06 décembre 2012

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Cher_Gabriel Gaïa – février 2012 – 165 pages

traduit du norvégien par Ellen Huse Foucher

Titre original : Kjœre Gabriel, 2006

Quatrième de couverture :
"Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n'arrêtent pas pour autant d'être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d'eau, le verre ne reste pas moins un verre." Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d'un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien." Dagbladet.

Auteur : Halfdan W. Freihow est norvégien. Il est né en 1959 à Mexico et a partagé ses années de jeunesse entre la Norvège, l'Espagne et la Belgique. Il a d'abord travaillé comme reporter, traducteur et critique littéraire avant de co-fonder la maison d'édition norvégienne Font Forlag. De l'exploration de sa vie intime et familiale est né son premier récit, Cher Gabriel, nominé pour le prestigieux prix Brage (2004).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Cela faisait quelques mois que j'avais envie de découvrir ce livre et j'ai été ravie de le recevoir dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle. Dès réception, j'avais hâte de le lire, d'autant plus que mardi soir dernier, il y avait sur France 2 un docu-fiction « Le cerveau d'Hugo » avec également des témoignages
 très intéressants d'autistes adultes ou de parents ou d'enfants autistes.
Ce livre est un beau témoignage d'amour d'un père pour son fils.
Gabriel vit sur la côte norvégienne, au bord de la mer, dans un coin balayé par les vents. Gabriel est un enfant différent, il est autiste. Dans ce livre, son père s'adresse à lui et nous raconte son quotidien avec un enfant qui a un fonctionnement propre à lui-même, un enfant qui pose mille questions et dont la logique est différente de la notre : un autiste comprend les mots dans leur sens premier, il ne comprend pas les jeux de mots...
« Tes exigences en ce qui concerne la non-ambiguïté et le sens littéral des mots peuvent paraître déraisonnables pour les autres, mais elles trouvent leur contrepartie dans des qualités exceptionnelles : tu es profondément honnête, sincère, aimant et intrépide. » 
L'échange entre le père écrivain et le fils qui prend tout au pied de la lettre est très intéressant.
« En fait, Gabriel, tu es toi-même tout un paradoxe, complexe, inattendu et défiant, mais jamais ennuyeux, jamais monotone et jamais facile à comprendre. Tu es tout simplement une langue à toi, Gabriel. »
Le narrateur évoque également les difficultés que rencontrent la famille, le côté usant de s'occuper d'un enfant qui demande à longueur de journée de l'attention, c'est difficile de ne pas se sentir à la hauteur des demandes de son enfant. Et son avenir, quel sera-t-il ?
« Il faut que je te dise que maman et moi trouvons que c'est difficile. Parfois, c'est si difficile que nous y arrivons à peine, car nous sommes exténués et avons surtout envie d'abandonner. Tu remplis chaque heure de notre vie éveillée - et souvent les nuits aussi - avec des exigences et des attentes qui même pour toi sont impénétrables et compliqués, et que nous n'avons pas toujours la force de comprendre, et encore moins d'honorer. »
Il y a également la joie de voir son enfant grandir, avoir de petites victoires sur l'autonomie, réussir enfin à lire, à écrire... 
« Tu es un enrichissement pour ceux qui te connaissent, tu nous sers de rectificatif. C'est un privilège d'apprendre par toi et une joie de t'enseigner tout ce qui peut t'aider à vivre avec ta propre vulnérabilité et l'ignorance des autres, tout ce qui peut te protéger et renforcer ta conception du bonheur. »  
Lorsque l'on n'a pas soi-même un enfant handicapé, on ne pourra jamais se mettre à la place d'un parent, malgré tout, ce genre de témoignage nous permet de mieux comprendre les réactions que peuvent avoir une personne autiste pour mieux accepter sa différence.

J'ai été très touché par le mail épilogue, le père est en voyage à New-York pour présenter son livre, dans ce mail il s'adresse à Gabriel devenu adolescent. 

Autres avis : Caro, Canel, Clara, Theoma, Jostein, Mimipinson 

Extrait : (début du livre)
Sur le faîte du hangar à bateaux, une mouette médite.
Son plumage gris et blanc se détache sur la mousse vert-de-gris ponctuée de taches de vieillesse marron. Ça fait bien cinquante ans que cette touffe de mousse s'agrippe là, à l'abri du vent du nord, juste pour donner couleur et texture au toit de fibrociment. C'est beau, et quelque part dans l'univers, cela doit avoir un sens.
L'oiseau a terminé sa réflexion et plonge vers la surface de l'eau, vers son garde-manger rempli de nourriture froide et dégoulinante. A part ça, je ne lui vois pas d'autres projets.
Aujourd'hui la mer est calme. Léthargique. Presque morte. L'horizon s'étire entre ciel et mer comme un pont à portée imprécise qui parfois me désarçonne : je sais mieux qui je suis quand mer et terre se distinguent clairement, quand il y a des obstacles et des limites, quand je vois ce qui est mien, quand je sais d'où je viens.
Cette nuit il a plu de nouveau, et je vois qu'il va falloir écoper le bateau. Je vois aussi que la peinture s'écaille sur le mur sud du hangar, là où la pluie ruisselle, coule et pénètre le bois, au contraire du mur nord où, chargée des embruns, elle le fouette et le mitraille de sel, le brosse à le rendre dur et lisse.
Je vais écoper le bateau. Je vais écoper le bateau aujourd'hui. Au printemps, il faudra s'occuper du hangar.

Toutes ces choses je les vois de mon bureau, Gabriel. Toutes ces choses qui arrivent seulement parce qu'elles ont lieu, parce que toutes les choses ont besoin d'un lieu pour arriver. Il y a d'autres paysages, des paysages sans racines où il ne se passe rien, ou bien tout se passe si vite, si simultanément, que les choses s'en trouvent comme apatrides. Mais ici, de mon bureau, je regarde l'appartenance. Non la tienne ou la mienne, mais une appartenance plus grande, qui habite ici et agit dans ce paysage lent et patient, et qui fait qu'on peut s'y adosser comme contre un mur, même s'il n'est question que d'air, d'eau et du cri des mouettes, qu'on peut s'y adosser quand notre propre appartenance - si fragile - lâche prise.
Nous avons besoin d'un mur pour nous adosser, toi et moi. Parfois, la caresse d'une main suffit, d'autres fois, il nous faut tout un échafaudage de perspicacité et de compréhension pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer dans l'ignorance, le désarroi et l'angoisse. Nous sommes chacun le mur de l'autre : parfois tu es le mien, mais souvent c'est à moi qu'il revient d'être le tien, car tu trébuches, et tu tombes si facilement. Et alors, Gabriel, il m'arrive d'avoir peur, quand je n'ai rien à quoi m'agripper, rien à quoi me cramponner, à part le vent, la lumière et l'océan, quand toi, tu bascules hors de ma portée.

