15 juillet 2017

Triste Amérique - Michel Floquet

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Les Arènes - mars 2016 - 235 pages

Les Arènes - novembre 2016 - 235 pages

Quatrième de couverture :
Il y a deux Amérique. Celle du mythe, de la liberté, de la musique, de la chance offerte à chacun. De la Silicon Valley, de Manhattan, de Google, de Facebook, de Wall Street et d’Hollywood. Et l’autre Amérique... Un pays qui consacre la moitié de son budget à l’armée, en perdant toutes ses guerres. Où un enfant sur quatre mange à la soupe populaire. Où l’on compte, proportionnellement, plus de prisonniers qu’en Chine ou en Corée du Nord. Où des vieillards paralytiques purgent des peines de 150 ans. Où, chaque jour, plus de 30 personnes sont abattues par arme à feu. Où les études coûtent 40 000 dollars par an, induisant une reproduction sociale sans égale. Où l’impôt taxe les plus riches de 15 % et les plus modestes de 25 ou 30 %. Une démocratie dominée par deux partis qui dépenseront 7 milliards de dollars lors de l’élection de 2016 pour continuer à se partager le pouvoir. C’est cette triste Amérique que dépeint Michel Floquet. Un pays qu’il a parcouru pendant cinq ans, saisi par son éloignement de l’Europe, son continent d’origine. Et l’on réalise qu’au XXIe siècle, les Etats-Unis ont dévoré l’Amérique tant admirée.

Auteur : Michel Floquet, grand reporter, a été correspondant de TF1 à Washington de 2011 à 2016.

Mon avis : (lu en juin 2017)
J'ai découvert ce livre grâce au Café Lecture de la Bibliothèque. L'auteur veut démontrer que l'American dream n'est plus vrai ! Après avoir parcouru le pays pendant cinq années, il met le doigt sur les côtés sombres de cette Amérique (les États-Unis) qui a longtemps fait rêver les Européens...
Les Américains d'aujourd'hui se gardent bien de se rappeler du passé : de la conquête de l'Amérique et du sort fait aux populations autochtones, de la main-d’œuvre gratuite importée, les esclaves. Les Indiens comme les Noirs sont considérés comme des citoyens de seconde zone.
L’Amérique est le pays le plus riche du monde, mais c’est également le plus inégalitaire. Ses riches toujours plus riches et ses pauvres toujours plus pauvres. 
Le système éducatif est défaillant, le coût des études est prohibitif et tous ceux qui n’ont pas des parents fortunés doivent s'endetter pour de poursuivre des études.
Le "vivre ensemble" n'existe pas vraiment, tout comme la mixité sociale, l’Amérique vit en ghettos.
L'Amérique est violente, violence économique et sociale, violence dans les rapports entre les gens, entre les communautés, au travail comme dans la vie de tous les jours, violence du sport, violences policières…
Le matérialisme, le profit et l’individualisme sont essentiels en Amérique... 
Aujourd’hui, se nourrir correctement aux États-Unis reste un défi. Le seul objectif est de minimiser les coûts et de maximiser les profits : abus d’antibiotiques, épuisement des sols et des ressources en eau...   
Même si ce livre est plutôt pessimiste et ne s'intéresse qu'à ce qui ne va pas bien, il est très intéressant, bien documenté, très instructif et facile à lire. 

Extrait : (début du livre)
Prologue
JE SUIS ARRIVÉ AUX États-Unis à l’été 2011. Sans préjugés. Conscient de découvrir un pays dont je connaissais peu de chose. En 2004, j’avais suivi la campagne de John Kerry, ce grand patricien démocrate, francophile et francophone, élégant et racé. L’incarnation de l’Amérique que les Français aiment à aimer. Quelque temps auparavant, en 2003, j’avais passé près de deux mois embedded, incorporé, avec les paras de la 82e Airborne, la 82e division aéroportée. Celle-là même qui avait sauté sur Sainte-Mère-Église et s’apprêtait à en faire autant sur l’aéroport de Bagdad puis à ouvrir la route vers la capitale irakienne. Las, le sort des armes en avait décidé autrement. L’unité d’élite s’était retrouvée à sécuriser les arrières et les voies d’approvisionnement d’une guerre qui, décidément, commençait de travers. De Koweït City à Bagdad, j’avais vécu au milieu de ces petits Blancs engagés avant tout pour des raisons économiques, sans parler des Latinos qui venaient là, déjà, gagner leur naturalisation. Tous ces jeunes hommes, hostiles par principe à un pays, la France, qui non sans raison leur avait fait la leçon, s’étaient rapidement, au fil des épreuves partagées, révélés pour la plupart de braves types à mille lieues de la caricature de Rambo que leur pays aime à donner d’eux.
Un candidat malheureux, quelques soldats d’occasion, c’est peu pour se faire une idée d’une nation. Et pourtant, j’arrivais confiant. Comme quand on rend visite à la famille éloignée. Tous ces cousins qu’on n’a pas vus depuis des années, qu’on aura peut-être du mal à reconnaître, mais qu’on sent si proches, si familiers…
L’Amérique, c’est cela. Nous sommes convaincus de la connaître. Pire, nous croyons qu’elle nous ressemble. Comme le voisin de palier qu’on croise sans jamais l’inviter ni entrer chez lui. Il faut souvent qu’un drame survienne pour que nous réalisions que cet être si proche nous était totalement étranger.
L’Amérique, c’est ce mystère familier. Chacun a la sienne. Les plus malins en ont même plusieurs. L’Amérique des paysages à couper le souffle comme celle des campus, de Google, de Facebook. L’Amérique patricienne, Boston, la Nouvelle-Angleterre. Celle des mythes, de Kennedy à Bill Gates. L’Amérique de Homeland ou des Sopranos. L’Amérique que l’on moque, celle de George W. Bush, et celle de Barack Obama, qui séduit. L’Amérique qui nous a libérés et l’Amérique interventionniste, gendarme du monde. L’Amérique martyre du 11-Septembre… L’Amérique remplit notre imaginaire comme aucun autre pays.

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20 juin 2017

Les Québécois - Laurence Pivot et Nathalie Schneider

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les québécois Ateliers Henry Dougier - mai 2017 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Les Québecois ne sont ni nos cousins ni des Canadiens comme les autres
Loin des clichés que l'on peut lui attribuer tels que des hivers glacials et interminables, un accent à couper au couteau ou des bûcherons omniprésents... Le Québec est moderne, innovant et ambitieux. 
C'est pour apporter un nouvel éclairage sur ce pays contemporain qui nous fait tant rêver que les auteurs sont allées à la rencontre de ses habitants. Au détour de rencontres avec un immigré hongrois, le producteur de la série "Un gars, une fille", une journaliste d'origine marocaine ou un entrepreneur qui a lancé sa flotte de taxis électriques, c'est une autre vision du Québec qui se dessine. Celle d'un pays en avance qui revendique la plus grande égalité homme/femme, autorise depuis 2005 le mariage homosexuel, développe l'économie sociale ; mais qui possède aussi ses difficultés comme la révolution étudiante ou les débats sur la laïcité.

