28 novembre 2009

L'ancre des rêves – Gaëlle Nohant

l_ancre_des_reves Robert Laffont – mars 2007 – 379 pages

Présentation de l'éditeur :

" - Dis donc, gamin, on t'a pas appris qu' c'était pas poli de zieuter comme ça ? J'aime pas les malins. Fais bien attention à toi. Les morts marchent, ce soir. Fais bien attention à toi. Un long frisson le frigorifia comme une bourrasque giflant un corps trempé. Les morts marchent, ce soir. Une comptine dont il avait perdu le souvenir lui traversa la tête. " Faut boire à la santé des gars Qui sont coulés, au fond, en tas. "

Dans un petit village de la côte bretonne, chaque nuit, les enfants Guérindel, Benoît, Lunaire, Guinoux et le petit Samson, sont en proie à des cauchemars terrifiants qu'ils taisent à leurs parents... Enogat, leur mère, a toujours interdit à ses quatre fils d'approcher le bord de l'eau. Est-ce seulement pour les protéger des dangers de la nature ? Ou d'une autre menace qui ne dit pas son nom ? Entre conte fantastique et roman d'initiation, L'Ancre des rêves sonde le mystère des peurs d'enfant.

Auteur : Gaëlle Nohant, trente-quatre ans, est lauréate avec Jennifer D. Richard (Bleu poussière) de l'édition 2007 de la Résidence du premier roman consacrée à la littérature fantastique.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai découvert ce livre grâce aux blogs et comme le promettait les divers billets, je n'ai pas été déçue. Toutes les nuits les enfants Guérindel Benoît, Lunaire, Guinoux et Samson sont hantés par d'horribles cauchemars : chacun le sien et toujours le même. Ils habitent en Bretagne, non loin de la mer, et Enogat, leur mère refuse qu'ils s'en approchent. Pourquoi ? Voilà le point de départ de ce roman original qui oscille entre le fantastique et l'aventure. Mais un jour, Lunaire décide d'agir sur son rêve en notant à son réveil tous ce dont il se souvient. Avec l’aide d'Ardélia, vieille dame de 90 ans et dernier témoin vivant des faits rêvés par Lunaire, il va mener un enquête qui nous transporte au début du XXème siècle sur les traces des pêcheurs Terre-neuvas et découvrir un secret de famille.

Je n'ai pas pu lâcher ce livre car l'histoire est superbement construite et les personnages sont si touchants. L'atmosphère est inquiétante, la Bretagne si présente et le lecteur est en permanence entre rêves et réalité... Un très beau roman original et plein de poésie.

 

Extrait : (début du livre)

Comme tous les soirs, Benoît Guérindel avait reculé par mille stratagèmes l’heure de monter se coucher. Qui, à sa place, eût été pressé de retrouver les images violentes qui ébranlaient sa caboche ? Mais l’heure redoutée du sommeil venait toujours, comme la mort, que rarement on invite.
Ce soir-là, comme toujours, il épia malgré lui le pas de sa mère dans le couloir, sentit son hésitation devant la porte close de la chambre qu’il partageait avec son frère cadet qui dormait déjà. Elle n’entrait plus leur souhaiter bonne nuit depuis longtemps. Ils avaient obtenu ça d’un commun accord, son frère cadet et lui. Ils étaient arrivés à la même conclusion par des itinéraires différents et silencieux : il fallait la tenir à l’écart. Elle ne pouvait rien pour eux. C’était triste, surtout pour elle. C’était une bonne mère, ils n’en doutaient pas, au fond.
Elle ne leur avait imposé que deux diktats. Et l’un comme l’autre étaient restés en travers de la gorge de Benoît, parce qu’ils n’avaient aucun sens à ses yeux, à la différence des autres interdits qu’elle leur imposait.
Quand il était enfant, il la revoyait lui dire : « Non, ne t’approche pas du feu, ça brûle ! » Avec son petit cerveau en construction, Benoît comprenait sur quelle arche s’appuyait le non. Il approchait sa main, se ravisait. Plus que pour la braver : pour se braver lui-même. Il redescendait les marches de l’escalier quand elle se fâchait. Il pouvait tomber. Soit. Un jour son frère était tombé, et il avait eu peur pour lui-même. Leur mère leur signalait des dangers. Son frère et lui s’en agaçaient parce qu’ils auraient voulu tendre la main et traverser les flammes sans avoir mal. Elle leur rappelait sans cesse qu’ils étaient trop petits pour leurs ambitions. Eux dont l’appétit de vivre ne connaissait pas de bornes. Eux qui avaient voulu courir avant de savoir marcher. Même Samson, le dernier de ses trois frères, était un concentré d’énergie pure, et il n’avait pas deux ans.
Mais, pensa Benoît avec ironie, cette mère si aimante avait négligé le plus nécessaire des avertissements : « Ne dormez pas, mes agneaux. Ne fermez jamais l’œil. Jamais. Vous m’entendez ? »
Se brûler la main n’était rien à côté de ce qu’il endurait, une fois entraîné dans la danse macabre du sommeil.
Souvent, il la haïssait pour tout cela. Et puis il croisait son regard, et sa haine le brûlait de remords. Elle ignorait tant de choses. Elle avait l’air solide, mais le fond d’elle était trouble.
Est-ce que les autres s’en doutaient, ou était-ce son privilège d’aîné, cette perspicacité empoisonnée ?
Son frère cadet était trop malin pour ne pas deviner l’essentiel. Les autres... les autres ne voulaient pas voir ce qui leur crevait les yeux.
Mais les quatre frères protégeaient leur mère du mal qui
les
frappait.
Tard dans la nuit, quand son rêve l’eut rejeté comme une marionnette après la farce, Benoît resta groggy, cherchant dans le noir la forme de son frère endormi. Cette vision, même en ombre chinoise, le rassurait toujours. Benoît avait presque deux ans de plus que Lunaire. Il ne pouvait pas lui dire qu’il se raccrochait à lui pour calmer sa panique, ni à quel point sa présence comptait. S’il commençait à évoquer ces choses-là, il se désagrégerait. Et céderait toute la place à cet être sans courage et sans force qu’il était dans son rêve.
Petite, où es-tu ? Pourquoi ton corps n’est pas couché sous les eaux ?

Benoît revit les fins cheveux blonds et bouclés disparaissant sous la surface glauque.
À cet instant, dans le silence de la chambre, il perçut des pleurs d’enfant. Un instant, il pensa mourir de trouille.
Puis il reconnut les sanglots rauques de son petit frère Samson.
Il envisagea de bondir de son lit. La chambre de Samson se trouvait au fond du couloir. Leur mère était plus loin, à l’étage en dessous. C’était à lui de se lever, sûrement. Samson était un costaud qui ne se réveillait pas la nuit, à moins d’une bonne raison. Il devait être malade. Ou bien il avait perdu son ours en peluche à l’autre bout du lit. Il suffirait de le lui rendre et le petit bonhomme se rendormirait aussi sec.
La vérité, c’est qu’il en était incapable. Encore hanté par son rêve, Benoît ne se sentait pas le courage de déplier ses jambes, de se mettre debout.
Il entendit du bruit à l’étage du bas. Sa mère se levait. Il frémit de honte. Il n’était bon à rien, et il le savait : ce privilège, il le devait à son cauchemar.

