15 mai 2017

Ma part de Gaulois - Magyd Cherfi

 Prix Audiolib 2017

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Audiolib - avril 2017 - 6h14 - Lu par l'auteur

Actes Sud - août 2016 - 256 pages

Quatrième de couverture :
Printemps 1980, l'avènement de Mitterrand est proche. Pour Magyd - lycéen beur d'une cité de Toulouse - c'est le bac. Il sera le premier lauréat de sa cité, après un long chemin parcouru entre la pression de sa mère et les vannes des copains. Ce récit intime, unique et singulier, éclaire la question de l'intégration et les raisons de certains renoncements.  

Avec gravité et autodérision, Ma part de Gaulois raconte les chantiers permanents de l'identité et les impasses de la république. Souvenir vif et brûlant d'une réalité qui persiste, boite, begaie, incarné par une voix unique, énergie et lucidité intactes. Mix solaire de rage et de jubilation, Magyd Cherfi est ce produit made in France authentique et hors normes : nos quatre vérités à lui tout seul ! 

Auteur : Magyd Cherfi est né à Toulouse en 1962. Dès le lycée, il écrit des scénarios de films amateurs, puis participe à la création de l'association Vitecri pour la promotion des cultures de banlieues. Cette association donnera naissance au groupe Zebda, dont il devient chanteur et parolier. Zebda publiera six albums entre 1992 et 2015. En solo, Magyd Cherfi est l'auteur-compositeur et interprête de deux albums Cité des Etoiles (2004) et Pas en vivant avec son chien (2007). Son nouvel album, Catégorie Reine, sort en mars 2017.
Des les deux recueils de récits publiés chez Actes Sud (Livret de famille en 2004 et La Trempe en 2007), il explore déjà les thématiques liées à la vaste question de l'identité.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Lors de la rentrée Littéraire de Septembre 2016, j'avais noté ce titre après avoir vu l'auteur à la télévision. Dans ce livre, Magyd Cherfi, chanteur et parolier du groupe Zebda, raconte ses années de jeunesse dans une cité des quartiers Nord de Toulouse. Il est un jeune beur tiraillé entre ses origines kabyle et française, bon élève et aimant étudier, il est également en décalage avec ses copains de la cité qui préfèrent le foot aux livres... Malgré cela, grâce à l'amour inconditionnelle de sa mère, aux amitiés fortes, aux liens qu'il a créé au fil de ses rencontres, Magyd fait sa place en créant une association de soutien scolaire, un club théâtre...
J'ai aimé l'accent chantant du sud-ouest de l'auteur-lecteur, j'ai eu plus de mal à appréhender le style où le vocabulaire fleuri (nombreuses insultes et grossièretés) est trop présent à mon goût. J'ai aimé le côté positif des propos de l'auteur. Son parcours n'a pas été facile, mais c'est cela qui lui a donné la force et lui a permis de devenir l'homme qu'il est aujourd'hui. C'est à la fois drôle et émouvant, parfois poétique...

Extrait : (début du livre)
Longtemps j’ai aimé qu’on me dise :
— Magyd, écris-nous quelque chose ! Un truc qui tue, mets-nous le feu ! On s’ennuie.
Surtout les filles de mon quartier, qui savaient mon écriture inflammable et solidaire. J’aimais dégommer les mecs de ma cité qui me le rendaient bien. Je les croquais en verbe, ils me retournaient la bouche à coups de savate. Les filles, elles voulaient que j’écrive un incendie. Être leur pyromane me chauffait les neurones. Interdites de sorties je devenais leur passeport pour les étoiles.
— Écris la légende des quartiers.
Tout le monde aimait ça, que j’invente une “histoire”. D’histoire on n’en avait pas. Ma mère, les filles, les copains, un seul cri : Écris…
— Un truc qui tue !
Comme on dit au djinn “exauce mon vœu” ou à la fée “fais-moi apparaître la plus jolie princesse”. On me sollicitait de partout pour un petit bonheur pépère. J’étais dans ma cité comme un magicien des mots et m’en léchais la plume. Les copains aussi me demandaient des poèmes pour accrocher une voisine et quand ils revenaient me supplier pour deux ou trois autres quatrains, je la jouais poète pris dans les tourments de l’inspiration, je me prenais la tête à deux mains :
— Attendez, il faut que ça vienne.
J’en profitais pour leur soutirer les commentaires de la coquine ou la teneur de l’échange qui pouvait être un premier baiser ou la permission d’une caresse en des endroits bénis par la secte “garçons”.
— J’y ai tété le sein, la tête de ma mère !

Et je bandais tranquille, un peu pour la scène décrite et beaucoup pour la sensation de ce pouvoir en ma possession et dont je profitais par procuration.
La procuration, ô terre bénie dans laquelle j’ai atterri en douceur, très tôt.
J’étais mou, affable et grassouillet, ça vous donne trois raisons de ne pas visiter la jungle des hommes. Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel. Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince… charmant, musclé et pas con.
À défaut d’être “mec”, je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’est servie d’un stylo.
Par bonheur je n’étais pas que flasque et éteint, j’étais aussi fâché et j’ai donc envoyé mon écriture à la salle de gym. J’habitais la banlieue, ça dit tout.
Pourtant j’avoue pour avoir lu les “meilleurs” que j’étais à l’écriture ce que le mineur est au minerai, bien plus dans le concassage que dans l’épure.
J’en maudis encore le ciel, car écrire et être en colère auraient mérité un scribouillage hugolien. Rien de ça chez moi jusqu’à ce que j’assume ce qualificatif qui m’a hanté longtemps. Sympa.
— C’est sympa ce que t’écris.

 

Posté par aproposdelivres à 12:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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