12 décembre 2012

Masse Critique chez Babelio !

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Tentez votre chance !

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11 décembre 2012

Le cercle - Bernard Minier

Lecture Commune 
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avec  Sandrine

Lu en partenariat avec XO éditions

le_cercle XO édition - octobre 2012 – 572 pages

Quatrième de couverture :
Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, précipitent le commandant Martin Servaz dans une enquête dangereuse, la plus personnelle de sa vie.
Un professeur de civilisation antique assassiné, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux… 
Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest, et son cercle d’étudiants réunissant l’élite de la région ?
Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d’anciennes et terribles blessures et faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.
Après le succès de Glacé, déjà traduit dans de nombreux pays, Bernard Minier, le maître des atmosphères sombres et oppressantes, nous entraîne dans une nouvelle intrigue à couper le souffle, qui renouvelle les lois du genre.

Auteur : BERNARD MINIER est né à Béziers et a grandi dans le Sud-Ouest. Après Glacé, prix du meilleur roman francophone du festival Polar 2011 de Cognac, Le Cercle est son deuxième roman.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Lorsque Mélanie pour XO éditions m'a proposé de découvrir le nouveau livre de Bernard Minier, je n'ai pas hésité, j'étais impatiente de retrouver le commandant Martin Servaz et son équipe.
Dix-huit mois après sa première enquête dans une vallée étroite et enneigée des Pyrénées, la nouvelle enquête du commandant Servaz nous entraîne à Marsac une petite ville universitaire. Tout commence avec le meurtre de Claire Diemar une professeur de khâgne. A Toulouse, Servaz reçoit alors un appel téléphonique, une voix surgit du passé. Il s'agit de Marianne, son amour de jeunesse, qu'il n'a pas revu depuis leurs études. Elle l'appelle au secours car tout accuse son fils Hugo pour le meurtre de son professeur... 
Une intrigue bien menée, des fausses pistes et le lecteur ne peut lâcher le livre... La conclusion de cette enquête a été pour moi une surprise.
Le lecteur va apprendre à connaître un peu mieux Servaz, son passé, sa fille Margot. Ses adjoints Esperandieu et Samira sont toujours à ses côtés et Julian Hirtmann toujours en cavale semble avoir réapparu. Irène Ziegler est moins présente dans cette enquête, elle est là en coulisse, en soutien.
Le côté anecdotique de cette histoire, c'est l'enquête qui se déroule en juin 2010, et en parallèle c'est la coupe du monde de Football en Afrique du Sud, Servaz est complètement étranger à l'engouement qu'entraîne cette compétition. En quelques mois c'est le troisième livre que je lis avec une compétition de football en parallèle (Le guerrier solitaire - Henning Mankell et Discordance - Anna Jörgensdotter)...
En terminant cette lecture, je devine bien que cela ne sera pas la dernière enquête de Servaz et comme je me suis attachée à Martin Servaz et ses comparses, j'ai hâte de connaître la suite de leurs aventures.

Merci à Mélanie et XO éditions de m'avoir permis de découvrir ce livre.

