06 février 2009

Balzac et la petite tailleuse chinoise - Dai Sijie

Balzac_et_la_petite_tailleuse_chinoise

Gallimard – octobre 2002 - 432 pages

Quatrième de couverture
« Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. À l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... - Quel éblouissement! - Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara : Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde. »

Auteur : Dai Sijie, en chinois 戴思杰 et en pinyin Dài Sījié (né en 1954, au Fujian, en Chine) est un cinéaste et romancier chinois vivant en France. Il est principalement connu pour ses romans Balzac et la petite tailleuse chinoise et Le Complexe de Di qui reçu le prix Femina en 2003. Pendant la révolution culturelle (de 1966 à 1976) ses parents, médecins dits "bourgeois réactionnaires", "ennemis du peuple" sont mis en prison. Il est donc envoyé dans un camp de rééducation dans un village très difficile d'accès dans la province de Sichuan. En 1974 (trois ans plus tard) celui-ci est autorisé à retourner chez lui. Cette expérience lui servira plus tard d'inspiration pour Balzac et la petite tailleuse chinoise (2000). Il est employé dans un lycée de province jusqu'à la mort du Président Mao Zedong. En 1976, après la mort de celui-ci (Mao Zedong), il entre à l'université de Pékin pour y prendre des cours sur l'Histoire de l'art chinois. Il reçoit sur un autre concours une bourse pour partir à l'étranger et il choisit de partir étudier en France (1984) à l'IDHEC. Il s'installe alors définitivement en France. Son premier film est "Chine ma douleur" (1989), film qui a été tourné en France en raison de l'interdiction de tournage en Chine (selon les autorités chinoises le film revêtait un caractère subversif).

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2004)

Dans la Chine de Mao, savoir lire, c'est déjà faire partie des intellectuels... Et les intellectuels, on les envoie se rééduquer dans les campagnes. C'est le cas du narrateur et de son ami Luo, ils ont 17 et 18 ans. Pour supporter les difficultés, ils se racontent des histoires, des films. Un jour, ils découvrent une valise avec des livres interdits. Ils vont lire Balzac en cachette... Cela va changer le cours de leur vie et rencontrer la fille du tailleur. Ce livre nous raconte une histoire pleine de poésie qui nous fait découvrir l'importance des livres ! C'est également un dépaysement total au fin fond de la campagne chinoise. A lire absolument ! 

affiche_balzac_et_la_petite_tailleuse_chinoise

Balzac et la Petite Tailleuse chinoise a été adapté en film en 2002 par Dai Sijie avec l'aide de plusieurs cinéaste. Bien que le livre ait été écrit en français, le film est joué en chinois par les acteurs. Il a été tourné dans les montagnes de Zhangjiajié dans la province natale de Mao, le Hunan. Les plans en ville ont été faits dans la ville ancienne de Fenghuang (le Phénix).

Extrait : « Nous nous approchâmes de la valise. Elle était ficelée par une grosse corde de paille tressée, nouée en croix. Nous la débarrassâmes de ses liens, et l'ouvrîmes silencieusement. A l'intérieur, des piles de livres s'illuminèrent sous notre torche électrique; les grands écrivains occidentaux nous accueillirent à bras ouverts: à leur tête, se tenait notre vieil ami Balzac, avec cinq ou six romans, suivi de Victor Hugo, Stendhal, Dumas, Flaubert, Baudelaire, Romain Rolland, Rousseau, Tolstoï, Gogol, Dostoïevski, et quelques Anglais : Dickens, Kipling, Emily Brontë... - Quel éblouissement ! - Il referma la valise et, posant une main dessus, comme un chrétien prêtant serment, il me déclara : Avec ces livres, je vais transformer la Petite Tailleuse. Elle ne sera plus jamais une simple montagnarde.»

Posté par aproposdelivres à 16:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :


03 février 2009

Le tombeau d'étoiles – Maxence Fermine

le_tombeau_d__toiles Albin Michel – mars 2007 -219 pages

Quatrième de couverture :
"J'étais jeune alors, sans dégoût de l'existence, tel un soldat à l'aube d'une bataille et qui traverse d'un cœur léger une lande de terre sans savoir qu'elle sera bientôt entachée de sang et qu'elle deviendra son tombeau. J'allais sans crainte vers mon avenir, enivré de ce philtre sournois qu'est l'espoir, croyant encore tenir dans ma main la clef de l'Eden alors que c'était celle des enfers.

" Au soir de sa vie, un homme retrace le long chemin qu'il a parcouru et les événements qui en ont déterminé le cours. L'enfance, la jeunesse, la guerre, l'amour pour Eléonore. Jusqu'au drame qui va bouleverser son existence. Inspiré de faits réels, sensible, envoûtant, le nouveau roman de Maxence Fermine redonne corps à la période trouble de l'Occupation au fil d'une superbe histoire de vengeance et d'amour dans les paysages grandioses de la Savoie.

Auteur : Maxence FERMINE est né à Albertville en 1968. Il a passé son enfance à Grenoble, avant de partir à Paris où il restera treize années. Il a suivi pendant un an des cours dans une faculté de Lettres, puis a décidé de voyager en Afrique. Il s'éprend du désert, travaille dans un Bureau d'Etudes en Tunisie. Il se marie et vit maintenant en Savoie avec sa femme et sa fille. Il a déjà publié " Neige " en janvier 1999 et " Le violon noir " en septembre 1999. L'apiculteur est son troisième livre.

