12 mai 2010

Jungle - Monica Sabolo

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Jean-Claude Lattès - mars 2005 - 299 pages

Livre de Poche – mars 2007 – 248 pages

Quatrième de couverture:
"Julia avait toujours peur de me perdre. Quand nous avions dix ans, elle m'avait planté une aiguille dans le bras parce-que je lui avait parlé de Sophie, une fille de ma classe qui m'avait invitée à venir voir son aquarium tropical. A quinze ans elle m'avait écrit une lettre mélodramatique qu'elle avait signé de gouttes de sang séché, juste parce-que j'allais quelques fois dormir chez Yukiko, une petite japonaise neurasthénique. A dix-sept ans elle m'avait avoué qu'elle pensait souvent à ma mort. Le soir dans son lit, elle visualisait tous les détails de mon enterrement, le corbillard, le cercueil, sa robe à elle, en dentelle noire et la poignée de terre qu'elle jetait dans la tombe. Enroulée dans son drap, elle sanglotait, en proie à une exaltation terrifiante."
En déroulant les vies aventureuses de Louise et Julia, Monica Sabolo signe un livre lumineux d'humour et de grâce sur cet âge vertigineux où la vie est aussi sauvage qu'au coeur d'une forêt tropicale. Jungle ou l'épopée de l'adolescence.

Auteur : Monica Sabolo est née en Italie et vit à Paris. Jungle est son second roman.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Cela commence par le suicide de Julia. Pourquoi en est-elle arrivée là ? Flash-back, retour sur la première rencontre à l'âge de huit ans de Julia et Louise et la naissance de leur amitié. Elles sont toutes deux très différentes, Louise est un peu « garçon manqué », elle est passionnée de nature, collectionne les escargots, grenouilles, « elle passe son temps en expéditions, elle part ramper dans le jardin... » Julia est tout le contraire, elle a des robes improbables avec dentelles et frou-frou, elle a des allures d'une reine de beauté. Elle veut devenir une star. Julia et Louise deviennent les meilleurs amies du monde. Une amitié qui va se prolonger durant leur adolescence chaotique.

Roman à la fois émouvant et drôle qui se lit facilement, j'ai beaucoup aimé le personnage de Louise qui rêve d'aller en Guyane capturer un anaconda de plus de dix mètres !

Un grand merci à Blog-O-Book et aux éditions Livre de Poche pour cette découverte !

Extrait : (page 11)
Le jour où j'ai rencontré Julia, mon père nous a prises en photo dans le jardin de la maison, juste devant l'étang.
Sur le cliché, on voit deux fillettes, le visage éclaboussé de lumière. La brune, avec une robe à volants et l'air d'une reine de beauté, sourit de toutes ses dents. La blonde, qui a une coupe de cheveux très courte et très ratée, se tient en retrait en grimaçant. Elle a l'air beaucoup plus maigre que l'autre, et sa posture – les mains sur les hanches – fait ressortir ses os pointus.
Quand on s'attarde sur les détails, on remarque que la brune porte un ruban blanc pour retenir sa queue de cheval, et que la blonde a un trou dans son tee-shirt, juste au-dessus du nombril, à gauche. Le tee-shirt est vert avec des rayures blanches sur les épaules et un grand 12 sur la poitrine. On dirait qu'elle va jouer au foot.
La robe de l'autre est pleine de dentelles, et la serre à la taille de façon déraisonnable. Sa couleur ivoire fait ressortir la pâleur du visage, lui donnant une allure un peu inquiétante de revenant ou d'infante malade. On voit à son expression qu'elle est persuadée que sa tenue est une réussite.
Au dos de la photo, quelqu'un a écrit : Louise et Julia, juillet 1979.
Mais on ne voit pas tout sur cette photo.
On ne respire pas le parfum poudré de la peau de Julia. On ne voit pas Barnabé, mon lézard, caché dans la poche de mon short. On ne voit pas ma mère couchée sur une chaise longue, dans une robe rouge à pois, ses grandes jambes luisantes comme celles d'une Barbie en plastique. On ne voit pas M. Lambert qui raconte des histoires drôles, avec sa main qui replace ses cheveux dans un geste d'acteur américain, pendant que mon père prend tout le monde en photo.
On ne voit pas que l'heure est grave. Que je traverse une crise politique sans précédent. Que mon territoire est menacé.
L'envahisseur est à côté de moi, avec son foutu sourire de conquérante.

Livre lu dans le cadre du partenariat logo_bob_partenariat et  logo

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11 mai 2010

Quand souffle le vent du nord – Daniel Glattauer

400ème livre commenté !

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Grasset – avril 2010 – 352 pages

Livre de Poche - mars 2011 - 348 pages

traduit de l'allemand par Anne-Sophie Anglaret

Quatrième de couverture :
Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ?
Leo Leike reçoit par erreur un mail d'une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fils des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant.
Leo écrit : « Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien. »
Emmi admet : « Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque. »
Emmi est mariée, Leo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Leo repousse néanmoins le moment fatidique de la rencontre...

Auteur : Daniel Glattauer, né à Vienne en 1960, écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour le grand journal autrichien Der Standard, Quand souffle le vent du nord, son premier livre traduit en français, est son plus grand succès.