Extrait : (début du livre)
SON ESPRIT N'ÉTAIT qu'un cri. 
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude... - tout ce qui, mois après mois, l'avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié... laissez-moi sortir d'ici, je vous en supplie...
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s'était réveillée quasi muette un beau matin. Muette... Elle qui avait toujours aimé s'exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires...
Dans l'obscurité, elle changea de position pour soulager la tension de ses muscles. Elle était assise par terre, adossée au mur de pierre, à même le sol de terre battue. Elle s'y allongeait, parfois. Ou bien elle rejoignait son matelas pouilleux dans un coin. Elle passait le plus clair de son temps à dormir, couchée en chien de fusil. Quand elle se levait, elle faisait des étirements ou bien elle marchait un peu - quatre pas et retour, pas plus : son cachot mesurait deux mètres sur deux. Il y faisait agréablement chaud ; elle savait depuis longtemps qu'il devait y avoir une chaufferie de l'autre côté de la porte, à cause de la chaleur mais aussi des bruits : bourdonnements, chuintements, cliquetis. Elle ne portait aucun vêtement. Nue comme un petit animal. Depuis des mois, des années peut-être. Elle faisait ses besoins dans un seau et elle recevait deux repas par jour, sauf lorsqu'il s'absentait : elle pouvait alors passer plusieurs jours seule, sans manger ni boire, et la faim, la soif et la peur de mourir la taraudaient. Il y avait deux judas dans la porte : un tout en bas, par où passaient les repas, un autre au milieu, par où il l'observait. Même fermés, ces judas laissaient deux minces rayons lumineux trouer l'obscurité de son cachot. Ses yeux s'étaient depuis longtemps accoutumés à ces demi-ténèbres, ils distinguaient des détails sur le sol, sur les murs que nul autre qu'elle n'aurait pu voir.
Au début, elle avait exploré sa cage, guetté le moindre bruit. Elle avait cherché le moyen de s'évader, la faille dans son système, le plus petit relâchement de sa part. Puis elle avait cessé de s'en préoccuper. Il n'y avait pas de faille, il n'y avait pas d'espoir. Elle ne se souvenait plus combien de semaines, de mois s'étaient écoulés depuis son enlèvement. Depuis sa vie d'avant. Une fois par semaine environ, peut-être plus, peut-être moins, il lui ordonnait de passer le bras par le judas et lui faisait une injection intraveineuse. C'était douloureux, parce qu'il était maladroit et le liquide épais. Elle perdait connaissance presque aussitôt et, quand elle se réveillait, elle était assise dans la salle à manger, là-haut, dans le lourd fauteuil à haut dossier, les jambes et le torse attachés à son siège. Lavée, parfumée et habillée... Même ses cheveux fleuraient bon le shampooing, même sa bouche d'ordinaire pâteuse et son haleine qu'elle soupçonnait pestilentielle le reste du temps embaumaient le dentifrice et le menthol. Un feu clair pétillait dans l'âtre, des bougies étaient allumées sur la table de bois sombre qui brillait comme un lac, et un fumet délicieux s'élevait des assiettes. Il y avait toujours de la musique classique qui montait de la chaîne stéréo. Comme un animal conditionné, dès qu'elle entendait la musique, qu'elle voyait la lueur des flammes, qu'elle sentait les vêtements propres sur sa peau, elle se mettait littéralement à saliver. Il faut dire qu'avant de l'endormir et de la sortir de son cachot, il la faisait toujours jeûner pendant vingt-quatre heures.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection policier 
Jury Février

 Challenge Thriller 

challenge_thriller_polars
catégorie "Même pas peur" : 15/12

Challenge 4% Littéraire 2012

logochallenge2
22/28

Déjà lu du même auteur : 

glac_  Glacé

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10 décembre 2012

Les yeux au ciel - Karine Reysset

Lecture Commune 
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avec EnnaSandrine et Géraldine

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Editions de l'Olivier – mars 2011 -

Pocket – avril 2012 – 188 pages

Quatrième de couverture :
À l'occasion de l'anniversaire du grand-père, toute la famille se retrouve dans la vieille demeure située au bord de la mer, en Bretagne. Six jours durant, les conflits et les angoisses de chacun vont ressurgir: Lena, l'aînée ne parvient plus à s'occuper de ses enfants ; Merlin que personne ne considère comme un adulte ; ou encore Achille, le demi-frère, jamais vraiment accepté dans la famille... Petit à petit, un drame enfoui se révèle : une fillette disparue il y a plus de trente ans.

Auteur : Karine Reysset est née en 1974. Elle est l'auteur de Comme une mère (Points, 2009). Les Yeux au ciel est son cinquième roman.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Tout d'abord, je remercie Clara chez qui j'ai gagné ce livre en partenariat avec Pocket. Et j'ai profité de la proposition de Lecture Commune d'Enna pour le sortir de ma PAL perso. 
En ce mois de décembre, c'est plutôt agréable de se projeter en plein été, en Bretagne au bord de la mer dans une maison de famille... Voilà le cadre de cette histoire, toute une famille se retrouve pour les 70 ans de Noé le grand-père, il y a Marianne, sa seconde épouse ses quatre enfants et ses six petits-enfants.
Tour à tour, chaque membre de la famille est narrateur du livre, se dévoile et laisse parler ses sentiments profonds.
Il y a Achille le fils aîné, fruit du premier mariage de Noé, il sent qu'il n'a jamais été accepté par la famille, il est venu des États-Unis avec ses triplés. Léna est fatiguée par sa vie de couple, ses deux enfants en bas âge Zoé et Théo. Merlin éternel adolescent, ancien drogué, il aspire à créer une famille où il voudrait intégrer sa fille Scarlett, jeune adolescente, qui a été élevée par ses grands-parents. Enfin Stella la cadette, homosexuelle, elle est hésitante face à la grossesse de sa compagne. 
L'écriture est agréable, l'intention de cette histoire est intéressante malheureusement je suis restée un peu sur ma faim. Cette réunion de famille a fait ressortir certains non dits, certaines blessures... mais sans résoudre quoi que ce soit, l'auteur nous laisse un peu en plan sans envisager un semblant de solution ou d'espoir. 

