10 août 2009

Le poids des secrets, Tome 1: Tsubaki – Aki Shimazaki

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Leméac/Actes sud - septembre 1999 – 121 pages

Actes Sud – octobre 2005 – 114 pages

Présentation de l'éditeur
Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.

Biographie de l'auteur
Née au Japon, Aki Shimazaki vit à Montréal depuis 1991. Bien que sa langue maternelle soit, le japonais, elle écrit tous ses livres directement en français. Tsubaki est le premier volet de sa pentalogie Le Poids des secrets, qui comprend également
Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa et Hotaru (tous publiés par Leméac/Actes Sud). Elle a remporté le prix Ringuet de l'Académie des lettres du Québec pour Hamaguri et le prix Canada-Japon pour Wasurenagusa.

Mon avis : (lu en août 2009)

J'ai découvert ce titre grâce à la blogosphère. Tsubaki (qui signifie camélia en japonais) est le premier tome de la série Le poids des secrets d'Aki Shimazaki.

C'est l'histoire d'une Japonaise qui laisse une lettre à sa fille dans laquelle elle raconte sa vie, son enfance à Nagasaki, de la bombe atomique, mais surtout elle va dévoiler des secrets de famille. Les personnages de cette histoire sont profondément attachants et humains, et en toile de fond nous assistons à l'horreur de la Seconde Guerre Mondiale et des bombes atomiques ...

Le livre est très court et se lit très vite, trop vite. L'écriture est juste, subtile pleine d'une poésie délicate dans la pure tradition japonaise. Ce récit est émouvant et j'ai vraiment hâte de pouvoir lire la suite de cette série.

Extrait : (début du livre)

Il pleut depuis la mort de ma mère. Je suis assise près de la fenêtre qui donne sur la rue. J'attends l'avocat de ma mère dans son bureau où travaille une seule secrétaire. Je suis ici pour signer tous les documents relatifs à l'héritage : l'argent, la maison et le magasin de fleurs dont elle s'occupait depuis le décès de mon père. Il est mort d'un cancer de l'estomac voilà sept ans. Je suis la seule enfant de la famille et la seule héritière déclarée.
Ma mère tenait à la maison. C'est une vieille maison entourée d'une haie d'arbustes. Derrière, un jardin avec un petit bassin rond et un potager. Au coin, quelques arbres. Parmi eux, mes parents avaient planté des camélias peu après l'achat de la maison. C'était ma mère qui aimait les camélias.

Le rouge des camélias est aussi vif que le vert des feuilles. Les fleurs tombent à la fin de la saison, une à une, sans perdre leur forme : corolle, étamines et pistil restent toujours ensemble. Ma mère ramassait les fleurs par terre, encore fraîches, et les jetait dans le bassin. Les fleurs rouges au cœur jaune flottaient sur l'eau pendant quelques jours.

Un matin, elle dit à mon fils : « J'aimerais mourir comme tsubaki. Tsubaki, c'est le nom du camélia en japonais. »

Maintenant, comme elle le voulait, ses cendres sont répandues sur la terre autour des camélias alors que sa pierre tombale est à côté de celle de mon père au cimetière.

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09 août 2009

Week-end de chasse à la mère – Genevière Brisac

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Editions de l’Olivier – août 1996 – 204 pages

Point – janvier 2004 – 208 pages

Prix Femina 1996

Quatrième de couverture :

Il y a Nouk, la mère.
Et Eugenio, le fils qu'elle élève seule, dans un minuscule appartement aux rideaux rouges. Elle s'inquiète. Peut-on survivre aux fêtes de fin d'année ? En attendant, il neige sur Paris, sur les clochards et les gens des beaux quartiers. Il neige sur les statues du jardin du Luxembourg. La mère et l'enfant se tiennent par la main, ils marchent dans les rues, tout au long de cette histoire magique, déchirante, follement drôle.
En chemin, ils rencontrent Adam et Ève, Anton Tchekhov, un fleuriste, un chauffeur de taxi, des tortues vieilles comme le monde. S'ils triomphent des obstacles semés sur leur route, il leur reste à affronter le pire : l'implacable bonté de ceux qui ont décidé de faire leur bonheur.

Avec ce roman très moderne où la vie intime se voit constamment menacée par l'intrusion du monde extérieur, Geneviève Brisac semble nous inviter à un retournement. Comme l'artiste qui, parce qu'il porte en lui un "gène d'irréalité" transmue en beauté le matériau brut de la vie.

Biographie : Née à Paris le 18 octobre 1951, normalienne et agrégée de lettres, Geneviève Brisac a tout d'abord enseigné en Seine-Saint-Denis. Elle se lance ensuite dans la littérature jeunesse et l'édition : elle dirige la revue des Livres pour enfants, crée la collection 'Page Blanche', collabore au 'Monde des livres' et est éditrice à l'Ecole des loisirs. En tant qu'écrivain, elle obtient le prix de l'Académie française en 1987 pour 'Les Filles' et le Prix Femina en 1996 avec 'Week-end de chasse à la mère'. Elle écrivit également une biographie de l'auteur du sud des Etats-Unis, Flannery O'Connor.

Mon avis : (lu en août 2009)

J'ai pris vraiment par hasard ce livre à la bibliothèque (même si ma PAL est déjà bien grande, j'ai beaucoup de mal à quitter la bibliothèque sans prendre un livre...), j'ai été intriguée par le titre car machinalement j'ai d'abord lu "Week-end de chasse à la mer".

En fait il n'est pas question de mer, mais bien de mère car c'est l'histoire de Nouk une maman qui élève seul son petit garçon Eugenio. Ils vivent tous les deux dans un petit appartement et leur relation est trop étouffante, fusionnelle. Nouk est faible face à son fils et accepte tous ses caprices, mais aussi elle le couve et l'étouffe de trop d'amour. Eugenio exige beaucoup, il profite de la faiblesse de sa mère et se comporte en enfant-roi, il n'est jamais satisfait. Nouk est très touchante, ancienne artiste peinte, sa sensibilité est forte, elle vit à la fois dans le réel et l'imaginaire.

J'ai passé un bon moment avec ce livre malgré quelques longueurs par moment.

Extrait : (début du livre)

« Quel est ton animal préféré ? » a demandé Eugenio pendant qu'on marchait dans la nuit. C'était l'avant-veille de Noël.

J'ai dit : « Koala, écureuil, loutre. Koala pour le geste des pattes autour du tronc de l'eucalyptus, et pour le voisinage du kangourou. Écureuil pour les noisettes. Quelle douceur dans l'offrande d'une noisette, comme je dis toujours. Loutre, je ne sais pas. A cause de la sonorité assez moche et touchante de son nom. A cause de l'eau. » Je mentais. Je voyais plutôt un animal du genre tatou.

Eugenio avait glissé son bras dans la petite anse invisible que forment mon corps et mon bras. Il avait l'air anxieux : «  Crois-tu que la reine Élisabeth a eu une vie heureuse ? a-t-il murmuré.

J'ai eu au bord des lèvres une riposte mesquine : Qui t'a parlé de cette momie à chapeau ? C'est encore ton père qui t'a parlé d'elle ! J'ai dit : « Assez heureuse, je crois, mais elle a été déçue par ses enfants. »

C'était une méchanceté gratuite d'avoir mis sur le tapis ces mots ensemble : déçue et enfants, et Eugenio s'est ratatiné. J'ai eu honte. « Il faut qu'on se dégrouille, a dit Eugenio. On est en retard, maman, dégrouille-toi !

- Ce verbe est vraiment immonde et la reine Élisabeth ne le dirait certainement pas ! » lui répondis-je.

La reine Élisabeth est notre idole, notre tête de Turc, notre sphinx et notre bouc émissaire. « Elle n'a pas eu une vie heureuse, dis-je finalement, parce qu'elle ne le souhaitait pas tellement. »

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08 août 2009

Trois Ombres – Cyril Pedrosa

trois_ombres Delcourt - Septembre 2007 – 268 pages

Présentation de l'éditeur
Joachim et ses parents vivaient heureux au creux des collines. Puis les ombres apparurent et rien ne fut plus comme avant. Une sourde menace s'était immiscée : il fallait fuir ou se soumettre.

