30 avril 2017

Opération Napoléon - Arnaldur Indridason

Prix Audiolib 2017

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Audiolib - mars 2017 - 10h08 - Lu par Thierry Janssen

Métailié - octobre 2015 - 352 pages

Points - octobre 2016 - 432 pages

traduit à la demande de l’auteur à partir de l’édition anglaise par David Fauquemberg

Titre de l’édition islandaise originale : Napóleonsskjölin, 1999

Quatrième de couverture :
1945. Un bombardier allemand s'écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d'Europe, qui l’engloutit. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. Vont-ils mourir gelés, emportant un des plus lourds secrets du xxe siècle ?

1999. Le glacier fond et les forces spéciales de l'armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l'avion. Deux jeunes randonneurs surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Kristin, la soeur de l’un d’eux, se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d'une nature glaçante. Les hypothèses historiques déconcertantes, parfois dérangeantes, et la séduction inoubliable qu'exerce cette héroïne à la fois tenace et perspicace, font de ce texte un formidable roman à suspense.

Auteur : Arnaldur Indridason est né à Reykjavík en 1961. Il est l’un des plus grands écrivains de polars d’Islande, ses livres sont publiés dans 37 pays. Il est le premier à recevoir le plus prestigieux prix de littérature scandinave deux années consécutives : en 2002, pour son livre La cité des jarres, et en 2003, pour La femme en vert

Lecteur : Comédien, auteur et metteur en scène formé au clown et à la commedia dell’arte, Thierry Janssen a travaillé entre autres avec Carlo Boso et Franco Dragone.

Mon avis : (écouté en avril 2017)
Ce roman écrit par l'auteur en 1999 a seulement été traduit en français en 2015, c'est son troisième roman. Il ne fait pas partie de la série Erlendur. 
1945, un avion s'écrase dans le blizzard sur le glacier du Vatnajökull qui l'engloutit. A l'intérieur, des officiers allemands et des agents américains qui vont mourir de froid et emporter avec eux un lourd secret d'Etat...
Cinquante ans plus tard, l'avion réapparaît et l'armée américaine tente secrètement de récupérer l'avion. Mais sur le glacier, les Américains ne sont pas seuls et n'hésitent pas à réduire au silence deux jeunes islandais qui les ont surpris en action, l'un des jeunes étant en train de téléponer à sa sœur Kristin...
Le lecteur est entraîné dans la course poursuite de Kristin pour découvrir ce qui est arrivé à son frère et pour résoudre une énigme datant de la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Je suis une inconditionnelle de la série Erlendur et j'ai beaucoup aimé ce suspense, rythmé, riche en péripéties ! J'aime également découvrir l'Islande et son histoire à travers les romans d'Indridason, ici il est question de la Seconde Guerre Mondiale et des relations entre l'armée américaine et les Islandais.
Concernant la version audio, le lecteur est très bon, le suspense et le rythme de l'histoire rend l'écoute vraiment agréable et passionnante.