Et maintenant, allons voir ce qu'en ont pensé EnnaSandrine et Géraldine

Extrait : (début du livre)
Michael Jackson venait de mourir, et ça ne lui faisait rien. Derrière la fenêtre à petits carreaux entrouverte, le cèdre bleu effleurait le toit, les fils électriques. Il faudrait l’élaguer. Il y avait tant de choses à faire, toujours, des choses ordinaires. Assise sur son lit, Lena tenait un body d’une main, une robe à pois de l’autre. Autour d’elle, des piles plus ou moins droites de vêtements, quatre exactement. Une pour Zoé, une pour Théo, une pour Vincent, et une pour elle, évidemment. Il ne fallait pas qu’elle s’oublie. Cela ne risquait pas avec les pensées qui l’assaillaient, des mauvaises pensées. S’il n’y avait eu que ça. Ces derniers mois, elle avait des bouffées, des pulsions, des crises, elle ne savait comment les nommer. Puis elle avait envie de pleurer – souvent même elle pleurait – et de sauter par la fenêtre. Pourtant, elle n’était pas malheureuse, n’avait aucune raison de l’être. 
Lena consulta sa liste. Elle tenait ça de Marianne. Comment sa mère s’en était-elle sortie ? Ils étaient trois à la maison, plus Achille l’été, les cousins cousines, les copains les copines qu’elle prenait en vacances. Avec seulement deux enfants, Lena avait l’impression de se noyer dans un verre d’eau. Elle sombrait, et personne ne s’en rendait compte. Elle devait courir après le petit, il bravait le danger à chaque seconde comme s’il cherchait à user ses nerfs, éprouver sa terreur. Elle ne le quittait pas des yeux, et avec sa fille, c’était pareil.
Vincent l’appela (elle se sentit prise en faute, les bagages étaient-ils prêts ?). Il préférait rouler de nuit, c’était plus pratique avec les enfants. Elle lui répondit « oui, presque » d’une voix faussement enjouée. 
Un jour ou l’autre, un malheur arriverait, il ne faudrait pas s’étonner. Quelquefois elle s’imaginait lâcher son dernier-né dans l’escalier, le laisser se noyer dans son bain. Marianne, elle, ne râlait jamais, jamais elle n’avait ne serait-ce que soupiré. Lena s’entendait parfois crier, et après elle se griffait les bras, elle les aimait tellement. « Vous me tuez, mes amours, à petit feu », chuchota-t-elle. Son mari voyait quelqu’un, elle en était convaincue. Dans un sens, ça l’arrangeait. Elle avait installé un futon à côté du lit à barreaux de Théo. Son corps éprouvé requérait du repos, ses plaies devaient cicatriser. Elles se nichaient surtout dans sa tête, elle en avait conscience.
Elle avait été soulagée d’avoir un fils. Contrairement à Vincent, elle ne voulait pas de troisième enfant. « On ne fait pas un élevage », l’avait-elle prévenu. Elle songeait à prendre rendez-vous afin que sa décision soit irréversible. Mais elle était velléitaire, et pour l’instant elle n’avait rien fait (ni pour le cèdre, ni pour le reste).
Il allait lui falloir déplacer des montagnes pour gagner la mer. Elle testerait le point où sa résistance céderait, où ses nerfs menaceraient de lâcher comme des élastiques trop usés. Mais son père était âgé, elle devait prendre soin de lui.
Dix minutes plus tard, le ciel virait au rose. La tempête était passée, elle pouvait se remettre au travail.

 

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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"Partie du corps"

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C'est Lundi que lisez-vous ? [104]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

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Magasin général, tome 8 : Les femmes – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp (BD)
Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow (Norvège)
En silence - Audrey Spiry (BD)
Les yeux au ciel - Karine Reysset (LC - 10 décembre)

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Gains - Richard Powers (partenariat PriceMinister)
Le cercle - Bernard Minier (partenariat XO édition)

Que lirai-je cette semaine ?

Avenue des Géants - Marc Dugain (Grand Prix des Lectrices de Elle)
Furioso - Carin Bartosch Edström (partenariat JC Lattès)
L'Interprétation des peurs - Wulf Dorn (Grand Prix des Lectrices de Elle)
La décapotable rouge - Louise Erdrich (partenariat Albin Michel)

Bonne semaine et bonne lecture. 

