11 mars 2014

Et tu danses, Lou - Pom Bessot Philippe Lefait

et tu danses lou Stock - octobre 2013 - 204 pages

Quatrième de couverture : 
« Et toi, Lou, mon amour, avec quelle violence ressens-tu ces morceaux de vie ? »

Une famille.
Il y a dix-sept ans, tout était là, le désir, la chambre, les biberons et les couches.
Un hasard génétique a mis au premier jour sur le chemin de leur vie commune un invité-surprise. Une singularité qui fait que l’enfant Lou présente « des troubles sévères du langage et quelques difficultés associées ».
La vie est facétieuse : maman fait des livres et papa travaille à la télé.
L’histoire peut commencer.
On y trouvera ce qu’il faut d’efficacité et d’errances hospitalières, d’usines à gaz et de belles solidarités, d’anges gardiens et de crétins patentés, une soeur aux petits soins et beaucoup d’amitiés, quelques mots venus de loin, la langue des signes et le sens du geste, la question de la transmission et celle d’une place à trouver pour chacun. Le chaos et l’amour.
Et il y a Lou et ses yeux bleus, une héroïne rayonnante qui a révolutionné leur quotidien. C’est à elle qu’une mère et un père adressent ce dialogue.

Auteurs : Pom Bessot est éditrice.
Philippe Lefait est journaliste à France Télévisions. Il a dirigé sur France 2 le magazine culturel Des mots de minuit.

Mon avis : (lu en mars 2014)
Un livre très touchant écrit à quatre mains par Pom Bessot et Philippe Lefait les parents de Lou. C'est le témoignage de deux parents qui se réjouissent d'accueillir leur bébé tant attendu et qui se retrouvent confronté à un enfant différent et des mots inquiétants des médecins...  « Votre petite fille a une drôle de tête. »
Pour les parents ce sont les sentiments d'impuissance, de culpabilité, d'angoisses qui les submergent... Il faudra attendre dix ans avant qu'un vrai diagnostique soit posé. 

Mais au quotidien, il faut s'occuper de Lou, l'aimer, l'aider à communiquer, à progresser. Grâce à l'amour de ses parents, de sa famille, d'amis et de proches Lou va s'épanouir, grandir, et obtenir un autonomie à sa hauteur. Lou est maintenant une adolescente de 17 ans, qui étonne ses parents par sa volonté et son acharnement à apprendre, à se dépasser.
Un témoignage plein de sensibilité et d'amour.

Autres avis : ValérieEnna

Extrait : (début du livre)
Nous dansons tous les trois.

Nous dansons le bonheur au creux de notre coeur, le bonheur gagné de nos aventures respectives, et celui de cette journée exceptionnelle.
Légers, heureux, concentrés, portés par notre histoire.
C'est à l'exacte mesure de l'amour qui nous lie, qui nous tient et que nous pouvons ce soir exprimer devant nos familles et nos amis. C'est le théâtre de notre intimité qui ne pourra jamais se dire autrement ni un autre jour.

Pour ouvrir la fête, nous avons choisi «Le P'tit Bal perdu» de Bourvil parce que sa mélodie est si douce et qu'il raconte l'amour, la guerre et la solitude.
Parce que surtout nous avons décidé que ce serait notre «p'tit bal» à tous les trois.
Et tu danses, Lou, avec nous. Nous n'improvisons pas. Nous avons préparé et longtemps répété notre chorégraphie.
C'est en langue des signes que nous reprenons le refrain.
Et la ronde que nous formons, complices et espiègles, main dans la main, «les yeux au fond des yeux», est le symbole de notre force.

Un clin d'oeil à notre histoire, mais à bien y réfléchir, c'est plus que cela : le résumé de notre vie. Joyeuse, tourmentée, lumineuse, catastrophique, magnifique, singulière, passionnelle.

Notre public est presque aussi ému que nous. 
Un «grand bal», dira notre ami Rémy. 
Le plaisir que nous ressentons tous les trois ce soir-là est notre joyau.

C'est le jour de notre mariage, celui de «papa é maman», ma Lou, le 25 septembre 2010.
Il fait très beau.
La lumière sur le bassin est radieuse, comme celle de notre coeur.
À la mairie, tu as, toi aussi, signé le registre.

(Refrain :) Non je ne me souviens plus
Du nom du bal perdu.
Ce dont je me souviens
Ce sont ces amoureux
Qui ne regardaient rien autour d'eux.
Y avait tant d'insouciance
Dans leurs gestes émus,
Alors quelle importance
Le nom du bal perdu ?
Non je ne me souviens plus
Du nom du bal perdu.
Ce dont je me souviens
C'est qu'ils étaient heureux
Les yeux au fond des yeux.
Et c'était bien...
Et c'était bien...

Challenge 6% Rentrée Littéraire 2013
logorl2013
32/36

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08 février 2014

Dans la gueule du loup : mariée à un pervers narcissique - Marianne Guillemin

Lu en partenariat avec les éditions MaxMilo

dans la gueule du loup MaxMilo - janvier 2014 - 192 pages

Quatrième de couverture :
Mariée depuis quelques mois, Marianne découvre peu à peu que son mari est égocentrique et dominateur. Avenant et charmant en public, il la rabaisse en privé, impose ses habitudes, favorise sa carrière au détriment de celle de sa femme. À la violence psychologique s’ajoute la violence physique.

Marianne apprend à déchiffrer les humeurs de cet homme pervers, met en place des stratégies pour éviter le conflit, protéger ses trois enfants. N’osant en parler et parce qu’elle pense que ses enfants ont besoin de leur père, elle vivra dix ans dans la gueule du loup.
Plusieurs années après son divorce, elle redoutera encore de rentrer chez elle. Il lui faudra du temps pour se reconstruire.
Elle offre aujourd’hui un témoignage réfléchi sur les mécanismes de la perversité narcissique, du repli sur soi et incite les femmes à ne plus se taire.

Auteur : Journaliste, chargée de communication au ministère de la Défense durant trente ans, Marianne Guillemin collabore à La Tribune/le Progrès. Elle est l’auteur d’Officiers de communication : le parcours des combattantes (2013).

Mon avis : (lu en février 2014)
Voilà un témoignage très fort sur un sujet douloureux dont on ne parle pas beaucoup. 
A 20 ans, encore étudiante, Marianne rencontre l'homme qui deviendra son mari. Il a 31 ans, il est journaliste, il est attentionné et elle l'admire. Au début de leur relation, ses changements brusques de comportement auraient du l'alerter. « Il pouvait me hurler dessus, tout casser dans l’appartement et partir en claquant la porte puis revenir tout sourire avec un bouquet de fleurs en me couvrant de baisers et en m’appelant "Ma chérie". » Trop amoureuse, elle ne voit pas le danger. Elle se marie et peu à peu son mari dévoile son vrai visage... En privé, il est tyrannique, égocentrique, il impose toujours son avis, il dévalorise en permanence Marianne. En public, au contraire, il est agréable, charmant... L'arrivée des trois enfants ne va pas changer son comportement caractériel et violent. Marianne organise alors sa vie pour éviter les crises et protéger ses enfants.
« La vie avec un pervers c’est une alternance de moments joyeux, de tendresse, de projets et de désirs partagés qui font croire à un bonheur possible et de moments terribles, de phrases méprisantes et de violences physiques. »
Difficile pour cette jeune femme de parler à ses proches de ses soucis, elle a honte de l'échec de son couple, n'a-t-elle pas aussi sa part de responsabilité de la situation ? « Le doute, la culpabilité, me faisait croire que j'étais responsable de cette situation et que j'avais le pouvoir, le devoir d'arranger les choses. » Marianne ne veut pas séparer les enfants de leur père, elle ne dit rien, elle cloisonne sa vie : au travail, elle est épanouie, souriante, à la maison, c'est la peur et la tension. Il lui faudra 10 ans pour comprendre que la seule solution c'est de le quitter...