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27 novembre 2009

Le Chœur des femmes – Martin Winckler

le_choeur_des_femmes POL – août 2009 - 602 pages

Présentation de l'éditeur :

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de " Médecine de La Femme ", dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas - et je ne veux pas - perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur coeur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

Auteur : Né à Alger, en 1955, sous le nom de Marc Zaffran, Martin Winckler part en 1962 d'Algérie pour la France avec ses parents. Il passe son enfance à lire durant des journées entières et à écouter la radio. Dès 13 ans, enfant solitaire, il se met à écrire des nouvelles fantastiques inspirées de ses lectures. Après le bac, il part un an en Amérique où il comprend que devenir écrivain n'est ni scandaleux ni extravagant. De retour en France, il s'inscrit à la Faculté de médecine de Tours et devient un fervent lecteur de Georges Pérec. En 1983, après la mort de sa mère, il écrit 'Les Cahiers Marcoeurs' et se joint à la rédaction de la revue médicale 'Prescrire'. Dès 1984, il publie ses premières nouvelles sous le pseudonyme de Martin Winckler dans la revue 'Nouvelles Nouvelles'. En 1989, son premier roman 'La vacation' est publié et est lauréat du Festival du Premier Roman de Chambéry en 1990. En 1993, Martin Winckler cesse d'exercer la médecine et se consacre totalement à la traduction et à l'écriture.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais beaucoup aimé " la maladie de Sachs " du même auteur et je me suis plongée dans ce nouveau livre de Martin Winkler avec beaucoup de plaisir et j'ai eu du mal à l'interrompre pour mes activités quotidiennes... Tout d'abord, j'aime beaucoup le titre du livre : "Le Chœur des femmes". Cette fois-ci, nous découvrons de l'intérieur la consultation de gynécologie du docteur Franz Karma, un ami du docteur Sachs à travers le regard de Jean Atwood interne de cinquième année qui se destine à la chirurgie gynécologique et qui doit y faire, un peu contre son gré, un stage de 6 mois. On retrouve tout l'esprit de « la maladie de Sachs », un médecin à l'écoute de ses patientes. Au début l'interne est déboussolé par les méthodes du docteur Karma mais peu à peu Jean va se « décoincer » et grâce aux patientes comprendre qu'un médecin est avant tout un soignant au service des patients. Le lecteur assiste aux rendez-vous où des femmes racontent leur vie, parle de contraception, de sexualité... Mais ce n'est pas tout car Jean et le docteur Karma ont leurs propres petits secrets qui seront peu à peu révélés, tenant ainsi le lecteur en haleine... 

Avec ce roman, Martin Winkler est plein de tendresse pour les femmes, il dénonce le machisme de certains dans le milieu médical et qui ignorent la parole des femmes. Il nous indique aussi des méthodes de consultations ou de soins utilisées avec succès à l'étranger et que les médecins français par solidarité de corps se refusent d'utiliser au détriment du patient.

Ce petit service «Médecine de La Femme» est un havre de paix et d'humanité où chacun est à l'écoute et au service des patients. Ce livre m'a bouleversé. A lire sans modération !

 

Extrait : (page 23)

UNITÉ

Demande-toi toujours :

« Qu’est-ce qu’il/elle (me) veut? »

Je me trouve dans un autre couloir, long de quelques mètres seulement, au bout duquel une seconde porte vitrée donne sur un escalier extérieur. Un rayon de soleil éclaire le lino. À ma droite, deux portes fermées. L’une est celle des toilettes. La seconde porte un panonceau disant : « La conseillère sera de retour à 10 heures. » À ma gauche se trouve un petit secrétariat, séparé du couloir par un comptoir surmonté d’un volet mobile. Le volet est ouvert, une femme d’une quarantaine d’années – sans doute la silhouette que j’ai aperçue par la vitre – pose son sac sur le comptoir, le fouille et en tire une petite carte verte, qu’elle tend à une femme en blouse blanche assise derrière le comptoir.

Derrière le secrétariat, j’aperçois, à travers la demi-cloison surmontée d’une vitre, une salle d’attente sans fenêtre. Elle est vide.

À mon entrée, les deux femmes tournent la tête.

La quadra me salue de la tête sans ouvrir la bouche.

Bonjour, fait la secrétaire en levant un sourcil.

Elle semble avoir la trentaine, à peine. Ses cheveux noirs sont retenus par des couettes de chaque côté de sa tête. Elle porte des bagues à chaque doigt ou presque, de grandes boucles et plusieurs piercings aux oreilles, un autre au-dessus de l'œil, un maquillage outrancier et un horrible tatouage en forme de toile d’araignée dans le cou. Elle me fait irrésistiblement penser à un personnage de je ne sais plus quelle série télé.

Bonjour… dis-je de ma voix la plus grave et la plus ferme. Je suis le docteur Atwood, interne en gynécologie obstétrique. Je dois prendre mes fonctions… Ici.

Elle me lance un drôle de regard, mâchouille un chewing-gum et dit :

Ah. O.K. Moi, chuis Aline, la secrétaire. Le docteur Karma m’a prévenue que vous veniez aujourd’hui. Il ne va pas tarder. Je vous fais patienter un peu pendant que je m’occupe du dossier de cette dame ?

D’accord…

Il fait chaud dans ce couloir. J’ôte mon imperméable.

Il y a une penderie dans le bureau, dit la secrétaire en me désignant la pièce contiguë au secrétariat.

En me forçant à sourire pour ne pas avoir l’air désagréable, histoire de ne pas la prendre à rebrousse-poil dès la première minute (la secrétaire d’un service, c’est parfois comme la femme du patron, une vraie teigne, une harpie, elle peut lui glisser ta lettre de licenciement au milieu de la pile et la lui faire signer sans qu’il s’en aperçoive – ils sont tellement cons, parfois), j’entre dans le bureau. Il est beaucoup plus petit que je ne l’imaginais. C’est probablement une ancienne chambre réaménagée, comme il y en a des dizaines dans cet hôpital. Au beau milieu, une cloison en bois fixée à deux rails métalliques sépare la pièce en deux. Côté fenêtre, j’aperçois une armoire, un bureau, un fauteuil à roulettes pour le médecin et deux larges sièges pour les patientes. Côté porte, le coin réservé aux soins, minuscule, est occupé par un lit d’examen aux pieds chromés ; contre le mur, un meuble de rangement et un lavabo sont surmontés par un placard mural.

La « penderie » dont a parlé la secrétaire est dans l’armoire qui se dresse face au bureau. Quand j’en ouvre les portes, je vois qu’elle contient, à droite, des cartons emplis de matériel divers (« spéculums », « compresses», « gants » « kits de frottis ») et, à gauche, des blouses blanches pendues sur des cintres métalliques. Sur la poche de poitrine de la première, je lis : « Franz Karma, médecin ». Pas « praticien hospitalier » ou « chef de service ». Juste « médecin ». Pfff…

Je pends mon imperméable sur un cintre, je case mon sac au fond de l’armoire, j’enfile la blouse prise au vestiaire en m’assurant que mon badge est bien fixé, et je ressors dans le couloir. La patiente vient de refermer son sac et pénètre dans la petite salle d’attente placée juste derrière la guérite de la secrétaire. Je m’approche du comptoir et je reste là, debout, sans rien dire. Sur le formica bleu du comptoir, la secrétaire a posé la liste des consultations de la matinée.

Unité 77. Planification.

Docteur Karma, mardi 19 février.

8 h 50, Yvonne B. : post-IVG + pose DIU.