Extrait : (début du livre)
Le blizzard faisait rage sur le glacier.
Il ne voyait rien devant lui, parvenait tout juste à distinguer la boussole au creux de sa main. Même s’il l’avait voulu, impossible de faire demi-tour. La tempête lui cinglait le visage, criblant sa peau de flocons durs et froids venus de toutes les directions. Une épaisse croûte de neige s’était formée sur ses vêtements et, à chaque pas, il s’enfonçait jusqu’aux genoux. Il avait perdu toute notion du temps. Depuis combien d’heures marchait-il ? Il n’en avait aucune idée. Dans cette obscurité impénétrable qui l’enveloppait depuis son départ, il ne savait même plus si c’était le jour ou la nuit. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il était à bout de force. Il progressait de quelques pas, reprenait son souffle, puis repartait. Cinq pas supplémentaires. Il s’arrêtait. Encore trois pas. Il s’arrêtait. Deux pas. Il s’arrêtait. Un pas.
Il était sorti à peu près indemne du crash. D’autres avaient eu moins de chance. Dans une éruption de bruit, l’avion avait raclé la surface du glacier. L’un des moteurs avait pris feu, avant de disparaître brusquement quand l’aile s’était décrochée, tourbillonnant dans les ténèbres enneigées. Presque aussitôt, l’autre aile s’était déchirée dans une pluie d’étincelles, et le fuselage amputé avait fusé comme une torpille sur la glace.
Le pilote, lui et trois autres hommes étaient attachés sur leurs sièges quand l’avion avait décroché, mais deux des passagers, pris d’une crise d’hystérie, s’étaient levés d’un bond et précipités vers le cockpit. Le choc les avait envoyés ricocher comme des balles aux quatre coins de la cabine. Recroquevillé sur son siège, il les avait regardés s’écraser contre le plafond et rebondir sur les parois, avant d’être catapultés au-dessus de lui jusqu’au fond de l’avion où leurs hurlements furent réduits au silence.
L’épave laboura le glacier, soulevant un nuage de neige et de glace, puis elle perdit peu à peu de la vitesse et, finalement, s’immobilisa. Alors, il n’y eut plus aucun bruit, rien que les hurlements du vent.
Il était le seul, de tous les passagers, à vouloir braver le blizzard pour regagner la civilisation. Les autres recommandaient d’attendre, dans l’espoir que la tempête finirait par se calmer. Ils estimaient qu’il valait mieux rester ensemble, mais personne ne le retiendrait. Il n’avait pas envie de se retrouver pris au piège dans cet avion ; l’idée qu’il puisse devenir son cercueil lui était insupportable. Avec leur aide, il s’emmitoufla autant que possible pour cette expédition, mais il n’eut pas à marcher longtemps dans ces conditions implacables pour comprendre qu’il aurait mieux fait de rester à l’abri dans l’avion avec les autres. À présent, il était trop tard.
Il s’efforçait de suivre un cap sud-est. L’espace d’une fraction de seconde, juste avant que le bombardier ne s’écrase, il avait aperçu les lumières de ce qui ressemblait à des maisons, et maintenant il suivait ce qu’il croyait être cette direction. Il était glacé jusqu’aux os, et son pas se faisait de plus en plus lourd. Loin de se calmer, la tempête semblait au contraire gagner en intensité. Il progressait péniblement, ses forces l’abandonnant à chaque pas.
Il repensa à la situation désespérée des autres, restés dans l’avion. Quand il les avait laissés, des congères commençaient déjà à recouvrir la carlingue, et la cicatrice dessinée par sa progression sur la glace se comblait rapidement. Ils avaient des lampes à pétrole, mais le combustible ne durerait pas très longtemps, et il régnait sur ce glacier un froid inimaginable. S’ils laissaient la porte de l’avion ouverte, la cabine se remplirait de neige. Ils étaient sans doute déjà coincés à l’intérieur. Ils savaient qu’ils allaient mourir de froid, qu’ils restent dans l’appareil ou s’aventurent sur la glace. Ils avaient débattu des différentes options – elles étaient plus que limitées. Il leur avait dit qu’il ne pouvait pas rester assis là à attendre la mort.
La chaîne cliquetait. Le poids de la valise lui arrachait le bras. Elle était accrochée à son poignet par une paire de menottes. Il ne tenait plus la poignée, laissant la valise traîner derrière lui au bout de sa chaîne. Le bracelet des menottes lui cisaillait le poignet, mais il n’y prêtait aucune attention. Tout lui était égal, à présent.

Challenge Voisins Voisines 
voisins_voisines2017
Islande

Déjà lu du même auteur :

la_cit__des_jarres La Cité des jarres  la_femme_en_vert La Femme en vert 

la_voix La Voix l_homme_du_lac L'Homme du lac hiver_arctique Hiver Arctique 

 hypothermie Hypothermie la_rivi_re_noire La rivière noire betty Bettý 

la_muraille_de_lave La muraille de lave etranges_rivages Etranges rivages 

91768788 La cité des jarres 95359847 Le Duel 

105501958 Les nuits de Reykjavik 110108840 Le lagon noir

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29 avril 2017

Un petit livre oublié sur un banc - Jim et Mig

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Bamboo - mars 2014 - 53 pages

Bamboo - avril 2015 - 54 pages

Quatrième de couverture :
Camélia est assise sur un banc. À côté d'elle, un livre est posé là, abandonné. Elle le feuilleté. Dedans, un mot de la main d'un inconnu l'invite à l'emporter...