Mon avis : (lu en février 2009)

Ce livre se lit très facilement, c’est un roman écrit autour d’un fait réel dans un village de Savoie en Août 1944, pendant l'Occupation. L'histoire est émouvante, les personnages attachants, la narration est pleine de poésie, les paysages de Savoie superbement évoqués. C'est beau et triste à la fois !

Extrait : (début du livre) 

«Je me suis toujours demandé s’il fallait raconter cette histoire. Lorsque j’y songe, tout cela ressemble à un naufrage. Il y a d’abord les souvenirs teintés de remords et de désespoir, souvenirs amers que je croyais à jamais enfouis dans les limbes de ma mémoire, adoucis, effacés même par le temps et l’oubli. Les blessures et les meurtrissures, les traumatismes, les choses tues, les interdits et les non-dits, ces océans de tristesse où l’on s’abîme à force de silence. Enfin il y a les albums de photographies anciennes que l’on feuillette en sachant toutefois que, dès la première page, les parfums du passé vous sauteront au visage et vous enivreront d’une fragrance mélancolique trop longtemps contenue.

Il faut parfois se faire violence pour faire resurgir des archives de la mémoire ce qu’elles contiennent de plus sombre, et exposer en pleine lumière ces zones d’ombre que l’on croyait ensevelies pour toujours.

Jusqu’à la mort de Roche, ce témoignage m’aurait paru indécent. Lui qui avait vécu tout cela, qui en était le principal protagoniste, n’en parlait jamais. C’était un accord tacite entre le monde et lui. Sa manière de se protéger et de se forger une carapace en apposant sur ces journées d’effroi le sceau du secret.

Julien Roche. Un homme d’une belle trempe, comme ses aïeux l’avaient été avant lui. De la race des solitaires, qui ne demandait rien à personne, et surtout qui n’attendait rien. De lui ou des autres. Un loup sorti de la meute. Et qui ne l’a jamais rejointe.

C’était mon ami. Peut-être l’unique. Qui peut savoir ces choses-là ? On croit longtemps vivre entouré de gens, de proches, d’une famille aimante. A force d’habitude, on se croit préservé à jamais du malheur et de la solitude, pièce indispensable dans la grande mosaïque du monde. Et puis, un jour, la mosaïque se fendille et les joints éclatent, jusqu’à ce que chacune des pièces qui constituaient cette étrange fresque humaine s’isole un peu plus des autres. Alors on se retrouve seul face à son reflet dans le miroir, seul dans le cortège des jours qui défilent, et on comprend qu’il n’en était rien.

Les Roche. Des gens de parole et de caractère, durs à l’ouvrage et peu causants. Dans le village, ils étaient connus pour leur probité, leur sens du devoir et leur mutisme inébranlable. Sans doute avaient-ils été forgés d’éclats de silence sur l’arête desquels, parfois, nos paroles venaient glisser sans vraiment les atteindre.

Antoine Roche, le père, avait connu la grande guerre, celle de 14. Il avait fêté ses vingt ans à Verdun, sous les bombes. Forcément, cela lui avait tanné le cuir et raffermi le cœur. Il en était revenu avec la croix d’Honneur, un bras en moins et cette manière bien à lui de vous regarder comme s’il savait combien l’âme humaine est entachée de salissures. Il avait gardé de ce passé martial une amère désillusion sur l’humanité, et l’idée tenace que la vie n’est qu’une vaste mascarade, un théâtre immonde rempli de soldats, de miséreux et d’assassins.

Son fils était du même acabit. Par nature, il ne s’épanchait guère et se méfiait des autres. Taciturne, il se complaisait dans les étendues glacées de l’hiver des sentiments. D’ailleurs il n’a jamais confié à qui que ce soit cette histoire. Ce n’est pas qu’il manquait de vocabulaire ou d’une certaine culture. Il aurait sans doute trouvé les mots justes pour raconter à ma place. Mais comme son père, au sortir de la guerre de 14, il éprouvait de la pudeur à raconter ce qu’il avait vécu.

Julien Roche n’est pas le seul que je vais tenter de ressusciter dans ces lignes. Il y a tous les autres, les victimes de ces jours obscurs que la douleur et les larmes ne nous rendront pas. Ces hommes et ces femmes de majesté à qui je dédie ce livre qu’ils ne liront jamais.

Ceux-là, je désire les faire apparaître un à un, chacun sous une lumière différente, comme si j’étais l’ordonnateur d’une partie infime de leur existence et que je voulais les voir défiler devant moi, une dernière fois, tel un metteur en scène de théâtre regardant jouer ses acteurs pour une ultime représentation.

Mais par-dessus tout, il y a une femme que je désire évoquer dans ces pages parce que son souvenir m’obsède au-delà de tout ce qu’il est possible d’imaginer. Une femme que j’ai connue il y a bien longtemps, et qui compte plus que toutes les autres. D’elle, il me reste une photographie que je regarde chaque jour que Dieu fait, et qui m’est chère. Sur ce cliché un peu jauni, presque passé à force d’avoir été usé par mes caresses et mon regard, je parviens encore à distinguer un visage d’une incroyable pureté et qui respire la bonté. Un visage si beau que, pendant longtemps, j’ai cru y voir la preuve de son immatérialité. Comme si elle n’avait jamais existé ailleurs que sur ce papier argenté, enfantée par la magie d’un artiste dont le génie aurait été de photographier les esprits.

