26 avril 2010

Starvation Lake – Bryan Gruley

starvation_lake Le Cherche Midi – janvier 2010 – 471 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Benjamin Legrand

Présentation de l'éditeur :

L'État du Michigan, vaste étendue de la région des Grands Lacs à la frontière canadienne, connaît des hivers rigoureux, où l'ennui est souvent aussi mortel que le blizzard. C'est là, dans la ville de Starvation Lake où il est né et a grandi, que Gus Carpenter est revenu pour s'occuper du journal local après une brillante carrière dans un grand quotidien national. Cette petite communauté où tout le monde connaît tout le monde est en état de choc le jour où la motoneige de l'ancien entraîneur de hockey disparu vingt ans plus tôt refait surface au milieu d'un lac gelé, criblée d'impacts de balles. Ancien joueur de l'équipe, Gus va chercher à élucider ce mystère, qui le touche de près. Cette petite société qu'il croyait pourtant bien connaître ne va pas tarder à révéler des secrets tous plus sombres et sordides les uns que les autres. Alliant une efficacité propre au thriller américain et un sens de l'atmosphère et des personnages proche de certains romanciers nordiques comme Henning Mankell ou Arnaldur Idridason, Bryan Gruley nous offre, avec ce premier roman au suspense constant, salué par une critique unanime, un portrait sans concession d'une petite ville de province et de ses turpitudes.

Auteur : Bryan Gruley est originaire du Michigan. Il travaille aujourd'hui à Chicago pour le Wall Street Journal. Starvation Lake est son premier roman.

 

Mon avis : (lu en avril 2010)

Starvation Lake est une petite ville américaine située proche de la frontière canadienne où le hockey sur glace à permis son essor économique. Mais le 14 mars 1988, l'entraineur Jack Blackburn dit Coach disparaît lors d'un accident de motoneige.

Dix ans plus tard, la motoneige réapparaît au milieu d'un lac gelé, elle comporte un impact de balle et l'enquête sur la disparition de l'entraineur va être réouverte. C'est Gus Carpenter ancien joueur de hockey, qui est journaliste au Pilot, le journal local, qui va essayer de comprendre ce qui c'est réellement passé ce jour là. A cette époque, il était journaliste à Détroit. Au début, l'auteur nous présente les lieux, les personnages, le passé ainsi que le début de l'enquête. On découvre Gus Carpenter qui est un journaliste intègre et consciencieux. Puis l'histoire nous entraîne dans le monde du hockey sur glace, Gus était gardien dans l'équipe entraînée par Blackburn, dans le monde du journalisme et des affaires sans oublier l'ambiance des petites villes où les secrets sont nombreux.

Après un début un peu lent et des descriptions du jeu de hockey qui peuvent être rébarbatives mais qui pour ma part m'ont bien intéressée, le lecteur se laisse prendre par l'histoire curieux et pressé de connaître le dénouement. J'ai bien aimé ce roman policier et j'ai passé un bon moment à Starvation Lake en suivant l'enquête de Gus Carpenter.

Extrait : (page 21)

Mon pick-up descendait la deux-voies gelée qui serpentait entre les pins vers Walleye Lake. Je m'étais souvent demandé pourquoi on avait donné ce nom à ce lac car personne n'avait jamais attrapé la moindre perche dans ses eaux boueuses et saturées d'herbes. Une carpe, peut-être, ou une truite idiote. Mais jamais une perche.

J'avais grandi à quelques miles de là, sur les rives du lac de Starvation. Mon père était mort d'un cancer du côlon quand j'avais 7 ans, et donc j'avais grandi avec ma mère dans notre maison jaune en planches, sur la rive méridionale du lac. Nous avions un ponton délabré, un radeau plongeoir, et une barque de pêche avec un moteur hors-bord de 10 chevaux, tout ce dont un gamin a besoin pour adorer les étés sur un lac bleu et clair. Durant les longs hivers, je jouais goal, le petit mec à peine plus grand que le filet, avec l'équipe des jeunes de la ville, les Rivers Rats. J'étais le goal de l'équipe qui avait battu pour la première fois les très puissantes équipes de Détroit, alors que personne n'imaginait que c'était possible. Et j'étais aussi le gardien qui avait encaissé un but dans les prolongations, but qui avait coûté notre seule et unique chance de remporter le championnat d'État.

C'était un manque de veine vraiment extraordinaire, une faute stupide qui nous coûta le titre du Michigan dans notre propre patinoire, ici, dans notre ville, devant quasiment tous les gens vivant à 50 kilomètres à la ronde. Je ne pouvais pas vraiment les blâmer de ne pas me pardonner, de me traiter de «passoire», d'«entonnoir» et de «pylône» derrière mon dos, et parfois même en face, s'ils avaient assez picolé. Je m'étais rejoué mon erreur dans ma tête un million de fois. J'avais du mal à me la pardonner, moi aussi.

Bien évidemment, cela n'aurait pas dû avoir une telle importance. Nous n'étions que des gamins jouant au hockey. Mais quand les River Rats qui nous succédèrent échouèrent de nouveau au championnat d'État, de très peu, les gens du coin en conclurent que mon ratage avait jeté pour toujours une malédiction sur eux. Mon entraîneur, Jack Blackburn, semblait d'accord avec ça. Tout le monde l'appelait Coach, moi le premier. C'était le type qui m'avait appris à jouer goal quand je n'étais qu'un tout petit garçon à qui son papa manquait, qui était devenu ami avec ma mère et qui venait dîner le dimanche et nous régalait, maman et moi, d'histoires sur ses triomphes au hockey dans son pays natal, le Canada. Mais après cette défaite en finale d'État, mon entraîneur n'eut plus grand chose à dire. C'était comme s'il avait effacé de son cerveau et de son cœur tout ce qui me concernait. On se croisait encore à la patinoire ou dans la rue et il disait : «Salut, Gus», et je répondais : «Hé, Coach», et il poursuivait sa marche et je le regardais s'éloigner. Il avait arrêté de venir dîner aussi.

