04 avril 2012

Le métro est un sport collectif – Bertrand Guillot

le_m_tro_est_un_sport_collectif Rue Fromentin – janvier 2012 - 176 pages

Présentation de l'éditeur :
Le métro, sa grisaille, ses retards, sa déprime… Les clichés ont la peau dure. Mais il est parfois possible de leur tanner le cuir et de voir au travers. Pour Bertrand Guillot, le métro est avant tout une scène sur laquelle nous défilons tous à tour de rôle (et le prix de la place défie toute concurrence). La comédie n’est pas exclue, la romance non plus, le drame pointe parfois… Bref, aujourd'hui, le romanesque est dans le métro, bien plus que dans les séries ou la télé-réalité.

C’est aussi l’un des derniers lieux du « lien social », où les frontières et les séparations si solides en surface s’évanouissent subitement sur les quais. Tout est permis. Dans le métro, il n’y a plus de première classe depuis longtemps. Dans la vie « à l’air libre », c’est un peu différent… Paradoxalement, on étouffe là-haut.

Mon avis : (lu en avril 2012)
Un livre sympathique et amusant pour ceux qui connaissent les transports en communs et en particulier le métro. A travers des petites chroniques, l'auteur nous raconte des anecdotes dont il a été témoin ou les pensées que lui évoquent ses trajets quotidiens en métro. 
Cette lecture facile m'a remémorée mes propres voyages en métro ou en train. En effet, si je ne profitais pas de mes voyages pour me plonger dans un livre, je pourrai remplir beaucoup de pages d'anecdotes ou d'observations faites durant mes voyages quotidiens... 
A découvrir pour les habitués des transports en communs (parisiens ou non...) ou pour ceux qui ne connaissent pas ce monde là...

Et merci à ma collègue de travail qui m'a fait découvrir ce livre en me le prêtant. 

Autres avis : Clara, Leiloona, Emily


 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Sport / Loisirs"

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29 février 2012

Un safari arctique – Jørn Riel

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Gaïa – mars 1994 – 216 pages

10/18 – juin 1999 – 157 pages

traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

Titre original : En arktisk safari og andre skrøner, 1976

Quatrième de couverture : 
" On n'écrit pas sur les confins de notre monde sans y avoir vécu. De même que Francisco Coloane a sillonné la Terre de Feu en se frottant à tous les métiers, le Danois Jorn Riel s'embarque dans les années 50 pour le nord-est du Groënland. De ce long séjour dans ces déserts arctiques naîtront une vingtaine de livres. Les personnages principaux sont toujours les mêmes trappeurs : Valfred, Mad Madsen, William le Noir... Tout à la fois hâbleurs ou mutiques, farceurs ou philosophes, ils meublent la solitude de la nuit polaire en sirotant un épouvantable tord-boyaux et en idéalisant un être cruellement absent de ces rudes contrées : la femme. Drôles, insolites et pleines de tendresse, ces histoires ont aussi une valeur ethnologique incontestable. Un hymne au Grand Nord, chaleureux à faire fondre la banquise. " Alexie Lorca, Lire

Auteur : Jørn Riel est né en 1931 au Danemark. En 1950, il s'engage dans les expéditions du Dr Lauge Koch pour le nord-est du Groenland et y reste seize ans. Il en rapporte une bonne vingtaine d'ouvrages parmi lesquels la série des « Racontars arctiques », et des trilogies :La Maison de mes pères et Le Chant pour celui qui désire vivre. Après un détour chez les Papous dans La Faille, Jørn Riel est revenu au Groenland avec Le Canon de Lasselille, La Circulaire et une nouvelle trilogie, Le Garçon qui voulait devenir un être humain (éditions Gaïa, 2002). Son dernier recueil de nouvelles, Le naufrage de la Vesle Mari : et autres racontars, a paru aux Editions Gaïa en 2009. Jørn Riel a reçu le Grand Prix de l'Académie danoise en 2010. Il vit aujourd'hui en Malaisie. 

Mon avis : (lu en février 2012)
Ce livre est le deuxième opus des racontars, il regroupe six nouvelles : le bruant des neiges, la balle perdue, un petit détour, ce qu'il advint d'Emma par la suite, un safari arctique, le rat.
J'avais déjà lu la première nouvelle en Bande-Dessinée dans Le Roi Oscar et autres racontars. Anton, 19 ans, découvre la vraie vie de trappeur polaire. Il avait imaginé un monde arctique peuplé de héros polaires. Il découvre très vite que la réalité est très différente de ce qu'il avait imaginé...
La seconde nouvelle nous raconte la rencontre entre Siverts et un ours polaire sorti d'hibernation.
Dans la nouvelle suivante, Valfred et Hansen partent chasser le phoque en plein mer. Ensuite nous découvrons Emma compagne des trappeurs polaires qui passe de chasseurs en chasseurs en échange de cadeaux symboliques...
Toutes ces histoires sont hilarantes et surprenantes mettant en scène des personnages hauts en couleurs dans un environnement hostile et glaçant. A ne pas rater !

Un grand Merci à Pickwick qui m'a offert ce livre par  lors du Swap Scandinavia organisé par Isleene

Extrait : (début du livre)
Être seul. Tout seul sur une côte, pratiquement dépourvue d'homme, isolé du reste du monde.

Ne dépendre que de sa propre, habileté, de sa propre volonté, être à la fois son seul maître et valet; tout cela n'était probablement pas tout à fait clair pour Anton Pederseen quand il avait postulé un emploi de chasseur au bureau de la Compagnie. Parce qu'Anton n'avait encore que dix-neuf ans et bien autre chose dans la tête. Son monde arctique à lui était peuplé de héros polaires, d'hommes indomptables dans des fourrures énormes, d'hommes qui s'acharnaient au péril de leur vie à remplir les nombreuses taches blanches sur les cartes. Son Groenland à lui, c'était de longs voyages derrière des chiens glapissants tirant le traîneau, de fabuleuses chasses à l'ours et au morse, des rencontres merveilleuses avec des Eskimos intacts et une camaraderie sans faille qui liait les hommes de l'expédition jusqu'aux frontières du pays de la mort. Anton souhaitait ardemment devenir un pionnier de cet envergure.
Le Groenland était grand. Il y restait encore des zones inexplorées. « Mais le temps presse, pensait Anton, et les taches blanches fondent à toute vitesse. » C'est pourquoi il lui tardait de partir. Toutefois, il n'avait rien d'autre à montrer qu'un baccalauréat fraîchement passé et quelques médailles d'argent d'une académie de chasse ; et c'est pourquoi il dut rapidement réaliser que, dans son cas à lui, seules deux routes pouvaient le mener en Arctique : soit il appareillait vers la côte ouest du Groenland avec la Royale de Commerce Groenlandais, soit il partait pour l'est du Groenland en tant que chasseur. A vrai dire, l'ouest ne le tentait pas tellement. Là, il pourrait, certes, trouver un emploi d'assistant commercial, mais l'aventure deviendrait une perspective lointaine. Le travail serait certainement aussi ennuyeux que le titre et, selon lui, presque humiliant pour un philosophe en herbe. Raison pour laquelle il choisit la Compagnie. En tant que chasseur, il pourrait sûrement mener une vraie vie de héros polaire. Il ferait de longues tournées de chasse en traîneau dans le grand désert blanc, et d'après ce que le directeur de la Compagnie lui avait fait comprendre, son existence prendrait à peu près l'allure de celle des anciens explorateurs. Anton Petersen devint donc chasseur. Il avait du courage, une bonne tête, et il était frais comme le dedans d'une noisette.  


