05 juin 2013

Louis, pas à pas - Gersende et Francis Perrin

louis_pas___pas JC Lattès - avril 2012 - 230 pages

Présentation éditeur :
« Votre fils Louis est pris en charge parce que votre mari est une vedette. Il s’appelle Francis Perrin. Mais nous, on n’est pas connus, tout le monde s’en fout de notre gamin autiste ! » Nous avons entendu cette phrase trop souvent. Aujourd’hui, par notre engagement, nous voulons porter la voix des parents brisés, comme nous-mêmes l’avons été. En 2004, notre vie bascule au moment où un « grand ponte » spécialisé dans l’autisme prononce cette phrase indélébile : « Faites le deuil de votre enfant ! » S’ensuit une année d’épreuves où des soi-disant professionnels arrivent à cette atterrante conclusion : « Madame, vous êtes une mauvaise mère, Monsieur, vous êtes un père trop vieux! » Ce sont eux qui nous ont fait souffrir, jamais Louis. En 2005, à l’âge de trois ans, Louis est diagnostiqué autiste sévère par des professionnels compétents qui nous font découvrir l’A.B.A. (Applied Behavior Analysis), un traitement de stimulation non médicamenteux pratiqué depuis près de cinquante ans partout dans le monde. Nous passons alors de l’avant à l’après. Louis évolue dès les premiers jours du traitement. Il communique peu à peu avec ses frères, ses sœurs, ses amis, et commence à acquérir une véritable autonomie. Ses progrès sont spectaculaires : il devient pas à pas « un enfant presque comme les autres ». Avec courage et détermination, Gersende et Francis Perrin redonnent espoir aux parents et montrent que l’autisme n’est pas une fatalité.

Auteurs : Comédien, metteur en scène, directeur du Théâtre Montansier de Versailles de 1993 à 2000, Francis Perrin a dirigé sa propre compagnie en interprétant divers rôles dont celui de Molière lui-même. Il a publié son autobiographie, Mon Panthéon est décousu en 2003, et un premier roman Degrés de lassitude en 2005 aux éditions du Rocher suivi par Molière, chef de troupe (Plon, 2007) et Le Bouffon des rois (Plon 2011), une biographie de Triboulet, le bouffon de Louis XII et François Ier. 
Avec sa femme Gersende, il vient de publier Louis, pas à pas, un témoignage poignant retraçant son combat contre l'autisme dont souffre son fils (Lattès, 2012).
Gersende Perrin, diplômée du Conservatoire National d’Art dramatique de Paris, a sacrifié sa carrière de comédienne pour devenir maman à plein temps, s’engageant activement pour la cause des enfants autistes.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Avant de lire ce témoignage de Francis Perrin et sa femme Gersende autour de leur fils Louis autiste, j'avais vu plusieurs reportages à la télévision sur Louis. Je connaissais donc déjà le sujet du livre. 
« Faites le deuil de votre enfant ! », c'est par ces mots d'une extrême viiolence que Gersende et Francis apprennent que Louis est atteint d'autisme. Enfin, un diagnostique, alors que cela fait près de trois ans qu'ils ne savent comment faire avec Louis pour communiquer, pour qu'il devienne un enfant qui parle, qui marche... Impossible pour ces courageux parents de ne rien faire, ils veulent aider Louis à se développer, à avoir le maximum d'épanouissement qu'il peut attendre de la vie. Ils savent  que cela ne sera pas facile, qu'il faudra du temps. Grâce à la rencontre de professionnels compétents qui leurs font découvrir l’A.B.A. (Applied Behavior Analysis), un traitement de stimulation, ils vont voir Louis évoluer pas à pas.
Ce livre a été écrit grâce au journal que Gersende écrivait au jour le jour et avec quelques pages écrites par Francis.
Ce témoignage, ils ne l'ont pas fait pour se mettre en avant ou se faire de la pub, mais au contraire pour être des porte-paroles pour des parents, des familles silencieuses qui se débattent avec "l'administratif" médical ou scolaire pour faire accepter la différence de leurs enfants et que l'on arrive à les accueillir à l'école. 
Un témoignage fort, intéressant et attachant qui se lit facilement et qui donne de l'espoir. Bravo !

Extrait :
C'était... l'avant... l'avant d'après...
... j'écrivais :

2 août 2001
Je suis une femme amoureuse qui veut un enfant.
Le soleil du sud-ouest est levé et mon amour dort. C'est peut-être le jour pour faire un bébé.
Un petit qui ferait de moi une maman, enfin ! Je vais réveiller mon amant. Ton futur père...
Peut-être !
D'habitude pudique le jour, cette nuit, je me jette nue dans la piscine, éclaboussant le reflet paisible de la lune sur l'eau. Je me sens légère. Si j'avais su qu'un petit être commençait à pousser dans mon corps, j'aurais pensé que nous étions deux à nager.

3 septembre 2001
Je ne sais pas encore que tu es dans mon ventre mais je sens depuis quelques jours le sommeil plomber mes paupières dès que je les pose sur trois lignes de mon livre de chevet.
J'accuse l'auteur d'être très ennuyeux : je suis tout simplement très enceinte.
En bonne fausse intellectuelle, je choisis un autre livre, celui d'un auteur recommandé dans de très bonnes émissions nocturnes que je n'arrive plus à regarder, ne veillant pas au-delà de la première interview. Je m'essaie donc aux écrits d'un poète contemporain dont la lecture semble correspondre à mon état étourdi et romantique du moment. Mais hélas, ses phrases poétiques me semblent de plus en plus lourdes et finissent par me rester sur l'estomac jusqu'au matin. J'ai la nausée ! J'ignore décidément tout de mon état.

5 septembre 2001
J'ai fait un test de grossesse. Ou plutôt... j'ai fait sept tests de grossesse. J'ai vécu sept fois ce « moment unique » de la croix rose qui apparaît. A cet instant, la langue française m'offre tellement de mots pour décrire mon état que j'ai l'impression de flotter dans le Larousse des synonymes du mot « bonheur » : béatitude, plaisir, joie, chance, félicité, euphorie...
Tout à l'heure, j'ai parlé à mon bébé pour la première fois. Je lui ai demandé de rester bien accroché.
On sera les meilleurs parents du monde, enfin on fera ce qu'on pourra. Je suis sûre que tu seras le meilleur enfant du monde.

 Challenge Petit BAC 2013
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"Prénom"

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25 mai 2013

Chaveta : L'arche d'or des Incas - Jéromine Pasteur

Challenge Destination Pérou : 25 mai 2013
proposé par evertkhorus
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chaveta chaveta_filipaki chaveto_ldp chaveta_ed_Seine

France Loisirs - 1988 - 259 pages

Editions Filipacchi - 1988 - 260 pages

Livre de Poche - janvier 1990 - 285 pages

Editions de la Seine - 1990 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Elle s'appelle vraiment Jéromine. Mais les Indiens la nomment Chaveta, papillon symbole de la connais-sance, aux ailes constellées de poussière orange plus précieuse qu'une poudre d'or. Jéromine vit avec la tribu des Ashanincas dans la forêt péruvienne. Son chemin croise celui des guérilleros du Sentier Lumi-neux et des trafiquants de coca. Le danger menace mais, enveloppée d'une aura. mystérieuse, elle déjoue tous les pièges. Il y a dix ans, Jéromine construit de ses propres mains son voilier. Cap sur le Brésil: en solitaire. Derrière la danse et sa fièvre, se cachent les sortilèges de la macumba. La mort la guette, l'amour la sauve. Elle trouve la paix en jungle tropicale où des sorciers Finitient à leurs secrets. Un jour, la légende la guide vers le « puente de oro »: l'arche d'or des Incas.