Cette femme portait un nom qui peut paraître un peu désuet, mais qui demeure si chargé d’émotion que, aujourd’hui encore, je ne peux le prononcer ni l’entendre sans en avoir les larmes aux yeux. Ce nom, ce beau nom, c’est Eléonore Verdussen.

Pendant des années, j’ai tenté d’effacer son visage de ma mémoire et de noyer l’histoire qui me liait à elle dans un grand lac de silence. Je ne voulais rien dévoiler de ce que nous vécûmes ensemble, et surtout de ce que nous ne vécûmes pas. Je ne voulais rien dire de ce que nous dûmes endurer, respecter toute cette souffrance, cette douleur et ce chagrin. J’avais la sotte vanité de croire que je pouvais oublier. Et aussi l’impression désagréable, en m’épanchant, de remuer les cendres d’une histoire vieille d’un demi-siècle. En quelque sorte, de trahir un secret.

Mais la vérité est tout autre. Je me voilais la face et, par lâcheté, je fermais les yeux sur tout un pan de mon existence.

Maintenant que les morts sont bien morts et que je suis seul parmi les vivants, la question du secret ne se pose plus. Lentement, un à un, tous les vestiges anciens resurgissent, comme une épave qu’on renfloue. Une épave remplie de petites lueurs tremblotantes venues des eaux noires du passé et qui, lentement, remontent à la surface de ma mémoire.

Alors il me faut à mon tour témoigner, avant que ces lueurs ne s’éteignent une à une, et que tout ne sombre et ne disparaisse à jamais dans les crevasses du temps.»

Posté par aproposdelivres à 20:29 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Petits suicides entre amis – Arto Paasilinna

Petits_suicides_entre_amis    Petits_suicides_entre_amis_2   

Edition Denoël – septembre 2003 - 300 pages

Gallimard Folio - mai 2005 - 291 pages

traduction du finnois par Anne Colin Du Terrail

Présentation de l'éditeur :
" SONGEZ-VOUS AU SUICIDE ? Pas de panique, vous n'êtes pas seul. Nous sommes plusieurs à partager les mêmes idées, et même un début d'expérience. Ecrivez-nous en exposant brièvement votre situation, peut-être pourrons-nous vous aider. Joignez vos nom et adresse, nous vous contacterons. Toutes les informations recueillies seront considérées comme strictement confidentielles et ne seront communiquées à aucun tiers. Pas sérieux s'abstenir. Veuillez adresser vos réponses Poste restante, Bureau central de Helsinki, nom de code " Essayons ensemble ". " Deux suicidaires se retrouvent fortuitement dans une vieille grange où ils souhaitaient partir tranquilles. Entravés dans leurs funestes projets, ils se mettent en tête de rassembler d'autres désespérés pour monter une association. Commence alors, à bord d'un car de tourisme flambant neuf, un périple loufoque mené à un train d'enfer, des falaises de l'océan Arctique jusqu'au cap Saint-Vincent au Portugal pour un saut de l'ange final. Un récit désopilant doublé d'une réflexion mordante sur le suicide. 


Biographie de l'auteur
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de romans dont Le meunier hurlant, Le lièvre de Vatanen et, en 2001, La douce empoisonneuse, romans cultes traduits en plusieurs langues.

Mon avis : (lu en avril 2005)
Comme d’habitude, Arto Paasilinna nous fait une satire sociale sur un véritable fléau qui ravage son pays. La Finlande est en effet le cinquième pays au monde où on se suicide le plus, peut-être à cause de l’isolement dans certaines campagnes et certainement aussi à cause de l’alcool. Pour comparaison, il y a en Finlande 28 suicide pour 100.000 habitants contre 20 en France. L’imagination sans borne de l’auteur nous fait partager un rocambolesque voyage en car de candidats au suicide finlandais. Les personnages sont hauts en couleur et les situations cocasses. Ce roman fait parti, à mon goût, des meilleurs de Paasilinna.

Extrait :

« Imagine, Hermanni ! Si nous étions plus nombreux, nous pourrions engager un thérapeute de groupe, consacrer nos derniers jours à profiter de la vie. Le temps passe toujours plus agréablement en compagnie que dans la solitude. Nous pourrions reprographier des lettres d’adieu et économiser de l’argent en confiant nos dernières volontés à un seul notaire… nous pourrions peut-être même obtenir un prix de gros pour les avis de décès. Nous aurions la possibilité de vivre largement, car il y aurait sûrement dans le groupe quelques personnes fortunées, les riches se tuent de nos jours plus souvent qu’on ne le croit. Et il serait facile d’avoir parmi nous des femmes, je sais qu’il y en a beaucoup, en Finlande, qui nourrissent des idées de suicide, et elles sont loin d’être toutes désagréables à regarder, au contraire, les dépressives ont souvent un charme mélancolique… »