Mon avis : (lu en mai 2010)
Avant de lire ce livre, j'ai vu beaucoup de bonnes critiques sur la blogosphère et c'est sa présentation au Café Lecture mensuel auquel je participe qui m'a donné l'occasion de le découvrir avec beaucoup de plaisir. Ce livre a été publié en 2006 en Autriche, il a été traduit en France seulement 4 ans plus tard. L'histoire est simple, mais le style est original. En effet il s'agit d'un échange de mails entre un homme Leo et une femme Emmi. Tout a commencé lorsqu'Emmi a envoyé par erreur un mail à Leo Leike pour résilier un abonnement à la revue Like. Ils vont tous les deux se lancer dans une conversation virtuelle régulière. Leo vient d'être quitté par sa compagne, Emmi est marié avec deux enfants. Au début, ils ne se dévoilent pas trop mais essayent de deviner qui est l'autre. Plus leur relation virtuelle avance, plus ils se sentent attirés l'un par l'autre et deviennent peu à peu « accros » à leurs rendez-vous virtuels. Un jour, ils décident de se donner rendez-vous dans un café très fréquenté de la ville, pour voir s'ils pourraient se reconnaître. Bien sûr ils s'interdisent de s'aborder. Et... je n'en dirai pas plus pour garder toute la saveur du livre !

Ce livre se lit très facilement et je me suis laissée prendre au jeu et je n'ai pas pu lâcher le livre avant de l'avoir terminé... A découvrir !

Il existe une suite à ce livre, « Alle sieben Wellen », sortie en février 2009 en allemand mais pas encore traduite en français...

Extrait : (début du livre)

5 janvier
Objet : Résiliation
J'aimerais résilier mon abonnement. Puis-je m'y prendre ainsi ? Cordialement, E. Rothner.

18 jours plus tard
Objet : Résiliation
Je veux résilier mon abonnement. Est-il possible de le faire par mail ? Merci de me répondre au plus vite.
Cordialement, E. Rothner.

33 jours plus tard
Objet : Résiliation
Chère Madame, cher Monsieur des publications Like, si votre mépris souverain envers mes tentatives de résiliation a pour but d'écouler plus d'exemplaires de votre produit, d'un niveau hélas toujours plus mauvais, je dois malheureusement vous faire part de ma décision : je ne paierai plus !
Cordialement, E. Rothner.

8 minutes plus tard
RÉP :
Vous avez la mauvaise adresse. Je suis un particulier. Mon adresse : woerter@leike.com. Celle dont vous avez besoin : woerter@like.com. Vous êtes déjà la troisième personne à m'envoyer une demande de résiliation. Le magazine doit être devenu vraiment mauvais.

Cinq minutes plus tard
RE :
Oh, pardon ! Et merci pour ces explications. Bien à vous, E.R.
Neuf mois plus tard
Pas d'objet
Joyeux Noël et bonne année de la part d'Emmi Rothner.

Deux minutes plus tard
RÉP :
Chère Emmi Rothner, nous ne nous connaissons pour ainsi dire pas du tout. Cependant, je vous remercie pour votre sincère et si original mail groupé ! Il faut que vous le sachiez : j'aime les mails groupés destinés à un groupe auquel je n'appartiens pas. Sincères salutations, Leo Leike.

18 minutes plus tard
RE :
Veuillez excuser mon harcèlement épistolaire, Monsieur " sincères salutations " Leike. Vous vous êtes glissé par erreur dans mon fichier clients car, il y a quelques mois, j'ai utilisé sans le vouloir votre adresse mail pour résilier un abonnement. Je vais l'effacer tout de suite.
PS : Si pour souhaiter " un joyeux Noël et une bonne année " vous trouvez une formule plus originale que " joyeux Noël et bonne année ", n'hésitez pas à me le faire savoir. En attendant : joyeux Noël et bonne année ! E. Rothner.

Six minutes plus tard
RÉP :
Je vous souhaite d'agréables fêtes et espère de tout cœur que cette nouvelle année qui commence comptera parmi vos 80 meilleures. Et si entre-temps vous vous abonnez aux ennuis, n'hésitez pas à m'envoyer - par erreur - une demande de résiliation. Leo Leike.

Trois minutes plus tard
RE :
Suis impressionnée ! Bises, E.R.

38 jours plus tard
Objet : Pas un euro !
Très chère direction de Like, je me suis séparée de votre magazine trois fois par écrit et deux fois par téléphone (auprès d'une certaine Mme Hahn). Puisque vous persistez malgré tout à m'envoyer ce journal, je considère que cela vous fait plaisir. Quant à la demande de paiement de 186 euros, je serai ravie de la conserver en souvenir de Like quand, enfin, je ne recevrai plus aucun numéro. Mais ne comptez pas sur moi pour payer le moindre euro. Avec l'expression de ma considération distinguée, E. Rothner.

Deux heures plus tard
RÉP :
Chère madame Rothner, le faites-vous exprès ? Ou êtes-vous abonnée aux ennuis ? Sincères salutations, Leo Leike.

15 minutes plus tard
RE :
Cher monsieur Leike, je suis confuse. Je souffre malheureusement d'une maladie chronique du " Ei ", c'est-à-dire du " E " avant le " I ". Quand j'écris vite et qu'un " I " doit suivre, un " E " se glisse toujours dans mon mot. A tel point que mes majeurs se font la guerre sur le clavier. Le gauche veut toujours aller plus vite que le droit. Il faut dire que je suis une gauchère contrariée. La main gauche ne me l'a pas pardonné. Le bout de son majeur glisse toujours un " E " dans le mot avant que la main droite ne puisse placer un " I ". Veuillez excuser ce harcèlement, cela n'arrivera (probablement) plus. Bonne fin de soirée, E. Rothner.

Quatre minutes plus tard
RÉP :
Chère madame Rothner, puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire le mail qui expose votre maladie du " Ei " ? Bises, Leo Leike.

Trois minutes plus tard
RE :
Deux questions pour vous répondre : combien de temps selon vos estimations ? Et pourquoi cette question ?

Huit minutes plus tard
RÉP :
Selon mes estimations, cela ne vous a pas pris plus de vingt secondes. Si c'est le cas, je vous félicite : en si peu de temps, vous avez réussi un message impeccable. Il m'a fait sourire. Et ce soir, rien ni personne d'autre n'y serait arrivé. En ce qui concerne votre deuxième question, pourquoi je vous demande cela : je travaille actuellement sur le langage dans les mails. Et maintenant je vous repose ma question : pas plus de vingt secondes, je me trompe ?