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22 avril 2010

En pause...

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Je pars quelques jours de vacances, à très bientôt !

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21 avril 2010

Le Prince des Marées – Pat Conroy

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (17/26)

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

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Belfond – juin 2002 – 588 pages

Pocket – juin 2004 – 1069 pages

traduit de l'américain par Françoise Cartano

conroy_prince Presse de la Renaissance - 1988

conroy_prince_1988_france_loisir France Loisir - 1988

le_prince_des_mar_es_j_ai_lu1_x le_prince_des_mar_es_j_ai_lu2_x J’ai lu – 1989 – 470 pages + 472 pages

le_prince_des_mar_es_1 Presse de la Renaissance - Mars 1998

le_prince_des_mar_es_j_ai_lu1 le_prince_des_mar_es_j_ai_lu2 J’ai lu – janvier 1999 – 469 pages

Quatrième de couverture

Il y avait le père, Henry Wingo, pêcheur de crevettes, violent buté. La mère, Lila, belle, ambitieuse, monstrueuse. Et les disputes, les cris, les coups... Luke, le fils aîné, Tom et Savannah, les jumeaux, auraient peut-être pu, malgré tout, sortir indemnes de leur enfance saccagée. Car ils avaient l'île Melrose, les marais, le parfum d'eau salée de la Caroline du Sud, l'or de ses lunes et de ses soleils... Peut-être auraient-ils échappé aux stigmates du passé, s'il n'y avait eu ce moment d'horreur absolue, un soir, dans la petite maison blanche. Et si leur mère ne leur avait pas imposé le silence, les condamnant ainsi à revivre le drame, jour après jour, nuit après nuit. Dans une Amérique actuelle et méconnue, au cœur du Sud profond, un roman bouleversant qui mêle humour et tragédie.

Auteur : Né à Atlanta en 1945, Pat Conroy publie son premier roman en 1972, mais c'est Le grand Santini (1989) qui le fait vraiment connaître du public. Il rencontre un succès international avec Le Prince des Marées, qui sera adapté au cinéma en 1991 par Barbara Streisand. Il publiera ensuite Beach music et Saison noire.

Mon avis : (lu en avril 2010)

J'avais entendu beaucoup de bien sur ce livre et j'avais très envie de le lire, j'ai profité du début des vacances pour m'y plonger... Et j'ai eu du mal à ne pas le lâcher...

Pour sauver sa sœur jumelle qui est dans un hôpital psychiatrique à la suite d'un suicide, et aider sa psychiatre à mieux comprendre Savannah Tom va lui raconter l'histoire de son enfance et de sa famille en dévoilant peu à peu les secrets qu'il avait enfoui au fond de sa mémoire. La famille Wingo vit en Caroline du Sud, sur l'île de Melrose. Le père est violent, la mère belle et ambitieuse ne supporte pas d'être l'épouse d'un simple pêcheur de crevettes. Les trois enfants Luke, Tom et Savannah sont solidaires et s'adorent pour supporter la vie que leurs imposent leurs parents. Tom nous raconte cette enfance dramatique avec un humour grinçant pour marquer un certain détachement avec ce qu'il a vécu.

Ce fut une lecture captivante, émouvante et magnifique ! Il y a de superbes descriptions du Sud profond des États-Unis, une histoire sombre, bouleversante qui tient le lecteur en haleine et des personnages hauts en couleur.

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Ce livre a également été adapté au cinéma dans un film américain réalisé en 1991 par Barbra Streisand , avec Barbra Streisand, Nick Nolte, Blythe Danner.

Extrait : (page 106 - Edition Presses de la Renaissance 1988)

Le samedi avant son départ pour la Corée, mon père nous emmena en voiture et nous quittâmes Atlanta avant l'aube; après avoir garé la voiture, il nous entraîna sur le chemin pédestre qui montait au sommet de Stone Mountain d'où nous regardâmes le soleil se lever dans le ciel de l'est. C'était la première montagne que nous eussions jamais vue, à plus forte raison gravie. Debout sur la crête de granité, avec la lumière qui nous arrivait de Géorgie, nous avions l'impression d'avoir le monde entier couché à nos pieds. Loin, très loin, nous voyions le modeste horizon d'Atlanta se dessiner dans le soleil. Sur le flanc de la montagne, les effigies à demi achevées de Robert E. Lee, Jefferson Davis et Stonewall Jackson étaient sculptées dans le roc, et ces cavaliers sans corps caracolaient dans le granité en une chevauchée intemporelle.

Ma mère avait préparé un pique-nique et elle étala une nappe blanche au sommet du plus grand morceau de granité visible au monde. C'était un jour clair et sans vent, et la nappe adhéra comme un timbre-poste au rocher. Nous, les enfants, nous chahutions gentiment avec notre père sur cette montagne que nous avions pour nous seuls. Ce fut au sommet de Stone Mountain que j'eus un premier aperçu de la véritable nature du caractère de mon père et de la façon dont mon enfance en serait affectée. Ce jour-là, j'eus la révélation soudaine et aiguë des dangers courus par notre famille.

– Pourquoi est-ce que tu dois retourner faire des guerres, papa ? demanda Savannah à mon père qui était couché à plat dos, la tête contre la pierre et le regard perdu dans le ciel bleu.

Les veines de ses avant-bras semblaient courir sur ses muscles comme les rouleaux de corde sur le pont d'un bateau.

– Ça, j'aimerais bien le savoir, mon ange, dit-il en la soulevant dans les airs.

Avec un regard panoramique sur les environs, Luke dit :

– Je veux retourner à Colleton. Y a pas de crevettes ici.

– Je ne serai parti qu'un an. Ensuite, on retournera à Colleton.

Ma mère sortit un festin de sandwiches au jambon, d'œufs à la diable, et de salade de pommes de terre, mais elle eut la surprise de voir une colonie de fourmis avancer en rangs serrés vers la nourriture.