Le colonel Kemppainen commençait à trouver le projet intéressant. Il comprenait les bénéfices que l’on pouvait tirer, en termes de rationalisation, d’un suicide collectif de masse. On éviterait ainsi tout amateurisme dans l’accomplissement du geste fatal. En y réfléchissant d’un point de vue stratégique, il voyait les avantages amenés par le nombre. Un soldat, même excellent, ne pouvait remporter seul la bataille, mais en rassemblant en rangs serrés des troupes animées par un même idéal, on obtenait des résultats. L’histoire militaire regorgeait d’exemples de l’efficacité d’une association collective(Pages 31-32)

 

Posté par aproposdelivres à 19:04 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :

La douce empoisonneuse – Arto Paasilinna

la_douce_empoisonneuse    la_douce_empoisonneuse_2

Denoël – septembre 2001 – 236 pages

Gallimard Folio - mars 2003 - 254 pages

traduit du finnois par Anne Colin Du Terrail

Résumé : La veuve du colonel Ravaska, Linnea, mène une existence tranquille dans sa petite métairie, à arroser ses violettes, en compagnie de son chat. Mais ce paisible tableau n'est qu'une façade... tous les mois, la bonne vieille tremble de peur ! En effet, son neveu et ses deux compères viennent la dépouiller de sa pension, jusqu'au jour où il demande à figurer sur son testament... Craignant pour sa vie et refusant de mourir de leur main, elle concocte un poison fulgurant pour se suicider le moment venu. Mais ce passe-temps est bien plus drôle que de tricoter... C'est à ce moment que de projets en situations cocasses, la donne change en faveur de la veuve du colonel ! Adeptes d''Arsenic et vieilles dentelles', ce livre est pour vous, et pour les autres aussi !

Biographie de l'auteur :
Arto Paasilinna est né en Laponie finlandaise en 1942. Bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur d'une vingtaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël. Citons entre autres Le Meunier hurlant, Le Lièvre de Vatanen, Petits suicides entre amis, Un homme heureux ou encore Le Bestial Serviteur du pasteur Huuskonen.

Mon avis : (lu en avril 2005)
Cette fois-ci, c'est la confrontation d'une vieille dame vulnérable et de trois jeunes délinquants qui la martyrisent. Pour en finir avec ce supplice, Linnea se prépare un poison pour se suicider, mais rien ne se déroule jamais comme prévu avec Paasilinna... L'humour noir et grinçant est là sans oublier les situations cocasses et originales. Tout ceci se lit avec un grand plaisir !

Extrait : (page 84)
"Il vint à l'esprit de Linnea que si quelqu'un pouvait avoir besoin d'un poison efficace et mortel, c'était bien elle. Si la situation devenait trop critique, elle pourrait ainsi avaler une dose afin d'échapper aux griffes des tortionnaires. Une vieille femme sans défense avait tout intérêt à se tenir prête au pire. A son âge, il convenait d'ailleurs aussi de se prémunir contre l'éventualité de maladies pénibles. L'idée d'une lente agonie sur un lit d'hôpital la terrifiait, elle avait une peur mortelle du cancer et de sa douloureuse phase terminale. Les médecins, aujourd'hui, s'acharnaient à maintenir en vie même les patients les plus désespérés, et elle ne voulait pas en arriver là. Dans de telles circonstances, avoir sa propre fiole de poison serait d'un immense secours.
Concocter une mixture mortelle pourrait aussi être une activité beaucoup plus passionnante que le macramé ou la peinture sur porcelaine."

Posté par aproposdelivres à 09:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Sur la plage de Chesil – Ian McEwan

sur_la_plage_de_chesil sur_la_plage_de_chesil_p

Gallimard - septembre 2008 - 148 pages

Folio – janvier 2010 – 177 pages

Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon

Présentation de l’éditeur :
«Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l'Angleterre d'avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l'alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l'ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d'une vie.

L'Auteur :
Né en 1948, Ian McEwan est considéré comme l’un des écrivains anglais les plus doués de sa génération. L’enfant volé (Du monde entier, 1993, Folio n° 2733) a reçu le prestigieux Whitbread Novel Award et, en France, le prix Femina étranger ; Amsterdam (Du monde entier, 2001, Folio n° 3728), a été couronné par le Booker Prize for Fiction (1998) ; Expiation (Du monde entier, 2003, Folio n° 4158), par le WH Smith Literary Award (2002). L’essentiel de son œuvre est disponible aux Éditions Gallimard.

Mon avis : (lu en février 2009)

C’est le premier livre de cet auteur que je lis. J’ai été attirée par ce livre grâce à sa couverture avec ce bleu-vert, le ciel lumineux et le titre aussi m’a interpellé.

Un roman court et plein de pudeur autour de cette nuit de noces qui nous est racontée.Tout cela semble plein de promesses. Il y a une montée en puissance avec des flash-back où l’on découvre tour à tour l'enfance des deux personnages si différente, leur rencontre, l'évolution de leur attirance. Les deux héros sont touchants. Lui attend cette nuit avec impatience, elle la redoute... J’ai passé un bon moment de lecture.