Trois minutes plus tard
RE :
Tiens tiens, vous travaillez sur les mails. Ça a l'air passionnant, et j'ai maintenant un peu l'impression d'être un cobaye. Mais tant pis. Avez-vous un site internet ? Si non, en voulez-vous un ? Si oui, en voulez-vous un plus joli ? Je travaille en effet sur les sites internet. (Jusqu'ici, il m'a fallu exactement dix secondes, je me suis interrompue mais c'était pour une discussion professionnelle, ça va toujours très vite.)
Vous vous êtes malheureusement complètement trompé dans vos estimations en ce qui concerne mon banal mail sur la maladie du " E " avant le " I ". Il m'a bien coûté trois minutes de mon temps. Et à quoi cela a-t-il servi ? Il y a quand même quelque chose qui m'intéresse : pourquoi avez-vous supposé qu'il ne m'avait fallu que vingt secondes pour écrire mon mail ? Et, avant de vous laisser à jamais en paix (à moins que les publications Like ne m'envoient encore une demande de paiement), je voudrais savoir autre chose. Vous écrivez : " puis-je vous poser une question ? Et en voici une deuxième : combien de temps vous a-t-il fallu… etc. ? " J'ai deux questions là-dessus. La première : combien de temps vous a-t-il fallu pour trouver cette blague ? La seconde : c'est ça votre humour ?

Une demi-heure plus tard
RÉP :
Chère et inconnue madame Rothner, je vous répondrai demain. Là, j'éteins mon ordinateur. Bonne soirée, bonne nuit, ça dépend. Leo Leike.

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10 mai 2010

Loup y es-tu ? - Janine Boissard

loup_y_es_tu Robert Laffond – octobre 2009 – 328 pages

Présentation de l'éditeur :
Qui a envoyé à Manon, 28 ans, le tout petit garçon qu'elle découvre ce soir-là, recroquevillé sur son paillasson, avec ce seul message : " Sauvez-le " ?
Quel danger le menace pour qu'il semble si perdu, si effrayé ? La longue et périlleuse enquête que Manon va mener la replongera dans un passé douloureux qu'elle tentait en vain d'oublier.
" Loup y es-tu ? " Le loup est bien là.
Mais au cours de sa folle aventure, Manon, qui déjà connaissait l'amitié, trouvera enfin l'amour.

 

Auteur : Janine Boissard est née et a fait ses études à Paris.
En 1977, elle publie sa célèbre saga "L'Esprit de famille" (six volumes en tout, de 1977 à 1984). L'évolution de la société, les chambardements dans la famille, les problèmes de couple, ceux de l'adolescence, ceux de la femme moderne face au monde du travail sont ses thèmes favoris. En 1996, elle publie "Une Femme en blanc", un formidable succès en librairie, traduit en Allemagne et en Italie; sans oublier la série télévisée en six épisodes, diffusée en 1997. Janine Boissard a publié à ce jour une trentaine de livres, dont Malek (2008), Allez, France ! (2007). Décorée des Palmes Académiques pour son action auprès de la jeunesse, elle vit de sa plume depuis vingt ans. L'écriture est, dit-elle, "à la fois ma passion, un métier exigeant et ma façon de respirer".

 

Mon avis : (lu en mai 2010)

Janine Boissard est une auteur que j'ai découvert lorsque j'étais adolescente avec sa série « L'esprit de famille ». J'ai lu presque tous ses livres et j'ai encore pris beaucoup de plaisir avec celui-ci « Loup y es-tu ? ».

Manon a vingt-huit ans, elle vit seule à Paris, elle est présentatrice de télévision. Un soir en rentrant chez elle, elle trouve sur le pas de sa porte un petit garçon recroquevillé et un message sur son téléphone : « sauvez-le ». Le petit garçon, Mano a des yeux d'un bleu unique et Manon comprend qu'il est le fils de sa sœur Agathe qui a été déclarée morte depuis 4 ans. Avec l'aide de ses deux amies Vic et Armelle, de Marc et Juan, Manon va enquêter sur la disparition de sa sœur à Palerme en Sicile lors d'un incendie. Et découvrir qui s'est occupé de Mano jusqu'alors et lui a confié.

L'histoire prenante autour de la famille, l'amitié et l'amour, des personnages attachants. De l'émotion et du suspense, l'auteur mêle enquête policière et histoire d'amour. Un livre agréable et facile à lire. J'ai passé un très bon moment en compagnie de ce livre.

 

Extrait : (page 73)
C'était bien le problème. Vous édifiez, année après année, des murailles autour de votre faute, votre très grande faute. Bon an, mal an, vous parvenez à vivre avec, vous avez même de bons moments, ceux qu'on appelle de "rémission". Et ce sont vos plus proches, vos amis de cœur, qui, vous ouvrant le leur, vous manifestent leur amour et leur compassion, pulvérisent vos fortifications de papier mâché et remâché par les larmes.
"On t'aime"
Donnez moi des indifférents, des insensibles, et mêmes des ennemis, qui vous obligent à garder votre cuirasse.
Vic, Armelle, Marc... sans compter le regard fraternel de la victime du tsunami, c'était trop.
J'ai 21 ans, Agathe 17. Je suis descendue à Toulon pour l'anniversaire de maman, ma sœur me vole ma carte bancaire et vide mon compte.
"Dégage, Agathe. Je ne veux plus te revoir. Jamais.
Amen, je n'aurais plus jamais de nouvelles.
J'ai gueulé, j'ai sangloté, la phrase assassine, cadenassée depuis sept ans au fond de mon cœur. Bien sûr que si je n'avais pas bouté ma sœur hors de ma vie, elle n'aurait pas perdu la sienne. Évidemment, elle m'aurait donné son adresse en Sicile, invitée à venir la voir, confié qu'elle était enceinte, révélé qu'un danger la menaçait, appelée à l'aide, sachant bien que sa bêtasse de sœur serait accourue au premier coup de sifflet pour lui porter secours.
J'avais rompu le pacte des améthystes. « On les portera toujours, même la nuit, promis, Manon ? » J'avais abandonné mon Agathe dans sa nuit. Et, pour pénitence de mon pécher mortel, elle m'envoyait du ciel un petit orphelin doté de son regard turquoise.