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09 décembre 2012

En silence - Audrey Spiry

en_silence Casterman - juin 2012 - 168 pages

Quatrième de couverture :
Quelque part dans le sud, en été, un petit groupe d’amis – deux couples, deux enfants et un moniteur – part en expédition en pleine nature, pour une grande journée de canyoning. L’isolement, le dépaysement et le frisson du danger vont servir de révélateur. Chacun, au fil de cette longue journée pleine d’imprévus, va se retrouver seul, confronté en silence à ses interrogations les plus intimes. Ainsi Juliette, la narratrice, qui perçoit bientôt cette journée particulière comme une sorte d’épreuve du feu pour le couple qu’elle forme avec Luis. Comment dépasser le sentiment d’immobilisme et d’attente qui imprègne leur relation, et qui lui est devenu presque insupportable ? Cette belle journée d’été n’est-elle pas, finalement, l’épilogue de leur histoire d’amour ?
Unité de temps, de lieu, d’action, ce récit tout simple en apparence surprend et séduit à la fois par son ton, intime et sensible, et par sa forme, très picturale et spectaculairement colorée. Le premier album plein d’originalité d’une jeune dessinatrice au talent très affirmé.

Auteur : Audrey Spiry vient du monde de l'animation. En Silence est sa première bande-dessinée.

Mon avis : (lu en décembre 2012)
C'est le billet de Canel qui m'a donné envie de découvrir cette BD et lorsque j'ai vu « en Silence » sur le présentoir de la Bibliothèque , je n'ai pas hésité !
La couverture est superbe et mystérieuse à la fois.
C'est l'histoire d'une journée de canyoning où les participants sont un beau moniteur, un jeune couple et une famille avec deux fillettes. Le parcours est sauvage, semé de difficultés et de surprises en général mauvaises pour la jeune femme... J'ai eu du mal à comprendre à la première lecture certains passages en particulier lorsque l'esprit de la jeune femme du couple se met à divaguer sur sa vie. Elle est en plein doutes quand à l'avenir de son couple...
Le graphisme du dessin n'ai pas vraiment à mon goût sauf les dessins de l'eau ou dans l'eau que l'auteur a su animer et aux multiples couleurs qu'elle lui a donnée...
C'est vrai que par moment l'histoire est flippante et que je me suis surprise à rester en apnée, mais moi qui ne suis pas du tout à l'aise sous l'eau cela ne m'a pas vraiment gênée (contrairement à un film sur un thème similaire...).
Une découverte originale et plaisante.

 

Extrait : 

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06 décembre 2012

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Cher_Gabriel Gaïa – février 2012 – 165 pages

traduit du norvégien par Ellen Huse Foucher

Titre original : Kjœre Gabriel, 2006

Quatrième de couverture :
"Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n'arrêtent pas pour autant d'être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d'eau, le verre ne reste pas moins un verre." Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d'un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien." Dagbladet.