Extrait :

« Des angoisses plus profondes agitaient Florence, et plusieurs fois, durant le voyage depuis Oxford, elle s'était sentie sur le point de prendre son courage à deux mains et d'exprimer ses craintes. Mais ce qui la troublait était inexprimable, et elle pouvait à peine se le représenter. Contrairement à Edward, qui n'éprouvait rien d'autre que le trac du tout jeune marié avant sa nuit de noces, elle était habitée par une terreur viscérale, par un dégoût incoercible, aussi palpable que le mal de mer. La plupart du temps, durant tous ces mois de joyeux préparatifs, elle avait réussi à ignorer cette tache sur son bonheur, mais dès que lui venait la pensée d'une étreinte -elle ne tolérait aucun autre terme - son estomac se nouait, une nausée la prenait à la gorge. Dans un petit guide moderne et optimiste, qui était censé rassurer les jeunes mariées par son ton enjoué, ses points d'exclamation et ses illustrations numérotées, elle était tombée sur tel mot ou telle expression qui lui donnaient un haut-le-coeur : muqueuse vaginale, ou bien ce sinistre gland luisant. Certaines images insultaient son intelligence, surtout celle de l'entrée dans le corps féminin : "Peu avant qu'il n'entre en elle...", ou "Enfin, il entre en elle", ou encore : "Heureusement, dès qu'il est entré en elle..." Serait-elle donc obligée, le moment venu, de se transformer pour Edward en une sorte de portail ou d'antichambre qu'il puisse franchir ? Presque aussi fréquemment revenait ce mot qui n'était synonyme pour elle que de souffrance, de chairs tranchées par une lame : pénétration. »

Posté par aproposdelivres à 08:55 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :


31 janvier 2009

La cavale du géomètre – Arto Paasilinna

la_cavale_du_g_om_tre Denoël – 1998 – 250 pages

Gallimard Folio – juin 2000 – 267 pages

traduit du finnois par Antoine Chalvin

Quatrième de couverture
" Cela fait une drôle d'impression de ne pas savoir qui on est, d'où on vient ni où on va. Taavetti Rytkönen, soixante-huit ans, était exactement dans cette situation. Il ne savait pas où il allait, ni qu'il venait de sortir d'une agence de la Banque nationale, où il avait oublié son portefeuille et ses papiers d'identité, mais tout de même pensé à fourrer dans sa poche intérieure une liasse de billets épaisse d'un centimètre et demi... " Un géomètre amnésique, un chauffeur de taxi pas du tout pressé de rentrer chez lui, un architecte albanais, un interprète bosniaque, douze naturistes françaises, plus quelques paysans pas mal imbibés... Agitez, secouez et vous avez un grand Paasilinna.

Auteur : Arto Paasilinna, écrivain finlandais, né à Kittilä le 20 avril 1942. Il est né à l'arrière d'un camion, en pleine fuite des allemands, Arto Paasilinna traverse la Norvège, puis la Suède pour finir en Laponie finlandaise. Dès 1955, il exerce des métiers manuels comme celui de bûcheron ou d'ouvrier agricole mais suit, quelques années plus tard, des cours d'enseignement général à l'Ecole supérieure d'éducation populaire de Laponie. Il commence à écrire en devenant stagiaire au quotidien régional, 'Lapin Kansa'. Entre collaboration à la rédaction de divers journaux et revues littéraires, et l'écriture de romans tels que 'Le lièvre de Vatanen' (1993) ou 'Le fils du dieu de l'orage' (1995), il trouve encore le temps de composer des scénarios pour le cinéma et la télévision. Les thèmes récurrents comme celui de la fuite, des personnages singuliers et un art de la répétition qui n'appartient qu'à lui font toute l'originalité de ses œuvres. Cet auteur prolifique et brillant est devenu une figure emblématique et incontournable de la littérature finlandaise, et est parti pour gagner la reconnaissance d'un public international.

Mon avis : (lu en 2002)

Ce livre nous raconte la cavale d'un jeune chauffeur de taxi et d'un vieux géomètre amnésique à travers la Finlande au gré de leurs rencontres avec des personnages aussi illuminés qu'eux-même : un vieux couple de paysans qui a décidé de détruire leur propre exploitation, et un groupe de 12 françaises végétariennes et écolos qui pourchassent les taureaux dans les marais.... N'ayant plus de mémoire, le géomètre redevient un homme neuf, un homme libre...

Comme d'habitude l'histoire de ce roman d'Arto Paasilinna débute avec un fait banal et la suite est insoupçonnable tellement c'est totalement loufoque et surréaliste... Mais j'aime beaucoup, on est pris par l'intensité de l'histoire et on veut voir jusqu'où l'auteur va aller et on rit aussi beaucoup...

Posté par aproposdelivres à 19:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

Le lièvre de Vatanen - Paasilinna Arto

le_lievre_de_Vatanen

Denoël - 1989 - 196 pages

Gallimard - mars 1993 – 203 pages

traduit du finnois par Anne Colin du Terrail. ,

Présentation de l'éditeur
Vatanen est journaliste à Helsinki. Alors qu'il revient de la campagne, un dimanche soir de juin, avec un ami, ce dernier heurte un lièvre sur la route. Vatanen descend de voiture et s'enfonce dans les fourrés. Il récupère le lièvre blessé, lui fabrique une grossière attelle et s'enfonce délibérément dans la nature. Ce roman-culte dans les pays nordiques conte les multiples et extravagantes aventures de Vatanen remontant au fil des saisons vers le cercle polaire avec son lièvre fétiche en guise de sésame. Il invente un genre : le roman d'humour écologique.