Biographie de l'auteur
Cyril Pedrosa est né en 1972. Lecteur assidu de Mickey Parade et Astérix, il décide à six ans d'être dessinateur de bande dessinée. Ses parents sont ravis mais lui suggèrent de poursuivre un peu ses études. Presque trente ans plus tard, il aime toujours écrire des histoires et les dessiner. Parallèlement à sa collaboration fidèle et fructueuse avec David Chauvel (Ring Circus), Trois ombres est, après Les Cœurs solitaires (éditions Dupuis), le deuxième livre seul en piste de Cyril : la recherche d'une expression plus personnelle qu'il compte bien continuer à explorer...

Mon avis : (lu en août 2009)

Extrait : (début du livre)

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Allez lire une interview très intéressante de Cyril Pedrosa sur "Trois ombres" chez ActuaBD.

Dans cette BD, l'auteur aborde le sujet difficile de la perte d'un enfant sous la forme d'un conte fantastique. Joachim vit avec ses parents dans une maison isolée. La famille est unie et heureuse jusqu'au jour où apparaissent trois ombres sur la colline face à la maison. Qui sont ses ombres ? Que veulent-elles ? Les parents vont comprendre que ces "ombres" sont venues pour "chercher" Joachim, pour l'emporter loin d'eux. Son père décide de s'enfuir avec son petit garçon. Ils vont vivre des aventures sur un bateau. Mais fuir, ne sert à rien, il ne peut pas échapper aux ombres.

Le dessin en noir et blanc est très réussi, il donne une force supplémentaire à ce récit d'aventure sur l'amour et la mort. Plusieurs types de graphismes sont utilisés en fonction du déroulement et des parties réalistes ou magiques de l'histoire. Pour terminer l'auteur nous laisse une lueur d'espoir en citant un très joli poème que voici :

"Dans ce paysage de printemps

il n'y a ni meilleur ni pire

les branches des fleurs poussent naturellement

certaines sont longues certaines sont courtes."

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Une mort esthétique – P.D. James

une_mort_esth_tique Fayard – avril 2009 – 440 pages

traduit de l'anglais par Odile Demange

Résumé du livre :

Quand la célèbre journaliste d'investigation Rhoda Gradwyn s'inscrit dans la clinique privée du docteur Chandler-Powell pour faire disparaître une cicatrice qui la défigure depuis l'enfance, elle a en perspective une opération réussie par un chirurgien reconnu, une paisible semaine de convalescence dans l'un des plus beaux manoirs du Dorset et le début d'une nouvelle vie. Mais, malgré le succès de l'opération, elle ne quittera pas Cheverell Manor vivante. Le commandant Dalgliesh et son équipe, appelés pour enquêter sur ce qui se révèle être un meurtre, puis sur une deuxième mort suspecte, se trouvent confrontés à des problèmes qui les mèneront bien au-delà de la simple recherche des coupables.

Phyllis Dorothy James mène ici sa dix-septième intrigue policière avec toute l'acuité et l'inventivité dont elle a le secret : un cadre pittoresque ; des personnages bien campés et dont la psychologie occupe une place importante, avec de nombreux retours sur leur passé ; l'équipe d'enquêteurs habituelle (Adam Dalgliesh, Kate Miskin, Francis Benton-Smith) ; le tout assorti de réflexions sur la structure sociale britannique, la nature humaine, la limite floue entre culpabilité et innocence, le poids du passé sur les destinées individuelles, le rôle fatal que peuvent jouer certains médias.

Auteur : Née en 192O, Phyllis Dorothy James sera tour à tour secrétaire, assistante de régie et directrice administrative d'un hôpital, avant de diriger un laboratoire médico-légal. En 1962, elle publie son premier roman, A Visage couvert. Il est signé P.D. James, afin de cacher que son auteur est une femme. Adam Dalgliesh, déjà présent dans ce premier titre, devient le héros emblématique des romans policiers de cet écrivain atypique, qui s'attache à mêler le suspense aux descriptions psychologiques. Devenue magistrat à la retraite aujourd'hui, anoblie par la reine en 1990, elle poursuit l'écriture et la promotion de ses romans avec le même succès.

Mon avis : (lu en août 2009)

C'est le deuxième livre de P.D. James que je lis après Le Phare. J'aime ce genre de policier anglais assez traditionnel. L'intrigue est très bonne, on ne s'ennuie pas un instant, petit à petit les pièces du puzzle s'assemble. Les personnages sont fort bien décrits, aussi bien les policiers à la suite du commandant Adam Dalgliesh que les occupants du manoir. J'aime cette ambiance lourde et mystérieuse de la campagne anglaise, ici nous sommes en plein hiver dans le Dorset, dans un vieux manoir imposant et isolé. J’aime également beaucoup la couverture qui reflète parfaitement l'atmosphère de ce roman policier avec lequel j'ai passé de très bons moments.

Extrait : (page 45)

Le mardi 27 novembre à quatorze heures, Rhoda était prête à partir pour son premier séjour à Cheverell Manor. Ses derniers articles avaient été rédigés et remis à temps, comme toujours. Elle n'avait jamais pu quitter sa maison, fût-ce pour une nuit, sans que tout soit en ordre, le ménage impeccablement fait, les poubelles vidées, les papiers rangés dans son bureau, la fermeture des portes intérieures et des fenêtres vérifiée. Le lieu qu'elle considérait comme son foyer devait être impeccable avant son départ, comme si ce souci du détail garantissait qu'elle y reviendrait saine et sauve.

En même temps que la brochure du manoir, on lui avait remis un plan pour se rendre dans le Dorset, mais comme elle le faisait toujours quand l'itinéraire ne lui était pas familier, elle avait noté les étapes sur un bristol qu'elle placerait sur le tableau de bord. Il y avait eu des éclaircies au cours de la matinée, mais malgré son départ tardif, elle mit du temps à sortir de Londres et au moment où, près de deux heures plus tard, elle quitta la M3 pour s'engager sur la route de Ringwood, le jour déclinait déjà. Le crépuscule s'accompagna de violents bourrasques de pluie qui, en l'espace de quelques secondes, se transformèrent en averse diluvienne. Tressautant comme des créatures vivantes, les essuie-glaces n'arrivaient pas à écarter cette masse d'eau. Elle ne voyait devant elle que la lueur de ses phares sur un ruissellement de plus en plus dense. Elle ne distinguait que très peu d'autres véhicules. Elle jugea plus prudent de s'arrêter et scruta le bord de la route à travers un mur de pluie, cherchant un accotement stable, recouvert d'herbe. Quelques minutes plus tard, elle put se diriger précautionneusement vers quelques mètres de terrain plat, devant le lourd portail d'une ferme. Ici, au moins, ses roues ne risquaient pas de s'enfoncer dans un fossé caché ou dans de la boue spongieuse. Elle coupa le moteur et écouta la pluie qui martelait le toit comme une grêle de balles. Sous ce déluge, la BMW était un havre de paix métallique, qui accentuait encore le tumulte extérieur. Elle savait qu'au-delà d'invisibles haies taillées s'étendait une des plus belles campagnes d'Angleterre, mais pour le moment, elle se sentait murée dans une immensité à la fois étrangère et potentiellement hostile. Elle avait éteint son portable, avec soulagement, comme toujours. Personne au monde ne savait où elle était, personne ne pouvait la joindre. Aucun véhicule ne passait et, à travers le pare-brise, elle ne voyait que la muraille d'eau et, au-delà, des traînées lumineuses tremblotantes qui indiquaient la présence de maisons lointaines. Généralement, elle appréciait le silence et n'avait aucun mal à tenir son imagination en bride. Elle envisageait sereinement l'opération à venir, tout en étant consciente des risques d'une anesthésie générale. Mais elle se sentait en proie à un malaise plus profond que la simple appréhension due à cette visite préliminaire ou à l'imminence de l'intervention. C'était un sentiment, jugea-t-elle, trop proche de la superstition pour être agréable, comme si une réalité qu'elle avait ignorée ou refoulée jusque-là s'imposait progressivement, exigeant d'être reconnue.