– Mes bébés vont me manquer, dit mon père en la regardant. Je t'écrirai toutes les semaines et je mettrai des millions de baisers dans chacune de mes lettres. Mais pas pour vous, les garçons, vous n'en avez rien à faire des baisers, vous, n'est-ce pas ?

– Non, papa, répondîmes-nous simultanément, Luke et moi.

– Vous les garçons, je vous élève pour que vous soyez des durs. Exactement! Je ne veux pas que mes fils deviennent des jolis cœurs, dit-il en nous flanquant une taloche sans douceur derrière le crâne. Dites-moi que vous ne vous laisserez pas transformer en jolis cœurs par votre mère, pendant mon absence. Elle est trop tendre avec vous. Ne la laissez pas vous mettre des fanfreluches pour aller prendre le thé avec elle. Je veux que vous me promettiez une chose. Que pas un jour ne passera sans que vous ayez flanqué une raclée à un gars d'Atlanta, un chacun. Je n'ai pas envie de trouver des gars de la ville qui se donnent des grands airs quand je reviendrai de Corée. D'accord ? N'oubliez pas, vous êtes des gars de la campagne, et les gars de la campagne, c'est toujours des durs.

– Non, dit ma mère avec une fermeté tranquille. Mes fils ne seront pas des brutes. Ils seront les garçons les plus adorables qu'on ait jamais vus. Si tu veux un dur, Henry, tu en as un là. Ma mère désigna Savannah.

– Ouais, papa, applaudit Savannah. Moi, je suis un vrai dur. Je bats Tom quand je veux. Et j'arrive presque à battre Luke quand il se sert d'une seule main.

– Non, tu es une fille, toi. Les filles, ça doit être mignon. Je ne veux pas que tu te battes. Je veux que tu sois tout sucre tout miel, l'amour chéri de ton papa.

– Je n'ai pas envie d'être tout sucre tout miel, dit Savannah.

– Toi, dis-je. Tu en es loin.

Savannah, plus rapide et plus forte que moi, m'expédia un grand coup de poing dans l'estomac. Je me mis à pleurer et courus me réfugier dans les bras de ma mère qui m'ouvrit son aile protectrice.

– Savannah, tu cesses d'embêter Tom. Tu es toujours après lui, gronda ma mère.

– Tu as vu ? dit Savannah en se tournant pour défier mon père. Je suis une dure, je sais me battre.

– Tom, tu me fais honte, fils, dit mon père dont le regard passa au-dessus de Savannah, sans la voir, pour ne s'intéresser qu'à moi. Pleurer parce qu'une petite fille te tape. Quel scandale! Un garçon ne pleure pas. Jamais. Sous aucun prétexte.

– Il est sensible, Henry, dit ma mère en me caressant les cheveux doucement.

– Comme ça, il est sensible, ironisa mon père. Dans ce cas, je ne voudrais pas dire quoi que ce soit qui risque de choquer cette âme sensible. Mais tu ne verrais jamais Luke pleurer comme un bébé pour une raison pareille. J'ai corrigé Luke au ceinturon sans le voir verser une larme. Lui, c'est un homme depuis le jour de sa naissance. Tom, arrive ici et bats-toi avec ta sœur. Donne-lui une bonne leçon.

– Il n'a pas intérêt ou je recommence, dit Savannah, mais j'entendais au son de sa voix qu'elle regrettait bien ce qu'elle avait déclenché.

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20 avril 2010

Quelques jours d'été / Un îlot de bonheur – Chabouté

quelques_jours_d_ete Vents d'Ouest – avril 2009 – 160 pages

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Quelques jours d'été - Paquet – juillet 2004 – 32 pages

un_ilot_de_bonheur Un îlot de bonheur - Paquet – septembre 2001 – 124 pages

Quatrième de couverture :

Le chuchotement des rivières, petit homme ! N'oublie jamais !...

Présentation de l'éditeur :

Deux histoires tendres et sensibles, emplies d’un humanisme profond et rythmés par des regards et des silences…

Quelques jours d’été

Un petit garçon de la ville confié à des gens de la campagne... Un vieux monsieur taiseux dont l’épaisse carapace craquera pour ce petit bonhomme. Un tournant dans la vie d’un petit garçon. Une histoire simple et intimiste ou même les rivières chuchotent...

Un îlot de bonheur

La rencontre d’un enfant et d’un SDF. L’enfant aux portes de l’adolescence, le monsieur qui traîne ses souvenirs... Une amitié furtive. Deux personnages blessés par la vie qui viennent chercher dans un parc, un de ces îlots de bonheur que peu parviennent à saisir.

Auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté suit les cours des Beaux-Arts d’Angoulême, puis de Strasbourg. Vents d’Ouest publie ses premières planches en 1993 dans "les Récits", un album collectif sur Arthur Rimbaud. Mais il faut attendre 1998 pour que ce graphiste free-lance se fasse un nom dans la bande dessinée en publiant coup sur coup "Sorcières" aux Editions du Téméraire et "Quelques jours d’été" aux Editions Paquet. Deux albums remarqués et primés, le premier au Festival d’Illzach, le second à Angoulême où Christophe Chabouté décroche l’Alph’Art Coup de Coeur. Avec "Zoé" paru en 1999, Chabouté prouve que son talent a atteint sa pleine maturité, ce qu’il démontre avec encore plus d’évidence dans "Pleine Lune". "Tout seul"(2008), "Terres Neuvas"(2009).

Mon avis : (lu en avril 2010)

Cette intégrale de Vents d’Ouest regroupe deux albums de Christophe Chabouté, initialement parus aux éditions Paquet en 1998 et 2001 : "Quelques jours d'été..." (Alph-Art coup de cœur au Festival d’Angoulême 1999) et "Un îlot de bonheur" (mention spéciale du jury au Festival d’Angoulême 2003).

La première histoire est celle d'un jeune garçon est envoyé chez ses grand-parents pour les vacances. Il découvre la vie à la campagne, la rivière qui chuchote...