Auteurs : Laurence Pivot et Nathalie Schneider sont des journalistes francocanadiennes. La première est une ancienne immigrée au Québec, mariée à un Québécois. À son retour en France, elle a dirigé pendant des années le hors-série annuel de L'Express " S'installer au Canada ". La seconde vit à Montréal depuis 1993. Spécialiste en activités de plein air et en tourisme d'aventure, elle connaît très bien le territoire pour l'avoir sillonné au gré de ses reportages pour la presse écrite.

Mon avis : (lu en juin 2017)
Je m’intéresse plus spécialement au Québec depuis deux ans lorsque l’un de mes fils a eu l’opportunité de passer 4 mois à Montréal pour ses études. Je me suis donc mise à faire des lectures québécoises et nos rendez-vous « skype » hebdomadaires étaient également riches en découvertes sur la vie à Montréal et au Québec.
L’automne dernier, après avoir visionné de nombreuses séries nordiques (danoises, suédoises et quelques norvégiennes), sur un site de streaming, je suis tombée par hasard sur une série québécoise « 30 vies » et me voilà de nouveau plongé dans la découverte du Québec et du québécois (car il a fallut que je trouve sur le net des dictionnaires québécois-français pour comprendre certaines expressions). Depuis, j’ai regardé d’autres séries et quelques films québécois, je regarde également assez régulièrement sur TV5 Monde, le journal télévisé de Radio-Canada. C’est super intéressant de voir les nouvelles du monde avec un autre point de vue... Aussi lorsque Babelio a proposé cet essai de la collection Ligne de vie d’un peuple, je me suis dis que c’était une très bonne occasion d’en découvrir encore plus... 
Les auteures sont franco-québécoises, avec cet essai, elles détricotent tous les clichés que les Français ont sur leurs « cousins » Québécois. Il est questions des Autochtones qui, dès le XVIIe siècle, ont inspirés les colons venant de France. La place du collectif est importante dans la société québécoise, aujourd'hui se développe le système coopératif et l'économie sociale. L'égalité homme - femme est également une valeur héritée des Premières Nations. 
Les Québécois sont avant tout des Nord-Américains francophones. La langue québécoise n'existe pas, c'est un français d'Amérique avec ses expressions régionales... Les artistes québécois s'exportent dans le monde entier, Céline Dion, Xavier Dolan, ils n'ont plus de complexes vis à vis des Canadiens anglophones, des Américains ou des Français.
J'ai découvert que la série Un gars, une fille a été créée au Québec, celle diffusée en France n'est qu'une adaptation de l'originale...
Il est bien sûr question de Montréal, une métropole qui se réinvente. 
Mais le Québec va au-delà de Montréal... En effet, vu de France, on connait très peu le Nord du Québec et le chapitre sur ce sujet est très intéressant et instructif. Il est question des ressources du Nord qui ont attirées toutes les convoitises des industriels et ce sont les Autochtones (Cris, Mohawk, Naskapi, Micmacs, Innus, Inuits...) qui ont été oubliés. Ils ont été parqués dans des réserves, on n'a pas cherché à les connaître, à découvrir leurs cultures... Dans les années 1900, il y avait eu une assimilation forcée des jeunes Indiens, en les coupant de leur famille, de leur racines... Aujourd'hui, les Autochtones veulent avoir leur mot à dire et être considérés comme des Québécois à part entière. 
Le Québec est terre d'accueil et les Québécois sont multiples... Québécois "pure laine" ou d'origine Européenne, Africaine, Vietnamienne (boat people), Haïtienne... Il y a même des Québécois anglophones !
Voilà un livre vraiment intéressant et avec lequel j'ai appris beaucoup sur les Québécois et le Québec ! Et maintenant, il me reste plus qu'à traverser l'Océan pour les rencontrer autrement qu'à travers les livres et les écrans...

Extrait : (page 117)
LES MAUDITS FRANÇAIS SONT-ILS DE RETOUR ?
« Saluuuut ! Tu vas bieeeeen ? » Deux bises furtives sur les joues, les corps à distance raisonnable, loin du 
hug québécois, accolade habituelle en Amérique du Nord. Les filles portent du rouge à lèvres, même à neuf heures du matin, et les gars, des doudounes Canada Goose. En guise de petit déjeuner (qu’ils ont encore du mal à appeler simplement « déjeuner », comme le font les Québécois), ils prennent des espressos serrés, clope au bec, malgré l’interdiction récente de fumer sur les terrasses extérieures. Certains vont jusqu’à écraser leur cigarette nonchalamment sur le trottoir, véritable crime de lèse-majesté ici !