La rivalité sonore de l'orage rendait vaine toute tentative pour écouter de la musique ; elle se laissa donc aller contre le dossier de son siège et ferma les yeux.

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02 août 2009

Lune captive dans un œil mort – Pascal Garnier

lune_captive_dans_un_oeil_mort Zulma – janvier 2009 - 156 pages

Présentation de l'éditeur
Martial et Odette viennent d'emménager dans une résidence paradisiaque du sud de la France, loin de leur grise vie de banlieue. Les Conviviales offrent un atout majeur : protection absolue et sécurité garantie - pour seniors uniquement. Assez vite, les défaillances du gardiennage s'ajoutent à l'ennui de l'isolement. Les premiers voisins s'installent enfin. Le huis clos devient alors un shaker explosif : troubles obsessionnels, blessures secrètes, menaces fantasmées du monde extérieur. Jusqu'à ce que la lune, une nuit plus terrible que les autres, se reflète dans l'œil du gardien... Avec beaucoup d'humour et de finesse, malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier brosse le portrait d'une génération à qui l'on vend le bonheur comme une marchandise supplémentaire. Une fin de vie à l'épreuve d'un redoutable piège à rêves.

Biographie de l'auteur
La vie de Pascal Garnier est à elle seule toute une histoire. On retiendra qu'il est une figure originale du roman contemporain. Il a élu domicile dans un petit village en Ardèche où il peint, et écrit aussi pour la jeunesse. On ne s'étonnera pas qu'il ait reçu le Grand Prix de l'Humour noir (2006). Après l'A26, Comment va la douleur ? ou la Théorie du panda, Pascal Garnier confirme ici son talent dans l'investigation des travers contemporains. Son art du suspense et du scénario, comme la virtuosité diabolique dans le flegme qu'il tient du roman noir, font de lui un des maîtres actuels de la fable réaliste.

Mon avis : (lu en aout 2009)

C'est le premier livre que je lis cet auteur et je remercie ma bibliothèque préférée et son « Café lecture » pour m'avoir encouragé à lire ce livre. Je n'aime pas du tout la couverture de ce livre (le graphisme m'est très désagréable à regarder) par contre la police typographique est très sympathique. Le titre est également très énigmatique...

Nous voici dans un huis-clos au sein d'une résidence réservée aux 3ème âge. Un village idéal avec de jolis petites maisons toutes pareilles, des jardins parfais, un club-house, une piscine, un gardien pour la surveillance et une clôture sécurisant la résidence, bref le coin idéal pour passer sa retraite au soleil. Martial et Odette sont le premier couple à s'installer, ils attendent l'arrivée leurs premiers voisins (50 maisons composent le village), en effet ils sont seuls et regardent la pluie tomber sous la surveillance du gardien M.Flesh. Au printemps, un nouveau couple, Marlène et Maxime, très différents des premiers vont s'installer. Puis c'est l'arrivée de Léa, une femme seule. Au début l'entente est cordiale, mais bientôt les différents caractères et les petits secrets de chacun va rendre la cohabitation explosive. L'auteur nous livre une galerie des personnages d'un réalisme étonnant et à travers ce petit livre de 150 pages (trop court à mon goût !) une critique de notre société et des « paradis pour seniors». Cette lecture me donne très envie de découvrir d'autres livres de cet auteur !

Extrait : (début du livre)

LES CONVIVIALES,

L'EXPERT DES RÉSIDENCES SENIORS

Les Conviviales, c'est le nouveau concept de vie pour les retraités qui ont choisi de vivre une retraite active au soleil... En quelques mots, les Conviviales, c'est :

UNE RÉSIDENCE CLOTURÉE ET SÉCURISÉE

Aujourd'hui, le premier des conforts, c'est de se sentir bien protégé et en sécurité permanente. Le gardien-régisseur logé sur place à l'année veille à la tranquillité des résidents.

Martial compara la photo sur la couverture de la plaquette avec ce qu'il voyait par la fenêtre. Il pleuvait. Il pleuvait presque tous les jours depuis un mois. La pluie vernissait les tuiles romaines des pavillons rigoureusement identiques au crépi ocre qui tendaient devant eux leur petit tablier de pelouse vert cru, pareil à de la moquette synthétique. Des arbustes plantés comme des balais à intervalles réguliers ne produisaient en cette saison ni feuilles, ni fleurs, ni ombre. Tous les volets étaient clos. La cinquantaine de maisonnettes s'alignaient sagement de part et d'autre d'une large voie centrale d'où rayonnaient des allées de gravillons la reliant aux habitations. Vu d'avion, ça devait ressembler à une sorte d'arête de poisson.

DES MAISONS DÉDIÉES AU CONFORT

Les maisons de plain-pied permettent une accessibilité parfaite : terrasse, patio, cuisine fonctionnelle, salle de bains ergonomique, deux belles chambres...

A part quelques meubles de famille qui n'arrivaient toujours pas à trouver leur place, Odette avait profité de l'occasion pour renouveler le mobilier et, consciemment ou pas, son choix s'était porté sur des meubles qui ressemblaient étrangement à ceux de la maison témoin qu'ils avaient visitée quelques mois auparavant. Martial n'arrivait pas à s'y faire. Tout sentait le neuf, le plastique. D'accord, c'était pratique, tout fonctionnait, mais il avait l'impression de vivre à l'hôtel. (…)

UN CLUB-HOUSE

Le club-house de la résidence, véritable Pavillon des Loisirs, est un lieu de rencontres. Chacun aimera s'y retrouver pour discuter, jouer aux échecs, surfer sur Internet, disputer une partie de billard, prendre le thé, faire des crêpes... La secrétaire-animatrice organise dans la concertation et la bonne humeur des concours, des excursions, des sorties, des découvertes de sites, des soirées.

Pour l'heure, il était fermé et jamais ils n'avaient rencontré ni même entrevu la secrétaire-animatrice. Pour dire vrai, Martial n'y tenait pas plus que ça. Il redoutait même l'ouverture du club-house. Il n'avait aucune envie de faire des concours de crêpes avec des inconnus.

UNE PISCINE CHAUFFÉE AU SOLAIRE

Pour combiner santé et plaisir en s'offrant d'agréables moments de fraîcheur.

Elle était vide, la piscine. Quelques centimètres d'eau de pluie stagnaient au fond.

DU SOLEIL TOUTE L'ANNÉE

Toutes les résidences sont implantées dans le sud de la France afin de...

- Tu parles !

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31 juillet 2009

le bateau du soir – Vonne van der Meer

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Edition Héloïse d'Ormesson – mars 2006 – 205 pages

10x18 – juillet 2008 – 222 pages

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Présentation de l'éditeur
Une petite villa de location sur l'île de Vlieland, quelque part sur la côte frisonne. Le temps d'un été, des vacanciers se succèdent à Duinroos, la maison des dunes. Familles à la dérive, couples en crise, chacun y trouve refuge pour se découvrir ou accepter l'inéluctable. Les histoires changent, le lieu demeure. Quelques chaises, des assiettes, un lit pour faire le point sur sa vie. Semaine après semaine, c'est la maison elle-même qui prend âme. Comme un trait d'union entre les parenthèses. Et dans le Livre d'or posé sur la commode, si les battements de cœur sont différents, le tempo est unique. Tout a commencé en arrivant ici, par le bateau du soir... Après Les Invités de l'île, une nouvelle échappée dans l'univers subtil de Vonne van der Meer.

Biographie de l'auteur
Vonne van der Meer est née en 1952 aux Pays-Bas. Avec sa trilogie de Duinroos dont "La Maison dans les dunes (ou les invités de l'île)", "Le Bateau du soir", elle rencontre un succès phénoménal dans toute l'Europe.
 