 

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Novembre

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
logo_Petit_BAC_2012
"Prénom"

 Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
dc3a9fi_scandinavie_blanche

Suède 

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

litterature_nordique

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26 octobre 2012

Les États-Unis pour les Nuls - François Durpaire, Thomas Snégaroff

Lu dans le cadre de Masse Critique

 masse_critique27092012

les_etats_unis_pour_les_nuls First – septembre 2012 – 440 pages

Quatrième de couverture :
Si vous pensez que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, que McDonald’s est le fast-food préféré des Américains, qu’ils croient tous en Dieu, qu’ils sont obèses et que leur horizon culturel se limite au base-ball et à Hollywood… ce livre est fait pour vous !
Nous vous convions à un voyage sans bagages ni passeport biométrique dans un monde que l’on ne connaît souvent qu’à travers le miroir déformant de la télévision ou du cinéma. Un voyage au cœur d’une civilisation qui a connu de nombreux bouleversements tout au long de son histoire.
Les passionnés de westerns se plongeront dans les chapitres sur l’histoire américaine. Ceux qui envisagent de s’installer aux États-Unis – ils sont de plus en plus nombreux – dévoreront les parties consacrées à la société et au mode de vie américains. Quant aux voyageurs, ils emporteront Les États-Unis pour les Nuls dans leur valise et l’ouvriront avant de visiter les grands sites américains !

Auteur : François Durpaire est docteur en histoire et professeur agrégé d'histoire.
Thomas Snégaroff est agrégé d'histoire. Grands spécialistes des États-Unis, ils ont publié de nombreux livres sur ce sujet.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Voilà un livre très complet pour découvrir les États-Unis et que j'ai beaucoup aimé feuilleter et découvrir.
Comme les livres de cette collection, l'introduction nous présente les différentes parties du livre : la première partie présente l'Histoire des États-Unis depuis avant les Indiens jusqu'au 11 septembre 2001.
La deuxième partie présente la société américaine, sa diversité mais également son unité.
La vie quotidienne des Américains (The American way of life) est le sujet de la troisième partie : la maison, la famille, la voiture, les exclus...
Dans la quatrième partie, il est question de culture et loisirs : le travail, la télévision, l'internet, les loisirs de plein air, les supporters sportifs, le cinéma, le tourisme, les musées, la littérature.
La cinquième partie explore les raisons du succès des États-Unis, il est question de la richesse du territoire mais également des catastrophes naturelles, de la Science, des inventions et des grands inventeurs, de la puissance économique de l'Amérique, les relations des États-Unis avec le reste du monde...
Puis vient le fameux chapitre « La partie des Dix » présent dans chacun des livres de la collection « pour les nuls » où est listé les 10 films qui ont fait l'Amérique, les dix romans américains à avoir lu, les dix figures emblématiques masculines et féminines, les dix lieux emblématiques des États-Unis.
Puis on trouve en annexes une carte des États-Unis avec les États, les capitales, les villes principales et fleuves, les textes fondamentaux de la déclaration d'Indépendance, la Constitution, les amendements et la liste de tous les présidents américains. Et cela se termine par une liste de livres classés par thème pour prolonger la découverte des États-Unis.
J'ai de grosse réserve sur cette carte en noir et blanc qui est plutôt illisible en particulier dans sa partie Nord Est... Elle tient dans un rectangle d'à peine 9 cm x 15 cm !

Je n'ai bien sûr pas lu ce livre comme je lis un roman, j'ai lu de longs passages piochés à partir de la table des matières très détaillée. C'est un vrai mine d'information pour ce pays qui me fascine de plus en plus à travers mes lectures ou les films que je regarde... Un jour peut-être, je le ferai ce voyage vers le Nouveau-Monde...  

Un grand merci aux éditions First et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce beau livre.

Extrait : L'introduction
Si vous pensiez que Christophe Colomb a découvert l'Amérique, que McDonald's est le fast-food préféré des Américains, que tous les Américains croient en Dieu, qu'ils sont tous obèses et que leur horizon culturel se limite au base-ball et à Hollywood, ce livre est fait pour vous !
Objet de fascination ou de rejet, les États-Unis sont indéniablement le pays le moins connu parmi ceux qui nous semblent les plus familiers : premier paradoxe. Nous vous convions à un voyage sans bagages et sans passeport biométrique, au cœur d'un monde que l'on ne connaît souvent qu'à travers le miroir déformant de la télévision ou du cinéma. Un voyage au cœur d'une civilisation qui a connu de si nombreux bouleversements au long d'une histoire pourtant si courte. Second paradoxe...
Il y a cent ans, l'Amérique était isolationniste. Aujourd'hui, l'Amérique intervient partout dans le monde, éteignant les incendies et en allumant d'autres...
Il y a cent ans, l'Amérique était une nation industrielle et refermée sur elle-même. La crise a frappé durement la première puissance commerciale du monde, révélé la financiarisation de son économie et sa désindustrialisation.
Il y a cent ans, les Américains étaient majoritairement descendants de protestants anglo-saxons. Aujourd'hui, la première Église est l'Église catholique et, dans de nombreux territoires, l'espagnol est la langue la plus parlée.
Il y a cent ans, l'Amérique était raciste. Elle s'est donné en 2008 un président noir, après avoir élu tant de maires noirs...
Ce sont toutes ces mutations, et bien d'autres, que ce livre explique. Mais il vous apprendra aussi les permanences, une Constitution qui n'a jamais changé, des valeurs et un rêve américain tant de fois réinventé.
L'ambition des auteurs est de combattre les idées reçues et de vous donner des clés de compréhension, au-delà de la primaire détestation ou de l'admiration béate.

 50__tats
35/50 : Hawaï
le plus récent des 50 États des États-Unis 

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20 octobre 2012

La vie sans fards - Maryse Condé

la_vie_sans_fards JC Lattès - août 2012 - 334 pages

Quatrième de couverture : 
« La Vie sans fards répond à une double ambition. D’abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l’être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu’il a vécue, qu’il l’embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles. 
C’est aussi une tentative de décrire la naissance d’une vocation mystérieuse qui est celle de l’écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d’un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ? 
"La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J’emploie ce mot universel à dessein bien qu’il déplaise fortement à certains." En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s’agit pas seulement d’une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique. Il s’agit d’abord et avant tout d’une femmeaux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule. 
Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d’un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s’intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »

Auteur : Née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, Maryse Condé est l’auteur d’une œuvre considérable et maintes fois primée : Ségou, La vie scélérate, Traversée de la mangrove, Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, Les Belles Ténébreuses, En attendant la montée des eaux… Après avoir longtemps enseigné à l’université de Columbia, elle se partage aujourd’hui entre Paris et New York.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
« Pourquoi faut-il que toute tentative de se raconter aboutisse à un fatras de demi-vérités ? » voilà la première phrase de ce livre. Le ton est donné, Maryse Condé a décidé de tout dire dans cette autobiographie, sans rien trahir, même si cela doit choquer son entourage ou ses lecteurs, même si cela risque de ternir son image d'écrivain. Elle se dévoile totalement.
Maryse est née dans le milieu aisé des « grands nègres » de Guadeloupe, étudiante à Paris, enceinte, elle se marie sans amour et décide de partir à la recherche de ses racines, en Afrique. Elle enseignera tour à tour en Côte d'Ivoire, puis en Guinée, au Ghana, et au Sénégal...
Ce livre est passionnant, elle raconte le quotidien d'une femme qui se bat pour faire vivre sa famille de quatre enfant dans des contextes politiques et économiques difficiles. Elle parle de ses rencontres politiques, professionnelles, amicales, amoureuses. Elle décrit les pays, les villes où elle a vécu.
J'ai beaucoup appris sur les relations entre les Antillais et l'Afrique. Ce continent peut les fasciner et également les décevoir. J'ai beaucoup aimé le ton de l'auteur franc et direct, avec des touches d'humour pour tout raconter avec lucidité et sans aucune concession.
Son œuvre littéraire est parsemée de ses expériences ou souvenirs personnels. Elle parle de son travail d'écrivain. Et moi qui n'ai lu de Maryse Condé seulement Ségou et En attendant la montée des eaux, je serai curieuse de découvrir d'autres livres d'elle.