Chez elle, Camélia découvre que certains mots sont entourés ici et là, et que ces mots forment des phrases... L'inconnu dit s'ennuyer dans sa vie de tous les jours et rêve d'une vie amoureuse forte et bouleversante, comme on en lit seulement dans les romans. "Mais combien sommes-nous à rêver d'une vie romanesque ?".
Camélia entoure six mots en réponse : "nous" "sommes" "deux", "vous" "et" "moi"... Et elle retourne déposer le petit livre tout là-bas, sur un banc...
À l'heure des textos et du livre numérique, "En petit livre oublié sur un banc" est une histoire pleine de charme entre deux amoureux des livres... Une liaison épistolaire tendre et attachante, à contrecourant du flot numérique actuel...

Auteurs : Jim, de son vrai nom Thierry Terrasson, né le 21 mars 1966 à Niort, est un auteur de bande dessinée et de courts métrages. Il publie également sous le pseudonyme de Téhy.
Mig, nom de plume de David Laurent, né en 1975, est un auteur de bande dessinée et animateur français.

Mon avis : (lu en avril 2017)
Dans la préface de cette BD, Jim explique qu'il a eu l'idée de cette histoire grâce à une amie qui déposait les livres qu'elle avait lu et aimé dans les lieux publics afin que le livre voyage et soit partagé avec le plus de lecteurs possible...
Camélia est une jeune femme dont la vie semble assez monotone. Un jour, elle trouve un livre abandonné sur un banc avec le message suivant : « Ce livre est pour la personne qui le trouvera. Gardez-le. J'ai pris un grand plaisir à le lire, je tiens à ce que ce plaisir ne reste pas emprisonné sur une étagère de ma bibliothèque. Il est spécialement pour vous.
Signé : Un inconnu »
Camélia emporte le livre et s'empresse de commencer à le lire... Elle découvre alors des mots entourés, qui bout à bout lui laisse un message :
« Longtemps, j'ai connu l'ennui dans ma vie. Longtemps j'ai souhaité de plus grandes émotions, une vie amoureuse forte et bouleversante, une passion qui me tienne éveillé et fasse battre mon coeur… »
C'est le début d'un vrai jeu de piste pour Camélia qui cherche à découvrir qui est cet inconnu. Elle espère un peu de piment dans sa vie et elle ne va pas être déçue...
Voilà une histoire en deux tomes légère, touchante, avec de la poésie.

 

Extrait :

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21 avril 2017

Prix Audiolib : 2 derniers livres audio sont arrivés !

Prix Audiolib 2017

Je viens de recevoir 2 nouveaux livres audio sélectionnés pour le Prix Audiolib 2017  

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18 avril 2017

Les enfants de Willesden Lane - Mona Golabek et Lee Cohen

81qwF7RTuyL Hachette - septembre 2013 - 368 pages

traduit de l'anglais (États-Unis) par Luc Rigoureau

Titre original : The Children of Willesden Lane, 2002

Quatrième de couverture :
1938. Vienne. Lisa Jura est juive. Lisa est aussi un prodige de la musique, une pianiste de génie âgée tout juste de quatorze ans. Et Vienne, capitale de la musique qui a vu se succéder Mozart, Beethoven, Schubert et Liszt, est devenue depuis peu une patrie hostile, voire dangereuse pour elle, rongée de l’intérieur par la barbarie nazie. Lorsqu’on offre à ses parents l’opportunité de sauver l’un de leurs enfants en l’envoyant loin, à l’abri, en Angleterre, le choix est difficile : c’est Lisa qui partira. Quand elle monte à bord du train qui doit l’emmener à Londres, Lisa est consciente qu’un grand avenir s’offre à elle, et qu’elle doit vivre pour sa famille qui se sacrifie pour elle. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Lisa échoue au 243 Willesden Lane, un foyer pour enfants dans une ville ravagée par la Seconde Guerre mondiale.

