41WikkDgJZL Edilivre - mars 2016 - 51 pages

Quatrième de couverture : 
Voici la rencontre entre une expatriée et une jeune femme réfugiée. Comme une fugue en musique, la vie des deux femmes est mise en miroir dans un parallèle troublant. S'en suit le combat qu'elles vont mener ensemble. Après le temps de la nuit et des épreuves, s'épanouit celui de la grâce. Le désert le plus aride au monde ne s'est-il pas couvert de fleurs ?

Auteur : Olive Le Masne est née en 1978. Elle aime pratiquer l'écriture pour retracer les petites merveilles de la vies. Après Un loup en blouse rose et Un amour de Paulette, récits centrés sur son univers familial, elle élargit son regard à la richesse humaine et spirituelle d'une rencontre.

Mon avis : (lu en octobre 2016)
J'ai eu ce livre entre mes mains grâce à l'une de mes soeurs qui me la offert cet été. 
C'est une histoire à deux voix, l'une est celle d'une jeune femme réfugiée qui a dû quitter son pays, traverser la mer pour arriver dans un pays lointain. Elle n'a plus rien. "Après avoir erré ça et là dans la ville, elle a vécu la longue attente. Les portes des refuges se sont fermées devant elle. Elle a répété à l'infini des paroles étrangères qui procurent des papiers. Elle a engagé son avenir auprès de visages durs qui ont habité ses songes. Dans son nouveau lieu de passage, personne n'a su lui parler dans sa langue. Elle a tenté d'habiter son silence, laissant couler dans ses mains fléchies, des larmes pudiques de solitude."
L'autre voix est celle d'une femme d'expatrié, elle a l'habitude des déménagements et des séjours à l'étranger. "Pourtant, elle ne parvenait pas à retrouver pleinement sa place dans ce nouvel univers riche et policé. Elle cherchait son visage. La parole résonnait en elle. [...] Elle s'est sentie envahie par cet amoncellement. Sa maison si grande est devenue étouffante. Elle aurait voulu ne posséder rien..."
Les deux femmes ont en communs un sentiment de solitude. Les causes sont différentes, mais le sentiment est le même. Et elles se sont rencontrées. L'expatriée voulait donner de son temps pour se rendre utile, elle est venue garder la petite fille de la jeune femme réfugiée pendant que celle-ci et son compagnon suivaient des cours de français. Peu à peu elles vont se raconter leurs vies. Elles sont si différentes qu'il faudra un peu de temps pour que l'expatriée réagisse et s'investisse vraiment pour aider la jeune réfugiée dans les longues démarches pour obtenir des papiers et la possibilité de travailler...
Ce court livre est en réalité un témoignage très touchant, celui de la rencontre de l'auteur avec des réfugiés. Le texte est plein de poésie et de sensibilité.
Un texte en plein dans l'actualité qui évoque la richesse que l'on peut gagner dans la rencontre avec l'étranger. Cette rencontre n'est pas simple, il faut savoir être à l'écoute de l'autre...

Extrait : (début du livre)
Quand la poussière s'est levée, elle a posé ses yeux sombres sur le sable brûlant. Ses narines aspiraient l'air chaud, posément. Malgré le roulement de tambour dans sa poitrine, elle a poursuivi calmement l'impression des paysages sur sa rétine, comme si elle pouvait faire entrer le pays entier dans son corps menu. Une à une les montagnes sont venues se poser au fond d'elle-même
, puis les maisons de terre, les arbres chevelus, les feuilles craquelées, et enfin, le vent.
Quand elle s’est retournée, elle les a vus. Elle les a serrés un à un entre ses bras frêles, elle a murmuré quelques mots en une mélopée douce. Ses yeux se sont voilés mais elle a laissé couler l’émotion dans un sourire tendre. L’empreinte de leurs voix, le parfum de leur peau, une partie de leur être et les phrases du passé se sont logés quelque part dans son corps, à un endroit profond. Elle a su qu’ils partiraient avant elle. Elle a poursuivi sa route.