Extrait : (page 30)
Je ne garde aucun souvenir de la cour au pas de charge que me fit Condé. Premier baiser, première étreinte, premier plaisir partagé. Rien. Je n'ai pas non plus souvenir d'une conversation, d'un échange sérieux entre nous sur quelque sujet que ce fût. Pour des raisons différentes, nous étions également pressés de passer devant le maire. J'espérais grâce à ce mariage retrouver un rang dans la société. Condé avait hâte d'exhiber cette épousée universitaire, visiblement de bonne famille et qui parlait le français comme une vraie Parisienne. Condé était un personnage assez complexe, doté d'une gouaille que je trouvais souvent commune, presque vulgaire, mais qui était efficace. Je tentai vainement de le façonner à mon goût. Il repoussait mes diverses tentatives avec une détermination qui témoignait de sa liberté d'esprit. Ainsi, je prétendis l'habiller d'une parka, vêtement à la mode en ces années-là.
« Trop jeune ! Beaucoup trop jeune pour moi ! » assurait-il de sa voix nasale.
Je tentai de lui communiquer ma passion pour les cinéastes de la Nouvelle Vague, les réalisateurs italiens, Antonioni, Fellini, Visconti, ou pour Carl Dreyer et Ingmar Bergman. Il s'endormit si profondément pendant la projection des Quatre Cents Coups de François Truffaut (1958) que j'eus du mal à le réveiller en fin de séance sous les regards narquois des spectateurs. Il m'infligea mon échec le plus cuisant quand je tentai de l'initier aux poètes de la Négritude que j'avais découverts quelques années auparavant quand j'étais élève d'hypokhâgne. Un jour, Françoise, une camarade de classe, qui se piquait de militantisme, m'apporta un mince opuscule qui portait en titre : Discours sur le colonialisme. Je ne savais rien de son auteur. Pourtant, sa lecture me bouleversa tellement que le lendemain, je me précipitai à la librairie Présence africaine. J'achetai tout ce que je trouvai d'Aimé Césaire. Pour faire bonne mesure j'achetai aussi les poèmes de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas.
Condé ouvrait au hasard l'ouvrage de celui qui était devenu mon écrivain favori, le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire, et déclamait moqueusement :
« Que 2 et 2 font 5
Que la forêt miaule
Que l'arbre tire les marrons du feu
Que le cil se lisse la barbe
Et cetera et cetera... »
« Qu'est-ce que cela veut dire ? s'exclamait-il. Pour qui écrit-il ? Certainement pas pour moi qui ne le comprends pas. » À la rigueur, il tolérait Léon-Gontran Damas dont le style lui semblait plus simple et direct.
Cette époque-là ne ressemblait nullement à celle que nous vivons aujourd'hui.
Cependant, ce qui me paraît incroyable, c'est que je ne lui révélai jamais l'existence de Denis. Je ne fus même pas tentée de l'avouer, car je savais que cette révélation rendrait tout projet de mariage impossible. Cette époque-là ne ressemblait nullement à celle que nous vivons aujourd'hui. Si la virginité chez une femme n'était plus tout à fait de rigueur, la libération sexuelle était loin de s'amorcer. La loi Simone Veil ne devait être votée qu'environ quinze ans plus tard. Avoir un enfant « naturel » ne s'avouait pas aisément.
Condé ne fit pas l'unanimité auprès des rares personnes à qui je le présentai. « Quel est son niveau d'études ? » demanda avec arrogance Jean, le mari de Gillette, quand je l'emmenai déjeuner à Saint-Denis.
Ena, qui nous avait hâtivement reçus dans un bar de la place des Abbesses, téléphona à Gillette pour lui indiquer qu'en trente minutes d'entrevue, il avait ingurgité six bières et deux verres de vin rouge. Sûrement, c'était un ivrogne. Yvane et Eddy se plaignaient :
« On ne comprend pas quand il parle. »
Moi-même, je voyais bien que ce n'était pas l'homme dont j'avais rêvé. Mais celui dont j'avais rêvé m'avait laidement trahie. Nous nous mariâmes un matin du mois d'août 1958 par un éclatant soleil à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris. Les platanes verdoyaient. Si Ena ne prit pas la peine de se déplacer, Gillette assista à la cérémonie, accompagnée de sa fille Dominique qui n'arrêta pas de bouder parce que cela ne ressemblait pas à un « vrai mariage », se plaignit-elle. Nous prîmes un verre de Cinzano rouge au café du coin, puis nous emménageâmes dans un meublé des environs où Condé avait loué un deux pièces.
D'une certaine manière, j'avais obtenu ce que je voulais. Je m'appelais Madame et je portais une alliance à l'annulaire de la main gauche.
Moins de trois mois plus tard, nous étions séparés. Nous ne nous disputions pas. Simplement, nous ne pouvions supporter d'être longtemps ensemble. Tout ce que l'un de nous faisait ou disait irritait l'autre. Parfois, pour servir de tampon, nous faisions appel à quelques invités, mais je détestais ses amis autant qu'il détestait Yvane et Eddy. Au cours de l'année qui suivit, quand je m'aperçus que j'étais enceinte, nous fîmes plusieurs tentatives pour reprendre la vie commune. Puis, il fallut nous résigner à la rupture. Je ne souffris pas de ce qui pouvait sembler un nouveau déboire amoureux. D'une certaine manière, j'avais obtenu ce que je voulais. Je m'appelais Madame et je portais une alliance à l'annulaire de la main gauche. Ce mariage avait « relevé ma honte ». Jean Dominique m'avait insufflé la peur et la méfiance des hommes antillais. Condé était un « Africain ». Non pas un « Guinéen » comme je l'ai prétendu par la suite, impliquant menteusement que Sékou Touré et l'indépendance de 1958 avaient joué quelque rôle dans ce mariage. Répétons que je n'étais pas encore suffisamment « politisée » pour cela. Je croyais que si j'abordais au continent chanté par mon poète favori, je pourrais renaître. Redevenir vierge. Tous les espoirs me seraient à nouveau permis. N'y flotterait pas le souvenir malfaisant de celui qui m'avait fait tant de mal. Pas étonnant si mon mariage n'avait pas duré : j'avais posé sur les épaules de Condé un poids d'attentes et d'imagination né de mes déceptions. Cette charge était trop lourde pour lui.
Je perçois aujourd'hui avec une lucidité cruelle à quel point cette union fut un marché de dupes. L'amour, le désir n'y tenaient que peu de place. À travers moi, il cherchait ce qui lui manquait : l'instruction et l'appartenance à un solide milieu familial. Le mari de Gillette avait eu raison de s'interroger sur son niveau d'études. Condé possédait tout juste le certificat d'études primaires. Son père étant mort alors qu'il était très jeune, il avait été élevé à Siguiri par une pauvresse de mère qui vendait de la pacotille sur les marchés. Il devait découvrir que ce métier de comédien qu'il avait choisi, sans vocation véritable, pour quitter la Guinée et se parer du beau nom « d'étudiant », ne l'auréolait d'aucun prestige. Ne bénéficiant d'aucun appui dans la société, ses ambitions « d'être quelqu'un », pour parler comme Marlon Brando dans Sur les quais, n'avaient aucune chance de se réaliser. 