Auteur : Jéromine Pasteur, née le 30 novembre 1954 à Montceau-les-Mines (France), est une exploratrice et aventurière qui publie des ouvrages et récits de ses voyages. En 1981, elle navigue jusqu'en Amérique du Sud, où elle rencontre les Ashaninkas, Indiens de l'Amazonie péruvienne, dont elle adopte le mode de vie. En 2004, elle fonde l'association Chaveta pour venir en aide à sa seconde famille indienne.

Mon avis : (lu en mai 2013)
Un peu en panne d'inspiration pour choisir un livre pour la destination Pérou et ne voulant pas jouer la facilité avec Tintin et le temple du soleil, j'ai retrouvé ce livre dans ma bibliothèque. En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que ce récit était pile poil dans le thème... En fait, le Pérou n'est vraiment évoqué que dans les cent dernières pages de ce livre...
Malgré cela, j'ai beaucoup aimé suivre les aventures de Jéromine Pasteur, tout d'abord le récit de son enfance dans le Jura et déjà son amour pour la nature et ses jeux dans les arbres. Puis jeune adulte elle découvrira la voile et après avoir construit 
elle-même pendant quatre ans son voilier , elle partira à l'aventure sur les mers vers le Sénégal, la Gambie puis l'Amérique du Sud. 

En 1984, elle rencontre pour la première fois les Indiens Ashaninkas au Pérou. Elle se sent bien avec eux et de cette rencontre naît une profonde amitié, elle reviendra faire de nombreux séjours parmis ce peuple qui l'adoptera en la nommant Chaveta. En 1987, elle partira en expédition avec ses nouveaux amis pour tenter de retrouver l'Arche d'or des Incas. C'est ce que nous raconte Jéromine dans ce livre. Cette expédition est passionnante.

Extrait : (début du livre)
Je suis née le 30 novembre 1954. Je devais être un garçon, un Jérôme. Mes parents en étaient tellement sûrs que, pris au dépourvu et complètement déroutés, ils laissèrent pendant deux jours cette petite fille sans nom. C'est son grand oncle (Louis Pasteur, comme notre célèbre ancêtre), penché sur le berceau, qui vint à leur secours, faisant de ce vilain petit Jérôme, une souriante Jéromine...
J'ai eu une enfance solitaire.
Chacun de mes jeudis après-midi est prétexte à des explorations toujours plus magiques de la forêt jurassienne. Il n'est pas un chêne vénérable ou un châtaignier qui ne m'appelle. Et je m'élance dans les branchages, à la recherche d'une enveloppe protectrice, hors de la vue des autres et déjà hors d'atteinte.
De mes premiers perchoirs, je scrute de belles futaies dans les zones basses, à l'horizon desquelles une armée de sapins en grand uniforme de feuillages monte la garde : l'orée des plaines.
Et puis, il y a ces courses folles à travers champs, aux côtés de mon chien, Royal, un pointer. Et, bien sûr, d'éternelles rêveries, l'oeil posé au-delà des cimes, au bord de la rivière.
Tout enfant, je ne suis pas comme les autres. C'est si vrai que personne ne s'intéresse à mes randonnées. Nul n'est aimanté, autour de moi, par l'appel de la nature et celui, plus mystérieux encore, de la forêt.
Et je ne trouve personne pour partager, sur un coup de tête, ou sur un coup de coeur, cette école vraiment buissonière.

 Challenge Petit BAC 2013
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06 avril 2013

Chambre avec vue sur la guerre – Edith Bouvier

chambre_avec_vue_sur_la_guerre Flammarion - octobre 2012 - 272 pages

Quatrième de couverture :
« Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. Nous avons tellement fumé que la pièce est nimbée d'un voile de nicotine. Dehors, la lumière du jour pointe à peine et déjà le bruit sourd et grave des obus s'abattant sur la ville reprend. Un premier impact. Je sens le sol bouger, doucement. Un léger tremblement. Celui-là a dû tomber plus loin. » Février 2012. La journaliste Edith Bouvier lance un appel au secours. 
Gravement blessée à la jambe dans les bombardements qui ont tué les reporters Marie Colvin et Rémi Ochlik au cour de la ville assiégée de Homs, en Syrie, la jeune femme a besoin de soins de toute urgence. Avec plusieurs confrères, elle est recueillie par des insurgés syriens au sein d'un dispensaire de fortune du quartier de Baba Amr. Pris au piège, ils tentent le tout pour le tout pour s'échapper en pleine nuit. Ce livre retrace un parcours hors du commun, dix jours entre la vie et la mort.

Auteur : Édith Bouvier est journaliste, elle a 32 ans. Passionnée par le monde arabe, elle explore les points chauds de la planète.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Vous avez sans doute tous vue à la télé la vidéo d’Édith Bouvier allongée, blessée, qui tentait de rassurer, sa famille et ses amis. C'est le photographe William Daniels qui commente la situation dramatique dans laquelle ils se trouvent en compagnie de Paul Conroy du Sunday Times Magazine, également blessé, et de Javier Espinosa d’El Mundo.

Dans ce livre, Édith nous fait le récit des dix jours qu'elle a vécu en Syrie en février 2012 après le bombardement sur Homs qui a tué les reporters Marie Colvin et Rémi Ochlik et qui l'a gravement blessée à la jambe. Le lecteur découvre de l'intérieur le métier difficile de reporter de guerre et comprend un peu mieux la guerre en Syrie. 
Un témoignage très fort où l'on peut d'être qu'admiratif pour Édith très courageuse et battante malgré sa grave blessure et surtout pour tous les syriens anonymes qui feront tout leur possible même dans des conditions extrêmes pour protéger les journalistes et arriver à les faire sortir du pays.
A la fin du livre, il y a une longue liste de tous les morts syriens tuées à Homs entre le 22 février et le 2 mars, le temps du « séjour » d’Édith c'est très émouvant.
Aujourd’hui, Édith et William témoignent, pour que nous oublions pas tous ces syriens qui continuent de souffrir dans cette horrible guerre. C'est vrai que la communauté internationale est plutôt muette sur le sujet... A découvrir !

Extrait : (début du livre)
Personne ne m’a mis un fusil sur la tempe pour me forcer à partir en Syrie. Personne ne m’a offert des valises de billets. C’est un choix réfléchi, mûri longuement. Rien de fou là-dedans, rien d’insensé. Quand je suis partie en Turquie en décembre dernier, j’étais terrorisée. Au bout de quelques minutes, dans le véhicule qui me rapprochait de la frontière syrienne, le passeur m’a serré le bras en me regardant fixement. « Tu peux faire marche arrière si tu préfères. Il n’y a pas de honte à avoir. » J’ai souri et malgré la boule qui me bouffait l’estomac, je suis restée. Parce que c’était ma place, je n’avais envie d’être nulle part ailleurs.
Écrire ce livre est une épreuve. Mais je sais que je dois en passer par là, comme je sais que je repartirai. Parce que c’est mon métier, la seule chose que je sache faire. Parler, raconter, témoigner pour ne jamais entendre dire on ne savait pas. Pour ne pas oublier ces femmes, ces enfants et ces hommes, jeunes, vieux, rebelles, courageux. Cette humanité méprisée et sacrifiée. Ces inconnus qui nous ont tendu la main, hébergés au péril de leurs vies, souri, expliqué leur histoire, d’où ils venaient et pourquoi ils luttaient. Ces hommes et femmes, souvent pauvres, qui ne se battent pas pour l’argent et le pouvoir mais pour la liberté. Cet espoir indestructible, au milieu du chaos, en un avenir meilleur. Cette certitude inébranlable dans la justesse de leur combat. Que rien ne pourra les arrêter, que là où ils tomberont, d’autres se lèveront à leur place.
Écrire ce livre est un besoin. Alors que je m’installe devant mon ordinateur, que je me concentre pour me remémorer tous les détails de cette aventure, certains visages, certaines couleurs s’estompent. Ma mémoire s’efface petit à petit. Certains événements se mélangent, se confondent. Je vois William à mes côtés, mais autour, une ombre noire se forme, les contours des personnes se dissipent. Déjà, Latifa1 disparaît. Ses boucles brunes, ses robes longues et ses jolis yeux tristes. Alors, il me faut les raconter pour ne jamais les perdre. Mettre sur papier une bonne fois pour toutes ces dix jours et avancer. Depuis le retour en France, je n’ai pas fait de cauchemars, ni développé d’angoisses particulières, mais il me faut maintenant passer à autre chose. Laisser cette histoire derrière moi pour pouvoir repartir. Une fois guérie, préparer mon sac et prendre un avion. Écrire de nouveaux reportages, rencontrer de nouvelles personnes, apprendre à leur contact, reprendre ma vie.
Écrire ce livre est une douleur. C’est revoir, au fil des pages, le sourire de Rémi. Rémi ne feignait pas d’ignorer le danger, au contraire. Il s’était déjà rendu sur de nombreux terrains de guerre, il en connaissait les risques. Mais il n’a pas hésité une seconde, parce qu’il savait, au fond de lui, que c’était là-bas, au milieu d’un quartier assiégé, sous les bombes syriennes, qu’étaient le cœur et le sens de son travail de photoreporter. C’est l’histoire des Syriens, hommes, femmes et enfants qui résistaient au prix de leur vie qu’il venait raconter. Il savait que sa place était là, nulle part ailleurs.
De là-bas, Rémi ne reviendra pas.
Et pour lui, pour ceux qu’il allait rencontrer, nous continuerons. Je continuerai.