La seconde histoire est celle d'un jeune adolescent qui préfère se réfugier dans un parc public pour fuir les éternels disputes de ses parents. Il va faire connaissance avec un sans domicile fixe.

Les dessins, en noir et blanc, et le texte sont simples, beaux et dépouillés. Deux histoires courtes pleine d'émotions et de sensibilité.

Extrait : 

Quelques jours d'été

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Un îlot de bonheur

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Déjà lu du même auteur : tout_seul Tout Seul

Terres_neuvas Terres Neuvas  construireunfeu Construire un feu

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18 avril 2010

Pico Bogue tome 3 : Question d'équilibre – Dominique Roques et Alexis Dormal

pico_bogue_T3 Dargaud – novembre 2009 – 48 pagesPrésentation de l'éditeur :

Pico Bogue poursuit son exploration au petit bonheur la chance des grandes questions sur la vie et absolument tout le reste ! Ana Ana, sa petite soeur, met un point d'honneur à l'aider ou le contrarier selon les circonstances, ses parents passent du rire aux larmes, et les amis des parents apprennent à découvrir le charmant petit monstre. Une galerie de personnages, des histoires et des situations absolument irrésistibles !

Auteurs : Dominique Roques, mère d'Alexis Dormal, est née en 1948 à Casablanca. Elle a eu deux fils, dont l'un s'est mis à dessiner. Ainsi en 2005, après s'être intéressée aux dessins de son fils, elle écrit des scénarios.

Alexis Dormal, fils de Dominique Roques, né en 1977 à Bruxelles. Plus tard, diplômé d'une école belge de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l'école Émile Cohl, à Lyon. Maintenant, il dessine et sa maman écrit les bulles...

Mon avis : (lu en avril 2010)

Je viens de terminer le tome 2, et me voici plongée dans le tome 3 ! Je retrouve Pico, toujours très attachant et rigolo avec ses réflexions d'adulte et Ana Ana, elle aussi, aussi douée que son frère. Un nouveau personnage apparaît, Antoine, l'ami de la famille. C'est l'automne puis l'hiver, les nouvelles aventures tournent autour d'Halloween puis de la neige et enfin de Noël et de l'existence du Père Noël. A chaque fois, on découvre les réflexions surprenantes mais justes de Pico et Ana Ana. Je me suis régalée et j'ai ri de bon cœur ! Ne pas oublier de regarder également la deuxième et la troisième de couverture dont les dessins se répondent...

Extrait :

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Pico Bogue tome 2 : Situations critiques – Dominique Roques et Alexis Dormal

pico_bogue_T2 Dargaud – mars 2009 – 48 pages

Présentation de l'éditeur :

Pico Bogue est un petit garçon à la langue bien pendue, qui s’intéresse déjà à tout, et pose à ses parents toutes les questions qui lui viennent à l’esprit, surtout celles sur le sens de la vie. Son impertinence n’a d’égale que sa tendresse, et son sens de la contradiction n’est surpassé que par son inépuisable curiosité. Des traits de caractère qui provoquent parfois des crises de nerfs ou d’épuisement chez ses parents, et une immense joie chez ses lecteurs !

Auteurs : Dominique Roques, mère d'Alexis Dormal, est née en 1948 à Casablanca. Elle a eu deux fils, dont l'un s'est mis à dessiner. Ainsi en 2005, après s'être intéressée aux dessins de son fils, elle écrit des scénarios.

Alexis Dormal, fils de Dominique Roques, né en 1977 à Bruxelles. Plus tard, diplômé d'une école belge de réalisation cinéma/télévision, il part étudier le dessin à l'école Émile Cohl, à Lyon. Maintenant, il dessine et sa maman écrit les bulles...

Mon avis : (lu en avril 2010)

Après avoir eu un coup cœur pour le premier tome de Pico Bogue, j'attendais avec impatience de pouvoir lire les 2 tomes suivants. C'est chose faite, et j'ai passé un moment de lecture aussi plaisant qu'il y a deux mois ! J'ai retrouvé avec plaisir ce petit garçon avec une chevelure rousse inoubliable et sa langue bien pendue ! Dans ce deuxième tome, sa petite sœur Ana Ana a une place plus importante, elle a aussi des réflexions qui clouent le bec non seulement des adultes mais aussi de son frère !

Un bon moment de fraicheur, de rires, de sourires et de tendresses qui évoque l'enfance. J'adore !

Extrait :

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17 avril 2010

Le K – Dino Buzatti

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

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Robert Laffont – mars 2002 – 355 pages

Pocket – 1994 – 441 pages

Livre de Poche – janvier 2003 – 258 pages

Pocket – janvier 2004 – 441 pages

traduit de l'italien par Jacqueline Remillet

Présentation de l'éditeur :

Lorsque le vieux Stefano rencontre enfin le K, le squale qui doit le dévorer, il découvre que le monstre l'a poursuivi sur toutes les mers du monde, non pour l'avaler mais pour lui remettre la perle merveilleuse « qui donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme ». Devenu, avec Le désert des Tartares, un classique du XXe siècle, ce récit ouvre un recueil de 50 contes fantastiques où l'on retrouve tous les thèmes poignants et familiers de Dino Buzzati : la fuite des jours, la fatalité de notre condition de mortels, l'angoisse du néant, l'échec de toute vie, le mystère de la souffrance et du mal. Autant d'histoires merveilleuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable.

Auteur : Né à San Pellegrino en 1906, écrivain de renommée mondiale, Dino Buzzati s'est d'abord fait connaître du public italien en tant que journaliste au Corriere della Sera, le plus grand quotidien du pays. Son goût pour le bizarre et le merveilleux transparaît déjà dans ses reportages. Il s'inspire de son lieu de travail pour imaginer certains décors de son premier roman, 'Le Désert des Tartares' (1940). L'originalité de ses œuvres tient sans doute à l'univers si particulier qu'il parvient à créer. Sous la plume de Dino Buzzati, la moindre banalité prend un caractère étrange. Alors que le quotidien est rattrapé par le fantastique, l'homme réalise la fragilité du monde qui l'entoure (' Le Rêve de l'escalier', 1973). S'il est plus célèbre pour ses romans, le talent de Dino Buzzati ne se limite pourtant pas à ce genre littéraire. Il a également écrit des poésies, des scénarios, des textes pour le théâtre ainsi que des livrets d'opéra. Il est décédé à Milan le 28 janvier 1972.