Auteur : Halfdan W. Freihow est norvégien. Il est né en 1959 à Mexico et a partagé ses années de jeunesse entre la Norvège, l'Espagne et la Belgique. Il a d'abord travaillé comme reporter, traducteur et critique littéraire avant de co-fonder la maison d'édition norvégienne Font Forlag. De l'exploration de sa vie intime et familiale est né son premier récit, Cher Gabriel, nominé pour le prestigieux prix Brage (2004).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Cela faisait quelques mois que j'avais envie de découvrir ce livre et j'ai été ravie de le recevoir dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle. Dès réception, j'avais hâte de le lire, d'autant plus que mardi soir dernier, il y avait sur France 2 un docu-fiction « Le cerveau d'Hugo » avec également des témoignages
 très intéressants d'autistes adultes ou de parents ou d'enfants autistes.
Ce livre est un beau témoignage d'amour d'un père pour son fils.
Gabriel vit sur la côte norvégienne, au bord de la mer, dans un coin balayé par les vents. Gabriel est un enfant différent, il est autiste. Dans ce livre, son père s'adresse à lui et nous raconte son quotidien avec un enfant qui a un fonctionnement propre à lui-même, un enfant qui pose mille questions et dont la logique est différente de la notre : un autiste comprend les mots dans leur sens premier, il ne comprend pas les jeux de mots...
« Tes exigences en ce qui concerne la non-ambiguïté et le sens littéral des mots peuvent paraître déraisonnables pour les autres, mais elles trouvent leur contrepartie dans des qualités exceptionnelles : tu es profondément honnête, sincère, aimant et intrépide. » 
L'échange entre le père écrivain et le fils qui prend tout au pied de la lettre est très intéressant.
« En fait, Gabriel, tu es toi-même tout un paradoxe, complexe, inattendu et défiant, mais jamais ennuyeux, jamais monotone et jamais facile à comprendre. Tu es tout simplement une langue à toi, Gabriel. »
Le narrateur évoque également les difficultés que rencontrent la famille, le côté usant de s'occuper d'un enfant qui demande à longueur de journée de l'attention, c'est difficile de ne pas se sentir à la hauteur des demandes de son enfant. Et son avenir, quel sera-t-il ?
« Il faut que je te dise que maman et moi trouvons que c'est difficile. Parfois, c'est si difficile que nous y arrivons à peine, car nous sommes exténués et avons surtout envie d'abandonner. Tu remplis chaque heure de notre vie éveillée - et souvent les nuits aussi - avec des exigences et des attentes qui même pour toi sont impénétrables et compliqués, et que nous n'avons pas toujours la force de comprendre, et encore moins d'honorer. »
Il y a également la joie de voir son enfant grandir, avoir de petites victoires sur l'autonomie, réussir enfin à lire, à écrire... 
« Tu es un enrichissement pour ceux qui te connaissent, tu nous sers de rectificatif. C'est un privilège d'apprendre par toi et une joie de t'enseigner tout ce qui peut t'aider à vivre avec ta propre vulnérabilité et l'ignorance des autres, tout ce qui peut te protéger et renforcer ta conception du bonheur. »  
Lorsque l'on n'a pas soi-même un enfant handicapé, on ne pourra jamais se mettre à la place d'un parent, malgré tout, ce genre de témoignage nous permet de mieux comprendre les réactions que peuvent avoir une personne autiste pour mieux accepter sa différence.

J'ai été très touché par le mail épilogue, le père est en voyage à New-York pour présenter son livre, dans ce mail il s'adresse à Gabriel devenu adolescent. 

Autres avis : Caro, Canel, Clara, Theoma, Jostein, Mimipinson 

Extrait : (début du livre)
Sur le faîte du hangar à bateaux, une mouette médite.
Son plumage gris et blanc se détache sur la mousse vert-de-gris ponctuée de taches de vieillesse marron. Ça fait bien cinquante ans que cette touffe de mousse s'agrippe là, à l'abri du vent du nord, juste pour donner couleur et texture au toit de fibrociment. C'est beau, et quelque part dans l'univers, cela doit avoir un sens.
L'oiseau a terminé sa réflexion et plonge vers la surface de l'eau, vers son garde-manger rempli de nourriture froide et dégoulinante. A part ça, je ne lui vois pas d'autres projets.
Aujourd'hui la mer est calme. Léthargique. Presque morte. L'horizon s'étire entre ciel et mer comme un pont à portée imprécise qui parfois me désarçonne : je sais mieux qui je suis quand mer et terre se distinguent clairement, quand il y a des obstacles et des limites, quand je vois ce qui est mien, quand je sais d'où je viens.
Cette nuit il a plu de nouveau, et je vois qu'il va falloir écoper le bateau. Je vois aussi que la peinture s'écaille sur le mur sud du hangar, là où la pluie ruisselle, coule et pénètre le bois, au contraire du mur nord où, chargée des embruns, elle le fouette et le mitraille de sel, le brosse à le rendre dur et lisse.
Je vais écoper le bateau. Je vais écoper le bateau aujourd'hui. Au printemps, il faudra s'occuper du hangar.

Toutes ces choses je les vois de mon bureau, Gabriel. Toutes ces choses qui arrivent seulement parce qu'elles ont lieu, parce que toutes les choses ont besoin d'un lieu pour arriver. Il y a d'autres paysages, des paysages sans racines où il ne se passe rien, ou bien tout se passe si vite, si simultanément, que les choses s'en trouvent comme apatrides. Mais ici, de mon bureau, je regarde l'appartenance. Non la tienne ou la mienne, mais une appartenance plus grande, qui habite ici et agit dans ce paysage lent et patient, et qui fait qu'on peut s'y adosser comme contre un mur, même s'il n'est question que d'air, d'eau et du cri des mouettes, qu'on peut s'y adosser quand notre propre appartenance - si fragile - lâche prise.
Nous avons besoin d'un mur pour nous adosser, toi et moi. Parfois, la caresse d'une main suffit, d'autres fois, il nous faut tout un échafaudage de perspicacité et de compréhension pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer dans l'ignorance, le désarroi et l'angoisse. Nous sommes chacun le mur de l'autre : parfois tu es le mien, mais souvent c'est à moi qu'il revient d'être le tien, car tu trébuches, et tu tombes si facilement. Et alors, Gabriel, il m'arrive d'avoir peur, quand je n'ai rien à quoi m'agripper, rien à quoi me cramponner, à part le vent, la lumière et l'océan, quand toi, tu bascules hors de ma portée.