Dans ce livre, Marianne revient sur sa vie avec un mari pervers narcissique, il lui a fallu du temps pour se reconstruire et c'est pour aider les femmes qui se trouveraient dans une situation identique qu'elle a écrit ce témoignage poignant, très détaillé et précis. En annexes, elle a également récapitulé quelques conseils : 
- Comment aider les victimes de pervers  ?
- Caractéristiques du pervers narcissique.
- Paroles de femmes, puisque toutes les histoire sont différentes mais entre en résonances les unes les autres.
Une lecture touchante, intéressante et instructive. A découvrir !

Merci à Ornella et aux éditions MaxMilo pour cette découverte poignante.

Extrait : (Prologue)
Ce récit est inspiré d'une histoire vraie. La mienne.
Les dix années que j'ai vécu aux côtés d'une personnalité perverse auraient pu me détruire et ont laissé une empreinte forte sur la femme que je suis devenue. Il m'a fallu du temps, beaucoup de temps, et de l'aide pour pouvoir regarder cette période de ma vie sans honte et sans (trop) de culpabilité. Aujourd'hui je comprends mieux, j'accepte ma part de responsabilité et surtout je suis convaincue que j'ai agi au mieux. Il n'y avait rien d'autre à faire. Fuir, mettre de la distance et rassembler les morceaux de ma vie.
Je crois que la plupart des femmes restent dans ces situations terribles parce qu'elles ne veulent pas admettre qu'elles se sont trompées. Pendant des années je me disais que les choses allaient s'arranger, qu'il n'était pas seulement cet homme violent et caractériel puisque je l'avais aimé, il n'était pas concevable d'avoir pu ressentir de l'amour pour quelqu'un qui me détruisait.
J'avais eu une enfance heureuse et protégée, élevée par une grand-mère aimante à la mort de mon père, puis par ma mère et un beau-père adorable. J'étais l'aînée d'une fratrie de cinq, trois frères et une sœur avec lesquels je m'entendais bien. J'ai été la première à me marier. Je savais ce qu'était l'amour, j'avais eu sous les yeux un couple qui s'aimait, ma mère m'avait enseigné la joie de vivre, je n'ai même pas l'excuse d'une vie tristounette qui m'aurait précipitée dans les bras du premier venu. On m'avait appris la confiance, le respect de l'autre, la sécurité des sentiments partagés.
Alors ? Je m'étais trompée sur la personne et cette erreur initiale m'enfouissait la tête et le cœur dans le sable. Je préférais oublier les moments difficiles et me concentrer sur le positif. Car la vie avec un pervers n'est pas tissée au rouet du malheur. Non, les fils se croisent, alternance de moments joyeux, de tendresse, de projets et de désirs partagés qui me faisaient croire à un bonheur possible, à portée de main et de bonne volonté.
Puis, quand mes yeux se sont finalement dessillés, quand j'ai fait le bilan des moments difficiles et des rares instants heureux, j'ai voulu l'aider à changer. J'avais alors compris la nature pathologique de son caractère, cette inaptitude chronique à être heureux, la recherche du drame permanent. J'ai cherché à le comprendre, à cerner ce qui avait, dans son vécu d'enfance, entraîné cette déviance. Une mère dure et pourtant fusionnelle, un père absent, défaillant, et surtout, une agression sexuelle à l'adolescence que personne ne prit vraiment en compte. Il fut envoyé en Suisse, dans un internat médicalisé, sur ordre de son parrain, médecin, qui devait avoir saisi l'urgence de la situation (il était tout de même resté six mois sur son lit en refusant d'aller à l'école !). Mais aucun mot de réconfort ne sera mis sur son désarroi.
Je pensais naïvement qu'avec de l'amour je le changerais. Mais les pervers n'ont pas accès à l'amour. Ils cherchent la jouissance immédiate, leur plaisir personnel jusque dans leurs souffrances dont ils tirent un certain plaisir. J'ai essayé alors de changer moi-même, d'être une personne plus adaptée à son caractère. J'évitais de le contrarier, je parlais le moins possible, bref je devenais une ombre avec un seul objectif : éviter le conflit.
Devant l'évidence, je finis par admettre qu'il y avait chez mon mari quelque chose qui avait à voir avec le désordre mental. Je réussis à l'emmener consulter un psychiatre qui confirma le diagnostic sans toutefois préciser de quoi il s'agissait. On essaya alors divers traitements, les régulateurs d'humeur, il y eut un mieux, léger. Mais l'acceptation de la maladie n'allait pas sans heurts et, bientôt, il refusa les traitements.
Il n'était pas malade, disait-il, il avait des problèmes de comportement. Il l'admettait parfois, mais en soulignant que ces problèmes étaient fonction de son entourage (c'est-à-dire moi). Et c'est vrai que je catalysais sa colère, j'augmentais son énervement si je tremblais quand il élevait la voix. C'était un cercle vicieux.
J'ai alors compris que j'avais fait le tour de la question. J'ai tenté de le changer avec de l'amour, puis j'ai essayé de changer moi-même, par amour ; ensuite, j'ai demandé de l'aide au corps médical et un jour, je ne sais plus très bien à quel moment, l'amour a disparu.
Pourtant je ne suis pas partie tout de suite. Le devoir, l'orgueil, ont remplacé les sentiments. Je cherchais encore des solutions, mais je commençais à me préserver et surtout à protéger mes enfants. J'ai mis en place des stratégies d'évitement ; j'avais la chance d'avoir un boulot très prenant, des amis : je tirais ma force de ces moments passés en dehors de chez moi pour l'affronter avec détachement.
Sans la violence, la tension nerveuse permanente qu'il instaurait, je serais restée plus longtemps encore. J'imaginais que c'était mieux pour les enfants, que leurs conditions de vie étaient meilleures ainsi (alors que cette période les a abîmés au contraire) et surtout, au fond de moi, j'avais peur. Peur de ne pas arriver à m'en sortir, peur de ne pas réussir à lui échapper et craignant des représailles, démunie, ne sachant pas où aller et surtout par quel bout commencer pour mettre de l'ordre dans ma vie.
Je m'étais jetée dans la gueule du loup, personne ne m'avait obligée à l'épouser, certains de mes amis avaient même cherché à m'en dissuader. Ou, du moins, avaient tenté de me faire réfléchir. J'étais jeune, j'avais le temps. « Pourquoi t'es-tu mariée ? » demanda quelqu'un, un beau jour. « Parce qu'il me l'a demandé. » C'est aussi simple, aussi stupide que cette réponse. Et en y repensant, je m'apercevais que dans ce guêpier, je m'y étais fourrée toute seule...
À ce stade, j'ai eu des moments d'intense découragement où l'idée de disparaître m'effleurait. Où l'idée de le supprimer, de le pousser par la fenêtre quand il se penchait sur la rambarde en criant qu'il allait sauter, dans ses crises de délire, me surprenait et me faisait honte par la suite.

 

Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Animal" (1)

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Challenge Rentrée Hiver 2014

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22 janvier 2014

Dans les forêts de Sibérie - Sylvain Tesson

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Gallimard - mai 2012 - 6h50 - lu par Sylvain Tesson

Gallimard - septembre 2011 - 267 pages

Folio - avril 2013 - 304 pages

Prix Médicis essai 2011

Quatrième de couverture :
« Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dansd les forêts de Sibérie. J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. » Sylvain Tesson revit son expérience au cœur de la Russie en une lecture habitée, intense et vibrante d'émotions. 

 

Auteur : Sylvain Tesson est né en 1972. Aventurier et écrivain, membre de la Société des explorateurs français, il s'est fait connaître avec un remarquable récit de voyage, L'axe du loup : De la Sibérie à l'Inde sur les pas des évadés du Goulag. Son premier recueil de nouvelles, Une vie à coucher dehors, s'inspirant de ses nombreux voyages, reportages et documentaires, a reçu le Goncourt de la nouvelle 2009.