9 h 15, Colette E. : consultation.

9 h 30, Denise M. : consultation

Et le même genre de chose sur dix ou douze lignes.

Le téléphone sonne. La secrétaire prend un crayon et répond.

Unité 77, j’écoute. Non, madame, vous êtes à l’unité 77… Oui. Je comprends. Vous avez de quoi noter ? Je vais vous donner le numéro du centre d’IVG pour que vous preniez rendez-vous… Oui ? (Elle pose son crayon.) Vous êtes majeure ? Alors, l’entretien n’est obligatoire que pour les mineures, mais si vous avez des questions à poser, vous pouvez parler à une conseillère avant de voir le médecin. Oui… Bien sûr… Je comprends… Justement, je pense que ce serait bien que vous parliez avec Angèle Pujade, notre conseillère… Non, rassurez-vous, elle n’est pas là pour vous dissuader… Quand ça ? Oh, mais ça fait longtemps, ça, quinze ans ! Vous êtes devenue une autre femme, depuis… (Elle sourit.) Non, il n’y a pas de risque. Ça fait partie de la vie des femmes… Eh oui… (Elle rit de nouveau.) Ah, si vous voulez reparler de contraception ensuite, vous pouvez venir consulter ici, bien sûr. Les délais d’attente sont bien moins longs qu’avec les spécialistes de ville ou les médecins de la maternité… Oh, dix, douze jours… Non, pas plus. Et en cas d’urgence on vous reçoit dans la journée. Oui. Bien sûr… Je vous donne le numéro ?… Je vous en prie. Moi, je suis Aline, la secrétaire. Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à appeler… Je vous en prie. Au revoir.

Elle repose le téléphone et secoue la tête.

Je regarde ma montre. 9 h 5. Il m’avait dit neuf heures. Il est en retard. Sans quitter son écran des yeux, la secrétaire a dû apercevoir mon geste car elle dit :

Franz ne va pas tarder.

« Franz » ?

Je ne réponds rien.

Qu’est-ce que vous voulez faire, plus tard ? dit-elle.

Que voulez-vous dire ? Ah. Comme spécialité ?

Mmhhh…

Je la regarde, j’hésite, je finis par dire :

De la chirurgie gynécologique…

Vraiment ? Pourquoi venir ici, alors ?

Je ne sais pas quoi répondre. Elle mastique furieusement son chewing-gum et fait la moue.

Ah, je comprends. On vous a dit de venir…

Je me tais. De quel droit cette connasse me juge-t-elle?

Vous avez déjà reçu des femmes en consultation ?

Bien sûr. Mais surtout en chirurgie…

Aïe ! Bon, ben va falloir vous y mettre. Mais il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Elle lève la tête et l’incline sur le côté, à présent. Je n’ai jamais vu une secrétaire me jeter pareil regard. La plupart restent distantes et gardent leur hostilité pour elles, mais celle-ci semble prendre plaisir à se moquer de moi.

Sans me démonter, je m’approche de la guérite, je pose la main sur le comptoir, je dis :

Pas de problème.

Elle hoche la tête, sort un autre chewing-gum de la poche de sa blouse, colle le premier dans le papier, fourre le second dans sa bouche.

Bon ! Franz aime les internes qui ont de la personnalité.

« Franz ». Ils ont gardé les vaches ensemble, ou quoi?

Ah oui ? dis-je en tapotant le comptoir avec agacement.

Yep. Ah, ce qu’on fait ici est moins passionnant que faire sauter des utérus ou engrosser des bourgeoises pressées, dit-elle en prenant une grosse voix. Mais c’est au moins aussi important…

Sa remarque me laisse sans voix. Son visage devient plus farouche.

Désolée d’être agressive, mais vous venez de là-bas, explique-t-elle en tendant le menton en direction de la porte battante, et j’y ai fait de très mauvaises expériences avec des gens comme vous.

Je suis sur le point de lui rabattre son caquet en lui expliquant que je ne suis pas tout à fait « comme eux », mais elle tourne la tête vers la porte de rue.

Ah… le voilà !

Je la regarde sans comprendre.

Fr… le docteur Karma. Je viens de l’entendre passer sur son scooter.

Une demi-minute plus tard, une silhouette en caban bondit en haut des marches.

Le dos voûté, un petit sac à dos gris à la main, il entre, et lance : « Bonjour tout le monde. » Tandis que la porte se referme derrière lui, il s’avance dans ma direction, fait à la secrétaire un clin d'œil séducteur et un sourire auxquels elle répond par une œillade extatique avant de me désigner : « Voici… le docteur Atwood. »

Il me regarde et me tend la main.

Docteur Atwood, Mmhhh… (Il y a dans sa voix grave, presque rauque, la même pointe d’ironie que dans celle de sa secrétaire.) Bienvenue ! Vous m’excusez une seconde ?

Et, sans me laisser le temps de répondre, il se détourne et entre dans le bureau de consultation.

Au moment où il disparaît, une femme gravit les marches à son tour, franchit la porte de rue et s’approche du comptoir, essoufflée et intimidée.

Je suis en retard, je suis désolée… J’ai rendez-vous avec le Dr Karma.

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25 novembre 2009

L'histoire de Chicago May – Nuala O'Faolain

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Sabine Wespieser éditeur – août 2006 - 443 pages

10x18 - mai 2008 - 392 pages

traduit de l'anglais (Irlande) par Vitalie Lemerre

Présentation de l'éditeur :

Nuala O'Faolain s'empare du destin d'une jeune Irlandaise pauvre qui, en 1890, s'est enfuie de chez elle pour devenir une criminelle célèbre en Amérique sous le nom de "Chicago May". L'amour, le crime et un destin exceptionnel de femme au tournant du XXe siècle : tous les ingrédients du romanesque sont réunis. Tour à tour braqueuse, prostituée, arnaqueuse, voleuse et danseuse de revue musicale, May avait une beauté magnétique qui tournait la tête des hommes. Ses aventures la conduisirent du Nebraska, où elle côtoya les frères Dalton, à Philadelphie, où elle mourut en 1929, en passant par Chicago, New York, Le Caire, Londres et Paris, où elle fut jugée pour le braquage de l'agence American Express. Elle vécut sur un grand pied, fit de la prison, et écrivit même, dans le genre convenu des mémoires de criminels, l'aventure de sa vie. Partant de ce matériau, Nuala O'Faolain mène une enquête trépidante, tentant de saisir les motivations de cette énigmatique cœur d'Irlande, elle aussi exilée aux Etats-Unis. Car cette héroïne romanesque et sentimentale a payé au prix fort l'indépendance qu'elle a conquise contre les normes sociales. Ici l'écrivain nourrit de sa propre expérience une émouvante réflexion sur la quête d'une femme qui a décidé de sortir des sentiers battus, choisissant l'aventure et assumant la solitude.