 

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Novembre

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
logo_Petit_BAC_2012
"Prénom"

 Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
dc3a9fi_scandinavie_blanche

Suède 

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

litterature_nordique

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05 décembre 2012

Magasin général, tome 8 : Les femmes – Régis Loisel et Jean-Louis Tripp

magasin_g_n_ral Casterman - novembre 2012 - 

Quatrième de couverture :
L’hiver, à nouveau. Après que le charleston, ramené de Montréal par Marie, ait déferlé comme une furie sur Notre-Dame-des-Lacs, les hommes ont finalement repris le chemin de la forêt, pour y travailler tout au long de la saison froide. Le calme peut enfin revenir sur le village. Mais rien ne dit que ce soit pour très longtemps…
Car Marie, après avoir partagé sa couche avec Ernest et son frère Mathurin, se découvre enceinte, sans trop savoir qui est le père – elle qui s’était toujours pensée stérile ! Pendant ce temps, Réjean, le jeune curé du village, s’est réfugié chez Noël, toujours affairé à la construction de son bateau : il se montre si perturbé par ses interrogations intimes et existentielles qu’il n’est plus en mesure d’assurer son service religieux.
Effroi et panique chez les bigotes du village ! On parle même de s’en aller quérir l’évêque ! Car enfin, où donc tout cela va-t-il mener ? Plus de maire, plus de curé, des danses endiablées, des amoureux qui vivent dans le péché et des enfants sans père… N’est-ce pas tout bonnement le signe d’une malédiction lâchée sur Notre-Dame-des-Lacs ?

Auteurs :
Régis Loisel est né dans les Deux-Sèvres en 1951. Il signe ses premiers travaux au milieu des années 70 lors de l'éclosion de la bande dessinée "adulte" dans diverses publications de l'époque (Mormoil, Pilote, Tousse-Bourin, etc.), mais c'est à partir du début des années 80 que sa carrière "décolle" réellement avec la série La Quête de l'oiseau du temps (Dargaud), scénarisée par Serge Le Tendre. Il est également l'auteur de Peter Pan (Vents d'Ouest), autre série à succès, et de divers one-shots tels que Troubles Fêtes (Les Humanoïdes Associés). Il a également collaboré à divers longs métrages d'animation et a été distingué en 2003 par le Grand Prix de la Ville d'Angoulême. Il réside à Montréal, au Canada.

Jean-Louis Tripp est né à Montauban en 1958. Il publie ses premières histoires courtes au tournant des années 70 et 80, notamment dans Métal Hurlant et chez Futuropolis. Sa première série, Jacques Gallard, paraît chez Milan à partir de 1983. Il contribue ensuite à divers albums collectifs dont Le Violon et l'archer chez Casterman en 1990, signe le récit de voyage illustré La Croisière verte (Glénat), puis bifurque vers la peinture, la sculpture et l'enseignement, avant de revenir à la bande dessinée en 2002 via sa collaboration avec Didier Tronchet (Le Nouveau Jean-Claude, Albin Michel).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
J’ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver le petit village québécois de Notre-Dame-des-Lacs et tous ses habitants. Les hommes sont repartis travailler en forêt et le calme est revenu sur le village, Marie découvre avec surprise qu’elle est « en famille », le curé s’interroge sur sa foi et laisse perplexe ses fidèles… Depuis le premier tome, les personnages ont évolué, ils nous touchent et le bonheur et l’humanité de cette communauté est vraiment apaisante. Les ambiances sont très bien rendues par le dessin, et il n'y a parfois même pas besoin de paroles…

C’est malheureusement l’avant dernier épisode de cette belle série, j’attends donc avec un peu de nostalgie le prochain et malheureusement dernier épisode… Mais rien n’empêche de les relire !