Mon avis : (juillet 2009)

Une ballade au bord de la mer, aux saveurs simples. C'est la suite du premier roman de Vonne van der Meer intitulé "La Maison dans les dunes ou les invités de l'île". On y retrouve quelques personnages croisés dans le premier livre : l'homme dont la femme était très malade, et qui était venue seule dans la maison de Vlieland quelques mois plus tôt. Il y a aussi Martine qui était venue l'année passée avec un jeune fille enceinte. Cette année, elle est accompagnée de sa mère et attend l'arrivée de son nouveau fiancé. Les vacanciers se succèdent avec leurs soucis, leurs angoisses... La femme de ménage est toujours présente de façon discrète. La mer, les dunes et la maison font partie prenante du roman. J'ai pris un égal plaisir à retourner sur l'île de Vlieland et j'ai passé un très agréable moment de lecture !

J'ai appris également que le troisième volet " Le Voyage vers l’enfant " sera publié fin août.

Extrait : (début du livre)

Je m’en suis sortie, une fois de plus. Tout est propre, tout marche. Tapis battus, rideaux repassés et accrochés ; ampoule neuve à la lampe au-dessus de la table ronde. La maison sent encore un peu l’alcool à brûler. Juste ce qu’il faut, non pas comme une dame qui se serait trop parfumée.

Reste mon petit tour d’inspection. Une dernière fois, je passe dans les pièces de Duinroos en regardant tout avec des yeux de vacancier. D’abord l’étage : la petite chambre bleue sous les toits. La chambre de Betty, c’est ainsi que je l’appelle. Betty et Herman Slaghek vont sans doute revenir cette année, trois semaines en mai, pour la cinquième fois. Puis je redescends l’escalier : mon voisin l’a repeint cet hiver. Je n’ai pas demandé l’autorisation à M. Duinroos ; de toute façon, il s’en remet à moi. Je lui ai envoyé la facture de la peinture ; quant à Bart, il n’a bien entendu pas demandé un centime pour la main-d'œuvre. Les marches avaient l’air moisies ; au fil des ans, la peinture blanche s’était écaillée, à croire que les gens n’ont rien de mieux à faire que passer leurs vacances à monter et descendre cet escalier.

Au rez-de-chaussée, depuis le temps que je viens ici, j’ai mon petit circuit. Pour commencer, la chambre d’enfant, près de la porte d’entrée, ensuite la cuisine, puis, en passant par le salon, la chambre des parents sur le côté de la maison. Je soulève de nouveau les rideaux pour voir s’il n’y a pas d’araignée morte par terre. Les W.-C., inutile de les inspecter une dernière fois car, nerveuse comme je suis, je les visite toutes les deux minutes comme si je m’apprêtais à partir en voyage.

Une fois que je suis passée partout, la partie d’échecs peut commencer. J’aurais pu être un Grand Maître. Où placer les fleurs ? Sur la table ronde ? Ou, malgré tout, sur la table basse, près des portes-fenêtres, afin qu’elles aient plus de lumière ? Les gaufres au miel que j’ai achetées pour les locataires, faut-il les mettre dans la boîte à gâteaux ou les laisser dans leur paquet sur le plan de travail ? Et le Livre d’or ? En guise de signet, je place à la page vierge qui marque le début de la nouvelle saison une feuille de hêtre plus que morte. Elle n’est plus que contours et nervures et, entre celles-ci, membrane transparente aussi résistante que du papier épais. Je l’ai repérée par hasard alors que je promenais le carlin de ma fille dans le bois, derrière le port. Un bois où pas un hêtre ne pousse. Pour que je la trouve là, il faut que le vent l’ait amenée de l’autre côté de l’île. Un dernier coup d'œil dans la cuisine en regardant par le passe-plat : allumettes à leur place près de la cuisinière, porte du frigo fermée, sucre, thé…

Terminé. Il est temps de partir… non, pas encore, encore un petit tour au premier. Mais pourquoi ? Je n’ai rien à y faire, je viens d’y aller. Tout est en ordre, et pourtant je ne peux m’empêcher de remonter. Gravir encore une fois l’escalier, prendre plaisir à voir briller les marches quand j’allume la lumière, regardez-moi ça… Qu’est-ce que c’est, là, au-dessus du portemanteau, sur l’étagère ? Une paire de gants ? Bizarre que je ne les aie pas remarqués plus tôt : des gants de femme, un modèle qu’on ne voit quasiment plus. Cuir marron côté paume et coton beige pour le dos fait au crochet : des gants de conduite, oui, c’est comme ça que ça s’appelle.

Il n’est pas rare que les gens oublient des choses, mais en général, je le remarque dès que je mets les pieds ici. Quand il n’y a pas de nom dessus, je les garde. Si aucun vacancier ne s’est manifesté dans les mois qui suivent, je leur cherche un nouveau propriétaire. Pour les parapluies, les cravates, les lunettes de soleil, il n’est guère difficile d’en trouver, et bien souvent, le nouveau propriétaire, c’est moi. Mais qu’est-ce que j’ai ? je crois bien que je me ratatine. Avant, je n’avais pas besoin de me mettre sur la pointe des pieds pour prendre un objet sur cette étagère.

Avec un peu de recul, je ne comprends pas ce qui m’a poussée à les essayer. Un seul coup d’oeil suffisait pour voir que, même s’ils sont très beaux, ils sont bien trop petits pour moi ; on ne peut pas dire que j’ai des mains fines. Pourtant, à l’instar de la demi-soeur de Cendrillon qui s’échine à introduire son pied disgracieux dans la petite pantoufle de vair, je me suis empressée d’essayer le gant droit. Avant même d’avoir enfoncé mes doigts, j’ai senti un truc : un bout de papier.

Une habitude qui ne m’est pas étrangère : il m’arrive à moi aussi de cacher une enveloppe prête à être postée ou un certificat de garantie plié en quatre dans un de mes gants, la différence étant que ce papier-là était bien plus épais. Je l’ai retiré, déplié et tout de suite reconnu : même papier blanc cassé que les pages du Livre d’or. Sept feuilles au total, pliées comme une lettre, et c’est en les dépliant que j’ai commencé à comprendre. Nul besoin de consulter le Livre d’or pour me souvenir qu’un grand nombre de pages avait disparu l’an passé. Déchirées, par la dernière locataire. Ça m’avait plutôt chiffonnée. Et ça me chiffonnait toujours. Qu’on puisse faire ça m’échappe. Une tache, des ratures, passe encore, mais déchirer autant de pages ! Savoir ce qu’on avait bien pu écrire dessus, ça n’avait cessé de me turlupiner, j’étais même retournée à Duinroos pour regarder dans la boîte du Scrabble si elles n’avaient pas servi à compter les points. C’est en remettant le couvercle sur la boîte que je me suis dit : mais avec qui aurait-elle pu jouer ? Pour autant que je sache, elle était toute seule. C’était fin septembre, la saison était quasiment terminée.

Ça ne m’a pas lâché de tout l’hiver. Qu’avait-on écrit qui, à la réflexion, ne pouvait être lu par des tiers, par quiconque ? Et c’est aussi ce que j’aurais dû me dire à l’instant, quand j’ai chaussé mes lunettes et ai déplissé les feuilles. Mais avant que je m’en sois rendu compte, je les avais déjà lues : Je suis venue sur l’île pour être seule quelques jours et, à présent que j’y suis, j’éprouve le besoin irrépressible de parler, et je marmotte toute seule bien plus souvent que je ne le fais à la maison. Est-ce à cause du silence, le silence d’une maison que je ne connais pas et d’où proviennent d’autres bruits que ceux auxquels je suis habituée ?