L'Auteur :
Nuala 0’Faolain est née en Irlande en 1940. Journaliste à Londres, pour la BBC, puis à Dublin, elle a publié tardivement son premier livre, On s'est déjà vu quelque part ? (Sabine Wespieser éditeur, 2002). Le succès de ce récit autobiographique, qui a suscité un véritable phénomène d'identification auprès de toute une génération de femmes, a changé sa vie. Elle la consacre désormais à l'écriture, et partage son temps entre son cottage de l’ouest de l’Irlande et New York. Après Chimères (2003), J'y suis presque (2005), L'Histoire de Chicago May (Prix Femina étranger, 2006), tous parus chez Sabine Wespieser éditeur. Nuala 0’Faolain est décédée le 9 mai 2008 et Best love Rosie a été publié après sa mort.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'avais découvert Nuala O'Faolain avec son livre Best love Rosie que j'avais bien aimé. J'ai donc été un peu surprise par ce livre qui est essentiellement une biographie, celle de Chicago May une femme vivant au début du XXème siècle. Elle est contrainte de quitter son pays natal l'Irlande et elle émigre aux États-Unis. Seule et sans argent, sa vie n'est pas facile et elle tombe dans la prostitution et le vol. Elle fera de la prison en France puis en Angleterre avant de retourner aux États-Unis. Tout au long du livre, l'auteur n'hésite pas à partager avec le lecteur ses interrogations, ses recherches. Elle accompagne son récit de nombreuses photos, lettres et documents pour confirmer la véracité de l'histoire. On découvre la terrible condition de la femme à cette époque aux États-Unis. L'auteur étant elle-même irlandaise vivant aux États-Unis, on sent l'importance que ces recherches sur Chicago May a eu sur sa propre histoire. J'ai trouvé très intéressant ce livre mais comme j'attendais plutôt un vrai roman qu'une biographie je l'ai trouvé un peu long à lire et j'ai été un peu déçue.

Extrait : (page 115)
Elle s'éveillait dans l'après-midi dans un grand lit où, j'imagine, un vieux manteau de fourrure miteux servait de couverture d'appoint et où les rideaux étaient cloués à la fenêtre et non suspendus. Je suppose qu'elle pouvait entendre de la rue un homme vendant du combustible à la criée, et qu'il lui montait un sac de charbon. Peut-être y avait-il une domestique quelque part qui allumait le feu et posait une casserole de café en équilibre dessus - May devait se blottir dans la chaleur dès l'instant où le feu rougeoyait. Elle lève sa tasse de café d'une main nerveuse, extrait quelque chose à se mettre hors du chaos de ses vêtements, rafraîchit son visage brûlant dans l'eau froide d'une cuvette en fer. Puis elle file vers son banc ou sa chaise attirés dans le saloon quelconque qui était à ce moment-là le quartier général de sa bande.

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24 novembre 2009

Un chant de Noël – Charles Dickens

un_chant_de_noel_ Gallimard - octobre 1990 – 152 pages

le_drole_de_noel_de_Scrooge Livre de Poche Jeunesse – septembre 2009 – 156 pages

un_chant_de_no_l_bilingue Folio bilingue – septembre 1997 – 283 pages

un_chant_de_noel Folio junior – décembre 1999 – 146 pages

un_chant_de_no_l_dickens_LGP Livre de Poche Jeunesse – octobre 2008 – 156 pages

traduit de l'anglais par P. Lorain, Jean Esch

un_chant_de_noel_p LGF – novembre 2009 – 184 pages

traduit de l'anglais par André de Goy, G. B. de Saint-Romain

un_chant_de_no_l_dickens_el L'École des Loisirs – octobre 2009

Présentation de l'éditeur : Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

Auteur : Né en 1812 et mort en 1870, Charles Dickens est l'un des romanciers anglais les plus populaires dans le monde entier. Issu d'une famille très modeste, Charles Dickens souffre beaucoup de sa condition. Ces difficultés seront la source d'inspiration de la plupart de ses œuvres, dont les plus connues sont Les aventures de M. Pickwick, David Copperfield et Oliver Twist.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai commencé cette lecture pour accompagner mon fils qui étudie ce livre en français avant d'aller voir le film avec sa classe de 6ème. C'était aussi pour moi l'occasion de relire du Charles Dickens.

L'histoire se déroule à Londres, au XIXème siècle, c'est la veille de Noël. Scrooge est un vieillard égoïste, riche mais avare, aigri. Il totalement insensible à la magie de Noël, sans aucun sentiment vis à vis de ses proches. Il s'apprête comme d'habitude à passer Noël seul dans sa sombre maison. Il est pris par des hallucinations et le spectre de son ancien associé Marley lui rend une effrayante visite. Il lui annonce la visite prochaine de trois Esprits. Scrooge se voit d'abord confronté à l'Esprit des Noëls passés, qui le replonge dans ses propres souvenirs, réveillant en lui des blessures oubliées et des regrets profondément enfouis. Puis l'Esprit des Noël présents et enfin le plus effrayant : l'Esprit des Noël futurs. Scrooge va réagir et changer sa façon de vivre.

Voici un très joli conte de Noël écrit par Charles Dickens en 1843 qui est très populaire dans les pays anglophones. L'écriture est admirable, l'histoire est pleine d'humour, de tendresse et de suspens. Il n'est pas si facile à lire pour un jeune de 11 ans, mais en l'accompagnant je pense que c'est une bonne expérience et un vrai plaisir. C'est la magie de Noël !

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Le Drôle Noël de Scrooge (Titre original : Disney's A Christmas Carol ) est un film d'animation américain réalisé par Robert Zemeckis avec Jim Carrey, Gary Oldman, Colin Firth. Ce film sort au cinéma en France le 25 novembre 2009.


Il existe aussi des adaptations pour jeunes enfants :

un_conte_de_noel_ Un conte de Noël - Oskar jeunesse - sept. 2008 - 36 pages

scrooge_un_chant_de_noel_ Scrooge, un chant de Noël - Delcourt - nov. 2008 - 47 pages

Extrait : (page 11)

Un jour, le meilleur de tous les bons jours de l'année, la veille de Noël, le vieux Scrooge était assis, fort occupé, derrière son bureau. Il faisait un froid vif et perçant, le temps était brumeux ; Scrooge pouvait entendre les gens aller et venir dehors dans la ruelle, soufflant dans leurs doigts, respirant avec bruit, se frappant la poitrine avec les mains et tapant des pieds sur le trottoir pour les réchauffer. Trois heures seulement venaient de sonner aux horloges de la Cité, et cependant il faisait déjà presque nuit. Il n'avait pas fait clair de toute la journée et les lumières qui paraissaient derrière les fenêtres des bureaux voisins ressemblaient à des taches de graisse rougeâtres qui s'étalaient sur le fond noirâtre d'un air épais et en quelque sorte palpable. Le brouillard pénétrait dans l'intérieur des maisons par toutes les fentes et les trous de serrure ; au-dehors il était si dense, que quoique la rue fût des plus étroites, les maisons en face ne paraissaient plus que comme des fantômes. A voir les nuages sombres s'abaisser de plus en plus et répandre sur tous les objets une obscurité profonde, on aurait pu croire que la nature était venue s'établir tout près déjà pour y exploiter une brasserie fonctionnant sur une vaste échelle.

La porte du bureau de Scrooge demeurait ouverte, afin qu'il pût avoir l'œil sur son commis qui se tenait un peu plus loin, dans une petite cellule triste, sorte de citerne sombre, occupé à copier des lettres. Scrooge avait un très petit feu, mais celui du commis était beaucoup plus petit encore : on aurait dit qu'il n'y avait qu'un seul morceau de charbon. Il ne pouvait l'augmenter, car Scrooge gardait la boîte à charbon dans sa chambre, et toutes les fois que le malheureux entrait avec la pelle, son patron ne manquait pas de lui déclarer qu'il serait forcé de le quitter. C'est pourquoi le commis mettait son cache-nez blanc et essayait de se réchauffer à la chandelle ; mais comme ce n'était pas un homme de grande imagination, ses efforts demeuraient superflus.