 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Document

Challenge 1% Littéraire 2012

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12 octobre 2012

Réanimation - Cécile Guilbert

r_animation Grasset - août 2012 - 272 pages

Quatrième de couverture :
« Blaise vient de fêter ses cinquante printemps. Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? De céder ? De s’ouvrir ? Une délivrance ? Une douleur ? Un remords ? Peut-être. Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout. »
La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l’un à l’autre, insouciants. Jusqu’au jour où Blaise est atteint d’une maladie rare, la « cellulite cervicale », forme de nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d’urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en « homme-machine » plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial – la « réa » – tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...
Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, et aussi – surtout ? – une lettre d'amour à Blaise.

Auteur : Romancière et essayiste, Cécile Guilbert est l’auteur de Warhol Spirit (2007), Prix Médicis de l’essai et de Animaux and Cie (2010), avec Nicolas Guilbert.  

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Le sujet de ce livre n'avait rien d'attirant pour moi et je ne l'aurai jamais lu en dehors du Grand Prix des lectrices Elle. J'ai personnellement une relation difficile avec l'hôpital, je n'aime pas les odeurs, les bruits, je suis jamais à l'aise lorsqu'il faut que je m'y rende que ce soit pour consulter ou pour rendre visite à quelqu'un...
A cinquante ans, Blaise le mari de la narratrice est opéré d'urgence pour une infection rare appelé cellulite cervicale. Après l'opération, sa femme vient lui rendre visite et elle découvre avec surprise que son mari est dans le service Réanimation post-opératoire et traumatologique, il a été plongé dans un coma artificiel pour quelques semaines.
Elle réalise alors que pour la première fois de sa vie elle se trouve séparé de Blaise et d'une manière qu'elle n'avait jamais imaginé, ni envisagé...
Elle se met alors à écrire au jour le jour, ses pensées, ses impressions dans un journal intime. Elle se retrouve seule à la maison, tout autour d'elle lui rappelle Blaise, elle se souvient du passé, elle a des craintes quand à l'avenir... Elle se raccroche à ces lectures, aux contes, à la mythologie, à l'Art... Elle se rend à l’hôpital, elle observe le service de Réanimation, son homme endormi, livré aux médecins et personnel soignant.
Ce livre est bien écrit, l'auteur a su décrire en détail l'atmosphère de l'hôpital et du service de Réanimation. Cette longue attente forcée va petit à petit conduire Blaise et la narratrice vers une réanimation médicale et spirituelle.
Le sujet est vraiment trop angoissant pour moi pour que j'apprécie pleinement ce livre, j'y ai également trouvé quelques longueurs. C'est malgré tout, une belle déclaration d'amour.

Extrait : (page 13)
Cette année-là, dans les derniers jours de mars, nuits et jours sont de même longueur et quelque chose a lieu.
Est-ce une buée passagère ? un fourmillement sans conséquence ?
La maladie est juste un mauvais rêve, le cauchemar favori des hommes tentés secrètement par la Faucheuse bien qu'ils la redoutent chaque nuit dans leur sommeil, enroulés dans leur drap comme dans leur linceul, étendus sans conscience comme s'ils étaient morts.

Blaise n'est pas de ce bois dont on fait les cercueils.
Dût-il demeurer longtemps alité, jamais ne lui viendrait la tentation de s'halluciner en cadavre. Pas plus qu'il n'aurait, mourant, l'idée de se photographier en gisant pour contempler son image durant son agonie. 
Y croit-il seulement, à la mort ?

Vous vivez ensemble depuis vingt ans.
Tu l'as aimé au premier regard, lumière du coup de foudre.
Tu aimes sa générosité, son espièglerie ; tu aimes son humour et par-dessus tout sa grande santé, qui ne vient pas du corps mais de l'appétit de vivre, et son élasticité joueuse, et son énergie.
Cet été-là, des feux d'artifice déchirent le ciel, Paris fait la fête, le Bicentenaire bat son plein mais la Révolution, c'est vous.
Davantage qu'à sa forte tête, trop souvent belliqueuse, tu fais confiance à son corps vif et viril de trente ans. Animé d'une gestuelle si déliée qu'il semble voltiger dans l'espace comme un papillon ivre, un ludion enfourchant l'univers dans sa ruée, tu sais d'instinct que sa vitalité supplantera toutes les baisses de tension (il y en aura), vaincra tous les chagrins.
Quand Aphrodite frappe, l'amour devient l'autre nom de la foi : brusque, soudaine, sans raison ni limites. Puisque Biaise saura être ton frère, ton fils, ton père, ton complice inégalé, et parce que vous y voyez l'occasion de sceller symboliquement l'exception dont n'ont pu se réclamer tous ceux et celles qui jadis et naguère ont fait battre vos cœurs et fondre vos corps, vous vous mariez. Bien décidés à n'avoir jamais d'enfants puisque vous en êtes. Que d'ailleurs Biaise a déjà un fils de six ans et Robert Louis Stevenson raison : les parents qui s'aiment n'engendrent que des orphelins.  

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Document

Challenge 1% Littéraire 2012

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12 septembre 2012

Fukushima, récit d'un désastre – Michaël Ferrier

fukushima Gallimard – mars 2012 – 262 pages

Quatrième de couverture :
« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c'est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes - avec la complicité ou l'indifférence des autres - est en train d'imposer, de manière si évidente qu'elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l'avènement de l'humanité. »

Auteur : Michaël Ferrier vit à Tokyo où il enseigne la littérature. Il est l'auteur de plusieurs essais et romans, dont Tokyo - Petits portraits de l'aube (2004) et Sympathie pour le fantôme (2010).

Mon avis : (lu en septembre 2012)
Mickaël Ferrier connaît bien le Japon car il y vit et y enseigne depuis des années, son livre est un témoignage sur le désastre de Fukushima.
Le récit commence le jour du séisme, le vendredi 11 mars 2011à Tokyo. Dès les premières pages entraînent le lecteur dans une description en détails d'un tremblement de terre, avec les sensations d'un monde qui bouge et où les objets tombent partout...

