 1940 dans le Massachusetts. Il a passé son enfance dans le New Hampshire dans un milieu extrêmement modeste. Après des études à l’université il voyage, passe même quelque temps en Jamaïque. Il a écrit des romans, des nouvelles et de la poésie. Son œuvre a été traduite en vingt langues. Il enseigne actuellement la littérature contemporaine à Princeton. Depuis 1998 il est membre de l’Académie américaine des Arts et Lettres.

Ses écrits sont parcourus par deux grand thèmes : la recherche de la figure paternelle et la description du monde des petites gens croulant sous le poids d’une vie quotidienne dure et pauvre ou de la tragédie. Son dernier roman. American Darling (2005) a connu un immense succès.

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. J'ai bien aimé les descriptions grandioses des paysages. J'ai trouvé le livre un peu long à lire cependant.

Extrait :

« Le lendemain, après une matinée de travail bien remplie dans son atelier, Jordan Groves décida, autour de midi, de se rendre en voiture au village pour aller chercher le courrier et les journaux ; peut-être déjeunerait-il au Moose Head, à Sam Dent. Il n'était pas d'humeur particulièrement sociable, il avait juste envie d'un peu de solitude en public, d'un pain de viande et d'une bouteille de bière froide. Il n'aurait pas le loisir de traîner : Alicia était occupée au jardinage et, si le ciel se dégageait, elle projetait d'emmener les garçons nager aux chutes. Elle aurait donc besoin de la voiture. Il envisagea un instant de prendre le camion, ce qui lui donnerait la liberté de choisir l'heure de son retour, puis il y renonça. » (p.101)

« Pendant la nuit, le vent noircit, et comme il venait du nord il chassa la fumée vers le sud, dans la Réserve. Il l'éloigna du village de Turnbridge et du club Tamarack, la poussa dans les profondeurs des vallées boisées, lui fit remonter les flancs abrupts du massif méridional du Great Range dont elle franchit les sommets avant d'atteindre les terres agricoles vallonnées et les villages où elle finit par se dissiper en brume qui s'éleva dans le ciel obscur sans avoir été repérée par aucun être humain à l'intérieur ou à l'extérieur de la Réserve, devenant ainsi une réalité connue des seuls animaux, mammifères ou oiseaux de la Réserve - les cerfs, les ours, les coyotes, les lynx et les pékans, les renards, les visons, les hirondelles, les faucons, les aigles ou les corbeaux sur les cimes rocheuses, et, sur les lacs et dans les torrents froids qui s'y déversaient, les castors et les plongeons, les oies du Canada encore là. »(p. 355)

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La pension Marguerite - Metin Arditi

la_pension_Marguerite Actes Sud – décembre 2005 – 154 pages

Présentation de l'éditeur
En une journée, la vie d'Aldo Neri, violoniste virtuose, va basculer : alors qu'il s'apprête à donner un grand concert à Paris, il reçoit une enveloppe à son hôtel, adressée par le psychanalyste de sa mère, Anna, contenant des liasses de feuillets manuscrits rédigés par celle-ci peu avant son suicide. Rongé par la curiosité, terrifié par ce qu'il pourrait découvrir, Aldo se lance dans la lecture compulsive de ces notes, qui reviennent sur la rencontre de la jeune Anna avec un ventriloque qui allait devenir le père de son fils. Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux blessures de l'âme qui ont marqué l'homme et forgé l'artiste. La musique, qui exprime si bien l'indicible, y tient une place considérable.

Biographie de l'auteur :
Né à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Chez Actes Sud, il a publié Dernière lettre à Théo (2005), La Pension Marguerite (prix Lipp Suisse 2006), L'Imprévisible (prix des lecteurs FNAC Riviera 2006, prix des auditeurs de la Radio Suisse romande 2007), Victoria-Hall (Babel n° 726) et La Fille des Louganis (2007).

Résumé :

Alors qu’il est à Paris pour un concert, Aldo Neri, violoniste virtuose, reçoit à son hôtel une enveloppe. Un certain Docteur Rey, psychiatre et psychanalyste, lui transmet une liasse de feuillets manuscrits, rédigés par sa mère, Anna, pendant son analyse. Ces notes couchées sur le papier au hasard des souvenirs détiennent-elles la clé du suicide de sa mère dans une chambre d’hôtel sordide de Berlin, cinq ans auparavant ? Pourquoi Berlin ? Rongé par la curiosité, terrifié aussi par ce qu’il pourrait découvrir, Aldo se lance dans une lecture compulsive de ces notes, malgré les mises en garde de Rose, son épouse qui est aussi sa luthière.
Aidée par son analyse, Anna s’y remémore des bribes de vie. Son enfance auprès d’une mère distante, ses premières amours avec Paule qu’elle rencontre dans une institution pour jeunes filles, sa place de femme de chambre à la Pension Marguerite. C’est là qu’Anna rencontre un saltimbanque aux talents de ventriloque qui va devenir le père de son enfant : un fils qu’elle élève seule et à qui elle donne le même prénom que son amant, Aldo…
Au fil des pages, les plaies se rouvrent à l’image de la fente sur la table du violon d’Aldo, de laquelle s’échappe, à chaque coup d’archet, un gémissement.
Ce roman troublant confronte son personnage aux souvenirs enfouis et menaçants, aux confusions d’identité dont il a subi la douloureuse influence mais qui l’ont forgé en tant qu’ homme et en tant qu' artiste. Rien d’étonnant alors à ce que la musique y tienne une place considérable, elle qui exprime si bien l’indicible.

Mon avis : (lu en février 2007)

C'est le premier livre que je lis de cet auteur. L'écriture est sobre et dépouillée. On partage avec intensité cette journée où Aldo va lire le manuscrit laissé par sa mère, et qui va révéler des secrets de famille. En même temps il se prépare à un concert qu'il doit donner le soir même.

J'ai beaucoup aimé ce livre. Une histoire riche, émouvante, troublante.

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La fille des Louganis – Metin Arditi

la_fille_des_Louganis Actes Sud – août 2007 – 256 pages

Quatrième de couverture : Dans la beauté solaire de son île grecque, la jeune Pavlina aime celui qu'elle croit son cousin, Aris. Elle ignore le secret qui dévastera pour longtemps la famille : Aris est du même père qu'elle. L'enfant qu'elle aura de lui, fruit d'un inceste, sera confié à l'adoption.
La Fille des Louganis raconte l'histoire de ce double arrachement, à l'île et à l'enfant. A Genève, où elle émigré, Pavlina poursuivra son existence, comme absente à elle-même, sans renoncer au rêve - obsédant jusqu'à la folie - de retrouver un jour la fille qu'on lui a enlevée.
Sur ce thème à la fois intime et universel de l'abandon, sur le hasard des rencontres et la vertu des amitiés, sur les forces vitales et les péripéties du destin qui nous gouvernent par-delà le bien et le mal, Metin Arditi a composé un roman profond, saisissant d'émotion et de vérité.