Du même auteur : 

La_vierge_froide_et_autres La Vierge froide et autres racontars 

le_roi_oscar_x  Le Roi Oscar et autres racontars 

Challenge Voisins, voisines
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Danemark

Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Danemark

 Challenge Viking Lit' 
Viking_Lit

Challenge Objectif PAL Swap
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5/23

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17 avril 2010

Le K – Dino Buzatti

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

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Robert Laffont – mars 2002 – 355 pages

Pocket – 1994 – 441 pages

Livre de Poche – janvier 2003 – 258 pages

Pocket – janvier 2004 – 441 pages

traduit de l'italien par Jacqueline Remillet

Présentation de l'éditeur :

Lorsque le vieux Stefano rencontre enfin le K, le squale qui doit le dévorer, il découvre que le monstre l'a poursuivi sur toutes les mers du monde, non pour l'avaler mais pour lui remettre la perle merveilleuse « qui donne à celui qui la possède fortune, puissance, amour et paix de l'âme ». Devenu, avec Le désert des Tartares, un classique du XXe siècle, ce récit ouvre un recueil de 50 contes fantastiques où l'on retrouve tous les thèmes poignants et familiers de Dino Buzzati : la fuite des jours, la fatalité de notre condition de mortels, l'angoisse du néant, l'échec de toute vie, le mystère de la souffrance et du mal. Autant d'histoires merveilleuses, tristes ou inquiétantes pour traduire la réalité vécue de ce qui est par nature incommunicable.

Auteur : Né à San Pellegrino en 1906, écrivain de renommée mondiale, Dino Buzzati s'est d'abord fait connaître du public italien en tant que journaliste au Corriere della Sera, le plus grand quotidien du pays. Son goût pour le bizarre et le merveilleux transparaît déjà dans ses reportages. Il s'inspire de son lieu de travail pour imaginer certains décors de son premier roman, 'Le Désert des Tartares' (1940). L'originalité de ses œuvres tient sans doute à l'univers si particulier qu'il parvient à créer. Sous la plume de Dino Buzzati, la moindre banalité prend un caractère étrange. Alors que le quotidien est rattrapé par le fantastique, l'homme réalise la fragilité du monde qui l'entoure (' Le Rêve de l'escalier', 1973). S'il est plus célèbre pour ses romans, le talent de Dino Buzzati ne se limite pourtant pas à ce genre littéraire. Il a également écrit des poésies, des scénarios, des textes pour le théâtre ainsi que des livrets d'opéra. Il est décédé à Milan le 28 janvier 1972.

 

Mon avis : (lu en avril 2010)

Lorsque j'ai été défiée par La grande Stef pour lire « Le K » de Dino Buzatti. J'avoue ne pas avoir été très enthousiaste... Je classais ce livre dans la catégorie « Fantastique » et c'est un genre de livres auquel je n'accroche pas vraiment. Après, j'ai appris par un de mes fils qu'il s'agissait de Nouvelles et je me suis dit que cela se lirait sans doute plus facilement ! Je me suis donc décidé début avril d'emprunter ce livre à la Bibliothèque et après l'avoir laissé attendre un peu dans ma PAL, je me suis lancée ! Le première nouvelle m'a beaucoup plu, la seconde aussi et ainsi de suite je me suis plongée dans le livre et je l'ai lu sans peine, malgré mon appréhension. Le livre regroupe 51 nouvelles courtes, mêlant fantastique et réalisme, elles sont variées, parfois graves, parfois ironiques ou humoristiques et souvent percutantes.

J'en ai aimé certaines, d'autres moins et certaines m'ont laissé sceptique. Mais globalement, j'ai été contente de cette lecture que je n'aurai certainement jamais faite sans ce Challenge, je remercie donc La grande Stef pour cette belle découverte.

Quelques unes de mes préférées : Le K, La création, L'œuf, L'humilité...

Lu dans le cadre du challenge Caprice challenge_caprice

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11 octobre 2009

Inconnu à cette adresse - Kathrine-Kressmann Taylor

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Postface de Whit Burnett

traduit de l'anglais (États-Unis) par Michèle Lévy-Bram

Autrement – juin 2004 - 59 pages

Livre de Poche – mai 2004 – 89 pages

Livre de poche jeunesse – aout 2007 – 93 pages

 

Quatrième de couverture :

1er août 1933. «Tu es un libéral, Martin. Tu vois les choses à long terme. Je sais que tu ne peux pas te laisser entraîner dans cette folie par un mouvement populaire qui, aussi fort soit-il, est foncièrement meurtrier.»
18 août 1933. «Tu dis que nous persécutons les libéraux, Max, que nous brûlons les livres. Tu devrais te réveiller : est-ce que le chirurgien qui enlève un cancer fait preuve de ce sentimentalisme niais ? Il taille dans le vif, sans états d'âme. Oui, nous sommes cruels. La naissance est un acte brutal ; notre re-naissance l'est aussi.»

1932. Martin Schulse, un Allemand, et Max Eisenstein, un Juif américain, sont marchands de tableaux en Californie. Ils sont aussi unis par des liens plus qu'affectueux - fraternels.
Le premier décide de rentrer en Allemagne. C'est leur correspondance fictive entre 1932 et 1934 qui constitue ce livre, écrit par une Américaine en 1938, et salué à l'époque, aux États-Unis, comme un chef-d'œuvre. Incisif, court et au dénouement saisissant, ce livre capte l'Histoire avec justesse. C'est un instantané, une photographie prise sur le vif qui décrit sans complaisance, ni didactisme forcené, une tragédie intime et collective, celle de l'Allemagne nazie.