  1. Pour des raisons de sécurité, certains prénoms ont été modifiés.

 Challenge 6% Littéraire 2012
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30 mars 2013

Dans le jardin de la bête - Erik Larson

dans_le_jardin_de_la_bete Le Cherche Midi - août 2012 - 656 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Edith Ochs

Titre original : In the Garden of Beasts, 2011

Quatrième de couverture :
Après 
Le Diable dans la Ville blanche, Erik Larson nous offre un superbe thriller politique et d'espionnage, fondé sur des événements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l'accession au pouvoir d'Adolf Hitler. 
1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Sa fille, la flamboyante Martha, est vite séduite par les leaders du parti nazi et leur volonté de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d'entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les Juifs, essaie de prévenir le département d'État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d'employer ses charmes et ses talents au profit de l'Union soviétique. Tous les protagonistes de l'histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

Auteur : Erik Larson est un auteur américain de romans historiques et de romans policiers né le 3 janvier 1954 à Brooklyn. Après Le Diable dans la Ville blanche, bientôt adapté au cinéma avec Leonardo DiCaprio, Dans le jardin de la bête est son deuxième ouvrage paru en France. Les droits d’adaptation cinématographique du livre ont donné lieu à des enchères exceptionnelles, remportées par Tom Hanks.

Mon avis : (lu en mars 2013)
Voilà un livre dont l'épaisseur peut faire peur... 641 pages, mais je me suis rapidement rendue compte que les cent dernières pages sont consacrées aux notes. En effet, en utilisant les carnets de William Dodd, ambassadeur des États-Unis à Berlin de juillet 1933 à décembre 1937 et le journal intime de sa fille Martha, Erik Larson relate ce qu'il se passe à l'époque à Berlin avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir et la montée des idées antisémites...
William Dodd n'est pas diplomate de formation, c'est un ancien professeur d'histoire qui obtient ce poste car personne n'en voulait et ayant fait ses études à Leipzig, il connaissait l'Allemagne... Son regard critique sur la fonction d'ambassadeur et sur ce qu'il se passait en Allemagne à cette époque est particulièrement intéressant. Il a un côté naïf ou optimiste, il voit son rôle d'ambassadeur comme celui d'un observateur et d'un rapporteur. En octobre 1933, il croyait sincère Hitler dans sa volonté de paix mais au fil des mois il découvre la réalité de l'horreur nazie, pourtant refusant l'ingérence, il cherchera longtemps à préserver des relations cordiales entre les États-Unis et l'Allemagne. Après la Nuit des longs couteaux, du 29 au 30 juin 1934, Dodd critiquera ouvertement le régime mais le gouvernement américain reste prudent et ne réagira pas, ce qui préoccupe le plus les américains, c'est le remboursement de la dette de l'Allemagne ! 
Dodd est également naïf vis à vis de sa fille Martha insouciante et délurée, elle ne pense qu'à s'amuser, elle est séduite par le régime nazi, elle a de nombreux amis, de toutes nationalités et deviendra même la maîtresse de plusieurs dignitaires nazis, comme Rudolf Diels le premier chef de la Gestapo, mais également celle d'un espion soviétique…

Ce livre se lit comme un roman ou un thriller mais les phrases entre guillemets dont il est constitué nous rappellent que c'est un vrai document, un témoignage de cette époque. Erik Larson a effectué un très gros travail de documentation. Et cette chronologie vue de l'intérieur de la lente ascension d'Hitler au pouvoir sans réelle réaction des Allemands comme des autres nations est passionnante.

 

Extrait : (début du livre)
Il était courant, pour les expatriés américains, de se rendre à leur consulat à Berlin, mais l'homme qui s'y présenta le jeudi 29 juin 1933 n'était pas dans un état normal. Joseph Schachno, 31 ans, était un médecin originaire de New York qui, récemment encore, exerçait la médecine dans une banlieue de Berlin. A présent, il se tenait nu dans une salle d'examen entourée d'un rideau au premier étage du consulat où habituellement, un praticien de la santé publique examinait les demandeurs de visas qui aspiraient à émigrer aux États-Unis. Schachno était écorché vif sur une grande partie de son corps.
Deux agents consulaires arrivèrent et entrèrent dans la cabine. L'un était George Messersmith, le consul général américain pour l'Allemagne depuis 1930 (sans rapport avec Wilhelm Messerschmitt, l'ingénieur en aéronautique allemand). A la tête des services diplomatiques à Berlin, Messersmith supervisait les dix consulats américains situés dans les grandes villes allemandes. A côté de lui se tenait son vice-consul, Raymond Geist. En règle générale, Geist était calme et flegmatique, le parfait subalterne, mais Messersmith remarqua qu'il était blême, visiblement secoué.
Les deux hommes étaient atterrés par l'état de Schachno. «Depuis le cou jusqu'aux talons, il n'était qu'une masse de chairs à vif, constata Messersmith. Il avait été roué de coups de cravache et de tout ce qui était possible jusqu'à ce que la chair soit littéralement mise à nu et sanguinolente. J'ai jeté un coup d'oeil et je suis allé le plus vite que j'aie pu jusqu'à un des lavabos où le [médecin de la santé publique] se lavait les mains.»
Le passage à tabac, comme l'apprit Messersmith, était survenu neuf jours plus tôt, mais les plaies étaient toujours ouvertes. «Après neuf jours, des omoplates aux genoux, il y avait toujours des zébrures qui montraient qu'il avait été frappé des deux côtés. Ses fesses étaient pratiquement à cru avec de grandes parties encore dépourvues de peau. Par endroits, la chair avait été pratiquement réduite en charpie.»
S'il constatait cela neuf jours plus tard, se dit Messersmith, à quoi devaient ressembler les plaies aussitôt après le passage à tabac ?
L'histoire se fit jour :
Dans la nuit du 21 juin, Schachno avait vu débarquer chez lui une escouade d'hommes en uniforme à la suite d'une dénonciation anonyme le désignant comme un ennemi potentiel de l'État. Les hommes avaient mis son appartement à sac et, bien qu'ils n'aient rien trouvé, ils l'avaient emmené à leur quartier général. Schachno avait reçu l'ordre de se déshabiller, et il fut aussitôt roué de coups avec brutalité, longuement, par deux hommes armés d'un fouet. Il fut ensuite relâché et parvint tant bien que mal à regagner son domicile. Puis, avec sa femme, il se réfugia au centre de Berlin, dans l'appartement de sa belle-mère. Il était resté alité pendant une semaine. Dès qu'il s'en était senti la force, il s'était rendu au consulat.
Messersmith donna l'ordre de le conduire dans un hôpital, et lui délivra ce jour-là un nouveau passeport américain. Peu après, Schachno et sa femme s'enfuirent en Suède, puis aux États-Unis.