Biographie :

Né en 1945 à Ankara, Metin Arditi vit à Genève. Ingénieur en génie atomique, il a enseigné à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est le président fondateur de la Fondation Arditi qui, depuis 1988, accorde prix et bourses aux diplômés de l’université de Genève et de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il est également président de l’Orchestre de la Suisse romande.
Chez Actes Sud, il est l’auteur de Dernière lettre à Théo (“Un endroit où aller”, 2005), de L’Imprévisible (2006), de La Pension Marguerite (2006 et Babel n° 823) et de Victoria-Hall (Babel n° 726).
(Source : Actes Sud)

Mon avis :

Superbe voyage dans les îles grecques, on est émerveillé par les parfums et le soleil.

Histoire belle et tragique. Le personnage de Pavlina est très attachant.

L'écriture est agréable, on se laisse porter par l'histoire de la famille Louganis et plus particulièrement par le destin de Pavlina.

Extraits :

«Le secret s'était échappé alors que le repas tirait à sa fin, vers onze heures et demie du soir, à l'un de ces moments où le bonheur semble si normal que les attentions se relâchent et que les faiblesses se dévoilent. Les enfants s'étaient assoupis. Assise entre son oncle Nikos et sa mère, Pavlina dormait. Epuisé par sa journée, Spiros était impatient de rentrer et voulait donner le signal du départ. Mais il ne réussit pas à capter le regard de son frère. Les yeux posés sur Pavlina, Nikos souriait, d'un sourire extraordinairement doux. On ne regarde pas la fille de son frère ainsi, se dit Spiros. Son propre enfant, oui. Pas sa nièce. Il suivit les yeux de son frère. Le regard de Nikos quitta Pavlina, rencontra celui de Magda, et s'y arrêta deux ou trois secondes, avant de descendre sur ses seins et finalement se poser sur son ventre.» (page 21)

«Pavlina emplit ses poumons d'air, fléchit les genoux et se recroquevilla jusqu'à être immergée toute entière. Puis, des deux jambes, elle exerça sur les galets une poussée aussi longue que possible et fendit l'eau sur six ou sept mètres, le tronc plat, bras et jambes étirés, mains jointes, les pieds tendus vers l'arrière comme une danseuse qui fait ses pointes. Lorsqu'elle se sentit près d'émerger, elle vida ses poumons en une longue traînée de petites bulles, puis, d'une légère rotation du torse, ramena son bras droit vers l'arrière. Elle le tendit tant qu'elle put, serrant ses doigts en arrondi comme pour en faire une grosse cuillère. Puis elle tourna la tête, ouvrit à peine la bouche, inspira à raz de l'eau, et fit tournoyer son bras droit en un cercle parfait autour de son épaule avant de l'abattre avec violence. Il fendit les flots comme si la résistance de l'eau n'avait aucun effet sur sa vitesse.» (page 39)

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Le dernier frère – Nathacha Appanah

le_dernier_fr_re Editions de l'Olivier - août 2007 - 210 pages

Prix du roman FNAC,

Prix des lecteurs l'Express,

Prix Culture et Bibliothèques pour tous

Présentation de l'éditeur
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, un père à la violence prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l'installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés. Le 26 décembre 1940, l'Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l'île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s'y déroulent. Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ces événements qui l'ont marqué au fer rouge. Et par la honte d'être un homme.

Biographie de l'auteur
Nathacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (île Maurice). Elle vit à Paris et travaille pour une ONG.
En trois romans parus chez Gallimard - Les Rochers de Poudre d'Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix littéraire des océans Indien et Pacifique) ; La Noce d'Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) - Nathacha Appanah a imposé une œuvre puissante, proche d'Arundhati Roy et de J.M. Coetzee.

Mon avis : (lu en février 2008)

J'ai ressenti beaucoup d'émotions en lisant ce livre.

L'auteur a un ton juste et simple pour dire toute la misère et la violence du monde.

Je ne connaissais le fait historique autour duquel a été écrit ce livre : durant la Seconde Guerre Mondiale, l'Ile Maurice a abrité un camp d'internement pour Juifs qui avaient été refoulés de la Palestine.

On s'attache beaucoup aux personnages, Raj et David se rencontrent dans le camp et une amitié intense se noue entre eux. Le premier est mauricien, il vit dans un bidonville avec une mère aimante mais un père alcoolique qui bat la famille, il a perdu ses deux frères lors d'une tempête. Le second est juif venant d'Europe. Raj voit en David un nouveau frère...

Les descriptions des paysages, des odeurs et de la végétation de l’Île Maurice sont très évocatrices.

Extrait : « A l'école,j'apprenais également la culpabilité. Cette chose insidieuse qui m'empêchait d'être simplement un gosse, de rire à gorge déployée, de jouer avec les autres, de m'asseoir tranquillement pour regarder devant moi. Quand j'étais en classe, ce sentiment me quittait. Mais une fois le cours fini, je redevenais Raj, l'unique frère qui est à l'école. Pourquoi moi ? ne cessais-je de me demander. Je cachais toujours dans mon sac de feuilles de palme séchées la poire séchée distribuée à la pause de la matinée, maisj'étais obligé de boire le lait de vache qu'on nous servait à ce moment-là. Je le buvais lentement, en fermant les yeux, pensant très fort à Anil, à Vinod, les imaginant nettoyant la maison, coupant du bois, attachant les feuilles de canne, courbés, fatigués. Eux n'avaient, pour grandir, que de l'eau sucrée.
Je souhaitais que mon père choisisse un autre de ses fils pour l'éduquer. Mais Anil, bientôt, irait tous les matins avec lui couper les cannes à sucre, il était fort, il avait déjà des muscles qui saillaient sous sa peau, il ne se plaignait jamais et avec sa volonté et sa force de travail, il ramènerait de l'argent, des sous qu'il ne noierait pas dans l'arack et qu'il donnerait cérémonieusement à ma mère.»

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28 décembre 2008

Un lieu incertain – Fred Vargas

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Viviane Hamy - juin 2008 - 390 pages.