« Mais c'est aux arêtes de la bibliothèque que le séisme atteint son paroxysme. Il court le long des tablettes, se glisse entre les rayons et décapite un à un les livres au sommet de l’étagère, où se trouve disposée la poésie française avec un crépitement de mitraillettes. Saint-John Perse tombe le premier. “S’en aller ! S’en aller ! Paroles de vivant !” Celui qui peint l’amer au front des plus hauts caps, qui marque d’une croix blanche la face des récits, ne résiste pas plus de quelques secondes à la bourrasque : le Saint-Leger Leger s’envole. Vigny le suit de près, et Lamartine, et même Rimbaud, qui prend la tangente sur sa jambe unique avec un facilité déconcertante, poursuivi par Verlaine et ses sanglots longs. Leconte de Lisle s’impatiente et vient bientôt les rejoindre puis, pêle-mêle, Laforgue et Louise Labé… La grand Hugo hésite, tergiverse, il grogne de toute la puissance de ses œuvres complètes et puis il s’écrase au sol dans un fracas énorme. Aimé Césaire, lui, tombe avec élégance et majesté. Nerval chevauche René Char, Claudel monte sur Villon, Villon sur Apollinaire. Enfin, Malherbe vient, et entraîne à sa suite toute la Pléiade... Ronsard, Du Bellay, Belleau, Jodelle...»

Cela semble durer une éternité, et pourtant la télévision dira plus tard que le séisme a eu lieu durant deux à trois minutes...
Ensuite, Mickaël Ferrier découvre que le téléphone ne fonctionne plus, puis des dizaines de mails demandant de ses nouvelles arrivent de partout, à la télévision tout le monde a l'air à la fois inquiet et ahuri. Une alerte au Tsunami est annoncée.
Trois jours plus tard, c'est le désastre complet : la grande vague du tsunami a dévasté la région du nord, il y a des milliers de morts, les nombreuses répliques du séisme stresse la population et les centrales nucléaires du Nord qui explosent inquiètent tout le Japon. Les étrangers cherchent à fuir le pays. Ils ont peurs. En plus de la réalité du terrain, les médias se déchaînent, les même images apocalyptiques tournent en boucles...
Après avoir quitté quelques temps Tokyo pour se ressourcer dans le calme de Kyoto. Mickaël Ferrier et sa compagne Jun décident, plutôt que de fuir ou de se terrer, de partir pour « le Nord, voir la mer, aider les gens, nous mêler aux cataclysmes. »
Le témoignage devient de plus en plus fort, ce qu'ils découvrent est incroyable, stupéfiant :

« Je marche, je marche dans le désastre. Petits morceaux, gros morceaux, menus débris, tout se mêle et s'accumule : le fer, le béton, les lambeaux de plastique. Tout est réduit en poudre, en cendre, en sable... Une plage, une plage immense de débris. Les bâtiments, comme des écorchés, laissent apercevoir leurs viscères. Les bâtissent et les édifices déchiquetés se succèdent, sans qu'on puisse la plupart du temps deviner s'il s'agissait d'habitations ou de hangars, de monuments ou de terrasses, de bureaux ou de corps de logis. Les structures métalliques et rouillées sont enchevêtrées dans un dédale de boue et de béton liquéfié, ne laissant plus apercevoir, dans la confusion des métaux et des matériaux, que l'incroyable férocité de ce qui les a jetés à terre et impitoyablement laminés. »

Et plus l'écrivain monte vers le Nord et plus le paysage est lunaire, la vie semble s'être arrêtée, les descriptions sont puissantes, à la fois belles et tragiques :

« On voit tous les objets en brun, toutes les autres couleurs ont disparu du monde. Tout à coup nous ne sommes plus au Japon. Nous ne sommes plus nulle part d’ailleurs, car d’aucun pays ce paysage ne saurait porter le nom. »

« Miyako-mura, le village frontière, presque entièrement vidé de ses habitants… Il est difficile de décrire ce que l’on ressent quand on arrive dans un de ces villages fantômes. D’abord, le silence est colossal, un silence profond et qui semble sans fin. J’ai l’impression d’être devenu sourd. Le cri des corbeaux, le ronflement des moteurs, l’aboiement des chiens, c’est comme s’ils n’avaient jamais existé. Le vent même a disparu. »

Mickaël Ferrier n'a pas pu aller plus loin, la zone proche de Fukushima est interdite, il s'est pourtant bien documenté et a obtenu le témoignage d'un « liquidateur », cette troisième partie est très intéressante, l'auteur nous rappelle également qu'un accident du même genre pourrait se produire ailleurs, y compris en France où le nucléaire est fortement présent...

Le livre se lit plutôt facilement il est très bien écrit, mais il m'a été impossible de lire d'une traite ce témoignage saisissant, les images du désastre vues à l'époque à la télévision se sont mises peu à peu à hanter mon esprit. Heureusement quelques touches d'humour, soulignant des situations décalées permet le lecteur de sortir, ne serait ce qu'un instant, de cette vision apocalyptique. 

 

Extrait : (page 19)
Vendredi 11 mars 2011, en début d’après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s’ouvre, grogne, frémit, demande a sortir.

Tout d’abord, ce n’est rien, un mouvement infime, insignifiant, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os. Je ne sais pas comment je m’en aperçois, une babiole peut-être qui bouge, les bibelots qui s’ébrouent près de la baie vitrée, quelques points de poussière dans la lumière de l’air. Silencieusement, subtilement, cette chose se développe et suit son cours, elle circule sans relâche.

Maintenant, le frisson envahit la table, la déborde, oscille sur elle comme une vague, il gronde tout doucement, se déplace, touche les stylos, les cahiers, les livres, fait palpiter le clavier de l’ordinateur, remonte entre les lignes, arrive sur l’écran, pulsation imperceptible. C’est une immense phrase qui s’est mise en marche avec sa mélodie spécifique, source et centre momentané de tout l’Univers, tour a tour souple, précise et fluide, cahotante, anarchique, poétique, torpillant les sentences et disloquant la syntaxe, renversant les perspectives, changeant tous les plans et bouleversant les programmes, et qui pourrait se condenser en un seul énoncé reflétant pour un instant la vérité tout entière : ça venait des profondeurs et c’était arrivé.

*

Je suis avec Jun, c’est un après-midi radieux, une brise tiède entre dans la maison. Nous prenons un café sur la grande table de bois. Le printemps scintille dans les camélias, les iris, le bouquet pimpant du jasmin qui parfume l’impasse et dans les yeux de Jun. Elle est là, sur la chaise, elle a senti comme moi le frémissement de la table, elle rit. Jun, née ici, a Tokyo, d’un père japonais et d’une mère espagnole, la rencontre de l’Orient et de l’Occident dans un corps de liane. Cheveux noirs, sourcils en accent circonflexe, peau que l’on devine douce au toucher : ses yeux sont très petits quand elle rit, très grands quand elle sourit. Sa bouche est une étrange fleur asymétrique, qui balance toujours entre la feinte et le rire. Quand elle rit, ses dents, très blanches et bien plantées, semblent défier le monde entier.
Le café tremblote dans les tasses. De petits anneaux concentriques apparaissent a la surface du liquide noir et fumant, qui s’élargissent sans cesse puis disparaissent au contact de la porcelaine avant de se reformer en cercles a chaque fois plus rapides, plus nerveux. Tous les livres sur la table commencent a bouger aussi. Les oiseaux se sont tus. Je guette du coin de l’œil les spirales du café dans la tasse pour voir si le tremblement se calme ou s’il s’amplifie.

A ce même moment, dans tous les bureaux de Tokyo, les bistrots, les restaurants, des millions de gens font comme moi : l’œil se fixe avec une intensité extraordinaire sur un verre d’eau, sur une chope de bière, un gobelet de thé vert.