En 10 ans, la population de Français au Québec a augmenté de plus de 70 % ! Sur les 100 000 qui vivent dans la métropole, presque un tiers a choisi de s’installer sur le Plateau, surnommé par certains la Petite France. Ce quartier […], les Français l’adorent. Mais ils sont devenus trop nombreux et cela agace un peu, même si le seul vrai problème est celui de la hausse spectaculaire du prix de l’immobilier.
Une grande partie ne fait pourtant que passer et n’entend pas immigrer pour de bon. Ce sont les fameux « pvtistes », du nom de ce programme fédéral, le Permis vacances travail (PVT), qui permet, par tirage au sort, de vivre et travailler pendant deux ans au Canada. En tout, environ 30 000 Français débarquent chaque année au Québec pour des études, un contrat de travail temporaire ou comme résidents permanents.
Serait-ce le retour des « maudits Français », ceux que moque gentiment l’auteure et interprète Lynda Lemay ? « Quand ils arrivent chez nous/Y s’prennent une tuque et un Kanuk/Se mettent à chercher des igloos/Finissent dans une cabane à sucre/Y tombent en amour sur le coup/Avec nos forêts et nos lacs/Et y s’mettent à parler comme nous/Apprennent à dire : Tabarnak ».
Un article paru en 2013 dans le quotidien Métro, intitulé « Guide pour éviter d’être un maudit Français », rappelle les nouveaux arrivants à l’ordre : ne pas se plaindre de l’hiver, ne pas draguer au travail, éviter de se comparer aux Québécois et… vivre ailleurs que sur le Plateau !
Le Français Fred Fresh, concepteur publicitaire et musicien, en a fait un clip hilarant en 2015, visionné sur YouTube à l’époque par plus de 100 000 personnes. « Y’a trop de Français sul’Plateau ? » est une histoire de Français qui se moquent des Français qui habitent sur le Plateau. Car ce sont surtout les « vieux » immigrants qui s’arrogent l’idée originale de s’installer à Montréal et la refusent aux petits nouveaux. Un phénomène d’auto-exclusion typiquement français !
« Ce qui est intéressant avec l’afflux des Français aujourd’hui, souligne Louise Beaudoin, fine connaisseuse des relations franco-québécoises, ex-ministre de la Culture et ancienne déléguée générale du Québec à Paris, c’est l’effet miroir ! C’est ici que les choses se passent maintenant, ici qu’il y a du travail (même si ce n’est pas si facile et que beaucoup sont déçus) et ici, surtout, que les jeunes Français trouvent une liberté d’action qui leur semble impossible chez eux. Quant aux jeunes Québécois, la France morose qu’ils observent depuis une dizaine d’années, celle de la manif contre le mariage pour tous, des grèves, du chômage et des attentats, ne les fait plus fantasmer. À l’exception peut-être des artistes, qui apprécient la reconnaissance qu’ils y trouvent, mais pour qui la mère patrie représente d’abord un marché commercial. Nous, les baby-boomers, nous rêvions de la France. Aujourd’hui, c’est le Québec qui est devenu le nouvel Eldorado pour les jeunes Français. Tant mieux, ce sont en général d’excellents émigrants. Certes, une minorité de Québécois ne les aime pas, mais la plupart du temps, cela se passe bien. Au pire, il y a une sorte d’indifférence vis-à-vis des "cousins". Mais on garde toujours un fond de tendresse pour eux. Notre histoire commune a quand même été longue… Moi, je suis de la onzième génération de Québécois. Du côté de ma mère, mes ancêtres venaient de Chartres, et de l’île de Ré du côté de mon père… et j’ai épousé un Français de France ! »
Bientôt […] ce sera l’été sur le Plateau. Les Français iront pique-niquer au parc Lafontaine, bronzer à la piscine Laurier, gratuite pour les résidants comme toutes les piscines municipales extérieures, prendre un verre sur une terrasse de café, de plus en plus nombreuses, et acheter leur baguette multicéréales chez Les copains d’abord.
Ils ont largement contribué à remodeler le quartier et à le « franciser » dans son mode de vie. Les « Anglos » se sont mis à le fréquenter, alors qu’il y a 10 ans à peine, ils n’y auraient jamais mis les pieds… Les Québécois francophones, eux, s’y sentent un peu isolés parfois. « Les Français sont toujours un peu agaçants, c’est vrai, à vous reprendre lorsque vous faites une faute de grammaire et à vous expliquer ce qu’est l’hiver, un comble quand même !, se moque Gérard, un "pure laine" qui vit sur la rue Rachel, mais au moins on a appris à mieux manger ! Et eux ont commencé à être plus cool à notre contact ! »
Les Québécois de moins de 40 ans n’ont plus aucun complexe d’infériorité vis-à-vis des Français. « Ils se considèrent instruits, éduqués, très créatifs, à juste titre, confirme Louise Beaudoin. Et ils n’hésitent plus à dire aux Français qu’eux aussi ont un accent ! »

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24 mai 2017

Born to run - Bruce Springsten

Prix Audiolib 2017

9782367623016-001-X Audiolib - mars 2017 - 19h21 - Lu par Jacques Frantz

Albin Michel - 

traduit de l'américain par Nicolas Richard

Titre original : Born to run, 2016

Quatrième de couverture : 
« Se raconter est une drôle d’affaire. Dans un projet comme celui-ci, l’auteur fait une promesse : laisser le lecteur entrer dans sa tête. C’est ce que j’ai essayé de faire au fil de ces pages. » BRUCE SPRINGSTEEN, dans les pages de Born to Run
 
Au cours des sept années écoulées, Bruce Springsteen s’est, en secret, consacré à l’écriture de l’histoire de sa vie, apportant à ces pages l’honnêteté, l’humour et l’originalité qu’on retrouve dans ses chansons. Il décrit son enfance, dans l’atmosphère catholique de Freehold, New Jersey, la poésie, le danger et les forces sombres qui alimentaient son imagination, jusqu’au moment qu’il appelle le Big Bang : la première fois qu’Elvis Presley passe à la télévision. Il raconte d’une manière saisissante l’énergie implacable qu’il a déployée pour devenir musicien, ses débuts dans des groupes de bar à Asbury Park et la naissance du E Street Band. Avec une sincérité désarmante, il raconte aussi pour la première fois les luttes personnelles qui ont inspiré le meilleur de son oeuvre et nous montre que la chanson Born to Run révèle bien plus que ce qu’on croyait. Born to Run sera une révélation pour quiconque apprécie Bruce Springsteen, mais c’est bien plus que le témoignage d’une rock star légendaire. C’est un livre pour les travailleurs et les rêveurs, les parents et les enfants, les amoureux et les solitaires, les artistes, les dingues et quiconque ayant un jour voulu être baptisé dans les eaux bénies du rock’n’roll.

Auteur : Chanteur, auteur, compositeur, Bruce Springsteen est né en 1949 dans le New-Jersey dans une ville ouvrière. Devenu un des plus grands artistes américains des quarante dernières années (plus de 120 millions d’albums vendus dans le monde), il a été révélé par Born to run en 1975, et n’a cessé depuis de faire course en tête (The RiverBorn in the U.S.A. etc.), couronné par les prix les plus prestigieux (Oscar, Grammies, Golden Globes…).
En France, son concert aux Vieilles charrues de Carhaix en 2009 a attiré plus de 50 000 fans !
Militant engagé, il défend la cause homosexuelle, les droits des noirs, des chômeurs, et s’est affirmé comme un des grands soutiens d’Obama dans sa tournée Vote for change.

Lecteur : De formation dramatique, Jacques Frantz travailla au conservatoire avec Antoine Vitez. Son parcours théâtral le fit se nourrir auprès des plus grands : Gildas Bourdet ou Roger Planchon, entre autres. Son parcours télévisuel (avec Serge Moati, Simon Brook, Denis Malleval, Henri Helman) et cinématographique (d’Yves Robert, Coline Serreau à Claude Chabrol ou Claude Berri, sans oublier Francis Weber, Luc Besson, Lars von Trier, ou récemment Pascal Chaumeil, dans L’Arnacoeur) ainsi qu’une longue pratique des enregistrements radio ont toujours attisé sa passion pour les textes.

Mon avis : (écouté partiellement en avril 2017 et mai 2017)
Je me doutais bien en recevant ce livre audio j'aurai du mal à lire ce livre en entier. Je ne suis pas une habituée des biographies, Bruce Springsten ne représente absolument rien pour moi et en plus le livre est très très long... J'ai fais plusieurs tentatives pour découvrir ce livre, mais je n'y suis pas arrivée à bout... Je me suis plusieurs fois endormie et même en essayant de sauter plusieurs chapitres pour y trouver une accroche quelconque, rien n'y a fait... 
J'avais bien aimé le lecteur, Jacques Frantz, dans plusieurs livres de Fred Vargas, ici la magie n'a pas opérée...