Auteur : Américaine d'origine allemande, Kathrine Kressmann est née en 1903 à Portland, Oregon (États-Unis). Après un diplôme de littérature et de journalisme de l’université d’Oregon, en 1919, elle déménage à San Francisco où elle devient correctrice et rédactrice dans la publicité. Elle commence à écrire pendant son temps libre, et elle est publiée à l’occasion dans divers petits magazines littéraires. En 1928, elle épouse Elliott Taylor, propriétaire d’une compagnie publicitaire, et devient femme au foyer. En 1938, le couple déménage à New York, où Story magazine accepte de publier sa nouvelle. Elle écrit "Inconnu a cette adresse", l’éditeur Whit Burnett et Elliott jugent que « cette histoire est trop forte pour avoir été écrite par une femme », et décident du pseudonyme masculin de Kressmann Taylor, qu’elle utilisa ensuite jusqu’à la fin de sa vie. En 1995, alors qu’elle a 92 ans, Story press réédite Inconnu à cette adresse pour fêter le 50e anniversaire de la libération des camps de concentration. La nouvelle est traduite en 20 langues. Le livre sort en France en 1999 et se vend à 600000 exemplaires. C'est un immense succès. Elle est finalement publiée en Allemagne en 2001, et rééditée en Grande-Bretagne en 2002. En Israël, la traduction en hébreu est un best-seller et est adaptée pour le théâtre. Plus de 100 représentations ont lieu, et la pièce est filmée et diffusée à l’occasion du jour de commémoration de la Shoah. Kathrine Taylor est morte en juillet 1997, à l’âge de 94 ans.

 

Mon avis : (lu en janvier 2008 et relu en octobre 2009)

Ce livre est en fait une nouvelle qui se lit très facilement. La postface nous apprend que cette histoire a été créée en 1938 à partir de lettres réellement écrites.

C'est une correspondance entre Max Eisenstein, un juif Américain vivant à San Francisco et son associé Martin Schulse rentré en Allemagne. La première lettre date de novembre 1932, la dernière de mars 1934. Au début, on constate une belle amitié entre les deux hommes, mais l'arrivée d'Hitler au pouvoir en janvier 1933 va faire changer Martin. Dans un premier temps, Max a du mal à croire que son ami ait pu tellement changer, il va se venger d'une manière inattendue. L'intrigue est menée de main de maître et la chute est parfaite...

C'est également un témoignage historique sur l'arrivée au pouvoir et sur la popularité d'Hitler en Allemagne à cette époque.

Cette histoire bouleversante et très forte. A lire et à faire lire absolument aux adultes mais aussi aux adolescents (à partir de 14 ans).

Extrait : (page 19) le 25 mars 1933

Cher vieux Max,
Tu as certainement entendu parler de ce qui se passe ici, et je suppose que cela t'intéresse de savoir comment nous vivons les événements de l'intérieur. Franchement, Max, je crois qu'à bon nombre d'égards Hitler est bon pour l'Allemagne, mais je n'en suis pas sûr. Maintenant, c'est lui qui, de fait, est le chef du gouvernement. Je doute que Hindenburg lui-même puisse le déloger du fait qu'on l'a obligé à le placer au pouvoir. L'homme électrise littéralement les foules ; il possède une force que seul peut avoir un grand orateur doublé d'un fanatique. Mais je m'interroge : est-il complètement sain d'esprit ? Ses escouades en chemises brunes sont issues de la populace. Elle pillent, et elles ont commencé à persécuter les juifs. Mais il ne s'agit peut-être là que d'incidents mineurs : la petite écume trouble qui se forme en surface quand bout le chaudron d'un grand mouvement. Car je te le dis, mon ami, c'est à l'émergence d'une force vive que nous assistons dans ce pays. Une force vive. Les gens se sentent stimulés, on s'en rend compte en marchant dans les rues, en entrant dans les magasins. Il se sont débarrassés de leur désespoir comme on enlève un vieux manteau. Ils n'ont plus honte, ils croient de nouveau à l'avenir. Peut-être va-t-on trouver un moyen pour mettre fin à la misère. Quelque chose – j'ignore quoi – va se produire. On a trouvé un Guide ! Pourtant, prudent, je me dis tout bas : où cela va-t-il nous mener ? Vaincre le désespoir nous engage souvent dans des directions insensées.

Naturellement, je n'exprime pas mes doute en public. Puisque je suis désormais un personnage officiel au service du nouveau régime, je clame au contraire ma jubilation sur tous les toits. Ceux d'entre nous, les fonctionnaires de l'administration locale, qui tiennent à leur peau sont prompts à rejoindre le national-socialisme – c'est le nom du parti de Herr Hitler. Mais en même temps, cette attitude est bien plus qu'un simple expédient : c'est la conscience que nous, le peuple allemand, sommes en voie d'accomplir notre destinée ; que l'avenir s'élance vers nous telle une vague prête à déferler. Nous aussi nous devons bouger, mais dans le sens de la vague, et non à contre-courant. De graves injustices se commettent encore aujourd'hui. Les troupes d'assaut célèbrent leur victoire, et chaque visage ensanglanté qu'on croise vous fait secrètement saigner le cœur. Mais tout cela est transitoire ; si la finalité est juste, ces incidents passagers seront vite oubliés. L'Histoire s'écrira sur une page blanche et propre.

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23 avril 2009

La chaussure sur le toit – Vincent Delecroix

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Présentation de l'éditeur
Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l'évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide... et une chaussure pleine de ressources romanesques.
L'imbrication des histoires les unes dans les autres à l'intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d'aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l'auteur.

Biographie de l'auteur
Vincent Delecroix, né en 1969, vit et enseigne la philosophie à Paris. Son précédent roman, Ce qui est perdu, a paru en 2006. A la porte, publié en 2004, a été adapté pour le théâtre et interprété par Michel Aumont.

Mon avis : (lu en avril 2009)

Original ce roman ou ces 10 nouvelles qui tournent autour d'un seul fait : une chaussure sur le toit d'un immeuble parisien. Les personnages sont les habitants d'un immeuble, et chacun a son explication. Ces habitants sont très différents : une petite fille qui ne veut pas dormir, un apprenti cambrioleur, une fiancée éplorée, un ancien animateur de télévision qui entend des voix, Ulysse, Néoptolème et Philoctère trois braqueurs, un écrivain débutant qui croit aux contes de fées, un chien, une vieille dame seule, un artiste contemporain...