J'ai lu - octobre 2010 - 381 pages

Résumé :
Adamsberg part pour trois jours de colloque à Londres. Estalère, le jeune brigadier, et Danglard - terrorisé à l’idée de passer sous la Manche - sont du voyage. Tout devait se passer de manière aérienne et décontractée, mais un événement macabre alerte leur collègue de New Scotland Yard, Radstock.
Clyde-Fox, un original local, lui parle du vieux cimetière de Highgate. Des chaussures - avec des pieds dedans - font face au cimetière, « un des cimetières romantiques les plus baroques de l’Occident », un lieu macabre, gothique, unique.
Tandis que l’enquête anglaise commence, les français rentrent au pays, et se retrouvent confronté à un horrible massacre dans un pavillon de banlieue.
De fil en aiguille, Adamsberg, avec l’aide de Danglard, remonte une piste de vampires, et de tueurs de vampires, jusqu’en Serbie.
Le commissaire est au centre du roman, dans tous les sens du terme. La Boule se trouve presque un rival, Danglard est à deux doigts de tomber amoureux, Retancourt est toujours aussi efficace, mais la brigade n’est plus aussi sure qu’avant.

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

 

Mon avis : (lu en août 2008)
J'ai retrouvé avec joie Adamsberg, Danglard, Retancourt, Estalère, Mordent, la Boule, Clémentine, tous les personnages déjà cultes de l'univers de Fred Vargas. Cette histoire nous emmène de Paris en Serbie en passant par Londres, mais cette histoire est aussi un peu tortueuse et parfois confuse, on ne retrouve pas le rythme des livres précédents. J'ai donc été un peu déçue. Je n'ai pas aimé le côté « fantastique » du roman.

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Une adaptation à la télévision de ce roman a été faite par José Dayan et diffusée le 12 novembre  2010. C'est le cinquième téléfilm de la série Collection Fred Vargas.
La distribution : Jean-Hugues Anglade (Jean-Baptiste Adamsberg), Hélène Fillières (Camille Forestier), Charlotte Rampling (Mathilde Forestier), Pascal Greggory (Josselin), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Corinne Masiero (Violette Retancourt), David Atrakchi (Vlad), Karim Belkhadra (Noël), Carlo Brandt (Émile Feuillant), Olivier Claverie (Dr Lavoisier), Roland Copé (le médecin légiste), Hélène Coulon (la villageoise serbe), Christophe Craig (Radstock), Aymeric Demarigny (Estalère), Sylvie Granotier (Emma Carnot), Ivry Gitlis (Aranjdel), Anthony Henry (Tom), Julien Honoré (Armel Louvois),  Nino Kirtadze (Danica), Christopher King (Clyde Fox), Johan Leysen (Lucio), Christophe Lorcat (le steward), Wolfgang Pissors (Thalberg), Alan Rossett (le jardinier anglais), Vincent Tarot, Grégoire Souverain, Tristan de Saint Vincent, Thomas Souverain et Geoffroy de Saint Vincent (les enfants de Danglard)

Extrait : « Le commissaire Adamsberg savait repasser les chemises, sa mère lui avait appris à aplatir l’empiècement d’épaule et à lisser le tissu autour des boutons. Il débrancha le fer, rangea les vêtements dans la valise. Rasé, coiffé, il partait pour Londres, il n’y avait pas moyen de s’y soustraire.

Il déplaça sa chaise pour l’installer dans le carré de soleil de la cuisine. La pièce ouvrait sur trois côtés, il passait donc son temps à décaler son siège autour de la table ronde, suivant la lumière comme le lézard fait le tour du rocher. Adamsberg posa son bol de café côté est et s’assit dos à la chaleur.

Il était d’accord pour aller voir Londres, sentir si la Tamise avait la même odeur de linge moisi que la Seine, écouter comment piaillaient les mouettes. Il était possible que les mouettes piaillent différemment en anglais qu’en français. Mais ils ne lui en laisseraient pas le temps. Trois jours de colloque, dix conférences par session, six débats, une réception au ministère de l’Intérieur. Il y aurait plus d’une centaine de flics haut de gamme tassés dans ce grand hall, des flics et rien d’autre venus de vingt-trois pays pour optimiser la grande Europe policière et plus précisément pour “ harmoniser la gestion des flux migratoires ”. C’était le thème du colloque.

Directeur de la Brigade criminelle parisienne, Adamsberg devrait faire acte de présence mais il ne se faisait pas de souci. Sa participation serait légère, quasi aérienne, d’une part en raison de son hostilité à la “ gestion des flux ”, d’autre part parce qu’il n’avait jamais pu mémoriser un seul mot d’anglais. Il termina son café paisiblement, lisant le message que lui envoyait le commandant Danglard. Rdv dans 1 h 20 à l’enregistrement. Foutu tunnel. Ai pris veste convenable pour vous, avec crav. Adamsberg passa le pouce sur l’écran de son téléphone, effaçant ainsi l’anxiété de son adjoint comme on ôte la poussière d’un meuble. Danglard était mal adapté à la marche, à la course, pire encore aux voyages. Franchir la Manche par le tunnel le tourmentait autant que passer par-dessus en avion. Il n’aurait cependant laissé sa place à personne. Depuis trente ans, le commandant était rivé à l’élégance du vêtement britannique, sur laquelle il misait pour compenser son manque naturel d’allure.

À partir de cette option vitale, il avait étendu sa gratitude au reste du Royaume-Uni, faisant de lui le type même du Français anglophile, adepte de la grâce des manières, de la délicatesse, de l’humour discret. Sauf quand il laissait choir toute retenue, ce qui fait la différence entre le Français anglophile et l’Anglais véritable. De sorte, la perspective de séjourner à Londres le réjouissait, flux migratoire ou pas. Restait à franchir l’obstacle de ce foutu tunnel qu’il empruntait pour la première fois. Adamsberg rinça son bol, attrapa sa valise, se demandant quelle sorte de veste et de crav avait choisies pour lui le commandant Danglard. Son voisin, le vieux Lucio, frappait lourdement à la porte vitrée, l’ébranlant de son poing considérable. La guerre d’Espagne avait emporté son bras gauche quand il avait neuf ans, et il semblait que le membre droit avait grossi en conséquence pour concentrer en lui seul la dimension et la force de deux mains. Le visage collé aux carreaux, il appelait Adamsberg du regard, impérieux.

– Amène-toi, marmonna-t-il sur un ton de commandement. Pas moyen qu’elle les sorte, j’ai besoin de ton aide.

Adamsberg posa sa valise au-dehors, dans le petit jardin désordonné qu’il partageait avec le vieil Espagnol.

– Je pars trois jours pour Londres, Lucio. Je t’aiderai à mon retour.

– Trop tard, gronda le vieux.

Et quand Lucio grondait ainsi, sa voix roulant sur les “ r ”, il produisait un bruit si sourd qu’Adamsberg avait l’impression que le son sortait directement de la terre. Adamsberg souleva sa valise, l’esprit déjà projeté vers la gare du Nord.

– Qu’est-ce que tu ne peux pas sortir ? dit-il d’une voix lointaine en verrouillant sa porte.