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Avril

Challenge 6% Littéraire 2012
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41/42

 Challenge Petit BAC 2013
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"Animal"

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05 février 2013

Notre force est infinie - Leymah Gbowee

avec Carol Mithers

notre_force_est_infinie Belfond - octobre 2012 - 344 pages

traduit de l'américain par Dominique Letellier

Titre original : Mighty be our powers, 2011

Quatrième de couverture :
Inspirant et bouleversant, le témoignage unique d'une femme dont le courage, la passion et l'exceptionnelle force de conviction ont fait renaître l'espoir dans un pays ravagé. 
Leymah Gbowee n'a que dix-huit ans quand la guerre civile éclate au Liberia. Pendant quatorze ans, les troupes de Charles Taylor vont semer la terreur et la mort. Premières victimes, les enfants dont le dictateur fait des soldats, et les femmes harcelées, parfois violées par les miliciens. 
Au prix d'une volonté inouïe, Leymah Gbowee va relever la tête. Avec dans le coeur une conviction inébranlable : qu'importe l'ethnie, qu'importe la religion, si elles se rassemblent, les femmes peuvent défier la violence des hommes. 
D'innombrables sittings en terrifiantes confrontations avec les seigneurs de guerre, en passant par une grève du sexe aussi spectaculaire qu'efficace, Leymah Gbowee et son armée de femmes en blanc vont réussir l'impensable : pousser Charles Taylor à l'exil et ramener la paix au Liberia. 
Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

Auteur : Née en 1972 à Monrovia (Libéria), Leymah Gbowee est la directrice exécutive du Women Peace and Security Network Africa, basé à Accra (Ghana). Elle a fondé le Women Peacebuilding Program/WestAFrican Network for Peacebuilding (WIPNET/WANET). Elle a aussi officié en tant que commissaire désigné pour la commission Truth et Reconciliation du Libéria. Son engagement a contribué à chasser le président Charles Taylor du pouvoir, après quatorze ans de guerre civile. Leymah Gbowee vit aujourd’hui au Ghana avec ses six enfants.

Mon avis : (lu en février 2013)
J'ai vraiment honte d'avouer qu'avant de lire ce livre, je ne connaissais pas du tout la Libérienne Leymah Gbowee devenue Prix Nobel de la Paix 2011 conjointement avec Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia et à la Yéménite Tawakkul Karman.
Ce livre est le témoignage de la vie et de la lutte pour la paix de Leymah Gbowee.

 « Construire la paix ne signifie pas pour moi mettre fin aux combats en se dressant entre deux factions opposées mais soigner les blessures des victimes, leur rendre leur force, les faire redevenir ceux qu'ils ont été. C'est aider les bourreaux à redécouvrir leur humanisé afin qu'ils soient à nouveau utiles à leur communauté. Construire la paix, c'est enseigner qu'on peut résoudre les conflits sans prendre les armes. C'est reconstruire les sociétés où on a utilisé des armes et les rendre meilleures. »

Leymah Gbowee est une adolescente brillante lorsqu'en 1989 éclate la guerre civile au Liberia. Elle va connaître l'exil, les camps de réfugiés, ses rêves d'études supérieures sont loin, elle est mariée avec un homme violent et infidèle et devient très rapidement la mère de 4 enfants. Elle ressent très tôt le besoin d'être utile et de lutter pour s'en sortir. Elle va d'abord s'occuper d'enfants-soldats, puis de femmes violentées... Avec ses petits moyens, son énergie hors du commun, elle mobilise les femmes de toutes ethnies et de toutes religions pour intervenir auprès des hommes afin de mettre fin à la guerre civile.

« Nous sommes fatiguées ! Nous sommes fatiguées de voir tuer nos enfants ! Nous sommes fatiguées d'être violées ! Femmes réveillez-vous – vous avez une voix à faire entendre dans le processus de paix ! »

Sittings, manifestations pacifistes, prières et «grève du sexe» sont les moyens que Leymah a trouvé pour obliger les hommes du pays à s'assoir à la table des négociations. La déterminations de toutes les femmes habillées de blancs a fini par réussir à faire fuir le dictateur Charles Taylor et à rétablir la démocratie en faisant élire en 2003 une femme à la tête du Liberia.
Ce témoignage, nous raconte non seulement son combat pour la paix mais aussi sa vie familiale et personnelle et la difficulté de concilier les deux. Ce livre est passionnant, je ne connaissais pas du tout l'histoire du Liberia, j'associais seulement le Liberia au pavillon de complaisance pour les bateaux... Je suis vraiment admirative devant la détermination de Leymah et ses compagnes de lutte pour refuser la fatalité de la guerre civile et œuvrer à obtenir la paix dans leur pays. Bravo ! 

Extrait : (prologue)
Les histoires de guerre moderne se ressemblent souvent, non parce que les circonstances sont analogues, mais parce qu'elles sont racontées de la même manière. On cite les chefs qui prédisent en toute confiance la victoire. Les diplomates déclament des affirmations pompeuses. Les combattants, vantards, menaçants – toujours des hommes, qu'ils soient des soldats gouvernementaux ou des rebelles, qu'on les dépeigne comme des héros ou des bandits -, brandissent des trophées atroces et transforment leurs bouches en armes aussi dévastatrices que leurs kalachnikovs.
C'était ainsi, dans mon pays, le Liberia. Pendant les années où la guerre civile nous a déchirés, les reporters étrangers sont venus pour informer le monde sur notre cauchemar. Lisez leurs articles ! Regardez les clips vidéo ! Ils ne parlent que du pouvoir de destruction. Des gamins torse nu, à pied ou dans des camions à ridelles, tirent avec d'énormes mitrailleuses, dansent comme des fous dans les rues dévastées d'une ville ou se massent autour d'un cadavre, l'un d'eux brandissant le cœur sanglant de la victime. Un jeune homme portant des lunettes de soleil et un béret rouge fiche un regard glacial dans l'objectif : « On vous tue, on vous mange. »
Regardez à nouveau ces témoignages, plus attentivement, cette fois ! Regardez à l'arrière-plan, car c'est là que vous remarquerez les femmes ! Vous nous verrez nous enfuir, pleurer, nous agenouiller devant la tombe d'un enfant. Dans le récit traditionnel des histoires de guerre, les femmes sont toujours à l'arrière-plan. Nos souffrances ne sont qu'un à-côté du récit principal. Quand on nous montre, c'est par « intérêt humanitaire ». Nous autres, Africaines, sommes le plus souvent marginalisées et dépeintes comme des victimes pathétiques à l'expression hagarde, aux vêtements déchirés, aux seins tombants. Telle est l'image à laquelle le monde est habitué, l'image qui se vend.
Un jour, un journaliste étranger m'a demandé : « Avez-vous été violée pendant la guerre au Liberia ? »
Quand je lui ai répondu non, je n'ai plus présenté le moindre intérêt pour lui.
Pendant la guerre, presque personne n'a parlé de ce que fut cette autre réalité : la vie des femmes. Comment, en plein chaos, nous avons caché chaque fois que c'était nécessaire nos maris et nos fils pour éviter que les soldats ne les recrutent de force ou ne les tuent. Comment, en plein chaos, nous avons marché des kilomètres chaque jour pour trouver à manger et de l'eau pour nos familles. Comment nous avons perpétué la vie, afin qu'il reste quelque chose sur quoi reconstruire, quand la paix reviendrait. Comment, enfin, nous avons puisé notre force dans la solidarité pour parler de paix au nom de tous les Libériens.
Ceci n'est pas histoire de guerre traditionnelle. Il s'agit d'une armée de femmes en blanc qui se sont levées quand personne d'autre n'en avait le courage, car ce qu'on peut imaginer de pire nous était déjà arrivé. C'est une histoire qui raconte comment nous avons trouvé la persévérance et la bravoure morales indispensables pour élever la voix contre la guerre et restaurer le bon sens dans notre pays.
Je ne l'avais jamais entendue auparavant, parce que c'est une histoire de femme africaine et que nos histoires sont rarement contées.
Je veux que vous entendiez la mienne.

Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Février
 

Challenge 5% Littéraire 2012

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33/35

  Challenge Pour Bookineurs En Couleurs
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PAL Noire

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02 janvier 2013

La Tête à Toto - Sandra Kollender

la_t_te___Toto Steinkis – février 2012 – 155 pages

Quatrième de couverture :
« Neurologique.
Le mot est lâché et le sol commence à se fissurer.
Je reprends peu à peu mes esprits, et je remets tant bien que mal mon fi ls, évidemment endormi, dans sa combinaison pilote.
Pilote de quoi ? Il n’attrape même pas mon doigt. Il y a des fermetures Éclair partout et je suis aussi calme qu’un vendeur de Red Bull. » 

Auteur : Conceptrice-rédactrice puis comédienne, Sandra Kollender met sa carrière entre parenthèses en 2003 pour s'occuper deson fils, alors atteint du Syndrome de West. Elle partage actuellement son temps entre les nombreuses rééducations et la scène. La Tête à Toto est son premier roman.  

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Lorsque Noé arrive au monde, Anna est la plus heureuse des mamans. C'est un bébé exceptionnel, il dort tout le temps, il ne pleure jamais... Malheureusement, cela cache une maladie neurologique chez Noé et lorsque ce terrible diagnostique tombe, c'est la vie de d'Anna qui bascule.
Avec beaucoup de force, de conviction et d'amour, Anna va prendre sa nouvelle situation à bras le corps et malgré l'adversité, elle va se battre pour Noé.
Ce récit autobiographique est plein de sensibilité, de force et d'humour. Anna est pleine d'amour et de tendresse pour son fils Noé, c'est son moteur pour supporter les coups de blues, les idées reçues des uns et des autres, jamais elle ne baissera les bras. On ne peut être qu'admiratif et relativiser nos petits problèmes... Un témoignage direct, émouvant et drôle !

Autres avis : Canel, Clara, CaroMimiStieg, Hélène 

Extrait : (page 16)
Parlons donc de mon fils.
Il est né tout maigre, avec un nez tordu et deux grosses boules à la place des yeux. Deux jolis yeux bleus que l'infirmière a décidé de noyer immédiatement dans un ravissant collyre jaune.

Moi je le trouvais très beau, mais bizarrement personne ne s'extasiait sur mon rejeton. J'ai donc eu droit au festival de la pirouette.
« Oh, Anna tu as une mine superbe, on ne peut pas imaginer que tu as accouché hier »  « Qu'est-ce que c'est petit, on oublie tellement vite quand même » « Oh c'est trop chou ce tout p'tit pyjama et ces tout p'tit chaussons et ces tout p'tits doigts si fins. »
Un peu comme quand on va voir un ami comédien pour lui dire à quel point on a passé une bonne soirée « Quelle mise en scène incroyable, et alors les décors, pôpôpô, les décors... »

Et le temps passe, et son nez se redresse, et ses yeux dégonflent et moi aussi.


 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Décembre

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2013

petit_bac_2013
"Partie du corps"

 Défi 1er roman
d_fi_du_1er_roman 

 

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06 décembre 2012

Cher Gabriel - Halfdan W. Freihow

Cher_Gabriel Gaïa – février 2012 – 165 pages

traduit du norvégien par Ellen Huse Foucher

Titre original : Kjœre Gabriel, 2006

Quatrième de couverture :
"Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n'arrêtent pas pour autant d'être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d'eau, le verre ne reste pas moins un verre." Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d'un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien." Dagbladet.

Auteur : Halfdan W. Freihow est norvégien. Il est né en 1959 à Mexico et a partagé ses années de jeunesse entre la Norvège, l'Espagne et la Belgique. Il a d'abord travaillé comme reporter, traducteur et critique littéraire avant de co-fonder la maison d'édition norvégienne Font Forlag. De l'exploration de sa vie intime et familiale est né son premier récit, Cher Gabriel, nominé pour le prestigieux prix Brage (2004).

Mon avis : (lu en décembre 2012)
Cela faisait quelques mois que j'avais envie de découvrir ce livre et j'ai été ravie de le recevoir dans le cadre du Grand Prix des lectrices Elle. Dès réception, j'avais hâte de le lire, d'autant plus que mardi soir dernier, il y avait sur France 2 un docu-fiction « Le cerveau d'Hugo » avec également des témoignages
 très intéressants d'autistes adultes ou de parents ou d'enfants autistes.
Ce livre est un beau témoignage d'amour d'un père pour son fils.
Gabriel vit sur la côte norvégienne, au bord de la mer, dans un coin balayé par les vents. Gabriel est un enfant différent, il est autiste. Dans ce livre, son père s'adresse à lui et nous raconte son quotidien avec un enfant qui a un fonctionnement propre à lui-même, un enfant qui pose mille questions et dont la logique est différente de la notre : un autiste comprend les mots dans leur sens premier, il ne comprend pas les jeux de mots...
« Tes exigences en ce qui concerne la non-ambiguïté et le sens littéral des mots peuvent paraître déraisonnables pour les autres, mais elles trouvent leur contrepartie dans des qualités exceptionnelles : tu es profondément honnête, sincère, aimant et intrépide. » 
L'échange entre le père écrivain et le fils qui prend tout au pied de la lettre est très intéressant.
« En fait, Gabriel, tu es toi-même tout un paradoxe, complexe, inattendu et défiant, mais jamais ennuyeux, jamais monotone et jamais facile à comprendre. Tu es tout simplement une langue à toi, Gabriel. »
Le narrateur évoque également les difficultés que rencontrent la famille, le côté usant de s'occuper d'un enfant qui demande à longueur de journée de l'attention, c'est difficile de ne pas se sentir à la hauteur des demandes de son enfant. Et son avenir, quel sera-t-il ?
« Il faut que je te dise que maman et moi trouvons que c'est difficile. Parfois, c'est si difficile que nous y arrivons à peine, car nous sommes exténués et avons surtout envie d'abandonner. Tu remplis chaque heure de notre vie éveillée - et souvent les nuits aussi - avec des exigences et des attentes qui même pour toi sont impénétrables et compliqués, et que nous n'avons pas toujours la force de comprendre, et encore moins d'honorer. »
Il y a également la joie de voir son enfant grandir, avoir de petites victoires sur l'autonomie, réussir enfin à lire, à écrire... 
« Tu es un enrichissement pour ceux qui te connaissent, tu nous sers de rectificatif. C'est un privilège d'apprendre par toi et une joie de t'enseigner tout ce qui peut t'aider à vivre avec ta propre vulnérabilité et l'ignorance des autres, tout ce qui peut te protéger et renforcer ta conception du bonheur. »  
Lorsque l'on n'a pas soi-même un enfant handicapé, on ne pourra jamais se mettre à la place d'un parent, malgré tout, ce genre de témoignage nous permet de mieux comprendre les réactions que peuvent avoir une personne autiste pour mieux accepter sa différence.

J'ai été très touché par le mail épilogue, le père est en voyage à New-York pour présenter son livre, dans ce mail il s'adresse à Gabriel devenu adolescent. 