Auteur : Arto Paasilinna, écrivain finlandais, né à Kittilä le 20 avril 1942. Il est né à l'arrière d'un camion, en pleine fuite des allemands, Arto Paasilinna traverse la Norvège, puis la Suède pour finir en Laponie finlandaise. Dès 1955, il exerce des métiers manuels comme celui de bûcheron ou d'ouvrier agricole mais suit, quelques années plus tard, des cours d'enseignement général à l'Ecole supérieure d'éducation populaire de Laponie. Il commence à écrire en devenant stagiaire au quotidien régional, 'Lapin Kansa'. Entre collaboration à la rédaction de divers journaux et revues littéraires, et l'écriture de romans tels que 'Le lièvre de Vatanen' (1993) ou 'Le fils du dieu de l'orage' (1995), il trouve encore le temps de composer des scénarios pour le cinéma et la télévision. Les thèmes récurrents comme celui de la fuite, des personnages singuliers et un art de la répétition qui n'appartient qu'à lui font toute l'originalité de ses œuvres. Cet auteur prolifique et brillant est devenu une figure emblématique et incontournable de la littérature finlandaise, et est parti pour gagner la reconnaissance d'un public international.

Mon avis : 5/5 (lu en 2002)

Histoire loufoque pleine d'imagination et de poésie. On suit avec beaucoup de plaisirs et de curiosité Vatanen et son lièvre à travers la Finlande. C'est une évasion stimulante et tonique qui nous fait du bien et nous fait rire... Un grand bol d'air pur ! C'est par ce livre que j'ai découvert Arto Paasilinna et depuis j'ai lu presque tous ses livres.

le_lievre_de_vatanen_film

'Le Lièvre de Vatanen' a été adapté au cinéma fin 2006 par Marc Rivière avec Christophe Lambert dans le rôle principal. Je n'ai pas vu le film.

Extrait : Le journaliste marchait distraitement dans le bois clairsemé ; il atteignit la lisière d'un petit carré de prairie, sauta le fossé et scruta la pelouse vert foncé. Dans les herbes, il aperçut le levraut.
     Sa patte arrière était cassée. Elle pendouillait tristement au-dessous du genou et l'animal était si mal en point qu'il n'essaya pas de fuir en voyant l'homme approcher.
     Le journaliste prit dans ses bras le levraut terrorisé. Il cassa un bout de branche et le fixa en attelle à la patte avec son mouchoir déchiré en lanières. Le lièvre se protégeait la tête entre ses petites pattes de devant, ses oreilles tremblaient tant son cœur battait fort.
     Au loin sur la route on entendit le vrombissement nerveux d'un moteur, deux coups de klaxon hargneux et un appel :
     « Reviens ! On n'arrivera jamais à Helsinki si tu restes à cavaler dans cette foutue forêt ! Tu te débrouilleras pour rentrer seul si tu n'arrives pas tout de suite ! »
     Le journaliste ne répondit pas. Il tenait le petit animal dans ses bras. Apparemment, la bête n'était blessée qu'à la patte. Elle se calmait peu à peu.
     Le photographe sortit de la voiture. Il scruta la forêt d’un regard furieux, aucun signe de son collègue. Le photographe jura, alluma une cigarette et fit impatiemment quelques pas sur la route. Toujours aucune réaction dans la forêt. L'homme écrasa son mégot sur la route et cria :
     « Reste donc, imbécile, et bon vent, merde ! »
     Le photographe écouta encore un instant, mais ne recevant pas de réponse, il s'installa rageusement derrière le volant, donna les gaz, enclencha brutalement une vitesse et démarra. Le sable de la route crissa sous les pneus. Un instant plus tard, la voiture avait disparu.
     Le journaliste était assis au bord du fossé, le lièvre sur les genoux ; on aurait dit une vieille femme perdue dans ses pensées, son tricot devant elle. Les bruits de la voiture s'éteignirent. Le soleil se couchait.
     Le journaliste posa le lièvre sur le gazon ; il craignit un instant de voir l'animal détaler aussitôt, mais le lièvre resta blotti dans les herbes et quand l'homme le reprit dans ses bras, il n'avait plus du tout peur.
     « Nous voilà bien », dit l'homme au lièvre.

Posté par aproposdelivres à 16:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

30 janvier 2009

La meilleure part des hommes – Tristan Garcia

la_meilleure_part_des_hommes

Editions Gallimard - août 2008 - 305 pages

Prix de Flore 2008

Présentation de l'éditeur
Dominique Rossi, ancien militant gauchiste, fonde à la fin des années quatre-vingt le premier grand mouvement de lutte et d'émancipation de l'homosexualité en France. Willie est un jeune paumé, écrivain scandaleux à qui certains trouvent du génie. L'un et l'autre s'aiment, se haïssent puis se détruisent sous les yeux de la narratrice et de son amant, intellectuel médiatique, qui passent plus ou moins consciemment à côté de leur époque. Nous assistons avec eux au spectacle d'une haine radicale et absolue entre deux individus, mais aussi à la naissance, joyeuse, et à la fin, malade, d'une période décisive dans l'histoire de la sexualité et de la politique en Occident. Ce conte moral n'est pas une autofiction. C'est l'histoire, que je n'ai pas vécue, d'une communauté et d'une génération déchirée par le Sida, dans des quartiers où je n'ai jamais habité. C'est le récit fidèle de la plupart des trahisons possibles de notre existence, le portrait de la pire part des hommes et - en négatif - de la meilleure.