Extrait : (début de la BD)

MG8_1 MG8_2

MG8_3 MG8_4

MG8_5

 

La série : 

le_magasin_g_n_ral_Marie le_magasin_g_n_ral_Serge le_magasin_g_n_ral_les_hommes le_magasin_g_n_ral_confession 
tome 1 à 4 de la série 
ici

 

magasin_general5 tome 5 : Montréal 

magasin_general_6  tome 6 : Ernest Latulippe magasin_g_n_ral_7 tome 7 : Charleston

 

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03 décembre 2012

C'est Lundi que lisez-vous ? [103]

BANNIR
(c) Galleane

C'est le jour du rendez-vous initié par Mallou proposé par Galleane  

Qu'est-ce que j'ai lu cette semaine ?

printemps_barbare l_affaire_Jennifer_Josse_x mar_e_blanche chroniques_de_J_rusalem

Printemps barbare - Héctor Tobar 
L'Affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy 
Marée blanche - Jean Failler 
Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle

Qu'est-ce que je lis en ce moment ?

Gains - Richard Powers (partenariat PriceMinister)

Que lirai-je cette semaine ?

Les yeux au ciel - Karine Reysset (LC - 10 décembre)
Le cercle - Bernard Minier (partenariat XO édition)
Furioso - Carin Bartosch Edström (partenariat JC Lattès)
Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow (Grand Prix des Lectrices de Elle)


Bonne semaine et bonne lecture. 

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02 décembre 2012

Chroniques de Jérusalem - Guy Delisle

chroniques_de_J_rusalem Delcourt - novembre 2011 - 334 pages

Fauve d'or d'Angoulême - prix du meilleur album 2012

Présentation de l'éditeur :
Guy Delisle et sa famille s'installent pour une année à Jérusalem. Mais pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4 000 ans. Au détour d'une ruelle, à la sortie d'un lieu saint, à la terrasse d'un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l'a jamais vu.

Auteur : Né en 1966, Guy Delisle est un auteur de bande dessinée québécois. Après des études d'animation au Sheridan College de Oakville (Ontario), il travaille dans différents studios à travers le monde, CanadaAllemagneFranceChineCorée du Nord,RéunionJérusalem. Ses expériences de superviseur d'animation en Asie fourniront ainsi matière à deux albums autobiographiques, Shenzhen en 2001 et Pyongyang en 2003. Paru en 2007Chroniques birmanes relate un séjour d'une année qu'il effectue à Rangoon où il suit son épouse, expatriée de Médecins sans frontières. Quatre ans plus tard paraîtChroniques de Jérusalem qui relate l'année 2008-2009 passée par la famille en Israël, et qui lui vaut le Prix du Meilleur Album au festival d'Angoulême en 2012. Il a en particulier vécu en direct l'Opération plomb durci à Gaza en décembre 2008.

Site du livre 

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Guy Delisle est partie vivre un an à Jérusalem avec sa famille. Sa femme travaille pour MSF à Gaza et en famille, ils habitent à Jérusalem-Est dans un quartier arabe. Guy Delisle en profite pour porter un regard extérieur sur ce pays terriblement complexe qui défraye régulièrement les chroniques de nos journaux télévisés. Guy Delisle nous fait vivre un an de son quotidien familial à Jérusalem. Il nous décrit la complexité de cette région du monde. Il est là comme observateur et il porte un regard bienveillant, sans préjugés sur cette ville trois fois Sainte. Il fait part de ses étonnements, de ses amusements. Il écoute les Palestiniens, les militants pacifistes israéliens, les colons. Il ne cherche pas à prendre parti mais plutôt à comprendre.
Il est question du fanatisme des uns comme du désir de normalité et de bonheur des autres. C'est souvent drôle, parfois consternant ou navrant mais cela donne à ce pays un côté humain que nous, Européens, avons un peu oublié, c'est vrai que pour nous, Israël est souvent synonyme de conflits.

Cette Bande Dessinée est à la fois passionnante, poignante et drôle. Une façon ludique de découvrir une ville et un pays.

Extrait : 

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01 décembre 2012

Marée blanche - Jean Failler

Lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres...
un_mot_des_titres 

Le mot : BLANC

mar_e_blanche Edition du Palemon - avril 2003 - 190 pages

Quatrième de couverture :
Comme il y a pénurie d'inspecteurs au commissariat de Concarneau, Mary Lester y est détachée pour enquêter sur la mort d'un jeune homme.
Oh, rien de bien mystérieux, vraisemblablement un règlement de comptes entre marginaux. Voire…
On le sait, Mary Lester a le chic pour apercevoir, derrière des faits paraissant évidents, d'autres qui le sont moins. Et quand elle a saisi un fil conducteur, on peut compter sur elle, en dépit du scepticisme de ses nouveaux supérieurs, pour débrouiller tout l'écheveau.
Elle va s'immerger dans une petite ville secouée par la crise de la pêche, découvrant, dans un monde dont elle ignore tout, des personnages aussi fragiles que rudes, bien attachants malgré leurs manières brusques.
Et il y a urgence, car si la marée noire tue la flore et la faune, la marée blanche, elle, tue les hommes.