Autres avis : Caro, Canel, Clara, Theoma, Jostein, Mimipinson 

Extrait : (début du livre)
Sur le faîte du hangar à bateaux, une mouette médite.
Son plumage gris et blanc se détache sur la mousse vert-de-gris ponctuée de taches de vieillesse marron. Ça fait bien cinquante ans que cette touffe de mousse s'agrippe là, à l'abri du vent du nord, juste pour donner couleur et texture au toit de fibrociment. C'est beau, et quelque part dans l'univers, cela doit avoir un sens.
L'oiseau a terminé sa réflexion et plonge vers la surface de l'eau, vers son garde-manger rempli de nourriture froide et dégoulinante. A part ça, je ne lui vois pas d'autres projets.
Aujourd'hui la mer est calme. Léthargique. Presque morte. L'horizon s'étire entre ciel et mer comme un pont à portée imprécise qui parfois me désarçonne : je sais mieux qui je suis quand mer et terre se distinguent clairement, quand il y a des obstacles et des limites, quand je vois ce qui est mien, quand je sais d'où je viens.
Cette nuit il a plu de nouveau, et je vois qu'il va falloir écoper le bateau. Je vois aussi que la peinture s'écaille sur le mur sud du hangar, là où la pluie ruisselle, coule et pénètre le bois, au contraire du mur nord où, chargée des embruns, elle le fouette et le mitraille de sel, le brosse à le rendre dur et lisse.
Je vais écoper le bateau. Je vais écoper le bateau aujourd'hui. Au printemps, il faudra s'occuper du hangar.

Toutes ces choses je les vois de mon bureau, Gabriel. Toutes ces choses qui arrivent seulement parce qu'elles ont lieu, parce que toutes les choses ont besoin d'un lieu pour arriver. Il y a d'autres paysages, des paysages sans racines où il ne se passe rien, ou bien tout se passe si vite, si simultanément, que les choses s'en trouvent comme apatrides. Mais ici, de mon bureau, je regarde l'appartenance. Non la tienne ou la mienne, mais une appartenance plus grande, qui habite ici et agit dans ce paysage lent et patient, et qui fait qu'on peut s'y adosser comme contre un mur, même s'il n'est question que d'air, d'eau et du cri des mouettes, qu'on peut s'y adosser quand notre propre appartenance - si fragile - lâche prise.
Nous avons besoin d'un mur pour nous adosser, toi et moi. Parfois, la caresse d'une main suffit, d'autres fois, il nous faut tout un échafaudage de perspicacité et de compréhension pour ne pas tomber, pour ne pas sombrer dans l'ignorance, le désarroi et l'angoisse. Nous sommes chacun le mur de l'autre : parfois tu es le mien, mais souvent c'est à moi qu'il revient d'être le tien, car tu trébuches, et tu tombes si facilement. Et alors, Gabriel, il m'arrive d'avoir peur, quand je n'ai rien à quoi m'agripper, rien à quoi me cramponner, à part le vent, la lumière et l'océan, quand toi, tu bascules hors de ma portée.

 

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Sélection document 
Jury Novembre

 

Lu dans le cadre du Challenge Petit BAC 2012
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"Prénom"

 Challenge Voisins, voisines

voisin_voisines2012
Suède

 Lu dans le cadre du  Défi Scandinavie blanche
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Suède 

 Challenge Viking Lit' 

Viking_Lit

Challenge Littératures Nordiques

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26 octobre 2012

Les États-Unis pour les Nuls - François Durpaire, Thomas Snégaroff

Lu dans le cadre de Masse Critique

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les_etats_unis_pour_les_nuls First – septembre 2012 – 440 pages

Quatrième de couverture :
Si vous pensez que Christophe Colomb a découvert l’Amérique, que McDonald’s est le fast-food préféré des Américains, qu’ils croient tous en Dieu, qu’ils sont obèses et que leur horizon culturel se limite au base-ball et à Hollywood… ce livre est fait pour vous !
Nous vous convions à un voyage sans bagages ni passeport biométrique dans un monde que l’on ne connaît souvent qu’à travers le miroir déformant de la télévision ou du cinéma. Un voyage au cœur d’une civilisation qui a connu de nombreux bouleversements tout au long de son histoire.
Les passionnés de westerns se plongeront dans les chapitres sur l’histoire américaine. Ceux qui envisagent de s’installer aux États-Unis – ils sont de plus en plus nombreux – dévoreront les parties consacrées à la société et au mode de vie américains. Quant aux voyageurs, ils emporteront Les États-Unis pour les Nuls dans leur valise et l’ouvriront avant de visiter les grands sites américains !

Auteur : François Durpaire est docteur en histoire et professeur agrégé d'histoire.
Thomas Snégaroff est agrégé d'histoire. Grands spécialistes des États-Unis, ils ont publié de nombreux livres sur ce sujet.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Voilà un livre très complet pour découvrir les États-Unis et que j'ai beaucoup aimé feuilleter et découvrir.
Comme les livres de cette collection, l'introduction nous présente les différentes parties du livre : la première partie présente l'Histoire des États-Unis depuis avant les Indiens jusqu'au 11 septembre 2001.
La deuxième partie présente la société américaine, sa diversité mais également son unité.
La vie quotidienne des Américains (The American way of life) est le sujet de la troisième partie : la maison, la famille, la voiture, les exclus...
Dans la quatrième partie, il est question de culture et loisirs : le travail, la télévision, l'internet, les loisirs de plein air, les supporters sportifs, le cinéma, le tourisme, les musées, la littérature.
La cinquième partie explore les raisons du succès des États-Unis, il est question de la richesse du territoire mais également des catastrophes naturelles, de la Science, des inventions et des grands inventeurs, de la puissance économique de l'Amérique, les relations des États-Unis avec le reste du monde...
Puis vient le fameux chapitre « La partie des Dix » présent dans chacun des livres de la collection « pour les nuls » où est listé les 10 films qui ont fait l'Amérique, les dix romans américains à avoir lu, les dix figures emblématiques masculines et féminines, les dix lieux emblématiques des États-Unis.
Puis on trouve en annexes une carte des États-Unis avec les États, les capitales, les villes principales et fleuves, les textes fondamentaux de la déclaration d'Indépendance, la Constitution, les amendements et la liste de tous les présidents américains. Et cela se termine par une liste de livres classés par thème pour prolonger la découverte des États-Unis.
J'ai de grosse réserve sur cette carte en noir et blanc qui est plutôt illisible en particulier dans sa partie Nord Est... Elle tient dans un rectangle d'à peine 9 cm x 15 cm !

Je n'ai bien sûr pas lu ce livre comme je lis un roman, j'ai lu de longs passages piochés à partir de la table des matières très détaillée. C'est un vrai mine d'information pour ce pays qui me fascine de plus en plus à travers mes lectures ou les films que je regarde... Un jour peut-être, je le ferai ce voyage vers le Nouveau-Monde...  

Un grand merci aux éditions First et à Babelio pour m'avoir permis de découvrir ce beau livre.

Extrait : L'introduction
Si vous pensiez que Christophe Colomb a découvert l'Amérique, que McDonald's est le fast-food préféré des Américains, que tous les Américains croient en Dieu, qu'ils sont tous obèses et que leur horizon culturel se limite au base-ball et à Hollywood, ce livre est fait pour vous !
Objet de fascination ou de rejet, les États-Unis sont indéniablement le pays le moins connu parmi ceux qui nous semblent les plus familiers : premier paradoxe. Nous vous convions à un voyage sans bagages et sans passeport biométrique, au cœur d'un monde que l'on ne connaît souvent qu'à travers le miroir déformant de la télévision ou du cinéma. Un voyage au cœur d'une civilisation qui a connu de si nombreux bouleversements au long d'une histoire pourtant si courte. Second paradoxe...
Il y a cent ans, l'Amérique était isolationniste. Aujourd'hui, l'Amérique intervient partout dans le monde, éteignant les incendies et en allumant d'autres...
Il y a cent ans, l'Amérique était une nation industrielle et refermée sur elle-même. La crise a frappé durement la première puissance commerciale du monde, révélé la financiarisation de son économie et sa désindustrialisation.
Il y a cent ans, les Américains étaient majoritairement descendants de protestants anglo-saxons. Aujourd'hui, la première Église est l'Église catholique et, dans de nombreux territoires, l'espagnol est la langue la plus parlée.
Il y a cent ans, l'Amérique était raciste. Elle s'est donné en 2008 un président noir, après avoir élu tant de maires noirs...
Ce sont toutes ces mutations, et bien d'autres, que ce livre explique. Mais il vous apprendra aussi les permanences, une Constitution qui n'a jamais changé, des valeurs et un rêve américain tant de fois réinventé.
L'ambition des auteurs est de combattre les idées reçues et de vous donner des clés de compréhension, au-delà de la primaire détestation ou de l'admiration béate.