– La chatte qui vit sous l’appentis. Tu savais qu’elle allait faire ses petits, non ?

– Je ne savais pas qu’il y avait une chatte sous l’appentis, et je m’en fous.

– Alors tu le sais maintenant. Et tu ne vas pas t’en foutre, hombre. Elle n’en a sorti que trois. Un est mort, et deux autres sont encore coincés, j’ai senti les têtes. Moi je pousse en massant et toi, tu extirpes. Gaffe, ne va pas serrer comme une brute quand tu les sors. Un chaton, ça te craque entre les doigts comme un biscuit sec.»

 

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Sous les vents de Neptune - Fred Vargas

sous_les_vents_de_neptune Viviane Hamy, avril 2004, 441 p.

Présentation de l'éditeur
Adamsberg et son équipe du ciat du 13e sont invités au Québec, à Hull-Gatineau pour: « Une formation de deux semaines ciblée sur le traitement des empreintes génétiques. »
La semaine qui précède leur départ, le commissaire tombe sur un entrefilet dans la presse: « Une jeune fille assassinée de trois coups de couteau à Schiltigheim », lorsqu’un malaise l’étreint brutalement. Par quatre fois, en une même journée et dans des circonstances différentes il va sentir « cette sensation de gêne l’enserrer, ce chat griffu lui sauter sur l’épaule. »
Au cours de la nuit, il décrypte les signes qui ont provoqué ses malaises. Ils le renvoient à la disparition de son frère, Raphael, après qu’il fut soupçonné du meurtre de son amie quelque trente ans auparavant. L’enquête qu’Adamsberg avait alors menée avait permis à son frère d’éviter la prison, mais non de l’innocenter puisqu’il n’avait pu fournir d’alibi et que le coupable n’avait pas été découvert.
« Cette fois, ses mains se mirent à trembler, cette fois son cœur s’accéléra. Rien de commun avec les quatre tornades qu’il avait subies, mais une émotion violente, de la stupéfaction et de la terreur. Le Trident.
A présent que l’alcool avait engourdi ses muscles et apaisé les battements de son cœur, il pouvait réfléchir, commencer, essayer. Tenter de regarder le monstre que l’évocation de Neptune avait, enfin, fait émerger de ses propres cavernes. Le clandestin, le terrible intrus. L’assassin invincible et altier qu’il nommait le Trident. L’imprenable tueur qui avait fait chanceler sa vie, trente ans plus tôt. Pendant quatorze années, il l’avait pourchassé, traqué, espérant chaque fois le saisir et sans cesse perdant sa proie mouvante. Courant, tombant, courant encore.
Et tombant. Il y avait laissé des illusions et, surtout, il y avait perdu son frère. Le Trident s’était montré beaucoup plus fort que lui, toujours. Un titan, un diable, un Poséïdon de l’enfer. Levant son arme à trois pointes et tuant d’un seul coup au ventre. Laissant derrière lui ses victimes empalées, marquées de trois trous rouges en ligne. »

Biographie : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : Un très bon Vargas. Adamsberg part avec toute son équipe au Québec. Adamsberg se retrouve malgré lui au coeur de l'enquête. L'intrigue nous tient en haleine. Et l'écriture est toujours agréable.

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Un téléfilm réalisé par Josée Dayan avec Jean-Hugues Anglade (Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg), Jeanne Moreau (Josette), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Hélène Fillières (Camille), Myriam Boyer (Clémentine), Rémy Girard (Surintendant Laliberté), Bernard Freyd (Brézillon), Ray Bouchard (Commandant Trabelmann), Vanessa Brown (La bibliothécaire), Germain Houde (Sanscartier) et diffusé sur France 2 en 2 épisodes les vendredi 15 et 22 février 2008 à 20h55.

Extrait : « Adossé au mur noir de la cave, Jean-Baptiste Adamsberg considérait l’énorme chaudière qui, l’avant-veille, avait stoppé toute forme d’activité. Un samedi 4 octobre alors que la température extérieure avait chuté aux alentours de 1°, sous un vent droit venu de l’Arctique. Incompétent, le commissaire examinait la calandre et les tuyauteries silencieuses, dans l’espoir que son regard bienveillant ranime l’énergie du dispositif, ou bien fasse apparaître le spécialiste qui devait venir et qui ne venait pas. Ce n’était pas qu’il fût sensible au froid ni que la situation lui fût désagréable. Au contraire, l’idée que, parfois, le vent du nord se propulsât directement sans escale ni déviation depuis la banquise jusqu’aux rues de Paris, 13e arrondissement, lui donnait la sensation de pouvoir accéder d’un seul pas à ces glaces lointaines, de pouvoir y marcher, y creuser quelque trou pour la chasse aux phoques. Il avait ajouté un gilet sous sa veste noire et, s’il n’avait tenu qu’à lui, il aurait attendu sans hâte la venue du réparateur tout en guettant l’apparition du museau du phoque. Mais à sa manière, le puissant engin terré dans les sous-sols participait pleinement à l’élucidation des affaires qui convergeaient à toute heure vers la Brigade criminelle, réchauffant les corps des trente-quatre radiateurs et des vingt-huit flics du bâtiment. Corps à présent engourdis par le froid, engoncés dans des anoraks, s’enroulant autour du distributeur à café, appliquant leurs mains gantées sur les gobelets blancs. Ou qui désertaient carrément les lieux pour les bars alentours. Les dossiers se pétrifiaient à la suite. Dossiers primordiaux, crimes de sang. Dont l’énorme chaudière n’avait que faire. Elle attendait, princière et tyrannique, qu’un homme de l’art voulût bien se déplacer pour se mettre à ses pieds. En signe de bonne volonté, Adamsberg était donc descendu lui rendre un court et vain hommage et trouver là, surtout, un peu d’ombre et de silence, échapper aux plaintes de ses hommes. Ces lamentations, alors qu’on parvenait à maintenir une température de 10° dans les locaux, auguraient mal du stage ADN au Québec, où l’automne s’annonçait rude – moins 4° hier à Ottawa et de la neige, déjà, par-ci par-là. Deux semaines ciblées sur les empreintes génétiques, salive, sang, sueur, larmes, urine et excrétions diverses à présent capturés dans les circuits électroniques, triés et triturés, toutes liqueurs humaines devenues véritables engins de guerre de la criminologie. À huit jours du départ, les pensées d’Adamsberg avaient déjà décollé vers les forêts du Canada, immenses, lui disait-on, trouées de millions de lacs. Son adjoint Danglard lui avait rappelé en maugréant qu’il s’agissait de fixer des écrans et en aucun cas les surfaces des lacs. Cela faisait un an que le capitaine Danglard maugréait. Adamsberg savait pourquoi et il attendait patiemment que ce grondement s’estompe. Danglard ne rêvait pas aux lacs, priant chaque jour pour qu’une affaire brûlante cloue sur place la brigade entière. Depuis un mois, il ruminait son décès prochain au cours de l’explosion de l’appareil au-dessus de l’Atlantique. Cependant, depuis que le spécialiste qui devait venir ne venait pas, son humeur s’améliorait. Il misait sur cette panne impromptue de chaudière, espérant que ce coup de froid désamorcerait les fantasmes absurdes que faisaient naître les solitudes glacées du Canada.