Toutes les nouvelles sont très différentes tantôt drôles, tantôt plus tristes mais elles évoquent chacune à leur façon la solitude comme cette chaussure sur le toit. Je me suis laissée prendre par chacune des histoires et j'ai passé un très bon moment de lecture.

Extrait : (page 34)

"Oh mon amour, je voudrais que, là où tu te trouves, tu ne souffres plus jamais. Par moments même, je voudrais que tu m'aies oubliée, pour que je ne sois pas un objet de souffrance pour toi. Et puis, le moment d'après, bien sûr, je voudrais que tu ne m'oublies jamais, au contraire, et n'être pas la seule à regarder par la fenêtre en pleurant, à rester là comme une idiote, les bras ballants, inutile, avec tout mon corps inutile et mon sourire pour personne, ces dents éclatantes pour ne rien croquer, et tous ces jours vides devant moi.
Au moment où je t'ai perdu, j'ai bien compris que la souffrance allait être terrible. Je l'ai compris immédiatement, avec les premières larmes et les premières injures. Mais ce que je n'avais pas prévu, c'était l'ennui. Je m'apprêtais à souffrir d'amour et d'
injustice
, mais pas à souffrir d'ennui. Cette souffrance-là aiguise les autres, et les creuse et les écorche à chaque instant. Je veux bien que les souvenirs me brûlent, mais je ne sais pas quoi faire avec ce présent vide, cette plaie."

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19 avril 2009

La rêveuse d'Ostende – Éric-Emmanuel Schmitt

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Albin Michel – octobre 2007 - 310 pages

LGF – février 2010 – 246 pages

Présentation de l'éditeur
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, la solitaire Anna Van A., va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Superbe mystificatrice ou femme unique ?

Cinq histoires où Éric-Emmanuel Schmitt montre le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La guérison, Les mauvaises lectures, La femme au bouquet - suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.

Auteur : Né en 1960, normalien, agrégé de philosophie, docteur, Éric-Emmanuel Schmitt s’est d’abord fait connaître au théâtre avec Le Visiteur, cette rencontre hypothétique entre Freud et peut-être Dieu, devenue un classique du répertoire international. Rapidement, d’autres succès ont suivi : Variations énigmatiques, Le Libertin, Hôtel des deux mondes, Petits crimes conjugaux, Mes Evangiles, La Tectonique des sentiments… Plébiscitées tant par le public que par la critique, ses pièces ont été récompensées par plusieurs Molière et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française. Son œuvre est désormais jouée dans plus de quarante pays.

Il écrit le Cycle de l’Invisible, quatre récits sur l’enfance et la spiritualité, qui rencontrent un immense succès aussi bien sur scène qu’en librairie : Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran,
Oscar et la dame rose et L’Enfant de Noé. Une carrière de romancier, initiée par La Secte des égoïstes, absorbe une grande partie de son énergie depuis L’Evangile selon Pilate, livre lumineux dont La Part de l’autre se veut le côté sombre. Depuis, on lui doit Lorsque j’étais une œuvre d’art, une variation fantaisiste et contemporaine sur le mythe de Faust et une autofiction, Ma Vie avec Mozart, une correspondance intime et originale avec le compositeur de Vienne. S'en suivent deux recueils de nouvelles : Odette Toulemonde et autres histoires, 8 destins de femmes à la recherche du bonheur,  inspiré par son premier film, et la rêveuse d'Ostende, un bel hommage au pouvoir de l'imagination. Dans Ulysse from Bagdad, son dernier roman, il livre une épopée picaresque de notre temps et interroge la condition humaine.

Encouragé par le succès international remporté par son premier film Odette Toulemonde, il adapte et réalise Oscar et la dame rose. Sortie prévue fin 2009.

Mon avis : (lu en décembre 2007 et relu en avril 2009)
J'ai relu avec autant de plaisir que la première fois ces 5 nouvelles donc les personnages principaux sont des femmes. Ce sont des histoires d'amour rêvé ou fantasmé. Les personnages sont magnifiquement décrits, finement analysés, ils ont souvent un semblant de fragilité qui nous les rendent attachants. Ces histoire sont à la fois, émouvantes, captivantes et pleine de sensibilité. Jusqu'aux dernières pages de chacune des nouvelles une question se pose : fiction ou réalité ? Car dans ces histoires, nous sommes souvent surpris ou manipulés...

La rêveuse d'Ostende : un écrivain pour se guérir d'une rupture amoureuse va se réfugier dans une pension de famille, à Ostende. Emma une vieille dame, handicapée, seule va lui confier une histoire secrète très surprenante. C'est une histoire d'amour incroyable et vraiment émouvante.

Crime parfait : une femme tue son mari sur un malentendu.

La guérison : une infirmière complexée, va retrouver confiance en elle grâce aux mots "Quelle chance d'être soigné par une jolie femme..." dit par un malade gravement accidenté...

Les mauvaises lectures : un homme qui n'a que des lectures sérieuses va devenir dépendant d'un roman policier...

La femme au bouquet :  quai numéro trois, gare de Zurich. une femme un bouquet à la main, elle y attend depuis quinze ans quelqu'un, mais qui ?

Ces nouvelles sont à la fois pleine de poésie, de douceur mais surtout pleine de réalisme. A lire !

 

Extrait : (début du livre)
"Je crois que je n'ai jamais connu personne qui se révélât plus différente de son apparence qu'Emma Van A. Lors d'une première rencontre, elle ne donnait à voir qu'une femme fragile, discrète, sans relief ni conversation, d'une banalité promise à l'oubli. Pourtant, parce qu'un jour j'ai touché sa réalité, elle ne cessera de me hanter, intriguante, impérieuse, brillante, paradoxale, inépuisable, m'ayant pour l'éternité accroché dans les filets de sa séduction.
Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir. Emma Van A. m'y tient.
Tout a commencé un timide, frais mois de mars, à Ostende.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
En voyage, les noms m'attirent avant les lieux. Dressés plus haut que les clochers, les mots carillonnent à distance, distincts à des milliers de kilomètres, envoyant les sons qui déclenchent les images.
Ostende...
Consonnes et voyelles dessinent un plan, dressent des murs, précisent une atmosphère. Quand la bourgade porte le patronyme d'un saint, ma fantaisie la construit autour d'une église; dès que son vocable évoque la forêt - Boisfort - ou les champs - Champigny -, le vert envahit les ruelles; s'il signale un matériau - Pierrefonds -, mon esprit gratte les crépis pour exalter les pierres; évoque-t-il un prodige - Dieulefit -, je conçois une cité posée sur un piton escarpé, dominant la campagne. Lorsque j'approche une ville, j'ai d'abord rendez-vous avec un nom.
J'avais toujours rêvé d'Ostende.
J'aurais pu me contenter de la rêver sans y aller si une rupture sentimentale ne m'avait jeté sur les routes. Partir! Quitter ce Paris trop imprégné des souvenirs d'un amour qui n'était plus. Vite, changer d'air, de climat...
Le Nord m'apparut une issue car nous n'y étions jamais passés ensemble. En dépliant une carte, je fus aussitôt magnétisé par sept lettres tracées sur le bleu figurant la mer du Nord: Ostende. Non seulement les sonorités me captivaient mais je me souvins qu'une amie possédait une bonne adresse pour y séjourner. En quelques coups de téléphone, l'affaire fut réglée, la pension réservée, les bagages entassés dans la voiture, et je m'acheminai vers Ostende comme si mon destin m'y attendait.