Mon avis : (écouté en janvier 2014)
C'est le récit autobiographique de Stéphane Tesson qui a vécu six mois, de février à juillet 2010, dans une cabane au bord du lac Baïkal. Loin de tout, avec comme provisions, des kilos de pâtes, du tabasco, du ketchup et des litres de vodka, pour se chauffer du bois à couper et pour lire de nombreux livres... Ces six mois, c'est l'occasion de se poser, de se retrouver spectateur de la nature, d'apprécier le silence, de voir passer le temps...
J'ai beaucoup aimé ce livre, de plus lu par son auteur, je l'ai trouvé apaisant et passionnant.
J'ai aimé les descriptions de la nature, le cycle des saisons avec la neige, le lac pris par les glaces, puis la fonte des neiges et la débâcle avec l'arrivée du printemps, les animaux rencontrés, du plus petit ou plus gros (mésanges, oies, phoques ou les ours...). 
Sylvain bouge un peu accueilli par ses plus proches voisins qui sont à une journée ou deux de marche. Il utilise le kayak, une pulka tirée par des chiens... Il a également quelques visiteurs qui arrivent selon la saison en camion ou en bateau...
Ce journal de bord mêle descriptions, réflexions, anecdoctes... Je n'ai pas vu le temps passer et j'ai beaucoup imaginé cette retraite paisible...
Coup de cœur !

Note : ♥♥♥♥♥

Extrait : (début du livre)
La marque Heinz commercialise une quinzaine de variétés de sauces. Le supermarché d’Irkoutsk les propose toutes et je ne sais quoi choisir. J’ai déjà rempli six caddies de pâtes et de Tabasco. Le camion bleu m’attend. Micha, le chauffeur, n’a pas éteint le moteur, et dehors, il fait – 32.
Demain, nous quittons Irkoutsk. En trois jours, nous atteindrons la cabane, sur la rive ouest du lac. Je dois terminer les courses aujourd’hui. Je choisis le « super hot tapas » de la gamme Heinz. J’en prends dix-huit bouteilles : trois par mois.
Quinze sortes de ketchup. À cause de choses pareilles, j’ai eu envie de quitter ce monde.

9 février
Je suis allongé sur mon lit dans la maison de Nina, rue des Prolétaires. J’aime les noms de rues en Russie. Dans les villages, on trouve la « rue du Travail », la « rue de la révolution d’Octobre », la « rue des Partisans » et, parfois, la « rue de l’Enthousiasme » où marchent mollement de vieilles Slaves grises. 
Nina est la meilleure logeuse d’Irkoutsk. Autrefois, pianiste, elle se produisait dans les salles de concerts de l’Union soviétique. À présent, elle tient une maison d’hôte.
Hier elle m’a dit : « Qui eût cru que je me transformerais un jour en usine à crêpes ? » Le chat de Nina ronronne sur mon ventre. Si j’étais un chat, je sais le ventre où je me réchaufferais.
Je suis au seuil d’un rêve vieux de sept ans. En 2003, je séjournai pour la première fois au bord du Baïkal. Marchant sur la grève, je découvris des cabanes régulièrement espacées, peuplées d’ermites étrangement heureux. L’idée de m’enfouir sous le couvert des futaies, seul, dans le silence, chemina en moi. Sept ans plus tard, m’y voilà.
Il faut que je trouve la force de repousser le chat. Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu’on est au bord de saisir ce que l’on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J’ai peur d’appartenir à cette espèce.
Le camion de Micha est chargé ras la gueule. Pour atteindre le lac, cinq heures de route à travers des steppes englacées : une navigation, par les sommets et les creux d’une houle pétrifiée. Des villages fument au pied des collines, vapeurs échoués sur des hauts-fonds. Devant pareilles visions, Malevitch écrivit : « Quiconque a traversé la Sibérie ne pourra plus jamais prétendre au bonheur. »
Au sommet d’une croupe, le lac apparaît. On s’arrête pour boire. Cette question après quatre rasades de vodka : par quel miracle la ligne du littoral épouse-t-elle aussi parfaitement les contours de l’eau ?

 livre_audio

 Challenge Petit Bac 2014
91121022
"Géographie" (1)

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03 juillet 2013

N'aie pas peur si je t'enlace - Fulvio Ervas

n_ai_pas_peur_si_je_t_enlace_ Liana Levi - février 2013 - 267 pages

traduit de l'italien par Marianne Faurobert

Titre original : Se ti abbraccio non aver paura, 2012

Quatrième de couverture : 
Un voyage de trente-huit mille kilomètres, qui commencera par la traversée des Etats-Unis en Harley Davidson. C'est cela que Franco Antonello souhaite pour le dix-huitième anniversaire de son fils, diagnostiqué autiste à l'âge de trois ans. Andrea est un ouragan imprévisible. Lorsqu'il marche, c'est sur la pointe des pieds. Les objets, il les aime rangés dans un ordre méticuleux. Quand il veut savoir qui il a en face de lui, il l'enlace afin de sentir ce que l'autre a dans le ventre et pour cette raison ses parents ont inscrit sur ses T-shirts : N'aie pas peur si je t'enlace. Pourtant ce voyage se fera, à travers les Etats-Unis et jusqu'en Amérique latine, mille fois plus inattendu que prévu. Sous le regard étonné et teinté d'humour du père, Andrea caressera les crocodiles, communiquera avec les chamans indiens, embrassera les jeunes filles et enseignera à son père à se laisser aller à la vie. Il fera de cette expérience une aventure épique, difficile et grisante, imprévisible et captivante. Comme lui, qui dit vouloir devenir, malgré tout, un terrien.

Auteur : Fulvio Ervas vit à Trévise et est l'auteur de plusieurs romans noirs. Il a raconté l'histoire de Franco et Andrea dans N'aie pas peur si je t'enlace.

Mon avis : (lu en juillet 2013) 
Ce livre raconte l'histoire vraie du grand voyage à travers les États-Unis puis l'Amérique Latine de Franco Antonello avec Andrea son fils qui vient d'avoir 18 ans et qui est autiste. L'auteur, Fulvio Ervas, a dialogué avec Franco pendant plus d'un an avant d'en faire ce livre poignant et authentique.

« N'aie pas peur si je t'enlace », ce titre est à la fois très beau et mystérieux. Il traduit le comportement d'Andrea lorsqu'il veut « ressentir » quelqu'un. Il a besoin de toucher ou d'enlacer la personne. 
Andrea s'exprime peu oralement, il prononce quelques mots, sans vraiment faire de phrases. Mais avec un ordinateur, il arrive à écrire des phrases. J'ai beaucoup aimé les échanges questions réponses tapés sur l'ordinateur entre Franco et Andrea. C'est intéressant de voir tout au long du voyage comment l'autisme et le comportement d'Andrea sont perçus. 
Un témoignage passionnant et touchant où alternent le récit du voyage et ses anecdotes avec les réflexions et interrogations sur la vie d'un enfant autiste. L'amour entre le père et le fils est fort et superbe. Grâce à cet incroyable voyage, Andrea et Franco auront fait un grand pas dans leur vie.
J'ai aimé la carte au début du livre nous permettant facilement de suivre le périple d'Andrea et Franco étape par étape à travers 11 états des États-Unis, puis le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Costa Rica, le Panama et enfin le Brésil.