Adamsberg posa sa main sur la calandre de la machine et sourit. Danglard aurait-il été capable de bousiller la chaudière, prévoyant par avance ses effets démobilisateurs ? De retarder l’arrivée du réparateur ? Oui, Danglard en était capable. Son intelligence fluide se glissait dans les mécanismes les plus étroits de l’esprit humain. À condition toutefois qu’ils se calent sur la raison et la logique, et c’est bien sur cette ligne de crête, entre raison et instinct, que, depuis des années, Adamsberg et son adjoint divergeaient diamétralement.

Le commissaire remonta l’escalier à vis et traversa la grande salle du rez-de-chaussée où les hommes évoluaient au ralenti, lourdes silhouettes épaissies par les écharpes et les pulls en surcharge. Sans qu’on en connaisse du tout la raison, on appelait cette pièce la Salle du Concile, en raison sans doute, pensait Adamsberg, des réunions collectives qui s’y déroulaient, des conciliations, ou bien des conciliabules. De même nommait-on la pièce attenante Salle du Chapitre, espace plus modeste où se tenaient les assemblées restreintes.

D’où cela venait-il, Adamsberg ne le savait pas. De Danglard probablement, dont la culture lui semblait parfois sans limite et presque toxique. Le capitaine était sujet à de brusques expulsions de savoir, aussi fréquentes qu’incontrôlables, un peu à la manière d’un cheval qui s’ébroue dans un frisson bruyant. Il suffisait d’un faible stimulus — un mot peu usité, une notion mal cernée —, pour que s’enclenche chez lui un développé érudit et pas nécessairement opportun, qu’un geste de la main permettait d’interrompre.

D’un signe négatif, Adamsberg fit comprendre aux visages qui se levaient sur son passage que la chaudière se refusait à donner signe de vie. Il gagna le bureau de Danglard qui achevaitles rapports urgents d’un air sombre, pour le cas désastreux où il devrait rejoindre le Labrador, sans même pouvoir l’atteindre, en raison de cette explosion au-dessus de l’Atlantique, suite à l’embrasement du réacteur gauche, encrassé par un vol d’étourneaux venu s’encastrer dans les turbines. Perspective qui, à son idée, l’autorisait pleinement à déboucher une bouteille de blanc avant six heures de l’après-midi. Adamsberg s’assit sur l’angle de la table. — Où en sommes-nous, Danglard, de l’affaire d’Hernoncourt ?

— En bouclage. Le vieux baron est passé aux aveux. Complets, limpides.

— Trop limpides, dit Adamsberg en repoussant le rapport et en attrapant le journal qui reposait proprement plié sur la table. Voilà un dîner de famille qui tourne à la boucherie, un vieil homme hésitant, empêtré dans ses mots. Et brusquement, il passe au limpide, sans transition ni clair-obscur. Non, Danglard, on ne signe pas cela.

Adamsberg tourna bruyamment une des pages du journal.

— Ce qui veut dire ? demanda Danglard.

— Qu’on reprend à la base. La baron nous promène. Il couvre quelqu’un et très probablement sa fille.

— Et la fille laisserait son père aller au casse-pipe ?

Adamsberg tourna une nouvelle feuille du journal. Danglard n’aimait pas que le commissaire lise son journal. Il le lui rendait froissé et démembré et il n’y avait rien à faire ensuite pour remettre le papier dans ses plis.

— Cela s’est vu, répondit Adamsberg. Traditions aristocratiques et, surtout, sentence bénigne pour un vieil homme affaibli. Je vous le répète, nous n’avons pas de clair-obscur et, cela, c’est impensable. La volte-face est trop nette et la vie n’est jamais si tranchée. Il y a donc tricherie, à un endroit ou à un autre.

Fatigué, Danglard ressentit la brusque envie d’attraper son rapport et de tout foutre en l’air. D’arracher aussi ce journal qu’Adamsberg déstructurait négligemment entre ses mains. Vrai ou faux, il serait contraint d’aller vérifier les foutus aveux du baron, au seul prétexte des molles intuitions du commissaire. Des intuitions qui, aux yeux de Danglard, s’apparentaient à une race primitive de mollusques apodes, sans pieds ni pattes ni haut ni bas, corps translucides flottant sous la surface des eaux, et qui exaspéraient voire dégoûtaient l’esprit précis et rigoureux du capitaine. Contraint d’aller vérifier car ces intuitions apodes se révélaient trop souvent exactes, par la grâce d’on ne sait quelle prescience qui défiait les logiques les plus raffinées. Prescience qui, de succès en succès, avait amené Adamsberg ici, sur cette table, à ce poste, chef incongru et rêveur de la Brigade criminelle du 13e. Prescience qu’Adamsberg déniait lui-même et qu’il appelait tout simplement les gens, la vie.

— Vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? demanda Danglard. Avant que je ne tape tout ce rapport ?

— Je n’y ai songé que cette nuit, dit Adamsberg en fermant brusquement le journal. En pensant à Rembrandt. »

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Pars vite et reviens tard – Fred Vargas

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Viviane Hamy - octobre 2001 - 346 pages

J'ai lu - 2004 - 346 pages

PRIX DES LIBRAIRES 2000

GRAND PRIX DES LECTRICES DE ELLE 2002

PRIX DU MEILLEUR POLAR FRANCOPHONE 2002

DEUTSCHER KRIMIPREIS 2004 (Allemagne)

Résumé :
On l'a peint soigneusement sur les treize portes d'un immeuble, dans le 18e arrondissement de Paris : un grand 4 noir, inversé, à la base élargie. En dessous, trois lettres : CLT. Le commissaire Adamsberg les photographie, et s’interroge : simple graffiti ou menace ? A l'autre bout de la ville, Joss, l'ancien marin breton devenu crieur de nouvelles est perplexe. Depuis trois semaines, une main glisse, à la nuit, d'incompréhensibles missives dans sa boîte à messages. Un amuseur ? Un cinglé ? Son ancêtre murmure à son oreille : « Fais gaffe à toi, Joss. Il n'y a pas que du beau dans la tête de l'homme. »

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

 

Mon avis :
Nous voilà au coeur d'une intrigue qui fait appel à l’Histoire de la peste et à une réelle panique engendrée par des rumeurs. On retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et Camille (L’Homme à l’envers) ou encore Marc ( un des évangélistes de Debout les morts et de Sans feu ni lieu). On croise de nouveaux personnages singuliers comme Joss le crieur, Hervé, l'as du napperon brodé ou l'ancienne prostituée Lizbeth...