Extrait : (début du livre)
Prologue
Dans la ville balnéaire d’où je viens, avec son boardwalk, tout est un peu en toc. Moi, c’est pareil. À vingt ans, loin d’être un rebelle qui risquait sa vie au volant, je jouais de la guitare dans les rues d’Asbury Park et déjà j’avais obtenu une place de choix parmi ceux qui « mentent » pour servir la vérité… les artistes, avec un petit a. Mais j’avais quatre atouts dans mon jeu : la jeunesse, une expérience de presque dix ans à jouer dans les bars dans toutes les conditions, une bonne bande de musiciens qui avaient grandi là, habitués à mon style sur scène… et une histoire à raconter.
Ce livre est à la fois la suite de cette histoire et une enquête sur ses origines. J’ai pris comme paramètres les événements de ma vie qui ont, je crois, façonné cette histoire et ma musique. Dans la rue, les fans me demandent souvent : « Comment tu fais ? » Je vais tenter d’éclairer un peu le comment et, plus important, le pourquoi.

Kit de survie rock’n’roll

Patrimoine génétique, prédispositions, apprentissage du métier, élaboration d’une philosophie artistique à laquelle être fidèle, désir brut de… gloire ?… d’amour ?… d’admiration ?… d’attention… de femmes ?… de sexe ?… et… ah ouais, bien sûr… de pognon. Ensuite… si vous voulez vraiment aller au fond du fond… un feu intérieur… qui fait rage… qui brûle… sans jamais s’arrêter.
Voilà ce qui peut s’avérer utile si tu es amené à te présenter devant quatre-vingt mille (ou quatre-vingts) fans de rock’n’roll qui hurlent en attendant que tu leur fasses ton tour de magie. En attendant que tu sortes quelque chose de ton chapeau, que tu crées quelque chose de toutes pièces, quelque chose qui, avant que les fidèles se rassemblent, n’était qu’une rumeur alimentée par quelques chansons.
Je suis ici pour fournir la preuve que ce « nous » toujours insaisissable, jamais complètement crédible, existe bel et bien. C’est ça mon tour de magie. Et comme pour tout bon tour, il faut commencer par planter le décor. Et donc…

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19 mai 2017

Nuit de septembre - Angélique Villeneuve

415+1T50NGL Grasset - mars 2016 - 160 pages

Quatrième de couverture :
« Une nuit, ton fils s'est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l'as trouvé.
Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s'il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d'iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu'il est parti gonflé d'elles. Mais comme tu n'es pas sûre qu'en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la respiration, le murmure. »
Avec une sensibilité vibrante, lumineuse et poétique, Angélique Villeneuve dit l'après : comment exister sans celui dont on respecte silencieusement le choix d'être parti ? Quelle place trouver parmi les vivants et comment leur dire, à travers ce livre, toute la beauté du monde ?
Auteur : Angélique Villeneuve est l'auteur de cinq romans. Les Fleurs d'hiver, paru en 2014 aux éditions Phebus, a reçu un bel accueil (Prix Mille Pages 2014, prix La Passerelle 2015, prix de la ville de Rambouillet 2015).
Mon avis : (lu en avril 2017)
Après avoir beaucoup aimé le roman précédent d'Angélique Villeneuve, "Les fleurs d'hiver", j'ai eu envie de découvrir son dernier roman. Je ne m'attendais pas à lire ce témoignage sur le suicide du fils de l'auteure.
Un récit poignant et digne d'une mère qui cherche à aller au-delà de sa souffrance et à comprendre le geste de son fils. L'écriture d'Angélique Villeneuve est pleine d'humanité, de justesse, c'est une grande déclaration d'amour pour son fils et un témoignage bouleversant mais également réconfortant pour pouvoir se tourner vers l'avenir et vivre après un tel drame.
Je n'ai pas pu m'empêcher de penser à deux autres livres témoignages d'un père ou d'une mère sur la mort de leur enfant : Camille, mon envolée - Sophie Daull et Le Fils - Michel Rostain . 

Extrait :
Avant, bien longtemps avant ce jour-là, sans te sentir vraiment concernée tu avais lu ou entendu ces histoires à propos de la douleur.
On le disait, on l’écrivait, certains en tout cas le disaient, l’écrivaient, la douleur est une bête fidèle. Au moindre signe elle accourt, quand le monde déserte.
La douleur comme une créature.
Tu n’y croyais pas. Tu désirais, peut-être, te faire ta propre idée. Alors t’y voilà. Tu y es. Au milieu, au-dedans.
Tu as perdu ton fils il y a quelques semaines.
Une nuit, il s’est tué dans sa chambre, au premier étage de votre maison. Au matin à huit heures, avec son père tu l’as trouvé.

Déjà lu du même auteur : 

 9782752909985-e581c Les Fleurs d’hiver

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18 avril 2017

Les enfants de Willesden Lane - Mona Golabek et Lee Cohen

81qwF7RTuyL Hachette - septembre 2013 - 368 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Luc Rigoureau

Titre original : The Children of Willesden Lane, 2002

Quatrième de couverture :
1938. Vienne. Lisa Jura est juive. Lisa est aussi un prodige de la musique, une pianiste de génie âgée tout juste de quatorze ans. Et Vienne, capitale de la musique qui a vu se succéder Mozart, Beethoven, Schubert et Liszt, est devenue depuis peu une patrie hostile, voire dangereuse pour elle, rongée de l’intérieur par la barbarie nazie. Lorsqu’on offre à ses parents l’opportunité de sauver l’un de leurs enfants en l’envoyant loin, à l’abri, en Angleterre, le choix est difficile : c’est Lisa qui partira. Quand elle monte à bord du train qui doit l’emmener à Londres, Lisa est consciente qu’un grand avenir s’offre à elle, et qu’elle doit vivre pour sa famille qui se sacrifie pour elle. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Lisa échoue au 243 Willesden Lane, un foyer pour enfants dans une ville ravagée par la Seconde Guerre mondiale.

Auteur : Née à Los Angeles, Mona Golabek est une artiste complète : pianiste reconnue, elle est également auteur et animatrice radio. C’est sa mère, Lisa Jura, une Autrichienne de confession juive, réfugiée à Londres pendant la Seconde, qui est l’héroïne des Enfants de Willesden Lane. C’est elle aussi qui a transmis à Mona Golabek la passion de la musique. Fondatrice de l’organisation à but non lucratif « Hold On To Your Music », Mona Golabek a transmis le goût de la musique à ses enfants, eux aussi pianistes et violonistes.