 50__tats
35/50 : Hawaï
le plus récent des 50 États des États-Unis 

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20 octobre 2012

La vie sans fards - Maryse Condé

la_vie_sans_fards JC Lattès - août 2012 - 334 pages

Quatrième de couverture : 
« La Vie sans fards répond à une double ambition. D’abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l’être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu’il a vécue, qu’il l’embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles. 
C’est aussi une tentative de décrire la naissance d’une vocation mystérieuse qui est celle de l’écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d’un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ? 
"La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J’emploie ce mot universel à dessein bien qu’il déplaise fortement à certains." En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s’agit pas seulement d’une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique. Il s’agit d’abord et avant tout d’une femmeaux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule. 
Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d’un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s’intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »

Auteur : Née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe, Maryse Condé est l’auteur d’une œuvre considérable et maintes fois primée : Ségou, La vie scélérate, Traversée de la mangrove, Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, Les Belles Ténébreuses, En attendant la montée des eaux… Après avoir longtemps enseigné à l’université de Columbia, elle se partage aujourd’hui entre Paris et New York.

Mon avis : (lu en octobre 2012)
« Pourquoi faut-il que toute tentative de se raconter aboutisse à un fatras de demi-vérités ? » voilà la première phrase de ce livre. Le ton est donné, Maryse Condé a décidé de tout dire dans cette autobiographie, sans rien trahir, même si cela doit choquer son entourage ou ses lecteurs, même si cela risque de ternir son image d'écrivain. Elle se dévoile totalement.
Maryse est née dans le milieu aisé des « grands nègres » de Guadeloupe, étudiante à Paris, enceinte, elle se marie sans amour et décide de partir à la recherche de ses racines, en Afrique. Elle enseignera tour à tour en Côte d'Ivoire, puis en Guinée, au Ghana, et au Sénégal...
Ce livre est passionnant, elle raconte le quotidien d'une femme qui se bat pour faire vivre sa famille de quatre enfant dans des contextes politiques et économiques difficiles. Elle parle de ses rencontres politiques, professionnelles, amicales, amoureuses. Elle décrit les pays, les villes où elle a vécu.
J'ai beaucoup appris sur les relations entre les Antillais et l'Afrique. Ce continent peut les fasciner et également les décevoir. J'ai beaucoup aimé le ton de l'auteur franc et direct, avec des touches d'humour pour tout raconter avec lucidité et sans aucune concession.
Son œuvre littéraire est parsemée de ses expériences ou souvenirs personnels. Elle parle de son travail d'écrivain. Et moi qui n'ai lu de Maryse Condé seulement Ségou et En attendant la montée des eaux, je serai curieuse de découvrir d'autres livres d'elle.

Extrait : (page 30)
Je ne garde aucun souvenir de la cour au pas de charge que me fit Condé. Premier baiser, première étreinte, premier plaisir partagé. Rien. Je n'ai pas non plus souvenir d'une conversation, d'un échange sérieux entre nous sur quelque sujet que ce fût. Pour des raisons différentes, nous étions également pressés de passer devant le maire. J'espérais grâce à ce mariage retrouver un rang dans la société. Condé avait hâte d'exhiber cette épousée universitaire, visiblement de bonne famille et qui parlait le français comme une vraie Parisienne. Condé était un personnage assez complexe, doté d'une gouaille que je trouvais souvent commune, presque vulgaire, mais qui était efficace. Je tentai vainement de le façonner à mon goût. Il repoussait mes diverses tentatives avec une détermination qui témoignait de sa liberté d'esprit. Ainsi, je prétendis l'habiller d'une parka, vêtement à la mode en ces années-là.
« Trop jeune ! Beaucoup trop jeune pour moi ! » assurait-il de sa voix nasale.
Je tentai de lui communiquer ma passion pour les cinéastes de la Nouvelle Vague, les réalisateurs italiens, Antonioni, Fellini, Visconti, ou pour Carl Dreyer et Ingmar Bergman. Il s'endormit si profondément pendant la projection des Quatre Cents Coups de François Truffaut (1958) que j'eus du mal à le réveiller en fin de séance sous les regards narquois des spectateurs. Il m'infligea mon échec le plus cuisant quand je tentai de l'initier aux poètes de la Négritude que j'avais découverts quelques années auparavant quand j'étais élève d'hypokhâgne. Un jour, Françoise, une camarade de classe, qui se piquait de militantisme, m'apporta un mince opuscule qui portait en titre : Discours sur le colonialisme. Je ne savais rien de son auteur. Pourtant, sa lecture me bouleversa tellement que le lendemain, je me précipitai à la librairie Présence africaine. J'achetai tout ce que je trouvai d'Aimé Césaire. Pour faire bonne mesure j'achetai aussi les poèmes de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas.
Condé ouvrait au hasard l'ouvrage de celui qui était devenu mon écrivain favori, le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimé Césaire, et déclamait moqueusement :
« Que 2 et 2 font 5
Que la forêt miaule
Que l'arbre tire les marrons du feu
Que le cil se lisse la barbe
Et cetera et cetera... »
« Qu'est-ce que cela veut dire ? s'exclamait-il. Pour qui écrit-il ? Certainement pas pour moi qui ne le comprends pas. » À la rigueur, il tolérait Léon-Gontran Damas dont le style lui semblait plus simple et direct.
Cette époque-là ne ressemblait nullement à celle que nous vivons aujourd'hui.
Cependant, ce qui me paraît incroyable, c'est que je ne lui révélai jamais l'existence de Denis. Je ne fus même pas tentée de l'avouer, car je savais que cette révélation rendrait tout projet de mariage impossible. Cette époque-là ne ressemblait nullement à celle que nous vivons aujourd'hui. Si la virginité chez une femme n'était plus tout à fait de rigueur, la libération sexuelle était loin de s'amorcer. La loi Simone Veil ne devait être votée qu'environ quinze ans plus tard. Avoir un enfant « naturel » ne s'avouait pas aisément.
Condé ne fit pas l'unanimité auprès des rares personnes à qui je le présentai. « Quel est son niveau d'études ? » demanda avec arrogance Jean, le mari de Gillette, quand je l'emmenai déjeuner à Saint-Denis.
Ena, qui nous avait hâtivement reçus dans un bar de la place des Abbesses, téléphona à Gillette pour lui indiquer qu'en trente minutes d'entrevue, il avait ingurgité six bières et deux verres de vin rouge. Sûrement, c'était un ivrogne. Yvane et Eddy se plaignaient :
« On ne comprend pas quand il parle. »
Moi-même, je voyais bien que ce n'était pas l'homme dont j'avais rêvé. Mais celui dont j'avais rêvé m'avait laidement trahie. Nous nous mariâmes un matin du mois d'août 1958 par un éclatant soleil à la mairie du XVIIIe arrondissement de Paris. Les platanes verdoyaient. Si Ena ne prit pas la peine de se déplacer, Gillette assista à la cérémonie, accompagnée de sa fille Dominique qui n'arrêta pas de bouder parce que cela ne ressemblait pas à un « vrai mariage », se plaignit-elle. Nous prîmes un verre de Cinzano rouge au café du coin, puis nous emménageâmes dans un meublé des environs où Condé avait loué un deux pièces.
D'une certaine manière, j'avais obtenu ce que je voulais. Je m'appelais Madame et je portais une alliance à l'annulaire de la main gauche.
Moins de trois mois plus tard, nous étions séparés. Nous ne nous disputions pas. Simplement, nous ne pouvions supporter d'être longtemps ensemble. Tout ce que l'un de nous faisait ou disait irritait l'autre. Parfois, pour servir de tampon, nous faisions appel à quelques invités, mais je détestais ses amis autant qu'il détestait Yvane et Eddy. Au cours de l'année qui suivit, quand je m'aperçus que j'étais enceinte, nous fîmes plusieurs tentatives pour reprendre la vie commune. Puis, il fallut nous résigner à la rupture. Je ne souffris pas de ce qui pouvait sembler un nouveau déboire amoureux. D'une certaine manière, j'avais obtenu ce que je voulais. Je m'appelais Madame et je portais une alliance à l'annulaire de la main gauche. Ce mariage avait « relevé ma honte ». Jean Dominique m'avait insufflé la peur et la méfiance des hommes antillais. Condé était un « Africain ». Non pas un « Guinéen » comme je l'ai prétendu par la suite, impliquant menteusement que Sékou Touré et l'indépendance de 1958 avaient joué quelque rôle dans ce mariage. Répétons que je n'étais pas encore suffisamment « politisée » pour cela. Je croyais que si j'abordais au continent chanté par mon poète favori, je pourrais renaître. Redevenir vierge. Tous les espoirs me seraient à nouveau permis. N'y flotterait pas le souvenir malfaisant de celui qui m'avait fait tant de mal. Pas étonnant si mon mariage n'avait pas duré : j'avais posé sur les épaules de Condé un poids d'attentes et d'imagination né de mes déceptions. Cette charge était trop lourde pour lui.
Je perçois aujourd'hui avec une lucidité cruelle à quel point cette union fut un marché de dupes. L'amour, le désir n'y tenaient que peu de place. À travers moi, il cherchait ce qui lui manquait : l'instruction et l'appartenance à un solide milieu familial. Le mari de Gillette avait eu raison de s'interroger sur son niveau d'études. Condé possédait tout juste le certificat d'études primaires. Son père étant mort alors qu'il était très jeune, il avait été élevé à Siguiri par une pauvresse de mère qui vendait de la pacotille sur les marchés. Il devait découvrir que ce métier de comédien qu'il avait choisi, sans vocation véritable, pour quitter la Guinée et se parer du beau nom « d'étudiant », ne l'auréolait d'aucun prestige. Ne bénéficiant d'aucun appui dans la société, ses ambitions « d'être quelqu'un », pour parler comme Marlon Brando dans Sur les quais, n'avaient aucune chance de se réaliser. 