En relisant ces phrases sur le silence et ce que cela lui inspire, je hoche une nouvelle fois la tête. Je ressens la même chose qu’elle. Quand je suis ici, je me mets à parler toute seule. Comme s’il restait une trace de chacune des personnes ayant séjourné entre ces murs et que toutes participaient à une réception. Comme si je l’entendais parler, la femme en rouge. Je la vois devant moi – belle silhouette, cheveux très noirs, et sur le devant, une mèche blanche comme neige –, assise sur la terrasse, bondissant de sa chaise toutes les deux minutes et voletant. Ce qu’elle était maigre ! la peau sur les os. À présent, je sais pourquoi… peut-être n’est-il pas trop tard, peut-être n’y a-t-il pas encore de métastases et que je reviendrai l’an prochain…

Si je voulais, je pourrais demander à M. Duinroos une liste des locataires de l’an dernier ainsi que le nom de ceux qui ont réservé cette année. D’année en année, il conserve tous les noms. Mais même sans cette liste, je sais déjà qu’elle ne reviendra pas. Elle ne désirait rien tant que revoir l’île, nulle part elle n’était aussi heureuse qu’ici, mais elle ne l’ignorait pas elle-même : c’était son dernier séjour. Elle ne se plaint pas ; toutefois, je lis entre les lignes à quel point elle souffrait. Comment ne m’en suis-je pas rendu compte ? L’ai-je bien observée ? À chaque fois que je la saluais d’un geste de la main, elle me répondait par le même geste… attendait-elle plus de moi ?

Autant de questions qui me hantent, mais j’ai beau ouvrir les fenêtres pour faire un courant d’air, elles ne s’en vont pas. Si j’avais remarqué combien elle allait mal, j’aurais pu lui être, qui sait, d’un quelconque secours. Est-ce que j’en fais assez pour les locataires ? Dois-je prendre l’habitude de venir sonner deux ou trois jours après leur arrivée ? Leur demander comment ça va, s’ils ont compris comment marche le chauffe eau, s’ils ont assez de couvertures, si personne ne souffre d’une maladie grave ?

Je me suis toujours félicitée d’être à même de faire ce travail ; en laissant aux locataires une maison nickel au début de la saison, je contribue à leur bien-être. De nos jours, c’est à peine si les gens sont encore capables d’expliquer quel métier ils font, alors que de mon côté, les choses sont claires : quand c’est propre, c’est propre. Pour le reste, je veille au grain, je passe à l’occasion devant Duinroos à vélo, fais un signe de la tête, car on ne se sent chez soi qu’à partir du moment où quelqu’un vous salue. Au moins, je m’occupe un peu puisque mes enfants ont quitté la maison depuis des années.

Mais en ce moment, c’est la table que je regarde et je m’imagine cette femme, juste avant de quitter l’île, de bon matin, en train d’écrire comme une forcenée sous la lumière de la lampe, la noctuelle sur le revers de son gilet rouge. Elle affirme certes qu’il lui faut écrire, que c’est maintenant ou jamais, mais peut-être aurait-elle préféré avoir une oreille attentive. Quelqu’un pouvant lui répondre. Maintenant, c’est trop tard. Que faire de tous les souvenirs qu’elle avait de sa mère, de ses enfants, de son Edu ? Que faire de pensées que personne n’était censé connaître ? Ou tenait-elle malgré tout, sans se l’avouer, à ce que quelqu’un lise un jour ce qu’elle écrivait ? Comment, sinon, expliquer qu’elle ait oublié ses gants ? Où est-ce déjà… Personne ne lira jamais ces lignes et pourtant je tiens à les écrire.

Elle ne pouvait savoir que c’est moi qui les trouverais. Moi qui ai du mal à jeter les choses. Avec ce qu’il lui restait d’énergie, elle s’est épanchée sur le papier, et il faudrait que je brûle ça dans la cheminée ? C’est au-dessus de mes forces. J’aurais l’impression de jeter aux flammes quelque chose qui respire encore. Quand je me suis mariée, on nous a offert un carreau de Delft sur lequel figure un adage : « On entre dans le concert de la vie sans en avoir le programme », et ce que cette femme a écrit est tout aussi vrai : Au fond, l’homme n’a rien si ce n’est un nom, voilà ce qu’il m’a toujours été donné de comprendre, d’une façon ou d’une autre, et mieux que partout ailleurs, sur cette île. Parce qu’ici, rien n’est à moi non plus. Rien de ce qui me procure tant de plaisir ici, je ne peux le dire mien.

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30 juillet 2009

Les invités de l'île ou La Maison dans les dunes – Vonne van der Meer

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Edition Héloïse d'Ormesson – avril 2005 – 284 pages

10x18 – juin 2007 – 300 pages

traduit du néerlandais par Daniel Cunin

Présentation de l'éditeur
Située sur une île au large des côtes hollandaises, la Rose des Dunes accueille chaque été de nouveaux occupants. Les vacanciers se succèdent, leurs histoires défilent et transforment la maison en théâtre de vie. Un couple répare son amour, une femme en pleine convalescence retrouve goût à la vie. Les destins se construisent ou se déchirent sous la pulsion des embruns. En véritable metteur en scène, Vonne van der Meer fait jouer au fil des pages une comédie sensible et épurée sur la nature humaine.

Biographie de l'auteur
Née en 1952 aux Pays-Bas, Vonne van der Meer a publié son premier roman en 1987. Avec sa trilogie de Duinroos, dont le deuxième volet, Le Bateau du soir, a paru aux éditions Héloïse d'Ormesson en 2007, elle a touché les lecteurs dans toute l'Europe.

Mon avis : 5/5 (lu en juillet 2009)

C'est à la fois un roman ou une suite de nouvelles autour d'une maison dans les dunes "Duinroos" située dans l'île néerlandaise de Vlieland. Tout commence avec la femme de ménage qui prépare la maison en début de saison pour les futurs occupants, elle apparaîtra discrètement dans chacun des chapitres. Chaque chapitre raconte le séjour d'une famille ou d'un groupe d'amis à chaque fois différents. La maison est un personnage à part entière du roman. Il y a aussi le Livre d'or dans lequel chacun raconte ses vacances.

Ce livre a un goût salé de vacances d'été, de sable et de vent, on y retrouve beaucoup de belles descriptions de bords de mer, de dunes... mais aussi des morceaux de vie joyeuse ou triste...

J'ai passé un très agréable moment à lire ce livre étant moi-même en vacances au bord de la mer...et je commence sans tarder la suite... "Le bateau du soir" !

Extrait : (début du livre)

Il est grand temps que je termine. S’ils ont pris le bateau de midi, ils peuvent être ici dans une demi-heure. Ça m’est arrivé une fois : en nage, contente de mon travail, je ferme la maison, glisse la clef sous le paillasson et les découvre là, plantés à côté d’une carriole de plage où trônent bagages et enfants, au bord du sentier de coquillages. La déception sur leurs visages. Depuis, je sais que je dois demeurer invisible. S’ils me croisent ici, la maison ne sera plus autant la leur, et s’ils ne s’approprient pas la maison, ils ne vont pas passer un bon séjour. Même s’ils savent qu’ils ne la louent que pour une semaine, deux semaines, voire même un mois, ils doivent pouvoir se figurer qu’elle est à eux. Si c’était moi la locataire, cela irait tout seul. De toutes les maisons où j’ai fait le ménage, Duinroos est celle que je préfère. Torenzicht, Kiekendief, Jojanneke et D’instuif, je m’en suis débarrassée au fil des années. De belles maisons, je ne dis pas, où l’on a posé du carrelage et du lino, bien plus faciles d’entretien que Duinroos, mais ça faisait trop, il a fallu que je choisisse.

Pour le grand ménage de printemps, au début de la saison, je réserve une journée et demie, sans compter la lessive. Mais quel que soit le temps que je mets, à la fin, je suis toujours pressée. Les couvertures et les molletons, je les lave une fois la saison terminée, tout comme les rideaux que je ne repasse qu’au début de la saison suivante ; il m’arrive malgré cela d’oublier certaines choses. Au dernier moment, je découvre qu’il y a, une fois de plus, deux ou trois points de l’ourlet des rideaux abricot de la chambre qui se sont défaits. Il faut que j’arrange ça, sinon je sais exactement comment ça va finir : le matin, les enfants grimpent sur le lit de papa et maman, ils écartent les rideaux d’un coup sec et, en un rien de temps, c’en est fini de la couture.