Mon avis : (lu en avril 2017)
J'ai pris ce livre un peu par hasard à la Bibliothèque et j'ai beaucoup aimé ce récit témoignage. L'auteur est la fille de l'héroïne principale de ce livre, Lisa Jura. En 1938, Lisa est une jeune autrichienne juive de 14 ans qui vit à Vienne avec toute sa famille. Lisa est également une jeune pianiste très douée. Avec l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie), rester en Autriche est dangereux pour la famille Jura. Lisa aura l'opportunité de quitter l'Autriche pour l'Angleterre grâce à un « Kindertransport », organisé par des associations juives pour sauver des enfants. Le livre raconte essentiellement les sept années en Angleterre de Lisa dans le foyer du 243 Willesden Lane à Londres, où elle vivra avec d’autres enfants réfugiés. 
Voilà un récit témoignage original et passionnant sur l'époque de la Seconde Guerre Mondiale. La guerre est en toile de fond, au premier plan, il est question de musique et d'amitiés.

Extrait :  (site origine)
Ecoutez Mona Golabek nous lire (en anglais) les extraits du livre correspondant à chaque morceau, suivi de la musique qui rythme le livre :

Playlist Willesden Lane

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26 novembre 2016

Laëtitia ou la fin des hommes - Ivan Jablonka

31edgo7Ff5L Seuil - août 2016 - 383 pages

Prix Médicis 2016

Quatrième de couverture :
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d'être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s'est transformé en affaire d'Etat : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du "présumé coupable", précipitant 8 000 magistrats dans la rue, en février 2011. Mais Laëtitia Perrais n'est pas un fait divers. Comment peut-on réduire la vie de quelqu'un à sa mort, au crime qui l'a emporté ? Pendant deux ans, Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille, sa soeur jumelle, ses parents, ses amis, les responsables des services sociaux, ainsi que l'ensemble des acteurs de l'enquête, gendarmes, juges d'instruction, procureurs, avocats et journalistes, avant d'assister au procès du meurtrier, en octobre 2015. De cette manière, Ivan Jablonka a pu reconstituer l'histoire de Laëtitia. Il a étudié le fait divers comme un objet d'histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer. Ivan Jablonka poursuit son projet d'exploration des frontières entre littérature, histoire et sciences sociales. Ce livre est une expérience d'écriture autant qu'une enquête, destinée à rendre à Laëtitia sa singularité et sa dignité.

Auteur : Ivan Jablonka est historien et écrivain. Il a publié Histoire des grands-parents que je n'ai pas eus (2012) et L'histoire est une littérature contemporaine (2014).

Mon avis : (lu en novembre 2016)
Il n'est pas facile de faire un billet sur ce livre... Ce n'est pas vraiment un roman mais plutôt un essai ou une enquête sur un fait divers qui a bouleversé la France en 2011 : L'affaire Laëtitia. L'auteur a enquêté pendant deux ans, il a rencontré les proches de Laëtitia : Jessica, sa sœur jumelle, ses parents, ses amis, les services sociaux mais aussi les proches de l'enquête journalistes, gendarmes, juges, avocats... Ivan Jablonka alterne les chapitres qui racontent la vie de Laëtitia et ceux qui traitent de l'enquête, cela permet au lecteur de reprendre son souffle. En effet, car ce livre se lit littérairement facilement, mais beaucoup plus difficilement émotionnellement... La quatrième de couverture résume parfaitement le livre, je n'en rajouterai donc pas.
Ce livre rend un hommage mérité à Laëtitia, sans oublier d'y associer sa sœur Jessica. 

Extrait : (début du livre)
Laëtitia Perrais a été enlevée dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011. C’était une serveuse de dix-huit ans domiciliée à Pornic, en Loire-Atlantique. Elle menait une vie sans histoires dans la famille d’accueil où elle avait été placée avec sa sœur jumelle. Le meurtrier a été arrêté au bout de deux jours, mais il a fallu plusieurs semaines pour retrouver le corps de Laëtitia.
L’affaire a soulevé une énorme émotion dans tout le pays. Critiquant le suivi judiciaire du meurtrier, le président de la République, Nicolas Sarkozy, a mis en cause les juges auxquels il a promis des « sanctions » en réponse à leurs « fautes ». Ses propos ont déclenché un mouvement de grève inédit dans l’histoire de la magistrature. En août 2011 – affaire dans l’affaire –, le père d’accueil a été mis en examen pour des agressions sexuelles sur la sœur de Laëtitia. À ce jour, on ignore si Laëtitia elle-même a été violée, que ce soit par son père d’accueil ou par son meurtrier.
Ce fait divers est exceptionnel à tous égards – par l’onde de choc qu’il a soulevée, par son écho médiatique et politique, par l’importance des moyens mis en œuvre pour retrouver le corps, par les douze semaines que ces recherches ont duré, par l’intervention du président de la République, par la grève des magistrats. Ce n’est pas une simple affaire : c’est une affaire d’État.
Mais que sait-on de Laëtitia, hormis qu’elle a été la victime d’un fait divers marquant ? Des centaines d’articles et de reportages ont parlé d’elle, mais seulement pour évoquer la nuit de la disparition et les procès. Si son nom apparaît dans Wikipédia, c’est sur la page du meurtrier, à la rubrique « Meurtre de Laëtitia Perrais ». Éclipsée par la célébrité qu’elle a offerte malgré elle à l’homme qui l’a tuée, elle est devenue l’aboutissement d’un parcours criminel, une réussite dans l’ordre du mal.
Pouvoir du meurtrier sur « sa » victime : non seulement il lui retire la vie, mais il commande le cours de cette vie, qui désormais s’oriente vers la rencontre funeste, l’engrenage sans retour, le geste létal, l’outrage fait au corps. La mort tire la vie à elle.
Je ne connais pas de récit de crime qui ne valorise le meurtrier aux dépens de la victime. Le meurtrier est là pour raconter, exprimer des regrets ou se vanter. De son procès, il est le point focal, sinon le héros. Je voudrais, au contraire, délivrer les femmes et les hommes de leur mort, les arracher au crime qui leur a fait perdre la vie et jusqu’à leur humanité. Non pas les honorer en tant que « victimes », car c’est encore les renvoyer à leur fin ; simplement les rétablir dans leur existence. Témoigner pour eux.
Mon livre n’aura qu’une héroïne : Laëtitia. L’intérêt que nous lui portons, comme un retour en grâce, la rend à elle-même, à sa dignité et à sa liberté.

 

challenge12016br
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10 mai 2016

Vous n'aurez pas ma haine - Antoine Leiris

vous n'aurez pas ma haine Fayard - mars 2016 - 144 pages

Quatrième de couverture :
Antoine Leiris a perdu sa femme, Hélène Muyal-Leiris, le 13 novembre 2015, assassinée au Bataclan. Accablé par la perte, il n’a qu’une arme : sa plume.

À l’image de la lueur d’espoir et de douceur que fut sa lettre « Vous n’aurez pas ma haine », publiée au lendemain des attentats, il nous raconte ici comment,
malgré tout, la vie doit continuer.
C’est ce quotidien, meurtri mais tendre, entre un père et son fils, qu’il nous offre. Un témoignage bouleversant.