 

 Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Document

Challenge 1% Littéraire 2012

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12 octobre 2012

Réanimation - Cécile Guilbert

r_animation Grasset - août 2012 - 272 pages

Quatrième de couverture :
« Blaise vient de fêter ses cinquante printemps. Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? De céder ? De s’ouvrir ? Une délivrance ? Une douleur ? Un remords ? Peut-être. Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout. »
La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l’un à l’autre, insouciants. Jusqu’au jour où Blaise est atteint d’une maladie rare, la « cellulite cervicale », forme de nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d’urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en « homme-machine » plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial – la « réa » – tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...
Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, et aussi – surtout ? – une lettre d'amour à Blaise.

Auteur : Romancière et essayiste, Cécile Guilbert est l’auteur de Warhol Spirit (2007), Prix Médicis de l’essai et de Animaux and Cie (2010), avec Nicolas Guilbert.  

Mon avis : (lu en octobre 2012)
Le sujet de ce livre n'avait rien d'attirant pour moi et je ne l'aurai jamais lu en dehors du Grand Prix des lectrices Elle. J'ai personnellement une relation difficile avec l'hôpital, je n'aime pas les odeurs, les bruits, je suis jamais à l'aise lorsqu'il faut que je m'y rende que ce soit pour consulter ou pour rendre visite à quelqu'un...
A cinquante ans, Blaise le mari de la narratrice est opéré d'urgence pour une infection rare appelé cellulite cervicale. Après l'opération, sa femme vient lui rendre visite et elle découvre avec surprise que son mari est dans le service Réanimation post-opératoire et traumatologique, il a été plongé dans un coma artificiel pour quelques semaines.
Elle réalise alors que pour la première fois de sa vie elle se trouve séparé de Blaise et d'une manière qu'elle n'avait jamais imaginé, ni envisagé...
Elle se met alors à écrire au jour le jour, ses pensées, ses impressions dans un journal intime. Elle se retrouve seule à la maison, tout autour d'elle lui rappelle Blaise, elle se souvient du passé, elle a des craintes quand à l'avenir... Elle se raccroche à ces lectures, aux contes, à la mythologie, à l'Art... Elle se rend à l’hôpital, elle observe le service de Réanimation, son homme endormi, livré aux médecins et personnel soignant.
Ce livre est bien écrit, l'auteur a su décrire en détail l'atmosphère de l'hôpital et du service de Réanimation. Cette longue attente forcée va petit à petit conduire Blaise et la narratrice vers une réanimation médicale et spirituelle.
Le sujet est vraiment trop angoissant pour moi pour que j'apprécie pleinement ce livre, j'y ai également trouvé quelques longueurs. C'est malgré tout, une belle déclaration d'amour.

Extrait : (page 13)
Cette année-là, dans les derniers jours de mars, nuits et jours sont de même longueur et quelque chose a lieu.
Est-ce une buée passagère ? un fourmillement sans conséquence ?
La maladie est juste un mauvais rêve, le cauchemar favori des hommes tentés secrètement par la Faucheuse bien qu'ils la redoutent chaque nuit dans leur sommeil, enroulés dans leur drap comme dans leur linceul, étendus sans conscience comme s'ils étaient morts.

Blaise n'est pas de ce bois dont on fait les cercueils.
Dût-il demeurer longtemps alité, jamais ne lui viendrait la tentation de s'halluciner en cadavre. Pas plus qu'il n'aurait, mourant, l'idée de se photographier en gisant pour contempler son image durant son agonie. 
Y croit-il seulement, à la mort ?

Vous vivez ensemble depuis vingt ans.
Tu l'as aimé au premier regard, lumière du coup de foudre.
Tu aimes sa générosité, son espièglerie ; tu aimes son humour et par-dessus tout sa grande santé, qui ne vient pas du corps mais de l'appétit de vivre, et son élasticité joueuse, et son énergie.
Cet été-là, des feux d'artifice déchirent le ciel, Paris fait la fête, le Bicentenaire bat son plein mais la Révolution, c'est vous.
Davantage qu'à sa forte tête, trop souvent belliqueuse, tu fais confiance à son corps vif et viril de trente ans. Animé d'une gestuelle si déliée qu'il semble voltiger dans l'espace comme un papillon ivre, un ludion enfourchant l'univers dans sa ruée, tu sais d'instinct que sa vitalité supplantera toutes les baisses de tension (il y en aura), vaincra tous les chagrins.
Quand Aphrodite frappe, l'amour devient l'autre nom de la foi : brusque, soudaine, sans raison ni limites. Puisque Biaise saura être ton frère, ton fils, ton père, ton complice inégalé, et parce que vous y voyez l'occasion de sceller symboliquement l'exception dont n'ont pu se réclamer tous ceux et celles qui jadis et naguère ont fait battre vos cœurs et fondre vos corps, vous vous mariez. Bien décidés à n'avoir jamais d'enfants puisque vous en êtes. Que d'ailleurs Biaise a déjà un fils de six ans et Robert Louis Stevenson raison : les parents qui s'aiment n'engendrent que des orphelins.  

  Grand_Prix_des_Lectrices_2013 
Jury JANVIER
Document

Challenge 1% Littéraire 2012

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