C'est encore une histoire pleine de suspense et de rebondissements.

Un film réalisé par Régis Wargnier a été tiré de ce livre et est sortie le 24 janvier 2007 avec José Garcia, Lucas Belvaux, Marie Gillain, Olivier Gourmet, Nicolas Cazalé, Linh Dan Pham, Michel Serrault

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Extrait :

« Les types, à Paris, marchent beaucoup plus vite qu’au Guilvinec, Joss l’avait constaté depuis longtemps. Chaque matin, les piétons s’écoulaient par l’avenue du Maine à la vitesse de trois nœuds. Ce lundi, Joss filait presque ses trois nœuds et demi, s’efforçant de rattraper un retard de vingt minutes. En raison du marc de café qui s’était déversé en totalité sur le sol de la cuisine.

Ça ne l’avait pas étonné. Joss avait compris depuis longtemps que les choses étaient douées d’une vie secrète et pernicieuse. Hormis peut-être certaines pièces d’accastillage qui ne l’avaient jamais agressé, de mémoire de marin breton, le monde des choses était à l’évidence chargé d’une énergie tout entière concentrée pour emmerder l’homme. La moindre faute de manipulation, parce qu’offrant à la chose une liberté soudaine, si minime fût-elle, amorçait une série de calamités en chaîne, pouvant parcourir toute une gamme, du désagrément à la tragédie. Le bouchon qui échappe aux doigts en était, sur le mode mineur, un modèle de base. Car un bouchon lâché ne vient pas rouler aux pieds de l’homme, en aucune manière. Il se love derrière le fourneau, mauvais, pareil à l’araignée en quête d’inaccessible, déclenchant pour son prédateur, l’Homme, une succession d’épreuves variables, déplacement du fourneau, rupture du flexible de raccordement, chute d’ustensile, brûlure. Le cas de ce matin avait procédé d’un enchaînement plus complexe, amorcé par une bénigne erreur de lancer entraînant fragilisation de la poubelle, affaissement latéral et épandage du filtre à café sur le sol. C’est ainsi que les choses, animées d’un esprit de vengeance légitimement puisé à leur condition d’esclaves, parvenaient à leur tour par moments brefs mais intenses à soumettre l’homme à leur puissance larvée, à le faire se tordre et ramper comme un chien, n’épargnant ni femme ni enfant. Non, pour rien au monde Joss n’aurait accordé sa confiance aux choses, pas plus qu’aux hommes ou à la mer. Les premières vous prennent la raison, les seconds l’âme et la troisième la vie.

En homme aguerri, Joss n’avait pas défié le sort et avait ramassé le café comme un chien, grain par grain. Il avait accompli sans broncher la pénitence et le monde des choses avait reflué sous le joug. Cet incident matinal n’était rien, rien en apparence qu’un désagrément négligeable mais, pour Joss qui ne s’y trompait pas, il était le clair rappel que la guerre des hommes et des choses se poursuivait et que, dans ce combat, l’homme n’était pas toujours vainqueur, loin s’en fallait. Rappel des tragédies, des vaisseaux démâtés, des chalutiers écartelés et de son bateau,Le Vent de Norois, qui avait fait eau le 23 août en mer d’Irlande à trois heures du matin avec huit hommes à bord. Dieu sait pourtant si Joss respectait les exigences hystériques de son chalutier et Dieu sait si l’homme et le bateau étaient conciliants l’un pour l’autre. Jusqu’à cette foutue nuit de tempête où, pris d’un coup de sang, il avait frappé le plat-bord du poing.Le Vent de Norois, déjà presque couché sur tribord, avait brusquement fait eau à l’arrière. Moteur noyé, le chalutier avait dérivé dans la nuit, les hommes écopant sans relâche, pour s’immobiliser enfin sur un récif à l’aube. C’était il y a quatorze ans et deux hommes étaient morts. Quatorze ans que Joss avait déglingué l’armateur du Norois à coups de botte. Quatorze ans que Joss avait quitté le port du Guilvinec, après neuf mois de taule pour coups et blessures avec intention de donner la mort, quatorze ans que sa vie presque entière avait coulé par cette voie d’eau.

Joss descendit la rue de la Gaîté, les dents serrées, mâchant la fureur qui remontait en lui chaque fois que Le Vent de Norois, perdu en mer, faisait surface sur les crêtes de ses pensées. Au fond, ce n’était pas contre le qu’il en avait. Ce bon vieux chalutier n’avait fait que réagir au coup en faisant grincer son bordage pourri par les ans. Il était bien convaincu que le bateau n’avait pas mesuré la portée de sa brève révolte, inconscient de son âge, de sa décrépitude et de la puissance des flots, cette nuit-là. Le chalutier n’avait certainement pas voulu la mort des deux marins et à présent, gisant comme un imbécile au fond de la mer d’Irlande, il regrettait. Joss lui adressait assez souvent des paroles de réconfort et d’absolution et il lui semblait que, comme lui, le bateau parvenait maintenant à trouver le sommeil, qu’il s’était fait une autre vie, là-bas, comme lui ici, à Paris.

D’absolution pour l’armateur, il n’en était en revanche pas question.

Allons, Joss Le Guern, disait-il en lui tapant sur l’épaule, vous le ferez encore cavaler dix ans, ce rafiot. C’est un vaillant et vous êtes son maître.

Le Norois est devenu dangereux, répétait Joss, obstinément. Il vrille et son bordage se fausse. Les panneaux de cale ont travaillé. Je ne réponds plus de lui sur un gros coup de mer. Et le canot n’est plus aux normes.

Je connais mes bateaux, capitaine Le Guern, répondait l’armateur en durcissant le ton. Si vous avez peur du Norois, j’ai dix hommes prêts à vous remplacer sur un claquement de doigts. Des hommes qui n’ont pas froid aux yeux et qui ne geignent pas comme des bureaucrates sur les normes de sécurité.

Et moi, j’ai sept gars à bord.

L’armateur rapprochait son visage, gras, menaçant.

Si vous vous avisez, Joss Le Guern, d’aller pleurer à la capitainerie du port, vous pourrez compter sur moi pour vous retrouver sur la paille avant d’avoir eu le temps de vous retourner. Et de Brest à Saint-Nazaire, vous ne trouverez plus un gars pour vous embarquer. Je vous conseille donc de bien réfléchir, capitaine.