Hier, j’ai bien fait d’ouvrir toutes les fenêtres et toutes les portes, de la porte-fenêtre de la véranda aux lucarnes en passant par la porte à glissière du passe-plat, pour aérer et pour chasser les odeurs d’hibernation. Aujourd’hui, il pleut pour un oui pour un non. Entre deux averses, j’ai laissé le tapis en fibre de coco dehors : il sent le moisi, et j’ai encore une fois passé l’aspirateur. Je l’avais déjà fait hier et, bien entendu, à la fin de la dernière saison, mais le sable ne cesse de remonter par les fentes du plancher. Je suis curieuse de savoir combien de kilos j’ai pu en aspirer. Cette année, ils remblaient la plage ; partout, ils ont installé des tuyaux gros comme des troncs d’arbres, mais les ouvriers auraient tout aussi bien pu se brancher directement sur mon aspirateur.

Le tapis en fibre de coco mérite d’être changé. Une bande brun orangé: il doit avoir pas loin de trente ans, un modèle des années soixante quand le brun et l’orange étaient à la mode, quoiqu’il me soit impossible d’imaginer M. Duinroos en train de l’acheter pour cette raison. Ce n’est pas à lui que je vais vanter le moindre article à la mode. Il n’a même pas le téléphone. Je lui ai écrit qu’il fallait songer à changer le tapis du séjour, je l’ai prié de bien vouloir m’en faire parvenir un nouveau ou de virer de l’argent sur mon compte afin que je puisse en dénicher un pas trop mal à Harlingen mais, pour l’instant, je n’ai aucune réponse. Pas plus d’ailleurs qu’à ma lettre l’informant que la télévision est en panne au moins depuis que je connais la maison.

Pour chasser l’hiver, j’ai mis des pommes de pin sur la table et le rebord des fenêtres ; comme cela fait des heures que je suis ici, j’ignore quelle odeur on sent quand on entre. C’est bien ça, j’entends déjà le bateau là-bas au loin. Quand je l’entends alors que je suis encore ici, j’ai l’impression d’être Cendrillon au bal. Est-ce que j’ai bien refermé le frigo ? Est-ce que j’ai accroché un nouveau rouleau de papier toilette ? Posé les allumettes près de la boîte en fer-blanc, à côté de la cuisinière ? Est-ce que j’ai éteint la radio ? Un dernier tour de la maison, sans me presser : avant de quitter le bateau, les passagers doivent attendre qu’on ait descendu les bagages.

Voilà… S’ils prennent un taxi, ils peuvent arriver d’une minute à l’autre. Il faut que je m’en aille, mais ça me chagrine un peu, car c’est la dernière fois avant longtemps que je peux tout vérifier à ma guise. Il y a des produits d’entretien dans le placard de l’évier ; sur le rebord du seau, une serpillière neuve passée deux fois à l’eau – si je ne le fais pas, elle n’absorbe rien et c’est à elle qu’ils s’en prennent quand ils n’arrivent pas à ravoir le sol. « Les locataires sont priés de laisser les lieux dans l’état de propreté qu’ils ont trouvé à leur arrivée » – la mention figure dans le contrat de location ainsi que sur le papier accroché près du chauffe-eau, dans la cuisine. On me paie uniquement pour faire le grand nettoyage de printemps et celui de la fin de la saison, on m’autorise à faire de petits achats « pour autant qu’ils sont indispensables » ; autrement, je n’ai pas à mettre les pieds ici de tout l’été. Mais on ne m’a jamais interdit non plus de venir jeter un oeil de temps en temps. C’est donc autorisé.

Le Livre, le Livre d’or, je le pose où ? Sur la table du séjour, on le voit trop; sur la table basse du coin salon, ça fait trop décoratif. Sur l’étagère, à côté des bouquins, les gens qui ne lisent jamais risquent de ne pas même le remarquer. Je veux qu’ils le voient. Ça me rend triste quand ils n’écrivent rien. S’ils le voient juste après avoir déballé leurs affaires, quand ils promènent autour d’eux un premier regard, peut-être se diront-ils, à un moment donné, dans les jours qui suivent : tiens ! et si je consignais ça dans le Livre d’or ? Tout en espérant qu’ils y pensent la veille de leur départ et ne se contentent pas de gribouiller deux phrases à la dernière minute. Genre : il a fait un temps radieux, ou au contraire un temps exécrable « mais ça n’a pas gâché notre plaisir ». Quel plaisir ? C’est ce que je me demande quand je lis une phrase pareille. Pourquoi ces personnes sont-elles venues sur l’île ? À en juger par la vaisselle qui ne passe pas ces quelques mois d’été, il y en a qui doivent se défouler ici. À certains moments, en plus de faire le ménage dans cette maison, j’aimerais que mes bras en soient les murs et mes oreilles les fenêtres. Assister à ce qui se dit et se passe à Duinroos.

Cette fois, je le pose sur le canapé d’angle. Quand le soleil se couche et qu’il fait trop froid pour un dernier tour à la plage, les locataires s’assoient là, je pense. Si j’habitais ici, c’est sur ce canapé que j’aimerais, en fin de journée, m’asseoir. On a une vue sur tout le Badweg, jusqu’à la dernière dune qui cache la mer. C’est l’endroit le plus beau, avec ces buissons qui grimpent contre la maison. En mai, quand la rose pimprenelle fleurit, on se retrouve assis au milieu des fleurs. Oui, je le pose là. On dirait que c’est sa place depuis toujours. Et la petite plume que j’ai trouvée ce matin à la lisière du bois, je la mets dans le Livre de manière à ce qu’il s’ouvre, pour les premiers locataires de l’année, sur la première page vierge.

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Gomorra : Dans l'empire de la camorra – Roberto Saviano

gomorra Gallimard – octobre 2007 – 356 pages

traduit de l'italien par Vincent Raynaud

Présentation de l'éditeur
"Ce ne sont pas les camorristes qui choisissent les affaires, mais les affaires qui choisissent les camorristes. La logique de l'entreprenariat criminel et la vision des parrains sont empreintes d'un ultralibéralisme radical. Les règles sont dictées et imposées par les affaires, par l'obligation de faire du profit et de vaincre la concurrence. Le reste ne compte pas. Le reste n'existe pas. Le pouvoir absolu de vie ou de mort, lancer un produit, conquérir des parts de marché, investir dans des secteurs de pointe : tout a un prix, finir en prison ou mourir. Détenir le pouvoir, dix ans, un an, une heure, peu importe la durée : mais vivre, commander pour de bon, voilà ce qui compte. Vaincre dans l'arène du marché et pouvoir fixer le soleil." Gomorra explore Naples et la Campanie dominées par la criminalité organisée, sur fond de guerres entre clans rivaux et de trafics en tout genre : contrefaçon, armes, drogue et déchets toxiques. C'est ainsi que le Système, comme le désignent ses affiliés, accroît ses profits, conforte sa toute-puissance et se pose en avant-garde criminelle de l'économie mondialisée. Mais c'est aussi l'histoire intime de Roberto Saviano, qui est né sur ces terres et a choisi l'écriture pour mener son combat contre la camorra.

Biographie de l'auteur
Écrivain et journaliste, Roberto Saviano est né à Naples en 1979. Gomorra est son premier livre, couronné par un succès public et critique sans précédent en Italie, et en cours de publication dans le monde entier.

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J'ai pris ce livre à la bibliothèque car j'avais eu l'occasion de voir l'auteur à l'émission de France 5, La Grande Librairie. Avec ce livre Roberto Saviano a réalisé une enquête approfondie sur la Camorra napolitaine. Depuis il est menacé de mort et il est sous protection policière 24h/24h.

Je n'ai pas trouvé ce livre facile à lire, car il est très dense en informations et parfois un peu brouillon car des histoires se succèdent sans vraiment d'unité. On ne sait pas trop si c'est un roman ou un documentaire. J'avoue que je l'avais commencé avant de partir en vacances et que je ne l'ai repris qu'à mon retour avec la même impression et j'ai eu un peu de mal à le terminer... Néanmoins, j'ai appris beaucoup de choses sur les milieux fermés et secrets que sont les mafias napolitaines.


gomorra_le_film

Un film adapté de ce livre a été réalisé en 2008 par Matteo Garrone avec Salvatore Abruzzese, Gianfelice Imparato, Maria Nazionale.