- Je vous souhaite un joyeux Noël, mon oncle, et que Dieu vous garde ! cria une voix enjouée.

C'était la voix du neveu de Scrooge, qui été venu le surprendre si vivement qu'il n'avait pas eu le temps de le voir.

- Bah ! dit Scrooge, sottise !

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23 novembre 2009

Le retour à la terre - Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Voici 5 bandes dessinées pour fêter le 300ème livre commenté !

Tome 1 : La vraie vie

retouralaterre01 RetourALaTerreLe1a_21012005

Dargaud – octobre 2002 - 48 pages

Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : - Ca s'appelle "la nature, frangin... Jadis, les hommes vivaient dans la nature où ils chassaient pour se nourrir...
- J'aurais pas pu

Présentation : Mariette et Manu en ont assez de la ville. Ils viennent de déménager à la campagne. L’air pur, les petits oiseaux, les champs à perte de vue et tout ça...le bonheur, quoi ? Pas vraiment ! C’est qu’il n’est pas évident pour deux citadins accoutumés au bruit, à la promiscuité des transports en commun ou des embouteillages, et à la proximité des commerces et lieux de délassement, de se désintoxiquer de tout cela.

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Tome 2 : Les projets

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Dargaud – octobre 2003 - 48 pages

Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : Excusez-moi, Monsieur Henri, mais êtes-vous bien conscient de la nocivité de ces produits ?

Présentation : Manu et Mariette commencent enfin à s’installer, à tel point qu’elle souhaiterait maintenant un bébé ; il préférerait commencer un potager, moins bruyant et plus utile pour avoir des légumes bios.

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Tome 3 : Le vaste monde

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Dargaud – janvier 2005 - 48 pages

Quatrième de couverture : - Ce sanglier n'est-il pas le symbole de ce père absent que tu cherches ? Réfléchis, Coeur-Pur "n'es-tu pas à ton père par le sang lié ?" Sang lié SANGLIER !

Présentation : A la campagne, la vie des deux tourtereaux prend forme : le ventre de Mariette s'arrondit et Manu devient de plus en plus anxieux. Malgré le secours du guide de Laurence Pernoud, il stresse terriblement dans l'attente de l'accouchement, alors que la future maman adopte un comportement très philosophe !

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Tome 4 : Le déluge

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Dargaud – août 2006 – 48 pages

Présentation : Alors qu’un véritable déluge s’abat sur les Ravenelles, que Capucine ne s’endort qu’en écoutant Eddy Mitchell et que Monsieur Henri construit un navire, Manu, au bras de son ex, croise de débonnaires Atlantes en villégiature dans la région…

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Tome 5 : Les révolutions

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Dargaud - novembre 2008 - 48 pages

Présentation : Vive tension aux Ravenelles ! Manu, fragilisé par le départ de Mariette pour la fac, va-t-il trouver dans l'opposition au maire Adrien Coquelot une issue à son mal de vivre? Rien de moins sûr quand on sait les pressions que font peser sur lui les hommes en noir du Krachdiscount, et la confirmation inquiétante par l'ermite que les atlantes rentrent la nuit par les chatières... Un tome 5 qui installe définitivement et avec drôlerie, le petit monde poétique et attachant du Retour à la terre.

 

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Auteur : Oscillant entre humour et tentative de réhabilitation d'un certain mode de vie campagnard, Jean-Yves Ferri se démarque du reste de la production par un ton particulier. De sa jeunesse, il garde son amour immodéré du terroir et l'insuffle dans ses planches. Dès 1993, il fait son entrée parmi la caste des auteurs de Fluide Glacial. Ses 'Fables autonomes', parues au format album en 1996 et en 1998, évoquent une condition rurale âpre. Ardent défenseur du monde paysan, il n'en traite pas moins avec décalage et cynisme par le biais de l'autre série qu'il développe dans les pages de Fluide Glacial, celle des aventures d''Aimé Lacapelle', sorte de policier rural à la gouaille inégalée. Auteur et dessinateur, c'est en s'associant avec Manu Larcenet qu'il rencontre massivement le public. Leur oeuvre commune, 'Le Retour à la terre', entamée en 2002, témoigne de la difficulté de vivre sans racines et fait preuve d'une sensibilité rare. Entre humeurs bucoliques et regard doux-amer, Jean-Yves Ferri est un artiste dans le système mais définitivement à part.


Auteur : Né le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux, après s'être lancé dans la BD à l'âge de dix ans, Manu Larcenet étudie le graphisme au lycée de Sèvres et obtient un BTS d'expression visuelle option 'images de communication' à l'Ecole des arts appliqués. Parallèlement, il multiplie les concerts avec un groupe punk fondé avec des amis de collège. Il fait son service militaire en 1991 et connaît alors le bataillon disciplinaire. A son retour, il emménage avec des amis musiciens et poursuit la scène et le graphisme : ses premiers dessins sont publiés dans des fanzines de rock et de bande dessinée. Il commence en 1994 une collaboration d'abord discrète avec le magazine Fluide glacial ; son premier récit, 'L' Expert-comptable de la jungle', est bientôt suivi de 'Soyons fous', 'La Loi des séries' et 'Bill Baroud espion'. Spirou, Dupuis, Glénat et Les Rêveurs de runes, une maison d'édition qu'il a fondée avec Nicolas Lebedel, publient depuis ses albums. Les improbables créatures ou les petits bonhommes ordinaires qui peuplent ses dessins font son succès. Il reçoit en 2003 le prix Jacques Lob, puis le prix du meilleur album à Angoulême en 2004 pour 'Le Combat ordinaire'. Mêlant autobiographie et réflexion, à l'instar de son 'Retour à la terre', cette série apparaît comme celle de la maturité. Changement de ton qui ne l'empêche pas, à l'occasion, de revenir, en 2006, à ses premières amours avec l'album 'Chez Francisque', scénarisé par Yan Lindingre. Artiste protéiforme, alternant séries potaches et récits plus profonds, Manu Larcenet compte désormais parmi les auteurs incontournables de la bande dessinée.

Mon avis : (lu en 2008 et 2009)

Une série de BD vraiment très sympathique et pleine d'humour sur fond de campagne et d'oiseaux qui gazouillent... L'histoire est semi-autobiographique, Manu Larssinet s'installe à la campagne avec son amie Mariette et son chat dépressif Speed. Ils veulent échapper à la ville. Les personnages sont attachants, on découvre au village Monsieur Henri le propriétaire avec sa bouteille d'eau de vie, l'ancien maire devenu l'Ermite qui joue le rôle de psy auprès de Manu, la mémé Mortemont...

Le découpage des planches est faite en séries de cases indépendantes d'une demi-page et le style du graphisme est simple et épuré. L'humour est présent à chaque bulle. A lire sans modération !

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Sans feu ni lieu - Fred Vargas

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Viviane Hamy - octobre 1997 - 288 pages

J’ai lu – mai 2006 - 282 pages

Quatrième de couverture

Pourquoi Louis Kehlweiler dit l'Allemand, Marc, Lucien et Mathias - retranchés dans leur baraque pourrie de la rue Chasle à Paris -, s'intéressent-ils à un simplet à tête d'imbécile pas franchement sympathique, dont la culpabilité ne fait de doute pour personne, pas même pour eux ? Pourquoi tiennent-ils à sauver ce Clément Vauquer, un détraqué recherché par toutes les polices de Nevers et de Paris pour les assassinats effroyables d'au moins deux jeunes femmes ?