Soudain, le monde entier est suspendu a quelques remous a la surface d’un bol, au cyclone qui s’empare d’une tasse de thé.

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection roman
Jury Octobre

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC
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"Géographie"

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17 août 2012

L'élimination - Rithy Panh

l__limination_1 lelimination Grasset – janvier 2012 – 336 pages

Quatrième de couverture :
"A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n'étais plus rien."

Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l'enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n'est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.

L'élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c'est un homme de Primo Levi, et de La nuit d'Elie Wiesel.

Auteurs : Rithy Panh est cinéaste. On lui doit, entre autres, Les gens des rizières, Bophana et S21 – La machine de mort khmère rouge, qui fut un événement, et Duch, le maître des forges de l'enfer. Il a écrit ce livre avec Christophe Bataille, qui est romancier.

Christophe Bataille, né en 1971, est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Annam (1993) et J’envie la félicité des bêtes (2002), Quartier général du bruit (2006). Il est éditeur chez Grasset depuis 1997.

Mon avis : (lu en août 2012)
Avant de recevoir ce livre pour le Jury Elle 2013, j'avais déjà entendu parler de ce livre et vu une interview de l'auteur. J'étais donc très curieuse de le découvrir.
Rithy Panh est avant tout un cinéaste, il a réalisé en 2003 le film documentaire S21, la machine de mort Khmère rouge où il filme la rencontre entre deux des sept rescapés de ce centre de détention situé au cœur de Phnom Penh où près de 17 000 prisonniers ont été torturés, interrogés puis exécutés entre 1975 et 1979 et de leurs anciens bourreaux. Pour avoir un autre point vue sur ce génocide, en 2011, Rithy Pahn réalise un documentaire sur Dutch qui a dirigé le centre S21. Il l'a rencontré et filmé des centaines d'heures dans sa cellule pour tenter de cerner ce communiste acteur du génocide cambodgien, pour essayer de comprendre pourquoi il est devenu bourreau. C'est à la suite de cette rencontre que Rithy Pahn a ressenti le besoin d'écrire ce livre où il raconte en parallèle sa rencontre avec Dutch et son enfance sous le joug des Khmers rouges trente-cinq ans plus tôt. Cela l'amène aussi à quelques réflexions sur l'homme capable de devenir inhumain.
Dutch est un personnage ambiguë et glaçant, il reconnaît ses crimes mais veut les justifier, il se définit comme un « technicien de la révolution ». Jamais, il n'a un mot de compassion ou de pardon pour ses trop nombreuses victimes. « Méchanceté et cruauté ne font pas partie de l'idéologie. C'est l'idéologie qui commande. Mes hommes ont pratiqué l'idéologie. »  
Rithy Pahn est lui-même un rescapé du génocide commis par les Khmers Rouges sur presque un tiers de la population cambodgienne. Il avait une dizaine d'année le 17 avril 1975, lorsque les Khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh et que sa vie a été à jamais bouleversé.

Ayant lu il y a un an sur le même sujet le livre Le portail de François Bizot, cela m'a permis d'en apprendre encore plus sur ce moment d'Histoire mais je n'ai pas pu m'empêcher de comparer les deux livres et regretter que Rithy Panh soit beaucoup dans la retenue et laisse une distance avec son lecteur, mais c'est sans doute conforme à sa personnalité et à sa culture. J'ai eu également l'occasion de voir plusieurs interviews à propos du livre et Rithy Panh est plus touchant dans son témoignage oral que à l'écrit, c'est vrai qu'il est avant tout un cinéaste. Aussi après la lecture de ce livre je suis vraiment curieuse de découvrir ses films S21 et Dutch, le maître des forges de l'enfer.

C'est un témoignage très fort à la fois terrible et passionnant qui ne peut pas laisser indifférent. En cours de lecture, j'ai noté de nombreux passages qui m'ont frappé et que j'ai voulu relire en rédigeant ce billet.

Autres avis : CanelJostein, Mimi, Clara, Constance

Extrait : (début du livre)
Kaing Guek Eav, dit Duch, fut le responsable du centre de torture et d'exécution S21, dans Phnom Penh, de 1975 à 1979. Il explique avoir choisi ce nom de guérilla en souvenir d'un livre de son enfance, où le petit Duch était un enfant sage.
12 380 personnes au moins furent torturées dans ce lieu. Les suppliciés qui avaient avoué étaient exécutés dans le « champ de la mort » de Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-est de Phnom Penh - également sous la responsabilité de Duch. A S21, nul n'échappe à la torture. Nul n'échappe à la mort.
Dans sa prison du tribunal pénal parrainé par l'ONU (en fait CETC, soit « Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens »), Duch me dit de sa voix douce : « A S21, c'est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils hommes ou animaux ? C'est une autre histoire. » J'observe son visage de vieil homme, ses grands yeux presque rêveurs, sa main gauche abîmée. Je devine la cruauté et la folie de ses trente ans. Je comprends qu'il ait pu fasciner, mais je n'ai pas peur. Je suis en paix.

Quelques années auparavant, pour préparer mon film S21 - La machine de mort khmère rouge, j'ai mené de longs entretiens avec des gardiens, des tortionnaires, des exécuteurs, des photographes, des infirmiers, des chauffeurs qui travaillaient sous les ordres de cet homme. Très peu ont fait l'objet de poursuites judiciaires. Tous sont libres. Assis dans une ancienne cellule, au cœur du centre S21 devenu un musée, l'un d'eux me lance : « Les prisonniers ? C'est comme un bout de bois. » Il rit nerveusement.
A la même table, devant le portrait de Pol Pot, un autre m'explique : « Les prisonniers n'ont aucun droit. Ils sont moitié homme, moitié cadavre. Ce ne sont pas des hommes. Ce ne sont pas des cadavres. Ce sont comme des animaux sans âme. On n'a pas peur de leur faire du mal. On n'a pas peur pour notre karma. » A Dutch aussi, je demande s'il cauchemarde, la nuit, d'avoir fait électrocuter, frapper avec des câbles électriques, planter des aiguilles sous les ongles, d'avoir fait manger des excréments, d'avoir consigné des aveux qui sont des mensonges, d'avoir fait égorger ces femmes et ces hommes, les yeux bandés au bord de la fosse, dans le grondement du groupe électrogène. Il réfléchit puis me répond, les yeux baissés : « Non. » Plus tard, je filme son rire.  

Grand_Prix_des_Lectrices_2013
Sélection document
Jury Septembre

Autre livre sur le même sujet :

le_portail_folio Le portail - François Bizot

 

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23 mai 2012

Les disparus de Shangri-la - Mitchell Zuckoff

Partenariat avec les éditions Flammarion

les_disparus_de_Shangri_la Flammarion – avril 2012 – 319 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Christophe Magny

Quatrième de couverture :
13 mai 1945, Nouvelle-Guinée néerlandaise : quelques semaines avant la fin de la guerre du Pacifique, un avion américain s'écrase dans une vallée totalement inexplorée, inconnue des cartes, entourée de montagnes imprenables et tapissées d'une jungle épaisse. Sur les vingt-quatre passagers, combien réchapperont à l'accident? Et comment survivront-ils, grièvement blessés, privés de nourriture et de soins, invisibles des secours qui survolent la vallée, sans défense face aux combattants japonais cachés dans les parages et surtout aux populations indigènes, réputées cannibales ?
C'est cet épisode méconnu de l'histoire que nous raconte Mitchell Zuckoff d'une plume alerte, au terme d'une longue enquête - documents d'archives, lettres et photographies d'époque à l'appui. 
Car, dans ce formidable récit d'aventures, tout est véridique : la découverte d'un monde perdu, idyllique et hostile à la fois, la confrontation avec des tribus vierges de tout contact avec la civilisation, l'héroïsme des rescapés et leur bouleversant témoignage.