 

Mon avis : (lu en avril 2010)

Lorsque j'ai été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti. J'avoue ne pas avoir été très enthousiaste... Je classais ce livre dans la catégorie « Fantastique » et c'est un genre de livres auquel je n'accroche pas vraiment. Après, j'ai appris par un de mes fils qu'il s'agissait de Nouvelles et je me suis dit que cela se lirait sans doute plus facilement ! Je me suis donc décidé début avril d'emprunter ce livre à la Bibliothèque et après l'avoir laissé attendre un peu dans ma PAL, je me suis lancée ! Le première nouvelle m'a beaucoup plu, la seconde aussi et ainsi de suite je me suis plongée dans le livre et je l'ai lu sans peine, malgré mon appréhension. Le livre regroupe 51 nouvelles courtes, mêlant fantastique et réalisme, elles sont variées, parfois graves, parfois ironiques ou humoristiques et souvent percutantes.

J'en ai aimé certaines, d'autres moins et certaines m'ont laissé sceptique. Mais globalement, j'ai été contente de cette lecture que je n'aurai certainement jamais faite sans ce Challenge, je remercie donc La grande Stef pour cette belle découverte.

Quelques unes de mes préférées : Le K, La création, L'œuf, L'humilité...

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

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15 avril 2010

Yanvalou pour Charlie – Lyonel Trouillot

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C’est La Grande Librairie et son émission Spécial Haïti du 28 janvier dernier qui m’a donné envie de découvrir Haïti et ses auteurs.

yanvalou_pour_Charlie Actes Sud – août 2009 – 174 pages

Présentation de l'éditeur :

Jeune avocat d'affaires dévoré d'ambition, Mathurin D. Saint-Fort a voulu oublier ses origines pour se tenir désormais du meilleur côté possible de l'existence. Jusqu'au jour où fait irruption dans sa vie Charlie, un adolescent en cavale après une tentative de braquage, qui vient demander son aide au nom des attachements à leur même village natal. Débusqué, contraint de renouer avec le dehors, avec la douleur du souvenir et la misère d'autrui, l'élégant Mathurin D. Saint-Fort embarque, malgré lui, pour une aventure solidaire qui lui fait re-traverser, en compagnie de Charlie et de quelques autres gamins affolés, les cercles de la pauvreté, de la délinquance, de la révolte ou de la haine envers tout ce que lui-même incarne. Mathurin, Charlie, Nathanaél, Anne : quatre voix se relaient ici pour dire, chacune à son échelle, le tribut qu'il incombe un jour à chacun de payer au passé, qu'il s'agisse de tirer un trait sur lui afin de contourner l'obstacle, de l'assujettir à une idéologie - ou, plus rarement, et quoi qu'il en coûte, de demeurer fidèle au "yanvalou", ce salut à la terre ancestrale, en retrouvant les liens qui fondent une communauté. Voyage initiatique au coeur de la désespérance, Yanvalou pour Charlie est sans aucun doute le roman de l'abandon des hommes par les hommes, et le chant qui réaffirme la rédemption d'être ensemble - en Haïti comme ailleurs.

Auteur : Romancier et poète, intellectuel engagé, acteur passionné de la scène francophone mondiale, Lyonel Trouillot est né en 1956 dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, où il vit toujours aujourd’hui. Chez Actes Sud, il a publié Rue des Pas-Perdus (1998), Thérèse en mille morceaux (2000), Les Enfants des héros (2002), Bicentenaire (2004) et L’Amour avant que j’oublie (2007).

Mon avis : (lu en avril 2010)

J'avais vu ce livre dans plusieurs blogs, et c'est lors du Café Lecture, auquel je particicipe chaque mois, que j'ai été convaincu de le lire.

Mathurin D. Saint-Fort est un jeune avocat qui a voulu oublié ses origines et son passé. Mais un jour, Charlie, un enfant des rues de Port-au-Prince, fait irruption dans sa vie. Il vient lui demander de l’aide au nom de leur village natal commun. « Une affaire de vie ou de mort », car son ami Nathanaël et lui se sont embarqués dans une sale histoire. Cela renvoie Mathurin vers un passé qu'il avait voulu oublier. A travers quatre chapitres, l'auteur évoque les liens amical et social qui vont lier Charlie et Mathurin et nous découvrons également la vie à Haïti, l'opposition entre les bidonvilles de Port-au-Prince où survivent les plus démunis, les orphelinats surpeuplés et les quartiers riches. Et des personnages haut en couleurs, touchants, des hommes et des femmes de bonne volonté...

Une petite explication sur le titre s'impose : « Le yanvalou, c'est une musique qui monte et qui descend, ça ondule »

« Sais-tu ce que signifie le mot yanvalou ? Je te salue, ô terre. La terre n’a pas de mémoire. Le sol sec et pierreux ne garde pas souvenir de la bonne terre arable qui descend vers la mer. Seuls les hommes se souviennent. Où qu’ils aillent, où qu’ils restent, peut-être leur suffit-il de saluer la terre pour que leur passage soit justifié. »

Une belle histoire qui nous embarque et nous dévoile un peu d'Haïti. L'écriture est superbe, à découvrir sans hésiter !