Parce que le mot commençait par un O d'étonnement puis s'adoucissait avec le s, il anticipait mon éblouissement devant une plage de sable lisse s'étendant à l'infini... Parce que j'entendais «tendre» et non pas «tende», je me peignais les rues en couleurs pastel sous un ciel paisible. Parce que les racines linguistiques me suggéraient qu'il s'agissait d'une cité «qui se tient à l'ouest», je combinais des maisons groupées face à la mer, rougies par un éternel soleil couchant.

En y arrivant à la nuit, je ne sus pas trop quoi penser. Si, en quelques points, la réalité d'Ostende convergeait avec mon rêve d'Ostende, elle m'imposait aussi des démentis violents: quoique l'agglomération se trouvât bien au bout du monde, en Flandre, dressée entre la mer des vagues et la mer des champs, encore qu'elle offrît une vaste plage, une digue nostalgique, elle révélait aussi comment les Belges avaient enlaidi leur côte sous prétexte de l'ouvrir au grand nombre. Barres d'immeubles plus hautes que des paquebots, logements sans goût ni caractère répondant à la rentabilité immobilière, je découvris un chaos urbain qui racontait l'avidité d'entrepreneurs tenant à capturer l'argent de la classe moyenne lors de ses congés payés.

Heureusement, l'habitation dont j'avais loué un étage était une rescapée du XIXe siècle, une villa édifiée à l'époque de Léopold II, le roi bâtisseur. Ordinaire en son temps, elle était aujourd'hui devenue exceptionnelle. Au milieu d'immeubles récents incarnant le degré zéro de l'invention géométrique, simples parallélépipèdes divisés en étages, étages eux-mêmes découpés en appartements, appartements bouchés par d'horribles fenêtres en verre fumé, toutes symétriques - d'une rationalité à vous écœurer de la rationalité -, elle témoignait, solitaire, d'une volonté architecturale; elle avait pris le temps de se parer, variant la taille et le rythme de ses ouvertures, s'avançant ici en balcon, ici en terrasse, là en jardin vitré, risquant des fenêtres hautes, basses, moyennes, voire des fenêtres d'angle, puis soudain s'amusait, comme une femme se pose une mouche sur le front, à arborer un œil-de-bœuf sous la toiture d'ardoise.

Une cinquantenaire rousse à la face large, couperosée, s'encadra dans la porte ouverte.
- Qu'est-ce que tu veux ?
- Suis-je chez Madame Emma Van A.?
- Correct, gronda-t-elle avec un rustique accent flamand qui accusait son aspect patibulaire.
- J'ai loué votre premier étage pour quinze jours. Mon amie de Bruxelles a dû vous prévenir.
- Mais oui, dis! Tu as rendez-vous ici! Je préviens ma tante. Entre, s'il vous plaît, entre donc.

De ses mains rêches, elle m'arracha mes valises, les planta dans le hall et me poussa vers le salon avec une amabilité brusque.
Devant la fenêtre se découpait la silhouette d'une femme frêle, assise sur un fauteuil roulant, tournée vers la mer dont le ciel buvait l'encre sombre.
- Tante Emma, ton locataire.
Emma Van A. pivota et me dévisagea."

 

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11 avril 2009

Le monde sans les enfants et autres histoires – Philippe Claudel

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Stock – octobre 2006 – 181 pages

LGF - mars 2008 – 153 pages

Présentation de l’éditeur
Les enfants aujourd'hui ne s'en laissent pas conter, mais ce sont néanmoins des enfants, avec leurs angoisses, leur naïveté, leurs interrogations, leurs espoirs. Ces histoires, souvent cocasses et drôles, leur ouvrent une fenêtre poétique et parfois philosophique sur le monde. Au fil des pages, on croise des fées maladroites, des balayeuses de soucis, des chasseurs de cauchemars, des fillettes qui inventent des vaccins pour rendre les gens heureux, et d'autres personnages pleins de tendresse.

Toujours avec pudeur et émotion, Philippe Claudel aborde, grâce à eux, des sujets graves ou tabous, comme la maltraitance, la maladie, la guerre, la mort, la différence, mais aussi tout simplement ces petites peurs ou ces complexes que l'on doit vaincre pour devenir grand. Ces histoires à partager en famille sont une invitation au dialogue, au débat avec les adultes une fois le livre refermé car les grandes personnes oublient trop facilement les enfants qu'elles ont été, et leur responsabilité à l'égard des générations à venir. De superbes illustrations de Pierre Koppe accompagnent ce livre touchant et poétique, pour petits et grands.

Quatrième de couverture (LGP)
Vingt histoires, à dévorer, à murmurer, à partager. Vingt manières de rire et de s’émouvoir. Vingt prétextes pour penser à ce que l’on oublie et pour voir ce que l’on cache. Vingt chemins pour aller du plus léger au plus sérieux, du plus grave au plus doux. Vingt façons de se souvenir de ce qu’on a été et de rêver à ce que l’on sera. Vingt regards pour saisir le monde, dans sa lumière et dans ses ombres. Vingt raisons de rester des enfants ou de le redevenir. Vingt sourires. Vingt bonheurs. Vingt battements de cœur.

Auteur : Philippe Claudel est né en 1962. Auteur notamment des Ames grises (Stock, 2003) et de La petite fille de Monsieur Linh (Stock, 2005). Ses livres sont traduits en plus de vingt-cinq langues.

Mon avis : (lu en novembre 2006 et relu en avril 2009)
C’est un ensemble de 20 histoires ou poèmes autour de l'enfance. Ce livre est très touchant, il nous montre à quel point il est important de rester enfant, ou de le redevenir pour continuer d'espérer, de rêver, de voir le monde en couleur.