N'hésitez pas à aller voir les Photos du voyage d'Andrea 

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Extrait : (début du livre)
Certains voyages commencent bien avant le jour du départ.
Parfois longtemps avant.
Il y a quinze ans je vivais tranquille, serein, auprès de mes proches, dans un monde familier. Voilà tout à coup
qu’Andrea me bouscule, me retourne les poches, change les serrures des portes. Tout est bouleversé.
Il aura suffi de quelques mots : « Votre fils est probablement autiste. »
Ma première réaction a été l’incrédulité : c’est impossible, ce doit être une erreur de diagnostic. Puis je me suis rappelé certains détails, des petites choses qui m’avaient paru insignifiantes. Je m’étais trompé.
Alors éclate un orage, deux ouragans, sept typhons.
Dès lors on est dans la tourmente.
Après le diagnostic je suis entré dans un bar et j’ai demandé un verre d’eau, plate.
– Vous désirez autre chose ?
La serveuse a dû remarquer ma stupeur.
– Vous avez une idée de ce qu’est l’autisme ?
– Non.
– Moi non plus.
J’ai contemplé mon verre, je l’ai bu lentement comme si l’eau pouvait laver mes pensées, drainer le problème jusqu’à mes reins et l’expulser loin de moi. Mais ça ne marche pas comme ça. 
– Et comment ça marche ? ai-je demandé à Barnard.
Au village, tout le monde, y compris moi, appelait le médecin de famille « Barnard (1) » à cause de sa hantise des maladies du cœur, des coronaires et d’autres pathologies dont je ne me souciais pas à l’époque. Quand on va bien, le corps tout entier va bien et le cœur avec.
– La vie tient sous une courbe en cloche : au centre, les troubles ordinaires, et sur les côtés des extravagances de toutes sortes, voilà comment ça marche. Au milieu, la vie se dilue, et sur les côtés elle est trop dense.
– Je ne comprends pas.
– La vie n’est pas parfaite, mais elle a sa propre force.

Il avait raison. La biologie a sa propre force et fait grandir les enfants, même ceux qui souffrent d’autisme.
Certains estiment que vivre avec un enfant autiste revient à se soumettre à une forme de tyrannie. À l’idée de ce qu’il adviendrait du monde s’il tombait sous le contrôle d’Andrea, j’ai envie de rire.
Pour commencer, les semaines auraient une couleur. La semaine du rouge, libre cours au commerce des carottes,
des oranges et des tomates, subventions réservées à leurs producteurs et blocage total de la circulation des camions transportant brocolis, choux et petits pois. Mais dès qu’arrive la semaine du vert, les magasins se remplissent des légumes précédemment interdits, les cageots d’oranges sont réexpédiés en Sicile et les carottes réintroduites, une à une, dans la terre. À l’endroit exact d’où elles avaient été retirées, bien sûr, impossible de replanter des carottes françaises dans un champ à Ferrare. 

Il n’y aurait pas de semaine du violet, tant pis pour les amateurs de prunes et d’aubergines.
Il n’existerait pas de moitié plein ni de moitié vide, ce qui résoudrait l’éternel dilemme : bouteilles et contenants
devraient être soit pleins, soit vides, et les stylos, tous avec la pointe sortie ou tous avec la pointe rentrée, sinon les uns s’abîment et pas les autres. Voilà un risque qui serait évité.
Il conviendrait de ne pas porter de tricots ni de gilets à fermeture éclair en négligeant de remonter celle-ci tout à
fait. Fermetures soit baissées, soit remontées, s’il vous plaît. Inutile d’ergoter sans fin pour savoir s’il fait froid ou s’il fait chaud. Un minimum d’esprit de décision ne nuit pas.
Qu’on n’aille pas s’imaginer qu’on peut manger une pizza en la divisant en portions, en partant d’un point quelconque, mettons, et en les détachant à son gré : d’abord on mange le blanc de la mozzarella, puis le vert du basilic, et à la fin, seulement à la fin, la pâte avec le rouge de la sauce tomate.
Trois cent soixante-cinq jours par an, ce serait la journée du chocolat. Une obligation pas si désagréable.
Qu’aucun propriétaire de thermostat, ou d’appareil en tenant lieu, n’espère d’indulgence. Éteint ou ouvert au
maximum : les demi-saisons sont ruineuses.
Les clochers seraient équipés d’un distributeur de bulles de savon, tous les vendredis, bulles à la volée pour annoncer la fin de la semaine, ainsi que les lundis, pour en fêter le début ; feux d’artifi ce le jour de l’an, aux solstices et aux équinoxes, et chaque fois que les finances le permettent.
Une tyrannie aux idées claires.
Un tyran fragile, qui a tant besoin de liberté. C’est pourquoi nous le laissons aller seul à l’école. Ce sont ses vingt
minutes d’oxygène, dix à l’aller et dix au retour. Vous n’avez pas peur ? nous demande-t-on. Si, bien sûr. Tous les jours. 

Mais Andrea affiche un de ces sourires, quand il met son sac sur l’épaule, puis quand il rentre à la maison, que ça
vaut toutes les inquiétudes. Parce que être libre, ce n’est pas seulement respirer et sentir son cœur battre, ça ne suffit pas.
Certes, la liberté n’est jamais donnée et il nous a fallu signer des décharges, un garçon autiste qui va tout seul à
l’école, c’est un vrai problème : pour les enseignants, pour les agents de police, pour la communauté, pour tous les automobilistes européens et les touristes lituaniens de passage.

(1) Christian Neethling Barnard, médecin sud-africain, a réalisé la première transplantation cardiaque en 1967.

 

Challenge Petit BAC 2013
petit_bac_2013
"Sentiment"

  50__tats
42/50 :  Colorado

 

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05 juin 2013

Louis, pas à pas - Gersende et Francis Perrin

louis_pas___pas JC Lattès - avril 2012 - 230 pages

Présentation éditeur :
« Votre fils Louis est pris en charge parce que votre mari est une vedette. Il s’appelle Francis Perrin. Mais nous, on n’est pas connus, tout le monde s’en fout de notre gamin autiste ! » Nous avons entendu cette phrase trop souvent. Aujourd’hui, par notre engagement, nous voulons porter la voix des parents brisés, comme nous-mêmes l’avons été. En 2004, notre vie bascule au moment où un « grand ponte » spécialisé dans l’autisme prononce cette phrase indélébile : « Faites le deuil de votre enfant ! » S’ensuit une année d’épreuves où des soi-disant professionnels arrivent à cette atterrante conclusion : « Madame, vous êtes une mauvaise mère, Monsieur, vous êtes un père trop vieux! » Ce sont eux qui nous ont fait souffrir, jamais Louis. En 2005, à l’âge de trois ans, Louis est diagnostiqué autiste sévère par des professionnels compétents qui nous font découvrir l’A.B.A. (Applied Behavior Analysis), un traitement de stimulation non médicamenteux pratiqué depuis près de cinquante ans partout dans le monde. Nous passons alors de l’avant à l’après. Louis évolue dès les premiers jours du traitement. Il communique peu à peu avec ses frères, ses sœurs, ses amis, et commence à acquérir une véritable autonomie. Ses progrès sont spectaculaires : il devient pas à pas « un enfant presque comme les autres ». Avec courage et détermination, Gersende et Francis Perrin redonnent espoir aux parents et montrent que l’autisme n’est pas une fatalité.