Oui, Joss regrettait toujours de ne pas avoir achevé ce type, le lendemain du naufrage, au lieu de s’être contenté de lui rompre un membre et défoncer le sternum. Mais des hommes de l’équipage l’avaient tiré en arrière, ils s’y étaient mis à quatre. Fous pas ta vie en l’air, Joss, ils avaient dit. Ils l’avaient bloqué, empêché. De crever l’armateur et tous ses valets, qui l’avaient rayé des listes dès sa sortie de prison. Joss avait gueulé dans tous les bars que les gros culs de la capitainerie palpaient des commissions, si bien qu’il avait pu dire adieu à la marine marchande. Refoulé de port en port, Joss avait sauté un mardi matin dans le Quimper-Paris pour échouer, comme tant d’autres Bretons avant lui, sur le parvis de la Gare Montparnasse, laissant derrière lui une femme en fuite et neuf types à tuer.

En vue du carrefour Edgar-Quinet, Joss remisa ses haines nostalgiques dans la doublure de son esprit et s’apprêta à rattraper son retard. Toutes ces affaires de marc de café, de guerre des choses et de guerre des hommes lui avaient bouffé un quart d’heure au bas mot. Or la ponctualité était un élément clef dans son travail et il tenait à ce que la première édition de son journal parlé débute à huit heures trente, la seconde à douze heures trente-cinq, et celle du soir à dix-huit heures dix. C’étaient les moments de plus grosse affluence et les auditeurs étaient trop pressés dans cette ville pour endurer le moindre délai.

Joss décrocha l’urne de l’arbre où il la suspendait pour la nuit, à l’aide d’un noeud de double bouline et de deux antivols, et la soupesa. Pas trop chargée ce matin, il pourrait trier la livraison assez vite. Il eut un bref sourire en emportant la boîte vers l’arrière-boutique que lui prêtait Damas. Il y avait encore des types bien sur terre, des types comme Damas qui vous laissent une clef et un bout de table sans crainte que vous ne leur fauchiez la caisse. Damas, tu parles d’un prénom. Il tenait le magasin de rollers sur la place, Roll-Rider,et il lui laissait l’accès pour préparer ses éditions à l’abri de la pluie. Roll-Rider, tu parles d’un nom.

Joss déverrouilla l’urne, grosse caisse en bois construite à clin de ses propres mains et qu’il avait baptisée Le Vent Norois II, en hommage au cher disparu. Ce n’était sans doute pas très honorifique pour un grand chalutier de pêche hauturière de retrouver sa descendance réduite à l’état de boîte à lettres dans Paris, mais cette boîte n’était pas n’importe quelle boîte. C’était une boîte de génie, conçue sur une idée de génie, éclose il y a sept ans, et qui avait permis à Joss de remonter formidablement la pente après trois ans de travail dans une conserverie, six mois dans une usine de bobinage et deux ans de chômage. L’idée de génie lui était venue une nuit de décembre où, affaissé verre au poing dans un café de Montparnasse empli pour trois quarts de Bretons esseulés, il entendait le sempiternel ronronnement des échos du pays. Un type parla de Pont-l’Abbé et c’est comme ça que l’arrière-arrière-grand-père Le Guern, né à Locmaria en 1832, sortit de la tête de Joss pour s’accouder au bar et lui dire salut. »

 

 

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L'Homme à l'envers – Fred Vargas

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Viviane Hamy -  mars 1999 - 300 pages

J'ai lu -  mai 2002 -  317 pages

J'ai lu - juillet 2005 -

Prix 813 roman français 1999

PRIX MYSTÈRE DE LA CRITIQUE 2000
GRAND PRIX DU ROMAN NOIR DE COGNAC 2000

Résumé :
L'action de ce "rom. pol." de Fred Vargas (qui préfère cette abréviation) se situe dans les Alpes. Protégés, surveillés, les loups dans la réserve des Abruzzes prospèrent, passent les frontières et font des dégâts. Des brebis sont égorgées et les paysans commencent à gronder. On retrouve de plus en plus de bétail tué et l'affaire commence à prendre une ampleur nationale. Le commissaire Jean-Baptiste Adamberg, à Paris, est mis au courant par les informations télévisées qu'il regarde fasciné par ses propres souvenirs d'enfance pyrénéenne. Entre folklore et fantasme, les rumeurs les plus improbables circulent. Puis c'est Suzanne Rosselin une fermière, figure locale du village de Saint-Victor-du-Mont que l'on retrouve égorgée, indéniablement par un loup. Les battues organisées dans le coin se transforment en une chasse au loup-garou. Le problème se fait épineux et l'angoisse monte. Lawrence Donald Johnstone, un robuste et silencieux canadien, spécialiste des grizzlis, a été envoyé dans la région quelques mois auparavant pour réaliser un film sur les loups. Peu convaincu au départ, il s'est laissé séduire, par ces animaux, par l'arrière pays méditerranéen et par une femme surtout, Camille Forestier, la fille de l'inoubliable océanologue de L'Homme aux cercles bleus (un précédent roman de Fred Vargas), qui s'est posée dans la région où elle compose de la musique et fait de la plomberie. Lawrence est l'un des plus fervents défenseurs des loups que tous les habitants de la région souhaiteraient voir morts. Dans ce roman, on retrouve le commissaire rêveur et amoureux de L'Homme aux cercles bleus ainsi que sa "petite chérie" mais par-dessus tout, le lecteur renoue avec l'univers personnel et la voix singulière de Fred Vargas. La qualité de l'intrigue est servie par un style remarquable et par un humour décalé qui roman après roman fait les mêmes ravages.

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en 2000)
C'est le premier livre que j'ai lu de Fred Vargas et depuis je suis devenue une inconditionnelle.
J'ai bien apprécié le superbe décor et la nature du Mercantour qui donne envie de voyages, les personnages attachants et si savoureux et enfin l'intrigue si bien menée que le suspense est là jusqu'au bout du livre.

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Une adaptation à la télévision de ce roman a été faite par José Dayan et diffusée le 4 novembre 2009. C'est le quatrième téléfilm de la série Collection Fred Vargas.
La distribution : Jean-Hugues Anglade (Jean-Baptiste Adamsberg), Hélène Fillières (Camille Forestier), Tobias Moretti (Lawrence), Jacques Spiesser (Adrien Danglard), Maurice Garrel (Le Veilleux) Charles-Henri Anagonou (Soliman), Christine Murillo (Suzanne), Alain Fromager (Hermel), Zoé Félix (la jeune délinquante), Corinne Masiero (Violette Retancourt), Paul Vallespi (flic de Villars de Lans).