Auteur : Ancien chroniqueur culturel à France Info et France Bleu, Antoine Leiris est journaliste. Vous n’aurez pas ma haine est son premier livre.

Mon avis : (lu en avril 2016)
Voilà un témoignage bouleversant que j'ai lu d'une traite, souvent les larmes aux yeux. 
Cela à commencé par un texte « Vous n'aurez pas ma haine » : des mots postés sur les réseaux sociaux par Antoine Leiris après la mort de son épouse dans l'attaque du Bataclan. Il se retrouve seul avec Melvil, son fils de 17 mois. Dans ce texte, tout à son immense chagrin d'avoir perdu l'amour de sa vie, sa femme et la maman de Melvil, il préfère garder tout son esprit à son chagrin et à son fils plutôt qu'à la colère. Ce message 
plein de pudeur et de retenue avait ému la France. Il est devenu un livre sincère et poignant.
Pour ne pas sombrer dans le chagrin, lorsqu'il ne s'occupait pas de son fils, Antoine s'est mis à écrire. Dans ce livre, il raconte les 12 jours après le 13 novembre. Des jours où tout s'effondre mais où il faut qu'il reste fort pour Melvil. Il faut lui annoncer que sa maman ne reviendra pas, le consoler, le nourrir, jouer avec lui... lui parler de sa maman, faire à deux ce qu'ils avaient l'habitude de faire à trois...

Ce texte est beau, extrêmement touchant. C'est un hymne d'amour d'un homme à sa femme tragiquement disparue, un hymne d'amour d'un père à son fils pour qui la vie continue.
Une leçon de courage et d'humanité à découvrir sans hésiter ! 

Extrait : (page 63)
Vendredi soir, vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n'aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a faits à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.
Alors, non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l'avez bien cherché pourtant, mais répondre à la haine par la colère, ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j'aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.
Je l'ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d'attente. Elle était aussi belle que lorsqu'elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j'en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de douze ans. Bien sûr, je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu'elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n'aurez jamais accès.
Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n'ai d'ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a dix-sept mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre. Car non, vous n'aurez pas sa haine non plus.

 

 

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13 avril 2016

Si c'est un homme - Primo Levi

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Audiolib - septembre 2015 - 7h35 - Lu par Raphaël Enthoven

Pocket - janvier 1988 - 213 pages

Robert Lafont -  mars 2002 - 308 pages

traduit de l'italien par Martine Schruoffeneger

Titre original : Sequestoé un uomo, 1958

Quatrième de couverture : 
Durant la Seconde Guerre mondiale, Primo Levi, vingt-quatre ans, juif, lutte aux côtés des maquisards antifascistes du Piémont. Capturé en 1943, il se retrouve peu après à Auschwitz, où il demeurera plus d’un an avant d’être libéré par l’armée russe en janvier 1945.
Au camp, il observe tout. Il se souviendra de tout, racontera tout : la promiscuité des blocks-dortoirs, les camarades qu’on y découvre à l’aube, morts de froid et de faim ; les humiliations et le travail quotidiens, sous les coups de trique des kapos; les « sélections » périodiques où l’on sépare les malades des bien-portants pour les envoyer à la mort ; les pendaisons pour l’exemple ; les trains, bourrés de juifs et de tziganes, qu’on dirige dès leur arrivée vers les crématoires…
Et pourtant, dans ce récit, la dignité la plus impressionnante ; aucune haine, aucun excès, aucune exploitation des souffrances personnelles, mais une réflexion morale sur la douleur, sublimée en une vision de la vie.

Paru en 1946, Si c’est un homme est considéré comme un des livres les plus importants du XXe siècle.

Auteur : Né à Turin en 1919, Primo Levi est mort en 1987. On lui doit une quinzaine d’ouvrages – nouvelles, romans, essais– dorénavant tous traduits en français, dont La TrèveLe Système périodique ou La Clé à molette, qui reçut en Italie le prix Strega, l’équivalent du Goncourt.

Lecteur : Raphaël Enthoven est professeur de philosophie sur France-Culture et sur ARTE. Son travail consiste essentiellement à en parler avec simplicité, mais sans jamais la simplifier. Il a lu Mythologies de Roland Barthes avec Michel Vuillermoz (Thélème) et L’Insoutenable Légèreté de l’être de Milan Kundera (Écoutez lire).

Mon avis : (réécouté partiellement en avril 2016)
Je réactualise un peu mon billet, mais l'essentiel reste celui de septembre 2015, lors de ma première lecture audio...

J'ai déjà lu ce livre avant la création de ce blog, et cela fait du bien de faire cette lecture indispensable en mode audio.
Pour ce relecture audio, je n'ai pas réécouté les "bonus" : ni l'interview très intéressante de Primo Levi par Philipp Roth et je n'ai retenté l'interview de Raphaël Enthoven. Lors de ma première écoute, je l'avais trouvé trop longue (54 minutes) et j'avais décroché au bout de vingt minutes...

Le livre en lui-même est plus fluide à écouter, paru dix ans après son retour des camps, Primo Levi témoigne de son quotidien là-bas. Ce livre est un témoignage poignant. Il nous décrit dans les moindres détails la vie dans le camp d'Auschwitz de 1943 à janvier 1945. Il donne son ressenti sur la violence des hommes mais également sur la volonté de survivre en gardant un semblant d'humanité. C'est une grande leçon de vie, car Primo Levi raconte tout cela sans aucune haine et sans reproche vis à vis de ceux qui lui ont fait subir cette épreuve. Il expose des faits, seulement ce dont il a été témoin et laisse au lecteur se faire son opinion par lui-même.  
Dans cette version audio, Raphaël Enthoven a su avec beaucoup de sobriété donner toute sa force à ce texte exceptionnel.

Autres avis : Enna, Meuraïe

Extrait : (début du livre)
Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c’est un homme
Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui pour un non.
Considérez si c’est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et jusqu’à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.
N’oubliez pas que cela fut,
Non, ne l’oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ; 
Répétez-les à vos enfants.
Ou que votre maison s’écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous.