Extrait : (début du livre)

Je viens d’un tout petit village. Cela fait partie des choses que j’avais oubliées. Pour un homme qui a gagné longtemps sa vie au jour le jour et qui grimpe tranquillement les barreaux de l’échelle sociale, le souvenir est un luxe, pas une nécessité. Ma collègue Francine, au cabinet nous l’appelons la sainte, se livre, elle, à ces jeux de mémoire qui prennent la tête jusqu’à la perdre. Elle remonte loin dans son passé et redescend dans le présent le visage plein de larmes. Elle est la seule de notre équipe qui se fatigue à ce genre d’exercice. Elle est très engagée sur le front de la complainte. C’est une jeune femme triste qui pleure sur hier. Tout le contraire d’Elisabeth, mon autre collègue. Je ne crois pas Elisabeth capable de pleurer. Au besoin, elle sait faire semblant et parvient à tromper tout le monde. Dans la vie comme au tribunal, Elisabeth prend l’attitude qui défend au mieux ses intérêts. C’est une grande comédienne qui simule tout, même la beauté. Elle passe pour jolie, contrairement à Francine qui est pourtant une vraie belle femme, et le serait plus encore si ne traînaient sur son visage, comme une sorte de faire-valoir, les souffrances de sa grand-mère maternelle, de sa mère, de ses tantes, de toute sa famille proche et éloignée, des clients qui n’ont aucune chance de gagner leur procès même lorsqu’ils sont dans leur droit, des piétons renversés par les voitures de luxe… Francine est très sensible et se fait un devoir d’avoir mal à la place des autres. Son ambition est de diriger un jour une ONG. Les hommes la fuient, effrayés par la somme de malheurs qu’elle trimballe avec elle. Elisabeth a appris à jouer la beauté, comme elle a appris à jouer le désir pour obtenir ce qu’elle veut des hommes qui partagent son lit. Elisabeth, c’est un immense savoir-faire au service de ses intérêts. C’est pour cela que le chef l’apprécie tout en se méfiant d’elle. Le chef possède plusieurs maisons de résidence. Sa femme et lui ont choisi d’habiter la plus éloignée de la ville. Il est des pays où l’on construit des villes, des routes qui mènent vers les villes, et des banlieues. Ici, l’on construit des banlieues, et surtout pas de routes qui y mènent, jusqu’à ce que les banlieues, se prenant pour des villes, gonflent comme un ballon trop plein de monde, de mortier et d’ordures. Les premiers habitants quittent alors leur banlieue pour en construire une autre où personne, au moins pour quelque temps, ne viendra les déranger. Le chef et son épouse habitent loin de la vieille ville, dans les hauteurs, “plus près du ciel” comme dit la patronne. Ils louent les autres immeubles qu’ils possèdent à des étrangers. Ils vivent ainsi sur un sommet interdit aux piétons, et contraignent leurs connaissances à grimper jusqu’à eux. La patronne adore recevoir les gens qui lui ressemblent, et surtout qu’ils la complimentent sur l’éclatante beauté de son univers domestique. Sous l’avalanche des compliments, son sourire et son ton ne varient jamais, et comment ne pas applaudir à ses réponses, elles ont la candeur de gentilles phrases toutes faites qui attendaient depuis la veille l’occasion d’être prononcées : “Vos orchidées sont splendides.” “Elles ont besoin de calme pour s’épanouir.” “Quels beaux chiens !” “Ils sont grands pour leur âge.” En matière de langage, elle est plutôt douée pour les banalités. Cela ne dérange pas le chef. Il ne la gronde des yeux que lorsqu’elle prétend jouer à l’historienne de l’art et mélange les styles, les époques et les genres ; ou lorsqu’elle met l’image de bourgeois libéraux et les intérêts du couple en danger en avouant à des inconnus sa grande peur des gens du peuple. Un jour elle est arrivée au cabinet au bord de la crise de nerfs. Elle venait exiger du chef qu’il obtienne des autorités la démolition d’une maisonnette en construction à mille mètres de leur résidence. “Ils ne vont quand même pas nous suivre jusque-là.” Elles et Ils. La patronne classe les gens et les cho­ses en catégories opposables et définitives. Elle présume que tous font comme elle et elle utilise abondamment la troisième personne du pluriel sans perdre son temps à préciser à quel groupe (fleurs, chiens, humains, peintres, ouvriers du bâtiment, rats des villes ou rats des champs…) ce pluriel peut faire référence. “Elles, Ils…” Le chef obéit et cautionne. Dans sa vie domestique il ne prend pas d’initiative, et dans sa vie professionnelle, hormis un nom connu de tous et une habileté relative dans le domaine de la communication, on ne lui connaît pas de mérite personnel. Il a hérité du cabinet et s’est contenté de l’extraire du centre-ville envahi par les marchands, les piétons et les chiens errants, pour l’installer dans un immeuble climatisé d’une nouvelle zone résidentielle, au sommet d’une colline. C’est un pays de montagnes et l’idéal commun est de monter vers les sommets.

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13 avril 2010

Le temps suspendu – Valeria Parrela

le_temps_suspendu Seuil – avril 2010 – 153 pages

traduit de l'italien par Dominique Vittoz

Présentation de l'éditeur :

" Attendre n'est pas mon fort. Attendre sans savoir a été la plus grande incapacité de ma vie ", déclare l'héroïne de ce roman. Et pourtant. Enseignante en formation continue, Maria se dépense sans compter pour ses classes de camionneurs et de femmes de ménage en quête d'une seconde chance. Enceinte à quarante-deux ans, elle accouche d'une grande prématurée. Commence alors la traversée d'un temps suspendu: pendant deux mois, derrière le hublot de la couveuse, Maria observe Irene sans comprendre si son bébé est en train de mourir ou de naître. Autour d'elles, un monde insolite, les banquettes de la salle d'attente et le langage crypté des machines de réanimation, les infirmières, les autres mères; et un médecin plus humain ou juste plus jeune. Un peu plus loin, le centre d'enseignement pour adultes, où immigrés et autres laissés-pour-compte du système scolaire essaient tant bien que mal de jouer les bons élèves. Enfin, en toile de fond, Naples, impitoyable mais captivante, est pour Maria tantôt la meilleure des compagnies, tantôt le pire obstacle. Dans un style rapide et allusif, Valeria Parrella invente une voix pour l'espoir et la hargne d'une femme devenue mère en sursis.