Biographie de l'auteur
Tristan Garcia est né en 1981 à Toulouse. La meilleure part des hommes est son premier roman.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

J’ai pas vraiment d’avis sur ce livre que j’ai pris à la bibliothèque je ne sais plus pourquoi : parce qu’il a eu un prix ou parce que j’ai entendu parler du livre à la radio… Il était depuis quelques temps sur ma PAL et avant de la rendre à la bibliothèque  je m’y suis plongée. Présenté comme le roman des «années sida», La meilleure part des hommes, fresque des années 1980 à Paris, retrace le destin de quatre personnages : deux homosexuels militants, un brillant intellectuel et une journaliste qui observe et raconte. Le sujet est difficile plutôt triste et noir, le ton est souvent cru et cruel. Ce livre est intéressant pour mieux connaître cette époque des « années sida ». Sinon, je n’ai pas été sensible à ce livre.

Posté par aproposdelivres à 15:38 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

Les sirènes de Bagdad – Yasmina Khadra

Les_sir_nes_de_Bagdad Julliard - mai 2006 - 337 pages

Résumé :
" Le coup parti, le sort en fut jeté. Mon père tomba à la renverse, son misérable tricot sur la figure, le ventre décharné, fripé, grisâtre comme celui d'un poisson crevé... et je vis, tandis que l'honneur de la famille se répandait par terre, je vis ce qu'il ne me fallait surtout pas voir, ce qu'un fils digne, respectable, ce qu'un Bédouin authentique ne doit jamais voir - cette chose ramollie, repoussante, avilissante, ce territoire interdit, tu, sacrilège: le pénis de mon père... Le bout du rouleau! Après cela, il n'y a rien, un vide infini, une chute interminable, le néant... " La descente aux enfers d'un jeune homme broyé par le terrorisme. Fuyant son village, dérivant jusqu'à Bagdad, il se retrouve dans une ville déchirée par une guerre civile féroce. Sans ressources, sans repères, miné par l'humiliation, il devient une proie rêvée pour les islamistes radicaux. Connu et salué dans le monde entier, Yasmina Khadra explore inlassablement l'histoire contemporaine en militant pour le triomphe de l'humanisme. Après Les Hirondelles de Kaboul (Afghanistan) et L'Attentat (Israël; Prix des libraires 2006), Les Sirènes de Bagdad (Irak) est le troisième volet de la trilogie que l'auteur consacre au dialogue de sourds opposant l'Orient et l'Occident. Ce roman situe clairement l'origine de ce malentendu dans les mentalités.

Auteur : Yasmina Khadra (arabe ياسمينة خضراء qui signifie « jasmin vert ») est le pseudonyme de l'écrivain Mohammed Moulessehoul, né le 10 janvier 1955 à Kenadsa dans la wilaya de Bechar dans le Sahara algérien. Diverses raisons l'y poussent, mais la première que donne Moulessehoul est la clandestinité. Elle lui permet de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire et de mieux approcher son thème cher : l'intolérance. Il choisit de rendre hommage aux femmes algériennes et à son épouse en particulier, en prenant ses deux prénoms : Yasmina Khadra. Khadra ne révèle son identité masculine qu'en 2001 avec la parution de son roman autobiographique L'Écrivain et son identité tout entière dans L'imposture des mots en 2002. Or à cette époque ses romans ont déjà touché un grand nombre de lecteurs et de critiques. Ses œuvres ont été traduites en plus de trente langues.

Mon avis : (lu en novembre 2006)

C’est une histoire très forte et d’une actualité brûlante, nous sommes à Bagdad, les occupants américains sont présents et l’on découvre comment la guerre et les humiliations qui l'accompagnent peuvent conduire un jeune homme ordinaire à se laisser "séduire" par le terrorisme.

C’est un témoignage sur les souffrances des peuples du Moyen-Orient, Yasmina Khadra nous raconte une réalité. Ce roman nous montre l’envers du décor, ce que l’on ne voit pas à la télévision : le cheminement qui mène à la haine, l'incompréhension, le choc des cultures…

A lire absolument ! Nous nous devons de ne pas ignorer ce qui se passe en Irak.

Extrait : (p.115)
Un soldat m'attrapa par la nuque, un autre me mit un genou dans le bas-ventre.J'étais happé par une tornade, ballotté d'un tumulte à l'autre ; je cauchemardais debout, tel un somnambule pris à partie par des esprits frappeurs.J'avais le vague sentiment qu'on me traînait sur la terrasse, que l'on me bousculait sur les marches de l'escalier ; je ne savais plus si je dégringolais ou si je planais...

Extrait : (p.202)
- Encore autre chose, cousin, me chuchota-t-il. Si tu tiens à te battre, fais-le proprement. Bats-toi pour ton pays, pas contre le monde entier. Fais la part des choses et distingue le bon grain de l'ivraie. Ne tue pas n'importe qui, ne tire pas n'importe comment. Il y a plus d'innocents qui tombent que de salauds. Tu le promets ?
-...
- Tu vois ? Tu fais déjà fausse route. Le monde n'est pas notre ennemi. Rappelle-toi les peuples qui ont protesté contre la guerre préventive, ces millions de gens qui ont marché à Madrid, Rome, Paris, Tokyo, en Amérique du sud, en Asie. Tous étaient et sont encore de notre côté.