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07 mai 2010

Les Cheveux de Bérénice - Denis Guedj

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Seuil – janvier 2003 – 320 pages

Points – mai 2004 – 400 pages

Points – avril 2007 – 400 pages

Quatrième de couverture :
Dans le ciel d'Alexandrie, entre la Vierge et le Lion, une nouvelle constellation vient de naître, les Cheveux de Bérénice. Pour que, des lointains champs de bataille, son époux Ptolémée Évergète revienne vivant, la reine Bérénice sacrifie sa chevelure à la déesse Isis. L'Égypte, IIIè siècle avant notre ère, rayonne de tous ses feux : le Phare, la Grande Bibliothèque, Mouséion.

« Combien grande est la Terre ? » demande Évergète à Eratosthène, géographe, cartographe, mathématicien, et directeur de la Grande Bibliothèque.
Commence alors la marche de Béton, le bématiste chargé de mesurer le Nil « pas à pas » depuis Alexandrie jusqu'à la première cataracte. Tandis qu'à la cour, débauche et assassinats gangrènent le pouvoir des nouveaux pharaons grecs. Témoin de cette aventure, le nain Obole, véritable carte humaine, qui porte le Nil tatoué sur son dos.

Les Cheveux de Bérénice est l'histoire de la première mesure de la Terre confronté à la démesure de la tragédie qui secoue la dynastie des Ptolémées.

Auteur : Né en 1940 à Sétif (Algérie), Denis Guedj est à la fois écrivain, mathématicien, professeur d'histoire et d'épistémologie des sciences (à Paris VIII) et aussi scénariste de cinéma. Écrivain prolifique, il rencontre un succès mondial, traduit en vingt langues, avec Théorème du perroquet (1998) ou les Cheveux de Bérénice (2003). Romancier, auteur de théâtre, comédien mais aussi scénariste, avec ce film de 1978, une fiction documentaire dont le titre, la Vie, t’en as qu’une, résume le fond de sa pensée, de son enseignement. Car Denis Guedj était d’abord un enseignant. Il est mort samedi 24 avril 2010, à l'âge de 69 ans.

Mon avis : (lu en 2003 et relu en mai 2010)
Ce livre est à la fois un roman, un livre d'histoire, de mathématique, d'astronomie... Denis Guedj nous entraîne dans l'Égypte de Ptolémée trois siècles avant notre ère.
Le mathématicien Ératosthène, directeur de la Grande Bibliothèque, est chargé par le roi Évergète de mesurer la circonférence de la Terre. La mesure s'effectuera le long d'un méridien : celui d'Alexandrie, le long du Nil entre Syène et Alexandrie.
«Cette mesure effectuée plus de deux siècles avant notre ère attribue à la Terre une circonférence de 39600 kilomètres.
Aujourd'hui, les méthodes les plus précises donnent 40000,07 kilomètres.»
On ne s'ennuie pas un instant, le lecteur découvre la Grande Bibliothèque et le Phare d'Alexandrie, le mathématicien Ératosthène et ses démonstrations très pédagogiques, et son cheminement et ses raisonnements pour faire aboutir son projet de mesure de la Terre. En parallèle le lecteur découvre la cour des Ptolémée et les intrigues autour du pouvoir. Un livre riche en documentation et une épopée passionnante.
Le titre, Les Cheveux de Bérénice, fait allusion à la légende selon laquelle Bérénice, femme d'Évergète, aurait offert sa chevelure à la déesse Isis en échange de la vie de son mari, chevelure disparue de l'autel d'Isis mais retrouvée dans le ciel en tant qu'une constellation. A découvrir !

Extrait : (page 31)
Évergète s'approcha de la carte. Posant son index sur la Diaphragme, il le fit glisser du couchant au levant, égrenant les noms des pays : Celtique, Libye, Italie, Grèce, Macédoine, Thrace. Quand il eut atteint la Perpendiculaire, il s'interrompit. Il venait de traverser la moitié du Monde. Impatient de pour suivre ce voyage virtuel, il continua : Éthiopie, Nubie, Arabie, Médie, Perse, Carmanie, Bactriane, Inde, Cédrosie, Taprobane. Parvenu à l'océan qui mettait un terme aux terres habitées du Levant, son doigt resta en suspens. Lentement, d'un geste large, désignant l'en dehors de la carte : « Et le reste ? Le reste du monde, est-ce beaucoup, est-ce peu en regard de ce que nous connaissons ? » demanda le roi, les yeux brillants d'excitation. S'approchant d'Ératosthène qui, en retrait, respectait le silence de son souverain, il répéta doucement, presque douloureusement, sa demande à cet homme qui lui était si cher et à qui il avait confié l'éducation de son fils aîné, Lagos : « Ce monde habité que tu offres à mon regard et dont pour la première fois je perçois si sûrement les limites, je ne peux m'empêcher de ne le considérer que comme une partie du Monde. Une partie infime ? Une partie considérable ?
- Pour te répondre précisément, il faudrait que je sache combien grande est la Terre.
- Eh bien !
- Tu me demandes, Seigneur, quelle est la grandeur de la Terre ?
- Oui, oui, c'est exactement ce que je te demande, la grandeur de la Terre ENTIERE !
- Tu me demandes, Seigneur, rien de moins que de mesurer la Terre !
- Serait-ce au-delà de tes possibilités ? » demande Évergète d'une voix que la provocation rendit enjouée.

Demande inouïe !
Mesurer le Monde. Non pas le monde habité, mais le monde dans sa totalité. Durant des millénaires, seul avait compté pour chaque homme son territoire. Cette mesure, si je parviens à la mener à bien, signera pour les hommes la sortie de la maison, du village, de la cité. Elle témoignera de la prise en compte de l'unité du monde. Par elle, chaque homme, au-delà de son attachement à sa terre, deviendra habitant de LA Terre. Cette sortie hors de « chez soi », qui se couplera avec une sortie hors de soi, sonnera comme une véritable révolution.

Pris de vertige devant la portée et les conséquences de la tâche qui allait désormais requérir tous ses efforts, Ératosthène frémit. Être le premier homme à prendre la mesure du Monde, quelle gloire ! Mais aussi quelle responsabilité ! Que ses calculs soient erronés, qu'il fasse la Terre plus grande ou plus petite qu'elle n'est, et pendant des siècles les hommes, abusés par son erreur, se feraient une fausse idée du Monde.

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04 mai 2010

A Mélie, sans mélo – Barbara Constantine

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Calmann-Lévy – mars 2008 – 246 pages

LGF – janvier 2010 – 250 pages

Présentation de l'éditeur :
Mélie, soixante-douze ans, vit seule à la campagne. Sa petite-fille, Clara, vient pour la première fois passer toutes les vacances d'été chez elle. La veille de son arrivée, Mélie apprend qu'elle a un problème de santé... Elle verra ça plus tard. La priorité, c'est sa Clarinette chérie ! Mélie, le mélo, c'est pas son truc. Elle va passer l'été (le dernier ?), à fabriquer des souvenirs à Clara. Des rigolos. Comme regarder pousser les bambous en écoutant la Traviata, chanter sous la pluie des chansons de Nougaro, goûter les mauvaises herbes qui poussent le long des chemins. Il y a aussi... le vieux Marcel qui va apprendre à Clara à faire de la mécanique, Fanette, sa mère, qui va lui trouver un beau-père ; Bello, son parrain, qui va agrandir sa bande de filleuls musiciens. Et puis, comme la vie est vraiment dingue des fois, il y a Mélie quoi va enfin rencontrer le grand amour... Cent cinquante ans à eux deux ? Mais quand on aime, on ne compte pas !

Auteur : Barbara Constantine est scripte, céramiste et romancière. Elle vit en région parisienne, mais descend le plus souvent possible dans le Berry pour y planter des arbres (des cerisiers, des pruniers...), retaper des granges en ruine, écouter les rossignols délirer les nuits d'été et, surtout, passer un maximum de temps à regarder vivre ses chats, Alcide Pétochard (gentil chamallow) et Pétunia Trouduc (comme son nom l'indique). A Mélie, sans mélo est son deuxième roman, après Allumer le chat, publié en 2007 chez Calmann-Lévy.

Mon avis : (lu en mai 2010)

Ce livre est une vraie bouffée de bonheur.
Mélie a soixante-douze ans, c'est une mamie pleine de vie et de fantaisie, elle accueille pour toutes les vacances sa petite-fille, Clara âgée de 10 ans. Elle veut lui offrir un été de souvenirs inoubliables comme par exemple regarder les bambous pousser en écoutant de la musique, observer des heures une araignée qui tisse sa toile, pêcher à la main des poissons les deux pieds dans la rivière... Autour de Mélie gravite des personnages attachants comme le vieux Marcel, Gérard son médecin hypocondriaque, Fanette (la maman de Clara), Bello le musicien vagabond, Antoine (l'amoureux de Clara), le jeune Pépé…

Un livre plein de tendresse, d'humour et d'amour qui se lit facilement et qui nous donne la pêche !

J'ai dans ma PAL Allumer le chat du même auteur et je me réjouie de le lire très prochainement.

Extrait : (pages 48 et 49)
Mélie a soixante-douze ans.
Ça va faire douze ans que Fernand, son mari, est mort. Dans les bras de sa maîtresse. C'est son cœur qui a lâché. Mais ça s'est bien passé. Il n'a pas souffert. Et Mélie non plus... Il y a des gens qui disent que l'amour dure trois ans ? Eh bien, eux, ça n'aura été que deux. Et ce qui a suivi... une sorte de rien. Une chape de silence. Quarante-deux ans sans rien se dire, c'est long. (...)

Les mauvais souvenirs, à la poubelle ! Mais il y a une chose qu'elle a toujours voulu se rappeler. C'est qu'il lui a fait un très beau cadeau, le pauvre Fernand. Sans le vouloir, bien sûr, mais quand même... Celui de mourir pile au moment où elle a pris sa retraite. Un vrai cadeau bonus ! Comme dans les paquets de lessive ! Et depuis, Mélie savoure. Respire. Vit chaque seconde, comme si c'était la dernière. Simplement. Sans mélo. De toute façon, ce n'est pas son genre, à Mélie, le mélo...
Alors là...
Elle se dit qu'elle n'a pas grand-chose à léguer. Pas de fortune, pas de biens.
Mais elle connaît la force de la patience. Et puis surtout regarder, écouter, sentir... Alors, elle voudrait lui apprendre, tout ça, à Clara.
Lui fabriquer plein de souvenirs.
A la petite Clarinette, p'tit poussin, ma minoune, p'tit lapin, ma pépette...

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03 mai 2010

Sans laisser d'adresse – Harlan Coben

sans_laisser_d_adresse Belfond – mars 2010 – 347 pages

traduit de l'américain par Roxane Azimi

Quatrième de couverture :
De Paris à New York en passant par Londres et la Nouvelle-Angleterre, entre services secrets, réseaux terroristes et scientifiques corrompus, une machination infernale orchestrée par un Harlan Coben au sommet de son art.
Ancien sportif reconverti dans les relations publiques, Myron tombe des nues quand il reçoit l'appel de Terese, dont il est sans nouvelles depuis sept ans. " Rejoins-moi. Fais vite... ".
À peine arrivé à Paris, le cauchemar commence...
Qui en veut à la vie de Terese ? Quels secrets lui a-t-elle cachés ? Pourquoi le Mossad, Interpol et la CIA les traquent-ils sans relâche ?
Enlèvements, meurtres, menace islamiste, manipulations génétiques, complots internationaux... Un suspense au coeur d'une actualité brûlante, par le maître de vos nuits blanches.

 

Auteur : Né en 1962, Harlan Coben vit dans le New Jersey avec sa femme et leurs quatre enfants.
Diplômé en sciences politiques du Amherst College, il a travaillé dans l’industrie du voyage avant de se consacrer à l’écriture.
Depuis ses débuts en 1995, la critique n’a cessé de l’acclamer. Il est notamment le premier auteur à avoir reçu le Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis.
Traduits dans une quarantaine de langues, ses romans occupent les têtes de listes de best-sellers dans le monde entier.
Le premier de ses romans traduit en France, Ne le dis à personne (Belfond, 2002) – prix du polar des lectrices de Elle en 2003 – a obtenu d’emblée un énorme succès auprès du public et de la critique. Succès confirmé avec : Disparu à jamais (2003), Une chance de trop (2004), Juste un regard (2005), Innocent (2006), Promets-moi (2007), Dans les bois (2008) et Sans un mot (2009).

Mon avis : (lu en mai 2010)
Un livre qui se lit facilement et rapidement comme un Harlan Coben qui se respecte ! Ce n’est pas le meilleur mais je l’ai lu avec plaisir et détente. Myron Bolitar reçoit un appel de Terese, une femme qu’il n’avait pas revue depuis huit ans. Celle-ci lui demande simplement au téléphone : "Viens vite à Paris", son ton est semble-t-il inquiet. Myron va se laisser convaincre et partir pour Paris, dès l’arrivée à l’aéroport les ennuis commencent… De l’action, du suspens, beaucoup de rebondissements et finalement on se laisse prendre par l’intrigue, on découvre un peu plus de la personnalité de Myron et le lecteur est plongé dans une histoire de famille, de terrorisme…

En situant une partie de l’histoire à Paris, Harlan Coben fait quelques petits clin d'œil à l'adaptation cinématographique de Ne le dis à personne par Guillaume Canet, comme par exemple le Commissaire de police français qui se nomme Berléand.

Extrait : (début du livre)

- Tu ne connais pas son secret, m’a dit Win.
- Pourquoi, je devrais ?
Win a haussé les épaules.
- C’est grave ? ai-je demandé.
- Très.
- Alors j’aime mieux ne pas savoir.

Deux jours avant que je ne découvre le secret qu’elle gardait enfoui en elle depuis dix ans – un secret a priori personnel qui allait non seulement nous démolir tous les deux, mais changer à jamais la face du monde -, Terese Collins m’avait téléphoné à cinq heures du matin, me propulsant d’un rêve quasi érotique dans un autre. Pour me déclarer de but en blanc :
- Viens à Paris.

Ça faisait sept ans que je n’avais pas entendu le son de sa voix, il y avait de la friture sur la ligne, et elle n’avait pas perdu de temps en préliminaires.
- Terese ? avais-je répondu en émergeant. Où es-tu ?
- Dans un charmant hôtel de la rive gauche. Tu vas adorer. Il y a un vol Air France ce soir, à dix-neuf heures.
Je m’étais assis. Terese Collins. Les images affluaient : son bikini assassin, l’île privée, la plage baignée de soleil, son regard envoûtant, son bikini assassin.
Le bikini mérite d’être cité deux fois.
- Je ne peux pas, avais-je dit.
- Paris.
- Je sais.

Il y a presque dix ans, nous nous étions réfugiés sur une île comme deux âmes perdues. Je pensais ne plus jamais la revoir, mais je me trompais. Quelques années plus tard, elle m’avait aidé à sauver la vie de mon fils. Après quoi, pfuitt, elle s’était volatilisée… jusqu’à ce jour.

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02 mai 2010

Au rebond – Jean-Philippe Blondel

au_rebond Actes Sud Junior - janvier 2009 – 99 pages

Quatrième de couverture :
Au rebond "Quand je suis sorti du gymnase, il faisait beau. Le soleil tapait fort. Mon cœur aussi. Des rouages s'étaient enclenchés dans mon cerveau et j'avais commencé à gamberger. Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un camarade s'évapore ? Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un copain coupe tout contact, du jour au lendemain ? " Forcer le destin. " C'est ma mère qui a prononcé ces mots-là, le soir même, après m'avoir cuisiné sur mon silence."

 

Auteur : Jean-Philippe Blondel est né en 1964, il est marié, il a deux enfants et il enseigne l'anglais dans un lycée de province depuis bientôt vingt ans. Il a aussi un vice – il aime lire. Pire encore, il aime écrire. Il a publié plusieurs romans comme Accès direct à la plage (2003), 1979 (2003), Juke-box (2004), Un minuscule inventaire(2005), Passage du gué (2006), This is not a love song (2007). Au rebond est son deuxième livre pour la jeunesse après Un endroit pour vivre (2007).

 

Mon avis : (lu en mai 2010)
Alex, le narrateur, vit seul avec sa mère infirmière dans une cité. Son «vrai pote» Christian, qui fait partie de la même équipe de basket, habite une maison dans un quartier résidentiel. Son père est également souvent absent car en voyages d'affaires. Et du jour au lendemain, Christian disparaît, ne donne plus signe de vie. Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un camarade s'évapore ? Qu'est-ce qu'on est censé faire quand un copain coupe tout contact, du jour au lendemain ? La mère d'Alex va lui dire de Forcer le destin. Et Alex va suivre ce conseil et découvrir ce qu'il se passe chez Christian et avec l'assistance de sa mère, il va l'aider. Ainsi par la même occasion, Alex va faire évoluer le cours de sa vie et trouver sa route future. Ce court et bon roman nous raconte une histoire d'amitié et de solidarité. Les personnages sont attachants et l'on peut savourer cette histoire pleine d'optimisme dès 13 ans !

Extrait : (début du livre)
D'abord, il y a le souffle. Le souffle et les battements du cœur dans les oreilles. Le bruit sourd et répétitif, la ligne de basse d'un morceau de rock, un rythme lancinant. Et puis le souffle, oui. Juste le souffle. Détaché. Couvrant les autres sons. Couvrant le son mat de la balle qui rebondit sur le parquet. Même celui des baskets qui crissent au gré des déplacements des joueurs. Celui des appels mi-angoissés, mi-énervés de mes coéquipiers et de l'entraîneur, sur le banc, au bord du terrain. Je n'entends que mon souffle. Je ne ressens que la balle. Elle va et vient. Elle passe de ma main au sol, elle heurte le parquet et puis revient me caresser la paume. C'est un mouvement qui m'hypnotise. C'est un mouvement qui me berce. Je sens aussi les gouttes de sueur dans mon dos et sur mes tempes. Je déteste être en sueur. La seule exception, c'est ici, dans le gymnase, le mercredi et le samedi après midi, lors des matchs de basket. Le souffle, le bruit de la balle, le cœur qui tambourine, je cherche des yeux mes partenaires. Je suis hors de moi. Je ne sais pas vraiment l'expliquer. C'est comme si je me détachais de mon corps et que l'intégrais un autre espace. Je ne souffre pas de douleurs dans les jambes, ni de celles qui devraient me vriller les épaules après le choc de tout à l'heure. Je suis là, les deux pieds arrimés au sol et le corps pourtant presque aérien, je maîtrise la balle, le temps et l'espace, et les autres patientent, ils attendent de savoir qui sera choisi.

Christian se démarque. C'est à lui que je fais une passe. Je sais qu'il va courir plus vite que les autres vers le panier adverse et qu'il va marquer. Christian ne manque jamais aucun panier en mouvement. Moi non plus, d'ailleurs. Les seuls tirs que je rate, ce sont les lancers francs. Trop de pression. Trop d'attente de la part des autres. Trop peur de décevoir. Alors je déçois.

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01 mai 2010

Je vous offre...

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de bon cœur, quelques brins de muguet cueillis dans le jardin !

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30 avril 2010

Hommage à Denis Guedj

Denis Guedj est un auteur que j'ai découvert avec son célèbre Théorème du perroquet et j'ai également déjà lu Les Cheveux de Bérénice et Zéro ou les cinq vies d'Aémer (avant l'existence de ce blog).

Je vous propose de lui rendre hommage en découvrant son œuvre, en lisant au moins un livre de Denis Guedj durant les 2 mois prochains.

hommage_denis_guedj

L’écrivain et mathématicien Denis Guedj, professeur d’histoire et d’épistémologie des sciences mais aussi comédien et scénariste, est mort samedi à l’âge de 69 ans, a annoncé sa famille.

Né en 1940 à Sétif (Algérie), il est l’auteur de nombreux essais et romans mettant en scène les sciences, les mathématiques et leur histoire. Il a collaboré au quotidien Libération jusqu'à 1997, écrivant des chroniques qui ont été rassemblées dans l’ouvrage La gratuité ne vaut plus rien (Le Seuil 1997).

Denis Guedj a atteint la notoriété en 1998 avec la publication de son roman Le Théorème du perroquet (Seuil), une odyssée sur l’origine et la petite histoire des mathématiques. Dans ce livre entre récit d’aventure et polar, il fait revivre la naissance des mathématiques, les lieux où elles ont été créées. On y apprend par exemple que les «chiffres arabes», de 1 à 9, ne sont pas si arabes que cela…

Il a aussi publié en 2000 Le Mètre du monde (Seuil) dans lequel il raconte comment le système métrique décimal s’est imposé pendant la Révolution française.

En 2005, il a publié un roman sur l’invention du zéro, à travers la vie de cinq femmes, à cinq époques différentes dans Zéro (Robert Laffont), et en 2007, chez le même éditeur Villa des hommes dans lequel il fait se rencontrer en 1917 dans un hôpital psychiatrique un vieux mathématicien allemand célèbre et un jeune soldat français.

Au cinéma, il a notamment écrit et réalisé une fiction documentaire La vie, t’en as qu’une en 1978. Il était enseignant à l’université Paris VIII.

(Source AFP)

Bibliographie :

  • La Méridienne (1987)

  • La Révolution des savants (1988)

  • L'Empire des nombres (1996)

  • La Gratuité ne vaut plus rien et autres chroniques mathématiques (1997)

  • Le Théorème du Perroquet (1998)

  • Génis ou le Bambou parapluie (1999)

  • Le Mètre du monde (2000)

  • La Bela - Autobiographie d'une caravelle (2001)

  • One Zero Show - Du point à la ligne (2001)

  • Les Cheveux de Bérénice (2003)

  • Zéro ou les cinq vies d'Aémer (2005).

  • Villa des hommes (2007)

  • Les mathématiques expliquées à mes filles (2008)

Je me propose donc de recenser toutes vos lectures régulièrement, il vous suffira de venir les signaler ici ou en utilisant "Contacter l'auteur" de mon blog lors de la parution de vos billets.

J'espère que vous serez nombreux à vous joindre à cet hommage et à diffuser l'information autour de vous. Merci d'avance.

Voir le 1er bilan de cet hommage... je propose de prolonger l'hommage jusqu'à fin septembre

Déja lu du même auteur :  guedj_le_theoreme_ Le Théorème du perroquet    

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Les disparus de Dublin – Benjamin Black

les_disparus_de_dublin Éditions Nil – janvier 2010 – 436 pages

traduit de l’anglais (Irlande) Michèle Albaret-Maatsch

Quatrième de couverture :
"Dans le service de médecine légale, il faisait toujours nuit. C'était un des trucs qui plaisaient à Quirke dans son boulot - avec cette impression d'y perpétuer des pratiques ancestrales, des techniques secrètes, une oeuvre trop sombre pour être accomplie en pleine lumière."
C'est là, dans son repaire, un soir d'ivresse, que le cadarvre d'une inconnue déclarée morte dans de troublantes circonstances va obliger Quirke à sortir de l'ombre - à se lancer dans une enquête que tous cherchent à lui faire abandonner. Car cette enquête, qui met en cause l'Eglise toute-puissante des années 1950, menace de dynamiter la haute société catholique, de Dublin à Boston. Et de gangréner l'âme de sa propre famille, en réveillant ses blessures les plus enfouies.

Il est médecin légiste, veuf, misanthrope, souvent soûl - bref, pas très catholique. Avec Quirke, John Banville a créé un héros que vous allez adorer.

Auteur : Benjamin Black, est le pseudonyme de John Banville. Né en 1945 à Wexford, en Irlande, John Banville vit à Dublin. Depuis son premier livre, Long Lankin (1970), son œuvre est saluée par la critique et récompensée par de nombreux grands prix littéraires. Ses derniers romans sont Éclipse (2002), Impostures (2003), Athena (2005) et La Mer (2007, couronné du prestigieux Booker Prize).

Mon avis : (lu en avril 2010)

Dublin dans les années 50, une atmosphère sombre, un anti-héros attachant, Quirke, médecin légiste veuf, alcoolique et solitaire. Au début, une infirmière quitte Dublin, elle prend en charge un bébé qu'elle doit confier à un orphelinat à Boston. Quirke surprend à la morgue son beau-frère Malachy, gynécologue, avec le dossier de Christine Falls. Où il a falsifié la cause de la mort. Pourquoi ? Mal refuse de donner des explications et Quirke va mener un enquête qui va impliquer sa propre famille et réveiller le passé...

L'intrigue n'est pas très surprenante mais c'est un roman noir qu'on ne lâche pas, « un page-turner » très bien écrit. Dans les dernières pages, le lecteur comprend qu'il a encore à apprendre sur le personnage de Quirke et son passé... J'attends donc de lire la suite des aventures de Quirke ! (trois volumes sont prévus...)

Extrait : (début du livre)
Elle était contente de prendre le paquebot-poste du soir, parce qu'elle avait l'impression qu'un départ matinal aurait été au-dessus de ses forces. A la fête, la veille, un des étudiants en médecine avait sorti un flacon d'alcool à 90° qu'il avait mélangé à de l'Orange Crush et elle s'était enfilé deux verres de ce breuvage, si bien qu'elle avait encore l'intérieur de la bouche irrité et qu'une sorte de tambour cognait derrière son front. Toujours dans le brouillard, elle avait passé la matinée au lit sans pouvoir fermer l'œil et en larmes la moitié du temps, un mouchoir sur les lèvres pour étouffer ses sanglots. Quand elle pensait à ce qu'elle avait à faire le jour même, à ce qu'elle devait entreprendre, elle avait peur. Oui, peur.

A Dun Laoghaire, trop énervée pour rester en place, elle fit les cent pas sur la jetée. Elle avait déposé son bagage dans sa cabine et était redescendue attendre sur le quai, comme on lui avait conseillé. Elle ne comprenait pas pourquoi elle avait accepté. Elle avait déjà cette proposition de boulot à Boston, alors bien sûr l'aspect financier avait joué mais elle avait dans l'idée que c'était plus lié à sa frousse de l'infirmière en chef, à sa frousse de dire non lorsque celle-ci lui avait demandé si elle voulait emmener l'enfant. Quand elle s'exprimait avec cette extrême douceur, l'infirmière en chef était particulièrement intimidante. « Maintenant, Brenda, avait-elle déclaré en la fixant de ses yeux saillants, je veux que vous réfléchissiez bien, parce que c'est une grosse responsabilité. » Tout lui paraissait bizarre, ses nausées, la brûlure de l'alcool dans sa bouche et le fait qu'elle ne portait pas son uniforme d'infirmière mais le tailleur en laine rose qu'elle avait acheté spécialement pour partir – son ensemble de voyage, comme si elle se mariait, alors qu'en fait de lune de miel elle allait se taper une semaine à s'occuper de ce bébé sans l'ombre d'un mari à proximité. « Vous êtes gentille, Brenda, avait affirmé l'infirmière en chef en se placardant un sourire plus effrayant qu'un de ses regards noirs, que Dieu soit avec vous. » Sûr que j'aurai besoin de Sa compagnie, songea-t-elle amèrement : il y aurait la nuit sur le bateau, puis le voyage en train jusqu'à Southampton le lendemain, puis cinq jours en mer, puis quoi ? Elle n'avait encore jamais quitté l'Irlande, sauf une fois, gamine, quand son père avait emmené toute la famille passer une journée à l'île de Man.

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