Auteurs : Comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre Montansier de Versailles de 1993 à 2000, Francis Perrin a dirigé sa propre compagnie en interprétant divers rôles dont celui de Molière lui-même. Il a publié son autobiographie, Mon Panthéon est décousu en 2003, et un premier roman Degrés de lassitude en 2005 aux éditions du Rocher suivi par Molière, chef de troupe (Plon, 2007) et Le Bouffon des rois (Plon 2011), une biographie de Triboulet, le bouffon de Louis XII et François Ier. 
Avec sa femme Gersende, il vient de publier Louis, pas à pas, un témoignage poignant retraçant son combat contre l'autisme dont souffre son fils (Lattès, 2012).
Gersende Perrin, diplômée du Conservatoire National d’Art dramatique de Paris, a sacrifié sa carrière de comédienne pour devenir maman à plein temps, s’engageant activement pour la cause des enfants autistes.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Avant de lire ce témoignage de Francis Perrin et sa femme Gersende autour de leur fils Louis autiste, j'avais vu plusieurs reportages à la télévision sur Louis. Je connaissais donc déjà le sujet du livre. 
« Faites le deuil de votre enfant ! », c'est par ces mots d'une extrême viiolence que Gersende et Francis apprennent que Louis est atteint d'autisme. Enfin, un diagnostique, alors que cela fait près de trois ans qu'ils ne savent comment faire avec Louis pour communiquer, pour qu'il devienne un enfant qui parle, qui marche... Impossible pour ces courageux parents de ne rien faire, ils veulent aider Louis à se développer, à avoir le maximum d'épanouissement qu'il peut attendre de la vie. Ils savent  que cela ne sera pas facile, qu'il faudra du temps. Grâce à la rencontre de professionnels compétents qui leurs font découvrir l’A.B.A. (Applied Behavior Analysis), un traitement de stimulation, ils vont voir Louis évoluer pas à pas.
Ce livre a été écrit grâce au journal que Gersende écrivait au jour le jour et avec quelques pages écrites par Francis.
Ce témoignage, ils ne l'ont pas fait pour se mettre en avant ou se faire de la pub, mais au contraire pour être des porte-paroles pour des parents, des familles silencieuses qui se débattent avec "l'administratif" médical ou scolaire pour faire accepter la différence de leurs enfants et que l'on arrive à les accueillir à l'école. 
Un témoignage fort, intéressant et attachant qui se lit facilement et qui donne de l'espoir. Bravo !

Extrait :
C'était... l'avant... l'avant d'après...
... j'écrivais :

2 août 2001
Je suis une femme amoureuse qui veut un enfant.
Le soleil du sud-ouest est levé et mon amour dort. C'est peut-être le jour pour faire un bébé.
Un petit qui ferait de moi une maman, enfin ! Je vais réveiller mon amant. Ton futur père...
Peut-être !
D'habitude pudique le jour, cette nuit, je me jette nue dans la piscine, éclaboussant le reflet paisible de la lune sur l'eau. Je me sens légère. Si j'avais su qu'un petit être commençait à pousser dans mon corps, j'aurais pensé que nous étions deux à nager.

3 septembre 2001
Je ne sais pas encore que tu es dans mon ventre mais je sens depuis quelques jours le sommeil plomber mes paupières dès que je les pose sur trois lignes de mon livre de chevet.
J'accuse l'auteur d'être très ennuyeux : je suis tout simplement très enceinte.
En bonne fausse intellectuelle, je choisis un autre livre, celui d'un auteur recommandé dans de très bonnes émissions nocturnes que je n'arrive plus à regarder, ne veillant pas au-delà de la première interview. Je m'essaie donc aux écrits d'un poète contemporain dont la lecture semble correspondre à mon état étourdi et romantique du moment. Mais hélas, ses phrases poétiques me semblent de plus en plus lourdes et finissent par me rester sur l'estomac jusqu'au matin. J'ai la nausée ! J'ignore décidément tout de mon état.

5 septembre 2001
J'ai fait un test de grossesse. Ou plutôt... j'ai fait sept tests de grossesse. J'ai vécu sept fois ce « moment unique » de la croix rose qui apparaît. A cet instant, la langue française m'offre tellement de mots pour décrire mon état que j'ai l'impression de flotter dans le Larousse des synonymes du mot « bonheur » : béatitude, plaisir, joie, chance, félicité, euphorie...
Tout à l'heure, j'ai parlé à mon bébé pour la première fois. Je lui ai demandé de rester bien accroché.
On sera les meilleurs parents du monde, enfin on fera ce qu'on pourra. Je suis sûre que tu seras le meilleur enfant du monde.

 Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

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25 mai 2013

Chaveta : L'arche d'or des Incas - Jéromine Pasteur

Challenge Destination Pérou : 25 mai 2013
proposé par evertkhorus
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chaveta chaveta_filipaki chaveto_ldp chaveta_ed_Seine

France Loisirs - 1988 - 259 pages

Editions Filipacchi - 1988 - 260 pages

Livre de Poche - janvier 1990 - 285 pages

Editions de la Seine - 1990 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Elle s'appelle vraiment Jéromine. Mais les Indiens la nomment Chaveta, papillon symbole de la connais-sance, aux ailes constellées de poussière orange plus précieuse qu'une poudre d'or. Jéromine vit avec la tribu des Ashanincas dans la forêt péruvienne. Son chemin croise celui des guérilleros du Sentier Lumi-neux et des trafiquants de coca. Le danger menace mais, enveloppée d'une aura. mystérieuse, elle déjoue tous les pièges. Il y a dix ans, Jéromine construit de ses propres mains son voilier. Cap sur le Brésil: en solitaire. Derrière la danse et sa fièvre, se cachent les sortilèges de la macumba. La mort la guette, l'amour la sauve. Elle trouve la paix en jungle tropicale où des sorciers Finitient à leurs secrets. Un jour, la légende la guide vers le « puente de oro »: l'arche d'or des Incas.

Auteur : Jéromine Pasteur, née le 30 novembre 1954 à Montceau-les-Mines (France), est une exploratrice et aventurière qui publie des ouvrages et récits de ses voyages. En 1981, elle navigue jusqu'en Amérique du Sud, où elle rencontre les Ashaninkas, Indiens de l'Amazonie péruvienne, dont elle adopte le mode de vie. En 2004, elle fonde l'association Chaveta pour venir en aide à sa seconde famille indienne.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Un peu en panne d'inspiration pour choisir un livre pour la destination Pérou et ne voulant pas jouer la facilité avec Tintin et le temple du soleil, j'ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque. En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que ce récit était pile poil dans le thème... En fait, le Pérou n'est vraiment évoqué que dans les cent dernières pages de ce livre...
Malgré cela, j'ai beaucoup aimé suivre les aventures de Jéromine Pasteur, tout d'abord le récit de son enfance dans le Jura et déjà son amour pour la nature et ses jeux dans les arbres. Puis jeune adulte elle découvrira la voile et après avoir construit 
elle-même pendant quatre ans son voilier , elle partira à l'aventure sur les mers vers le Sénégal, la Gambie puis l'Amérique du Sud. 

En 1984, elle rencontre pour la première fois les Indiens Ashaninkas au Pérou. Elle se sent bien avec eux et de cette rencontre naît une profonde amitié, elle reviendra faire de nombreux séjours parmis ce peuple qui l'adoptera en la nommant Chaveta. En 1987, elle partira en expédition avec ses nouveaux amis pour tenter de retrouver l'Arche d'or des Incas. C'est ce que nous raconte Jéromine dans ce livre. Cette expédition est passionnante.

Extrait : (début du livre)
Je suis née le 30 novembre 1954. Je devais être un garçon, un Jérôme. Mes parents en étaient tellement sûrs que, pris au dépourvu et complètement déroutés, ils laissèrent pendant deux jours cette petite fille sans nom. C'est son grand oncle (Louis Pasteur, comme notre célèbre ancêtre), penché sur le berceau, qui vint à leur secours, faisant de ce vilain petit Jérôme, une souriante Jéromine...
J'ai eu une enfance solitaire.
Chacun de mes jeudis après-midi est prétexte à des explorations toujours plus magiques de la forêt jurassienne. Il n'est pas un chêne vénérable ou un châtaignier qui ne m'appelle. Et je m'élance dans les branchages, à la recherche d'une enveloppe protectrice, hors de la vue des autres et déjà hors d'atteinte.
De mes premiers perchoirs, je scrute de belles futaies dans les zones basses, à l'horizon desquelles une armée de sapins en grand uniforme de feuillages monte la garde : l'orée des plaines.
Et puis, il y a ces courses folles à travers champs, aux côtés de mon chien, Royal, un pointer. Et, bien sûr, d'éternelles rêveries, l'oeil posé au-delà des cimes, au bord de la rivière.
Tout enfant, je ne suis pas comme les autres. C'est si vrai que personne ne s'intéresse à mes randonnées. Nul n'est aimanté, autour de moi, par l'appel de la nature et celui, plus mystérieux encore, de la forêt.
Et je ne trouve personne pour partager, sur un coup de tête, ou sur un coup de coeur, cette école vraiment buissonière.