J’AVAIS été fait prisonnier par la Milice fasciste le 13 décembre 1943. J’avais vingt-quatre ans, peu de jugement, aucune expérience et une propension marquée, encouragée par le régime de ségrégation que m’avaient imposé quatre ans de lois raciales, à vivre dans un monde quasiment irréel, peuplé d’honnêtes figures cartésiennes, d’amitiés masculines sincères et d’amitiés féminines inconsistantes. Je cultivais à part moi un sentiment de révolte abstrait et modéré.
Ce n’était pas sans mal que je m’étais décidé à choisir la route de la montagne et à contribuer à mettre sur pied ce qui, dans mon esprit et dans celui de quelques amis guère plus expérimentés que moi, était censé devenir une bande de partisans affiliée à Giustizia e Libertà. Nous manquions de contacts, d’armes, d’argent, et de l’expérience nécessaire pour nous procurer tout cela ; nous manquions d’hommes capables, et nous étions en revanche envahis par une foule d’individus de tous bords, plus ou moins sincères, qui montaient de la plaine dans l’espoir de trouver auprès de nous une organisation inexistante, des cadres, des armes, ou même un peu de protection, un refuge, un feu où se chauffer, une paire de chaussures.
A cette époque on ne m’avait pas encore enseigné la doctrine que je devais plus tard apprendre si rapidement au Lager, et selon laquelle le premier devoir de l’homme est de savoir utiliser les moyens appropriés pour arriver au but qu’il s’est prescrit, et tant pis pour lui s’il se trompe ; en vertu de quoi il me faut bien considérer comme pure justice ce qui arriva ensuite. Trois cents miliciens fascistes, partis en pleine nuit pour surprendre un autre groupe de partisans installé dans une vallée voisine, et autrement important et dangereux que le nôtre, firent irruption dans notre refuge à la pâle clarté d’une aube de neige, et m’emmenèrent avec eux dans la vallée comme suspect.
Au cours des interrogatoires qui suivirent, je préférai déclarer ma condition de « citoyen italien de race juive », pensant que c’était là le seul moyen de justifier ma présence en ces lieux, trop écartés pour un simple « réfugié », et estimant (à tort, comme je le vis par la suite) qu’avouer mon activité politique, c’était me condamner à la torture et à une mort certaine. En tant que juif, on m’envoya à Fossoli, près de Modène, dans un camp d’internement d’abord destiné aux prisonniers de guerre anglais et américains, qui accueillait désormais tous ceux – et ils étaient nombreux – qui n’avaient pas l’heur de plaire au gouvernement de la toute nouvelle république fasciste.
Lors de mon arrivée, fin janvier 1944, il y avait dans ce camp environ cent cinquante juifs italiens, mais au bout de quelques semaines on en comptait plus de six cents. C’étaient pour la plupart des familles entières qui avaient été capturées par les fascistes ou les nazis, à la suite d’une imprudence ou d’une dénonciation. Un petit nombre d’entre eux s’étaient spontanément constitués prisonniers, pour échapper au cauchemar d’une vie errante, par manque de ressources, ou encore pour ne pas se séparer d’un conjoint arrêté, et même, absurdement, « pour être en règle avec la loi ».

 

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28 février 2016

Pourquoi Tokyo ? - Agathe Parmentier

Lu en partenariat avec les éditions Au Diable Vauvert

1507-1 Au Diable Vauvert - février 2016 - 320 pages

Quatrième de couverture :
En 2012, Agathe Parmentier décide de quitter la France et part à l'aventure, s'installer au Japon avec une simple valise. Elle gagnera de quoi manger et se loger dans une chambre de 9 m2 en donnant des cours de français. Témoin volontaire respectueuse, distanciée et attentive, elle observe et découvre la ville et ses habitants avec rigueur et nous raconte son quotidien, ses expériences et ses expéditions de française curieuse et maladroite, mais toujours respectueuse, devenue apprentie tokyoïte. Récit d'une expérience humaine et journal de voyage, Pourquoi Tokyo ? est un document passionnant, vivant et plein d'humour, où l'on découvre par les détails l'ordinaire et l'âme d'un pays radicalement différent et qui fascine.

Auteur : Après des études de droit et de politique à Paris, Agathe Parmentier se lance dans la presse où elle devient rapidement chroniqueuse sous le nom d'Ismène de Beauvoir et a publié un document sur la génération Y, Contre-culture confiture (éditions FYP, 2013). Après deux années passées en Australie, elle part vivre en 2014 à Tokyo et en rapporte un passionnant récit de voyage, Pourquoi Tokyo ?

Mon avis : (lu en février 2016)
Avant d'être un livre ce récit de voyage est un blog Pourquoi Tokyo ? Pourquoi pas. A trente ans, Agathe, jeune française décide de partir pour un an au Japon. Elle aime ce pays, mais n'en connait pas la langue. Elle nous raconte son expérience d'occidentale au pays du soleil levant... Elle va vivre dans un chambre de 9 m², donner des cours de français ou faire de la figuration pour gagner sa vie. Elle va prendre des cours de japonais pour tenter de converser avec les locaux.
Ce carnet de voyage est plein de surprises, de découvertes. Agathe a beaucoup d'humour et de curiosité, elle nous raconte à travers d'anecdotes les décalages qu'il existe entre nos deux cultures : elle teste la nourriture, les hôtels, les centres commerciaux, les garçons... Agathe ne s'arrête pas aux clichés, elle décrit un Japon contemporain avec ses émerveillements et ses déceptions. 
Tout au long du livre, Agathe utilise les termes japonais qui sont expliqués par de nombreuses notes et celles-ci sont également réunies en fin du livre, ce qui est très pratique pour s'y référer.

Merci aux éditions Au Diable Vauvert pour cette lecture dépaysante, amusante et instructive !

Extrait : (début du livre)
Je suis Agathe. Donc je suis Agatsu (1). donc je suis 安 月. Donc je suis Lune de Pacotille. Je suis Française, j'ai trente et un ans, je suis célibataire donc je suis une kurisumasukéki et une make-inu. Mais je levis bien. J'habite à Tokyo. Je tiens un blog, enseigne le français et j'étudie le japonais. J'adore le Japon mais je parle à peine le japonais. C'est un peu frustrant mais quand j'écris en japonais, on dirait que j'ai cinq ans donc c'est aussi un peu amusant. Je ne cuisine pas du tout mais j'adore la nourriture japonaise. Je mange du nattō et de lumeboshi. Mon sushi préféré c'est l'engawa. J'adore aussi l'okonomiyaki au poulpe et les yakiimo. J'aime le son du sanshin. J'aime les films japonais bizarres et les livres japonais bizarres. Une fois, au karaoké, j'ai chanté le refrain d'une chanson d'AKB48, mais je n'aime pas trop AKB48. 
Ravie de faire votre connaissance !

(1) Dans la langue japonaise, certainsde nos sons ne sont pas trduisibles. C'est la cas des mots se terminant sur une consonne sonore (David deviendra Davido) et des mots se terminant pae le son [e]. Ainsi, à la japonaise, Agathe devient Agatsu.