Extrait : (début du livre)

Le conteneur oscillait tandis que la grue le transportait jusqu'au bateau. Comme s'il flottait dans l'air. Le sprider, le mécanisme qui les reliait, ne parvenait pas à dompter le mouvement. Soudain, les portes mal fermées s'ouvrirent et des dizaines de corps tombèrent. On aurait dit des mannequins. Mais lorsqu'ils heurtaient le sol, les têtes se brisaient bien comme des crânes. Car c'étaient des crânes. Des hommes et des femmes tombaient du conteneur. Quelques adolescents aussi. Morts. Congelés, recroquevillés sur eux-mêmes, les uns sur les autres. Alignés comme des harengs dans une boîte. Les Chinois qui ne meurent jamais, les éternels Chinois qui se transmettent leurs papiers d'identité : voilà où ils finissaient. Ces corps dont les imaginations les plus débridées prétendaient qu'ils étaient cuisinés dans les restaurants, enterrés dans les champs près des usines ou jetés dans le cratère du Vésuve. Ils étaient là et s'échappaient par dizaines du conteneur, leur nom inscrit sur un carton attaché autour du cou par une ficelle. Ils avaient tous mis de côté la somme nécessaire pour se faire enterrer chez eux, en Chine. On retenait une partie de leur salaire, en échange de laquelle, après leur mort, leur voyage de retour était payé. Une place dans un conteneur et un trou dans quelque lopin de terre chinois. Quand le grutier du port m'a raconté cette histoire, il a placé ses mains sur son visage en continuant à me regarder à travers ses doigts écartés, comme si ce masque lui donnait le courage de poursuivre. Il avait vu s'abattre des corps et n'avait même pas eu besoin de donner l'alarme ou d'avertir qui que ce soit. Il avait simplement déposé le conteneur au sol et des dizaines de personnes, sorties de nulle part, avaient remis tous les corps à l'intérieur avant de nettoyer le quai avec un jet d'eau. C'est ainsi que ça se passait. Il n'arrivait toujours pas à y croire, il espérait que c'était une hallucination provoquée par un surcroît d'heures supplémentaires. Il a serré les doigts pour se couvrir complètement le visage et continué à parler en pleurnichant, mais je ne comprenais plus ce qu'il me disait.

  Tout ce qui a été fabriqué passe par le port de Naples. Il n'est nul produit manufacturé, tissu, morceau de plastique, jouet, marteau, chaussure, tournevis, boulon, jeu vidéo, veste, pantalon, perceuse ou montre qui ne transite par ce port. Le port de Naples, cette blessure. Grande ouverte. Le point final des interminables trajets que parcourent les marchandises. Les bateaux arrivent, s'engagent dans le golfe et s'approchent de la darse comme des petits attirés par les mamelles de leur mère, à ceci près qu'ils ne doivent pas téter mais se faire traire. Le port de Naples est un trou dans la mappemonde d'où sort tout ce qui est fabriqué en Chine ou en Extrême­ Orient, comme se plaisent encore à l'écrire les journalistes. Extrême. Lointain. Presque inimaginable. Si l'on ferme les yeux, on voit des kimonos, la barbe de Marco Polo ou le coup de pied latéral de Bruce Lee. En réalité, cet Orient est relié au port de Naples comme aucun autre endroit au monde. Ici, l'Orient n'a rien d'extrême, le très proche Orient, devrait-on dire, le moindre Orient. Tout ce qui est produit en Chine est déversé ici comme un seau d'eau qu'on vide dans le sable et dont le contenu détériore, creuse et pénètre en profondeur. 70 % du volume des exportations de textile chinois transitent par le seul port de Naples, ce qui ne représente pourtant que vingt pour cent de leur valeur. C'est une bizarrerie difficile à comprendre, mais les marchandises ont leur magie, elles peuvent être à un endroit sans y être, arriver sans jamais vraiment arriver, coûter cher au client tout en étant de qualité médiocre, et valoir peu aux yeux de la douane tout en étant précieuses. Car le textile regroupe de nombreuses catégories de biens et il suffit d'un trait de stylo sur le bordereau d'accompagnement pour réduire les frais et la T.V.A. de façon drastique. Dans le silence de ce trou noir qu'est le port, la structure moléculaire des choses semble se décomposer puis se recomposer une fois loin de la côte. Les marchandises doivent quitter très vite le port. Tout se déroule rapidement, au point que les choses disparaissent presque aussitôt. Comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un geste. Un voyage inexistant, un faux accostage, un bateau fantôme, une cargaison évanescente. Comme s'il n'y avait rien eu. Une évaporation. La marchandise doit parvenir entre les mains de l'acheteur sans laisser de trace de son parcours. Elle doit rejoindre son entrepôt, vite, immédiatement, avant que le temps reprenne son cours, le temps nécessaire à un éventuel contrôle. Des quintaux de marchandises qui circulent aussi facilement qu'un pli livré à domicile par le facteur. Dans le port de Naples, avec ses un million trois cent trente-six mille mètres carrés et ses onze kilomètres et demi de longueur, le temps se dilate d'une façon inédite. Ce qui pourrait prendre une heure à l'extérieur semble y durer à peine plus d'une minute. La proverbiale lenteur qui caractérise dans l'imaginaire collectif chaque geste d'un Napolitain est ici démentie, niée, brisée. Les premiers contrôles douaniers surviennent dans un laps de temps que les marchandises chinoises prennent de vitesse. Impitoyablement rapides. Ici, chaque minute semble annihilée, c'est un massacre de minutes, de secondes volées aux formalités, poursuivies par les accélérations des camions, tirées par les grues, emportées par les chariots élévateurs qui vident les entrailles des conteneurs.

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29 juillet 2009

Allez, France ! - Janine Boissard

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Robert Laffont – avril 2007 – 214 pages

Pocket – mai 2008 – 217 pages

Présentation de l'éditeur
"Je m'appelle France, j'ai neuf ans et je viens d'entrer en CM 1.
Dans ma classe, il y a les trois sortes de familles : les vraies. les monoparentales et les recomposées. Depuis le divorce, j'habite juste avec maman. alors moi, c'est la monoparentale. J'aime pas.
J'ai deux grands-mères qui s'entendent moyen et un seul grand-père. Personne ne sait où est passé celui qui manque et ça me fait comme un trou au cœur.
Heureusement, il y a l'école, où Mme la Directrice a dit qu'on était tous frères. Mes meilleures copines, c'est Fatima et Maria, mais on rigole bien aussi avec Ali, Tibère, Romain, Baudouin, qui a une cravate. Ahmed et Israël. Sans compter notre maître. Hugo, hypercool.
Maintenant, je vais vous raconter pourquoi tout le monde dit qu'on est la pire classe de l'école..."
Gaies et tendres, drôles et émouvantes, les aventures d'une petite fille d'aujourd'hui qui n'a pas la langue dans sa poche. Après " la Poison", la jeune héroïne de L'Esprit de famille, découvrez France. sa petite sœur des années 2000.

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris. Très jeune, elle a choisi de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman, "Driss", à vingt-deux ans chez René Julliard. Ce livre est signé, comme les trois suivants chez le même éditeur, de son nom de femme mariée : Janine Oriano. Toujours sous le nom d'Oriano, elle se lance dans le roman noir: "Un peu par jeu, parce que toutes les formes d'écriture m'intéressent, et aussi parce qu'on m'avait dit que c'était une façon de vivre de sa plume..." Elle est ainsi la première femme à entrer dans la fameuse "Série Noire" avec "B comme Baptiste".

En 1977, Janine Oriano reprend son nom de jeune fille pour publier aux éditions Fayard sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc" (Robert Laffont), un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997 sur France 2, avec Sandrine Bonnaire.