Auteur : Mitchell Zuckoff est journaliste et professeur de journalisme à Boston University. Il publie des reportages dans des magazines à grand tirage comme The New Yorker et Fortune, ainsi que dans le quotidien The Boston Globe. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont des biographies de Charles Ponzi (Ponzi's Scheme : The True Story of a Financial Legend, New York, Random House, 2005) et de Robert Altman (Robert Altman : The Oral Biography, New York, Alfred A. Knopf, 2009).

Site du livre 

Mon avis : (lu en mai 2012)
Dans ce livre, Mitchell Zuckoff nous raconte une histoire vraie qui a eu lieu à la fin de la Seconde Guerre Mondiale en Nouvelle-Guinée néerlandaise. En 1944, des pilotes américains découvre lors d'un vol de reconnaissance une vallée cachée dans une région montagneuse et luxuriante. Cette vallée est baptisée ”Shangri-La”, depuis les airs ils aperçoivent des jardins, des habitations et une population primitive. L'endroit est inaccessible, il est seulement possible de la survoler. 
Le 13 mai 1945, vingt-quatre militaires hommes et femmes sont invités à embarquer à bord du Gremlin Special, surnom donné à cet avion pour survoler Shangri-La. Au cours du vol, l'avion se crash en pleine jungle et une aventure incroyable commence pour les rescapés. Il va falloir survivre, dans des conditions d'hygiène difficile, se faire repérer par d'éventuel secours, ne pas se faire massacrer par les populations autochtones qui n'ont encore jamais rencontré de blancs...
Le sauvetage est difficile à organiser puisque l'endroit est inaccessible, loin de tout, en altitude, entouré de jungle avec la présence de soldats japonais au alentour...
A partir de témoignages des rescapés, des sauveteurs et de leurs proches, d'une enquête très documentée avec également de nombreuses photos de l'époque, l'auteur nous raconte une histoire incroyable. A la fin du livre, il y a près de 50 pages de notes. Au début de ma lecture, je m’y référais mais ce n’étais pas très pratique car pour chaque chapitre d’une dizaine de pages, il y a environ trente notes, le plus souvent faisant référence à la source ou avec le mot mystérieux Ibid. J’ai fini par aller voir sa signification : Abréviation utilisée dans les notes bibliographiques pour faire référence à un ouvrage déjà cité dans une note précédente. (Merci Wikipedia)

Un livre passionnant qui raconte une histoire vraie et qui se lit comme un roman d’aventure.

Un grand Merci à Virginie et aux éditions Flammarion pour ce partenariat.

Autre avis + concours pour gagner le livre

Les disparus de Shangri-la
(Présentation de l'auteur en V.O)

Extrait du Site du livre 

50__tats
24/50 : Missouri
(Etat d'origine de John McCollom, l'un des rescapés) 

  Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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04 mars 2012

La résistance française à Buchenwald - Olivier Lalieu

Lu dans le cadre du partenariat Logo_News_Book et des éditions Tallendier

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Editions Tallandier – mars 2005 – 

Editions Tallandier – janvier 2012 – 441 pages

Préface de Jorge Semprun

Quatrième de couverture :
Depuis la Libération, le camp de Buchenwald, symbole de la résistance des déportés dans le système concentrationnaire nazi, est au cœur de polémiques acharnées : quel est le rôle respectif des droits communs et des politiques dans le contrôle de l’administration intérieure du camp ? Et chez ces derniers, quelles sont les conséquences des rivalités entre gaullistes et communistes ? Qu’impliquent les rapports de force permanents entre les différentes communautés nationales ? Et dans quelles circonstances le camp est-il libéré, le 11 avril 1945 ? 


Au-delà des passions et des conflits, à partir d’archives et de témoignages inédits et avec le recul serein de l’historien, Olivier Lalieu révèle la véritable histoire de la résistance des déportés français alors que chaque action avait le poids d’une vie.

Auteur : Olivier Lalieu, historien au Mémorial de la Shoah à Paris, est également l’auteur de La Déportation fragmentée. Les anciens déportés parlent de politique (Boutique de l’histoire, 1994) et de nombreux articles ou communications sur la mémoire de la déportation. Jorge Semprun,ancien déporté à Buchenwald, a rédigé la préface de ce livre.

Mon avis : (lu en mars 2012)
J'ai accepté ce partenariat avec Newbook car depuis toujours je me suis intéressée aux témoignages des personnes ayant vécu durant la Seconde Guerre Mondiale. 

Ce livre est est le résultat d'un gros travail d'historien très bien documenté, rassemblant une documentation riche et variée avec des archives officielles ou privées, de nombreux témoignages sur la vie du camp du Buchenwald et en particulier sur la Résistance française. Avec un regard objectif de l'historien, Olivier Lalieu nous décrit avec une grande précision l'histoire de la résistance clandestine à Buchenwald.
Le camp de concentration de Buchenwald « Forêt de hêtres » a été créé en 1937 par le régime hitlérien sur la colline d'Ettersberg près de Weimar, en Allemagne. Les nazis y envoyaient des opposants politiques et religieux allemands comme les sociaux-démocrates, les communistes, les syndicalistes, les libéraux, les démocrates, les pacifistes, les religieux catholiques et protestants (ils portent l'insigne du triangle rouge). Au début, les petits chefs du camp étaient constitués de criminels de « Droit Commun » (les triangles verts), une idée des nazis pour mater . Lorsque la plupart des Français arrivent à Buchenwald en 1943 et 1944, les détenus « Politiques », ont réussi à s’imposer sur les détenus « Droit Commun » pour les postes stratégiques du camp. La Résistance française à Buchenwald va se développer grâce à la rencontre deux hommes aux parcours différents mais dont les personnalités affirmées et leurs engagements vont réussir à créer un collectif français CIF (Comité des intérêts français) et cela permet à la communauté française de se faire mieux respecter. La Résistance dans un camp comme Buchenwald est multiple. C'est avant tout avoir le sens collectif. C'est refuser la brutalité envers les autres détenus. C'est entretenir le moral des déportés en organisant des « loisirs » (dessins, musique, théâtre, conférences...) pour oublier la triste réalité du froid, de la misère, des coups, de la mort. C'est avoir des gestes de solidarité, alimentaire ou vestimentaire, C'est entretenir le moral des déportés en organisant des « loisirs » (dessins, musique, théâtre, conférences...) pour oublier la triste réalité du froid, de la misère, des coups, de la mort. C'est aussi faire du sabotage en particulier dans les usines d'armement qui utilisaient comme main-d’œuvre les déportés. Mais c'est aussi participer à « la dramatique question des « Transports » », c'est à dire établir des listes d'affectations à certains kommandos ou de départ vers d'autres camps.