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Ponctuation (2)

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05 décembre 2015

Trafiquants d'hommes - Andrea Di Nicola et Giampaolo Musumeci

trafiquants_d_hommes Liana Levi - avril 2015 - 185 pages

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Titre original : Confessioni di un trafficante di uomini, 2014

Quatrième de couverture : 
« Chaque année des milliers de clandestins jouent leur vie pour rejoindre l’espace Schengen. Via Lampedusa, la Grèce, la Tunisie, la Turquie ou la Slovénie. À pied ou en camion, dans la cale d’un bateau ou en avion avec un billet de première classe. Pour chaque migrant parvenu à bon port, quelqu’un a empoché entre 1000 et 10000 euros. Le chiffre d’affaires global de ce business est estimé entre 3 et 10 milliards de dollars par an, juste après celui du trafic de drogue. Au sommet de la pyramide, d’insaisissables et puissants criminels orchestrent de vastes réseaux d’intermédiaires. Qui sont ces trafiquants d’hommes, comment travaillent-ils, comment échappent-ils aux contrôles? Depuis 2012, nous avons parcouru des milliers de kilomètres, interrogé des dizaines de magistrats et de policiers, rencontré des passeurs et des trafiquants en prison ou dans les bistrots des ports de transit. Nous avons recueilli leurs confidences, analysé leurs méthodes et leurs livres de comptes. Notre enquête décrit la plus grande et la plus impitoyable “agence de voyages” du monde. »

Auteurs : Andrea Di Nicola enseigne la criminologie à l’université de Trente. Depuis plus de quinze ans, ses recherches portent sur l’organisation illégale de l’immigration et l’exploitation humaine. 
Giampaolo Musumeci est reporter. Il traite l’actualité internationale, l’immigration et les conflits armés, notamment en Afrique, pour plusieurs radios, télés et journaux européens. Quand il ne sillonne pas la planète, il vit à Milan.

Mon avis : (lu en décembre 2015)
Les auteurs de ce livre auraient pu lui donner le titre suivant : "La plus grande agence de voyage du monde". En effet, ils ont mené une vraie enquête sur l'organisation du trafic humain. C'est devenu un commerce comme celui de la drogue ou des armes qui rapportent aux organisateurs beaucoup d'argent. Ceux-ci sont sans état d'âme, le réfugié ou migrant est une "marchandise" comme une autre...
Les auteurs décrivent en détail l'organisation si bien structurée des différentes filières, les différents rôles de passeurs, de coordonnateurs, de guetteurs, de rabatteurs avec au sommet de cette pyramide des chefs qui ne prennent aucun risque et gagnent beaucoup beaucoup d'argent. Il y a également de nombreux témoignages de ceux qui participent à ce travail de l'ombre et de réfugiés qui racontent leur périple souvent long et dangereux.
C'est assez effrayant de comprendre que nos frontières sont si perméables... En effet, les trafiquants utilisent toutes les failles qu'il existe dans le système de frontière, de passeports, de visa, de zone de guerre...
Une lecture instructive et d'actualité.

Extrait : (début du livre)
Marina de Turgutreis, région de Bodrum, au sud de la Turquie. 9 h 30, un matin de mai 2010. Au numéro 26 du Gazi Mustafa Kemal Bulvarı se trouve le siège d’Argo lis Yacht Ltd., une société de location de bateaux à voiles et à moteur. Les papiers d’un Bavaria 42 Cruiser – un voilier à un mât de 13 mètres battant pavillon grec amarré non loin – attendent sur le bureau.
Un homme d’une quarantaine d’années, le visage bronzé et un peu marqué, les bras épais et la poigne vigoureuse, se présente à l’agence avec son passeport et son permis bateau pour signer le contrat. C’est un skipper. Il s’appelle Giorgi Dvali, de nationalité géorgienne. Né à Poti, il travaille depuis des années dans le tourisme. Il organise des croisières en Méditerranée. Une longue tradition maritime fait des Géorgiens, comme des Ukrainiens, des navigateurs très appréciés.
Dvali annonce à l’employée que ses prochains clients sont une famille américaine de Seattle : un couple avec deux adolescents qui veulent passer deux semaines entre les côtes turques et les îles grecques et profiter de la mavi yolculuk, la « croisière bleue », comme l’appellent les pêcheurs locaux. Cette route d’une rare beauté, très appréciée des touristes, est ordinaire pour un homme tel que lui. Dvali paie en liquide la location et l’assurance. Quelques instants plus tard, il est déjà sur le quai. À côté du Bavaria 42, les traditionnels caïques turcs, construits dans les marinas de Bodrum ou de Marmaris, et des yachts de 15 à 20 mètres. Des marins vont et viennent, des touristes anglais et allemands, quelques Grecs : le quai est une véritable tour de Babel. Dvali regarde autour de lui puis inspecte le cruiser : il monte à bord, va sous le pont, vérifie que tout est en ordre. Trois cabines équipées, six couchettes en tout, une grande cuisine et deux salles de bains. L’intérieur est élégant, décoré de riches boiseries. Le bateau n’a pas plus de cinq ans, il est presque neuf. Sur le marché de l’occasion, il coûterait entre 120000 et 130000 euros. Demain, aux premières lueurs de l’aube, on lève l’ancre.
Dvali décide de fixer immédiatement le cap sur le navigateur GPS pour vérifier qu’il fonctionne : 40.1479 degrés de latitude, 17.972 de longitude. D’avril à septembre, entre la Turquie et les îles grecques, jusqu’au littoral italien, entre Corfou et Vieste, la Crète et la Calabre, Antalya et Santa Maria di Leuca, il y a des centaines de yachts comme celui-ci. Longues croisières, loin des plages bondées. Le tourisme pour une poignée de privilégiés. Six jours plus tard, aux premières heures du matin, le bateau se trouve au large de Porto Selvaggio, dans la province de Lecce. Il navigue au moteur et fend les vagues à une vitesse de 7 nœuds. La terre n’est qu’à 10 milles. Une vedette de la guardia di fi nanza accoste le voilier : simple contrôle de routine, un parmi tant d’autres. Le carnet de navigation est en règle, Dvali semble être un vrai professionnel. Les policiers montent à bord. L’homme trahit alors une certaine nervosité. Lorsqu’on lui demande des informations sur les passagers, il explique qu’il accompagne une famille américaine en vacances. Ils dorment, il ne veut pas les déranger. Son anglais n’est pas hésitant, pourtant il bégaye. Mais c’est surtout son regard, courant à plusieurs reprises vers la porte de la cabine, qui éveille les soupçons des garde-côtes. Ils décident de mener un contrôle approfondi.
Sous le pont, pas de famille américaine passionnée de voile, pas de couple avec des adolescents. Quand ils plongent le nez à l’intérieur, les policiers sont assaillis par une bouffée acide et une violente odeur de sueur. Ils trouvent là quarante Afghans, âgés de seize à trente-deux ans. Tous originaires de la province de Herat. Ils ont le regard perdu, beaucoup souffrent du mal de mer. Ils sont passés par la Turquie : d’abord Istanbul, le centre de triage du trafi c humain mondial, puis Smirne, et enfi n Bodrum, où ils ont rencontré Dvali. Une fois les amarres larguées, cap sur l’Italie et les côtes des Pouilles.

 

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