Auteur : Née à Los Angeles, Mona Golabek est une artiste complète : pianiste reconnue, elle est également auteur et animatrice radio. C’est sa mère, Lisa Jura, une Autrichienne de confession juive, réfugiée à Londres pendant la Seconde, qui est l’héroïne des Enfants de Willesden Lane. C’est elle aussi qui a transmis à Mona Golabek la passion de la musique. Fondatrice de l’organisation à but non lucratif « Hold On To Your Music », Mona Golabek a transmis le goût de la musique à ses enfants, eux aussi pianistes et violonistes.

Mon avis : (lu en avril 2017)
J'ai pris ce livre un peu par hasard à la Bibliothèque et j'ai beaucoup aimé ce récit témoignage. L'auteur est la fille de l'héroïne principale de ce livre, Lisa Jura. En 1938, Lisa est une jeune autrichienne juive de 14 ans qui vit à Vienne avec toute sa famille. Lisa est également une jeune pianiste très douée. Avec l'Anschluss (l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne nazie), rester en Autriche est dangereux pour la famille Jura. Lisa aura l'opportunité de quitter l'Autriche pour l'Angleterre grâce à un « Kindertransport », organisé par des associations juives pour sauver des enfants. Le livre raconte essentiellement les sept années en Angleterre de Lisa dans le foyer du 243 Willesden Lane à Londres, où elle vivra avec d’autres enfants réfugiés. 
Voilà un récit témoignage original et passionnant sur l'époque de la Seconde Guerre Mondiale. La guerre est en toile de fond, au premier plan, il est question de musique et d'amitiés.

Extrait :  (site origine)
Ecoutez Mona Golabek nous lire (en anglais) les extraits du livre correspondant à chaque morceau, suivi de la musique qui rythme le livre :

Playlist Willesden Lane

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16 avril 2017

Un clafoutis aux tomates cerises - Véronique de Bure

Lu en partenariat avec Babelio et Flammarion

CVT_Un-clafoutis-aux-tomates-cerises_1926 Flammarion - février 2017 - 384 pages

Quatrième de couverture :
Au soir de sa vie, Jeanne, quatre-vingt-dix ans, décide d'écrire son journal intime. Sur une année, du premier jour du printemps au dernier jour de l'hiver, d'événements minuscules en réflexions désopilantes, elle consigne ses humeurs, ses souvenirs, sa petite vie de Parisienne exilée depuis plus de soixante ans dans l'Allier, dans sa maison posée au milieu des prés, des bois et des vaches. La liberté de vie et de ton est l'un des privilèges du très grand âge, aussi Jeanne fait-elle ce qu'elle veut et ce qu'elle peut : regarder pousser ses fleurs, boire du vin blanc avec ses amies, s'amuser des mésaventures de Fernand et Marcelle, le couple haut en couleurs de la ferme d'à côté, accueillir pas trop souvent ses petits-enfants, remplir son congélateur de petits choux au fromage, déplier un transat pour se perdre dans les étoiles en espérant les voir toujours à la saison prochaine... Un clafoutis aux tomates cerises, le plus joli roman sur le grand âge qui soit, traite sans fard du temps qui passe et dresse le portrait d'une femme qui nous donne envie de vieillir.

Auteur : Véronique de Bure est l'auteur d'un premier roman très remarqué par la critique, Une confession (2009), et de plusieurs récits dont Un retraité (2011).

Mon avis : (lu en avril 2017)
J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman, un très beau portrait de Jeanne, une veuve de 90 ans, elle vit seule dans sa maison dans la campagne de l'Allier. Durant une année, au fil des saisons, elle raconte son quotidien, la nature qui s'éveille, ses copines, ses sorties, Fernand et Marcelle les voisins de la ferme d'à côté qui vieillissent aussi. 
Voilà un roman à classer dans ceux qui font du bien, les réflexions et impressions de Jeanne sont tour à tour pleines d'humour, de tendresse, de nostalgie.
Dès que j'ai lu la quatrième de couverture, j'ai eu envie de découvrir ce roman, en effet dans ma vie personnelle, je connais une « Jeanne » de 90 ans, il y a quelques mois elle vivait encore seule dans sa grande maison en pleine campagne. Aujourd'hui, pour plus de sécurité, elle a préférée s'installer dans la maison de retraite du village et lors de notre dernière visite, nous sommes allés prendre un café dans sa maison et je lui offert ce livre...