Posté par aproposdelivres à 10:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

29 janvier 2009

Les cerfs-volants de Kaboul – Khaled Hosseini

cerfs_volants_de_kaboul Belfond – avril 2005 – 383 pages

Grand Prix des lectrices de ELLE 2006 dans la catégorie roman.

Présentation de l'éditeur
Dans les années 70 à Kaboul, le petit Amir, fils d'un riche commerçant pachtoun, partage son enfance avec son serviteur Hassan, jeune chiite condamné pour ses origines à exécuter les tâches les plus viles. Liés par une indéfectible passion pour les cerfs-volants, les garçons grandissent heureux dans une cité ouverte et accueillante. Ni la différence de leur condition ni les railleries des camarades n'entament leur amitié. Jusqu'au jour où Amir commet la pire des lâchetés... Eté 2001. Réfugié depuis plusieurs années aux Etats-Unis, Amir reçoit un appel du Pakistan. " Il existe un moyen de te racheter", lui annonce la voix au bout du fil. Mais ce moyen passe par une plongée au cœur de l'Afghanistan des talibans... et de son propre passé.

Biographie de l'auteur
Khaled Hosseini est né à Kaboul, en Afghanistan, en 1965. Fils de diplomate, il a obtenu avec sa famille le droit d'asile aux Etats-Unis en 1980. Son premier roman, Les Cerfs-Volants de Kaboul, a bénéficié d'un extraordinaire bouche à oreille. Acclamé par la critique, il est resté de nombreuses semaines en tête des listes aux Etats-Unis, où il est devenu un livre-culte. Les Cerfs-Volants de Kaboul a reçu le prix RFI et le Grand prix des lectrices de Elle en 2006.

Mon avis : 5/5 (lu en mai 2005)

Un livre inoubliable. L’histoire est bouleversante et émouvante. On est prit par cette histoire d'amitié, puis de trahison. On découvre l'Afghanistan, sa culture et son histoire douloureuse des années 70 à aujourd'hui. Les personnages sont très attachants et j'ai été ému jusqu'aux larmes.

Je me suis fait offrir le second roman de Khaled Hosseini, Mille soleils splendides mais j'avoue qu'il est toujours dans ma PAL de livres personnels... En effet, je lis en priorité les livres de mes deux bibliothèques !

les_cerfs_volants_de_kaboul_film

Une adaptation cinématographique de ce livre a été réalisé en février 2008 par Marc Foster, avec Khalid Abdalla, Homayon Ershadi, Saïd Taghmaoui. Je n'ai pas encore vu le film.

Extrait (p.121)
I
ls s'entretinrent ainsi un moment. Le dos voûté, un bras sur le toit de la voiture, Baba ne cherchait même pas à s'abriter. Lorsqu'il se redressa, sa mine abattue m'annonça la fin de la vie que j'avais connue depuis ma naissance. Il s'installa au volant. Les phares s'allumèrent, découpant deux rais de lumière sous l'averse. Si nous avions été les protagonistes de l'un de ces films indiens qu'il nous arrivait d'aller voir, je me serais précipité dehors à cet instant. Pieds nus dans les flaques, je les aurais poursuivis en leur hurlant de s'arrêter, j'aurais tiré Hassan de son siège pour lui dire que j'étais désolé, nous nous serions jetés dans les bras l'un de l'autre. Seulement nous n'étions pas au cinéma. Certes j'étais désolé, mais je ne pleurai ni ne courus derrière eux. Je me contentais de regarder la Mustang quitter le trottoir et emmener celui dont le premier mot avait été mon nom. Hassan m'apparut brièvement une dernière fois, juste avant que mon père tourne à gauche à l'angle de la rue où nous avions si souvent joué aux billes.
Je reculai d'un pas et ne vis plus que le rideau d'argent de la pluie sur mes vitres.

Extrait (p.230)
L'Afghanistan de notre jeunesse a, hélas, disparu. Toute douceur a déserté notre pays et il est impossible d'échapper aux tueries. Des tueries incessantes. La peur règne partout à Kaboul, dans les rues, dans le stade, sur les marchés. Elle fait partie de nos vies, Amir Agha. Les barbares qui dirigent notre watan ne s'embarrassent pas de sentiments. Il y a peu,j'ai accompagné Farzana jan au bazar pour acheter des pommes de terre et du naan. Elle a demandé le prix au vendeur, mais il ne l'a pas entendue - je crois qu'il était sourd d'une oreille. Elle a donc reposé sa question plus fort, et soudain un jeune taliban s'est précipité sur elle et l'a frappée aux jambes avec son bâton. Il l'a frappée si brutalement qu'elle est tombée. Il l'insultait et criait que le ministère de la Prévention du vice et de la Promotion de la vertu n'autorisait pas les femmes à élever la voix. Elle a eu un gros hématome sur la cuisse pendant plusieurs jours, mais je n'avais pas d'autre choix que de rester spectateur. Si je l'avais défendue, ce chien m'aurait abattu d'une balle, et avec plaisir !

Posté par aproposdelivres à 19:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :