23 septembre 2010

Le cœur régulier - Olivier Adam

le_coeur_r_gulier Editions de l’Olivier – août 2010 – 231 pages

Quatrième de couverture :
" Vu de loin on ne voit rien ", disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là " si parfaite ". Le cœur en cavale, elle s'enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises. Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d'un certain Natsume. En revisitant les lieux d'élection de ce frère disparu, Sarah a l'espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c'est sa propre histoire qu'elle va redécouvrir, à ses risques et périls. Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l'impression, au paysage aussi bien intérieur qu'extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du cœur et pose les grandes questions qui dérangent.

Auteur : Olivier Adam est né en 1974. Après avoir grandi en banlieue et vécu à Paris, il s’est installé à Saint-Malo. Il est l’auteur de nombreux livres dont Passer l’hiver (Goncourt de la nouvelle 2004), Falaises, À l’abri de rien (prix France Télévisons 2007 et prix Jean-Amila-Meckert 2008), Des vents contraires (Prix RTL/Lire 2009).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voilà un livre que j’avais hâte de découvrir. Dans ce livre on retrouve la grande sensibilité d’Olivier Adam. Il nous raconte la fuite de Sarah au Japon. Sarah est la mère de deux adolescents, elle a un mari parfait, une belle maison et un travail, une vie bien réglée. Mais Nathan, son frère, s’est tué dans un accident de voiture. Lorsque sa sœur Clara lui apprend la mauvaise nouvelle, Sarah répond «il l’a fait exprès». En effet, Nathan est un jeune homme instable, qui n'a jamais vraiment trouvé sa place dans la société. Il avait déjà fait plusieurs tentatives de suicides. Sarah et Nathan étaient très proches et complices pendant leur enfance et adolescence. Après la mort de Nathan, Sarah va chercher à comprendre qui était vraiment son frère. Elle va retourner sur les lieux que son frère aimait, en particulier dans ce petit village japonais au pied de falaises. Nathan y avait rencontré Natsume, un ancien policier qui sauve des vies.

J'aime beaucoup les livres d'Olivier Adam et celui-ci m'a également conquise. Ces personnages sont attachants, les descriptions sont superbes, j'ai l'impression de voir les paysages décrits devant mes yeux. Une bien belle histoire !

Extrait : (début du livre)
C'est une nuit sans lune et c'est à peine si l'on distingue l'eau du ciel, les arbres des falaises, le sable des roches. Seules scintillent quelques lumières, de rares fenêtres allumées, une dizaine de lampadaires le long de la plage, deux autres aux abords du sanctuaire, le néon d'un bar, un distributeur de boissons, myriade de canettes multicolores sous l'éclairage cru. Plus grand monde ne s'attarde à cette heure. La fin de l'été a ravalé les touristes, les dernières cigales crissent dans les jardins de l'hôtel, nous sommes fin septembre mais il fait encore tiède. Par la baie entrouverte monte la rumeur du ressac. S'y mêlent le froissement des feuilles, le balancement des bambous, les craquements des cèdres. Les singes se sont tus peu après la tombée du jour, tout à l'heure ils hurlaient de panique, puis l'obscurité a tout recouvert et ils ont renoncé. Je suis rentrée des falaises par ce chemin sinueux que j'emprunte depuis déjà six jours. Sous la voûte des grands arbres où se croisaient les premières chauves-souris et les dernières buses, au milieu des fougères et des tapis de mousse, j'ai longé des lanternes devenues familières, des rosa rugosa encore fleuris, des camélias aux feuilles luisantes, des érables encore verts, des maisons de bois par les fenêtres desquelles se devinaient des mobiliers à ras du sol, des cloisons de papier, l'écru blond des tatamis. Il n'était pas sept heures, mais déjà des repas s'y préparaient, répandaient leurs parfums moites de bouillon et d'algues, de thé vert et de soja. Trois gamins en tenue de base-ball me suivaient en bavardant, la batte sur l'épaule. Ils ont bifurqué dans mon dos sans que je m'en aperçoive, quand je me suis retournée il n'y avait plus personne, j'aurais aussi bien pu avoir été filée par des fantômes. Arrivée à l'hôtel, je me suis installée près des fenêtres, accroupis autour d'une table en bois laqué nous n'étions que cinq à dîner, Katherine, moi-même et trois Japonais : un couple élégant et silencieux, tous deux vêtus de kimonos sobres et parfaitement coupés, visages aux traits si fins qu'on les aurait dits échappés d'un film, d'une photo. Et, légèrement en retrait, un homme d'une cinquantaine d'années, costume anthracite sur chemise claire, dont la bouche arborait en permanence une cigarette entièrement blanche. Il les sortait d'un paquet souple et bleu ciel et ne s'interrompait que pour avaler quelques bouchées ou boire une gorgée de bière d'une longueur inhabituelle, comme s'il tentait de vider son verre en un seul trait. Nous nous sommes salués en hochant la tête, bustes inclinés et sourires de convenance, puis chacun s'est de nouveau penché sur son assiette. La patronne m'a servi un bol de riz et d'anguille avant de s'installer à l'écart pour prendre son repas elle aussi, en compagnie de sa fille Hiromi, une gamine d'une quinzaine d'années que j'avais croisée plus tôt dans la journée, sitôt quitté l'école elle avait remonté sa jupe de plusieurs centimètres, défait trois boutons de son chemisier, maquillé ses yeux et sorti son téléphone portable de son sac, d'où pendaient une dizaine de breloques : porte-bonheur shinto, figurines de manga, créatures issues de films de Miyazaki et la galerie complète des Aristochats. J'ai pensé à ma propre fille en la voyant, elle ne me manquait pas encore, est-ce que les enfants nous manquent une fois entrés dans l'adolescence, je n'en étais pas certaine. Romain non plus ne me manquait pas, Anaïs avait bientôt seize ans et lui quatorze à peine, depuis pas mal de temps déjà nous ne faisions plus que nous croiser, nous ne vivions plus ensemble mais les uns à côté des autres, sous un même toit, en colocation en quelque sorte, j'avais mis du temps à m'en rendre compte mais vu d'ici, vu de si loin, oui, c'est ainsi que m'apparaissaient les choses. "Vu de loin on ne voit rien", disait souvent Nathan à tout propos, et cette phrase semblait recouvrir à ses yeux une vérité essentielle. Je n'ai jamais compris ce que mon frère entendait par là mais aujourd'hui je sais qu'il avait tort, que c'est exactement le contraire : vu de près, pris dans le cours ordinaire, on ne voit rien de sa propre vie. Pour la saisir il faut s'en extraire, exécuter un léger pas de côté. La plupart des gens ne le font jamais et ils n'ont pas tort. Personne n'a envie d'entrevoir l'avancée des glaces. Personne n'a envie de se retrouver suspendu dans le vide. Nos vies tiennent dans un dé à coudre. Je ne sais plus qui disait ça l'autre jour, c'était à la radio je crois. Ou bien l'ai-je lu dans un livre. Je ne sais plus. Mais cette phrase m'a saisie, Nathan aurait pu la prononcer, ai-je pensé, l'ajouter aux dizaines d'autres, tout aussi définitives et désenchantées, qui lui servaient de viatique, dessinaient une ligne de conduite qui ne l'a jamais mené nulle part. J'avais pris le premier avion pour Tokyo, le cœur en cavale, dans un état de confusion totale, fuyant une menace indéfinissable dont je sentais qu'elle n'allait pas tarder à m'engloutir. Quand j'ai appelé les enfants, une fois arrivée ici, pour leur annoncer que voilà, j'étais partie au bout du monde pour quelque temps, que j'avais besoin d'une pause, de me retrouver, qu'un élan m'avait tirée vers l'est, vers ce pays, ces rues, ces paysages, ils se sont contentés d'acquiescer. Au fond je crois qu'ils s'en foutaient, pour eux ça ne devait pas signifier grand-chose. Pas beaucoup plus qu'une de ces lubies d'adulte névrosé dont ils avaient été plutôt protégés jusqu'alors, bien au chaud derrière les murs épais de notre maison confortable, la réserve feutrée et la pondération de leurs parents solides et raisonnables, mais dont regorgeaient les allées bien peignées de notre si jolie résidence : crises de nerfs, pétages de plombs, perversions, dépressions alcool adultère, vide et ressentiment en tout genre, il n'y avait qu'à se baisser, les rues et les maisons voisines en étaient pleines, comme partout ailleurs. Et il leur suffisait d'allumer la télé pour contempler des galeries entières de parents en tout point identiques aux leurs et à ceux de leurs camarades, rentrant chaque soir de leur travail valorisant et rémunérateur, dotés de voitures propres aux marques prestigieuses, suédoises ou allemandes, de résidences secondaires en Normandie en Bretagne ou dans le Pays basque, pratiquant le tennis, le golf et le jogging du dimanche matin, toujours impeccablement vêtus, goûtant le repos dans des pavillons rangés et entretenus, à la décoration choisie, et dont le vernis s'écaillait à la première occasion, laissant à nu des secrets putrides, les viscères du mensonge et de la dissimulation. Ils avaient raccroché en lâchant un "bon, ben... à bientôt maman" dubitatif et vaguement inquiet. Alain, leur père, avait dû prendre son air compréhensif et désolé, mon si parfait mari, votre mère est fragile en ce moment, avait-il dû leur confier, le front barré d'une ride soucieuse, après ce qui s'est passé il faut la comprendre, nous allons respecter son choix et attendre patiemment son retour, que pourrions-nous faire d'autre ? Ils avaient dû l'écouter sans réagir, impuissants et dépassés, ne sachant trop si cet événement en était vraiment un, ni ce qu'on attendait d'eux en pareilles circonstances.

Déjà lu du même auteur :

a_l_abri_de_rien A l’abri de rien  falaises Falaises

Des_vents_contraires Des vents contraires je_vais_bien_ne_t_en_fait_pas_p Je vais bien, ne t'en fais pas

Livre 8/14 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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22 septembre 2010

Swap Scandinavia : ouverture du colis !

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A la fin du mois de juillet dernier, je me suis incrite au Swap Scandinavia organisé par Isleene.
Ce Swap nous invitait à découvrir la Scandinavie à travers des livres, un objet, deux gourmandises, une surprise...
La Scandinavie regroupe 5 pays : le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège et la Suède.

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J'ai déjà eu l'occasion de lire des œuvres de chacun de ses pays mais ce swap a été l'occasion de découvrir un peu mieux la Scandinavie, dans un premier temps virtuellement !

Après une attente longue et impatiente et les ratés de La Poste... (cf.billet du 20/09)
J'ai enfin réussi à récupérer mon colis ce matin au bureau de poste :

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Un très gros paquet qui ne rentrait pas dans ma boîte aux lettres !

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avec pleins de paquets et de petits mots et une carte que je garde pour la fin...

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Voilà tous les paquets déballés !

Et voilà le détail :

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Les livres : 
Le livre de Dina tome 1 Herbjørg Wassmo,
le premier tome d'une trilogie que ma swappeuse veut me faire connaître.

Un safari arctique – Jørn Riel,
et autres racontars, un livre que ma swappeuse aime beaucoup,

L'Héritage impossible – Anne B. Ragde,
c'est le troisième tome de la "Trilogie des Neshov" dont j'ai déjà lu les premiers livres

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Un cœur, objet de déco scandinave
et des bâtonnets d'encens pour me plonger dans l'ambiance scandinave
"Veillée et contes d'hiver"

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le DVD Le Lièvre de Vatanen, tiré du roman d'Arto Paasilinna, j'ai bien aimé le livre et
je n'avais pas encore eu l'occasion de voir le film.

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Enfin les gourmandises...
Ma swappeuse a évité le hareng, elle a préféré le Pain d'Epices (moi aussi !)
pour évoquer la neige, elle a choisit Mousse au Chocolat blanc (très bon !)
Enfin, un énorme clin d'œil à la Suède avec les Krisprolls !
 

Et c'est la carte à l'esprit scandinave qui a dévoilé
le nom de ma swappeuse :
Pickwick

Un très grand MERCI à Pickwick pour tous ses paquets et
ses surprises nombreuses et variées.
Le plaisir que j'ai eu en découvrant ce colis a été proportionnel

à l'attente de la réception mouvementée de ce Swap

Et merci à Isleene pour l'organisation de ce Swap Scandinavia !

 

Pour ma part, j'avais préparé et envoyé un colis à Isleene

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21 septembre 2010

Maigret et le clochard – George Simenon

Lu dans le cadre du Challenge Maigret organisé par Ferocias

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Presses de la Cité – 1963 – 189 pages
Presses de la Cité – 1978 – 189 pages
Livre de Poche – octobre 2000 – 191 pages
Livre de Poche – octobre 2002 – 190 pages
Le Livre Qui Parle – novembre 2003 - CD

Quatrième de couverture :
Une nuit de mars, à Paris, deux bateliers tirent de la Seine un clochard grièvement blessé. Il s'agit de François Keller, un ancien médecin. Depuis plus de vingt ans, il a rompu tout lien avec son épouse et un milieu bourgeois qu'il ne supportait pas. Mais qui a pu vouloir sa mort ? C'est en bavardant avec les autres clochards que Maigret va reconstituer l'existence marginale de Keller, tout en s'intéressant à une Peugeot 403 rouge et à Van Houtte, un des sauveteurs de la victime, marié et père d'un jeune enfant. Les quais et les brumes de la Seine, le petit monde mystérieux des clochards et des mariniers fournissent au romancier un de ces décors en demi-teintes comme il les affectionne, pour y faire vivre une humanité apparemment ordinaire, mais lourde, pour qui sait voir, de secrets et de passions.

Auteur : Né à Liège le 13 février 1903, après des études chez les jésuites, et amené de bonne heure à gagner sa vie, Georges Simenon est contraint d'exercer divers métiers. Un temps reporter à La Gazette de Liège, il circule volontiers de par le monde, séjournant notamment à Paris. 'Le Roman d'une dactylo', publié sous un pseudonyme en 1924, est un véritable succès populaire. Dès lors, cet auteur prolifique rédige roman sur roman, à un rythme impressionnant, et donne naissance au fameux commissaire Maigret. L'univers de Simenon est marqué par un réalisme cru - ses personnages sont des êtres veules et médiocres - auquel se mêle toutefois une poésie particulière, liée à la restitution de l'atmosphère des lieux, ou à l'angoissante solitude qui enserre les hommes. En vertu de leurs qualités dramatiques intrinsèques, nombre de ses œuvres ont été adaptées au petit et au grand écran. Simenon gravit les marches de l'Académie royale de Belgique en 1952, rendant au genre policier toutes ses lettres de noblesse. Décédé à Lausanne le 04 septembre 1989.

Mon avis : (lu en septembre 2010)

Après ma première lecture de Simenon qui ne m'avait pas convaincu, j'ai choisi un Maigret écrit plus tardivement : Maigret et le Clochard est un roman de Georges Simenon publié en 1963.
Lors d’une nuit, à Paris, deux bateliers repêchent dans la Seine un clochard grièvement blessé. L’un des bateliers dit avoir vu sur le quai une voiture rouge. Maigret retrouve les occupants de cette voiture et découvre qu’ils sont innocents. Le clochard a un passé surprenant : c’est un ancien médecin, il a rompu avec sa femme car il ne supportait plus l’esprit bourgeois de celle-ci. On découvre un commissaire Maigret qui s’imprègne petit à petit de la vie des gens qui tournent autour de l’enquête et peu à peu il va comprendre pourquoi ce clochard a été jeté à l’eau… Mais je n’en dévoilerai pas plus !
Voilà une enquête de Maigret que j’ai suivie avec beaucoup de plaisir.

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Il existe deux téléfilms adaptés de ce livre, le premier a été réalisé en 1982 par Louis Grospierre, avec Jean Richard, le second a été réalisé en 2004 par Laurent Heynemann  avec Bruno Cremer.


Extrait : (début du livre)

Il y eut un moment, entre le quai des Orfèvres et le pont Marie, où Maigret marqua un temps d'arrêt, si court que Lapointe, qui marchait à son côté, n'y fit pas attention. Et pourtant, pendant quelques secondes, peut-être moins d'une seconde, le commissaire venait de se retrouver à l'âge de son compagnon.
Cela tenait sans doute à la qualité de l'air, à sa luminosité, à son odeur, à son goût. Il y avait eu un matin tout pareil, des matins pareils, au temps où, jeune inspecteur fraîchement nommé à la Police Judiciaire que les Parisiens appelaient encore la Sûreté, Maigret appartenait au service de la voie publique et déambulait du matin au soir dans les rues de Paris.

Bien qu'on fût déjà le 25 mars, c'était la première vraie journée de printemps, d'autant plus limpide qu'il y avait eu, pendant la nuit, une dernière averse accompagnée de lointains roulements de tonnerre.
Pour la première fois de l'année aussi, Maigret venait de laisser son pardessus dans le placard de son bureau et, de temps en temps, la brise gonflait son veston déboutonné.
A cause de cette bouffée du passé, il avait adopté sans s'en rendre compte son pas d'autrefois, ni lent ni rapide, pas tout à fait le pas d'un badaud qui s'arrête aux menus spectacles de la rue, pas non plus celui de quelqu'un qui se dirige vers un but déterminé.
Les mains jointes derrière le dos, il regardait autour de lui, à droite, à gauche, en l'air, enregistrant des images auxquelles, depuis longtemps, il ne prêtait plus attention.
Pour un aussi court trajet, il n'était pas question de prendre une des voitures noires rangées dans la cour de la PJ et les deux hommes longeaient les quais. Leur passage, sur le parvis de Notre-Dame, avait fait s'envoler des pigeons et il y avait déjà un car de touristes, un gros car jaune, qui venait de Cologne.

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20 septembre 2010

Swap Scandinavia

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A la fin du mois de juillet dernier, je me suis incrite au Swap Scandinavia organisé par Isleene.
Ce Swap nous invitait à découvrir la Scandinavie à travers des livres, un objet, deux gourmandises, une surprise...
La Scandinavie regroupe 5 pays : le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège et la Suède.

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J'ai déjà eu l'occasion de lire des œuvres de chacun de ses pays mais ce swap a été l'occasion de découvrir un peu mieux la Scandinavie, dans un premier temps virtuellement !

C'est pour moi mon troisième Swap et je découvre que chaque Swap est différent, et qu'un Swap est source de nombreuses surprises...

Et, aujourd'hui étant le jour de publication pour toutes du résultat du Swap :
la grosse surprise pour moi... est que, à ce jour, je n'ai pas encore reçu mon colis !

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J'espère le trouver ce soir dans ma boîte aux lettres...

Edit du 20/09/2010, 18h30 : J'ai trouvé ce soir un avis de la poste pour le colis, la Poste serait passée samedi (or j'étais présente à l'heure du passage...) et je suis sûre que l'avis de passage a été mis ce matin car Samedi j'ai ouvert au moins 3 fois la BAL dans la journée...

Les horaires de la poste n'étant pas compatible avec les miens...
Je suis obligée d'attendre Mercredi matin pour aller retirer mon colis...

Voilà un swap qui m'aura fait patienter...

Merci d'avance à ma gentille Swappeuse et suite de l'aventure Mercredi prochain !

Pour ma part, j'avais préparé et envoyé un colis à Isleene

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En attendant la montée des eaux – Maryse Condé

Livre lu dans le cadre du partenariat Blog-o-Book et  JC Lattès

en_attendant_la_mont__des_eaux Jean-Claude Lattès – août 2010 – 364 pages

Présentation de l'éditeur :
Babakar est médecin. Il vit seul avec ses souvenirs d’une enfance africaine, d’une mère aux yeux bleus qui vient le visiter en songe, d’un ancien amour, Azelia, disparue elle aussi, et autres rêves de jeunesse d’avant son exil en Guadeloupe, berceau de sa famille. Mais le hasard ou la providence place une enfant sur sa route et l’oblige à renoncer à sa solitude, à ses fantômes.

La petite Anaïs n’a que lui. Sa mère, une réfugiée haïtienne, est morte en la mettant au monde, lui léguant sa fuite et sa misère. Babakar veut lui offrir un autre avenir. Ils s’envolent pour Haïti, cette île martyrisée par la violence, les gouvernements corrompus, les bandes rebelles, mais si belle, si envoûtante. Babakar recherche la famille d’Anaïs, une tante, un oncle, des grands-parents peut-être, qui pourraient lui raconter son histoire. Mais Babakar ne rencontre personne et ne peut compter que sur lui et sur ses deux amis Movar et Fouad. Des hommes qui lui ressemblent, exilés, solitaires, à la recherche d’eux-mêmes et qui trouvent à Haïti des réponses à leur quête, un lieu de paix au milieu des décombres.

Auteur :  Née en 1934 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), Maryse Condé est l’auteur d’une œuvre considérable : la trilogie Ségou, La Migration des cœurs, La Traversée de la mangrove, Désirada, La Belle Créole, Histoire de la femme cannibale, Les Belles Ténébreuses, publiée aux Editions Robert Laffont et au Mercure de France. Elle a reçu le prix Tropiques, le prix de l’Académie Française et le prix Marguerite Yourcenar. Après avoir longtemps enseigné à l’Université de Columbia, elle se partage aujourd’hui entre Paris et New York.
On retrouve dans
En attendant la montée des eaux ses thèmes et ses paysages de prédilection, l’empire de Ségou, les sociétés antillaises, la terrible Haïti.

Mon avis : (lu en septembre 2010)
C'est l'histoire de trois hommes et d'une petite fille en quête de ses origines. Babakar est médecin obstétricien en Guadeloupe, il recueille une petite fille, Anaïs, dont la mère vient de mourir en la mettant au monde. Cette femme est une clandestine haïtienne.
Avec l'aide de Movar, lui-même clandestin haïtien qui habitait avec Reinette la mère d'Anaïs, il va partir pour Haïti à la recherche de la famille de la petite fille. Il va rencontrer Fouad, un cuisinier libanais.
L'écriture est fluide et imagée rendant facile la lecture de ce livre. Mais l'histoire est un peu compliquée. En effet, la trame principale du livre est entrecoupée par les histoires des différents personnages, chacun ayant eu une histoire chaotique.
Les descriptions de Haïti, nous montre un pays ravagé par les guerres civiles, les désordres politiques et également par les cyclones…
Entre Afrique et Antilles, dans un environnement sombre et hostile, on ressent beaucoup d’humanité dans cette histoire.

Merci à Blog-o-Book et JC Lattès pour m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)

Babakar fut précipité de la tiédeur du sommeil à la clameur d'une nuit d'orage et atterrit, étourdi, saisi dans un vacarme. Le tonnerre grondait. Les tôles du toit grinçaient. Les branches des pié bwas craquaient avant de se fracasser à terre tandis que les mangots tombaient drus comme roches. Pendant son sommeil, il avait vu sa mère, souriante, radieuse, ses yeux de bleuet lumineux et rafraîchis comme si, au milieu du désordre des éléments, elle apportait un rameau d'olivier. Elle venait lui signifier que les pages noires de deuil étaient tournées et que se dessinait enfin la promesse du bonheur.

La pendule marquait 23 h 15. Il songea aux hommes qui en ce moment buvaient du rhum agricole, jouaient aux dés ou aux dominos et caressaient les seins durcis des femmes qu'ils s'apprêtaient à baiser. Lui, dormait déjà dans un pyjama de coton rayé.

Personne ne comprenait rien de rien à cet hivernage-là. Des semaines qu'on aurait dû en voir le bout. Mais la pluie n'arrêtait pas de flageller la Nature avec violence et de faire déborder les ravines les plus secrètes. Frissonnant dans l'humidité, Babakar enfila un peignoir et glissa sur ses pieds nus à travers l'enfilade de pièces de sa villa meublée sans goût, à la va-vite. Les maisons s'expriment à leur manière. Celle-là parlait de solitude et d'exclusion. Dans la cuisine, il se versa un verre de lait qu'il but trop hâtivement, en se salissant le menton. Il ne touchait jamais à l'alcool, non par souci de religion, mais parce que cela lui donnait des aigreurs qui ajoutaient au goût déjà si mauvais de sa vie.

Il emplissait à nouveau son verre quand la sonnerie de l'entrée retentit avec violence, pressée par une main fiévreuse.

Babakar sortit sur la galerie et, malgré la pluie, traversa en courant la pelouse, ses pieds nus s'enfonçant dans la gadoue puis s'en arrachant avec un bruit de succion. Un homme se tenait derrière la grille, s'abritant d'une feuille de bananier. Il était jeune. Beau. L'air craintif. Noir. Très noir. Habillé de hardes, curieusement chaussé de conver- ses rouges qui prenaient l'eau de toutes parts. Il s'agissait visiblement d'un Haïtien, innombrables dans la région malgré les arrestations et les reconduites aux frontières de plus en plus féroces de la police. Il balbutia :

- Fô li vini kounye-a. Li pral mouri !

Babakar ne s'était pas trompé : il reconnut le créole haïtien qu'il ne comprenait pas plus que le guadeloupéen et interrogea en français :

- De qui s'agit-il ? D'une de mes patientes ?

L'homme se borna à répéter avec plus de force :

- Li pral mouri !

Babakar retourna à l'intérieur de la maison pour s'habiller et prendre sa trousse. Puis, il rejoignit l'Haïtien qui, la tête entre les mains, s'était accroupi dans un coin du garage. Ils prirent place dans la vieille Mercedes, achetée pour une bouchée de pain à un VAT qui retournait à Angoulême, son contrat terminé. C'était une de ces nuits où ne peuvent germer que l'étrange ou l'insolite. Par une nuit semblable, Dieu avait dû créer l'homme avec tous les déboires que cela avait entraînés.

Après un virage, ils entrèrent dans un hameau enfoui sous un amoncellement de verdure.

- Nou rivé, fit l'Haïtien.

Il désigna une case abritée d'un bouquet de beaux ébéniers droits comme des I. Un homme âgé, les cheveux grisonnants et une femme rondouillarde en pleurs se tenaient devant la porte d'entrée. A leur approche, l'homme dit en se signant :

- I pati, Movar. I pa atan ou...

Il se signa à nouveau tandis que les sanglots de la femme redoublaient et que le jeune Haïtien fondait en larmes à son tour.

- Elle ne souffre plus, conclut l'homme en fixant Babakar d'un air théâtral...

Babakar crut reconnaître ce nègre solennel, dignement engoncé dans un costume élimé à la coupe d'avant-guerre. L'autre lui tendit la main :

- Docteur, je suis Cyprien Aristophane, le directeur de l'école communale Pierpont III.

Il présenta ses compagnons :

- Elle, c'est Yvelise Dentu et lui, c'est Movar Pompilius, un Haïtien comme la défunte, Reinette Ovide.

Brusquement, il reprit en créole :

- Pran kouwaj, Movar.

En effet, le malheureux semblait sur le point de tomber en léthargie, affalé à terre. Babakar sympathisa avec ce chagrin. D'expérience, il savait ce que cela signifiait de perdre un être qui vous est cher.

Il entra à l'intérieur de la maison.

Livre 7/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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18 septembre 2010

Un été prodigue – Barbara Kingsolver

Livre lu dans le cadre du logo_challenge_ABC- (24/26)

Lu dans le cadre du challenge_100_ans_article_300x225

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Rivages – mars 2002 – 496 pages

Rivages poche – avril 2004 – 558 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Guillemette Belleteste

Présentation de l'éditeur :
Dans le décor sauvage et grandiose des Appalaches, Un été prodigue tisse trois histoires de femmes. Celle de Deanna, employée par l'office des forêts, dont la solitude va être bouleversée par l'arrivée d'un jeune chasseur. Celle de Lusa, une intellectuelle qui, devenue veuve, décide de rester dans la vallée et de gagner le cœur d'une famille hostile. Celle de Nannie, enfin, dont les opinions en matière de religion ou de pesticides suscitent des querelles de voisinage. Dans ce roman foisonnant et généreux, Barbara Kingsolver traite du thème qui lui est le plus cher - le respect de la nature - avec un charme et une grâce qui suscitent l'enthousiasme.

Auteur : Barbara Kingsolver, née le 8 avril 1955 à Annapolis (Maryland), avant de rejoindre Carliste (Kentucky) dès 1956, est une écrivaine américaine. Elle a poursuivi ses études en écologie et en biologie à l'université de l'Arizona. Ses romans décrivent souvent son Kentucky natal et l'Arizona (état dans lequel elle vit actuellement, à Tucson) avec toujours une forte empreinte d'écologie. Ses romans sont essentiellement inspirés par la nature et les grands espaces de sa région natale. L'Arbre aux haricots, Les Cochons au paradis, Les Yeux dans les arbres, Un été prodigue, Une rivière sur la lune, Une île sous le vent, Un jardin dans les Appalaches.

Mon avis : (lu en décembre 2004 et relu en septembre 2010)
Trois histoires de femmes, trois histoires parallèles dans le superbe décor des forêts dans les montagnes des Appalaches. Leur point commun c’est la nature.
Deanne travaille pour l'office des forêts, elle a quarante-sept ans, elle vit seule dans un refuge aménagé dans la montagne, elle piste les coyotes pour les observer et les protéger des chasseurs. Elle va croiser Eddie, un jeune chasseur, qui va libérer sa sensualité.
Lusa, jeune mariée, puis jeune veuve, ancienne scientifique et citadine, elle va prendre en main ferme dont elle a hérité malgré elle. Elle aime et connaît les insectes en particulier les papillons. Elle va se battre pour faire mentir les préjugés de sa belle-famille. Enfin, Nannie, une femme âgée, propriétaire d'un superbe verger biologique, elle est attentive à l'écologie et se dispute avec son voisin Garrett qui ne partage pas ses idées et qui n'hésite pas utiliser de puissant désherbant à proximité du verger bio.
Un livre qui est un vrai hymne à la nature avec des personnages parfaitement décrits et attachants.
Il y a beaucoup de poésie dans les nombreuses descriptions de la nature «Le brouillard gris de l'aurore qui régnait au fond de cette combe humide s'élevait avec la lenteur impérieuse d'une jupe de vieille dame enjambant une flaque d'eau.» Je gardais un très beau souvenir de ma première lecture, je n’ai pas été déçu en relisant ce livre, j’ai beaucoup aimé cette grande plongée dans une nature superbe et préservée.

Extrait : (début du livre)
Tous les mouvements de son corps dénotaient une franchise que donnent des habitudes de vie solitaire. Mais la solitude n'est vécue comme telle que par l'être humain. Chaque pas silencieux résonne comme le tonnerre dans la vie souterraine de l'insecte ; tout choix renouvelle l'univers de l'élu. Il n'existe pas de secret sans témoins.
L'aurait-on épiée dans cette forêt – un homme armé d'un fusil, par exemple, dissimulé dans un épais taillis de fayards -, qu'on aurait remarqué sa rapidité à remonter le sentier et son sérieux lorsque, le sourcil froncé, elle examinait le sol devant elle. Une femme en colère, sur les traces d'une créature haïssable.
On se serait trompé. Frustrée, elle l'était certainement de suivre dans la boue des empreintes qu'elle ne parvenait pas à identifier. Cette femme était sûre d'elle, d'habitude. Pourtant, si elle avait pris la peine de se poser la question en cette matinée détrempée et ensoleillée, elle aurait dit être heureuse. Elle aimait l'atmosphère qui succède à une pluie violente et la percussion sifflante dont se remplit une forêt de feuilles qui dégouttent à vous en retirer les mots de la tête. Son corps était libre d'obéir à ses propres lois : de marcher à longues enjambées trop difficiles à suivre, de s'asseoir sans façon sur ses talons, au milieu du sentier, là où il fallait palper les feuillages écrasés, une grosse natte de cheveux presque aussi épaisse que l'avant-bras balayant le sol depuis son épaule lorsqu'elle se baissait. De tous ses membres,elle se réjouissait d'être de nouveau à l'air libre, hors du refuge exigu dont les murs en rondins s'étaient couverts d'une barbe envahissante durant les longues pluies printanières. Le sourcil froncé n'était que de pure concentration, rien d'autre. Les deux années passées seule l'avaient rendue aussi indifférente qu'une aveugle à l'apparence de son propre visage.
Toute la matinée, la piste de l'animal l'avait menée vers les hauteurs, le long d'une touffe de rhododendrons, dans la montagne qu'elle gravissait maintenant à travers une forêt de très vieux arbres, tellement escarpée qu'elle avait toujours échappé à la coupe. Pourtant, même ici, où une solide voûte de chênes et de noyers d'Amérique protégeait le sommet de la crête, la pluie de la nuit précédente était tombé suffisamment fort pour brouiller les traces. La taille de la bête, elle avait pu la déterminer à la trouée faite dans la broussaille vernissée des podophylles, ce qui suffit à accélérer les battements de son cœur. Sans doute était-ce ce qu'elle cherchait depuis ces deux dernières années ou plus. Une éternité. Mais pour en être absolument sûre, certaines précisions lui étaient nécessaires, en particulier la marque ténue d'une griffe, au-delà du coussinet, celle qui distingue le doigt du canidé de celui du félin.

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15 septembre 2010

Mauvaise fille – Justine Lévy

mauvaise_fille Stock – septembre 2009 – 197 pages

Quatrième de couverture :
"Maman est morte, je suis maman, voilà, c'est simple, c'est aussi simple que ça, c'est notre histoire à toutes les trois. Tu en mets du temps à raconter les histoires, je me disais quand elle me racontait une histoire dans mon lit. Là c'est allé vite, si vite, le regard de maman dans le regard de ma fille, c'est là qu'elle est, c'est là que je la retrouve, et dans ses gestes aussi, dans les gestes impatients, un peu brusques, de ma petite fille doublement aimée. Maman vit en Angèle qui court sur une pelouse interdite. Maman me parle et me sourit quand Angèle lance son regard de défi aux adultes qui la rattrapent et la grondent. Maman est là quand Angèle tombe et se relève aussitôt, les dents serrées, pour ne pas pleurer. Elle est dans le cri qu'elle ne pousse pas, dans sa petite grimace d'enfant crâne qui ne compose pas. Partout, dans mon enfant, ma mère a laissé son empreinte."

Auteur : Justine Lévy est l'auteur du Rendez-vous et de Rien de grave.

Mon avis : (lu en septembre 2010)
C’est le premier livre que je lis de Justine Lévy. C’est une histoire de mères et de filles.
Louise attend son premier enfant et sa mère Alice est en train de mourir dans une chambre d’hôpital. Louise se sent coupable d'attendre cette enfant au moment où la vie de sa mère s'achève. Elle doute de sa capacité à devenir elle-même une mère. En effet, Alice n'a pas été un modèle de mère idéale. Mauvaise fille est en fait une auto-fiction. En effet, Justine Lévy avait des relations difficiles avec sa mère Isabelle Doutreluigne.

Ce livre se lit plutôt facilement, des passages graves côtoient des passages plus insouciants et parfois drôles. Ce livre est touchant et plein de sensibilité. J'ai été intéressée par ces rapports mère-fille.

 

Extrait : (début du livre)
Elle croit que je suis sa mère. Ça me fait peur, cette confiance qu'elle met en moi. C'est pas normal, je me dis. Elle le croit vraiment, que je suis sa mère. Elle ne sait pas que je suis cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition. Je peux faire ce qui me chante, la mal aimer, la mal élever, la maltraiter même si je veux, je peux jeter ses doudous, la gifler, la gronder sans raison, faire la sourde oreille quand elle pleure, oublier l'heure du biberon, la changer ou ne pas la changer, elle m'aimera pareil, elle n'a pas le choix, elle m'aimera. Non, mon petit amour, mon petit ange, pardon mon bébé, pardon, mais c'est fou cette foi que tu as en moi, il ne faut pas, c'est dangereux, c'est comme ça que je l'ai aimée moi aussi, j'ai cru comme toi que maman était ma maman, qu'il suffisait d'être mère pour être une maman, j'aimerais tant que tu comprennes, je voudrais tant pouvoir te dire.
D'ailleurs, comment sait-elle ? Je ne suis même pas si souvent avec elle. Il y a la nounou, son papa, la mère de son papa, et moi bien sûr, mais maladroite, précautionneuse, presque timide, ma fille m'impressionne, elle me fixe, j'ai envie de mettre des lunettes noires quand je m'en occupe, elle a l'air si sérieux, elle me juge, je dois suinter la peur, la peur et la mère en même temps, c'est sûrement une question d'odeur, je change pourtant de parfum tous les jours, aucun ne me plaît, aucun ne me va, je transpire, ça doit être hormonal, un sale mélange d'hormones et de peur, je cocotte à mort, et elle sent pourtant que je suis sa mère, elle l'enfant, moi la mère, elle ne sourit pas quand elle me voit mais elle pleure quand je m'en vais, n'est-ce pas un peu notre histoire maman et moi ?
Après deux semaines de papa papa, j'étais découragée, jalouse, j'en voulais à la terre entière, je n'en pouvais plus – et puis un matin c'est venu, ma fille m'a dit maman, et c'était comme une caresse, un miracle, Maman n'est pas morte pour rien je me suis dit. Maman gagne toujours à la fin.

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14 septembre 2010

Baby Challenge Contemporain - Livr@ddict

Je n’ai pas encore terminé mes nombreux Challenges de 2010
et je m’inscris déjà à de nouveaux Challenges !
Je ne résiste pas...

Le but du "baby-challenge" est de lire le plus possible de livres de chacune des listes :

baby_challenge_contemporain

Baby Challenge - Contemporain Livraddict : 13/20 déjà lus

1 - Une prière pour Owen de John Irving
2 - La Saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Daniel Pennac
3 - Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn
4 - Entre chiens et loups, tome 1 de Malorie Blackman
5 - Kafka sur le rivage de Haruki Murakami
6 - La porte des enfers de Laurent Gaudé
7 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates de Mary Ann Shaffer
8 - Les Thanatonautes de Bernard Werber
9 - Oscar et la dame rose de Eric-Emmanuel Schmitt
10 - L'évangile selon Pilate, suivi de Journal d'un roman volé de Eric-Emmanuel Schmitt
11 - Seul le silence de R.J. Ellory
12 - La vie devant soi de Emile Ajar (en cours)
13 - Le monde de Sophie de Jostein Gaarder
14 - L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
15 - La ferme des animaux de George Orwell
16 - L'enfant de Noé de Eric-Emmanuel Schmitt
17 - Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda
18 - Les enfants de la liberté – Marc Levy
19 -
Cosmétique de l'ennemi de Amélie Nothomb
20 - Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé

Médaille en chocolat à 8/20
Médaille de bronze à 12/20

Médaille d'argent à 16/20
Médaille d'Or à 20/20

 

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Baby Challenge Polar - Livr@ddict

 

Le but du "baby-challenge" est de lire le plus possible de livres de chacune des listes :

baby_challenge_polar

Baby Challenge - Polar Livraddict : 16/20 déjà lus

1 - Blacksad, tome 1 : Quelque part entre les ombres de Juan Diaz Canales
2 - La Trilogie berlinoise – Philip Kerr
3 - Un lieu incertain de Fred Vargas
4 - Dix petits nègres – Agatha Christie
5 - Innocent de Harlan Coben
6 - Spellman et associés de Lisa Lutz
7 - Le crime de l'Orient-Express - Agatha Christie
8 - Millénium, tome 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson
9 - L'étrangleur de Cater Street de Anne Perry
10 - Le huit de Katherine Neville
11 - Les fables de sang de Arnaud Delalande
12 - L'homme à l'envers de Fred Vargas
13 - Le chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle
14 - Cadres noirs de Pierre Lemaitre
15 - Le Poète de Michael Connelly
16 - Un monde sans fin de Ken Follett
17 - Nous n'irons plus au bois – Mary Higgins Clark
18 - Le Mystère de la Chambre Jaune - Gaston Leroux

19 - L'affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

20 - L'homme aux cercles bleus de Fred Vargas

 Médaille en Chocolat à 8/20
Médaille de Bronze à 12/20
Médaille d'argent à 16/20
Médaille d'Or à 20/20

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Passé sous silence – Alice Ferney

pass__sous_silence Actes Sud – août 2010 – 203 pages

Quatrième de couverture :
Passé sous silence est le récit, en forme de conte historique, d'un événement réel de la seconde moitié du XXe siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques : dans un moment décisif de notre histoire s'affrontent deux visions de l'honneur et du service de l'Etat. Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance s'éternise. Pour la finir, le Vieux Pays rappelle au pouvoir son chef le plus prestigieux. Une fois investi, le souverain n'agit pas comme on l'attendait. Contre ce pouvoir, un jeune officier mène une conjuration jusqu'à l'attentat. Sain et sauf, le chef de l'État accordera-t-il sa grâce ? Pour raconter ce moment singulier où un héros s'est retrouvé juge et partie, Alice Ferney convoque tour à tour les pensées des deux protagonistes. Une documentation méticuleuse et une précieuse prise en compte des mécanismes psychologiques lui donnent l'audace de soulever la chape du silence. Avec la volonté ardente d'exhumer une injustice, et sans jamais juger, Alice Ferney essaie de comprendre ce qui, clans des temps troublés, a pu mener un homme à mourir et un autre à condamner. Elle touche en vérité le point focal d'un drame national qui irradie encore. Et fait entendre, avec une efficacité saisissante, la voix du romancier face à l'Histoire.

Auteur : Alice Ferney a déjà publié sept romans chez Actes Sud : Le Ventre de la fée (1993), L'Élégance des veuves (1995), Grâce et dénuement (1997, prix Culture et bibliothèques pour tous), La Conversation amoureuse (2000), Dans la guerre (2003), Les Autres (2006) et Paradis conjugal (2008).

Mon avis : (lu en septembre 2010)
Voici un livre assez particulier, un « conte historique » nous dit la quatrième de couverture parlant « d’un évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle. Les dates, lieux, noms de personnes ont été effacés, mais les choses dites l'ont été et les faits sont authentiques ».
Entre la Terre du Sud et le Vieux Pays, une guerre d'indépendance n’en fini pas. Le général Grandberger va profiter des évènements pour revenir au pouvoir. Face à lui, le colonel Paul Donadieu, déçu par le héros d’une guerre passé, entre en résistance et ira jusqu’à l’attentat.
Assez rapidement le lecteur comprend que l’« évènement réel de la seconde moitié du XXème siècle » c’est la guerre d’Algérie, que le général Grandberger c’est le Général De Gaulle qui s’oppose à Paul Donadieu soit Jean-Marie Bastien-Thiry entre août 1962 et mars 1963. C’est un passage de notre histoire que je connais très mal (je n’étais pas encore née à l’époque, mais je suis trop vieille pour que le sujet soit dans mon programme d’histoire au lycée…).
Ce livre est très bien écrit, très documenté, c’est la confrontation de ces deux hommes. La situation est complexe. Paul est un idéaliste, franc, courageux et droit. Le général Grandberger est puissant et pragmatique.
« Le Vieux Pays, par la faute d’un esprit cynique et tortueux, serait amputé alors que le contraire avait été promis comme un serment. Tu voulais arrêter la cours de cette trahison. Tu ressassais. Que pouvais-tu entreprendre tout seul ? Quelle action pouvait envisager des citoyens libres qui mesuraient les résultats funestes d’une dictature ? De fugitive qu’elle était, l’idée devint évidente, lancinante, jusqu’à dessiner ta mission personnelle : confisquer le pouvoir à Jean Grandberger. Le juger pour ses crimes et briser définitivement son illustre figure. » L'auteure a choisi de s'adresser directement à Paul en le tutoyant, rendant son personnage plus proche du lecteur. J’ai vraiment été très intéressée par ce livre et en le refermant, j’ai même été lire plus d’informations sur ce fait historique. 

Extrait : (début du livre)
Peu de destins individuels demeurent longtemps éclairés par l'Histoire. Cet ensevelissement des noms et des hommes dans le passé paraît plus injuste lorsqu'ils ont enduré une guerre. Pourtant, cette convulsion historique, qui fait drame dans leur vie, ne change rien à l'oubli promis aux héroïsmes anonymes. Surtout si les braves combattirent pour une cause perdue, ou, pire, à qui l'avenir ne donnera pas raison : moins légitime que ne l'avaient dit leurs chefs. Le temps, dont ils furent la matière, passe à autre chose, trouve ses fibres neuves. La passion de ce qui fut s'émousse. L'intérêt s'estompe. La mémoire se polarise. La violence des événements se dissipe. L'actualité renouvelle les objets de l'attention. La connaissance des êtres - ce qu'ils ont fait, la manière dont ils l'ont fait - disparaît. Combattre sans déroger à l'honneur ne peut relever de la pensée qu'on a de la postérité. C'est le choix intérieur d'un homme dans un instant. Quelles que soient sa grandeur, sa souffrance ou sa consternation, elles seront oubliées, comme le sont les affaires privées, qui par nature restent inaccessibles. Car les gestes minuscules, les pensées, les sensations les plus profuses, les désarrois, les peines, n'ont cours que par celui qui les initie, les éprouve, et souvent les tait. L'ignorance du détail personnel accompagne la mémorisation historique. Il est plus aisé de consigner la guerre en général que la guerre d'un seul soldat.   

Les mémoires familiales ne pactisent pas avec l'oubli. Ayant accès aux secrets intimes, elles les sauvegardent. Les descendants d'une lignée peuvent se rappeler un cheminement, une petite gloire, un tourment qui fut inutile, une torture restée ignorée. Leur témoignage rapporte ce qui fut subi et mené par un homme. Pour un enfant à l'écoute, vierge de défaites et de récits, un parent dira : Ton grand-père a eu la Légion d'honneur à titre militaire (il faut le préciser, car le présent, si éloigné des circonstances et de la valeur des sacrifices, en galvaude les récompenses). Ton grand-père avait aussi telle médaille, telle croix, qui résument l'itinéraire de son courage.   

Le monde ne connaît plus grand-père. Il y a des millions de grands-pères oubliés, soldats qui découvrirent la guerre réelle après avoir rêvé une guerre imaginaire. Ils criaient dans les embuscades, se tourmentaient d'avoir tué, pleuraient leurs compagnons morts. Un cadavre mutilé, ils pressaient deux mains sur leur bouche. Ils sont morts. Chacun, pour l'Histoire, est englouti, déshabillé dans l'énorme chiffre des pertes.   

L'oubli est la grande vérité de l'Histoire : sa trappe la plus cruelle. Beaucoup de héros honorables, comme beaucoup de faibles, de lâches, et même de traîtres, tombent dans l'oubli. La qualité ne fait rien à l'affaire. Leur nom n'est plus prononcé, connu ou écrit par personne, alors même qu'ils vécurent l'Histoire dans de si vives souffrances qu'elles méritent une commémoration nominative. Peu l'obtiennent.   

Sans doute faut-il, pour inscrire son patronyme dans les livres et les manuels, s'approcher au plus près de l'Etat, détenir ses secrets, ou bien être l'Etat, le représenter aux yeux des citoyens et au sein du monde, connaître et se mêler des questions qu'il traite. Tel est le cas des deux figures de cette histoire, le colonel et le général, qui dans le temps d'une fracture, d'un basculement qui devient cataclysme, après un éclair de feu à la tombée du soir, dans la lumière incertaine qui confond les chiens et les loups, s'affrontèrent jusqu'à ce que mort s'ensuive.   

Leur rencontre est un duel singulier et fatal. Les idées, les mots et les armes y tiennent une place égale. S'y mêlèrent le courage passionné d'un homme et la raison d'Etat, la conviction obstinée d'un accusé et la rancune d'un chef, la droiture d'un jeune officier et le machiavélisme d'un meneur politique, la pureté d'un conjuré et l'intransigeance d'une personnalité couronnée par son passé. Deux caractères d'exception, l'un idéaliste et l'autre réaliste, se toisent avec la même rigueur (et une non moindre vigueur) d'un bord à l'autre d'un événement tragique, dans une tourmente qui semble ne pouvoir trouver qu'une fin sanglante et partielle. Frères jumeaux aux extrémités d'un temps, ennemis dans le présent, tous deux pareillement époux, pères, patriotes, officiers de l'armée au service de leur pays, intègres par éducation, aristocrates de l'esprit, mais qui n'atteignirent pas le même degré de pragmatisme, s'opposent sur le terrain de l'Histoire qui se fabrique.   

La géométrie et l'issue de cet énigmatique engagement d'un homme contre un autre s'enracinent dans les dernières convulsions de l'Empire, quand des formes qui semblaient naturelles deviennent intolérables. La tragédie que jouèrent le colonel Donadieu et le général de Grandberger, en marge de l'avancée des choses du monde et sans jamais l'infléchir (l'un refusant d'y croire et l'autre tirant du jeu l'épingle de son pays), qui fut à la fois extravagante et prosaïque, insignifiante et emblématique, appartient aux accidents de l'Histoire, aux crimes des temps révolutionnaires, aux grands souvenirs de l'Empire, dans ce moment où il refuse de mourir, quand sur la Terre du Sud se réveille l'âme d'une nation.   

Par les diableries d'un souverain outragé, par sa machination judiciaire (qu'une narration partisane a refoulée aux bords du récit qu'elle en donne, renvoyant la victime dans l'espace nébuleux d'une improbable folie), un homme est mort qui faisait honneur à son pays. La salve a claqué dans l'air mouillé de l'aube. Le peloton s'est retiré pour toujours. Le silence d'une honte entoure ce sacrifice. C'est de cet épisode qu'il convient de faire la chronique, sans laquelle le temps pourrait le disputer à la mémoire.   

Livre 6/7 pour le Challenge du 1% littéraire 1pourcent2010

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