Auteur : Valeria Parrella, née à Naples en 1974, est une des plumes les plus novatrices de la littérature italienne. Ses nouvelles et son roman sont traduits dans de nombreux pays. Francesca Comencini a tiré du Temps suspendu un film très bien accueilli à la Mostra de Venise 2009.

Mon avis : (lu en avril 2010)

Maria a 42 ans, elle vit à Naples. Elle travaille comme professeur dans un centre de formation continue, elle donne des cours du soir à des adultes qui préparent le brevet des collèges. Enceinte tardivement, elle accouche avec trois mois d’avance d’une petite Irène qui placée dans une couveuse au service de néonatalogie. Le père est partie dès la première échographie. Tous les jours elle va à l’hôpital et passe le temps auprès de sa fille. « Voilà, Irene, ma fille, mourait ou naissait, je n’ai pas très bien compris : pendant quarante jours, ces mots ont désigné un seul et même état. Inutile d’interroger le corps médical, on me répondait : "Personne ne peut savoir, madame." »

Dans ce « temps suspendu », elle refuse de vivre comme avant, elle ne peut pas retourner travailler ou s’amuser. Maria revient sur son passé, elle nous raconte des souvenirs de son enfance, elle nous parle aussi de son travail qu'elle aime beaucoup ainsi que ses élèves. Avec ce livre, nous découvrons également en toile de fond la ville de Naples.

J'ai lu facilement ce livre et j'ai été touchée par Maria, qui malgré son angoisse, est forte. Elle espère et croit en la naissance d'Irene. Un livre bien écrit et touchant.

Merci à Suzanne de logo_chez_les_filleset aux éditions du seuil pour m'avoir donné l'occasion de découvrir ce roman.

Extrait : (page 51)

Le moniteur était une boîte grise ou bleue, montée sur un support comme un baffle de chaîne stéréo, d’où partaient des fils qui, avec cent autres, entraient dans les couveuses. J’avais vu plus souvent leurs couleurs que les yeux d’Irene.

Quand, certains jours, je la trouvais allongée sur le ventre et pas sur le dos, j'étais d'abord perdue, puis émue, à la pensée qu'elle avait un dos. Irène sentait le plastique humide et surchauffé, certains soirs, je rentrais à la maison le milieu de l'avant-bras marqué d'un profond sillon bleuâtre, dû au poids de mon bras sur le bord des hublots. Je ne portais plus de montre, parce que le lavage antiseptique prévoyait qu'on l'enlève et que nous vivions pour le lavage antiseptique. Je mesurais les jours qui passaient à la taille de la main d'Irène serrant une des mes phalanges.

Les infirmières ne voulaient pas que nos approchions les autres couveuses. Elles appliquaient la règlementation sur le respect de la confidentialité en nous enjoignant, comme à des commères sur le marché : « Occupez-vous de vos affaires. » Alors, entre nous, on s’appelait en douce, on surveillait du coin de l’œil le moment où elles papotaient du dernier fiancé de Simona Ventura, et on se confiait une inquiétude, on se montrait une preuve.

Ayant vite appris à déchiffrer le langage des machines, je transmis en quelques phrases ce savoir séditieux à Rosa, à Mina et à la première maman. Je leur expliquai qu’une modification de la courbe ne signifiait pas que nos bébés allaient plus mal, mais seulement que le signal n'était pas bon. Que la saturation était la quantité d'oxygène arrivant dans les tissus donnée par le chiffre qui clignotait en haut. Que la fréquence de la respiration était un renseignement secondaire par rapport aux autres indicateurs. Une diode clignotait, noire sur fond clair, on aurait dit le point d'insertion de Word sur un écran d'ordinateur. Au début de la page, quand va s'écrire le premier verbe : c'était le cœur qui battait.

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12 avril 2010

Le reste est silence – Carla Guelfenbein

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traduit de l’espagnol (Chili) par Claude Bleton

Présentation de l'éditeur :

Tommy a douze ans, et une maladie cardiaque qui lui interdit les jeux turbulents des garçons de son âge. Caché sous une table, il s'amuse à enregistrer sur son Mp3 le joyeux verbiage d'un banquet nuptial. Et voilà que l'on parle de sa mère, brutalement disparue dix ans plus tôt. Une brèche s'ouvre dans les secrets si bien gardés d'une famille recomposée, comme il en existe tant. La vie que tous croyaient ordonnée et paisible dérape, et les liens se distendent à mesure que l'histoire se tisse. Dans les non-dits de l'autre, chacun cherche sa propre vérité. L'enfant découvre à travers la mort violente de sa mère l'improbable "faute" de la judéité. Le père voit se raviver l'abyssale impuissance à protéger ceux qu'il aime. Et la belle-mère d'affronter une fragilité qui lui vient de l'enfance, une incapacité d'aimer et d'être aimée. Le reste est silence explore avec grâce la part d'ombre de chacun - cet infime espace intime auquel même l'amour ne peut donner accès - pour rappeler que c'est l'addition de toutes ces blessures qui constitue la pierre angulaire de l'édifice familial.

Auteur : Carla Guelfenbein est née en 1959 à Santiago du Chili. Exilée en Angleterre après le coup d'État de Pinochet, elle y étudie la biologie, puis le dessin. De retour au Chili, elle travaille dans des agences de publicité. Le reste est silence est son troisième roman, en cours de traduction dans une dizaine de langues. Ma femme de ta vie (2007).

Mon avis : (lu en avril 2010)

C'est Bellesahi qui m'a donné envie de lire ce livre. Tout d'abord, je trouve la photo de la couverture magnifique et elle reflète parfaitement le livre. Et je n’hésite pas à dire que ce livre a été pour moi un vrai coup de cœur !

C'est un récit à trois voix, l'on entend tour à tour Tommy, Alma et Juan.