 

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27 décembre 2008

Chaleur du sang – Irène Némirovsky

Chaleur_du_sang Editions Denoël - mars 2007 - 155 pages

Présentation de l'éditeur
Dans un hameau du centre de la France, au début des années 1930, un vieil homme se souvient. Après avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse, Silvio se tient à l'écart, observant la comédie humaine des campagnes, le cours tranquille des vies paysannes brusquement secoué par la mort et les passions amoureuses.
Devant lui, François et Hélène Érard racontent leur première et fugitive rencontre, le mariage d'Hélène avec un vieux et riche propriétaire, son veuvage, son attente, leurs retrouvailles. Lorsque leur fille Colette épouse Jean Dorin, la voie d'un bonheur tranquille semble tracée. Mais quelques mois plus tard, c'est le drame. La noyade de Jean vient détruire la fausse quiétude de ce milieu provincial. L'un après l'autre, les lourds secrets qui unissent malgré eux les protagonistes de cette intrigue vont resurgir dans le récit de Silvio, jusqu'à une ultime et troublante révélation...
Situé dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, mais entrepris dès 1937, ce drame familial conduit comme une enquête policière raconte la tempête des pulsions dans le vase clos d'une société trop lisse. Complet et totalement inédit, ce nouveau roman d'Irène Némirovsky refait surface près de soixante-dix ans après sa composition.

Biographie de l'auteur
D'origine juive ukrainienne, Irène Némirovsky, née en 1903 à Kiev, connaît le succès dès son premier roman, David Golder (1929), puis avec Le Bal (1930). Après l'exode, elle se réfugie dans un village du Morvan avant d'être arrêtée par les gendarmes français puis assassinée à Auschwitz pendant l'été 1942. Son dernier roman, Suite française, a obtenu le prix Renaudot en 2004.

Mon avis :

Ce court roman est très bien écrit avec un style épurée et limpide. Dès les premières pages, on ressent l'atmosphère de la campagne.

L'histoire se situe dans le village même où Irène Némirovsky écrira Suite française, et où elle a vécu ses derniers mois, avant d'être déportée en 1942...

Le narrateur Silvio est un vieil homme, un peu bougon et solitaire. Ce roman met en évidence les relations difficiles des membres d'une famille dans les années 30. Les secrets, les non-dits qui mènent à l'oubli, à la tranquillité ou à la tragédie.

Extrait :

« Colette s'est mariée le 30 novembre à midi. Un grand repas suivi d'un bal réunissait la famille. Je suis rentré au matin, par la forêt de la Maie dont les chemins en cette saison sont couverts d'un si épais tapis de feuilles et d'une si profonde couche de boue qu'on avance avec peine, comme dans un marécage. J'étais resté très tard chez mes cousins. J'attendais : il y avait quelqu'un que je voulais voir danser... Moulin-Neuf est voisin de Coudray où habitait autrefois Cécile, la demi-soeur d'Hélène ; elle est morte, mais elle a laissé Coudray à son héritière, sa pupille, une enfant qu'elle avait recueillie et qui est mariée maintenant ; elle s'appelle Brigitte Declos. Je me doutais bien que Coudray et le Moulin-Neuf devaient vivre en termes de bon voisinage, et que je verrais apparaître cette jeune femme. En effet, elle ne manqua pas de venir.
Elle est grande et très belle, avec un air de hardiesse, de force et de santé. Elle a des yeux verts et des cheveux noirs. Elle a vingt-quatre ans. Elle portait une courte robe noire. Seule de toutes les femmes qui étaient là, elle ne s'était pas endimanchée pour aller à cette noce. J'eus même l'impression qu'elle s'était habillée si simplement exprès, pour marquer le dédain qu'elle éprouve envers la méfiante province : on la tient à l'écart. Tout le monde sait qu'elle n'est qu'une fille adoptée, rien de mieux au fond que ces gamines de l'Assistance employées dans nos fermes. De plus, elle a épousé un homme qui est presque un paysan, vieux, avare et rusé ; il possède les plus beaux domaines de la région, mais il ne parle que patois et mène lui-même ses vaches aux champs. Elle doit s'entendre à faire valser ses sous : la robe était de Paris, et elle a plusieurs bagues ornées de gros diamants. Je connais bien le mari : c'est lui qui a racheté petit à petit tout mon maigre héritage. Les dimanches, je le rencontre parfois dans les chemins. Il a mis des souliers, une casquette ; il s'est rasé et il vient contempler les prés que je lui ai cédés, où paissent maintenant ses bêtes. Il s'accoude à la barrière ; il plante en terre le gros bâton noueux dont il ne se sépare jamais ; il appuie son menton sur ses deux grandes et fortes mains, et, droit devant lui, il regarde. Moi, je passe. Je me promène avec mon chien, ou je chasse ; je rentre à la nuit tombante, et il est toujours là ; il n'a pas plus bougé qu'une borne ; il a contemplé son bien ; il est heureux. Sa jeune femme ne vient jamais de mon côté, et j'avais envie de la voir. Je m'étais informé d'elle auprès de Jean Dorin :
- Vous la connaissez donc ? demanda-t-il. Nous sommes voisins et le mari est un de mes clients. Je les inviterai à mon mariage et il nous faudra les recevoir, mais je ne voudrais pas qu'elle se lie avec Colette. Je n'aime pas ses façons libres avec les hommes. »

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La femme en vert – Arnaldur Indridason

la_femme_en_vert Traduit de l’islandais par Eric Boury

Editions Métailié – mai 2007 - 272 pages

Points - janvier 2007 – 346 pages

Grand Prix des lectrices de Elle 2007, dans la catégorie policier.

Présentation de l'éditeur
Dans une banlieue de Reykjavik au cours d'une fête d'anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain. Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d'Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l'hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il lui raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L'enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant. Une femme victime d'un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout. Un Indridason grand cru!

Biographie de l'auteur :
Né en Islande en 1961, journaliste et critique de cinéma, Arnaldur Indridason est l'auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres, égaiement en Points. 

Mon avis : (lu en mai 2008)

C'est le premier livre de cet auteur que je lisais. Le commissaire Erlendur et son équipe d'enquêteurs sont attachants. L'intrigue est palpitante, on suit l'enquête d'Erlendur mais également en parallèle on découvre l'histoire d'une famille ayant vécu là où ont été retrouvé le squelette à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

On navigue entre le passé et le présent. Le commissaire Erlendur est également confronté à ses soucis familiaux (sa fille est droguée, enceinte et plongée dans le coma). Jusqu'à la fin l'intrigue nous tient en haleine. C'est un très bon roman policier sur le drame de l'enfance et de la violence conjugale.

Posté par aproposdelivres à 20:17 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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