dans les prairies étoilées Edition du Rouergue - mai 2016 - 256 pages 

Quatrième de couverture : 
Merlin, auteur d'une série BD à succès, perd son vieux copain Laurent, qui lui a inspiré son héros, Jim Oregon. Comment continuer à le faire vivre dans ses dessins, d'autant que dans son « testament », Laurent lui impose deux contraintes pour l'album à venir…. Marie-Sabine Roger s'amuse allègrement à jongler entre deux mondes, celui de la réalité et de la BD, et donne naissance comme toujours à une tribu de personnages tout en couleurs. Par l'auteur notamment de « La Tête en friche », « Bon rétablissement » et « Trente-six chandelles. »

Auteur : Marie-Sabine Roger est l'auteur de La tête en friche (adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu et Gisèle Casadesus), Vivement l'avenir (prix des Hebdos en région et prix Handi-Livres), Bon rétablissement (prix des lecteurs de L'Express, adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Lanvin), et Trente-six chandelles.

Mon avis : (lu en juin 2016)
Merlin est dessinateur documentariste, il dessine des planches d'aquarelle consacrées aux oiseaux, et il est également auteur de BD. Sa série Wild Oregon « est une utopie maussade, ou une dystopie joyeuse, selon que l'on voit le verre vide ou plein… », Merlin s'est inspiré de son vieil ami Laurent pour créer Jim Oregon, le personnage principal de sa BD, un justicier solitaire...
Avec Prune, sa compagne, ils viennent de s'installer dans une vieille maison à rénover à la campagne. Merlin est un homme heureux.
Et voilà que Laurent décède brutalement et Merlin est déstabilisé car ce dernier lui a laissé un testament un peu particulier, deux demandes à propos du personnage de Jim Oregon. Il ne sait que faire car il perd sa liberté de créateur. Sa vie réelle semble être envahie par ses personnages fictifs. 

Avec des personnages attachants ou caricaturaux, des situations humoristiques, une réflexion sur la création littéraire et artistique... Voilà un livre vraiment réussi et très plaisant à lire.

Extrait : (début du livre)
Nous venions de trouver la maison depuis six mois à peine, Prune et moi.
LA maison.
Celle que nous avions cherchée sur Internet des jours et nuits durant – Prune, surtout, pour être honnête, car la perverse envie de se ruiner en impôts locaux venait plus d’elle que de moi.
Notre Maison. Home Sweet Home. Celle pour laquelle nous avions traversé maintes fois la France vers le Sud-Ouest en rêvant d’une chaumière de dessin animé pour finalement nous retrouver, après huit heures de route et un mauvais sandwich, devant de vieilles bicoques sans aucun intérêt, avant de retourner chez nous, déçus, désabusés, le poil terne et la croupe basse.
Jusqu’à ce jour de mai où, le long d’une route solitaire de campagne, après deux heures de départementales désertes et de chemins communaux pourris – alors que, tel David Vincent dans la série Les Envahisseurs, nous cherchions un raccourci que jamais nous ne trouvâmes – nous dénichâmes enfin la perle rare, au bout d’un chemin sans issue.
C’était une ancienne ferme bâtie tout en longueur, avec beaucoup de cachet, comme dit dans l’annonce, qui promettait également sans vergogne des dépendances aménageables (deux granges aux toits plus creusés que l’échine d’un âne usé par une vie de charge). L’ensemble était jugé « habitable en l’état », ce qui n’était pas faux, si on décidait de ne tenir aucun compte de branchements électriques suicidaires, d’une plomberie fantaisiste (dont nous ne savions pas encore à quel point elle l’était), de sanitaires antiques, d’une fosse septique qui datait des Romains, de tapisseries des années soixante-dix à motifs hallucinogènes, et d’une mare boueuse à curer en urgence, que la dame de l’agence s’obstinait à qualifier d’« étang ».
Mais les maisons ont ceci de commun avec nous, les humains, qu’elles nous attirent, nous repoussent, ou nous laissent indifférents. Et parfois, c’est le coup de foudre, qui ne correspond jamais, ou presque, à nos critères. On pourrait dire pareil des histoires d’amour.
S’il en était autrement, Prune n’aurait pas parié un centime sur moi – dessinateur documentariste, métier en voie de disparition, et illustrateur BD à mes heures perdues, de loin les plus nombreuses et les seules rentables. Et de mon côté, je n’aurais pas jeté un seul regard sur ce drôle d’oiseau maigre qui avait passé trente ans à vendre de vieux zinzins sur les marchés aux puces et faisait du yoga en écoutant Pink Floyd.