Ce livre très complet m'a beaucoup intéressée même si certains passages m'ont paru un peu long. J'y ai appris beaucoup de choses, le camp y est décrit avec beaucoup de précision, glossaires, carte, plans, annexes, bibliographies et index enrichissent également ce cours d'histoire.

Un grand merci à News Book et aux éditions Tallendier pour m'avoir permis de découvrir ce livre.


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05 janvier 2012

Le voyage de Thétys, de Marseille à Panama – Nathalie Chateau et Bruno Fabre

Lu dans le cadre d'un partenariat avec
tamata

le_voyage_de_Thetys Tamata Éditions – septembre 2011 – 208 pages

Photos : Bruno Fabre

Quatrième de couverture :
Un catamaran, une skipette, un chasseur de langoustes.
Récits originaux et clichés voyageurs pour raconter cette première  année autour du monde.
Quand deux marins débutants décident de voyager autrement, c'est pour offrir en partage leur aventure et leur enthousiasme. Avec leurs mots, et leur regard.
Entre mars 2008 et avril 2009, ils nous emmènent de Marseille  à Panama, en passant par les Canaries. Ils nous font vivre leur traversée de l'Atlantique, leurs découvertes des îles de la côte
vénézuélienne. De mouillage en mouillage, leurs amis deviennent les nôtres. Avec eux, nous filons au Pérou pour une escapade, et revenons en mer Caraïbes pour une longue  escale aux San Blas. Avant que le passage, mouvementé, du mythique canal de Panama ne leur ouvre la route du Pacifique.

Auteurs : Nathalie Chateau l'auteur et skipette du bord.
Bruno Fabre le photographe et pêcheur du bord.

Le bateau : Thétys, un catamaran de 14 mètres.

Mon avis : (lu en janvier 2012)
J'ai accepté un partenariat avec la toute jeune maison d'édition de Tahiti : les Éditions Tamata qui m’a envoyé durant les fêtes « Le voyage de Thétys, de Marseille à Panama – Nathalie Chateau et Bruno Fabre ». Un très beau cadeau !
C’est un très beau livre avec de nombreuses photos que je ne me lasse pas de feuilleter.
Nathalie et Bruno ont décidé de  faire le tour du monde à la voile sans se presser en partant vers l'ouest, un voyage de 2365 jours, soit 6 à 7 ans. Ils sont déjà partis depuis 4 ans et ce livre nous raconte leur première année de voyage avec en préambule, quelques pages sur les préparatifs du voyages.
C’est le récit du voyage chronologiquement avec de nombreuses et superbes photographies. Le journal du  bord, les visites à terre, les rencontres avec d'autres équipages. Il y a même quelques recettes de cuisine faites à bord et que l’on peut reproduire dans notre cuisine...
Départ de Marseille, destination Les Canaries, la traversée de l’Atlantique en direction de Trinidad et Tobago puis le Vénézuela, Bonaire, San Blas et Panama. Il y a même une escapade au Pérou.
C’est un très beau voyage dépaysant qui m’a fait rêver !
Pour poursuivre le voyage, la dernière page du livre nous annonce déjà le deuxième tome, « des Galapagos en Nouvelle-Zélande »

En attendant, aller voir le Site Internet dédié au Voyage de Thetys

Un grand MERCI à Tamata Éditions de m'avoir permis de découvrir ce beau livre de voyages.

Extrait :

Recettes : ici

Photos : quelques photos visibles dans le livre et ici

th_tys1 th_tys1_marseille
Marseille : Le départ

th_tys3_gomera
La Goméra (Canaries)

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Canal de Panama  -  Pacifique               

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Géographie"
"Personnage connu"
Thétys 

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11 décembre 2011

J'irai dormir chez vous : Carnets d'un voyageur taquin – Antoine de Maximy et Ariane Allard

J_irai_dormir_chez_vous Éditions de la Martinière – septembre 2011 – 240 pages

Quatrième de couverture :
Une chemise rouge, un culot monstre, un esprit taquin, un drôle de dispositif vidéo : depuis 2004, Antoine de Maximy, reporter enjoué, raconte le monde comme personne. A la télévision d'abord, à travers sa série "J'irai dormir chez vous".Et puis au cinéma avec "J'irai dormir à Hollywood". Parcourant la planète en s'invitant chez les autres, cet homme-orchestre a le chic pour tisser du lien n'importe où. Du Mali à Hawaï, de la Finlande à l'Iran, du Japon à Cuba, ou du Mont Saint-Michel à la Corée du Sud, cet homme orchestre réinvente la plus périlleuse des aventures : rencontrer les gens. Un récit intime autour de l'idée simple, mais néanmoins géniale ! de dormir chez les autres et de partager un petit moment intime avec eux. Ce livre, construit comme un carnet de voyages, revient, en images et en paroles, sur chacune de ses 35 destinations. Détaillé et décalé à la fois, fourmillant d'anecdotes inédites, il ressemble à Antoine et démontre le pouvoir du rire et de la bonne humeur dans les échanges humains aux quatre coins du monde.

Auteurs : Diplômée en lettres modernes, en histoire, et de l'ESJ Lille, Ariane Allard est journaliste depuis une vingtaine d'années. Voyageuse et cinéphile, elle a d'abord été reporter "Société" et/ou "Culture", dans différents titres de la presse quotidienne, puis chef de rubrique "Cinéma" à La Provence, à Marseille, pendant 10 ans. Elle travaille aujourd'hui en free-lance à (de) Paris.
Réalisateur, présentateur et cameraman, en vingt ans, Antoine de Maximy s'est rendu dans soixante-dix pays. Spécialiste des voyages à l'étranger (actualité internationale, films animaliers et expéditions scientifiques), il a réalisé ou présenté une trentaine de documentaires, dont Animal Zone, Zone sauvage, Les Nouveaux Mondes, Emmenez-moi et Au-delà des dunes. J'irai dormir chez vous est la première série qu'il propose en tant qu'auteur à la télévision pour ensuite réaliser un long métrage passé sur les écrans de cinéma en 2008, J'irai dormir à Hollywood.

Mon avis : (lu en décembre 2011)
Ce livre est un très bon complément aux émissions « J'irai dormir chez vous » d'Antoine de Maximy. Il revient sur les 35 pays qu'il a visité depuis 2004. Il nous raconte chacune de ses destinations avec des anecdotes, de superbes photos et des détails insolites. Il nous raconte aussi l'envers du reportage... Il y a également un chapitre pour son film « J'irai dormir à Hollywood ».
Voilà un livre à feuilleter sans modération pour rêver à des destinations et à des rencontres insolites et variées tout autour du monde !

Les 35 destinations : Mali, Québec, Vanuatu, France, Japon, Australie, Maroc, Inde, Chili, Suisse, Belgique, Cambodge, Chine, Roumanie, Éthiopie, Émirats arabes unis, Royaume-Uni, Madagascar, Bolivie-Pérou, Israël, Finlande, Polynésie, Portugal, Cuba, Grèce, Iran, Mexique, Nouvelle-Zélande, Indonésie, Hawaii, Ghana, Corée du Sud, Albanie, Mongolie.

Extrait :

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