Auteur : Fred Vargas est née à Paris en 1957. Fred est le diminutif de Frédérique. Vargas est son nom de plume pour les romans policiers. Pendant toute sa scolarité, Fred Vargas ne cesse d'effectuer des fouilles archéologiques. Après le bac, elle choisit de faire des études d'histoire. Elle s'intéresse à la préhistoire, puis choisit de concentrer ses efforts sur le Moyen Âge. Elle a débuté sa « carrière » d'écrivain de roman policier par un coup de maître. Son premier roman Les Jeux de l'amour et de la mort, sélectionné sur manuscrit, reçut le Prix du roman policier du Festival de Cognac en 1986 et fut donc publié aux éditions du Masque. Depuis elle a écrit : Un lieu incertain (2008), Dans les bois éternels (2006), Sous les vents de Neptune (2004), Coule la Seine (2002), Pars vite et reviens tard (2001), Petit traité de toutes vérités sur l'existence (2001), Les quatre fleuves (en collaboration avec Edmond Baudoin) (2000), L'homme à l'envers (1999), Sans feu ni lieu (1997), Un peu plus loin sur la droite (1996), Debout les morts (1995), Ceux qui vont mourir te saluent (1994), L'homme aux cercles bleus (1992)

Mon avis : (lu en novembre 2009)

Voici un des rares livres de Fred Vargas que je n'avais pas encore lu... On retrouve, avec plaisir, Louis Kehlweiler, le personnage principal de "Un peu plus loin sur la droite" et les Évangélistes (Marc, Mathias et Lucien) dont on avait fait connaissance dans "Debout les morts".

Deux femmes ont été assassinées et tout accuse Clément Vauquer un accordéoniste un peu simplet. Celui-ci a obéit sans se poser de questions en surveillant les deux femmes puis en leur offrant un pot de fougère. Lorsqu'il découvre son portrait sur le journal, il comprend qu'il est recherché par la police et se réfugie chez la vieille Marthe qui est sûre de son innocence. Il faut découvrir l'assassin et Louis Kehlweiler, dit l’Allemand, et ses trois assistants Marc, Lucien et Mathias vont l'aider à mener l'enquête. Je suis une inconditionnelle de Fred Vargas et j'ai été prise par l'intrigue brillamment construite et captivante, sans oublier les personnages si particuliers qui font partis intégrante d'un livre de Fred Vargas. Ici, le personnage de Clément est très touchant, à la fois drôle, maladroit.

A découvrir sans modération...

Extrait : (début du livre)

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6.

Louis Kehlweiler jeta le journal du jour sur sa table. Il en avait assez vu et n’avait pas l’intention de se ruer page six. Plus tard, peut-être, quand toute l’histoire serait calmée, il découperait l’article et le classerait.

Il passa dans la cuisine et s’ouvrit une bière. C’était l’avant-dernière de la réserve. Il inscrivit un grand « B » au bic sur le dos de sa main. Avec cette canicule de juillet, on était obligé d’accroître notablement sa consommation. Ce soir, il lirait les dernières nouvelles sur le remaniement ministériel, la grève des cheminots et les melons déversés sur les routes. Et il sauterait paisiblement la page six.

Chemise ouverte et bouteille en main, Louis se remit au travail. Il traduisait une volumineuse biographie de Bismarck. C’était bien payé, et il comptait bien vivre plusieurs mois aux crochets du chancelier de l’Empire. Il progressa d’une page puis s’interrompit, les mains levées au-dessus du clavier. Sa pensée avait quitté Bismarck pour s’occuper d’une boîte à ranger les chaussures, avec un couvercle, qui ferait soigné dans le placard.

Assez mécontent, il repoussa sa chaise, fit quelques pas dans la pièce, se passa la main dans les cheveux. La pluie tombait sur le toit en zinc, la traduction avançait bien, il n’y avait pas de raison de s’en faire. Pensif, il passa un doigt sur le dos de son crapaud qui dormait sur le bureau, installé dans le panier à crayons. Il se pencha et relut à mi-voix sur son écran la phrase qu’il était en train de traduire : « Il est peu probable que Bismarck ait conçu dès le début de ce mois de mai… ». Puis son regard se posa sur le journal plié sur sa table.

Le tueur fait une seconde victime à Paris. Lire p. 6. Très bien, passons. Ça ne le regardait pas. Il revint à l’écran où attendait le chancelier de l’Empire. Il n’avait pas à s’occuper de cette page six. Ce n’était plus son boulot, tout simplement. Son boulot à présent, c’était de traduire des machins d’allemand en français et de dire aussi bien que possible pourquoi Bismarck n’avait pas pu concevoir un truc au début de ce mois de mai. Quelque chose de calme, de nourricier, et d’instructif.

Louis tapa une vingtaine de lignes. Il en était à « car rien n’indique en effet qu’il en ait alors pris de l’humeur » quand il s’interrompit à nouveau. Sa pensée était revenue butiner sur cette affaire de boîte et cherchait obstinément à régler la question du tas de chaussures.

Louis se leva, sortit la dernière bière du frigo et but à petits coups au goulot, debout. Il n’était pas dupe. Que ses pensées s’acharnent du côté des astuces domestiques était un signal à considérer. À vrai dire, il le connaissait bien, c’était un signal de déroute. Déroute des projets, retraite des idées, discrète misère mentale. Ce n’était pas tant qu’il pense à son tas de chaussures qui le souciait. Tout homme peut être amené à y songer en passant sans qu’on en fasse une histoire. Non, c’était qu’il puisse en tirer du plaisir.

Louis avala deux gorgées. Les chemises aussi, il avait pensé à ranger les chemises, pas plus tard qu’il y a une semaine.

Pas de doute, c’était la débâcle. Il n’y a que les types qui ne savent plus quoi foutre d’eux mêmes qui s’occupent de réorganiser à fond le placard à défaut de raccommoder le monde. Il posa la bouteille sur le bar et alla examiner ce journal. Parce qu’au fond, c’était à cause de ces meurtres qu’il était au bord de la calamité domestique, du rangement de la maison de fond en comble. Pas à cause de Bismarck, non. Il n’avait pas de gros problèmes avec ce type qui lui rapportait de quoi vivre. Là n’était pas la question.

La question était avec ces foutus meurtres. Deux femmes assassinées en deux semaines, dont tout le pays parlait, et auxquelles il songeait intensément, comme s’il avait un droit de pensée sur elles et sur leur assassin, alors que cela ne le regardait en rien.

Après l’affaire du chien sur la grille d’arbre1, il avait pris la décision de ne plus se mêler des crimes de ce monde, estimant ridicule d’entamer une carrière de criminaliste sans solde, sous prétexte de sales habitudes contractées en vingt-cinq ans d’enquêtes à l’Intérieur. Tant qu’il avait été chargé de mission, son travail lui avait paru licite. À présent qu’il était livré à sa seule humeur, ce boulot d’enquêteur lui semblait prendre de louches allures de chercheur de merde et de chasseur de scalps. Fureter sur le crime tout seul, quand personne ne vous a sonné, se jeter sur les journaux, entasser les articles, qu’est-ce que ça devenait d’autre qu’une scabreuse distraction, et qu’une douteuse raison de vivre ?