Dans ces vingt textes courts plein de poésies, de tendresses, de drôlerie et de réflexion sur notre monde, on trouve un monde où tous les enfants ont disparu, un grand-père qui ne trouve pas d'histoire à raconter à ses petits enfants, Coraline qui ne croit pas au pouvoir d'une fée, Louis qui fait d'horribles cauchemars, Lucas qui disparaît dans les pages d'un livre, Wahid, le petit voisin, qui explique que pas très loin de chez nous, tout à côté, il y a la guerre, comme dans les films sauf que chez lui à Bagdad ce n'est pas un film et qu'il y a des morts et pas des morts qui se relèvent après avoir joué aux morts. Non, des vrais morts qui restent morts tout le temps et pour toujours... Il y a aussi Zazie qui invente un vaccin pour rendre les gens gentils, Juju qui ne s'aimait pas du tout, la petite fille à la bulle, Raymond un vieux chasseur de cauchemars, Jaimé, fillette de 6 ans, qui travaille sur un grand tas d'ordures, un petit âne qui voulait devenir blanc, le gros Marcel, la petite fille qui ne parlait jamais, Léon qui regardait trop la télévision...

J'ai beaucoup aimé ce livre en particulier les nouvelles « Le petit voisin » et « Jaimé ». Ce livre peut être lu aussi bien par les adultes que des pré-ados.

Extrait : (page 64)
Chaque matin, lorsque je vais à l'école, enfin ce qui reste de mon école car les murs et le toit sont percés comme une passoire, je dois faire très attention, c'est ce que me dit ma mère. Je pense que la tienne te dit la même chose, c'est normal, les mères, elles sont toujours inquiètes pour leurs enfants.
Je suppose que, quand tu traverses la route, tu dois faire attention aux voitures qui passent. Moi, c'est comme toi, mais je dois aussi faire attention aux voitures qui ne roulent pas. Celles qui sont arrêtées, immobiles, avec personne dedans, parce que de celles-là, il y en a tous les jours qui explosent, sans prévenir. Le problème, c'est qu'on ne sait pas distinguer celles qui vont exploser de celles qui sont inoffensives, qui sont de vraies voitures quoi !

Extrait : (page 101)
Jaimé marche sur le chemin de la décharge
Elle tient dans sa main droite
Un grand crochet de fer
Dans sa main gauche
Le bras de son petit frère

Demain je quitterai la ville
J'aurai un bel habit très blanc
Et je rendrai visite à mon prince charmant

Jaimé fillette de six ans
Se lève bien avant le soleil
Et se couche après lui
Elle a des cheveux d'or
des yeux couleur de miel
Une peau de cuivre clair

Demain je ferai le tour de la Terre
J'aiderai toujours mon père et ma mère
Mes six soeurs et mes trois frères
Je mangerai deux fois par journaliste
J'aurai une vraie maison
De pierre de brique ou bien de bois

Déjà lu du même auteur : 

les_ames_grises Les âmes grises la_petite_fille La petite fille de Monsieur Linh 

 

 

 

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12 mars 2009

Odette Toulemonde et autres histoires - Éric-Emmanuel Schmitt

odette_toulemonde Albin Michel – novembre 2006 - 281 pages

Résumé : 'Cher monsieur Balsan, Je n'écris jamais car, si j'ai de l'orthographe, je n'ai pas de poésie. Or, il me faudrait beaucoup de poésie pour vous raconter l'importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois la vie. Sans vous, je me serais tuée vingt fois. Odette'. La vie a tout offert à l'écrivain Balthazar Balsan et rien à Odette Toulemonde. Pourtant, c'est elle qui est heureuse. Lui pas. Leur rencontre fortuite va bouleverser leurs existences. Huit récits, huit femmes, huit histoires d'amour. De la petite vendeuse à la milliardaire implacable, de la trentenaire désabusée à une mystérieuse princesse aux pieds nus en passant par des maris ambigus, des amants lâches et des mères en mal de filles, c'est une galerie de personnages en pleine quête du bonheur.

Auteur : Né à Sainte-Foy-lès-Lyon le 28 mars 1960, réputé pour être l'un des auteurs français les plus lus dans le monde, Eric-Emmanuel Schmitt est diplômé de l'Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm et agrégé de philosophie, une discipline qu'il a enseignée pendant plusieurs années. Tout bascule après l'expérience d'un voyage dans le désert du Hoggar où il rencontre la foi. Point de départ de sa carrière d'écrivain, il publie en 1991 sa première pièce, 'La Nuit de Valognes' et rencontre un succès immédiat. Le jeune dramaturge s'impose véritablement en 1993 avec 'Le Visiteur'. Cette rencontre improbable entre Freud et Dieu lui permet de remporter trois Molières en 1994. Suivent alors de nombreuses pièces dont 'Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran' ou 'Petits crimes entre ami', qui suscitent à nouveau l'adhésion du public. Certaines de ses oeuvres sont adaptées à l'étranger et transposées au cinéma, avec Jean-Paul Belmondo, Alain Delon ou encore Omar Sharif dans les rôles titres. Parallèlement, depuis 1997, Schmitt écrit des romans comme 'La Secte des égoïstes', 'L' Evangile selon Pilate' ou son 'Cycle de l'invisible', avec tout autant de réussite. En 2007 sort le film 'Odette Toulemonde' qu'il adapte lui-même d'après ses propres nouvelles. Eternel aventurier des domaines littéraires, maintes fois récompensé, Eric-Emmanuel Schmitt et son univers optimiste véhicule l'image d'un écrivain populaire, extrêmement présent sur la scène culturelle française.