 Challenge Petit BAC 2013
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06 avril 2013

Chambre avec vue sur la guerre – Edith Bouvier

chambre_avec_vue_sur_la_guerre Flammarion - octobre 2012 - 272 pages

Quatrième de couverture :
« Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Nous avons tellement fumé que la pièce est nimbée d'un voile de nicotine. Dehors, la lumière du jour pointe à peine et déjà le bruit sourd et grave des obus s'abattant sur la ville reprend. Un premier impact. Je sens le sol bouger, doucement. Un léger tremblement. Celui-là a dû tomber plus loin. » Février 2012. La journaliste Edith Bouvier lance un appel au secours. 
Gravement blessée à la jambe dans les bombardements qui ont tué les reporters Marie Colvin et Rémi Ochlik au cour de la ville assiégée de Homs, en Syrie, la jeune femme a besoin de soins de toute urgence. Avec plusieurs confrères, elle est recueillie par des insurgés syriens au sein d'un dispensaire de fortune du quartier de Baba Amr. Pris au piège, ils tentent le tout pour le tout pour s'échapper en pleine nuit. Ce livre retrace un parcours hors du commun, dix jours entre la vie et la mort.

Auteur : Édith Bouvier est journaliste, elle a 32 ans. Passionnée par le monde arabe, elle explore les points chauds de la planète.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Vous avez sans doute tous vue à la télé la vidéo d’Édith Bouvier allongée, blessée, qui tentait de rassurer, sa famille et ses amis. C'est le photographe William Daniels qui commente la situation dramatique dans laquelle ils se trouvent en compagnie de Paul Conroy du Sunday Times Magazine, également blessé, et de Javier Espinosa d’El Mundo.

Dans ce livre, Édith nous fait le récit des dix jours qu'elle a vécu en Syrie en février 2012 après le bombardement sur Homs qui a tué les reporters Marie Colvin et Rémi Ochlik et qui l'a gravement blessée à la jambe. Le lecteur découvre de l'intérieur le métier difficile de reporter de guerre et comprend un peu mieux la guerre en Syrie. 
Un témoignage très fort où l'on peut d'être qu'admiratif pour Édith très courageuse et battante malgré sa grave blessure et surtout pour tous les syriens anonymes qui feront tout leur possible même dans des conditions extrêmes pour protéger les journalistes et arriver à les faire sortir du pays.
A la fin du livre, il y a une longue liste de tous les morts syriens tuées à Homs entre le 22 février et le 2 mars, le temps du « séjour » d’Édith c'est très émouvant.
Aujourd’hui, Édith et William témoignent, pour que nous oublions pas tous ces syriens qui continuent de souffrir dans cette horrible guerre. C'est vrai que la communauté internationale est plutôt muette sur le sujet... A découvrir !

Extrait : (début du livre)
Personne ne m’a mis un fusil sur la tempe pour me forcer à partir en Syrie. Personne ne m’a offert des valises de billets. C’est un choix réfléchi, mûri longuement. Rien de fou là-dedans, rien d’insensé. Quand je suis partie en Turquie en décembre dernier, j’étais terrorisée. Au bout de quelques minutes, dans le véhicule qui me rapprochait de la frontière syrienne, le passeur m’a serré le bras en me regardant fixement. « Tu peux faire marche arrière si tu préfères. Il n’y a pas de honte à avoir. » J’ai souri et malgré la boule qui me bouffait l’estomac, je suis restée. Parce que c’était ma place, je n’avais envie d’être nulle part ailleurs.
Écrire ce livre est une épreuve. Mais je sais que je dois en passer par là, comme je sais que je repartirai. Parce que c’est mon métier, la seule chose que je sache faire. Parler, raconter, témoigner pour ne jamais entendre dire on ne savait pas. Pour ne pas oublier ces femmes, ces enfants et ces hommes, jeunes, vieux, rebelles, courageux. Cette humanité méprisée et sacrifiée. Ces inconnus qui nous ont tendu la main, hébergés au péril de leurs vies, souri, expliqué leur histoire, d’où ils venaient et pourquoi ils luttaient. Ces hommes et femmes, souvent pauvres, qui ne se battent pas pour l’argent et le pouvoir mais pour la liberté. Cet espoir indestructible, au milieu du chaos, en un avenir meilleur. Cette certitude inébranlable dans la justesse de leur combat. Que rien ne pourra les arrêter, que là où ils tomberont, d’autres se lèveront à leur place.
Écrire ce livre est un besoin. Alors que je m’installe devant mon ordinateur, que je me concentre pour me remémorer tous les détails de cette aventure, certains visages, certaines couleurs s’estompent. Ma mémoire s’efface petit à petit. Certains événements se mélangent, se confondent. Je vois William à mes côtés, mais autour, une ombre noire se forme, les contours des personnes se dissipent. Déjà, Latifa1 disparaît. Ses boucles brunes, ses robes longues et ses jolis yeux tristes. Alors, il me faut les raconter pour ne jamais les perdre. Mettre sur papier une bonne fois pour toutes ces dix jours et avancer. Depuis le retour en France, je n’ai pas fait de cauchemars, ni développé d’angoisses particulières, mais il me faut maintenant passer à autre chose. Laisser cette histoire derrière moi pour pouvoir repartir. Une fois guérie, préparer mon sac et prendre un avion. Écrire de nouveaux reportages, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre à leur contact, reprendre ma vie.
Écrire ce livre est une douleur. C’est revoir, au fil des pages, le sourire de Rémi. Rémi ne feignait pas d’ignorer le danger, au contraire. Il s’était déjà rendu sur de nombreux terrains de guerre, il en connaissait les risques. Mais il n’a pas hésité une seconde, parce qu’il savait, au fond de lui, que c’était là-bas, au milieu d’un quartier assiégé, sous les bombes syriennes, qu’étaient le cœur et le sens de son travail de photoreporter. C’est l’histoire des Syriens, hommes, femmes et enfants qui résistaient au prix de leur vie qu’il venait raconter. Il savait que sa place était là, nulle part ailleurs.
De là-bas, Rémi ne reviendra pas.
Et pour lui, pour ceux qu’il allait rencontrer, nous continuerons. Je continuerai.

  1. Pour des raisons de sécurité, certains prénoms ont été modifiés.

 Challenge 6% Littéraire 2012
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30 mars 2013

Dans le jardin de la bête - Erik Larson

dans_le_jardin_de_la_bete Le Cherche Midi - août 2012 - 656 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Edith Ochs

Titre original : In the Garden of Beasts, 2011

Quatrième de couverture :
Après 
Le Diable dans la Ville blanche, Erik Larson nous offre un superbe thriller politique et d'espionnage, fondé sur des événements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. 
1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