C’est ainsi que Kehlweiler, homme prompt à se soupçonner lui-même avant que de soupçonner les autres, avait tourné le dos à ce volontariat du crime, qui lui paraissait soudain chanceler entre perversion et grotesque, et vers laquelle semblait tendre la part la plus suspecte de lui-même. Mais, à présent stoïquement réduit à la seule compagnie de Bismarck, il surprenait sa pensée en train de s’ébattre dans le dédale du superflu domestique. On commence avec des boîtes en plastique, on ne sait pas comment ça se termine.

Louis laissa tomber la bouteille vide dans la poubelle. Il jeta un oeil sur son bureau où, menaçant, reposait le journal plié. Le crapaud, Bufo, était provisoirement sorti de son sommeil pour venir s’installer dessus. Louis le souleva doucement. Il estimait que son crapaud était un imposteur. Il affectait d’hiberner, en plein été en plus, mais c’était une feinte, il bougeait sitôt qu’on ne le regardait plus. Pour dire le fond des choses, Bufo, sous le coup de la condition domestique, avait perdu tout son savoir au sujet de l’hibernation, mais il refusait de l’admettre, parce qu’il était fier.

— Tu es un puriste imbécile, lui dit Louis en le reposant dans le panier à crayons. Ton hibernation à la noix n’impressionne personne, qu’est-ce que tu te figures ? Tu n’as qu’à faire ce que tu sais faire, et puis c’est tout.

Louis but une gorgée. D’une main lente, il fit glisser le journal vers lui. Il hésita une seconde puis l’ouvrit à la page six. Le tueur fait une seconde victime à Paris.

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22 novembre 2009

Seule Venise - Claudie Gallay

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Éditions du Rouergue – mars 2004 – 304 pages

Actes Sud – décembre 2005 – 302 pages

Éditions du Rouergue – mai 2009 – 236 pages

Présentation de l'éditeur :

A quarante ans, quittée par son compagnon, elle vide son compte en banque et part à Venise, pour ne pas sombrer. C'est l'hiver, les touristes ont déserté la ville et seuls les locataires de la pension où elle loge l'arrachent à sa solitude. Il y a là un aristocrate russe en fauteuil roulant, une jeune danseuse et son amant. Il y a aussi, dans la ville, un libraire amoureux des mots et de sa cité qui, peu à peu, fera renaître en elle l'attente du désir et de l'autre.
Dans une langue ajustée aux émotions et à la détresse de son personnage, Claudie Gallay dépeint la transformation intérieure d'une femme à la recherche d'un nouveau souffle de vie. Et médite, dans le décor d'une Venise troublante et révélatrice, sur l'enjeu de la création et sur la force du sentiment amoureux

Auteur : Née en 1961, Claudie Gallay vit dans le Vaucluse. Elle est institutrice dans la campagne d'Orange, deux jours par semaine. Elle passe le reste de son temps à écrire dans son village natal, Saint-Savin, où elle puise toute son inspiration. Elle a publié plusieurs romans aux éditions du Rouergue : L'Office des vivants (2000), Mon amour ma vie (2002), Seule Venise (2004) et Dans l'or du temps (2006), Les déferlantes (2008).

Mon avis : (lu en novembre 2009)

J'ai découvert Claudie Gallay avec les déferlantes qui a été pour moi un vrai coup de coeur et depuis j'ai lu presque tous ses livres. « Seule Venise » (livre que je me suis offert) est dans ma PAL depuis très longtemps car j'ai toujours des livres de la bibliothèque plus pressés à lire...

Je profite donc du challenge « Les coups de cœurs de la blogosphère » et la proposition de Gil de découvrir l'auteur Claudie Gallay pour sortir de ma PAL « Seule Venise » et enfin le lire.

Ce livre est à la fois l'histoire de la narratrice femme de 40 ans qui vient d'être quittée et qui part sur un coup de tête à Venise et un hommage à cette ville mystérieuse et envoûtante. La narratrice loge dans une pension tenue par Luigi, elle y rencontre un prince russe en chaise roulante et un couple d'amoureux, Carla et Valentino. Elle se perd dans les rues de Venise pour la découvrir, elle va rencontrer un libraire, qui lui donne le goût des livres et lui fait découvrir les côtés cachés de Venise. On est sous le charme des descriptions précises et magnifiques de la Venise envoûtante en hiver, humide, désertée par les touristes et où l'on rencontre les vrais vénitiens. On ressent à la fois la mer, l'histoire, le vent et le froid. Ce roman est plein de mélancolie mais il va accomplir son rôle de guérison.

Pour imaginer Venise que je ne connais pas, je me suis souvenue d'un film vu il n'y a quelques mois sur Arte « Vacances à Venise » de David Lean avec Katharine Hepburn (film de 1955). Et en refermant le livre, j'éprouve une véritable envie de partir en voyage à Venise, de préférence à une époque sans touriste... Un très beau livre.

Extrait : (page 39)

Le matin, je marche. Je me perds. À midi, je rejoins les quais. Je déjeune dans une trattoria avec vue sur la lagune, l'île du Lido au loin et sur la droite, le palais des Doges. Il n'y a personne. Pas de touristes. C'est l'hiver.
Luigi m'a dit profitez-en, quand la bora va se mettre à souffler vous ne pourrez plus aller là-bas.
La bora, le vent des fous.
Un vent d'est qui descend des plateaux et vient se finir là, sur les bords de l'Adriatique.
Un vent voyageur.
La bora.
Début d'après-midi. Une brume légère tombe sur la ville, la lumière devient blanche, elle recouvre tout, elle trahit les formes, les ombres. Elle trompe les distances.
Un homme qui promène son chien m'explique qu'en face, sur l'île de la Cuidecca, il y a une prison pour femmes. Il dit que l'été, quand il fait très chaud, il les entend crier. Il dit aussi que les marins s'approchent pour entendre ces cris-là. Que certains en deviennent fous. Qu'ils ne veulent plus quitter Venise à cause de ces cris.
- Au printemps dernier, le Belem a accosté ici, Riva Degli Schiavoni.
- Le Belem ?
- Un voilier magnifique. Il fait le tour du monde.
Il me montre l'endroit. Il dit que c'est quelque chose de merveilleux la vue de ce trois-mâts à Venise. Dans cette lumière, avec toutes les hommes en salut sur le pont.

Extrait : "Toujours, des hommes et des femmes se sont rencontrés à Venise. Toujours, des hommes et des femmes se sont aimés. Ont bravé le vent.
Je vous regarde.
Je ne vous connais pas. Je vous rencontre.
- Vous rougissez.
Je détourne la tête.
Vous souriez.
C'est à cause de ça.
Votre sourire. Et votre voix. J'ai aimé votre voix comme on aime un corps.
On regarde ailleurs. L'eau découvre les marches, le bois pourissant des pieux.
Avec les lumières, on voit à l'intérieur des palais. Les lustres éclairés.
- Les vénitiens sont là. Ils seront là jusqu'à la fin.
Vous aussi vous êtes là, je dis, mais pas suffisamment fort. Vous n'entendez pas."