Également scénariste, adaptatrice, dialoguiste pour la télévision, Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres dont Malek (2008) . Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

Mon avis : (lu en juillet 2009)

J'ai trouvé ce livre dans la maison où je passais mes vacances, moi qui ai découvert Janine Boissard avec sa série "L'Esprit de famille" lorsque j'étais adolescente et depuis j'ai lu beaucoup de livres de cette auteur. Cette lecture a été rapide et distrayante, on suit le quotidien de France, petite fille de 9 ans, chez ses parents séparés, ses grand-parents et surtout à l'école dans sa classe de CM1. On retrouve un peu le ton du Petit Nicolas mais de nos jours avec les copains, les bêtises... C'est un récit d'enfant émouvant, plein de tendresse et de fraîcheur.

Extrait :
À l'école, notre maîtresse est toujours en arrêt maladie. On n'a pas envie qu'elle guérisse parce qu'on préfère garder Hugo.
Il y a eu du ramdam dans les places en classe. Dong et Tibère sont passés du côté des filles. Dong parce qu'il est pacifiste et qu'il a peur pour ses lunettes. Tibère parce que, s'il se bat, sa maman descendra la télé à la cave.
Anne-Laure, qui est un garçon manqué et a trois frères, est passée du côté des bagarreurs qui ne lui font pas peur. Ludivine aussi parce qu'elle est son amie de cœur.
Toutes les deux sont les meilleures élèves de la classe. Ludivine a même été nommée chef de rang, ce qui donne des responsabilités. Par exemple, c'est elle qui efface le tableau et tape la brosse sur les murs de la cour en faisant des petits nuages de poussière. J'aimerais bien être chef de rang mais pour ça j'ai encore du chemin à faire.
On a compris pourquoi Ali dormait tout le temps. Il a des coups de barre parce que justement il habite dans une barre avec tellement de frères et de soeurs qu'il n'arrive pas à les compter.
Patatras ! Dès la première lecture à voix haute, Hugo a découvert qu'un quart de la classe était dyslexique. La dyslexie est la maladie de la lecture. Tu lis en charabia. Les fautes d'orthographe sont son effet secondaire. Là, tu écris en verlan sans faire exprès. Total, l'enfant tombe en échec scolaire, il se décourage de s'instruire et, si on n'y prend pas garde, il se retrouve en zone d'éducation prioritaire.
Pour bien fourrer dans nos têtes de bourricots que la dyslexie n'était pas une maladie honteuse, Hugo a affiché au mur la photo d'un vieux monsieur ébouriffé qui tire drôlement la langue. Il s'appelle Albert Einstein. Quand il avait notre âge, il était dyslexique et gaucher par-dessus le marché. Eh bien devinez, mauvaise troupe : il est devenu un grand savant connu du monde entier. C'est pour ça qu'il lui tire la langue.

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La fenêtre panoramique - Richard Yates

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Robert Laffont – mars 2005 – 528 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Robert Latour

Présentation de l'éditeur
April et Frank Wheeler forment un jeune ménage américain comme il y en a tant : ils s'efforcent de voir la vie à travers la fenêtre panoramique du pavillon qu'ils ont fait construire dans la banlieue new-yorkaise. Frank prend chaque jour le train pour aller travailler à New York dans le service de publicité d'une grande entreprise de machines électroniques mais, comme April, il se persuade qu'il est différent de tous ces petits-bourgeois au milieu desquels ils sont obligés de vivre, certains qu'un jour, leur vie changera... Pourtant les années passent sans leur apporter les satisfactions d'orgueil qu'ils espéraient. S'aiment-ils vraiment ? Jouent-ils à s'aimer ? Se haïssent-ils sans se l'avouer ?... Quand leur échec social devient évident, le drame éclate.

Biographie de l'auteur
Richard Yates naît en 1926 dans l'État de New York. Après une enfance instable dominée par le divorce de ses parents, il rejoint l'armée et est envoyé en France, puis en Allemagne juste après la Seconde Guerre mondiale. De retour à New York au début des années 1950, il devient journaliste puis nègre - il écrit pendant un temps les discours du sénateur Robert Kennedy - et travaille ensuite dans la publicité. En 1961, paraît avec succès aux États-Unis La Fenêtre panoramique (aujourd hui adapté au cinéma sous le titre Les noces rebelles et réédité dans la collection « Pavillons poche »). Après la publication de ce premier roman, finaliste du National Book Award, Richard Yates enseigne entre autres à l'université de New York et de Boston et continue d écrire jusqu à sa mort en 1992.

 

Mon avis : (lu en juillet 2009)

C'est tout d'abord la couverture de ce livre qui m'a attirée lorsque je l'ai découvert dans les blogs, ensuite le film est sortie et la couverture a été changée (dommage... heureusement il s'agit d'une sur-couverture).

Ce livre nous raconte le destin tragique d'un couple américain dans les années 50. Ils font partie de la classe moyenne, ils ont deux jeunes enfants. Leur vie est d'une banalité qui les désole : ils habitent dans une banlieue anonyme, leur vie de couple est houleuse, Frank a un travail plus alimentaire qu'intéressant... Ils souhaiteraient tellement ne pas ressembler à tout le monde et surtout pas à leurs voisins. April propose donc à Frank de quitter son travail et de partir en Europe avec leur deux enfants. Mais leurs projets vont être différés car April tombe enceinte.

Avec un ton souvent désabusé et parfois ironique mais toujours très juste, l'auteur nous décrit avec beaucoup de précisions les sentiments de Frank et d'April ainsi que les nombreux personnages gravitant autour d'eux.

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Une adaptation de ce livre a été faite avec le film «  Les Noces Rebelles » réalisé par Sam Mendes en 2008 et sortie en France le 21 janvier 2009, avec Kate Winslet dans le rôle d'April et Leonardo DiCaprio dans le rôle de Frank

Extrait : (page 200)

Pour les enfants aussi, ce fut une période étrange. Que signifiait exactement : « partir pour l'Europe en automne »? Et pourquoi donc leur mère leur répétait-elle sans cesse que ce serait très drôle, comme si elle supposait qu'ils n'en étaient pas sûrs ? Et d'ailleurs, pourquoi se montrait-elle si fréquemment bizarre ? L'après-midi, elle les serrait contre elle et elle leur posait des questions dans un élan d'effervescence digne d'une veillée de Noël ; et puis, pendant qu'ils lui répondaient, ils la voyaient devenir distraite ; une minute plus tard, elle leur disait : « Oui, mes chéris ; mais ne parlez pas tout à fait autant, voulez-vous ? Une pause pour maman ! »

Et quand leur père rentrait à la maison, ils ne comprenaient pas davantage : il les projetait en l'air et les transportait à bout de bras à travers toute la maison (à croire qu'ils étaient en avion) jusqu'à ce qu'ils eussent le vertige, mais jamais plus avant d'avoir passé un long moment à saluer leur mère près de la porte de la cuisine. Et cette manie de parler pendant tout le dîner ! Impossible pour l'un ou l'autre des enfants de glisser un mot dans la conversation... Michael découvrit qu'il pouvait se trémousser sur sa chaise, répéter à satiété des petites phrases idiotes de bébé dans un monologue perçant et se bourrer la bouche de purée de pomme de terre en faisant pendre sa mâchoire sans encourir le moindre reproche des adultes ; quant à Jennifer, elle restait assise toute droite devant la table, sans daigner regarder son père ; elle feignait de prendre un grand intérêt aux propos de ses parents, et cependant un peu plus tard, impatiente d'aller au lit, elle se décidait à quitter la table d'elle-même, tout tranquillement, en suçant son pouce.

Il y avait au moins quelque chose de consolant : ils pouvaient se coucher sans craindre d'être réveillés une heure plus tard par les bruits soudains d'une dispute (portes claquées, respirations oppressées, coups de poing sur les meubles). Cela, apparemment, était révolu. A présent ils pouvaient somnoler avec, pour fond sonore, deux voix aimables dans un living-room, dont les modulations alternées façonnaient lentement le contour de leurs rêves. Si plus tard ils se réveillaient pour se retourner et chercher du bout de l'orteil une place plus fraîche sous les draps, ils retrouvaient encore ce bruit de fond : une voix de basse, une voix douce et musicale, aussi substantielles et aussi rassurantes qu'une frange bleue de montagnes dans le lointain.

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