Auteur : Erik Larson est un auteur américain de romans historiques et de romans policiers né le 3 janvier 1954 à Brooklyn. Après Le Diable dans la Ville blanche, bientôt adapté au cinéma avec Leonardo DiCaprio, Dans le jardin de la bête est son deuxième ouvrage paru en France. Les droits d’adaptation cinématographique du livre ont donné lieu à des enchères exceptionnelles, remportées par Tom Hanks.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Voilà un livre dont l'épaisseur peut faire peur... 641 pages, mais je me suis rapidement rendue compte que les cent dernières pages sont consacrées aux notes. En effet, en utilisant les carnets de William Dodd, ambassadeur des États-Unis à Berlin de juillet 1933 à décembre 1937 et le journal intime de sa fille Martha, Erik Larson relate ce qu'il se passe à l'époque à Berlin avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir et la montée des idées antisémites...
William Dodd n'est pas diplomate de formation, c'est un ancien professeur d'histoire qui obtient ce poste car personne n'en voulait et ayant fait ses études à Leipzig, il connaissait l'Allemagne... Son regard critique sur la fonction d'ambassadeur et sur ce qu'il se passait en Allemagne à cette époque est particulièrement intéressant. Il a un côté naïf ou optimiste, il voit son rôle d'ambassadeur comme celui d'un observateur et d'un rapporteur. En octobre 1933, il croyait sincère Hitler dans sa volonté de paix mais au fil des mois il découvre la réalité de l'horreur nazie, pourtant refusant l'ingérence, il cherchera longtemps à préserver des relations cordiales entre les États-Unis et l'Allemagne. Après la Nuit des longs couteaux, du 29 au 30 juin 1934, Dodd critiquera ouvertement le régime mais le gouvernement américain reste prudent et ne réagira pas, ce qui préoccupe le plus les américains, c'est le remboursement de la dette de l'Allemagne ! 
Dodd est également naïf vis à vis de sa fille Martha insouciante et délurée, elle ne pense qu'à s'amuser, elle est séduite par le régime nazi, elle a de nombreux amis, de toutes nationalités et deviendra même la maîtresse de plusieurs dignitaires nazis, comme Rudolf Diels le premier chef de la Gestapo, mais également celle d'un espion soviétique…

Ce livre se lit comme un roman ou un thriller mais les phrases entre guillemets dont il est constitué nous rappellent que c'est un vrai document, un témoignage de cette époque. Erik Larson a effectué un très gros travail de documentation. Et cette chronologie vue de l'intérieur de la lente ascension d'Hitler au pouvoir sans réelle réaction des Allemands comme des autres nations est passionnante.

 

Extrait : (début du livre)
Il était courant, pour les expatriés américains, de se rendre à leur consulat à Berlin, mais l'homme qui s'y présenta le jeudi 29 juin 1933 n'était pas dans un état normal. Joseph Schachno, 31 ans, était un médecin originaire de New York qui, récemment encore, exerçait la médecine dans une banlieue de Berlin. A présent, il se tenait nu dans une salle d'examen entourée d'un rideau au premier étage du consulat où habituellement, un praticien de la santé publique examinait les demandeurs de visas qui aspiraient à émigrer aux États-Unis. Schachno était écorché vif sur une grande partie de son corps.
Deux agents consulaires arrivèrent et entrèrent dans la cabine. L'un était George Messersmith, le consul général américain pour l'Allemagne depuis 1930 (sans rapport avec Wilhelm Messerschmitt, l'ingénieur en aéronautique allemand). A la tête des services diplomatiques à Berlin, Messersmith supervisait les dix consulats américains situés dans les grandes villes allemandes. A côté de lui se tenait son vice-consul, Raymond Geist. En règle générale, Geist était calme et flegmatique, le parfait subalterne, mais Messersmith remarqua qu'il était blême, visiblement secoué.
Les deux hommes étaient atterrés par l'état de Schachno. «Depuis le cou jusqu'aux talons, il n'était qu'une masse de chairs à vif, constata Messersmith. Il avait été roué de coups de cravache et de tout ce qui était possible jusqu'à ce que la chair soit littéralement mise à nu et sanguinolente. J'ai jeté un coup d'oeil et je suis allé le plus vite que j'aie pu jusqu'à un des lavabos où le [médecin de la santé publique] se lavait les mains.»
Le passage à tabac, comme l'apprit Messersmith, était survenu neuf jours plus tôt, mais les plaies étaient toujours ouvertes. «Après neuf jours, des omoplates aux genoux, il y avait toujours des zébrures qui montraient qu'il avait été frappé des deux côtés. Ses fesses étaient pratiquement à cru avec de grandes parties encore dépourvues de peau. Par endroits, la chair avait été pratiquement réduite en charpie.»
S'il constatait cela neuf jours plus tard, se dit Messersmith, à quoi devaient ressembler les plaies aussitôt après le passage à tabac ?
L'histoire se fit jour :
Dans la nuit du 21 juin, Schachno avait vu débarquer chez lui une escouade d'hommes en uniforme à la suite d'une dénonciation anonyme le désignant comme un ennemi potentiel de l'État. Les hommes avaient mis son appartement à sac et, bien qu'ils n'aient rien trouvé, ils l'avaient emmené à leur quartier général. Schachno avait reçu l'ordre de se déshabiller, et il fut aussitôt roué de coups avec brutalité, longuement, par deux hommes armés d'un fouet. Il fut ensuite relâché et parvint tant bien que mal à regagner son domicile. Puis, avec sa femme, il se réfugia au centre de Berlin, dans l'appartement de sa belle-mère. Il était resté alité pendant une semaine. Dès qu'il s'en était senti la force, il s'était rendu au consulat.
Messersmith donna l'ordre de le conduire dans un hôpital, et lui délivra ce jour-là un nouveau passeport américain. Peu après, Schachno et sa femme s'enfuirent en Suède, puis aux États-Unis.

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Avril

Challenge 6% Littéraire 2012
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41/42

 Challenge Petit BAC 2013
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"Animal"

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05 février 2013

Notre force est infinie - Leymah Gbowee

avec Carol Mithers

notre_force_est_infinie Belfond - octobre 2012 - 344 pages

traduit de l'américain par Dominique Letellier

Titre original : Mighty be our powers, 2011

Quatrième de couverture :
Inspirant et bouleversant, le témoignage unique d'une femme dont le courage, la passion et l'exceptionnelle force de conviction ont fait renaître l'espoir dans un pays ravagé. 
Leymah Gbowee n'a que dix-huit ans quand la guerre civile éclate au Liberia. Pendant quatorze ans, les troupes de Charles Taylor vont semer la terreur et la mort. Premières victimes, les enfants dont le dictateur fait des soldats, et les femmes harcelées, parfois violées par les miliciens. 
Au prix d'une volonté inouïe, Leymah Gbowee va relever la tête. Avec dans le coeur une conviction inébranlable : qu'importe l'ethnie, qu'importe la religion, si elles se rassemblent, les femmes peuvent défier la violence des hommes. 
D'innombrables sittings en terrifiantes confrontations avec les seigneurs de guerre, en passant par une grève du sexe aussi spectaculaire qu'efficace, Leymah Gbowee et son armée de femmes en blanc vont réussir l'impensable : pousser Charles Taylor à l'exil et ramener la paix au Liberia. 
Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

Auteur : Née en 1972 à Monrovia (Libéria), Leymah Gbowee est la directrice exécutive du Women Peace and Security Network Africa, basé à Accra (Ghana). Elle a fondé le Women Peacebuilding Program/WestAFrican Network for Peacebuilding (WIPNET/WANET). Elle a aussi officié en tant que commissaire désigné pour la commission Truth et Reconciliation du Libéria. Son engagement a contribué à chasser le président Charles Taylor du pouvoir, après quatorze ans de guerre civile. Leymah Gbowee vit aujourd’hui au Ghana avec ses six enfants.

Mon avis : (lu en février 2013)
J'ai vraiment honte d'avouer qu'avant de lire ce livre, je ne connaissais pas du tout la Libérienne Leymah Gbowee devenue Prix Nobel de la Paix 2011 conjointement avec Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et à la Yéménite Tawakkul Karman.
Ce livre est le témoignage de la vie et de la lutte pour la paix de Leymah Gbowee.