Lu dans le cadre du challenge coeur_vs3 proposition de Gil

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21 novembre 2009

La vague – Todd Strasser

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JC GAWSEWITCH EDITEUR – mars 2008 - 220 pages

Pocket – février 2009 – 221 pages

Présentation de l'éditeur
Cette histoire est basée sur une expérience réelle qui a eu lieu aux Etats-Unis dans les années 1970. Pour faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves, Ben Ross, professeur d'histoire, crée un mouvement expérimental au slogan fort : " La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l'Action. " En l'espace de quelques jours, l'atmosphère du paisible lycée californien se transforme en microcosme totalitaire : avec une docilité effrayante, les élèves abandonnent leur libre arbitre pour répondre aux ordres de leur nouveau leader, lui-même totalement pris par son personnage. Quel choc pourra être assez violent pour réveiller leurs consciences et mettre fin à la démonstration?

Biographie de l'auteur
Todd Strasser, né en 1950, est new-yorkais. Il a publié de nombreux romans traduits dans plus d'une douzaine de langues. La Vague est parue en 2008 chez Jean-Claude Gawsewitch Éditeur. Vendu à plus d' 1,5 million d'exemplaires en Europe, le livre a été adapté au cinéma.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

A la demande de mes fils aînés (16 et 14 ans), j'ai eu l'occasion de voir le film en mars dernier. Je voulais donc également lire le livre. Dans le film, l'histoire se passe en Allemagne et non aux États-Unis. La fin du film est différente de celle du livre sans doute pour mieux frapper les esprits. J'ai trouvé le film est aussi fort que le livre. Le livre raconte l'expérience qui a été faite aux États-Unis dans les années 1970 par un professeur d'histoire pour expliquer le mécanisme du nazisme et répondre à la question d'un élève "Comment ont-ils pu faire cela ?". Petit à petit, le professeur inculque à ses élèves les notions de discipline, de cohésion, d'action... En quelques jours, le mouvement créé par le professeur sous le nom de « La Vague » le dépasse lui-même. Comment va-t-il pouvoir arrêter l'expérience ?

Ce livre existe depuis 1981 en langue anglaise et en Allemagne il est devenu un manuel d'histoire. En France, il n'a été traduit et publié qu'en 2008. Ce livre décrit parfaitement comment le pouvoir d'un groupe peut conduire à la perte du libre arbitre de l'individu. A lire et à faire lire aux lycéens !

La Vague (die Welle) est un film allemand réalisé par Dennis Gansel en 2008. L'histoire se passe en Allemagne, un professeur de lycée (Gymnasium) qui suite à des questions de ses élèves sur le régime nazi lors d'une semaine thématique sur l'autocratie, décide de mettre en place dans son cours une communauté fonctionnant comme une unité possédant un symbole, un salut, un uniforme, des règles : la vague. Mais la situation finit par devenir incontrôlable.

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18 novembre 2009

En pause...

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L’été chagrin – Henri Husetowski

lu dans le cadre de l'opération babelio

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Présentation de l'éditeur
Été 42. David ne s'en laisse pas raconter. Sa mère, veuve Yourguevitch, a eu l'intelligence de se remarier avec M. Duval. Pour plus de sécurité, elle a fait baptiser David. Elle est formelle. Maintenant, tous les deux sont de vrais français. Ils n'ont rien à craindre ! Il faut juste que David fasse plaisir à sa maman, qu'il ne soit pas un fainéant comme son père, et qu'il devienne ingénieur. Mais une nuit, cet été-là, des voitures noires et des camions viennent chercher tous les juifs du quartier. Par miracle, David leur échappe. Seul, soudain, son monde s'effondre. Seul, il comprend que sa mère et les adultes lui ont menti. Sur qui pourra-t-il compter désormais, alors qu'il lui faut tout quitter ?... L'Été chagrin est un premier roman bouleversant. Sans pathos, avec humour, Henri Husetowski brosse le portrait attachant d'un enfant pris dans la tourmente de l'histoire. Un roman fort, pour les adultes comme pour les adolescents.

Auteur : Né à Bordeaux de parents émigrés de Pologne, Henri Husetowski est un éducateur, aujourd’hui à la retraite. Il vit à Paris. L’Eté chagrin, son premier roman, est inspiré de faits réels.

Mon avis : (lu en novembre 2009)

David a bientôt 11 ans, il nous raconte, avec ses mots d'enfant de 11 ans et malgré tout de l'humour, 3 semaines de cette été 1942. Il vit à Paris dans un quartier juif et en juillet 1942 c'est la rafle du Vél d’Hiv. Sa mère est d'origine juive polonaise et s'est remariée avec Monsieur Duval, David a été baptisé. Elle n'arrête pas de lui affirmer qu'ils sont maintenant devenus tous les deux de vrais français. Et pourtant, il doit faire attention, certaines nuits sa mère même l'envoie dormir chez un voisin. C'est perturbant pour ce jeune garçon, qui se réfugie dans son imagination en inventant son propre monde où il est un grand résistant qui mène le combat et qui tue les allemands et les collabos qui viennent faire du mal à ses voisins et son copain Yacov, cela lui fait faire des bêtises qui vont le mettre en danger ainsi que les autres. Il échappera aux rafles et grâce au Père Noisiel et Madame Lafayette il va être envoyé à la campagne dans les Deux-Sèvres. On lui donnera un nouveau nom Daniel Renard. David est très touchant dans sa fragilité tantôt ange, tantôt petit diable. Le choc des évènements a réveillé en lui des peurs qui le hantent. Il se sent seul, il ne sait plus si il est ou n'est pas juif... La conclusion est constituée de lettres qui nous éclairent sur la fin de l'histoire.

Un très bon roman sur la guerre qui a été inspiré par des faits réels.

Merci aux éditions Buchet * Chastel de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (page 40)
« Yacov rigole maintenant, il jubile. Moi, j’ai des larmes sur les joues, je sais pas si je pleure ou si je ris. On sort, je claque la porte de la boutique le plus fort que je peux, l’étalage dans la vitrine s’effondre. Yacov redit « olé ! ». Il se place devant la vitrine effondrée et crie : « A bas Hitler, à bas Régéla ! »

Il est vraiment con ce con, on va se faire remarquer et c’est pourtant pas le moment avec tous les Allemands qu’on voit partout. Je lui dis : « Yacov, t’es con, tu peux pas savoir », mais il entend pas.
Et je suis brusquement inspiré. Je me plante devant la boutique pendant que dedans Fêtnat a l’air de discuter sec avec Régala, et je gueule : « Le garde champêtre qui pue qui pète, qui prend son cul pour une trompette ! » Elle est envoyée celle-là !
Yacov, jaloux qu’il est de moi, veut pas être en reste. A son tour il gueule : « Allô, allô, y’a d’la merde dans le tuyau ! »
Le menuisier ébéniste sort de son atelier, appuyé sur sa béquille. Il dit : « Nom de Dieu, mais c’est la révolution, comme en trente-six ! » Il gueule : « Vive la République ! » Et il s'en retourne dans son atelier. Le menuisier ébéniste, c’est Antonio Villafranca, il est arrivé en France en 1937 et s’est installé ici. Maman m’a dit qu’il a dû partir de l’Espagne parce qu’il ne s’entendait pas avec un certain Franco. Ce Franco, c'est un gars qu'a fait du mal à beaucoup de gens et qui n'aime personne, même pas les enfants, plein sont morts à cause de lui.

Là, j'ai pas cru maman, parce que quand on est un enfant on meurt pas, c'est évident. Alors je lui ai dit que c'est pas vrai et elle m'a répondu que c'est pas parce que je suis le plus intelligent de la France que j'ai toujours raison. »

lu dans le cadre de l'opération babelio avec buchet_chastel

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