Merci Babelio et Flammarion pour ce roman touchant et émouvant que j'ai beaucoup aimé.

Extrait : (début du livre)
J'ai passé l'hiver. J'écarte les rideaux et regarde à travers les carreaux. Le noyer n'a pas encore de feuilles, mais les marronniers commencent à se réveiller, et la haie de noisetiers a verdi. J'ouvre la fenêtre, l'air est frais. Le thermomètre extérieur indique cinq degrés. L'hiver n'est pas tout à fait parti, ses derniers jours se fondent avec les premiers du printemps. Je bloque les volets avec les petits taquets, j'ai de plus en plus de mal à ouvrir complètement les deux battants, l'ampélopsis a trop poussé. André n'est toujours pas venu le tailler, il va falloir que je lui écrive. Mon fils se moque de moi, il dit que ça ne sert à rien d'écrire aux artisans, il faut leur téléphoner sinon ils ne viennent pas. Mais moi je n'aime pas le téléphone. Il paraît que je ne suis jamais aimable au bout du fil, ce n'est pas ma faute, je ne suis pas à l'aise, je préfère voir les gens quand je leur parle. 
Aujourd'hui on ne s'écrit plus. Pourtant, il y a un an ou deux, peut-être plus, je ne sais plus, le temps passe si vite, les gens de La Poste sont venus m'installer une boîte aux lettres. C'est obligatoire, m'ont-ils dit. Ils voulaient que je choisisse l'emplacement et ils m'ont montré la boîte, une espèce de chose verte et laide. Alors je leur ai indiqué le bas de l'escalier de pierre qui descend en face de la porte du sous-sol, le long du bosquet. Là, elle sera bien cachée, et l'endroit sera facile d'accès pour la voiture jaune du facteur. Sur le moment, j'ai été bien embêtée, ça allait me compliquer la vie. Cela fait des années que le facteur dépose le courrier sur le perron, ou sur la table de l'entrée si la porte est ouverte. Quand j'ai des lettres à faire partir, je laisse à son intention les enveloppes timbrées ou l'argent pour les timbres. C'est bien pratique. Parfois, lorsque je suis en bas, nous échangeons quelques mots. Ça me fait une petite visite. Maintenant il paraît qu'ils n'ont plus le droit d'entrer chez les gens. Pour envoyer mes lettres, il faudra que j'aille à La Poste, au village. Et quand je ne pourrai plus conduire, je ferai comment ?
Heureusement, ma petite factrice non plus n'a pas envie de changer nos habitudes. Elle continue de me déposer le courrier dans l'entrée et je continue de mettre mes enveloppes sur la table. Il n'y a que quand ma fille est là avec son chien qu'elle n'ose pas descendre de voiture, elle a peur. 
Je m'appelle Jeanne. J'ai quatre-vingt-dix ans. Quand j'étais jeune, je mesurais un mètre soixante-trois. Ce n'était pas ridicule, à l'époque. Aujourd'hui je dépasse à peine ma mini-belle-fille qui fait un mètre cinquante-deux et chausse du trente-quatre. Mes pieds, eux, n'ont pas rétréci avec le temps. Ils se sont même élargis, d'affreux oignons leur ont poussé à droite et à gauche, ce qui me rend bien malheureuse et me force à prendre régulièrement la voiture pour aller chez la pédicure. J'ai de plus en plus de peine à trouver des chaussures qui ne me fassent pas mal aux pieds. Quand il fait froid, je ne suis bien que dans ma paire de vieilles bottes qui fait honte à ma fille. Elle m'assure qu'il existe des chaussures qui sont à la fois confortables et pas laides, moi je n'en ai jamais trouvé. À Paris peut-être, il y a tellement de magasins à Paris, mais je ne vais quand même pas faire deux heures et demie de train pour aller m'acheter des souliers.
Pour le reste, je suis plutôt bien conservée. De loin, je fais même illusion, je me tiens droite et mes chevilles sont fines. Même si je prends de plus en plus souvent ma canne, ma démarche reste alerte et, au téléphone, on me dit que j'ai une voix de jeune fille. Bien sûr, avec les années mon visage s'est chiffonné, mais j'ai toujours le teint rose et mon regard sait encore s'allumer et pétiller, surtout après un petit verre de vin blanc ou une coupe de crémant.
Depuis la mort de René, j'habite une maison trop grande pour moi. L'hiver, il y a plusieurs pièces que je ne chauffe pas et que je garde bien fermées, portes et volets. Je vis entre ma chambre, la salle de bains, la cuisine et le petit bureau. Quand mes enfants sont là, j'ouvre le grand salon et la salle à manger, mais pour moi toute seule ce n'est pas la peine. Je vis en pleine campagne, au milieu des arbres et des champs. Le village le plus proche, Bert, est à cinq kilomètres. On y accède par une petite route sinueuse et vallonnée, bordée par des bois et des prés où paissent des grosses vaches blanches. 

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12 avril 2017

Le dernier des nôtres - Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Prix Audiolib 2017

Le dernier des nôtres 

Audiolib - Janvier 2017 - 11h44 - lu par Rémi Bichet

Grasset - août 2016 - 496 pages

Quatrième de couverture : 
« La première chose que je vis d'elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu'enserrait la bride d'une sandale bleue... »
Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont-Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d'un monde finissant à l'énergie d'un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ». Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l'École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure, finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan. Lecteur : Formé notamment à l'ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L'Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber...), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett...), la télévision et l'animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne. Suivi d'un entretien avec l'auteure

Auteur : Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’École normale supérieure, est romancière et journaliste. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock), finaliste du Goncourt du premier roman, a été récompensé par cinq prix littéraires dont le prix Maison de la presse et le prix Sagan.

Lecteur : Formé notamment à l’ENSATT de Paris, Rémi Bichet travaille alternativement au théâtre (La Dernière Nuit pour Marie Stuart, mise en scène de Didier Long, avec Isabelle Adjani, L’Avare, mise en scène de Jean-Louis Martinelli, avec Jacques Weber…), à la télévision et au cinéma (Le chien, réalisé par Christian Monnier...). Il collabore à de nombreux doublages pour le cinéma (voix de Jake Gyllenhaal, Martin Freeman, Josh Hartnett…), la télévision et l’animation. Également instrumentiste, il participe à la création de  spectacles de théâtre musical et co-signe avec Anne Suarez, la mise en scène du spectacle Le plus beau jour de Tania de Montaigne.

Mon avis : (écouté en mars 2017)
Malgré quelques longueurs, j'ai plutôt aimé cette histoire ou plutôt ces histoires... En effet, ce livre est construit sur deux époques, 1945, à Dresde, sous les bombardements, une mère meurt en accouchant d'un petit garçon. 1969, Manhattan, un jeune entrepreneur en bâtiment, Werner Zilch rencontre poour la première fois Rebecca, une jeune héritière. La première histoire est plutôt sombre, la seconde beaucoup plus légère et très vite le lecteur comprend que les deux histoires ont un lien...

La construction du roman avec l'alternance du récit sur les deux époques donne du rythme et du suspens à l'histoire. J'ai cependant préféré la partie époque 1945, très documentée et instructive. La partie 1969 est souvent un peu clichée, les personnages de Werner et Rebecca sont plus agaçants qu'attachants...
J'ai pourtant passé un bon moment d'écoute.

Extrait : (début du livre)
La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue. Je n’avais jamais été fétichiste avant ce jour de mai et si j’avais dû me concentrer sur une partie de l’anatomie féminine, j’aurais spontanément choisi les fesses, l’entrejambe, la gorge ou peut-être le visage, certainement pas les pieds. Je ne les remarquais que s’ils étaient moches ou mal tenus, ce qui n’arrivait pas souvent. J’avais la chance d’être aimé des jolies femmes et je mettais un point d’honneur à répondre à leur affection. C’était justement le sujet de notre conversation…

« Il te les faut toutes mon vieux, s’agaçait Marcus avec qui je déjeunais. C’est à croire que tu veux planter ton drapeau sur chaque satellite féminin de ce système solaire ! » Mon ami et associé, qui avait du mal à en séduire une seule, ajouta : « Tu t’assois quelque part, tu regardes, tu bois des verres et hop ! Au bout d’un quart d’heure il y en a déjà deux qui te tournent autour et se trémoussent. »
Il ouvrit de grands yeux, la bouche en cœur, pour imiter l’effet que j’étais supposé produire sur les filles, moment que choisit l’une des serveuses, une petite brune timide et potelée, pour me sourire.
« C’est exaspérant, s’indigna Marcus. Si j’étais elle, j’aurais plutôt la frousse de t’approcher. Avec ta dégaine de géant, ta tête slave et tes yeux délavés…
— Mes yeux ne sont pas délavés ! Ils sont bleu clair…
— Ils sont délavés. Les miens sont bleus, et ils ne leur font pas du tout le même effet. Elles adorent me raconter leur vie, leurs malheurs, leurs parents et leur première dent. J’écoute leurs confidences pendant des semaines, je suis sur le point d’arriver à mes fins, et toi, en un quart d’heure tu deviens leur amant.
— Je ne t’ai jamais piqué personne !
— C’est pire ! Tu ne fais rien pour me les piquer et elles te tombent dans les bras…
— Si tu me disais celles qui te plaisent, je ne les regarderais même pas.
— Je ne veux pas d’une copine qui m’oublie à la minute où tu entres dans la pièce… Elle perd toute valeur pour moi. »

 

 

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08 avril 2017

La Pause - Jean-Baptiste Gendarme, Alban Périnet

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Calmann-Lévy - octobre 2014 - 96 pages

Quatrième de couverture :
Deux catcheurs, trois copines, Barack et Michelle Obama ou une famille houellebecquophile…
Une galerie de personnages burlesques ou dépressifs devisent des derniers livres d’Annie Ernaux, Jean Echenoz, Thomas B. Reverdy, ou encore Maylis de Kerangal.
Une petite bibliothèque idéale en 90 planches.
Un ouvrage pour les amoureux des livres. Et les autres aussi.

Auteurs : Auteur de plusieurs livres, dont Chambre sous oxygène (2004), Un éclat minuscule (2012) et Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain (2014), créateur et rédacteur en chef de la revue littéraire Décapage, Jean-Baptiste lit plus de quatre livres par semaine dans un profond fauteuil. Le week-end, il coupe du bois pour compenser.
Graphiste la plupart du temps, illustrateur à ses heures, notamment pour la revue littéraire Décapage, Alban lit plus de quatre romans graphiques par semaine mal assis sur un tabouret. Le week-end, il joue au tennis pour se dégourdir les jambes.
Mon avis : (lu en février 2017)
J'ai emprunté cette BD à la bibliothèque un peu par hasard... J'ai trouvé le concept plutôt amusant de vouloir présenter le résumé d'un roman en une page de bande dessinée. 
Malheureusement, je n'ai pas été convaincue par le résultat. Le dessin n'est pas attrayant et je n'ai pas été sensible à l'humour pratiqué. Je n'ai pas réussi à lire la totalité des 90 pages, j'ai vite trouvé cette BD pénible à lire, je n'ai même pas eu envie de découvrir l'un des livres présenté et même les pages des livres que j'avais déjà lu ne me parlaient pas... Rencontre ratée...
Extrait : 

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02 avril 2017

Quelques jours de vacances...

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Pour se ressourcer en Bretagne... 
Je compte lire, écrire mes nombreux billets en retard...
Sans oublier les balades au grand air !

Posté par aproposdelivres à 09:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]