 « Construire la paix ne signifie pas pour moi mettre fin aux combats en se dressant entre deux factions opposées mais soigner les blessures des victimes, leur rendre leur force, les faire redevenir ceux qu'ils ont été. C'est aider les bourreaux à redécouvrir leur humanisé afin qu'ils soient à nouveau utiles à leur communauté. Construire la paix, c'est enseigner qu'on peut résoudre les conflits sans prendre les armes. C'est reconstruire les sociétés où on a utilisé des armes et les rendre meilleures. »

Leymah Gbowee est une adolescente brillante lorsqu'en 1989 éclate la guerre civile au Liberia. Elle va connaître l'exil, les camps de réfugiés, ses rêves d'études supérieures sont loin, elle est mariée avec un homme violent et infidèle et devient très rapidement la mère de 4 enfants. Elle ressent très tôt le besoin d'être utile et de lutter pour s'en sortir. Elle va d'abord s'occuper d'enfants-soldats, puis de femmes violentées... Avec ses petits moyens, son énergie hors du commun, elle mobilise les femmes de toutes ethnies et de toutes religions pour intervenir auprès des hommes afin de mettre fin à la guerre civile.

« Nous sommes fatiguées ! Nous sommes fatiguées de voir tuer nos enfants ! Nous sommes fatiguées d'être violées ! Femmes réveillez-vous – vous avez une voix à faire entendre dans le processus de paix ! »

Sittings, manifestations pacifistes, prières et «grève du sexe» sont les moyens que Leymah a trouvé pour obliger les hommes du pays à s'assoir à la table des négociations. La déterminations de toutes les femmes habillées de blancs a fini par réussir à faire fuir le dictateur Charles Taylor et à rétablir la démocratie en faisant élire en 2003 une femme à la tête du Liberia.
Ce témoignage, nous raconte non seulement son combat pour la paix mais aussi sa vie familiale et personnelle et la difficulté de concilier les deux. Ce livre est passionnant, je ne connaissais pas du tout l'histoire du Liberia, j'associais seulement le Liberia au pavillon de complaisance pour les bateaux... Je suis vraiment admirative devant la détermination de Leymah et ses compagnes de lutte pour refuser la fatalité de la guerre civile et œuvrer à obtenir la paix dans leur pays. Bravo ! 

Extrait : (prologue)
Les histoires de guerre moderne se ressemblent souvent, non parce que les circonstances sont analogues, mais parce qu'elles sont racontées de la même manière. On cite les chefs qui prédisent en toute confiance la victoire. Les diplomates déclament des affirmations pompeuses. Les combattants, vantards, menaçants – toujours des hommes, qu'ils soient des soldats gouvernementaux ou des rebelles, qu'on les dépeigne comme des héros ou des bandits -, brandissent des trophées atroces et transforment leurs bouches en armes aussi dévastatrices que leurs kalachnikovs.
C'était ainsi, dans mon pays, le Liberia. Pendant les années où la guerre civile nous a déchirés, les reporters étrangers sont venus pour informer le monde sur notre cauchemar. Lisez leurs articles ! Regardez les clips vidéo ! Ils ne parlent que du pouvoir de destruction. Des gamins torse nu, à pied ou dans des camions à ridelles, tirent avec d'énormes mitrailleuses, dansent comme des fous dans les rues dévastées d'une ville ou se massent autour d'un cadavre, l'un d'eux brandissant le cœur sanglant de la victime. Un jeune homme portant des lunettes de soleil et un béret rouge fiche un regard glacial dans l'objectif : « On vous tue, on vous mange. »
Regardez à nouveau ces témoignages, plus attentivement, cette fois ! Regardez à l'arrière-plan, car c'est là que vous remarquerez les femmes ! Vous nous verrez nous enfuir, pleurer, nous agenouiller devant la tombe d'un enfant. Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre, c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend.
Un jour, un journaliste étranger m'a demandé : « Avez-vous été violée pendant la guerre au Liberia ? »
Quand je lui ai répondu non, je n'ai plus présenté le moindre intérêt pour lui.
Pendant la guerre, presque personne n'a parlé de ce que fut cette autre réalité : la vie des femmes. Comment, en plein chaos, nous avons caché chaque fois que c'était nécessaire nos maris et nos fils pour éviter que les soldats ne les recrutent de force ou ne les tuent. Comment, en plein chaos, nous avons marché des kilomètres chaque jour pour trouver à manger et de l'eau pour nos familles. Comment nous avons perpétué la vie, afin qu'il reste quelque chose sur quoi reconstruire, quand la paix reviendrait. Comment, enfin, nous avons puisé notre force dans la solidarité pour parler de paix au nom de tous les Libériens.
Ceci n'est pas histoire de guerre traditionnelle. Il s'agit d'une armée de femmes en blanc qui se sont levées quand personne d'autre n'en avait le courage, car ce qu'on peut imaginer de pire nous était déjà arrivé. C'est une histoire qui raconte comment nous avons trouvé la persévérance et la bravoure morales indispensables pour élever la voix contre la guerre et restaurer le bon sens dans notre pays.
Je ne l'avais jamais entendue auparavant, parce que c'est une histoire de femme africaine et que nos histoires sont rarement contées.
Je veux que vous entendiez la mienne.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Février
 

Challenge 5% Littéraire 2012

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33/35

  Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
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PAL Noire

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02 janvier 2013

La Tête à Toto - Sandra Kollender

la_t_te___Toto Steinkis – février 2012 – 155 pages

Quatrième de couverture :
« Neurologique.
Le mot est lâché et le sol commence à se fissurer.
Je reprends peu à peu mes esprits, et je remets tant bien que mal mon fi ls, évidemment endormi, dans sa combinaison pilote.
Pilote de quoi ? Il n’attrape même pas mon doigt. Il y a des fermetures Éclair partout et je suis aussi calme qu’un vendeur de Red Bull. » 

Auteur : Conceptrice-rédactrice puis comédienne, Sandra Kollender met sa carrière entre parenthèses en 2003 pour s'occuper deson fils, alors atteint du Syndrome de West. Elle partage actuellement son temps entre les nombreuses rééducations et la scène. La Tête à Toto est son premier roman.  

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Lorsque Noé arrive au monde, Anna est la plus heureuse des mamans. C'est un bébé exceptionnel, il dort tout le temps, il ne pleure jamais... Malheureusement, cela cache une maladie neurologique chez Noé et lorsque ce terrible diagnostique tombe, c'est la vie de d'Anna qui bascule.
Avec beaucoup de force, de conviction et d'amour, Anna va prendre sa nouvelle situation à bras le corps et malgré l'adversité, elle va se battre pour Noé.
Ce récit autobiographique est plein de sensibilité, de force et d'humour. Anna est pleine d'amour et de tendresse pour son fils Noé, c'est son moteur pour supporter les coups de blues, les idées reçues des uns et des autres, jamais elle ne baissera les bras. On ne peut être qu'admiratif et relativiser nos petits problèmes... Un témoignage direct, émouvant et drôle !

Autres avis : Canel, Clara, CaroMimiStieg, Hélène 

Extrait : (page 16)
Parlons donc de mon fils.
Il est né tout maigre, avec un nez tordu et deux grosses boules à la place des yeux. Deux jolis yeux bleus que l'infirmière a décidé de noyer immédiatement dans un ravissant collyre jaune.

Moi je le trouvais très beau, mais bizarrement personne ne s'extasiait sur mon rejeton. J'ai donc eu droit au festival de la pirouette.
« Oh, Anna tu as une mine superbe, on ne peut pas imaginer que tu as accouché hier »  « Qu'est-ce que c'est petit, on oublie tellement vite quand même » « Oh c'est trop chou ce tout p'tit pyjama et ces tout p'tit chaussons et ces tout p'tits doigts si fins. »
Un peu comme quand on va voir un ami comédien pour lui dire à quel point on a passé une bonne soirée « Quelle mise en scène incroyable, et alors les décors, pôpôpô, les décors... »

Et le temps passe, et son nez se redresse, et ses yeux dégonflent et moi aussi.


 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Décembre

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013

petit_bac_2013
"Partie du corps"

 Défi 1er roman
d_fi_du_1er_roman 

 

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