Tommy a 12 ans, il souffre d'une maladie cardiaque qui l'empêche de vivre normalement. Il aime jouer à enregistrer les conversations d'adultes avec son Mp3 et dès le début du livre, lors d'un mariage il apprend un terrible secret : sa mère, Soledad qu'il croyait morte de maladie se serait en fait suicidée. Cette révélation va bouleverser sa vision de la vie. Il va alors essayer de comprendre ce qu’il s’est passé, il part donc seul sur les traces de sa mère.

Juan est le père de Tommy, il est chirurgien-cardiaque, il protège maladroitement son fils et il se protège derrière une certaine froideur. Il n’exprime pas ses sentiments.

Alma est la nouvelle femme de Juan, elle voit que son couple ne va pas bien mais elle n’arrive plus à communiquer avec Juan. Elle va retrouver Leo, un ancien amour, et se laisser séduire.

Chacun des trois personnages sont touchants, ils ont chacun des douleurs qu’ils refusent d’exprimer. L’auteur nous montre que les secrets et les silences de la famille peuvent donner de la douleur et de la souffrance. Un livre vraiment très émouvant et bouleversant. Une superbe découverte, à lire !

Extrait : (début du livre)

Parfois, les mots sont comme des flèches. Ils vont et viennent, blessent et tuent, comme à la guerre. Voilà pourquoi j'aime bien enregistrer les adultes. Surtout quand ils parlent de leurs affaires et que soudain, comme par magie, ils éclatent tous de rire en même temps. Au niveau du sol, ça ne manque pas de jambes qui s'agitent dans tous les sens. On en voit de toutes sortes : des jambes de chameaux, de lapins, de flamants, de singes, et même d'animaux dont je n'ai pas encore appris le nom. A ma table sont assises trois dames aux chevilles aussi grosses que les pattes d'un éléphant, un homme chaussé comme un golfeur, et une girafe qui fi nit par enlever ses sandales dorées. Ils ont beau tous parler en même temps, je n'aurai pas de mal à obtenir un enregistrement qui en vaille la peine, je branche mon Mp3 et j'enregistre :

Teré et son mari sont arrivés chacun dans une voiture différente, tu as remarqué ?

Non, mais ça ne m'étonne pas.

Dans le parc, les jeunes mariés posent devant un photographe, avec la volière du grand-père en toile de fond. Mon cousin Miguel sourit comme s'il avait un bout de bois en travers de la bouche. Au milieu des robes colorées, je repère Alma. Elle agite les mains et dessine des figures quand elle parle. Ses cheveux sont roux et elle a le même nom que le plus grand radiotélescope du monde. La principale mission d'ALMA est d'étudier la formation des étoiles. Avec Kájef, mon meilleur ami, nous avons découvert qu'il peut analyser des particules organiques comme le carbone, ce qui résoudrait la Grande Enigme de l'apparition de la vie. C'est incroyable, la quantité de choses qu'ALMA peut voir. Par contre, Alma, la femme de papa, est plutôt distraite. Mais je m'en fiche, parce que ça ne la gêne pas que je sois un peu lent et maladroit. On fait parfois des choses que papa désapprouve. Aujourd'hui, par exemple, c'est elle qui l'a persuadé que mes cousins se moqueraient du costume d'enfant vieux que je porte dans les grandes occasions. Pourtant, nous savons tous les deux que ma façon de m'habiller est sans importance. On ne peut pas dire que mes cousins soient méchants, mais ils ont toujours l'air pressé des gens qui vont chercher un trésor dans une contrée lointaine, mais sans vous inviter.

Je t'assure que non, elles ne se connaissent même pas.

La voix de la femme est aussi rauque que celle d'un crapaud. Je lève un peu mon Mp3.

Je croyais qu'elles étaient amies. Tiens, elle est là, avec les jeunes mariés, devant la volière.

De tous les oiseaux qu'il y a dans la cage de mon grand-père, mes préférés sont les faisans dorés.

Tu es folle, jamais de la vie, tu connais Marisol !

La brise marine soulève la nappe. Des chaussures d'homme s'arrêtent devant la table sous laquelle je suis caché.

Carmen, comme je suis content de te voir !

C'est papa, avec cette voix de docteur qu'il ne laisse jamais à la maison. S'il me surprend à enregistrer les adultes, il va piquer une belle colère. Il appelle ça "une atteinte à la vie privée des gens". Mais je me demande un peu ce que c'est, la "vie privée". Si je comprends bien, c'est ce qu'on fait et ce qu'on ressent quand on est seul. Dans ces conditions, ces conversations n'ont rien de privé. Une dame agite son pied dans tous les sens, on dirait qu'elle a un caillou dans sa chaussure.

Je vous en prie, restez assise, insiste papa.

Je retiens mon souffle sans lâcher mon Mp3.

Il y a des années qu'on ne s'est pas vus, dit la femme.

Cinq, six ?

Au moins.

Tu es en pleine forme, Carmen. Comme je suis content que tu sois venue. Et Jorge ? – Papa parle sur un ton détendu et joyeux, celui qu'il utilise quand on lui demande un conseil.

Il est parti avec une fille il y a deux ans. Sa secrétaire ! explique la femme en partant d'un grand éclat de rire. Ne t'inquiète pas, je suis ravie, elle m'en a débarrassé. C'était un bon à rien.

Si tu le dis ! répond papa.

Nous le disons toutes, intervient vivement une autre femme. A croire qu'on l'a piquée avec une aiguille.

Peu après, les chaussures de papa s'éloignent. J'ai de la chance qu'il ne m'ait pas vu. Papa et Alma restent ici et moi je dois rentrer à Santiago avec un oncle. "Nous avons besoin de nous reposer de vous", m'a dit Alma de sa voix douce, avec un grand sourire. N'empêche, j'ai trouvé que ce n'était pas juste.

Juan s'est remarié, n'est-ce pas ?

Oui, avec une femme beaucoup plus jeune que lui.

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