Mon avis : (lu en mars 2007 et relu en mars 2009)
Ce livre rassemble 8 nouvelles, elles ont été écrites durant le tournage du film ‘Odette Toulemonde’ comme nous l'explique la Postface du livre : "Ce livre relève de l'écriture interdite. Il y a un an, on m'offrit la possibilité de réaliser un film de cinéma. Comme je dus travailler dur pour m'y préparer, apprendre à maîtriser le langage de l'image, du cadre, du son, du découpage, je fus empêché d'écrire. Ensuite, à la veille du premier tour de manivelle, on me tendit un contrat qui m'interdisait le ski et tout sport violent ; lorsque je le paraphai, on me fit comprendre qu'il serait préférable aussi que je n'écrive pas, bien que, de toute façon, je n'en aurais pas le temps. C'était trop me provoquer. Pendant le tournage et le montage, j'ai donc profité de mes rares heures inoccupées pour m'isoler de mon équipe et rédiger sur les bords de table, le matin au petit-déjeuner, le soir dans les chambres d'hôtel, ces nouvelles que j'avais en tête depuis longtemps. J'éprouvais de nouveau le bonheur d'une écriture clandestine, celle de l'adolescence : noircir des pages retrouvait le goût des plaisirs suspects. D'ordinaire, des nouvelles donnent lieu à des films. Ici, ce fut l'inverse. Non seulement mon film m'a permis de composer des nouvelles, mais lorsqu'il fut terminé, histoire de prendre une fois encore le contre-pied, je décidai d'adapter le scénario original en une nouvelle. Le film s'appelle Odette Toulemonde, la nouvelle aussi. Cependant, quiconque s'intéressant au cinéma et à la littérature et prenant connaissance des deux formes en notera surtout les différences, tant j'ai cherché à conter la même histoire en deux langages, utilisant des moyens inégaux, les mots ici, les images animés sur l'écran."

Ces huit nouvelles sont huit histoires d'amours féminines, toutes différentes et toutes touchantes. Elles se lisent facilement et même si elles ne sont pas toujours très gaies, elles laissent une impression de légèreté et de bonheur.        

‘Odette Toulemonde’ a été réalisé par Eric-Emmanuel Schmitt, le film est sorti en février 2007, avec Catherine Frot, Albert Dupontel, Jacques Weber.

odette_toulemonde_film

Ce film est simple mais remplit d'émotions, il donne envie de croquer la vie à pleines dents, d'écouter Joséphine Baker, d'effacer les frontières qu'on trace toujours entre les gens. Catherine Frot est superbe dans ce rôle. Ce film nous montre que la vie est belle et pleine de petits bonheurs !

Extrait : Odette Toulemonde – (page 124)
On me demande de chroniquer le dernier livre de Balthazar Balsan. D'accord. Si au moins cela pouvait être vrai, si l'on était sûr que c'est le dernier, alors ce serait une bonne nouvelle ! Car je suis atterré. Du point de vue littéraire, c'est une catastrophe. Tout y est consternant, l'histoire, les personnages, le style... Se montrer aussi mauvais, mauvais avec constance, mauvais avec égalité, ça devient même une performance, c'est presque du génie. Si l'on pouvait mourir d'ennui, je serais mort hier soir. (.. .) Quand on a autant le sens des clichés, monsieur Balsan, il ne faut pas appeler ça roman, mais dictionnaire, oui dictionnaire des expressions toutes faites, dictionnaire des pensées creuses. En attendant, voilà ce que mérite votre livre... la poubelle, et vite.

Extrait : Le Faux - (page 121)
Elle repensait à son passé avec stupeur.
Comment ai-je pu croire qu'il m'aimait ? Il avait juste besoin d'une maîtresse belle, gentille et conne.
Belle, gentille et conne...
Belle, Aimée l'était. Jusqu'à la séparation, tout le monde le lui disait. Sauf elle... Car, comme tant de femmes, Aimée n'avait pas reçu la beauté qu'elle admirait. Petite, mince, avec des seins graciles, elle jalousait les géantes aux formes rondes et nourrissait un complexe dû à sa taille et à sa sveltesse. Après sa séparation, elle s'apprécia davantage et s'évalua 'beaucoup trop bien pour n'importe quel homme'.
Gentille, Aimée l'était par mésestime de soi. Fille unique d'une mère qui ne lui avoua jamais l'identité de son père et le traitait en reproche encombrant, elle ignorait le monde des hommes ; aussi, lorsqu'elle entra en qualité de secrétaire dans l'entreprise dirigée par Georges, elle ne sut pas résister à ce mâle plus âgé qu'elle qui représentait à ses yeux de vierge candide à la fois le père et l'amant. Où va se loger le romantisme ? Il lui sembla plus beau d'aimer un homme qu'elle ne pouvait épouser...

Extrait : Wanda Winnipeg – (page 12)
Parce qu'il vient d'énoncer le même cliché que son petit personnel, Wanda Winnipeg a un sourire moqueur qu'elle ne cache pas aux employés, l'air de dire «Pas très malin, votre patron, pas fichu de s'exprimer mieux que vous», puis elle pivote pour tendre sa main à baiser. Le directeur n'a pas saisi son ironie et ne s'en doutera pas car elle lui accorde la grâce de répondre.
- J'espère en effet que je ne serai pas déçue : la princesse Mathilde m'a tant vanté votre éta­blissement.
Par un mouvement réflexe des talons, entre le militaire qui salue et le danseur de tango qui remercie, le directeur accuse le coup : il vient de comprendre qu'en logeant Wanda Winnipeg, il ne reçoit pas seulement une des plus grandes fortunes mondiales mais une femme qui fréquente le gotha.
- Vous
connaissez Lorenzo Canali, naturellement ?
Du geste, elle présente son amant, un bel homme aux cheveux noirs, longs, presque cirés, qui incline la tête en offrant un demi-sourire, parfait dans le rôle du prince consort qui doit à la conscience de son rang inférieur la nécessité de se montrer plus aimable que la reine.
Puis elle s'éloigne vers sa suite, sachant très bien ce qu'on est en train de murmurer dans son sillage.

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28 janvier 2009

Mon voisin – Milena Agus

Mon_voisin Liana Levi – janvier 2009 – 51 pages

Traduit de l'italien par Françoise Brun

Présentation de l'éditeur
Glisser dans la baignoire en changeant le rideau de douche, faire croire à un accident, confier le petit à une famille normale... Pour se délester de la pesanteur de la vie, elle s'amuse à imaginer le suicide parfait. Mais le jour où le voisin entre dans sa vie, son regard sur le monde change. Dans un Cagliari écrasé de soleil, Milena Agus met en scène des personnages hors normes, enfants en mal d'amour, adultes en quête d'un peu de douceur.

Biographie de l'auteur
Milena Agus, une inconnue sarde, enthousiasme en 2007 la presse, les libraires et le public avec Mal de pierres. Ce succès se propage en Italie et lui confère la notoriété dans la vingtaine de pays où elle est aujourd'hui traduite. Lauréate du prix Relay en France, Milena Agus poursuit sa route d'écrivain avec Battement d'ailes paru début 2008. Les droits de Mal de pierres ont été achetés pour le cinéma par Nicole Garcia.