Auteur : Jean Failler est né en 1940 à Quimper. Auteur de pièces de théâtre, de romans historiques, de romans policiers, il vit et écrit à Quimper.

Mon avis : (relu en novembre 2012)
Pour cette session du Challenge Un mot, un titre, je me suis rendue compte mercredi soir, le livre choisi en cours de lecture que j'avais pris par erreur un mauvais mot (c'est à dire celui de la session précédente...). Heureusement, j'ai trouvé chez moi un livre répondant au critère et pas trop long à lire pour être à l'heure au rendez-vous !
Ce livre fait partie de la série des enquêtes de Mary Lester, c'est la quatrième enquête et elle se déroule à Concarneau. Cela commence lorsqu'un marginal de Concarneau est retrouvé mort dans l'eau du port. Avec Marie Lester nous découvrons le monde des marins-pêcheurs, la rudesse du métier, les difficultés économiques... L'intrigue est bien construite et l'histoire plaisante.
C'est un livre qui se lit facilement, c'est à la fois une enquête policière et une belle ballade en Bretagne. Et je prends toujours du plaisir à relire cette série...
En 1998, une adaptation de ce livre en téléfilm a été réalisé par Christiane Leherissey mettant en scène Mary Lester sous les traits de Sophie de La Rochefoucauld. Quelques ajouts ont été fait par les scénaristes par rapport au livre.

Extrait : (début du livre)
22 novembre.
Sur la mer turquoise, de longues houles ondulaient, couronnées d’écume. Le vent d’ouest soufflait en rafales brutales et désordonnées, le ciel était noir. Un temps à grains. Par moments la pluie se déchaînait et, chassée par le vent, passait à l’horizontale, cinglant les vitres de la cabine, si drue qu’elle plongeait la timonerie dans une sorte d’univers glauque. Puis, aussi subitement, les nuages lourds se déchiraient et un grand pan de ciel bleu apparaissait. Il y avait alors un soleil extraordinaire et il semblait qu’on passait en un instant du plus noir de l’hiver au plus lumineux du printemps.
À la barre de son chalutier bleu et blanc, Nicolas Le Maout, l’épaule calée contre la cloison de la cabine, les yeux plissés par la fatigue, regardait venir la côte ; une longue plage de sable fin barrait le fond de la baie, séparant le ciel de la mer d’un trait d’ivoire éclatant. Derrière se dessinaient les champs, les bois, et puis, sur tribord, Concarneau. Ce qu’on apercevait d’abord en venant de la mer, c’était les immeubles HLM de Kerandon, une longue barrière blanche posée contre le ciel. Entre eux et la mer, les maisons descendaient jusqu’à la ville close plantée sur son rocher, qui trempait ses vieilles murailles dans les eaux paisibles du port. Derrière, il y avait la criée, mais on ne la voyait pas encore.
Des entrailles du bateau montait le grondement sourd du diesel qui tournait à demi-régime. Une lourde silhouette se dressa derrière Nicolas Le Maout, emplissant la petite cabine de sa carrure formidable.

Nicolas détourna à peine la tête et dit d’une voix lasse :
– On arrive.
Et l’autre bougonna d’un timbre éraillé :
– Pas trop tôt !
– Comme tu dis, Petit Pierrot, mes bottes sont lourdes, fit Nicolas Le Maout.
Et il passa d’un pied sur l’autre dans une sorte de danse lente pour tenter de désengourdir ses jambes lasses, puis il prit sur une tablette devant lui un paquet de gauloises froissé, en sortit une cigarette tordue qu’il alluma à un briquet de plastique jaune sans se soucier de la curieuse forme du cylindre de tabac.
La cabine empestait l’huile chaude, le poisson, le tabac et il fallait avoir le cœur bien accroché pour supporter les mouvements du bateau dans cette atmosphère confinée. Qu’importe, ici au moins on n’avait pas froid ; et du froid, de l’humidité, du vent, ces hommes venaient d’en avoir plus que leur compte.
Accablés de fatigue, le reste de l’équipage, deux matelots, dormait dans le poste, capelé dans leurs cirés jaunes, encore bottés. Comme ils étaient tombés, le sommeil les avait pris.

 

 Challenge Thriller 

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catégorie "Même pas peur" : 14/12

 Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012

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