Mon avis : (lu en janvier 2009)

Ce livre d'une cinquantaine de pages est l'histoire simple d'une femme seule, à l'abandon . Elle s'occupe de son enfant de 2 ans qui ne marche pas, qui ne parle pas. Alors elle imagine une multitude de suicides parfaits qui lui permettraient de quitter cette vie vide de sens... Mais elle va rencontrer son voisin et son regard sur la vie, sur le monde va changer.

Ce livre est très facile à lire, il est plein de poésie, de douceur, on s'évade en Sardaigne et les sentiments sont beaux, sont simples. J'ai beaucoup aimé, dommage que ce ne soit qu'une nouvelle de cinquante pages... C'est le premier livre que je lis de cette auteur, et j'ai bien envie de lire Mal de pierres. Merci à Bellesahi pour cette découverte.

Début du livre :

« Le voisin, elle l'avait rencontré un jour alors qu'avec son petit elle rentrait de promenade. Il était très beau. Et ensuite, toujours à la même heure. Elle arrêtait la poussette et le fixait sans retenue. Mais lui ne les voyait pas, même quand la rue était vide.

Il habitait la maison de l'autre côté du mur, et maintenant, quand elle emmenait son fils faire un tour, elle passait toujours par là. Ensuite ils montaient par les ruelles en pente, encaissées entre les murs, et débouchaient dans la lumière aveuglante de l'Esplanade, une avenue d'où on aperçoit tout Cagliari. Ils s'installaient sous un palmier, en surplomb de leur petit immeuble décrépit, qui était le plus moche, mais le plus beau aussi, parce qu'il y avait le jardin de la maison d'en face, caché à la rue par le mur, avec sa végétation enchevêtrée qui formait un tapis sous son balcon à elle, au premier étage, la tenant comme suspendue en l'air quand elle s'y penchait.

La maison du voisin restait cachée même de là-haut, de l'Esplanade, les frondaisons des arbres recouvraient tout, et là où elles s'éclaircissaient par instants émergeaient le blanc, le rose, le jaune des arbres fruitiers. Du mur descendaient, s'ouvrant un chemin entre les tessons de bouteille, les branches de lierre et les grappes violettes des glycines. Elle ne se lassait pas de rester là, émerveillée, espérant toujours entendre la voix de ce voisin si beau. Mais seuls les oiseaux chantaient.

      Son petit restait bien sage dans la poussette et lui souriait, de ce sourire où brillaient encore les petites pâtes étoilées de la bouillie. Il avait presque deux ans, n'émettait aucun son et ne tenait pas debout tout seul, mais les médecins disaient qu'il était en bonne santé et qu'il n'y avait donc rien à soigner.

Alors il lui venait l'envie de mourir. L'enfant, une de ses sœurs le prendrait, au moins il grandirait dans une famille normale.

Elle avait raison de boire l'eau jamais vidangée de la citerne en espérant le typhus, et de manger les conserves périmées en se souhaitant le botulisme, et de toujours marcher du côté de la route où les autos passaient et pouvaient l'écraser.

Mais c'était le printemps maintenant, et au printemps on regarde dehors, une fois les vitres nettoyées »

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14 janvier 2009

Elle fait des galettes, c’est toute sa vie – Karine Fougeray

Elle_fait_les_galettes__c_est_toute_sa_vie Pocket – février 2005 - 118 pages

Présentation de l'éditeur
" Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. " C'est la Bretagne avec un bistrot sur la cale, une chapelle en haut de la falaise, une grève à marée basse. Avec ses hommes de mer aimés par des femmes à terre, ses jeunes, ses petites vieilles, ses pêcheurs qui n'en sont pas, ses fillettes qui n'aiment pas naviguer. C'est aussi un stage de voile et des chansons de marins. Et ce sont, surtout, des caractères bien trempés... Une promenade inattendue qui vous laissera sur les lèvres un goût d'embruns et de beurre salé.

Biographie de l'auteur
Karine Fougeray est graphiste. Elle est née à Saint-Malo en 1963 où elle passe son enfance et son adolescence. Après 17 années de vie parisienne, elle revient s'installer en Bretagne, de retour dans sa région, l'envie d'écrire la gagne. Son premier ouvrage, Elle fait des galettes, c'est toute sa vie, a paru en 2005 aux éditions Delphine Montalant. Son premier roman est paru en 2008, Ker Violette.
Mon avis : 5/5 (lu en février 2008)

C'est un recueil de 14 nouvelles qui sentent bon la Bretagne mais pas seulement... C'est un hymne à la Bretagne et à la mer, aux gens de mer. Les personnages sont attachants, ils nous semblent familiers. Ce livre est un concentré de simplicité, de tendresse et d'humour mais aussi de dérision et de cruauté.
Moi qui aime la Bretagne et le bord de mer j'ai été ému et j'ai trouvé ce livre savoureux comme des galettes !
Extrait : (p.11)

« Pour la pâte, elle sait parfaitement comment s'y prendre, elle possède le coup de main comme on dit. A huit heures, chaque vendredi matin, le rituel se met en marche. Elle extirpe du placard la bassine en émail et la pose au fond de l'évier. A côté, sur l'égouttoir, elle place le paquet de sarrasin, libère au robinet un mince filet d'eau et fait en sorte que celui-ci ruisselle doucement sur la paroi de céramique blanche. Ses gestes sont si huilés, si répétés, si râpés aux coudes que son chat Mistigri pourrait les mimer s'il était moins gros.

Louise, ma cousine qui commence à avoir des seins, utilise des grands mots en racontant qu'elle monte sa pâte en plusieurs étapes religieuses et éternelles. Elle dit que c'est une messe de quatre heures, une confession d'amoureuse éternellement recommencée du fond de cette bassine cabossée.

Amoureuse de sa bassine, Mémé ? Moi, je vois juste de l'eau, de la farine. De la farine et de l'eau. On n'ose pas lui demander les quantités. On n'ose pas lui demander les proportions. On n'ose pas lui demander d'expliquer.

A midi, elle remonte des profondeurs de la cave le lourd galetier qui lui vient de sa mère, et qui, du temps de sa mère, lui venait de sa mère à elle. Mistigri lui jette un regard envieux au moment où elle enfonce dans le pot de saindoux le tampon à graisser, lui faisant opérer une légère rotation de gauche à droite pour l'imbiber suffisamment, mais pas trop. Le galetier est déjà chaud et, comme on n'a plus le droit d'être dans ses pattes, on entend sans le voir le grésillement de la graisse animale qui se liquéfie en traînées circulaires et brillantes sur la fonte noire et brûlante.

Elle nous nourrit de galettes. C'est sa façon à elle de donner de l'amour. »

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